28.01.2012
Une petite merveille mycologique: la Pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea s.l.)
En cette fin du mois de janvier assez maussade, j'emprunte un large sentier s'ouvrant entre deux habitations, rue du Redeau, à Yvoir. Plus loin, celui-ci, devenant un petit sentier, contourne, sur la gauche, une maison isolée et nous mène dans le hameau de Tricointe. D'emblée, dès le début, on passe de la pleine lumière à une atmosphère sombre et humide. De part et d'autre du chemin, c'est la forêt ! A ma gauche, le versant est frais. Il est envahi par la sylve de pente. Elle couvre les éboulis rocheux et calcaires qui affleurent çà et là. Les Bryophytes, principalement des mousses, donnent au sous-bois une couleur verte aux nombreuses nuances. Celles-ci couvrent les blocs de rochers, les troncs d'arbre et les branches tombées au sol. Les scolopendres ou langues-de-cerf (Asplenium scolopendrium), en grand nombre, étalent leurs frondes entières d'un vert luisant.

La forêt de pente sur éboulis calcaires, à Asplenium scolopendrium.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Janvier 2012.
Dans le bas de la pente boisée, des feuilles mortes et autres débris ligneux jonchent le sol. Sur de moyennes et grosses branches en voie de décomposition, les mousses se sont installées et, parmi elles, des taches rouge vif m'intriguent. Magnifique ! Des Pézizes écarlates colonisent aussi les vieilles branches moussues. Il y en a au moins une trentaine ! Certaines sont ouvertes et d'autres commencent à peine à s'étaler.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.
Ces petites merveilles mycologiques, munies d'un pied ou stipe, en forme de coupe de 1 à 6 cm de diamètre qui s'étale à maturité, apparaissent souvent en hiver et au début du printemps, dans les sous-bois humides riches en humus, sur les bois morts enfouis en partie dans la terre.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mars 2011.
La face interne (hyménium) est d'un magnifique rouge écarlate et la face externe est rosâtre. Le pied cylindrique ou atténué à la base, floconneux et souvent très petit, fixe la coupe aux branches enfouies.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.
La Pézize écarlate est un champignon de la Classe des Ascomycètes (voir en fin de note), de l'Ordre des Pezizales et de la Famille des Sarcoscyphacées. On désigne sous le nom de pézizes des champignons typiquement en forme de coupe ou de disque. Le mot "pézize" vient du grec "pezis", "pezios", signifiant "champignon dépourvu de stipe ou pied". Toutefois, le réceptacle ou apothécie de certaines espèces est porté par un petit pied ou pédicelle, atteignant parfois 1 à 2 cm de longueur.

La pézize vésiculeuse (Peziza vesiculosa), dont le sporophore est sessile.
Photo: Michel Gijsemberg, Godinne, Novembre 2010.
L'intérieur de la coupe est tapissé par l'hyménium, constitué de cellules fertiles (asques) mêlées à des cellules stériles (paraphyses). Ces dernières renferment des pigments responsables de la couleur quelquefois très vive de ces champignons dont l'un des plus beaux est sans doute la pézize écarlate.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.
A suivre ...
20:03
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26.01.2012
La Doradille noire (Asplenium adiantum-nigrum) dans la vallée du Bocq.
Dans la vallée du Bocq, la Doradille noire croît dans les fissures de rochers, sur des vieux murs de grès, dans les talus ombragés où affleure la roche siliceuse et sur les assises caillouteuses de l'ancienne voie ferrée Ciney-Spontin-Yvoir.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.
On la découvre souvent en des stations ombragées à forte humidité atmosphérique, mais pas exclusivement. Cette Aspléniacée préfère les substrats siliceux. Cependant, on la rencontre parfois sur des rochers calcaires. La basse vallée du Bocq est un lieu privilégié pour de nombreuses espèces de fougères. Certaines sont considérées comme rares pour l'ensemble de la Belgique. C'est le cas de la Doradille noire qui est bien représentée dans la vallée à Yvoir, Durnal, Dorinne, Evrehailles et Purnode.
Plante vivace de 15 à 40 cm, aux bourgeons de renouvellement situés au niveau du sol (hémicryptophyte), la Doradille noire présente un rhizome poilu et écailleux. Ses frondes (feuilles composées chez les fougères) sont souvent vert foncé, plus ou moins luisantes à la face supérieure et un peu coriaces.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.
La partie plate et élargie de la feuille composée (le limbe) est ovale à largement triangulaire. Le pétiole brun noirâtre sur une grande partie de sa longueur est épaissi à la base et égale pratiquement le limbe.

Photo: Fr. Hela, Annevoie-Rouillon, Mars 2011.
Les divisions secondaires des feuilles (pinnules) possèdent des dents aiguës ou de petites pointes étroites, régulièrement effilées.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.
Les sores (amas de sporanges, organes renfermant les spores) sont allongés et rapprochés.

Photo: Fr. Hela, Purnode, Septembre 2011.

1. Le rhizome poilu et écailleux.
2. Le pétiole brun-noir.
3. La fronde triangulaire.
4. Divisions secondaires à dents aiguës.
5. Sores allongés et rapprochés.
Dessin extrait de la Flore forestière française (1. Plaines et collines), par J.C. Rameau et al.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.
Je termine cette note par une citation d'un auteur dont je ne connais plus le nom:
" Tombée du ciel, l'eau qui circule dans les anfractuosités de la roche gréseuse est l'élément salvateur et propagateur de la fougère. "
21:02
Écrit par FH
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09.01.2012
Des goélands en Haute-Meuse ...
L'observation régulière de goélands sur la Meuse, surtout de la fin de l'été au printemps suivant, peut surprendre. Le vol et l'allure de ces oiseaux impressionnants, parfois même leurs cris, donnent à notre vallée une atmosphère de rivages marins. En vol, les goélands adultes, de taille souvent importante, se distinguent des mouettes rieuses, plus petites et plus légères, par l'envergure plus forte et l'extrémité noire des ailes marquées de taches blanches.

Un goéland leucophée (Larus michahellis) adulte.
Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Posés, les adultes ont un plumage entièrement blanc (tête, gorge, poitrine, ventre et queue). Le manteau et les couvertures alaires (dessus ou dos de l'oiseau) ont une couleur grise ou noire uniforme. Leurs pattes palmées peuvent être jaunes, verdâtres ou rosées et le bec, souvent fort, est jaune ou jaune verdâtre, marqué ou non, à l'angle inférieur de la mandibule, d'une tache rouge. C'est vers celle-ci que les poussins affamés donnent de petits coups de bec afin que l'adulte leur régurgite de la nourriture.

Un goéland argenté (Larus argentatus) adulte.
Photo: Fr. Hela, Nieuwpoort, 22 Juin 2011
Les goélands immatures présentent des plumages variables tachetés de gris et de brun-noirâtre. On les surnomme parfois "grisards". Ces plumages de jeunesse (premier, deuxième ou troisième hiver ...) sont communs, à quelques nuances près, aux différentes espèces de goélands. Chez ces oiseaux, le bec est, dans la plupart des cas, foncé (noir ou brun noirâtre) et les pattes sont rosées ou rose pâle.


Goéland argenté (Larus argentatus) immature.
Photos: Didier Collin - www.oiseaux.net
Je me limiterai ici à présenter quelques goélands à l'âge adulte, en plumage internuptial ou nuptial. L'identification des juvéniles et immatures est souvent difficile, vu la grande variabilité du plumage de ces oiseaux en fonction de l'âge. Ces espèces fréquentent plus ou moins régulièrement la Meuse et, notamment, les îles d'Yvoir ou de Godinne.
Une vingtaine d'espèces de Laridés (Mouettes et Goélands) sont observées en Belgique, dont au moins une dizaine d'oiseaux du Genre Larus. En Haute-Meuse, on peut observer jusqu'à cinq espèces.
Le Goéland cendré (Larus canus) est le plus petit de nos goélands, un peu plus grand que la mouette rieuse (Chroicocephalus ridibundus) Sa longueur est plus ou moins de 40 à 42 cm et son envergure varie de 110 à 120 cm. Adulte, il a le dos gris, un bec assez fin et uniformément jaune verdâtre (parfois gris bleuâtre). Ses pattes sont aussi de cette coloration.

Goéland cendré (Larus canus) adulte, en plumage nuptial.
Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

Goéland cendré (Larus canus) immature.
Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net
En hiver, les oiseaux adultes ont la tête blanche striée de gris et le bec semble plus terne, avec une étroite barre sombre. Si la taille est difficile à évaluer, il faut alors noter le bec petit et mince, ainsi que la tête arrondie. L' allure du goéland cendré est moins lourde que les autres goélands et ses mouvements sont plus vifs. Voici quelques photos afin de bien distinguer la mouette rieuse et le goéland cendré:

Parmi ces mouette rieuses, deux goélands cendrés (un adulte en plumage d'hiver et un immature) se reposent l'un à côté de l'autre.
Photo: Fr. Hela, Jambes, 22 Décembre 2010.

Deux mouettes rieuses: A l'avant plan, un oiseau adulte en plumage d'hiver et, à l'arrière, un immature.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Décembre 2010.

Au printemps, la mouette rieuse adulte en plumage nuptial arbore un capuchon facial brun chocolat. Cette mouette au nid couve.
Photo: Fr. Hela, Harchies-Hensies, 9 Mai 2011.
Le goéland cendré affectionne des côtes rocheuses et herbeuses du littoral, mais il niche aussi à l'intérieur des terres. En Wallonie, il s'installe dans d'anciennes carrières plus ou moins inondées, sur certains canaux et étangs marécageux. D'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie (J.-P. Jacob et al., 2010), ce petit goéland niche dans un petit nombre de sites de Moyenne-Belgique, surtout dans le Hainaut. En 2006 surtout, la population nicheuse wallonne était estimée à 82-94 couples.
Le Goéland argenté (Larus argentatus) est le plus commun de nos grands goélands. Il a une assez grande taille (54 à 60 cm de longueur et une envergure de 123 à 148 cm), assez proche d'une buse variable (Buteo buteo). Adulte, l'oiseau a le dos gris clair, une tête blanche en été, mais fortement striée de brun-gris en automne et en hiver (de septembre à janvier). Son bec est jaune avec une tache rouge orangé. Son oeil jaune au cercle orbital de la même couleur paraît pâle de loin. Ses pattes sont couleur chair (rose clair), à tout âge. Le goéland a une allure assez ramassée et "massive".

Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net
Répandu et commun dans le nord de l'Europe, il est souvent abondant sur les côtes ou non loin de celles-ci, mais aussi à l'intérieur des terres. Les goélands argentés se réunissent en colonie pouvant atteindre des centaines, voire des milliers de couples, nichant sur des îlots rocheux à maigre végétation (Bretagne), dans les dunes (Pays-Bas) et même sur les bâtiments des villes portuaires (Grande-bretagne).

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Le Goéland brun (Larus fuscus) apparaît de temps en temps sur la Meuse, mais beaucoup moins que les autres espèces décrites dans cette note. Les observations de ce goéland se situent, en général, d'août à octobre. Celui-ci développe un vol superbe quand il déploie ses longues ailes souples aux battements lents et mesurés. D'allure plus svelte, il évolue aussi aisément sur terre et sur l'eau.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Le goéland brun adulte possède le même plumage blanc et noir que le goéland marin (Larus marinus), espèce bien plus grande, au bec fort et aux pattes roses.

Le Goéland marin (Larus marinus) est le plus grand de nos goélands (Longueur: 61 à 74 cm - Envergure: 144 à 166 cm). Il s'éloigne peu des côtes marines et son apparition en Wallonie reste exceptionnelle.
Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

Un goéland marin (Larus marinus): La grande taille, le bec fort et les pattes roses sont caractéristiques.
Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
Le goéland brun est plutôt la réplique du goéland argenté par la taille (Longueur: 48 à 56 cm - Envergure: entre 117 et 134 cm) et les moeurs presque identiques. Il s'en différencie par son dos et ses ailes gris très foncé, voire presque noirs, les pattes jaunes et le bout des ailes noir avec très peu de blanc.

Goéland brun (Larus fuscus) adulte.
Photo: Yvon Toupin- www.oiseaux.net
Si le goéland argenté est souvent sédentaire, le goéland brun s'affirme très nettement migrateur ou migrateur partiel. Il voyage solitairement ou en petits groupes (jusqu'à 10 oiseaux en général). Les reprises d'oiseaux anglais ont montré que les goélands bruns vont hiverner sur les côtes de France, d'Espagne, du Portugal et du nord-ouest de l'Afrique. Quelques uns atteindraient même de golfe de Guinée ! D'autres pénètrent en Méditerranée et séjournent sur le littoral du Maroc et de l'Algérie, où les arrivées se produisent fin septembre-début octobre. Les oiseaux du nord de l'Allemagne traverseraient l'Europe pour gagner les côtes est de l'Afrique et même la région des Grands Lacs. Ce comportement migratoire varie cependant selon les régions. Dans certains pays d'Europe occidentale, on observe aussi une augmentation d'oiseaux adultes qui demeurent sur place (P. Géroudet et M. Cuisin, 1999).
Les goélands bruns recherchent particulièrement les îles rocheuses comme sites privilégiés de reproduction. Les parties plates de celles-ci sont occupées par d'importantes colonies, alors que les falaises et les zones escarpées sont dédaignées. C'est le cas, entre autres, en Bretagne et en Grande-Bretagne. Alors que les goélands argentés nichent sur les pourtours et les grèves des îles, les goélands bruns, en revanche, occupent la partie centrale, riche en végétation haute (fougères aigles, dactyles agglomérés, berces commnunes, ...).

Les cris du goéland brun sont particulièrement assourdissants.
Photo: Fr. Hela, Flat Holm Island (GB), Mai 2002.
Ainsi, au Pays de Galles, sur la petite île de Flat Holm dans le chenal de Bristol, située seulement à 5 miles au sud-est de Cardiff, j'ai pu me plonger, en 2002 et 2008, dans une colonie de plusieurs milliers de goélands bruns. C'est une expérience que l'on oublie pas. Le spectacle est hallucinant, fait de cris et de vols acrobatiques. A quelques mètres de ma tête, voire moins, les oiseaux hurlent littéralement et me rasent en m'aspergeant de fientes. Il valait mieux porter un chapeau pour éviter les coups de bec sur le crâne. Sur les chemins, de nombreux jeunes déambulaient dans tous les sens !

La petite île de Flat Holm (GB).
Il me reste maintenant à vous présenter deux autres goélands qui sont observés régulièrement en Haute-Meuse, depuis quelques années. Longtemps considérés comme deux sous-espèces du goéland argenté, ces oiseaux sont l'objet de nombreuses publications ornithologiques, ce qui ne rend pas ma tâche très facile. J'essaierai ici de vous livrer ce que j'ai compris, en étant bien conscient que je n'ai sûrement pas fait le tour de la question.
Parmi le complexe "goélands argentés", avec sa légion de races géographiques, on s'est rendu compte, depuis assez longtemps, qu'il y avait des goélands à pattes roses dans le Nord-Ouest de l'Europe et des oiseaux à pattes jaunes dans le Sud et l'Est, puis, de là, jusqu'en Asie centrale. De nos jours, les investigations éthologiques (comportements, émissions vocales) et les analyses génétiques ou autres ont révélé qu'il s'agit bien d'espèces à part entière.
La plupart des populations de grands goélands explosent et sont en expansion en Europe occidentale. Le Goéland leucophée (Larus michahellis) ne fait pas exception à la règle. Originaire du Bassin méditerranéen, cette espèce a dépassé cette limite et est en expansion vers le nord. D'après Didier Vangeluwe (2000), il niche à présent sur la facade Atlantique jusqu'au Morbihan et a atteint, par la vallée du Rhône, le Jura et l'Alsace.

Un goéland leucophée (Larus michahellis) en Meuse.
Photo: Fr. Hela, Leffe (Dinant), 31 août 2010.
Toujours d'après cet auteur, les travaux de révision taxonomique corroborés par les observations de terrain ont permis de conclure à la présence estivale chez nous du goéland leucophée. Entretemps, celui-ci est observé à d'autres saisons. Certains oiseaux errent, entre juillet et octobre, voire novembre ou décembre, dans la vallée de la Meuse !
Le goéland leucophée adulte a un manteau et le dessus des ailes gris cendré plus sombre que le goéland argenté, d'où un contraste plus net avec le bord postérieur blanc de l'aile. En hiver, la tête et la nuque sont toutes blanches (faiblement rayées en automne), d'où le nom d'espèce "leucophée" signifiant "tête blanche". Les pattes sont jaune orangé, parfois jaune pâle en automne, et le cercle orbital est rouge vif, bien visible à une certaine distance et dans de bonnes conditions d'observation. Le bec est fort, à bout bien crochu, et l'angle formé par les incurvations de la mandibule inférieure (gonys) est saillant. La tache rouge de celle-ci est grande, gagnant souvent la mandibule supérieure.

Photo: Yvon Toupin- www.oiseaux.net
Très proche des goélands bruns et leucophées, le Goéland pontique (Larus cachinnans), originaire d'Europe orientale et d'Asie centrale, devient, lui aussi, un visiteur plus régulier de la Baltique et du Nord-Ouest de l'Europe. C'est surtout en hiver que plusieurs de ces goélands hantent la vallée de la Meuse. Le mot "pontique" nous indique la région où se reproduit cet oiseau. Le Royaume du Pont a été instauré en 300 avant J.C., sur le bord de la Mer noire ! D'après Didier Vangeluwe (2000), les colonies de goélands pontiques sont en croissance en Ukraine, amenant probablement les oiseaux à chercher de nouvelles sources de nourriture et donc à s'étendre vers de nouvelles régions.

Photo: Marc Fasol - www.oiseaux.net
Par rapport au goéland leucophée, le goéland pontique est plus élancé, possède une tête plus plate, des pattes et des ailes plus longues. Posé, il se tient plus droit avec le cou étiré ou la poitrine avancée, les ailes assez basses. Son bec est long et d'étroitesse constante. L'angle de la mandibule inférieure (gonys) n'est pas fort marqué. En dehors de la période de reproduction, le bec de l'adulte est assez vert-jaune pâle et les pattes sont ordinairement rose chamois clair, plus pâles que celles du goéland argenté. Son oeil paraît souvent sombre.
Photo: Fr. Hela, Leffe (Dinant), 19 Janvier 2012.
Pour en savoir plus:
* Le Guide Ornitho (Nouvelle édition, 2010), par Lars Svensson, Killian Mullarney et Dan Zetterström - Editions Delachaux et Niestlé (Les guides du naturaliste).
* Identifier les oiseaux (Comment éviter les confusions ?), par A. Harris, L. Tucker et K. Vinicombe - Editions Delachaux et Niestlé, 1992.
* Les Palmipèdes d'Europe, par Paul Géroudet (mise à jour par Michel Cuisin) -Editions Delachaux et Niestlé, 1999.
* Vous avez dit: Goéland à pattes jaunes ?, par Didier Vangeluwe, Aves Contact N°5/2000 (pages 2 à 6).
* Identification des mouettes et goélands en Wallonie (I. Les plumages les moins délicats), par Valéry Schollaert, Aves Contact N°4/2002 (pages 3 à 5).
* Identification des mouettes et goélands en Wallonie (II. Les plumages immatures), par Valéry Schollaert, Aves Contact N°5/2002 (pages 2 à 5).
* Identification des mouettes et goélands en Wallonie (III. L'évolution du plumage avec l'âge), par Didier Vangeluwe, Aves Contact N°1/2003 (pages 2 à 7).
* Du Goéland argenté au Goéland leucophée: où en sommes-nous aujourd'hui ?, par Paul Géroudet, Bulletin de la Société romande pour l'étude et la protection des oiseau (Suisse) "Nos Oiseaux" N° 38/1986, pages 307 à 314.
* Nos oiseaux de mer (2): Les mouettes et goélands, synthèse rédigée par Christophe Offredo, Revue Penn Ar Bed (Bretagne) N° 130 - Volume 18 - Fascicule 3/1989 (pages 93 à 121).
* Les oiseaux de mer d'Europe, par Georges Dif - Editions Arthaud, 1982.
21:37
Écrit par FH
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25.12.2011
Randonnées d'initiation à la découverte de la nature: Programme 2012.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
"La Chevêche" vous propose des randonnées d'initiation à la découverte de multiples milieux naturels. Porter un autre regard sur notre patrimoine naturel, c'est à cela qu'elle vous convie. Mieux connaître la nature, c'est un pas important pour mieux la respecter et la protéger !

Bienvenue !
Excursions d'une demi-journée sur la commune d'Yvoir:
Dimanche 26 février 2012: A partir du village de Dorinne, nous explorerons les différents paysages pour observer l'avifaune sédentaire et hivernante. Nous écouterons particulièrement les premiers oiseaux chanteurs.

Le village de Dorinne
Dimanche 25 mars 2012: Purnode et la vallée du Bocq: Les prémices du printemps et les ambiances particulières de cette belle rivière torrentueuse.

Le Bocq à Purnode
Photo: Fr. Hela, Purnode, Octobre 2011.
Dimanche 29 avril 2012: Houx-sur-Meuse: Une excursion forestière vers les Ruines de Poilvache et la Tour de Géronsart. La végétation printanière et les champignons de cette saison seront au rendez-vous.
Houx-sur-Meuse
Photo: Fr. Hela
Dimanche 20 mai 2012: Evrehaille (Bauche): Découverte de la flore vernale exceptionnelle de la vallée du Bocq.

La lunaire vivace (Lunaria rediviva)
Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Mai 2011.
Dimanche 24 juin 2012: Spontin, ses alentours et la carrière au lieu-dit "La Rochette": Végétation, insectes, reptiles ...
Dimanche 15 juillet 2012:Godinne: La végétation en bord de Meuse, les alentours du Collège St Paul, le Bois de Godinne et le village de Mont.
Le rendez-vous pour ces excursions a lieu Place Communale à Yvoir, à 13h00. La fin de l'activité est prévue vers 17h00-17h30.
Nous vous conseillons d'emporter avec vous une paire de jumelles et une loupe (grossissement 10 x).
De bonnes chaussures de marche et des boissons seront très utiles.
Excursions d'une journée
Dimanche 1 avril 2012: Profondeville: La grotte de Bois Laiterie, la vallée du Burnot, le Bois Castagne et le village d'Arbre: Nous partirons sur les traces des Magdaléniens, chasseurs-cueilleurs, physiquement semblable à nous, qui occupèrent épisodiquement les lieux, il y a plus ou moins 12.600 ans et nous explorerons différents milieux naturels.
La grotte du Bois Laiterie
Photos: Michel Gijsemberg

Dimanche 22 avril 2012: Doische: Soulme, un des plus beaux villages de Wallonie, et la vallée de l'Hermeton: A la découverte des paysages, de l'avifaune et de la végétation printanière.
Dimanche 27 mai 2012:Dréhance, Furfooz, le site de Chaleux, la vallée de la Lesse et Walzin: A la découverte d'une flore diversifiée et des paysages remarquables.

La Lesse à Chaleux et le château de Walzin
Photos: Fr. Hela, 21 Mars 2011

Dimanche 10 juin 2012: Gedinne: Willerzie et la vallée de la Hulle: Lieux exceptionnels pour l'avifaune, la flore, les insectes ...
Dimanche 29 juillet 2012: Houyet: Excursion à partir de Gendron. Découverte de la très belle vallée de l'Iwoigne, affluent de la Lesse: Faune et flore.

L'Iwoigne à Gendron
Photo: Stéphane Herens
Le rendez-vous pour ces excursions a lieu Place Communale d'Yvoir, à 9h00. La fin de l'activité est prévue vers 16h30-17h00.
Emportez avec vous de bonnes chaussures de marche, un pique-nique et des boissons pour la journée, ainsi qu'une paire de jumelles et une loupe (grossissement 10x).
ATTENTION !!!
Pour toutes les excursions, il est indispensable d'annoncer votre participation.
Guide et renseignements: François Hela, rue du Redeau 16, 5530 YVOIR
Tél: 082/71 16 54
E-Mail: hela.fr.nat@gmail.com
21:14
Écrit par FH
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23.12.2011
Les pérégrinations d'une Cynoglosse officinale (Cynoglossum officinale).
Fin juin 2009, je me trouve sur le quai de la voie 6, en gare de Namur. J'attends le train pour Dinant. Un végétal, en bord de voie, m'attire. Là, à la limite du quai couvert et de sa continuation à ciel ouvert, une grande plante en fleurs (au moins 90 cm de hauteur), un peu grisâtre, croît dans le ballast composé de grosses pierres concassées. Une Cynoglosse officinale !

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2010.
Comment cette plante peut-elle pousser dans un endroit pareil ? Elle n'a aucunes chances de perdurer. Il faut que je trouve une solution. Après m'être assuré qu'aucuns trains n'étaient en vue, je m'agenouille sur le bord du quai. Je prends la plante en son milieu et exerce une traction lente et progressive vers le haut, en priant qu'elle ne casse pas en deux. Au bout de quelques instants, je parviens à l'extraire entièrement, racine comprise. La température du jour étant assez élevée, ma plante, aux racines nues et ayant subi un stress important, risque de ne pas survivre. Fort heureusement, une dame, intriguée par mon comportement, s'approche. Je lui conte l'aventure et lui explique qu'il me faudrait un grand sac en plastique et de l'eau pour pouvoir maintenir en vie la cynoglosse, avant de la replanter chez moi. Qu'à cela ne tienne ! La dame, pleine d'admiration et d'intérêt, me fournit non seulement un sac adéquat, mais aussi sa bouteille d'eau minérale qu'elle venait d'acheter. La cynoglosse officinale est momentanément hors de danger !
Arrivé chez moi, à Yvoir, je creuse immédiatement un trou dans un parterre caillouteux, bien exposé, où de nombreuses plantes sauvages, sauvées par mes soins, sont en pleine forme. Après avoir ajouté au sol quelques poignées de terreau et de l'eau, je transplante cette énorme cynoglosse en fleurs, avec délicatesse. Pour la stabiliser, j'installe un tuteur et, finalement, je m'en remets à sa capacité de reprendre des forces. Les premiers jours qui suivent furent assez durs pour la plante, mais j'avais bon espoir. Le cinquième jour, elle s'est redressée et ses fleurs aux corolles brun rouge à violet purpurin, bien ouvertes, accueillent déjà quelques bourdons.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 28 mai 2011.
A la fin de la belle saison, ses fruits secs, appelés akènes, arrivent à maturité. La génération future est assurée ! Mais, sachant ma plante bisannuelle, je ne dois pas, en principe, m'attendre à observer d'autres plantes en fleurs, à la fin du printemps suivant. Par contre, en 2010, je trouverai sûrement, dans mon parterre, quelques rosettes de feuilles basiliaires. Ce fut le cas. Quatre rosettes robustes, aux feuilles pubescentes sur les deux faces et atteignant 30 cm de longueur, persisteront en hiver 2010-2011.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2010.
De mai à juillet 2011, j'ai eu le grand plaisir d'admirer quatre grandes et magnifiques cynoglosses officinales en fleurs, visitées continuellement par de nombreux Hyménoptères. La plante de la gare de namur a survécu et, de plus, la génération suivante est bien présente au Redeau, à Yvoir !

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.
Cette aventure mérite quelques réflexions et commentaires concernant la Cynoglosse officinale. Sa présence en gare de Namur, en ce lieu hostile et insolite, peut-être expliquée de la manière suivante. Sachant la cynoglosse bisannuelle, on peut supposer qu'une graine contenue dans un akène (fruit sec indéhiscent) a germé et donné naissance, en 2008, à une rosette de feuilles. Dans ce substrat composé de gros graviers, celle-ci, étonnamment, n'a pas subi une destruction par l'épandage d'herbicides, par des travaux fréquents entrepris pour entretenir la voie ou par d'autres activités. Les akènes de la cynoglosse officinale, munis densément d'épines terminées en hameçon, s'accrochent aux poils des animaux, mais également aux chaussures, chaussettes ou vêtements de voyageurs qui se sont balladés en un endroit où la plante en graines étaient présentes. On ne peut s'empêcher d'y voir une explication plausible concernant l'apparition de cette plante dans ce lieu inattendu.

Akènes non mûrs de la cynoglosse officinale.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.
En 2009, année de sa découverte à Namur, la plante mesurait presque un mètre de hauteur et était en pleine floraison. Là aussi, il est surprenant de constater qu'elle n'a pas été arrachée ou écrasée par des trains en passage.
La cynoglosse officinale fait partie de la famille des Boraginacées, comme, entre autres, la bourrache (Borago officinalis), la vipérine (Echium vulgare), la grande consoude (Symphytum officinale) ou les pulmonaires (Pulmonaria sp.). Elle présente une pubescence marquée assez molle et son inflorescence est composée de cymes unipares, d'abord enroulées en crosse ou en queue de scorpion. La plante a été observée dans des friches, dans les dunes, aux bords de chemins, dans le ballast de voies ferrées, sur des vieux murs et sur des déblais de carrières. C'est une espèce thermophile, végétant exclusivement sur des substrats contenant du calcaire et un peu nitrophile. Elle est répandue au littoral. Dans le Westhoek (De Panne), je l'ai observée maintes fois dans les zones bien ensoleillées des dunes riches en calcaire et en composés azotés, au milieu des fourrés épineux et denses dans lesquels les argousiers (Hippophae rhamnoides) dominent. Elle est parfois présente dans les dunes mobiles et est fréquente dans les friches des alentours.

Photo: Fr. Hela, De Panne, 21 Juin 2011.
Dans le Condroz, la cynoglosse officinale semble assez rare. Personnellement, je ne l'ai rencontrée qu'à Modave. Il n'est pas impossible qu'elle soit présente dans notre région. Une prospection dans les milieux calcaires et bien exposés de la commune d'Yvoir est prévue dans les prochaines années. Cynoglosse signifie, en grec, "langue de chien" et évoque la forme et le toucher râpeux des feuilles de la cynoglosse d'Allemagne (Cynoglossum germanicum), espèce rare, qui fera bientôt l'objet d'une note particulière sur ce site*.

La cynoglosse d'Allemagne, espèce rare des bois à humus riche et des coupes forestières.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Mai 2011.
* Une très belle station de Cynoglossum germanicum a été récemment redécouverte, à la limite des communes d'Yvoir et d'Assesse.
17:04
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19.12.2011
Meilleurs voeux à tous !

Meilleurs voeux à tous!
En cette fin d'année où tout paraît gris et figé dans la nature qui nous entoure, il y a bien des impressions d'une beauté subtile. Il suffit d'élever notre regard et d'ouvrir son coeur.

Allez au coin de la forêt, où brume matinale, lumière tamisée après la pluie et feuillages ocres et givrés vous attendent ! Moments de plénitude où l'être humain retrouve ses racines et entend enfin le silence en lui.

Merci de tout coeur aux nombreux visiteurs de ce site qui se veut une fenêtre ouverte sur notre belle nature.

Mieux la comprendre et l'admirer, nous mène à la respecter et à la protéger pour elle-même et pour les générations futures d'êtres humains.
Tel est le but d'Yvoir Faune et Flore.

N'hésitez pas à me communiquer vos observations, même les plus courantes, que vous faites dans notre commune !
Elles seront très utiles pour établir un inventaire déjà bien fourni de la flore et de la faune de nos multiples milieux naturels et de nos villages.

19:21
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15.12.2011
A propos du Houx (Ilex aquifolium) ...
Parmi les plantes évoquant à nos yeux les fêtes de fin d'année, le Houx figure en bonne place à côté du gui (Viscum album), du "sapin", qui est en fait l'épicéa commun (Picea abies), et, aujourd'hui, du sapin de Nordmann (Abies nordmanniana), originaire des montagnes du Caucase. Son emploi fréquent dans les parcs et jardins comme plante ornementale (différentes variétés sont cultivées) fait oublier que cette espèce vit à l'état indigène dans nos régions où elle est apparue au Tertiaire (1) !

Photo: Fr. Hela, Godinne, Novembre 2011.
Le Houx, relique d'une flore thermophile du Tertiaire.
Sur le territoire qui forme aujourd'hui l'Europe occidentale, la végétation de l'Eocène (2) (plus ou moins 50 millions d'années) a un caractère tropical. Le climat y est à la fois chaud et humide. Mais, la présence de restes fossiles de Juglandacée (Famille de notre noyer) et de Fagacée (Famille de nos hêtres et chênes) dans les shistes bitumeux de Messel, dans la région de Darmstadt (Allemagne), amène à nuancer le caractère tropical de cette époque. Il faut donc supposer l'existence probable de saisons bien marquées (J.-Cl. Gall, 1994). De plus en plus apparaissent les ancêtres de nos forêts actuelles alors mélangées à tout un cortège de plantes tropicales. C'est l'apogée de la forêt européenne qui ne retrouvera jamais une telle densité ni une telle luxuriance. Au Miocène (3) (plus ou moins 25 millions d'années) s'amorce un refroidissement général de l'hémisphère boréal. Les espèces tropicales abandonnent notre aire européenne et descendent vers le sud où elles resteront. Certaines espèces appartenant à des Familles vivant aujourd'hui dans les régions chaudes n'ont cependant pas émigré: c'est le cas notamment du houx. Dans un livre magnifique consacré aux plantes fossiles d'Australie, Mary E. White nous indique que le premier pollen fossile d'Angiosperme recensé jusqu'à maintenant sur ce continent est celui du Genre Ilex, membre des Aquifoliacées (Famille des Houx) du Crétacé (4), soit plus ou moins 66 millions d'années !
(1) L'ère Tertiaire ou Cénozoïque, d'une durée de 65 millions d'années environ, précède l'ère Quaternaire. Elle est subdivisée en Paléocène, Eocène, Oligocène, Miocène et Pliocène. C'est l'Age des mammifères, avec l'expansion des primates et des singes dans les milieux forestiers tropicaux. Cette ère se termine avec les Ages glaciaires qui réduisent la biodiversité de nombreuses lignées.
(2) L'Eocène, système de l'ère Tertiaire, est marqué par la diversification des mammifères et le début de la formation des Alpes.

Notharctus, primate arboricole de l'Eocène.
Photo: Fr. Hela, Institut Royal des Sciences Naturelles à Bruxelles, Novembre 2010.
(3) Le Miocène, troisième système de l'ère Tertiaire, entre l'Oligocène et le Pliocène, voit l'apparition des mammifères évolués (singes, ruminants, mastodontes, ...)
(4) Le Crétacé, système de l'ère Secondaire ou Mézozoïque, s'étend de 135 à 65 millions d'années. Ce système est nommé ainsi d'après le latin creta, "craie", se référant aux vastes dépôts crayeux marins datant de cette époque et présents en grande quantité dans certains sous-sols de l'Europe. C'est à cette période que se développent, entre autres, les plantes à fleurs (Angiospermes). Datant de cette époque, les fossiles les plus célèbres, trouvés chez nous, sont les Iguanodons de Bernissart ainsi que deux reptiles marins: le Hainausure du bassin de Mons et le Mosasaure de Hesbaye. Le Crétacé se termine avec la disparition des dinosaures et de nombreuses formes de vie.

Tête d'un iguanodon de Bernissart (Iguanodon bernissartensis) datant du Crétacé inférieur (110 à 135 millions d'années).
Photo: Fr. Hela, Institut Royal des Sciences Naturelles à Bruxelles, Novembre 2010.
Un peu d'étymologie
Quelle est la signification du nom scientifique de houx ? "Ilex" est le nom latin de l'Yeuse ou chêne vert (Quercus ilex), espèce méridionale dont les feuilles sont aussi coriaces, brillantes, persistantes et dentées.

Feuilles et fruits du Chêne vert ou Yeuse (Quercus ilex)
Le terme "aquifolium" vient du latin "acus", aiguille et de "folium", feuille, c'est-à-dire à feuilles piquantes. Quant au mot "houx", il proviendrait du francique "hulis" et, d'après Jacques Brosse, il a donné le verbe houspiller (maltraiter, tourmenter), primitivement "houspigner" signifiant peigner avec un rameau de houx. Selon Michel Carmanne, son nom: "hu", puis "hou" et enfin "houx", vient également du francique, langue des Francs, occupants de la Gaule où le houx ("kelen") était connu et utilisé depuis longtemps. En wallon, toujours suivant cet auteur, on le nomme "hou" à Liège, "hu" à Verviers et à Spa, "heû" à Jalhay et "heûz'rê" à Sart ou Solwaster. Le terme "heûzi" de la région de stavelot a donné "Heusy" qui, originellement devait compter de nombreux houx. En serait-il ainsi pour Houx-sur-Meuse ?
Répartition du Houx en Belgique et écologie
Le houx est une espèce de type océanique qui recherche des conditions d'humidité atmosphériques favorables. Il résiste plutôt mal aux fortes gelées tardives, ce qui explique son absence dans la partie orientale de l'Ardenne. Il croît en forêt, dans les hêtraies et chênaies, mais aussi dans les clairières semi-ombragées et les haies, sur des sols généralement acides. Dans la Forêt domaniale de Tricointe (Yvoir), on peut trouver de beaux sujets en sous-bois. En Belgique, sa distribution est plus importante au sud du sillon Sambre et Meuse.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Mars 2011.
Caractéristiques de l'espèce
De l'Ordre des Celastrales, avec les Fusains (Célastracées), le houx fait partie des Aquifoliacées, Famille qui comprend environ 450 espèces dans le monde. Dans nos régions, il est l'unique espèce indigène. C'est un arbuste à croissance lente d'environ dix centimètres par an. Néanmoins, il atteint parfois la taille respectable d'une dizaine de mètres et dépasse rarement l'âge de trois cents ans. Ses feuilles persistent durant deux ans, tombent le plus souvent en début d'été de leur troisième année, ce qui permet à la plante de réaliser une économie énergétique non négligeable. Souvent, les branches inférieures portent des feuilles très épineuses tandis que plus haut, celles-ci perdent progressivement leurs dents piquantes au profit d'un limbe au bord lisse.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Octobre 2010.
Ce phénomène appelé "hétérophyllie" est probablement une adaptation de défense contre les herbivores, les feuilles étant piquantes et rébarbatives dans la partie de la plante accessible aux animaux.
Les fleurs, apparaissant en mai ou juin, sont petites, parfumées, de couleur blanc rosé, groupées en petits bouquets.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.
En les observant, on remarque que les étamines sont stériles ou que le pistil est atrophié dans toutes les fleurs d'un même pied.

B: Fleurs unisexuées du houx. En haut, fleur femelle dont le pistil est fonctionnel et dont les étamines sont atrophiées et non fonctionnelles. En bas, fleur mâle dont les étamines sont fonctionnelles. Le pistil est vestigial et non fonctionnel.
Illustration extraite de l'ouvrage intitulé "La botanique redécouverte" par Aline Raynal-Roques, Ed. Belin 1994.
Cette constatation amène à considérer le houx comme une plante dioïque (fleurs mâles et femelles sont distinctes sur des pieds différents. Le fruit est une drupe à quatre noyaux (contenant généralement une seule graine), rouge écarlate et mûrissant à la fin de l'automne.

Photo: Fr. Hela, Godinne, Novembre 2011.
Lors d'hiver doux, les fruits persistent jusqu'au printemps suivant. Ils peuvent tomber si l'hiver est trop rude ou être avalés par les oiseaux qui apprécient leur pulpe charnue et favorisent ainsi la dispersion de l'espèce.
Le bois du Houx et son utilisation
Le bois du houx est homogène avec des cernes peu visibles. Il a une couleur blanc nacré et est assez lourd. Les tourneurs et sculpteurs de "petits bois" l'ont toujours recherché. Les marqueteries, les jeux d'échecs sont des exemples de son utilisation. D'après certains auteurs, on en faisait les cannes, les manches d'outils, les barreaux d'échelles et, de ses baguettes tressées, des battoirs à linge. Ces baguettes, les "houssines" servirent aussi de fouets à chevaux. Dès le XVe siècle, les brosses à balayer de houx se nommaient "houssoirs". De là, naquit l'expression "houspigner" (peigner avec un balais) qui devint "houspiller". Le cambium et le liber entraient dans la préparation de la glu. L'ilixanthine présente dans l'écorce fournissait une belle teinture jaune. Pour éviter les maléfices des sorcières, à qui le bois de houx fait le plus grand mal, les charretiers ne manquaient jamais, lors de la construction d'un char, de réserver une broche ou un rai qui était taillé en bois de houx et protégeait l'attelage.
Traditions
Il y a longtemps que le houx est associé aux fêtes, qu'elles soient religieuses ou païennes. Le feuillage et les fruits du Houx, nous dit Jacques Brosse, ont depuis la plus haute Antiquité symbolisé la persistance de la vie végétale au coeur même de l'hiver. Pour les Romains, il était associé aux Saturnales qui avait lieu en janvier. Les tribus germaniques célébraient les esprits sylvestres, à l'entrée de l'hiver, en parant leurs habitations de branches de houx. Cet usage a persisté particulièrement dans les pays anglo-saxons, le houx y jouant un rôle important dans la décoration de Noël. Au Moyen âge déjà, comme de nos jours, les tables des logis en fête étaient agrémentées de couronnes et de guirlandes aux fruits vermeils. nfin, jusqu'à la fin du XIXe siècle, dans diverses régions, on reconnaissait, paraît-il, un estaminet au bouquet de houx pendu à son enseigne.
Autres utilisations et plante médicinale
D'après Michel Carmanne, au XIXe siècle, lorsque le café était à la fois fort prisé et très cher, on torréfia les feuilles de houx pour en obtenir un breuvage qui n'eut qu'un succès fort relatif... L'inspiration venait peut-être du Paraguay. En effet, les feuilles d'un houx du Paraguay ou maté (Ilex paraguariensis), contenant de la caféine, fournissent une infusion, le maté, très apprécié dans tous les pays d'Amérique latine. Cette espèce de houx croît également au Brésil et en Argentine.

Le maté (Ilex paraguariensis)
Les fruits du houx sont violemment purgatifs et peuvent même provoquer des nausées et des vomissements. On se servait autrefois de ses feuilles, qui contiennent un principe actif amer, l'ilicine, car elles étaient diurétiques, fébrifuges et résolutives contre la bronchite chronique, les rhumatismes et l'arthrite. De plus, la théobromine, présente aussi dans les feuilles, a une action sur le coeur.
Incroyable ce que l'on peut raconter à propos de cette espèce et nous n'avons sûrement pas fait le tour de la question ! En tous cas, le houx est, dans la haie, le sous-bois, un milieu de vie à privilégier. Ses fleurs sont nectarifères; il attire bon nombre d'insectes butineurs et particulièrement les abeilles. Ses drupes, toxiques pour l'homme, constituent une alimentation recherchée par le merle noir, les grives et autres frugivores. Au printemps, les oiseaux sont bien à l'abri dans son feuillage impénétrable et, plus tard, il demeure un refuge de choix pour les hivernants. Les paysans "d'avant les barbelés" plantaient le houx dans les haies pour les rendre plus efficaces, plus dissuasives. Une haie, avec quelques houx, au feuillage vert brillant portant des fruits écarlates, est une véritable merveille. Qu'on se le dise !

Ouvrages consultés pour la réalisation de cette note.
Brosse J., "Larousse des arbres et arbustes", Ed. Larousse 2001.
Brosse J., "Les arbres de France", Ed. Christian De Bartillat 1990.
Brosse J., "Mythologie des arbres", Ed. Payot et Rivages 1993.
Carmanne M., "Petites histoires des arbres et arbustes de chez nous", Ed. nos r'prindans rècène 1993.
Couplan Fr., "Dictionnaire étymologique de botanique", Ed. Delachaux&Niestlé 2000.
Gall J.-Cl., "Paléoécologie: paysages et environnements disparus" Ed. Masson 1994.
Lambinon J., Delvosalle L. et Duvigneaud J., "Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines", Ed. Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique Cinquième édition 2004.
Noirfalise A., "Forêts et stations forestières en Belgique", Ed. Les presses agronomiques de Gembloux 1984.
Rameau J.-C. etal., "Flore forestière française" Tome 1. Plaines et Collines, Ed. Institut pour le développement forestier 1989.
White Mary E., "L'odyssée des plantes: du Gondwana à l'Australie, 400 millions d'années d'évolution", Ed. Flammariuon 1988.
12:45
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06.12.2011
Trois harles bièvres (Mergus merganser), à Godinne.
Lundi 28 novembre 2011: Godinne, la Meuse et son île, par une belle journée un peu fraîche.
Plusieurs foulques macroules plongent brièvement en faisant des bonds, quelques poules d'eau côtoient un instant la rive de l'île avec quatre grèbes castagneux assez farouches. Des grèbes huppés, à demi cachés, somnolent et des fuligules morillons s'immergent régulièrement. Les oiseaux d'eau ont du charme et le spectacle qu'ils m'offrent est toujours fascinant. Là, mon regard est attiré par trois longues silhouettes, assez basses sur les flots, qui glissent rapidement sur l'eau, sans s'éloigner des rives. Elles se suivent à la queue leu leu, scrutant sans relâche les profondeurs du fleuve, en immergeant la tête jusqu'au dessus des yeux. Elles relèvent de temps en temps la tête, comme pour reprendre haleine. Les voilà qui disparaissent, s'enfoncent tranquillement. Un moment après, je les aperçois beaucoup plus loin, elles plongent à nouveau et ainsi de suite ... Des harles bièvres femelles !

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Soudain, la scène s'interrompt. Arrivés à la pointe de l'île, les harles sont alertés: le bruit et les remous annoncent l'arrivée d'une imposante péniche. Battant des ailes et des pattes pour décoller, les trois harles s'ébranlent et s'envolent vers le large. Quel vol rapide! Il est vrai qu'ils peuvent atteindre parfois 70 km à l'heure! Le cou tendu, ils filent en vol direct, au ras de l'eau, à quelques mètres de hauteur. Les ailes noires et grises, marquées d'un carré blanc, à l'arrière, contre le corps, sont les caractéristiques des femelles en vol. Plus tard, un peu avant le pont de Godinne, je les retrouverai. Une femelle me fit même le cadeau d'être plus proche, ce qui me permettra de la détailler, dans une belle lumière.

Photo: Fr. Hela, Godinne (Meuse), 28 Novembre 2011.
Grand canard plongeur, le harle bièvre mesure de 58 à 66 cm de longueur et pèse de 900 g à 2,160 kg. La femelle présente un dos gris clair bleuté. Sa tête brun roux, ornée d'une huppe fournie qui retombe en arrière comme une crinière, lui donne une allure originale. Celle-ci présente un menton blanc pur et forme une limite très tranchée avec le cou gris. Mais ce qui est encore plus frappant chez ce harle, c'est son bec mince, effilé, terminé par un crochet et, surtout, garni de "dents" aiguës, qui lui a valu le nom populaire de "bec-en-scie". Grâce à celui-ci, il se fait un jeu de saisir un poisson et de le maintenir fermement.
Le harle bièvre est un pêcheur spécialisé comme les plongeons et les grèbes. Après avoir explorer du regard les profondeurs, il plonge et reparaît à quelques distances du lieu de plongée, car il poursuit ses proies dans l'eau avec aisance et rapidité. Le corps allongé, la position des pattes sous le ventre, terminées par de larges palmures, sont les caractéristiques de ce plongeur piscivore diurne. Il aime les eaux claires, libres et de certaines étendues. Il se nourrit, en règle générale, de poissons d'assez petite taille, la plupart n'excédant pas 12 à 15 cm de longueur; il semble gêné pour avaler de grosses et larges proies (P. Géroudet, 1987). Il s'enfonce dans l'eau, le plus souvent, à une profondeur de 2 à 5 mètres (M. Cuisin, 1999).
Le harle bièvre est un oiseau sociable, vivant volontiers en compagnie comptant jusqu'à une douzaine d'individus ou davantage et voisinant avec les grèbes et d'autres canards plongeurs. Les populations nordiques de harles bièvres sont en partie contrainte à l'émigration par les rigueurs hivernales. Les mâles, arborant un magnifique plumage très contrasté, tendent à s'éloigner le moins possible des lieux de nidification, sauf en période de très grands froids.

Un harle bièvre mâle.
Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net
Les femelles et les jeunes voyagent davantage et atteignent même le nord de la Méditerranée, exceptionnellement l'Afrique du Nord. Les oiseaux d'Europe occidentale hivernent dans la Baltique, sur les côtes de Suède, du Danemark, de l'Allemagne et des Pays-bas. En Belgique, le harle bièvre est un hôte assez irrégulier et peu commun d'octobre à avril. Ils y sont plus nombreux lorsque l'hiver est rigoureux. En Mars, le retour des harles coïncide, en général, avec la débâcle des glaces, dans les régions septentrionales.
A la belle saison, le harle bièvre fréquente les lacs et cours d'eau calmes des régions boisées. Il s'installe, pour nicher, près des eaux assez profondes et poissonneuses. Pour son nid, il recherche une cavité spacieuse d'un grand arbre (jusqu'à 12 mètres de hauteur), pas trop loin du rivage. Ce grand oiseau est donc cavernicole ! En Suède, il adopte volontiers un nichoir de grande taille qu'on dispose à son intention.

Une femelle et ses grands poussins, quelque part en Alaska.
Photo: Ron Niebrugge / www.Wildnatureimages.com
21:01
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03.12.2011
Des plantes hémiparasites !
Certaines plantes croissant dans notre région vivent en partie aux dépens d'autres espèces végétales. Si elles assurent une grande part de leur nutrition carbonée par la photosynthèse (elles sont vertes et possèdent des feuilles bien développées), elles prélèvent cependant l'eau et les sels minéraux présents dans les vaisseaux du xylème d'autres plantes. Ce sont des hémiparasites (à demi parasites). Le détournement des matières premières est réalisé par des suçoirs appelés haustoria (haustorium, au singulier).
Celle qui nous est la plus familière est le Gui (Viscum album) qui se développe sur les branches de nombreux arbres, surtout celles des peupliers et des pommiers. Ses rameaux verts à feuilles persistantes, tant appréciés à la période du "Gui l'an neuf", montrent que cette plante parasite a gardé sa capacité de photosynthèse.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Octobre 2011.
Le Gui est donc partiellement autotrophe, c'est-à-dire qu'il ne dépend pas entièrement d'autres êtres vivants pour se nourrir. Par contre, il n'a pas de racines et vit obligatoirement ancré sur un arbre-hôte par un suçoir inséré dans une branche. Par l'intermédiaire de celui-ci, il prélève la sève brute de l'hôte nécessaire à une partie de sa nutrition. Il est hémiparasite, car il ne tire pas toute sa nourriture de son hôte, puisqu'il pratique la photosynthèse.
Ce qui est moins connu, c'est que d'autres plantes vertes, aux feuilles bien développées et bien enracinées dans le sol, sont également hémiparasites. Elles semblent avoir une biologie normale, mais leurs racines établissent des connexions, par l'intermédiaire de suçoirs, avec celles des plantes voisines auxquelles elles prélèvent une part de leur nutrition.
Chez nous, c'est le cas des Genres Euphrasia (Euphraises), Melampyrum (Mélampyres), Rhinanthus (Rinanthes ou crêtes-de-coq) et Odontites (Odontites), tous réunis dans la Famille des Scrophulariacées. Voici quelques espèces que l'on rencontre dans notre commune, avec des commentaires.
De nos jours, il est moins fréquent de trouver l'Euphraise raide (Euphrasia stricta). C'est une petite plante de 10 à 30 cm de haut qui fleurit de juin à octobre, dans les pelouses sèches, les friches rocailleuses proches des carrières et dans la rocaille de certains chemins secs.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Juin 2011.
On l'appelle aussi "casse-lunette". Le célèbre médecin et botaniste italien Matthiole (1501-1577) écrivait qu'elle était "singulière pour ôter tous les empêchements contraire à la vue" et que "si son usage se généralisait, cela gâterait par moitié le commerce des marchands de lunettes ..." Les études pharmacologiques ont effectivement confirmé l'action des Euphraises (notamment Euphrasia officinalis subsp. rostkoviana) sur les conjonctivites, le larmoiement, les ophtalmies légères et les orgelets.

Photo: Fr. Hela, Dorinne, 21 Août 2011.
Euphrasia signifie en grec "joie", probablement la joie d'avoir recouvré la vue ! Les Euphraises sont des plantes hémiparasites sur les racines des Graminées et des Cypéracées.
L'Odontite rouge (Odontites vernus), peu commune, fleurit de juin à octobre, au bord des chemins, dans certaines prairies ou pelouses fraîches, dans les friches et sur les chemins de halage, en bord de Meuse.

Photo: Fr. Hela, Godinne (chemin de halage en bord de Meuse), Août 2011.
D'après François Couplan (2000), le nom scientifique Odontites viendrait du grec odontos, dent. Les plantes de ce Genre, d'après cet auteur, étaient censées aider à soulager les maux de dents.
La Rhinanthe à petites fleurs (Rhinanthus minor) est appelée aussi "crête-de-coq", en raison de ses bractées vert sombre, à dents triangulaires. Assez rare dans notre région, elle fleurit de mai à septembre, dans les pelouses calcaires ni trop sèches, ni trop humides (espèce mésophile), les prairies fraîches à sèches, généralement non amendées, et en bord de chemins. Une belle station de cette plante peut être admirée dans un pré, à Tricointe.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.
Les espèces du Genre Rhinanthus sont des hémiparasites sur les racines des graminées et de diverses plantes herbacées.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Juin 2011.
Le Mélampyre des prés (Melampyrum pratense) est une espèce assez commune des forêts, des coupes et lisières forestières, des clairières, des landes ..., sur sols secs et siliceux. Son nom vernaculaire semble assez mal choisi, vu qu'il n'est pas fréquent de le trouver dans un pré ! Néanmoins, sur le site des Rochers de Champalle à Yvoir, j'ai pu l'observer en bordure d'une pelouse mésophile sur calcaire.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juin 2011.
Normalement espèce de demi-ombre, le Mélampyre des prés fleurit de juin à août et est hémiparasite sur les racines de diverses plantes ligneuses. Les graines des Mélampyres, allongées et noires, ont à peu près la forme d'un grain de blé; rien d'étonnant donc à ce que melampyrum se décompose étymologiquement en melanos, noir et puros, blé (le blé noir).

Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Juillet 2011.
De juin à août, dans une friche argilo-calcaire bien exposée, au milieu d'un tapis dense de graminées, de gros épis pourpres violacés, lacérés de jaune vif, se dressent çà et là, à 30 cm au-dessus du sol. Ces inflorescences hautes en couleurs, à la fois vives et nuancées, sont celles des Mélampyres des champs (Melampyrum arvense). Devenue rare, cette Scrophulariacée s'observe encore en quelques endroits de notre région. C'est dans les friches, les pelouses sèches, voire sur les rochers calcaires comme à Champalle et, parfois, aux abords de cultures et de moissons, que ce magnifique Mélampyre pousse. Les sols riches en calcaire ont sa préférence.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Champalle), Juin 2011.
Ses bractées florales, dans leur exubérance de forme et de couleur, font de loin passer l'épi pour une grosse fleur, ce qui permet, peut-être, à la plante d'attirer les insectes et lui a valu les noms de "rougeotte" et "queue de vache", dans certaines campagnes. Mais les fleurs sont à rechercher à la base de chaque bractée; leurs corolles généralement purpurines à gorges jaunes, parfois entièrement jaunâtres, sont enfoncées dans des calices pourpres, à dents à peu près égales entre elles.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.
Ce Mélampyre est hémiparasite sur les racines de diverses plantes herbacées. Celui-ci abondait jadis, surtout dans les champs de céréales. L'épandage d'herbicides est certainement la cause de sa rareté actuelle. On le retrouve aujourd'hui en marge de ces milieux. Sa répartition est devenue très discontinue.

Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 2 Juin 2011.
11:58
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24.11.2011
Le Cystoptéris (Cystopteris fragilis), une fougère délicate et discrète.
Cette fougère peu commune est surtout présente dans la vallée du Bocq. Elle croît de préférence sur des substrats contenant du calcaire (calciphile), mais on la rencontre parfois en zones siliceuses. Chez nous, elle affectionne les fissures de rochers, les vieux murs et les vieux puits (Site de Poilvache notamment) en moellons calcaires, les ponts de pierre enjambant les cours d'eau, souvent en sites ombragés, exposés au nord ou sous couvert forestier (forêts de ravins sur éboulis grossiers).

Le Cystoptéris sur un rocher humide et ombragé.
Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 24 Mai 2010.
Parfois, elle pousse à découvert, sur des pentes ensoleillées, mais alors toujours à proximité de zones humides (suintements, cascatelles de petits ruisseaux frais ...).

Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Vallée du Bocq), Mai 2011.
Plante vivace, le Cystoptéris se développe au printemps et répand ses spores en été. Les frondes se déssèchent généralement en automne, mais aussi dès l'été, en cas de sécheresse.

Le Cystoptéris sur un vieux muret, à l'ombrage et à l'exposition nord.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Propriété Dapsens), 28 Mai 2011.
Les feuilles ou frondes de cette fougère (15 à 30 cm) sont rapprochées en touffes au sommet d'un rhizome court et dressé. Le limbe est délicatement ciselé et les nervures se terminent, en majorité, dans les dents des pinnules. Le pétiole verdâtre, grèle, un peu plus court que le limbe, est glabre et possèdent quelques petites écailles à sa base.

Une fronde de Cystoptéris.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Propriété Dapsens), Mai 2011.
Le Cystoptéris ressemble beaucoup à une jeune Fougère femelle (Athyrium filix-femina), mais se distingue aisément par ses sores arrondis, à indusies latérales ovales et aiguës rapidement caduques.

Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Vallée du Bocq), 28 Mai 2011.
Voici une illustration, avec détails, du Cystoptéris, d'après la Flore forestière française (2 Montagnes) par J.-C. Rameau, D. Mansion et G. Durné (Institut pour le développement forestier - 1993):

1. Souche courte, fibreuse, écailleuse et roussâtre.
2. Pétiole grêle, vert, plus court que le limbe, un peu écailleux à la base.
3. Limbe plus long que large, rétréci à la base.
4. Penne: foliole de la feuille composée (fronde), chez les fougères.
5. Pinnule: subdivision de la penne, aussi appelée "foliolule".
6. Sores (groupes de sporanges dans lesquels se forment les spores) de petite taille; indusies fixées par leur bord.
18:14
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20.11.2011
L'Argus brun (Aricia agestis), un papillon des pentes herbeuses ensoleillées.
Cette note est un complément aux trois notes précédentes intitulées "Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés..." des 16,22 et 29 octobre 2011.
L'Argus brun est un Lycénidé qui présente plusieurs générations par an (espèce polyvoltine). Le dessus des ailes, chez le mâle comme chez la femelle, est de couleur brune avec des lunules submarginales oranges bien marquées. Ce papillon est très actif par beau temps. Il vole rapidement au-dessus des prairies en pente, fleuries et maigres, bien exposées. C'est une espèce thermophile.

Photo: Fr. Hela, Falmagne, 10 Juillet 2011.
La période de vol de ce papillon s'étale de juin à septembre, voire début octobre. A Yvoir, il fréquente les pelouses sèches du site de Champalle, quelques prairies de fauches pentues bien ensoleillées, situées notamment à Tricointe, mais aussi des talus du bords de chemins et de pâturages, ainsi que des friches sèches à proximité des carrières désaffectées ou non.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Août 2011.
La chenille de l'Argus brun vit sur diverses Géraniacées, don le Géranium des prés (Geranium pratense) et le bec-de-cigogne commun (Erodium cicutarium). D'après certains auteurs, les femelles déposent aussi leurs oeufs sous les feuilles et sur les sépales de l'hélianthème jaune (Helianthemum nummularium).
Le Géranium des prés (Geranium pratense), une plante visitée par la chenille de l'Argus brun.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 25 Mai 2011.
L'Argus brun est probablement menacé dans tous ses habitats. Il faut absolument conserver les prairies maigres où on rencontre régulièrement l'espèce et les exploiter de manière appropriée, en ne fauchant tardivement qu'une fois par an et en ne répandant pas d'engrais.

Le Bec-de-cigogne commun (Erodium cicutarium), espèce des pelouses et chemins secs.
Photo: Fr. Hela, Beez (Namur), 17 Avril 2011.
21:16
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14.11.2011
L'Amanite tue-mouches (Amanita muscaria): un champignon remarquable!
Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à se référer au bas de la note.
L'Amanite tue-mouches est sans aucun doute l'un des plus spectaculaires champignons de nos contrées. Son chapeau rouge vif ponctué de blanc a toujours suscité la curiosité du promeneur automnal. Mais sous cette parure attrayante se cache un champignon très toxique pour celui qui tenterait de le consommer. C'est une espèce commune, largement répandue dans les régions tempérées et froides. Cette amanite mycorrhizique (1), appelée aussi Fausse oronge, apparaît en automne, dans les bois de feuillus, dans les parcs et jardins, toujours au voisinage des bouleaux ou des conifères, en terrain acide.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Novembre 2011.
Son bulbe, sans volve, est typiquement surmonté d'un rebord sculpté. Le pied, dont la hauteur peut atteindre 20 cm, et les lamelles sont blancs, comme la chair qui est seulement orange sous la cuticule (2) du chapeau. Celle-ci dégage une très fine odeur de rave. L'anneau est ample, un peu strié, blanc ou bordé de jaunâtre. Le chapeau, de 5 à 15 cm de diamètre, est d'un rouge éclatant ponctué de fines mèches floconneuses blanches. L'absence de celles-ci est parfois remarquée et est due au lessivage du chapeau par la pluie.

Chez cet exemplaire, les squames floconneuses blanches sont absentes.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2010.
Coupées, les très jeunes amanites sont reconnaissables à la ligne jaune-orange sous la cuticule du chapeau.

Photo: Fr. Hela, Lustin, Octobre 2010.
La seule confusion possible, en présence de ce champignon, est cclle que certains mycologues débutants pourraient faire avec l'Amanite des Césars ou Oronge vraie (Amanita caesarea), espèce méridionale comestible d'excellente qualité. Cette dernière espèce est très rare dans notre pays, mais des observations sont cependant possibles. L'Amanite des Césars possède un pied et des lamelles jaunes, un chapeau orange et une volve blanche.
L'Oronge ou Amanite des Césars (Amanita caesarea).
Photo: Blog du Guit.
L'amanite tue-mouches est considérée comme un champignon dangereux, bien que son effet soit rarement mortel. Cette réputation vient de ses propriétés, soit prétendues aphrodisiaques (en réalité, elles provoquent un gai délire), soit toxiques, selon les régions et la partie du champignon consommé. Les substances agissantes, irrégulièrement réparties dans le champignon, seraient plus concentrées sous le revêtement rouge du chapeau.
Photo: Michel Gijsemberg, Profondeville, Automne 2010.
On note les muscarines, responsables du ralentissement du coeur, de la contraction des pupilles, des troubles digestifs et sécrétoires (syndrome muscarinien), mais sont sans action sur le système nerveux central. La présence de muscarine ne se limite d'ailleurs pas aux seules amanites, nombreuses sont d'autres espèces qui lui doivent leur toxicité, principalement les Inocybes (notamment l'Inocybe de Patouillard Inocybe erubescens) et les Clitocybes blancs. D'autres substances possèdent une action psychotonique; on peut citer la bufoténine (isolée aussi du venin de crapaud), les dérivés de l'isoxazol, dont le muscimol, aux propriétés hallucinogènes potentialisées par la muscazone et l'acide iboténique (R. Heim, 1984 - J. Guillot et al., 1993).

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2010.
En conclusion, il vaut mieux ne pas consommer cette belle espèce. Le mycelium (le champignon proprement dit) est bien utile pour la bonne santé de nos bouleaux et de nos conifères (voir ci-dessous le commentaire à propos des mycorhizes). Admirez ses sporophores, organes reproducteurs, ne les cueillez-pas et ne les détruisez pas du pied !

Photo: Fr. Hela, Godinne, 6 Novembre 2011.
(1) On sait depuis 1850 que de nombreux arbres (chênes, hêtre, bouleaux, la plupart des conifères...) sont associés à des mycéliums qui s'agglomèrent en manchons cylindriques à la surface, ou immédiatement sous la surface, de leurs racines. Aux "racines-champignons" ainsi constituées on donne le nom de mycorhizes (H. Bruge, 1977). Parmi les champignons en cause, dont les sporophores s'observent dans nos forêts, on trouve notamment les Amanites. Il est établi que les arbres dont les racines présentent ces mycorhizes se développent beaucoup mieux que ceux dont les racines en sont dépourvues. Je vous invite à lire un excellent ouvrage intitulé "La Symbiose, structure et fonctions, rôle écologique et évolutif" par Marc-André Selosse (154 pages), aux Editions Vuibert, 2000, Paris. L'auteur y indique que la physiologie et l'écologie de ces associations mycorhiziques ont été bien étudiées, et revêtent un rôle majeur dans les écosystèmes terrestres.
(2) La cuticule est la couche superficielle du revêtement du chapeau du champignon, plus ou moins facilement séparable de la chair.
20:24
Écrit par FH
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09.11.2011
Une famille d'arbres !
Il est vrai que les groupes d'arbres tortueux ou non m'ont toujours attiré. Les charmes et les hêtres ont souvent ma préférence. Ils ne manquent pas dans notre merveilleux Condroz. Ils sont parfois les vestiges d'anciennes haies que nos ancêtres entretenaient. Ces ensembles d'arbres se rencontrent un peu partout dans nos campagnes, mais aussi dans nos bois.

Groupes de charmes entrelacés
Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Les Gayolles.
D'abord, je les contemple de loin, puis je m'en approche doucement, de peur qu'ils ne disparaissent. Je peux enfin toucher les troncs droits ou sinueux. Alors, je m'assied auprès d'eux, en silence. Je les écoute et, à ces instants, je suis rempli de quiétude et de bonheur.

Alignement de hêtres.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Rue du Blacet
Voici un texte de Jules Renard (1864-1919)*, intitulé "Une famille d'arbres" qui me parle et correspond à ce que j'éprouve auprès d'elle.

Une famille de charmes.
Photo: Fr. Hela, Godinne, Croix d'Al Faux.
" C'est après avoir traversé une plaine brûlée de soleil que je les rencontre. Ils ne demeurent pas au bord de la route, à cause du bruit. Ils habitent les champs incultes, sur une source connue des oiseaux seuls. De loin, ils semblent impénétrables. Dès que j'approche, leurs troncs se desserrent. Ils m'accueillent avec prudence. Je peux me reposer, me rafraîchir, mais je devine qu'ils m'observent et se défient.
Ils vivent en famille, les plus âgés au milieu et les petits, ceux dont les premières feuilles viennent de naître, un peu partout, sans jamais s'écarter.
Ils mettent longtemps à mourir, et ils gardent les morts debout jusqu'à la chute en poussière.
Ils se flattent de leurs longues branches, pour s'assurer qu'ils sont tous là, comme les aveugles. Ils gesticulent de colère si le vent s'essoufle à les déraciner. Mais entre eux aucune dispute. Ils ne murmurent que d'accord.
Je sens qu'ils doivent être ma vraie famille. J'oublierai vite l'autre. Ces arbres m'adopteront peu à peu, et pour le mériter j'apprends ce qu'il faut savoir:
Je sais déjà regarder les nuages qui passent.
Je sais aussi rester en place.
Et je sais presque me taire. "

Charmes.
Photo: Fr. Hela, Awagne (Dinant), Chemin des Massennes.
* Ecrivain lucide, précis et plein d'ironie, Jules Renard était maire de son village. Il vivait à la campagne. C'était un fin observateur des animaux dans "Histoires naturelles" (1894), et des humains dans "Poil de Carotte" (1894) ou "L'Ecornifleur" (1892).
20:20
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08.11.2011
Des grives mauvis (Turdus iliacus), originaires des régions nordiques, dans nos haies, nos bois et nos prés.
En ce matin de novembre, la brume enveloppe les bosquets et les haies. Petit à petit, les rayons du soleil éclairent les aubépines chargées de cenelles, les prunelliers et leurs prunelles, les églantiers et leurs cynorhodons, ... De ces arbustes, des oiseaux s'échappent soudain, avec une rapidité déconcertante. A mon passage, des passereaux fuient dans tous les sens, l'un après l'autre, en émettant des cris fins, étirés et pénétrants: "ssiiih ... tsiiih ... sisss". Ils disparaissent dans la frondaison toute proche, mais quelques uns se perchent au sommet d'un frêne. Ce sont des grives mauvis. Ces grives nordiques, en halte migratoire, paraissent fines et délicates. De taille un peu inférieure à celle de la grive musicienne (Turdus philomelos), la grive mauvis s'en distingue surtout par un sourcil crème bien marqué et par le roux vif dont sont colorés les flancs et le dessous des ailes. La poitrine et les flancs sont rayés et non grivelés.

La grive mauvis (Turdus iliacus). A l'arrière plan, une grive litorne (Turdus pilaris).
Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
Ses lieux de nidification se situent dans les régions septentrionales de l'Eurasie. En Scandinavie, l'abondance de cette grive s'accroît du sud au nord, à travers les forêts de conifères, d'aulnes, de saules et surtout de bouleaux où elle est fortement répandue. La grive mauvis niche en Novège, dans le nord de la Suède, en Islande, en Finlande, en Russie, dans les pays baltes, au nord-est de la Pologne et en Sibérie (P. Géroudet, 1998). Les premiers migrateurs de cette espèce touchent l'Europe Occidentale dès mi-septembre parfois, et plutôt en octobre. Du milieu de ce mois à la mi-novembre, le passage bat son plein. Il est surtout nocturne. De jour, des bandes de mauvis font halte dans les bois, les haies et broussailles, pour se nourrir de fruits sauvages ou de divers invertébrés.

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
Farouche, la grive mauvis se montre peu et cherche davantage à se cacher dans les couverts. En novembre, elle fréquente aussi les prés et les champs, en compagnie d'étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris), de grives draines (Turdus viscivorus) et de grives litornes (Turdus pilaris), mais la présence, à proximité, de buissons touffus, de haies et de bosquets, pour se réfugier à la moindre alerte, lui sont indispensables. A l'intérieur d'un bois, j'ai observé des bandes de ces grives, parfois très nombreuses, fouillant les feuilles mortes, avec des merles noirs (Turdus merula). D'après P. Géroudet, elles passent la nuit en troupes dans les taillis, les fourrés et les jeunes plantations de conifères.

Photo prise en Islande: Didier Collin - www.oiseaux.net
Les quartiers d'hiver principaux des grives mauvis s'étendent sur les îles britanniques, la France, et le nord de l'Italie. Elles vont rarement plus au sud, jusqu'en Espagne, en Sicile, parfois même en Afrique du Nord. En Belgique, les hivernantes sont peu nombreuses et erratiques. Les vagues de froid les chassent de nos régions. Il faudra alors attendre les mois de mars et d'avril pour les revoir dans nos haies, lors de la migration de retour.

Photo: Jules Fouarge, Aves - Natagora
Michel Cuisin (1998) nous donne des indications concernant le kilomètrage effectué par des grives mauvis baguées: 340 km en un jour, 2500 km en quatre jours. Les oiseaux islandais parcourent de 800 à 1000 km au-dessus de la mer pour atteindre l'Ecosse, d'après le même auteur.

Photo: Jules Fouarge, Aves -Natagora.
21:13
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03.11.2011
Le Néflier (Mespilus germanica), un arbuste qui n'est pas si rare dans notre région.
Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à prendre connaissance des informations complémentaires, en fin de note.
Le néflier (1) se rencontre çà et là dans les haies, les fourrés et en lisière, souvent bien exposée, de certaines zones boisées. Parfois, on le trouve aussi près des villages, à l'emplacement d'anciens vergers. C'est une espèce méditerranéo-atlantique. Il serait réparti naturellement dans les Balkans ainsi qu'au Proche-Orient. Il est présent en Europe méridionale et orientale ainsi que dans le Sud-Ouest de l'Asie. En Europe occidentale et médiane, il est considéré, par certains auteurs, comme une relique d'anciennes cultures.
Photo: Fr. Hela, Godinne, 17 Novembre 2011.
Pour A. Noirfalise (1984), le néflier est lié à la chênaie sessiflore à luzule blanche (Luzulo-Quercetum) avec climat atlantique marqué (ph du sol compris entre 4,5 et 5,7). Un sol sec ou à drainage ralenti peut lui convenir. Il supporte un faible ombrage. Dans notre région, la chênaie sessiflore à luzule blanche peut constituer, par endroits, la forêt semi-naturelle sur les terrains gréseux ou gréso-schisteux, sur des sols superficiels, caillouteux et secs. Cette formation forestière est assez répandue dans les forêts rurales et communales du grand Yvoir. Le chêne rouvre ou sessile (Quercus petraea) y est souvent l'essence dominante. Le chêne pédonculé (Quercus robur) y est irrégulièrement représenté. Celui-ci est plus abondant dans des stations plus humides, où coexistent souvent des populations hybrides des deux chênes (Quercus xrosacea). C'est aux endroits les plus lumineux ou en lisière de ces forêts qu'on a le plus de chance de rencontrer le néflier et le pommier sauvage (Malus sylvestris subsp. sylvestris). D'autres essences accompagnatrices y croissent, comme le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), le peuplier tremble (Populus tremula) ou la bourdaine (Rhamnus frangula).
Arbuste à feuilles caduques, de taille modeste (2 à 4 m), le néflier croît sur des sols plus ou moins acides. Son tronc est souvent peu marqué et ses branches sont tordues, étalées, portant des épines (2). Ses grandes feuilles alternes elliptiques sont entières et duveteuses à la face inférieure. Elles ont une teinte s'approchant du vert mat.

Photo: Fr. Hela, Profondeville, Mai 2010.
En mai et juin, l'extrémité de ses rameaux courts arbore de grandes et jolies fleurs blanches (3-4 cm de diamètre) à cinq pétales.

Photo: Fr. Hela, Annevoie-Rouillon, Juin 2011.
Les fruits toniques et astringents, appelés nèfles, couronnés par le calice persistant, sont comestibles. Les nèfles se récoltent blettent, après les premières gelées (3).

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe: Forêt domaniale), Octobre 2011.
De nos jours, on mange de moins en moins de nèfles, même à la campagne, et on ne cultive plus guère le néflier qui avait pourtant le mérite de fournir en hiver des fruits riches en tanins, mucilages et matières grasses, ainsi qu'en acide citrique et malique. Ils étaient utilisés jadis, en raison de leur astringence, pour combattre les diarrhées. On préparait des décoctions de feuilles pour soigner les aphtes et les inflammations de la gorge (J. Brosse, 2001). Le mot nèfle, anciennement nesfle, s'écrivit d'abord mesple ou mesle selon l'étymologie. A Evrehailles, il paraît qu'il y a un lieu nommé "terre au mespelier" ou "mesplier" (G.H. Parent,2003). Le néflier y poussait-il dans le temps ou le cultivait-on?

Photo: Fr. Hela, Godinne, 29 Octobre 2011.
(1) Le néflier fait partie de la Famille des Malacées (Malaceae) comme les pommiers, les poiriers, les aubépines, les sorbiers ... Les Malacées sont parfois réunies aux Rosacées (Rosaceae) avec rang de Sous-Famille.
(2) Certains néfliers cultivés aux fruits plus gros sont inermes, c'est-à-dire sans épines.
(3) Jadis, le néflier était cultivé pour ses fruits. On en faisait des gelées, des confitures, des pâtes de fruits, du sirop et même une petite boisson légèrement alcoolisée.
17:54
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dans Arbres et arbustes |
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29.10.2011
Des Grues cendrées (Grus grus) de passage à Yvoir.
Ce jeudi 27 octobre 2011, un groupe de 160 Grues cendrées passent en vol sud-ouest, au-dessus de la maison forestière, dans la forêt domaniale de Tricointe, vers 10h42. Visiblement, les grues cherchent la bonne direction, car le vent de face est soutenu.

Photo: Pierre Goffioul, Yvoir (Tricointe), 27 Juillet 2011.
Une heure plus tard, vers 11h45, 180 grues très bruyantes passent en vol sud-ouest au-dessus de l'Airbois, à Tricointe.

Photo: Pierre Goffioul, Yvoir (Tricointe), 27 Juillet 2011.
Spectacle toujours émouvant que ces vols de grues cendrées ! Regardez en l'air, ce n'est qu'un début ! Si, dans les prochaines semaines, le vent de nord-est se met à souffler, il est possible que plusieurs vols bruyants emplissent le ciel, le jour comme la nuit. A vos jumelles !! N'oubliez pas de me faire part de vos observations.

Photo: Pierre Goffioul, Yvoir (Tricointe), 27 Juillet 2011.
23:01
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Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Troisième partie)
L'Argus Bleu Nacré (Polyommatus coridon) est une espèce représentative des prairies maigres. Il fréquente les prés et pelouses sèches à herbes rases, les coteaux exposés au soleil, surtout ceux constitués d'un substrat calcaire. Dans le milieu préservé du site des Rochers de Champalle, il peut être très abondant en plein été.

Un mâle.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 25 Juillet 2011.
La face supérieure du mâle est bleu gris argenté, parcourue de nervures sombres. Le bord des ailes est brunâtre, ourlé de longues franges blanches avec des taches foncées. La femelle est brune souvent saupoudrée de bleu. Deux petites taches plus foncées marquent les ailes antérieures et de petites lunules submarginales oranges sont, en général, nettes.

Une femelle.
Photo: Fr. Hela, Sosoye, 30 Juillet 2011.
L'Argus Bleu Nacré est une espèce monovoltine, c'est-à-dire qui présente une seule génération annuelle. Il commence à voler au début juillet et disparaît normalement en septembre. On l'a vu rechercher le nectar de la centaurée scabieuse (Centaurea scabiosa), de la scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria), de l'origan (Origanum vulgare), du serpolet commun (Thymus pulegioides), de cirses (Cirsium div.) et de diverses Fabacées (Papilionacées). Sa chenille vit en mai et juin sur l'Hippocrépide en ombelle ou fer-à-cheval (Hippocrepis comosa), les vesces et les trèfles ... Elle est souvent accompagnée de fourmis.

L'Hippocrépide en ombelle ou fer-à-cheval (Hippocrepis comosa), une des plantes préférées de la chenille de l'Argus Bleu Nacré.
Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Mai 2011.
Si l'Argus Bleu Nacré peut être abondant sur les pelouses sèches des Rochers de Champalle, il est cependant en très net recul. Dans nos régions, les causes de sa relative rareté sont nombreuses: l'intensification de l'agriculture, la fumure des dernières prairies maigres, le boisement de milieux ouverts et l'urbanisation.

L'Argus Bleu Nacré: détail de la face inférieure des ailes d'un mâle.
Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Juillet 2011.
L'Argus myope (Lycaena tityrus), appelé aussi Cuivré fuligineux, était assez répandu dans les prairies à hautes herbes avec beaucoup de fleurs et des oseilles sauvages. C'est une espèce bivoltine (deux générations par an) qui vole d'avril à juin et de juillet à septembre. Le mâle à la face supérieure des ailes brun foncé uni avec des points noirs, ourlée de blanc. La femelle présente une couleur plus vive. Les ailes antérieures sont orangées ponctuées de taches foncées et ses lunules submarginales oranges sont plus marquées.

Lycaena tityrus: Une femelle.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.
L'Argus myope visite toutes sortes de fleurs dont le serpolet commun (Thymus pulegioides), l'origan (Origanum vulgare) et la grande marguerite (Leucanthemum vulgare). Sa chenille vit sur l'oseille sauvage (Rumex acetosa) et la petite oseille (Rumex acetosella). Il n'est pas impossible qu'on la trouve aussi sur l'oseille ronde (Rumex scutatus) qui abonde, à certains endroits, sur les éboulis des carrières, le long de la voie désaffectée Ciney-Spontin-Yvoir et sur certains murets. Certains auteurs de Suisse la renseignent sur cette espèce, dans les Alpes.

La petite oseille (Rumex acetosella), une plante visitée par la chenille de l'Argus myope.
Photo: Fr. Hela, Thommen, 22 Juillet 2011.
Pour stimuler la présence de ce papillon, on ne devrait ni fumer, ni détruire les prairies maigres et les prés humides. Il serait avantageux pour l'espèce de conserver des îlots non cultivés dans les campagnes, par exemple sur les talus et les remblais, où des plantes sauvages variées peuvent croître librement.

Face inférieure des ailes du mâle.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.
21:28
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22.10.2011
Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Deuxième partie)
La Thécla du Bouleau (Thecla betulae) est un papillon de fin d'été et d'automne typique. Elle éclôt déjà à la fin juillet. Cependant, on ne l'observe la plupart du temps que de la mi-août à mi-octobre, en raison d'une diapause (1) estivale. Le mâle est observé plus rarement que la femelle.

Photo: Fr. Hela, Godinne, 10 août 2011
Cette espèce sédentaire habite les lisières, les vergers et les jardins, même dans les grandes villes. Elle séjourne volontiers dans les cimes des arbres où elle passe inaperçue. Le papillon se pose souvent sur des feuilles, au soleil, pour sucer le miellat des pucerons. Il sonde aussi les fruits blets, notamment les prunes, et butine plus rarement sur des fleurs d'Ombellifères ou de ronces. Le nom d'espèce de ce Thécla (betulae, du bouleau), désigne plus le lieu de séjour de ce papillon que la plante nourricière de la chenille. En effet, d'avril à juin, celle-ci consomme le feuillage de divers arbres et arbustes du Genre Prunus, dont le prunellier (Prunus spinosa). Certains auteurs indiquent d'autres essences: le cerisier à grappe (Prunus padus), le merisier (Prunus avium), les aubépines, les bouleaux, le hêtre (Fagus sylvatica) et les chênes.

Photo: Fr. Hela, Godinne, 10 Août 2011.
La Thécla du Bouleau fait partie des espèces en voie d'extinction; en maints endroits, elle est devenue une rareté. Aussi, il conviendrait de conserver absolument les prunelliers le long des lisières et dans les haies. Il serait bon pour l'espèce de prévoir, dans vos jardins, des buissons composés d'arbustes indigènes !

Photo: Nadine Thonnard, Godinne, 10 Août 2011.
(1) Diapause: Phase pendant laquelle l'évolution de l'oeuf, de la chenille, de la chrysalide ou du papillon subit un arrêt. Elle est le plus souvent déclenchée par les conditions climatiques du milieu, telles que l'hiver ou l'été, mais elle peut aussi être programmée héréditairement suivant l'espèce.
L'Azuré de la Bugrane (Polyommatus icarus) est le plus commun de nos Lycénidés. Assurément, cette espèce a mieux résisté à l'intensification de la culture des sols et à l'urbanisation. Le mâle (1 et 6) a une face supérieure bleu violet clair ourlée de blanc. La femelle a une face supérieure brun foncé assez souvent lavée de bleu (2). On peut distinguer facilement cet Azuré des espèces voisines grâce aux dessins de la face inférieure des ailes. Celle-ci est brune et marquée d'une ponctuation complète avec des lunules submarginales oranges (3).

Illustration: Fr. Severa dans "Papillons" aux Editions Gründ, Paris 1986.
Chez nous, l'Azuré de la Bugrane fréquente les bords de chemins et de routes, les accotements des voies ferrées, les pelouses sèches ou les prairies fleuries, les friches ... Il pénètre occasionnellement dans les villes et on l'observe souvent dans les jardins ou dans les cultures et les pâturages envahis par différentes espèces de trèfles. Présentant deux à trois générations durant la belle saison, on le voit voler d'avril à septembre-octobre. Il butine volontiers l'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum), l'origan (Origanum vulgare), le clinopode (Clinopodium vulgare), les menthes (Mentha sp.) et bien d'autres plantes fleuries riches en nectar.

L'Azuré de la bugrane, un mâle.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 27 Avril 2011.
La chenille, accompagnée en général de fourmis (voir les commentaires en fin de note), se nourrit de diverses Fabacées (Papilionacées). La bugrane rampante (Ononis repens), la luzerne lupuline (Medicago lupulina), le trèfle rampant (Trifolium repens), le trèfle des prés (Trifolium pratense), la vesce cultivée (Vicia sativa), la vesce à épis (Vicia cracca) ... sont quelques plantes citées par divers auteurs.

La bugrane rampante (Ononis repens), une des Fabacées visitées par la chenille.
Photo: Fr. Hela, Falmagne, 10 Juillet 2011.
On peut favoriser l'espèce en maintenant dans les grands jardins des zones naturelles où croissent diverses espèces de Fabacées, en renonçant à un fauchage trop fréquent des accotements de routes ou de chemins et en privilégiant les friches.

Une femelle butinant les fleurs du trèfle rampant (Trifolium repens).
Photo: Fr. Hela, Thommen, Juillet 2011.
* Les chenilles et les fourmis: Beaucoup de chenilles d'Argus ou d'Azurés observées sur le terrain sont entourées en permanence de fourmis isolées ou en grand nombre. La plupart des chenilles des Lycénidés sont fusiformes, comme des cloportes, et en général vertes, quelquefois jaunes ou brunes. Elles possèdent des organes cutanés spéciaux dont une glande mellifère sur le dos du septième segment abdominal. Celle-ci produit une solution aqueuse sucrée analogue au miellat des pucerons.

Dessin extrait de l'ouvrage "Les papillons de jour et leurs biotopes" Divers auteurs. Editions de La Ligue Suisse pour la Protection de la Nature, 1987.
Les attouchements ou les morsures des fourmis incitent la chenille à en céder une goutte qui est lèchée avec avidité. En présence de pucerons, ce comportement des fourmis est bien connu. Celles-ci ont un régime alimentaire varié, avec une nette préférence pour les substances sucrées, comme le miellat des pucerons et des cochenilles.
21:26
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16.10.2011
Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Première partie)
Les Lycénidés (Lycaenidae) sont de petits papillons Rhopalocères ou "papillons de jour" à dimorphisme sexuel en général très marqué (les mâles et les femelles sont de couleur différente). Une centaine d'espèces existent en Europe et leur détermination est souvent délicate. Ces papillons sont en diminution dans notre pays et méritent toute notre attention.

L' Argus bleu-nacré (Polyommatus coridon, syn: Lysandra coridon) butinant les fleurs du serpolet commun (Thymus pulegioides).
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juillet 2011.
Dans cette Famille, on trouve les Théclas, à la teinte dominante brune et dont la plupart possèdent une petite queue au bord des ailes postérieures. Les chenilles de ceux-ci vivent en majorité sur des arbres feuillus et des arbustes. Les Cuivrés ont des couleurs pigmentaires et structurales se combinant pour donner des colorations superbes. L'or rouge et le violet prédominent. Leurs chenilles vivent surtout sur les Polygonacées du Genre Rumex (Oseilles et patiences). Enfin, les mâles des Argus ou Azurés sont, en général, de couleur bleue et les femelles brunes. Les chenilles de ce groupe se nourrissent principalement de légumineuses (Fabacées ou Papilionacées).
Voici quelques espèces observées en 2010 et 2011, dans notre région.
Le Cuivré commun (Lycaena phlaeas), appelé aussi Le Bronzé ou l'Argus bronzé, est facilement reconnaissable. Ses ailes antérieures sont oranges, marquées de taches foncées et bordées largement de noirâtre. L'envers des ailes postérieures est presque gris uni. Selon les régions, l'espèce donne deux ou trois générations. Le papillon apparaît en avril (parfois mars) et vole souvent tard en automne, parcourant le bord des champs ou des prairies, lorsque le soleil se montre. A cette époque de l'année, il se pose volontiers sur le sol pour s'y réchauffer. Le Cuivré commun fréquente les biotopes richement fleuris des contrées découvertes: bords de chemin, pelouses sèches et prairies de fauche, où croissent notamment des Lamiacées, comme l'origan (Origanum vulgare), le serpolet commun (Thymus pulegioides) ou la menthe des champs (Mentha arvensis), dont il apprécie le nectar. D'après la littérature, sa chenille vit sur les oseilles (Rumex acetosa et acetosella).

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Août 2011.
L'Azuré des Nerpruns (Celastrina argiolus) est le premier Azuré à se montrer au printemps, époque où il vole le long des lisières, des haies et des bosquets. Lorsqu'il se pose, on remarque la face inférieure des ailes blanc argent à fines taches dont certaines manquent parfois.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.
La face supérieure des ailes du mâle est bleu ciel, bordée d'un étroit ourlet foncé. Les femelles ont une bordure foncées plus larges, surtout celles de la deuxième génération.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2011
La chenille de cet Azuré vit de préférence sur la bourdaine (Rhamnus frangula) et le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) dont elle ronge les fleurs et les fruits. Elle se nourrirait aussi de plantes appartenant à une vingtaine de Genres et à 9 Familles; on cite notamment le nerprun purgatif (Rhamnus cathartica), la callune (Calluna vulgaris), les fleurs du lierre (Hedera helix), ...

La bourdaine (Rhamnus frangula), une des espèces appréciée par la chenille de l'Azuré des Nerpruns.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe: Forêt domaniale), 10 Septembre 2011.
L'Azuré des Nerpruns est une espèce bivoltine. Elle présente deux générations, l'une de fin mars à juin et l'autre de juillet à début septembre. Il occupe les milieux suivants: lisières, haies vives, trouées avec beaucoup de buissons, aussi bien en terrain humide que très sec. D'après un auteur, les papillons d'été recherchent spécialement le nectar de l'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) et du sureau yèble (Sambucus ebulus). Ils aiment se poser sur des feuilles, se nourrissent aussi du miellat des pucerons et descendent au sol pour sucer l'humidité du sable ou de pierres mouillées.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 7 Juillet 2011.
22:27
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09.10.2011
Le Cétérach (Ceterach officinarum), petite fougère reviviscente !
Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à se référer au petit glossaire, en fin de note.
Cette petite fougère (18 à 25 cm) assez rare croît sur les vieux murs, les fentes de rochers et les éboulis rocheux, surtout sur des substrats calcaires. Elle est très bien adaptée à la chaleur estivale par ses remarquables facultés de reviviscence. En effet, cette plante vivace, aux feuilles persistantes, est capable de supporter de longues périodes de sécheresse. Le limbe de la feuille, en partie déshydraté, s'enroule et "attend" en vie ralentie, sous la protection des écailles sèches de sa face inférieure, le retour de l'humidité suffisante pour s'épanouir à nouveau et reprendre sa vie active. Dans un livre consacré aux fleurs du Parc National des Ecrins, j'ai trouvé cette surprenante anecdote: "Daubeny, professeur d'anglais, raconte qu'un pied de Cétérach, oublié pendant deux ans dans un herbier, a repris vie après quelques jours de replantation" !

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rue du Redeau), Octobre 2011.
Les frondes (1) du Cétérach sont rapprochées en touffes. Les pétioles (2) très écailleux de celles-ci sont plus courts que le limbe (3). Celui-ci est épais, une seule fois divisé, à pennes (4) de longueur décroissante vers le bas de la feuille et soudées au rachis (5) par toute leur largeur. La face supérieure du limbe est verte et l'inférieure est couverte d'écailles d'abord argentées puis brun roux cachant les sores (6).

Ceterach officinarum: épanouissement de nouvelles frondes.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rue du Redeau), Mai 2011.
Dans certains ouvrages, le nom scientifique utilisé pour désigner cette espèce est Asplenium ceterach. Les opinions divergent entre sa séparation en un Genre distinct (Ceterach) et son maintien dans le Genre Asplenium, positions qui se justifient l'une et l'autre (R. Prelli et M. Boudrie, 1992). Cette fougère était autrefois utilisée en médecine contre les inflammations de la rate en particulier, comme diverses espèces d'Asplenium (du grec splen, rate). Le nom "cétérach" serait d'origine arabe (cetrack). Au Moyen-âge, notre fougère semble être un remède contre "l'obstruction" de la rate et du foie. Elle contiendrait aussi des substances (tanin et acides organiques) bénéfiques pour la guérison de blessures. Le pouvoir cicatrisant de celles-ci stopperait les hémorragies, désinfecterait et ferait évoluer favorablement les plaies.

Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.
(1) Fronde: Ce terme désigne la feuille des fougères et comprend donc le pétiole et le limbe.
(2) Pétiole: Partie amincie de la feuille reliant le limbe à la tige. Celui-ci est souvent écailleux chez les fougères.
(3) Limbe: Partie élargie de la feuille.
(4) Penne: Chez les fougères, foliole d'une feuille composée.
(5) Rachis: Axe principal chez une feuille composée et pennée, prolongeant le pétiole et correspondant ainsi à la nervure principale du limbe.
(6) Sore: Chez les fougères, groupe de sporanges (organes dans lesquels se forment les spores), chez les Ptéridophytes (plantes herbacées se reproduisant par des spores).
15:53
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03.10.2011
Le chevalier guignette (Actitis hypoleucos), un visiteur régulier de la vallée de la Meuse.
Il est sept heures du matin. En cette journée de fin juillet qui débute sous un léger manteau de brouillard, je traverse le petit parc du centre d'Yvoir pour me rendre à la gare. Je frissonne un peu, mais la journée commence bien. Au milieu des canards colverts en plumage d'éclipse, barbotant dans l'eau sombre du Bocq, un martin-pêcheur plonge et capture un petit poisson. Sur la rampe du petit pont, il secoue énergiquement sa proie qui frétille. En la maintenant fermement dans le bec, il l'assomme en la frappant à gauche puis à droite, sur son perchoir. Il la retourne ensuite plusieurs fois dans ses mandibules et l'avale finalement la tête la première. Arrivé sur la route, je la traverse du côté Meuse. Des bernaches du canada emplissent les lieux de leurs clameurs et sortent soudain de la brume. En raison de leur origine américaine, certains les dénigrent. Il n'empêche qu'elles sont impressionnantes et magnifiques. Il y en a au moins vingt qui volent avec grâce au ras de l'eau pour se poser ensuite sur l'île d'Yvoir. Soudain, des cris sifflés percent le silence tout relatif à cette heure. Ces appels composés de notes flûtées, avec l'accent sur la première, portent loin et se succèdent à intervalles plus ou moins brefs: voici les chevaliers guignettes !

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
En examinant les notes de ces dernières années concernant mes observations en Haute-Meuse, je m'aperçois que j'ai eu des contacts réguliers avec ce limicole, surtout de mars à mai avec un pic vers le milieu de ce mois et de juillet à octobre (passage marqué fin juillet et début du mois d'août). Il y a quelques observations, peu nombreuses il est vrai, effectuées les mois de janvier et février. Les hivers concernés étaient particulièrement doux et, dans ce cas, certains oiseaux sont susceptibles d'hiverner dans nos régions. On peut dire que le chevalier guignette est un visiteur régulier, en Meuse !

Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net
En Wallonie, aucune tentative de nidification n'a été établie de 2001 à 2007 (J.-P. Jacob -Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, 2010). Cet oiseau est la seule espèce de chevalier qui s'est reproduite jusqu'à présent dans cette région. La nidification a peut-être été irrégulière au XIXème siècle, à une époque où la Meuse au lit caillouteux, ressemblait encore à un vrai fleuve et non à un canal navigable ! Aucune preuve formelle ne nous est cependant parvenue. Depuis, les cas prouvés de reproduction de cette espèce sont excessivement rares ... et très malaisés à repérer (P. Devillers, W. Roggeman, ..., 1988). En effet, la présence d'un de ces oiseaux au mois de mai, voire de juin, doit le plus souvent être attribuée à un migrateur ou à un oiseau d'un an en errance.
La technique de baguage à montré que les chevaliers guignettes de passage en Belgique vont nicher en Scandinavie (Norvège, Suède et Danemark) et, dans une moindre mesure, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Ils semblent très fidèles à leurs lieux de reproduction, d'hivernage et même de halte migratoire.

Chevalier guignette et gallinule poule d'eau.
Photo: Fr. Hela, Complexe des Marais d'Harchies-Hensies, Mai 2011.
Paul Géroudet indique que cette espèce migratrice atteint l'Afrique du Sud jusqu'au Cap et, plus à l'est, jusqu'au Sri Lanka et le sud de l'Australie pour les oiseaux d'Asie du Nord et de l'Asie tempérée. Il nous dit aussi que la limite septentrionale de l'aire d'hivernage dépend apparemment du gel, puisqu'elle passe en gros par la Grande-Bretagne, le nord de la Méditerranée, la Mésopotamie, le nord de l'Inde et la Chine. Toutefois, lors d'hivers doux, quelques chevaliers sont observés au-delà de cette limite. Pour les chevaliers guignettes du Nord, ces voyages, toujours de nuit, représentent un effort considérable (vol moyen estimé à 60 km à l'heure), dépassant 10.000 kilomètres de vol, comme le prouvent certaines reprises de bagues, entre le sud de l'Afrique et la Russie !

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
De la taille d'un étourneau sansonnet ou, pour d'autres, d'une grosse alouette, notre chevalier est un limicole atypique, semblant être un intermédiaire entre un bécasseau et un chevalier. Il est relativement bas sur pattes pour un chevalier, avec un bec à peine plus long que la tête. Ce qui doit attirer l'attention de l'observateur, lorsque l'oiseau est posé, c'est le contraste net entre le dessous blanc de son corps et son manteau gris brun olive, finement tacheté de près et paraissant uniforme de loin. Cette couleur foncée du dos lui permet de se confondre aisément avec son environnement.
C'est un oiseau vigilant que l'on n'approche pas facilement. A l'instar de quelques autres limicoles, le chevalier guignette balance vivement l'arrière-train dès qu'il s'arrête de marcher, de même qu'il hoche verticalement la tête lorsqu'il se sent observé ou qu'il est inquiet. Le vol particulier de l'espèce effleurant la surface de l'eau est caractérisé par l'alternance de brèves séries de battements courts et de très courtes planées, les ailes incurvées vers le bas. Ce vol typique court et rythmé, les longues barres alaires blanches sur les ailes déployées et les cris caractéristiques sont d'excellents indices de reconnaissance de l'espèce.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
En déambulant, le chevalier guignette happe à peu près toutes les bestioles qu'il aperçoit sur l'étroite bande riveraine qu'il explore. Sa vue excellente repère les insectes, dont il s'approche avec précaution, repliant les jambes et abaissant la tête, prêt à projeter le bec avant qu'ils ne s'envolent: il est d'ailleurs capable de les attraper en l'air quand ils passent à sa portée ou de bondir contre un mur pour les cueillir avec adresse (P. Géroudet, 1983). Parfois, il lave ses proies avant de les avaler. Entre et sous les pierres, il ne néglige pas d'inspecter les recoins, tout comme il explore les crevasses des rochers, les amas de débris échoués, mais il est rare qu'il sonde la vase comme les autres chevaliers au bec plus long. Les prises les plus fréquentes sont les Coléoptères, les Diptères et les Lépidoptères. Viennent ensuite les Hémiptères (punaises), des Orthoptères (criquets et sauterelles), des phryganes, des fourmis ou d'autres insectes. Il ne dédaigne pas les araignées, les myriapodes, les petits crustacés et les mollusques. A l'occasion, des vers, des têtards, de minuscules batraciens et de très petits poissons complètent son menu. Les éléments végétaux sont ingérés en quantité insignifiante.

Photo: Patrick Marques www.oiseaux.net
En ce qui concerne son habitat, le chevalier guignette a un besoin essentiel, en toute saison, de disposer d'une certaine longueur de rive nue, plutôt étroite et souvent dominée par un relief assez proche. Pour cette espèce, si la berge peut être ombragée ou dégagée, composée de limon humide, de gravier ou de grosses pierres, voire de béton, l'eau doit être toujours libre, courante ou dormante, douce ou salée. Elle évite les marais à hautes plantes ou constitués de roselières, les grandes vasières plates, préférant de beaucoup les rigoles et canaux qui les précèdent. En migration, lors de ses escales, le chevalier guignette s'arrête dans une telle variété de sites qu'il serait fastidieux de les énumérer. Mentionnons toutefois sa prédilection pour les digues et brise-lames ainsi que pour les enrochements de protection. L'observation en bord de Meuse de ce petit chevalier est toujours un moment inoubliable pour l'ornithologue attentif qui sait admirer et se réjouir !

Photo: Michel Tellia - www.oiseaux.net
18:41
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27.09.2011
La Grande Sauterelle verte (Tettigonia viridissima), un grand insecte musicien !
La Grande Sauterelle verte, appelée dans certains coins de Wallonie "coq d'aousse", compte parmi nos plus grands Orthoptères. La longueur du corps atteint 28 à 46 mm suivant le sexe, la femelle étant la plus grande. Sa grande taille, sa couleur d'un beau vert clair avec, en général, une bande dorsale brune, ses ailes dépassant longuement le corps et ses très longues antennes permettent de la reconnaître facilement.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Septembre 2011.
Adulte en été et en automne, la Grande Sauterelle verte est plutôt active l'après-midi et la nuit durant laquelle les mâles stridulent. Leurs émissions acoustiques très puissantes consistent en sons assez stridents qui paraissent distinctement hachés, audibles à environ 50 mètres. Chez nous, cette sauterelle est assez courante. C'est une espèce peu exigeante quant aux milieux de vie. On la trouve dans les friches, les jardins, les champs, aux bords des chemins ensoleillés, dans les pelouses sèches ou parmi les buissons, les broussailles et les arbustes. En général, elle grimpe lentement sur les végétaux, saute peu et vole aisément.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Septembre 2011.
Le Grande Sauterelle verte est surtout entomophage. Les insectes et leurs larves essentiellement sont ses proies favorites. Les matières végétales constituent apparemment une nourriture d'appoint. Ce régime alimentaire souvent ignoré en fait un insecte très utile, notamment dans les jardins !
La grande tarière lisse, en forme de sabre un peu courbé, longue de 27 à 32 mm, qui prolonge l'abdomen de la femelle, est impressionnante pour le profane, qui l'assimile à un dard vulnérant. En fait, il s'agit d'un organe pour pondre les oeufs dans le sol, appelé oviscapte. La Grande Sauterelle verte peut mordre si on la manipule, mais elle est tout-à-fait inoffensive !

Oviscapte d'une femelle trouvée morte dans le centre d'Yvoir.
Photo: Fr. Hela, 21 Septembre 2011.
Les Orthoptères sont des insectes possédant généralement deux paires d'ailes très réticulées à nervation complète; la paire antérieure est plus ou moins durcies et protége les larges ailes postérieures servant au vol.

Tettigonia viridissima: Ailes (détails).
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 21 Septembre 2011
Les pattes postérieures plus longues que les autres leur permettent d'effectuer de grands bonds, d'où le nom de Saltatoria (du latin saltare, sauter) qu'on donne parfois à ces insectes. La grosse tête arrondie avec une face souvent verticale, le pronotum en forme de selle et la présence de pièces buccales orthognathes broyeuses sont également des caractéristiques de cet Ordre.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2011.
Chez ces insectes, l'oeuf constitue généralement le stade de résistance à l'hiver. Les larves, qui ne se développent qu'au printemps suivant, ressemblent aux adultes si ce n'est leur taille inférieure, l'absence d'ailes et d'organes reproducteurs. Ceux-ci apparaîtront progressivement au cours des mues successives. Les Orthoptères sont donc ovipares et appartiennent au groupe d'insectes dits à métamorphose incomplète.

Grande Sauterelle verte: Stade juvénile.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe) Juin 2011.
20:32
Écrit par FH
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22.09.2011
Moi, mes souliers, ...
Le titre de cette note peut surprendre. "Moi, mes souliers" est le titre d'une chanson de Félix Leclerc (1914-1988), conteur, poète, dramaturge et chansonnier québécois. Il reste pour moi un être que j'aime toujours écouter et lire. Ses chansons et ses écrits nous invitent à partager un monde où l'homme et la nature sont unis. Il nous emmène le long d'un ruisseau qui serpente dans les champs, de bosquet en bosquet, cherchant la source froide qui l'appelle derrière les arbres blancs. Il nous pousse à nous attarder, éveillés par le cri des oiseaux, au premier matin du printemps. Il nous invite à écouter les crapauds qui chantent la liberté, à pleurer la mort de l'ours, ce gros poilu ou à marcher dans le sentier qui longe les labours jusqu'au bouleau près duquel personne n'attend plus ...
Mes souliers m'attendent et s'impatientent. Septembre est là et, chaque année à pareille époque, ils savent que la forêt nous invite à une fête qui se prolongera plusieurs semaines. Par les sentiers qui traversent nos bois, nous partons clairs et légers, enveloppés de vent et de lumière. Moi et mes souliers vont je ne sais où avec comme guide le hasard. Nous allons et marchons maintenant avec un sentiment fort d'aimer l'air et la terre. Nous avons rendez-vous avec l'automne !

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 23 Septembre 20011.
Mon âme humaine n'a point d'âge en ce moment-là. Tout est jeune et nouveau sous le soleil de septembre. Au bois, ce mois a sonné le départ des coucous gris, des pouillots siffleurs ou des fauvettes à tête noire et jauni les feuilles des trembles et coudriers. La gloire de l'automne s'affirme quand les feuillages, les uns après les autres, flambent de couleurs chaudes; jaune des bouleaux, ocre des mélèzes, ors variés des hêtres et châtaigniers, rouge orangé des érables et sorbiers, tons violacés des chênes, ... et lorsque le vert foncé inaltérable des pins et épicéas vient rehausser toutes ces nuances, c'est une splendeur dont les yeux ne peuvent se lasser.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Forêt domaniale de Tricointe, Octobre 2010.
Bien avant la chute des feuilles, les rameaux des arbres qui ont donné feuilles et bourgeons diminuent leur activité; ils s'engourdissent et ne se réveilleront qu'au printemps prochain. Alors que leur vie souterraine continue, bien des plantes herbacées paraissent entrées en dormance, malgré les heures tièdes d'octobre...
Les jours passent, de plus en plus courts. Graminées et certaines fougères se déssèchent. Les glands et faînes tombent. C'est la saison des champignons et des fruits qui rougissent, noircissent ou bleuissent sur les arbustes. Puis, pour les feuillus et les mélèzes, voici venir la chute des feuilles et des aiguilles.

Le Tricholome rutilant (Tricholoma rutilans)
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Forêt domaniale de Tricointe, Octobre 2010.
Première gelée ... Novembre pend ses brumes aux grands hêtres dénudés. Le vent courbe à l'extrême les saules et fait craquer les membrures du chêne. Les grues cendrées ou les oies sauvages remplissent alors le ciel. Leurs clameurs s'entendent partout pendant quelques heures voire plusieurs jours. L'hiver est à nos portes !

Je vais, je viens dans la nature, je fais partie d'elle. Assis au pied du gros chêne, je hume l'odeur de la forêt et écoute ses bruits subtils. Cette énorme plante contre laquelle mon dos repose est l'émergence de la force de la terre et du ciel. Comme elle, je suis né de la roche et du labeur de l'eau, de la chaleur du soleil, du froid et du souffle du vent qui me permet de respirer. Il me vient alors une pensée primordiale: " Nous devons prendre conscience que ces éléments, principes de toute la vie, existent en nous". Pour cela, il faut retrouver au fond de nous-même le sens du mystère. Albert Einstein disait à ce propos: "Le sens du mystère est la source de tout art véritable, de toute vraie science. Celui qui n'a jamais connu cette émotion, qui ne possède pas le don d'émerveillement ni de ravissement, autant vaudrait qu'il fût mort: ses yeux sont fermés." Comme le gros chêne, je suis un élément de l'harmonie du monde et je dois prendre garde de n'en point sortir. En effet, je sais que le monde est en moi et que je suis dans le monde!

Chêne pédonculé (Quercus robur)
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 10 Septembre 2011.
Prenons une poignée de terre noire dans la main, après avoir écarté un peu de la litière de feuilles. Cette matière appelée humus est douce au toucher et un parfum agréable s'en dégage. Les nutriments qu'elle contient sont le résultat de la grande besogne silencieuse d'innombrables créatures invisibles à l'oeil humain. Et déjà une nouvelle règle s'établit: "Tout ce qui meurt devient source de vie !". En parcourant la forêt on peut vérifier que la surface du sol est couverte de feuilles mortes, de branches, voire de troncs entiers ou en morceaux, d'excréments et de cadavres de petits et grands animaux., ... Si nous voulons comprendre davantage sur quoi repose l'ordre des choses, il suffit de se pencher et d'écarter un peu de ces résidus. Ceux des années précédentes sont en voie de changement vers le principe de la fécondité. Ils sont dégradés à la surface ou à l'intérieur du sol par des myriades de microorganismes qui les remettent en circulation sous forme d'éléments nutritifs disponibles pour perpétuer la vie.

Photo: G. Boots, Evrehailles.
Moi et mes souliers nous foulons au pied un monde largement méconnu, invisible et fourmillant d'une multitude presque inimaginable d'organismes d'une diversité prodigieuse. Par mètre carré, on trouve, dans certains sols forestiers, cent billions de bactéries dans les trente premiers centimètres, des algues innombrables, des champignons avec environ un milliard d'individus, 500 millions de protozoaires, 10 millions de nématodes, ... * Bref, une pincée de terre contient plus d'habitants que l'humanité compte d'individus !
Par les paroles d'Ousséini, chef d'un village du Sud Maghreb, Pierre Rabhi * compare très justement cette énorme activité au labeur d'un estomac, d'une panse ouverte largement répandue sur la terre. Cette digestion ressemble à une fermentation où tout s'entremêle pour donner une nouvelle matière qui se marie peu à peu à la glaise issue de la roche maternelle, transformée elle aussi par l'eau, le froid, la chaleur, le souffle du vent et les racines des plantes. Cette terre noire dans mes mains boit et respire comme un organisme dont la santé est bonne. Elle est la force et l'énergie qui se dégage du gros chêne que je sens en moi. Considérant l'être de la terre, nous pourrions dire que la roche est son ossature, l'argile et le sable, sa chair, et la matière noire son sang. L'être humain qui aura considéré ces choses connaîtra une part du secret de la vie. De cette terre féconde jaillissent des plantes vigoureuses, des arbres s'élèvent vers le ciel. Les créatures animales peuvent y prospérer et proliférer. Les espèces animales et végétales sont d'une diversité outrepassant notre capacité à les saisir toutes à la fois.
Depuis l'aube des temps, les hommes savent dans leur âme ces choses et se sentent responsables de l'univers, mais actuellement beaucoup d'entre eux sont aveuglés par le matérialisme qui ne permet plus cette compréhension. Or, c'est justement celle-ci qui devrait nous éclairer sur ce que nous pourrions faire pour nous guérir et sauver la terre.
* Voir le numéro spécial Protection de la nature 4/1985 de la Ligue Suisse pour la Protection de la Nature "Le Sol, un monde vivant", 30 pages.
* "Parole de terre, une initiation africaine" de Pierre Rabhi, aux Editions Albin Michel (Espaces libres), 1996: Un récit magnifique à lire et relire ! L'auteur a fondé toute sa philosophie de vie ainsi que son travail de mise en valeur des régions arides et des cultures traditionnelles sur l'ardente passion qu'il voue à la Terre.
22:11
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19.09.2011
Un Aster méridional rare, à Houx-sur-Meuse: Aster Linosyris.
Les chiffres entre parenthèses dans le texte invitent le lecteur à prendre connaissance d'informations complémentaires en fin de note.
En cette journée de mi-septembre, je décide d'examiner attentivement les quelques plantes encore en fleurs croissant sur les zones rocheuses calcaires, à proximité du cimetière de Houx-sur-Meuse. En cette fin d'été, quelques Oeillets des chartreux (Dianthus carthusianorum) (1), des Herbes à l'esquinancie (Asperula cynanchica) (2) et des Scabieuses colombaires (Scabiosa columbaria) (3) colorent l'endroit. Là, le rocher est couvert de capitules jaune or ! C'est un beau peuplement d'Asters linosyris !
Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.
Cet Aster est une espèce thermophile (4) des pelouses sèches et des rochers, souvent en des lieux riches en calcaire. Généralement abondant dans ses localités, Aster linosyris (5), originaire d'Europe méridionale et médiane, est une espèce rare à très rare en Belgique. La Commune d'Yvoir compte plusieurs stations bien fournies dont celles situées sur le site des Rochers de Champalle.
Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.
De nombreux Asters sont cultivés pour l'ornement des jardins. Ils sont mieux connus du grand public. Certains se rencontrent parfois dans la nature à l'état subspontané (6) ou naturalisé (7). La plupart d'entre eux sont originaires d'Amérique du Nord. Il existe aussi de nombreux cultivars, souvent d'origine horticole.

Un Aster originaire d'Amérique du nord, souvent cultivé dans les jardins.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Septembre 2011.
Dans notre pays, les Asters croissant spontanément sont rares. Avec l'Aster maritime (Aster tripolium) des vases et prés salés du littoral et Aster linosyris, nous avons fait le tour du Genre en Belgique. Aster linosyris fleurit assez tard. D'août à novembre, certains rochers se parent de centaines de fleurs jaunes. En regardant attentivement une "fleur", on peut s'apercevoir qu'il s'agit d'un ensemble de petites fleurs tubulées réunies sur un réceptacle commun, appelé capitule. Notre Aster fait partie de la grande Famille des Astéracées (anciennement Composées) comme les marguerites, les pissenlits, les centaurées, les épervières, les carlines et bien d'autres.
Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.
La plante d'une hauteur de 30 à 50 cm à des tiges ramifiées dans la partie supérieure et des feuilles linéaires (8), nombreuses et rapprochées, larges au maximum de 2mm.
Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.
(1) Parce qu'il aurait été cultivé en Chartreuse où il ornait les jardins d'un prestigieux monastère, cet oeillet porte un nom évocateur. Aujourd'hui, cette plante égaye les pelouses calcaires et les rochers ensoleillés de la Haute-Meuse de ses quelques fleurs d'un rose rouge intense.

L'oeillet des Chartreux (Dianthus carthusianorum)
Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.
(2) Petite Rubiacée, proche parente des gaillets et de l'aspérule odorante, l'herbe à l'esquinancie (Asperula cynanchica) abonde à certains endroits dans nos pelouses sèches et nos rochers. C'est une espèce qui aime les sites ensoleillés et chauds, croissant de préférence sur un substrat contenant du calcaire.

L'herbe à l'esquinancie (Asperula cynanchica)
Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.
(3) La scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria) est assez répandue dans notre région. Elle fleurit de juillet à octobre dans les pelouses sèches et parfois sur les rochers. C'est une espèce thermophile qui pousse exclusivement sur des substrats contenant du calcaire.

La scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria)
Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.
(4) Une plante thermophile croît de préférence dans des sites chauds et ensoleillés.
(5) Une forme naine et trapue d' Aster linosyris pousse sur quelques falaises rocheuses maritimes battues par les vents, en Bretagne; le port de la plante exprime son adaptation à un biotope où la forme typique d'Aster linosyris ne pourrait survivre. Elle semble génétiquement fixée et a reçu le nom d'Aster armoricanus (Aline Raynal-Roques, in "La botanique redécouverte" - Ed. Belin, 1994, page 87).
(6) et (7) Une plante subspontanée est une plante cultivée, échappée des jardins, des parcs ou des champs, ne persistant souvent que peu de temps dans ses stations ou du moins ne se propageant pas en se mêlant à la flore indigène. Si c'est au contraire le cas, elle sera dites naturalisée ou en voie de naturalisation.
(8) Une feuille linéaire est une feuille longue et très étroite, à bords plus ou moins parallèles.
21:23
Écrit par FH
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13.09.2011
Sur les traces de l'Araignée-Frelon ...
Les chiffres entre parenthèses dans le texte renvoient le lecteur en fin de note pour des renseignements supplémentaires.
L'Argiope fasciée (Argiope bruennichi) est sans nulle doute une de nos plus belles araignées. En langage vernaculaire, on la nomme souvent "argiope", "épeire fasciée" ou encore "araignée-frelon". La femelle, d'assez grande taille (1) est très reconnaissable à son abdomen ovale et tronqué en avant. Celui-ci, jaune pâle à jaune doré, orné à la face dorsale de bandes noires transversales plus ou moins sinueuses, lui donne un aspect "tigré". Ses pattes brun pâle sont cerclées de noir.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Septembre 2011.
Appartenant au groupe des araignées orbitèles (2), elle construit une toile de forme circulaire, en orbe. Celle-ci, tissée à faible hauteur dans la végétation, atteint 30 cm de diamètre. Elle est ornée d'un ruban vertical de soie nacrée, en zigzag, appelé stabilimentum (3). A l'affût, l'Argiope fasciée se poste au centre de la toile, tête vers le bas, les pattes étalées.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Septembre 2010.
Le dimorphisme est très marqué chez cette espèce. Les mâles sont beaucoup plus petits (4 à 8 mm). Ils n'ont pas les riches coloris des femelles. Ils ne construisent pas de toile et mènent une vie errante, sauf à l'époque des amours où on peut les voir au voisinage immédiat ou sur les toiles des femelles.

C'est normalement fin juillet que l'on aura la chance de rencontrer les premières femelles adultes, au centre de leurs toiles. A cette époque, elles ont déjà une taille respectable. Sans avoir encore des bandes noires et jaunes de l'abdomen entièrement marquées, elles ont cependant atteint la maturité sexuelle. Dès le mois d'août, on peut noter la présence de femelles de grande taille, dont les teintes des bandes transversales se sont avivées.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 12 Août 2011.
Fin de l'été, la femelle, sur le point de pondre, construit deux ou trois cocons protecteurs dans lesquels elle place ses oeufs. Ces cocons sont de véritables chefs d'oeuvre ressemblant à de minuscules montgolfières d'une hauteur de 15 mm. L'araignée tisse d'abord un petit sac central qu'elle remplit de 400 à 600 oeufs. Elle enveloppe alors celui-ci d'une véritable "bourre" de fil de soie: c'est l'isolant thermique qui protège la ponte du froid. Un tissage externe soyeux termine le travail. L'argiope meurt peu après (4).
Ainsi protégés, les oeufs peuvent passer l'hiver. L'éclosion progressive a lieu au printemps. Sous l'action des rayons solaires, l'air enfermé dans le cocon s'échauffe et provoque son éclatement. Les jeunes araignées vont partir alors à la conquête du monde extérieur.

Cocon ovigère avec de petites argiopes prêtes pour conquérir d'autres territoires.
Photo: Fr. Hela, Thynes, Juin 2010.
Les petites arignées vont alors se disperser en tissant un fil de soie d'une certaine longueur qui se fixe habituellement aux tiges, brindilles, feuillage,... des alentours immédiats. C'est, en quelque sorte, un pont aérien destiné à assurer la progression des araignées afin de rechercher un habitat éloigné du lieu de naissance. Dans d'autres circonstances, profitant de la présence d'ascendances thermiques et de vents favorables, les jeunes araignées se laissent emporter parfois sur de très grandes distances, toujours grâce à ce fil de soie joliment nommé "fil de la Vierge".
L'Argiope fasciée se rencontre dans des habitats chauds, ensoleillés et, en général, secs, ayant subi une influence humaine (5). Cette espèce est thermophile et de nombreux auteurs l'indiquent dans plusieurs études. Ainsi, R. Guttmann (1979) montre que 90% des stations de cette araignée en Allemagne bénéficient d'une température au-delà de 10°C, pendant au moins 150 jours par an. En Europe centrale et occidentale, l'araignée-frelon aime particulièrement les versants bien exposés à l'orientation sud et sud-ouest (Cl. Puts, 1987). Chez nous, les espaces ouverts fortement ensoleillés sont les plus recherchés par l'araignée, tandis que les milieux fermés et ombragés sont évités. Ainsi les zones forestières, à l'exception des lisières et des chemins bien exposés ne lui conviennent pas. Notons, pour terminer, que sa présence dans certains jardins de notre localité est assez fréquente !
(1) 14 à 18, voire 25 mm. Les araignées vivant en région méditerranéenne sont souvent plus grandes que chez nous.
(2) Encore appelées "araignées à toiles géomètriques", les araignées orbitèles n'ont en commun que la forme circulaire, en orbe, de leur toile.
(3) Le rôle du stabilimentum demeure inconnu. Sa fonction principale, bien que controversée, serait efficace contre les prédateurs, en masquant la silhouette de l'araignée (camouflage). Il aurait un rôle de soutien et augmenterait la résistance de la toile,...
(4) D'après certains auteurs, les femelles vivent jusqu'en octobre. J'ai moi-même observé l'argiope un 30 septembre.
(5) Ce sont les jardins, les haies, les bords de champs et de routes, les terrains vagues en ville, les talus, les dépotoirs et sites industriels désaffectés, les ruines, les carrières abandonnées, les pelouses sèches sur sols siliceux ou calcaires, les vieilles friches et les pâturages extensifs.
20:27
Écrit par FH
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11.09.2011
L'Ecaille chinée (Euplagia quadripunctaria), une espèce plutôt méridionale.
Les motifs cryptiques des ailes antérieures dissimulent parfaitement ce papillon lorqu'il est posé sur un rocher ou parmi la végétation. Vient-il a être découvert, il s'enfuit brusquement, dévoilant ses ailes postérieures rouges marquées de taches noires. Ce comportement me surprend toujours. Il vole souvent en plein soleil avec une rapidité déconcertante. Une fois posé, il n'est pas facile à repérer.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2011.
Dans notre région, l'époque du vol de cette magnifique Ecaille s'étend de juillet à début septembre. Certaines années, elle peut être très abondante. Elle affectionne particulièrement les bois clairs et brousailles, généralement secs. Elle fréquente aussi les pentes rocheuses abruptes et les carrières. On peut l'observer dans les vallées du Bocq et de la Meuse, butinant en plein jour l'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum), l'origan (Origanum vulgare), les cirses (Cirsium sp.), les chardons (Carduus sp.), les centaurées (Centaurea sp.) et d'autres plantes à floraison tardive. Il n'est pas rare de la rencontrer dans les zones rurales peu ombragées, dans les friches et même les jardins.

Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 25 Juillet 2011.
L'Ecaille chinée est un Hétérocère ("papillon de nuit") de la famille des Arctiidae (Ecailles) dans laquelle on trouve plusieurs espèces ternes ou vivement colorées qui sont plutôt nocturnes. Quelques unes ont toutefois des moeurs diurnes comme notre Ecaille ou celle du séneçon, appelée aussi "Goutte-de-sang" (Tyria jacobaeae) dont les chenilles oranges annelées de noir se nourrissent de divers séneçons (Senecio jacobaea et Senecio vulgaris notamment).

L'Ecaille du séneçon (Tyria jacobaeae) et sa chenille.

Photos: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.
En août, la femelle de notre Ecaille chinée pond ses oeufs en groupe sur du feuillage. L'éclosion des chenilles polyphages a lieu au bout de 10 à 15 jours. Peu après avoir consommé quelques plantes (lamiers, orties, épilobes, pissenlits, plantains, ...), celles-ci rentrent en hibernation. Au printemps, elles se réalimentent en s'attaquant au feuillage de certains arbustes, dont le noisetier et le framboisier. Vers la fin du mois de mai, elles se nymphosent et l'émergence des papillons adultes se déroulent souvent début juillet.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 20 Août 2011.
Cette espèce présente une aire de répartition globalement plus méridionale. Cela ne l'empêche pas de s'élever relativement haut en montagne, en remontant par les vallées. L'Ecaille chinée occupe essentiellement l'Europe moyenne et méridionale. Plus au Nord, elle atteint l'Allemagne moyenne où les régions Kerfeld-Massif du Harz semble être une limite. Dans les vallées du Sud de l'Europe, on observe occasionnellement des concentrations massives de cette Ecaille: ce phénomène, paraît-il, est même régulier sur l'île de Rhodes, où des dizaines de milliers de ces papillons se rassemblent sur les rochers et les arbres, recouvrant intégralement ceux-ci. Ce spectacle féerique compte parmi les curiosités touristiques de l'île !

Rassemblement d'Ecailles chinées sur un tronc d'arbre.
Vallée des papillons (Ile de Rhodes - Grèce)
Photo: www.digitalphoto.pl
21:06
Écrit par FH
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10.09.2011
Merveille de la nature: les fruits du fusain (Euonymus europaeus)
Rouge orangé, rouge vermillon, noir luisant ou bleutés, les fruits sauvages parent à l'arrière saison, les haies et buissons de nos campagnes et lisières forestières. La profusion cette année de prunelles, mûres, cenelles des aubépines, sorbes du sorbier des oiseleurs, drupes des sureaux ou cornouilles, ... attirent le regard du promeneur. Avant de fermer notre porte et d'allumer notre feu, allons encore par les sentiers et le long des haies de notre entité pour y cueillir quelques impressions colorées de fin d'été ou d'automne. Voici les fruits du fusain nommé aussi "bonnet carré", "bonnet de prêtre ou d'évêque" et encore "bois carré", ... les petites fleurs régulières blanc verdâtre d'un centimètre de diamètre de ces arbustes sont passées inaperçues en avril et mai, mais les fruits à la curieuse allure surprennent à la fin de la belle saison. Sur les rameaux aux feuilles jaunissantes, on peut voir des lanternes carrées en grand nombre qui sont à l'origine du nom populaire évocateur de "bonnet de prêtre", du temps où nos ecclésiastiques portaient la barrette ! Ce sont, en fait, de petites capsules à quatre loges rose carmin qui éclatent en automne dégageant de magnifiques graines orangées luisantes, véritables merveilles de la nature.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 3 Septembre 2011.
Le fusain, de la Famille des Célastracées, est souvent un arbuste de 3 à 5 mètres de haut. Les tiges sont relativement dressées, ramifiées et d'un vert mat. Elles sont presque quadrangulaires (souvent marquées de quatre crêtes blanchâtres plus ou moins liégeuses). Les rameaux d'un vert franc sont assez rigides et opposés. Les petits bourgeons verts sont appliqués contre les rameaux. Les feuilles opposées d'un vert mat sur le dessus possède un court pétiole. Le limbe de celles-ci est lancéolé (4 à 6 cm) et finement denticulé. Les petites fleurs régulières blanc verdâtre apparaissent aux mois de mai et juin.

Photo Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.
Il s'agit d'un arbuste qui croît dans les bois, les taillis et les haies, surtout sur des sols riches mais pas exclusivement et sur un substrat contenant du calcaire (espèce calcarifère). Il préfère la pleine lumière ou des expositions moyennement ombragées. A Yvoir, il indique souvent la présence de roches clacaires dans le sous-sol, avec l'érable champêtre (Acer campestre), le cornouiller mâle (Cornus mas), le troène commun (Ligustrum vulgare), la viorne mancienne (Viburnum lantana) et le nerprun purgatif (Rhamnus cathartica).
D'autres fusains sont cultivés pour l'ornement. C'est le cas notamment d'espèces à feuilles persistantes, originaire du Japon: Euonymus japonicus et fortunei. Une autre espèce, aux feuilles plus grandes (limbe de 8 à 16 cm) et dont les capsules sont ailées aux angles, est plantée dans les parcs et jardins ou parfois dans des haies, en alternance avec des arbustes indigènes. Il s'agit du fusain à larges feuilles (Euonymus latifolius), d'Europe méridionale et du sud-ouest de l'Asie.
Photo: Fr. Hela, Godinne, Septembre 2011.
Les fruits toxiques des fusains contiennent diverses substances colorantes. Les graines renferment un hétéroside cardiotonique. En Amérique du Nord, l'écorce des racines du fusain pourpre noir (Euonymus atropurpureus) est douée de propriétés purgatives et cholagogues dues à un complexe résineux peu connu dénommé l'évonymine (P. Moens, 1991).
Carbonisé en vase clos, le bois du fusain donne un charbon de bois ferme (le fusain) très apprécié des dessinateurs. Le bois très homogène à grain extrêmement fin, jaune clair à soufré, veiné de brun au coeur, ressemble à celui du buis (Buxus sempervirens) quoique moins dense et moins dur. Celui-ci est tendre et facile à travailler: fuseaux (le mot "fusain" indique que le bois servait à tourner des fuseaux), navettes, aiguilles, marqueterie.
10:23
Écrit par FH
dans Arbres et arbustes |
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09.09.2011
Le gobemouche gris (Muscicapa striata): Un oiseau discret mais un chasseur d'insectes efficace.
En cette deuxième semaine du mois d'août peu d'oiseaux s'expriment à Godinne. Ici et là, on peut entendre les cris d'un pic épeiche, d'un pic vert, d'un grimpereau des jardins ou des notes précipitées lancées par des sittelles torchepots. Il fait bien calme dans ce jardin arboré !
Des sons ténus, durs et aigus, émis à intervalles réguliers me parviennent. Des "tsrii...tsr...tsrit...tzi..." s'entendent dans cet arbuste assez haut du sous-bois. Il y a des gobemouches gris dans les parages. En voici un perché à la pointe d'une branche, posté dans l'ombre des grands chênes. Son oeil noir est aux aguets.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Maintenant, il s'élance, prend en chasse un insecte, exécute lors de sa poursuite quelques acrobaties avec les ailes et, après l'avoir gobé avec un claquement de bec, retourne à son poste. Mais, il n'est pas seul ! En réalité, toute une petite famille entreprend une chasse aux insectes ! A partir de leurs perchoirs, les oiseaux happent sans cesse des bestioles en lançant des cris menus brefs. Quel spectacle pour l'observateur !
En raison de sa discrétion, le gobemouche gris est un passereau peu remarqué qui n'éveille pas souvent la curiosité. Avec son plumage gris souris qui tourne au blanc sale sur la gorge et le ventre, il passe fréquemment inaperçu. "Pas une note de couleur un peu vive sur ce plumage aux tons neutres, dont seules quelques mouchetures sur les côtés du cou, la poitrine et les flancs relèvent un peu la monotonie." (P. Géroudet, 1998).

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Pourtant, ce chasseur redoutable d'insectes (Diptères, Lépidoptères, Hyménoptères, Coléoptères, ...) mérite toute notre attention. Dans notre région, il est plus fréquent qu'on ne le croit !
Les ailes plutôt longues, la brièveté des pattes, le bec assez long et un peu plus large à la base, encadré de vibrisses bien développées, sont autant de caractéristiques* des gobemouches, chasseurs d'insectes. P. Géroudet (1998) indique que les vibrisses, poils raides qui se hérissent de chaque côtés du bec, ont pour fonction probable d'élargir encore la portée de la bouche et de retenir les proies. Cet auteur indique aussi que la faiblesse des pattes montre que les gobemouches ne sont pas du tout terrestre.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Le gobemouche gris affectionne les milieux arborés clairs et ouverts qui offrent aussi bien des perchoirs et espaces dégagés pour chasser ses proies, que des cavités très ouvertes en tout genre pour nicher (loges de pics, cavités naturelles, trous dans les murs, nichoirs, ...). L'oiseau a une prédilection pour les espaliers et les plantes grimpantes (vignes, glycine, clématites, lierre grimpant, ...) contre les maisons. Les zones boisées en bordure du Bocq, composées notamment d'aulnes et de saules sont aussi adoptées par l'espèce.
Ce sont des oiseaux migrateurs. Ils arrivent très tardivement sur les lieux de nidification, rarement avant la dernière décade d'avril. C'est surtout dans le courant du mois de mai que ces oiseaux réapparaissent chez nous. Dès la mi-août, ils regagnent leurs quartiers d'hivernage africains situés au Sud du Sahara, jusqu'en Afrique du Sud ! Là, les oiseaux fréquentent la brousse épineuse et les acacias, ou bien les lisières des grandes forêts. Le passage postnuptial dure tout le mois de septembre. Des observations jusqu'à la fin octobre, voire début novembre, sont exceptionnelles.
* Ces caractéres sont encore accusés chez les hirondelles et poussés à l'extrême chez le martinet noir et les engoulevents.
14:02
Écrit par FH
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01.09.2011
Rencontre avec la couleuvre à collier (Natrix natrix).
Spontin, le 30 juillet 2011.
A partir du cimetière, j'emprunte un petit sentier ombragé qui me mène sur une sorte de plateau rocailleux parsemé d'un tapis de nombreuses plantes en fleurs et d'où je peux contempler l'ancienne carrière, au lieu-dit "La Rochette" ou "Les Roches". A ma droite, mon attention se porte sur une petite zone humide où croissent deux petits joncs: le jonc à tige comprimée (Juncus compressus) et le jonc à fruits luisants (Juncus articulatus). Je m'en approche doucement et, accroupis, je prends quelques photos de près de ces deux espèces. Là, à moins de cinq mètres de moi, une forme foncée allongée m'attire. A pas mesurés comme si je marchais avec des pattes de velours, j'arrive lentement sur les lieux. Quelle surprise ! Une couleuvre à collier de belle taille, lovée, me fixe de son oeil rond.

Photo: Fr. Hela, Spontin, 30 Juillet 2011.
Elle bouge la tête dans ma direction et, mâchoires serrées, elle projette vers l'avant sa langue bifide plusieurs fois pour me sentir ou éventuellement me toucher. Celle-ci n'a évidemment pas pour fonction de piquer et est régulièrement sortie puis ramenée dans la bouche. A l'intérieur de celle-ci, les deux pointes touchent un appareil olfactif et gustatif, l'organe de Jacobson, dont les ouvertures sont situées dans le palais, et qui transmet les informations au cerveau.

Photo: Fr. Hela, Spontin, 30 Juillet 2011.
Soudain, voyant que je me rapproche pour la photographier, elle bluffe pour m'intimider en dressant la tête, l'aplatissant et l'élargissant en triangle. A présent, elle souffle bruyamment et se met à donner des coups de museau sur l'appareil photo, sans ouvrir la gueule pour mordre. Se rendant compte probablement que ses postures ne m'impressionnent guère, elle se déroule entèrement et, comme un long ruban, disparaît rapidement dans la végétation (1). Sa taille voisine sûrement le mètre. D'ailleurs, c'est le plus grand de nos serpents, à l'âge adulte. Les mâles atteignent en général 90 cm de longueur, tandis que les femelles atteignent 120 cm. Des serpents de taille exceptionnelle (150 à 170 cm) ont été observé en Wallonie (E. Graitson, 2007).

Photo: Fr. Hela, Spontin, 31 Juillet 2011.
La couleuvre à collier se reconnaît au premier coup d'oeil par la présence sur la nuque de deux croissants latéraux jaunes pâles, parfois blancs, rarement oranges. Ils sont bordés vers l'arrière par deux taches noires et se rejoignent habituellement pour former un collier clair, d'où le nom vernaculaire donné à ce serpent.
La teinte générale de notre serpent est assez uniforme, mais varie d'un individu à l'autre. Le plus souvent, c'est le gris ou le vert olive qui domine; parfois aussi le brun jaune ou brun orange. On remarque assez souvent des taches diffuses foncées sur le dos et de petits traits verticaux noirâtres sur les flancs.

Photo: Fr. Hela, Spontin, 31 Juillet 2011.
Son cou est bien marqué, le museau est court et légèrement tronqué. Des barres verticales noires sont présentes sur les écailles labiales, en-dessous de l'oeil qui est rond, ainsi que la pupille.

Photo: Michel Gijsemberg, Crupet, Avril 2010.
La couleuvre à collier est tout-à-fait inoffensive pour l'homme ! Comme la coronelle lisse (Coronella austriaca), elle est dépourvue de dents spécialisées pour inoculer le venin (serpent aglyphe). Certaines couleuvres à collier, plus agressives, peuvent mordre, mais sans conséquences majeures.
La couleuvre à collier se différencie de la coronelle par sa taille adulte nettement plus grande, par l'absence de trait foncé en travers de l'oeil et par la présence presque constante du collier clair sur la nuque, ainsi que les écailles carénées.
Coronella austriaca
Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), Juillet 2011.
Elle se distingue de la vipère péliade (Vipera berus) par sa taille adulte très supérieure, par l'absence de bande sombre en zigzag sur le dos ainsi que par des caractères visibles de près, comme la pupille ronde et la présence de grandes plaques sur la tête.

Vipera berus
Photo: J. Bultot.
(1) Il arrive aussi que la couleuvre à collier simule à la perfection l'apparence d'un serpent mort. Elle se met alors sur le dos, ventre en l'air, la tête couchée sur le côté, la gueule ouverte et la langue pendante. C'est une attitude cataleptique qu'elle adopte parfois lorsque toutes ses postures d'intimidation sont épuisées. Au bout d'un moment, s'il ne s'est rien passé, elle se remet promptement sur le ventre et, profitant de l'effet de surprise, fuit rapidement sans demander son reste.

Photo: Y. Brunelli
17:49
Écrit par FH
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26.08.2011
Une découverte mycologique spectaculaire à Godinne: Omphalotus illudens.
* Les mots marqués par un astérisque sont expliqués dans le petit glossaire, à la fin de la note.
L'Allée Croix d'Al Faux se situe non loin du Collège Saint-Paul et de son verger abandonné. Les maisons du quartier se sont construites progressivement dans une chênaie. Dans certaines propriétés on peut encore observer de magnifiques chênes pédonculés (Quercus robur). De son jardin arboré, Nadine attire mon attention sur une grande tache orange vif, visible de loin, dans la pelouse de ses voisins. A la jumelle, il s'avère que se sont des champignons d'une grande taille croissant en groupe. Avec l'accord de la voisine, nous décidons d'examiner de plus près cette curiosité.
Omphalotus illudens
Photo: Fr. Hela, Godinne, 24-08-11.
La taille et la couleur de ces champignons sont extraordinaires. Les chapeaux de certains d'entre eux ont au moins 15 cm de diamètre, voire davantage ! Ils présentent une couleur orangée vive. Le revêtement est brillant mais sec et satiné. La marge étroite de ces chapeaux est enroulée et tend à se lober.
Photo: Fr. Hela, Godinne, 24-08-11.
Les lames minces, étroites et fourchues ont la même couleur que le chapeau et sont fortement décurrentes*. Le pied est fort et plein, concolore, souvent courbé, se rétrécissant à la base (presque radicant*). La chair est orangée et ferme dégageant une forte odeur fongique.
Photo: Fr. Hela, Godinne, 24-08-11.
Nous sommes bien en présence du clitocybe illusoire ou trompeur (Omphalotus illudens), appelé aussi clitocybe lumineux, une espèce très rare dans notre pays !
D'après D. Schott (Société Mycologique de Strasbourg - 1979), le Genre Omphalotus se caractérise macroscopiquement par des basidiocarpes* de grande taille, omphaliformes*, entièrement de couleur orangée vive, par des lamelles très décurrentes* et une sporée crème. Plusieurs espèces d'origines américaines ou australiennes ont été décrites. Deux espèces du Genre Omphalotus, très semblables macroscopiquement, sont connues en Europe. Pendant longtemps, elles furent considérées comme deux formes écologiques d'une seule et même espèce. D'après certains travaux d'étude génétique sur le Genre Omphalotus (Petersen, Ronald H. and Karen W. Hughes, 1998), il semble actuellement admis qu'il s'agit de deux espèces différentes. Le clitocybe ou pleurote de l'olivier (Omphalotus olearius), espèce méridionale, croît en touffe sur les souches ou racines des oliviers ainsi qu' à la base des chênes verts (Quercus ilex) et lièges (Quercus suber).

Omphalotus olearius, espèce plutôt méridionale.
Photo: www.wikipedia.fr
Le clitocybe trompeur (notre espèce décrite ici), à tendance plus septentrionale, pousse en groupe ou isolément, sur le bois mort, souvent au pied et sur des souches en décomposition de chênes. Marcel Bon (1988) indique aussi qu'on le trouve sur le bois pourrissant des châtaigniers (Castanea sativa). A Godinne, la présence de cette espèce dans une pelouse s'explique peut-être par l'existence d'une souche pourrie d'un chêne anciennement abattu dans le sol, voire du bois mort ou de grosses racines décomposées de cet arbre.
Photo: Fr. Hela, Godinne, 24 août 2011.
Toutes les espèces du Genre Omphalotus sont toxiques et leur consommation entraîne un symptôme du type gastro-intestinal assez sévère: Sueurs, vertiges, douleurs et vomissements. La toxine en cause est l'illudine. Ces intoxications ont lieu principalement en France où Omphalotus olearius est plus abondant et plus souvent confondu par les débutants avec des espèces comme la chanterelle (Cantharellus cibarius) au la fausse girolle (Hygrophoropsis aurantiaca). Un tableau comparatif de l'ensemble des caractères macroscopiques des espèces pouvant potentiellement être confondues avec une espèce du Genre Omphalotus figure sur le site de la Société Mycologique de Strasbourg (voir l'adresse en fin de note).
Pour terminer, signalons que les espèces du Genre Omphalotus possède une propriété remarquable: leurs lamelles sont luminescentes dans l'obscurité. Si on met un champignon dans le noir complet, après quelques minutes, les lamelles dégagent nettement un halo de lumière verdâtre. Cette réaction consiste en l'oxydation d'une substance appelée la luciférine et est favorisée par la présence d'une enzyme, la luciférase. Lorsqu'elle se produit, il se dégage de l'énergie sous forme de lumière froide.

Photo: www.wikipedia.fr
Petit glossaire
*Basidiocarpe: Organe qui porte les cellules reproductrices (qui donneront les spores) des champignons possèdant des lames, des tubes ou des aiguillons. Le terme sporophore serait plus adéquat. En quelque sorte, nous dégustons des omelettes aux sporophores et non aux... champignons !
*Décurrente: Se dit d'une lame de champignon qui se prolonge plus ou moins bas sur le pied.
*Omphaliforme: Ayant la forme des Omphales, petits champignons aux lames décurrentes, aux chapeaux ténus, déprimés au centre et aux pieds un peu cartilagineux.
*Radicant: Se dit du pied d'un champignon lorsqu'il est prolongé dans le sustrat par une sorte de racine pivotante.
(1) Site de la Société Mycologique de Strasbourg: "Omphalotus illudens" par Dominique Schott (Fiche technique régionale): www.mycostra.free.fr/bulletin/omphalotus_illudens.htm
21:36
Écrit par FH
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