17/05/2013
Le Canard souchet (Anas clypeata), un canard original, au bec particulier.
Voilà deux printemps consécutifs durant lesquels quelques Canards souchets font une courte halte sur la Meuse, à la hauteur de l'île d'Yvoir. Le 18 avril 2012, deux mâles, en plumage de noce fortement bariolé, nagent au large et, ce 3 mai 2013, un beau mâle se repose sur une grosse pierre émergeante du bord de l'île.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Au printemps, le mâle exhibe un plumage rutilant qui brille au soleil: tête d'un vert bouteille presque noir, poitrine d'une blancheur éclatante, flanc et ventre d'un roux acajou foncé, sans oublier le dos noir et blanc, ni les scapulaires qui s'effilent et frangent ses bords. Ce canard de surface, très original, possède aussi un bec particulier, unique dans le monde des canards. Celui-ci est plus long que la tête, épais et aplati en large spatule à l'extrémité. Cet outil disproportionné donne à cet oiseau une silhouette caractéristique.

Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net
Lors des passages en mars et avril, de petits rassemblements de canards souchets sont remarqués ici et là, surtout dans les eaux douces à fonds vaseux et bordées d'une végétation (étangs, marais, ...), mais aussi dans les prés inondés au printemps, sur les plans d'eau et cours d'eau très lents, aux eaux plus profondes. C'est le retour printanier !

En couple !
Photo: Michel Lamarche - FindNature.com
Si certains de ces canards hivernent en petit nombre en Belgique, ceux-ci stationnent, lors de la mauvaise saison, en nombre beaucoup plus important, en France, en Grande-Bretagne et aux Pays-bas. Actuellement, certains oiseaux reviennent de plus loin, notamment d'Espagne, du Portugal, d'Italie et du nord-ouest de l'Afrique, mais aussi du delta du Sénégal, du lac Tchad et du bassin du Niger. En hiver, les oiseaux rencontrés dans le nord-ouest de l'Europe sont originaires d'Islande, de Finlande, de Suède, de Norvège, des Pays Baltes, de l'ouest de la Pologne et du centre de la Russie occidentale.

Canard souchet (Anas clypeata) mâle: Un bruissement sonore des ailes accompagne son essor brusque. En vol, on le reconnaît aisément à la proéminence de son bec. Sur ses ailes, s'étend un large triangle bleu ciel à l'avant, séparé du miroir vert par une barre blanche.
Photo: Yvon Toupin - www. oiseaux.net
A présent, revenons au bec particulier du canard souchet. Celui-ci, un peu carnavalesque, est bien utile ! Non seulement, c'est un organe du toucher délicat, avec sa souplesse et ses fibres nerveuses, mais c'est aussi une drague, un tamis, une pompe filtrante, nous dit P. Géroudet (1999). La mandibule supérieure est garnie de lamelles très fines et serrées, comme les dents d'un peigne ou les fanons d'une baleine, qui sont visibles hors du bec et recouvrent les lamelles des mandibules inférieures. Comme les deux mandibules ne se joignent pas exactement, il reste toujours un vide entre elles, lorsque le bec est fermé.

Canard souchet femelle.
Photo: Michel Lamarche- FindNature.com
Le canard souchet promène son bec dans l'eau d'un côté à l'autre, aspirant par un mouvement incessant de la langue et des mandibules, retenant les particules comestibles dans les lamelles et rejetant de côté l'eau filtrée.

Photo: Julien Daubignard - www.oiseaux.net
De cette manière, il peut se nourrir du plancton minuscule en suspension dans l'eau et la vase, et profiter d'une quantité de petites proies, qu'il capture en masse. Il mange des graines, des pousses et des bourgeons de plantes aquatiques, des algues, des mollusques, des petits crustacés et des insectes.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Ce canard filtreur des eaux de surface niche aux bords des zones humides peu profondes, riches en végétation et en plancton, ceinturées de roselières, de prés ou de bois humides. Il est très répandu dans la moitié nord de l'Europe. La Russie, la Finlande et les Pays-bas hébergent le gros de la population nicheuse. Cette espèce se reproduit aussi, entre autres, en France et en Allemagne. En Belgique, ce canard de surface niche principalement en Flandre. En Wallonie, le canard souchet reste un nicheur très rare, localisé et fluctuant (J.-P. Jacob et M. Derume, 2010).

Photo: Michel Lamarche - FindNature.com
15:11 Écrit par FH dans Avifaune, Canard souchet (Anas clypeata) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
07/05/2013
La Cicindèle champêtre (Cicindela campestris): un Coléoptère prédateur redoutable !
Par une journée chaude de ce début du mois de mai, j'herborise le long d'un large sentier bien exposé au soleil. Le sol sec est caillouteux, argilo-sablonneux à certains endroits et suffisamment drainé. De chaque côté, c'est la chênaie sessiliflore qui s'arrête brusquement par des talus ocres, abruptes, où affleurent des grès, des psammites et des schistes. Ceux-ci sont envahis par une végétation herbacée et arbustive clairsemée. De petites oseilles (Rumex acetosella) tapissent une zone schisteuse, le genêt à balais (Cytisus scoparius) et le sureau à grappes (Sambucus racemosa) fleurissent. En ces lieux, mon intérêt se porte sur plusieurs luzules en fleurs. La luzule printanière (Luzula pilosa), la luzule multiflore (Luzula multiflora), la luzule des bois (Luzula sylvatica) et la luzule blanche (Luzula luzuloides) font mon bonheur. Alors que j'examine attentivement ces plantes, je suis surpris par le vol bruissant d'un insecte, si vif que je ne perçois au premier abord qu'une ombre verte retombant presque aussitôt dans la rocaille. Je m'approche doucement et je reconnais aisément l'élégante silhouette de la Cicindèle champêtre. Mais, ma parole, c'est un accouplement !

Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 5 Mai 2013
Ces Coléoptères sont superbes. Leurs élytres vert mat, cuivrés, présentent chacun six taches blanc ivoire. Le dessous de leurs corps est vert bleuâtre, brillant, rehaussé de pourpre. Leurs pattes luisantes sont violettes et leurs antennes sont cuivrées à la base. Quelle merveille !

Photo: Fr. Hela, Houyet (Celles), 28 Avril 2013.
L'activité des Cicindèles est étroitement liée à l'ensoleillement. Privées du rayonnement solaire et de sa bienfaisante chaleur, elles perdent toute vivacité. Ce sont des Coléoptères carnassiers, redoutables prédateurs, qui s'observent habituellement dans des habitats ouverts. Ils montrent une attirance pour les sols sablonneux. Ainsi, dans l'ancienne sablière située à Celles (Houyet), ils abondent. En marchant lentement dans ces lieux magnifiques, on peut les voir courir souplement et vivement, leurs pattes longues et grêles paraissant à peine effleurer le sol.

Houyet (Celles): Vue sur la sablière Jean Marcaux.
Photo: Fr. Hela, 28 Avril 2013
Ce sont les plus vifs coursiers du monde des insectes, d'après M. Chinery (1993). La plupart des espèces volent bien, en faisant de longs bonds pour chasser moucherons et autres petits invertébrés sur le sol. Les Cicindèles s'envolent comme des mouches !

Cicindela hybrida courant au sol.
Photo: Fr. Hela, Houyet (Celles), 28 Avril 2013
Les mandibules puissantes et dentées de ces insectes retiennent l'attention. Les Cicindèles sont bien des chasseresses performantes ! Au niveau de la tête, on peut remarquer les yeux composés bien développés, très efficaces pour la chasse à vue. Les antennes sont implantées sur la face antérieure de la tête, juste sous les yeux.

Le corps des Cicindèles est quelque peu aplati et les taches couleur ivoire sur les élytres et à la base des mandibules semblent participer au camouflage de ces insectes.

Cicindela hybrida: Les zones des élytres marquées de blanc ivoire semblent casser la silhouette de l'insecte et lui assurent un excellent camouflage.
Photo: Fr. Hela, Houyet (Celles) 28 Avril 2013.
Prédatrices au stade adulte, les Cicindèles le sont également au stade larvaire. La larve de la Cicindèle champêtre vit dans un puits vertical, creusé dans le sol et, au fond duquel, elle aménage une petite chambre. Ce puits, situé le plus souvent au fond d'une légère dépression en forme d'entonnoir, a un diamètre de 3 à 6 mm, et une profondeur de 10 à 15 cm. A la surface du sol, celui-ci s'ouvre par un orifice parfaitement circulaire. La larve présente une morphologie assez particulière. Ses pattes, insérées latéralement, permettent un déplacement rapide sur les parois du puits. La partie supérieure de sa tête est aplatie et fortement chitinisée, de même que le premier segment thoracique (pronotum). Ses mandibules puissantes sont recourbées vers le haut.
La larve de la Cicindèle chasse à l'affût, ancrée à la partie supérieure de son puits. L'ancrage est réalisé à la fois latéralement par les pattes et, dorsalement, par deux crochets situés au sommet d'une protubérance du cinquième segment abdominal.

La tête et le pronotum de la larve affleurent à la surface du sol, obturant le puits. Lorqu'un insecte ou un autre petit invertébré vient à passer au-dessus du piège, il est happé par les mandibules et prestement entraîné au fond du puits pour y être dévoré. Les proies dont la taille excède le demi-centimètre sont dédaignées, la larve préférant alors se terrer au fonds de son puits, par mesure de sécurité. Pour repérer et apprécier la taille de ses proies, la larve de Cicindèle dispose, sur chaque côté de la tête, de six stemmates, c'est-à-dire douze "yeux simples" (ceux-ci permettraient une vision efficace dans un rayon d'environ 5 cm). Après son repas, elle rejette les restes chitineux non digérés.
Sauf lors d'accidents ou de dérangements, la Cicindèle ne change pas de terrier au cours de sa vie larvaire. A la fin de l'été, la larve se retire dans la chambre aménagée, au fond de son puits, après en avoir obturé l'entrée. C'est là qu'elle s'y métamorphose en nymphe. Celle-ci passera un hiver ou deux sous terre avant de se transformer finalement en un insecte parfait (l'imago).

La Cicindèle champêtre (Cicindela campestris)
Photo: Nadine Pirlot, Houyet (Celles), 28 Avril 2013
Dans notre région, la Cicindèle champêtre n'est pas un insecte rare, mais toujours localisé. Du fait de ses moeurs particulières, il ne peut prospérer que dans les endroits bien exposés, au sol suffisamment drainé et dont la compacité permet tant à la larve qu'à l'adulte, d'y creuser leurs terriers. On peut le rencontrer, d'avril à juin, dans les carrières, sur les sentiers forestiers bien exposés, à végétation limitée, dans les anciennes argilières ou sablières et, même, près des voies ferrées désaffectées ou non, comme à Yvoir, à proximité de la Maison des Jeunes.
En Belgique, existent d'autres espèces. Cicindela hybrida est assez commune, d'avril à août, dans les zones sablonneuses de tout le pays.

Photo: Nadine Pirlot, Houyet (Celles), 28 Avril 2013
Cicindela sylvatica fréquente, de mai à juillet, les bois des régions aux affleurements sablonneux (Campine, Lorraine, Hainaut) et gréseux. Cette espèce plus grande que Cicindela hybrida est devenue très rare.

Cicindela sylvatica
Photo: Lex Peeters, Hamont (Dg), 4 Août 2012
Cicindela maritima, inféodée aux dunes du littoral et aux sables de la campine anversoise, est considérée comme très rare dans notre pays.
Bibliographie:
Auber L.: "Atlas des Coléoptères de France, Belgique, Suisse" Tome 1, Ed. Boubée, 1976
Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1993.
Evans G.: "The life of beetles", Ed. G. Allenaud, Unwin-London, 1975.
Houvenaghe G.: "Les Cicindèles", in Naturalistes Belges 41-3, 1960.
Paulian R.: "Atlas des larves d'insectes de France", Ed. Boubée, 1971.
20:46 Écrit par FH dans Cicindèle (Cicindela hybrida), Cicindèle (Cicindela sylvatica), Cicindèle champêtre (Cicindela campestris), Coléoptères | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
15/04/2013
Potentille faux-fraisier (Potentilla sterilis) ou fraisier sauvage (Fragaria vesca) ?
En ce début du mois d'avril, la température est encore bien basse pour la saison. Je suis à la recherche de quelques plantes vernales qui devraient commencer à fleurir. Quelques Corydales solides (Corydalis solida) tentent une apparition, une dizaine de Tussilages (Tussilago farfara) éclairent de jaune un endroit où le sol est dénudé et de belles populations de dorines à feuilles alternes (Chrysosplenium alternifolium) colorent de vert tendre et de jaune la berge de la rivière. C'est pénible cette année, la végétation semble encore engourdie ! Sur le talus bien éclairé par les rayons du soleil, au pied des broussailles, de petites fleurs aux pétales blancs, légèrement échancrés, attirent mon attention. Les premières Potentilles faux-fraisiers (Potentilla sterilis) sont enfin en fleurs !

La Potentille faux-fraisier (Potentilla sterilis): On peut remarquer ici que les pétales, légèrement échancrés, ne se touchent pas et ne se recouvrent donc pas par les bords. Si on examine le réceptacle (axe de la fleur sur lequel sont fixées les pièces florales), on constate qu'il est velu.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Avril 2013
D'ordinaire je les observe déjà à la fin du mois de février ou au début de mars, à proximité d'un bois, d'une haie ou dans une coupe forestière. Cette potentille précoce, aux feuilles toutes à trois folioles, ressemblent à s'y méprendre au Fraisier sauvage (Fragaria vesca), espèce plus connue pour son faux-fruit rouge, la fraise des bois. Celui-ci fleurit normalement d'avril à juin et, à cette période, les deux espèces peuvent fleurir en même temps.

Le fraisier sauvage (Fragaria vesca): Les pétales se touchent ou même souvent se recouvrent par les bords. Le réceptacle est glabre et présente un anneau de poils à la base.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Avril 2012
Nos deux espèces appartiennent à la Famille des Rosacées. Elles possèdent des fleurs à cinq pétales blancs, libres entre eux, et un calice (cinq sépales) doublé extérieurement d'un calicule formé de cinq petites pièces vertes. Leurs feuilles, composées de trois folioles, sont velues et dentées.

Feuille à trois folioles de Potentilla sterilis: La face inférieure de celle-ci est glauque et munie de poils dressés obliquement. Les dents sont larges et plus ou moins obtuses.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 15 Avril 2013.
Feuille à trois folioles de Fragaria vesca: La face inférieure est vert grisâtre à un peu glauque-argenté, munie de poils soyeux apprimés. Les dents, plus nombreuses, sont aiguës.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 17 Avril 2013.
L'ancien nom scientifique de la Potentille faux-fraisier Fragaria sterilis ("fraisier stérile") avait été donné par Carl von Linné (1707-1778). Celui-ci, constatant probablement que cette espèce ne donnait pas à maturité un faux-fruit rouge (la fraise), conclut qu'il s'agissait d'une espèce de fraisier stérile. De nos jours, on a gardé l'épithète spécifique sterilis pour désigner cette potentille. Cela ne veut pourtant pas dire qu'elle est stérile. Elle donne bien, à maturité, un groupe de petits fruits secs (akènes) ! Chez le Fraisier sauvage, ces akènes sont portés par un faux-fruit rouge.

La fraise des bois est, en fait, un faux-fruit, résultant de la croissance du réceptacle qui se poursuit après la floraison. Un fruit est, par contre, un organe contenant des graines, provenant de la transformation d'un ou de plusieurs ovaires après la fécondation.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2012.

La fraise est un faux-fruit. Le réceptacle saillant, charnu et juteux, porte les petits akènes (fruits secs indéhiscents) qui dérivent des carpelles.
Dessin extrait de l'ouvrage "La botanique redécouverte" par Aline Raynal-Roques, aux éditions Belin INRA, 1994.

Une fleur de Potentille stérile visitée par une abeille solitaire, probablement du Genre Andrena.
Photo: Fr. Hela, Warnant, 14 Avril 2013.
12:04 Écrit par FH dans Flore, Fraisier sauvage (Fragaria vesca), Potentille faux-fraisier (Potentilla sterilis) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
11/04/2013
Randonnées d'initiation à la découverte de la nature: Programme 2013.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
"La Chevêche" vous propose des randonnées d'initiation à la découverte de multiples milieux naturels. Porter un autre regard sur notre patrimoine naturel, c'est à cela qu'elle vous convie. Mieux connaître la nature, c'est un pas important pour mieux la respecter et la protéger !

Bienvenue
Les rendez-vous pour les excursions ont toujours lieu Place Communale à Yvoir.
En ce qui concerne les demi-journées, ceux-ci sont fixés à 13h00 et, pour les journées entières, à 9h00.
Nous vous conseillons d'emporter avec vous une paire de jumelles et une loupe (grossissement 10 x).
De bonnes chaussures de marche et des boissons seront très utiles. N'oubliez pas votre pique-nique pour les journées complètes !
LE PROGRAMME DES EXCURSIONS EN 2013
Dimanche 26 Mai: Excursion d'une journée sur les crêtes de Meuse, à Waulsort (Hastière): botanique, entomologie et géomorphologie.

Dimanche 9 Juin: Excursion d'une demi-journée dans la réserve naturelle de Devant-Bouvignes (Dinant): Flore et faune des pelouses calcaires.

Le Flambé (Iphiclides podalirius)
Photo: Fr. Hela, Dinant (Rés. nat. de Devant-Bouvignes), 19 Mai 2011
Dimanche 30 Juin: Excursion d'une journée dans la vallée du Hoyoux, à Modave et environs: Flore et faune.

Dimanche 14 Juillet: Excursion d'une demi-journée à Sovet (Ciney): Flore et ornithologie.

Dimanche 28 Juillet: Excursion d'une journée à Dion (Beauraing): Découverte des paysages, de la faune et la flore.

Guide et renseignements: François Hela, rue du Redeau 16, 5530 YVOIR
Tél: 082/71 16 54
E-Mail: hela.fr.nat@gmail.com
23:27 Écrit par FH dans Randonnées initiation nature | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
22/03/2013
Une observation surprenante: l'Avocette élégante (Recurvirostra avosetta) nage en pleine eau sur la Meuse, à Yvoir !
Le 10 mars dernier, je me rends sur les bords de la Meuse, à Yvoir, pour observer les oiseaux d'eau, comme je le fais régulièrement. L'île d'Yvoir et la Meuse à cet endroit sont fortement artificialisés, ce qui n'empêche pas d'y faire quelques fois des observations inhabituelles, surtout en hiver et lors des migrations. Cinq hérons cendrés sont posés sur les anciens nids des années précédentes et lancent leurs cris gutturaux. Un couple de cygne tuberculé entame une parade qui se termine par un accouplement. Deux grèbes huppés dans leurs habits de noce sillonnent la zone. Là, sur un gros bois mort sortant de l'eau du fleuve, deux goélands pontiques adultes se reposent avec quelques mouettes rieuses. Un quinzaine de grands cormorans font de même sur les grosses pierres qui émergent, au bord de l'île. Un peu en retrait, une silhouette blanche de la taille d'une mouette flotte au large. Je n'en crois pas mes yeux ! Non, je ne rêve pas, il s'agit bien d'une Avocette élégante (Recurvirostra avosetta) qui nage là-bas et qui bascule de temps en temps comme un canard ! De près, l' identification de l'Avocette est facile: le plumage blanc bariolé de noir et, surtout, le bec noir, fin, à pointe relevée sont caractéristiques de l'espèce.

L'apparition de cet oiseau sur la Meuse est surprenante. En effet, ce limicole fréquente d'ordinaire des milieux saumâtres ou salés, auxquels il est largement inféodé. Pendant une grande partie de l'année, les avocettes ne visitent que les vasières des estuaires et des baies maritimes soumises aux marées. C'est là qu'elles trouvent une alimentation abondante: petits crustacés, larves d'insectes et vers notamment. Avec leur bec original, à la sensibilité tactile très développée, elles sabrent à l'aveuglette la vase fluide et l'eau trouble. A la recherche de leurs nourritures, elles se courbent vers la boue liquide ou l'eau peu profonde et plongent l'extrémité entr'ouverte des mandibules, en fauchant alternativement d'un côté à l'autre. Après chaque mouvement, elles relèvent le bec pour avaler les proies qu'elles ont rencontrées.

Photo: Jean-Pierre Robert, Ijsermonding - Reservaat, 17 Novembre 2011

Photo: Werner Priels, Uitkerkse Polder, 2 Juin 2012
Toutefois, l'Avocette peut se rencontrer à l'intérieur des terres, dans les eaux douces, en général peu profondes et pourvue de plages de boues ou de vases, le sel ne semblant pas lui être indispensable. De plus la palmure développée de ses doigts lui permet de nager sans contrainte, flottant avec la poitrine enfoncée et l'arrière du corps relevé. A l'occasion, nous dit P. Géroudet (1982), elle cherche aussi sa nourriture sous l'eau, en immergeant tout l'avant du corps, tandis que l'arrière-train pointe à la verticale.

Photo: J.P Paris - http://www.baladeornithologique.com
Mais revenons à l'observation du 10 mars. L'avocette exprime maintenant de l'inquiétude. L'arrivée d'un goéland pontique en est peut-être la cause. Les mouvements de sa tête et un balancement nerveux de l'avant du corps indiquent son départ imminent. C'est parti ! L'oiseau s'envole en répétant un "klut" assez flûté et sonore. Il passe près de la berge où je me trouve, vire vers l'île, revient et finit par se poser à nouveau au large. Au vol, la silhouette de l'avocette est typique: ailes assez larges, cou à demi tendu et longues pattes dépassant largement la queue courte. Le dessous de son corps est entièrement blanc, à l'exception des rémiges primaires qui sont noires.
Photo: Werner Priels, Uitkerke Weiden - Velduilweiden Uitkerke (VWUK), 30 Avril 2012.

Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora
L'Avocette est un oiseau de passage régulier dans notre pays, principalement sur le littoral. Au cours de leurs migrations diurnes ou nocturnes, les Avocettes franchissent, dans une moindre mesure, les terres intérieures. Toutefois, bien peu s'y arrêtent, les observations ne concernant rarement plus d'une dizaine d'oiseaux ensemble. Ainsi, en Wallonie, celles-ci sont bien moins fréquentes. Le plus souvent notés lors du passage printanier, de mars à juin, les oiseaux migrateurs stationnent sur toutes sortes de milieux pourvu qu'il y ait présence d'eau et de vasières: étangs, marais avec eaux libres peu profondes, bassins de décantation de sucreries, bassins d'orage et mares temporaires se formant dans des prairies ou des cultures, suite à des pluies abondantes en fin d'hiver ou au printemps.

L'Avocette élégante, aux hautes jambes bleuâtres, arpente, à pas mesurés, les plages et les eaux peu profondes.
Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
L'Avocette élégante est un limicole* nicheur du Paléarctique qui englobe l'Europe, le nord de l'Afrique et une grande partie de l'Asie non tropicale. L'aire européenne comprend, d'une part, le sud du continent et d'autre part, les régions côtières situées entre la France et le sud de la Baltique (M. Derume, 2010). D'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie (J.-P. Jacob et al., 2010), la reproduction dans la région a pu être prouvée pratiquement chaque année. La population nicheuse y est cependant marginale, comptant 1 à 3 couples par an. Les premiers cas de nidification de l'espèce en Wallonie seront découverts en 1984 et 1985, dans les bassins de décantation de la sucrerie de Warcoing (Hainaut) (D. Hubaut, 1984).

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
P. Géroudet (1982) nous dit qu'aussitôt l'élevage des jeunes terminés, les vasières des côtes atlantiques voient affluer des troupes d'Avocettes de plus en plus nombreuses. Ce sont surtout celles de la mer du Nord, du Waddenzee en particulier, qui deviennent le principal secteur de rassemblement et de mue pour les populations du nord-ouest de l'Europe; les arrivées se précisent dès mi-juillet et des dizaines de milliers d'Avocettes y séjournent d'août à mi-octobre, avant de repartir plus au sud. Certaines d'entre elles s'y attardent même jusqu'en décembre. Toujours d'après cet auteur, la plupart des oiseaux d'Europe occidentale hivernent du sud de la Bretagne au Sénégal et à la Gambie, dont près du tiers au Portugal (environ 11.000).

Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net
* Le cri habituel de l'Avocette élégante, un "klut" assez flûté et sonore, est à l'origine de son appellation néerlandaise. Kluut désigne cette espèce dans cette langue.
* Limicole: Le terme vient du latin limus (limon, boue) et -cola (qui habite ou exploite). Les Limicoles (Ordre des Charadriiformes) comprennent plusieurs Familles, dont deux riches en espèces: Les Charadriidés (pluviers, vanneaux, gravelots, ...) et les Scolopacidés (bécassines, courlis, barges, chevaliers, ...).
Littérature consultée:
Derume M.: "Avocette élégante, Recurvirostra avosetta", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie", Publication d'Aves et du Département de l'Etude du Milieu Naturel et Agricole (Service Public de Wallonie - DGNRE), Gembloux, 2010.
Géroudet P.: "Limicoles, Gangas et Pigeons d'Europe", Ed. Delachaux&Niestlé, Paris, 1982.
Hubaut D.: "Premier cas de nidification de l'Avocette (Recurvirostra avosetta) en Wallonie et statut régional de l'espèce", in Bulletin Aves, Vol.21 n°4, 1984.
Svensson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, Paris 2010.
14:28 Écrit par FH dans Avifaune, Avocette élégante (Recurvirostra avosetta) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
12/03/2013
Le Carabe des bois (Carabus nemoralis) un Coléoptère carnassier à l'Airbois (Yvoir)
Profitant de cette belle journée printanière de ce 6 mars 2013, je ratisse les feuilles de hêtres dans les pelouses de la ferme de l'Airbois, avant le retour du temps froid annoncé. Au pied d'une haie, un insecte terrestre apparaît, sans doute dérangé par mon activité. Ses déplacements sont extrêmement rapides et il n'est pas aisé de l'observer dans le détail. Malgré sa course rapide, je parviens à le capturer à la main et je le dépose dans une bassine vide à ma portée. Il se calme et je peux ainsi l'examiner et le photographier. Il s'agit d'un Carabe et, plus précisément, du Carabe des bois (Carabus nemoralis). Belle découverte !
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 6 Mars 2013
La détermination de ces Coléoptères repose en partie sur les côtes qui ornent les élytres, ainsi que sur les petites impressions punctiformes qui les marquent. Notre Carabe présente une couleur générale brune bronzée et un thorax violacé sur les bords. Ses élytres sont marquées de stries confuses et de rangées de petits points très superficiels.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 6 Mars 2013

Les élytres convexes du Carabe des bois (Carabus nemoralis) présentent des stries à peines indiquées et des points enfoncés régulièrement alignés.

Tête du Carabe des bois (Carabus nemoralis): antennes sur les côtés, entre les yeux composés et les mandibules, ainsi que les pièces bucales
Photos: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 18 Juillet 2012
Le Carabe des bois est un prédateur nocturne chassant, entre autres, limaces et vers. Le jour, il se met à l'abri sous les pierres, les tas de feuilles ou le bois pourri au sol. Les bois et forêts humides constituent ses habitats principaux.
Les Carabes sont des Coléoptères carnassiers terrestres dont la taille varie entre 13 et 38 mm. Ils chassent leurs proies à la course, tant à l'état larvaire qu'à l'état adulte. Ils se reconnaissent immédiatement à leur corps ovale et convexe, à leurs longues antennes amincies attachées sur les côtés de la tête, entre les yeux composés et les mandibules, ainsi qu'à leur thorax élégamment découpé en coeur.

Le Carabe violet (Carabus violaceus), espèce plus grande, habitant aussi les bois et les forêts.
Photo: Olivier Deplus, Morhet, 29 Juillet 2012
Leurs élytres sont lisses ou, plus souvent, striés en long, rugueux, chagrinés. Ils sont noirs ou ternes et, plus fréquemment, d'un vif éclat métallique coloré. Chez ces insectes, il n'est pas rare de constater que les ailes menbraneuses, cachées au repos par les élytres et servant au vol chez d'autres Coléoptères, soient réduites ou absentes. Leurs élytres sont souvent soudées ensemble.

Le Carabe à reflets dorés ou cuivrés (Carabus auronitens) est une espèce spectaculaire. Ses pattes robustes indiquent une adaptation à la course pour chasser ses proies.

Carabus auronitens: tête et thorax
Photos: Ludwig Jansen, Mol, 14 Novembre 2008.
Les larves carnassières, protégées par une armure de couleur foncée, sont animées de mouvements rapides et adroits. Elles vivent dans le sol ou les souches d'arbres morts. Elles se nymphosent dans des logettes et les adultes éclosent généralement avant l'hiver pour ne quitter l'abri nymphal qu'au premier printemps.

La larve d'un carabe non identifié, prédatrice comme l'adulte.
Photo: Arnaud Ville
Les Carabes chassent en solitaire, surtout la nuit et par temps pluvieux, courant avec agilité sur les sentiers, entre les graminées, sur les talus, ... où abondent larves, vers et mollusques. Armés de leurs puissantes mandibules, ce sont de redoutables prédateurs, très utiles pour l'agriculteur ou le jardinier. Dans les lieux cultivés et les jardins, ils jouent un rôle indéniable en limitant les populations d'invertébrés indésirables.

Carabus granulatus est une espèce que l'on peut rencontrer de mars à septembre, dans les forêts, les bois, les marais, les prairies humides, sous les écorces des troncs abattus et les mousses, généralement à proximité d'eaux stagnantes.
Photo: Marianne Horemans, Balen, 9 Juillet 2011
D'après G. Boosten et G. Coulon, quatorze espèces de Carabes (Genre Carabus) sont présentes dans notre pays. Certaines d'entre elles sont très communes, d'autres sont rares ou extrêmement localisées.
Bibliographie:
Auber L.: "Atlas des Coléoptères de France, Belgique, Suisse", Tome I, Ed. Boubée, 1976
Bootsen G. et Coulon G.: "Regards sur les insectes: les Carabidés", in Feuille de contact du C.R.A.S.E.N.
Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1988.
du Chatenet G.: "Guide des coléoptères d'Europe", Ed. Delachaux & Niestlé, 1986.
Grootaert P., Baert L. et Dessart P.: "Une introduction à l'entomologie", Guide Exposition Insectes, Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, 1989.
Paulian R. : "Atlas des larves d'insectes de France" Ed. Boubée, 1971.
Robert P.-A.: "Les Insectes", Tome I, Ed. Delachaux & Niestlé, 1960.
26/02/2013
Les hérons blancs explorent notre région
Non, vous n'êtes pas victime d'une hallucination. Vous avez bien vu un héron blanc, aux mouvements gracieux et mesurés, qui survole le village, qui arpente une prairie à la recherche de quelques campagnols ou qui fréquente régulièrement les bords d'un étang, la rivière ou les îles de la Meuse ! Celui-ci n'est pas un individu albinos, mais une espèce qui est de plus en plus observée dans notre région, du mois de septembre au mois de mars. C'est la Grande Aigrette (Ardea alba*), apparentée à notre Héron cendré (Ardea cinerea).

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Ce superbe oiseau ne cherche pas à se cacher, n'ayant d'ailleurs aucune possibilité de se camoufler. Très visible, mais de tempérament farouche, la Grande Aigrette est une prédatrice qui aime avoir autour d'elle des espaces dégagés faciles à surveiller. Totalement blanche en tous plumages, elle a la taille à peu près aussi forte que celle du héron cendré. En vol, sa silhouette immaculée est prolongée, à l'arrière, par le dépassement bien visible des pattes foncées aux doigts noirs. La lenteur de ses battements d'ailes donne une impression de légèreté. Son cou replié, étroit et anguleux, est un caractère typique des hérons en vol, bien différent des cigognes et des grues qui volent avec le cou tendu en avant. A l'extémité de sa petite tête effilée, son bec en poignard est jaune en hiver. Celui-ci devient noir au printemps, à l'exception de sa base qui reste jaune.

La Grande Aigrette (Ardea alba) a une taille de 95 cm et une envergure de 150 à 165 cm.
Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

Le Héron cendré (Ardea cinerea) est un peu plus grand que la Grande Aigrette (Taille: 84-102 cmet envergure: 155-175 cm)
Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Un autre héron blanc, plus petit de taille, pourrait apparaître occasionnellement dans notre région. Il s'agit de l'Aigrette garzette (Egretta garzetta), au bec toujours brun noirâtre. Ses pieds jaunes tranchent avec les pattes sombres. En période nuptiale, on peut remarquer quelques longues plumes effilées dans sa nuque. Les observations notées de cette espèce, également en progression, proviennent surtout de Flandre et de la vallée de la Haine (Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul notamment).

L'Aigrette garzette (Egretta garzetta) a une taille variant de 50 à 67 cm et une envergure de 90 à 110 cm.

L'aigrette garzette en période nuptiale.
Photos: Didier Collin - www.oiseaux.net
Je me souviens de ma première rencontre avec la Grande Aigrette et de mon enthousiasme d'alors. Cet instant de pur bonheur se déroulait au début des années 1980, dans le Brabant flamand, entre Wavre et Leuven, plus particulièrement au bord d'un vaste plan d'eau à Sint Agatha-Rhode. A cette époque, les observations, concernant surtout des individus isolés, n'étaient pas fréquentes et il fallait les soumettre à la Commission d'homologation pour valider celles-ci. Depuis 1991 (J. Godin, 2004), une augmentation spectaculaire de nombre de Grandes Aigrettes migratrices ou hivernantes est constatée et concerne presque toutes les régions de notre pays. Autrefois confinée dans les grands marais de l'Europe centrale et orientale (Delta du Danube notamment, Roumanie, Ukraine, ...), la Grande Aigrette montre un dynamisme remarquable dans le deuxième tiers du XXième siècle (Th. Tancrez, M. Windels et al., 2012). Celui-ci est accompagné d'une forte augmentation de l'hivernage de l'espèce dans le centre et l'ouest de l'Europe qui a précédé l'installation d'oiseaux nicheurs dans plusieurs pays d'Europe occidentale. Ainsi, on compte 180 couples en France, essentiellement localisés sur la facade atlantique, en 2008 et 143 couples aux Pays-bas entre 2002 et 2006 (J. Simar, 2010). A la faveur d'hiver doux, la population semble progresser et se répandre. Ainsi, 10 couples ont été découverts en Baie de Somme, en 2007 et une tentative de nidification a eu lieu en Flandre, en 2006.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
En Wallonie, un couple a tenté de nicher dans le complexe des Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul, en 2009, mais le nid a été abandonné après une semaine (J. Simar, 2010). Il faut dire que cette zone humide est fréquentée régulièrement par l'espèce et que, depuis 2006, quelques Grandes Aigrettes estivent (2009: 4 à 6 oiseaux fréquentent le site). Ce qui était attendu, arriva. L'été 2012, une première nidification réussie de notre héron blanc est découverte dans le Hainaut occidental. Le site occupé sont les anciennes argilières de Ploegsteert, situé au sud-ouest de l'entité Comines-Warneton. Le nid sera construit dans une rangée de jeunes saules de moins de 4 mètres de haut (Th. Tancrez, M. Windels et al., 2012).

Photo: Michel Lamarche - FindNature.com
L'expansion naturelle de cette espèce semble difficile à expliquer. Quoi qu'il en soit, il nous faut nous réjouir de sa présence régulière dans nos contrées !
Littérature consultée:
Benmergui M.: "Premier cas de reproduction de la Grande Aigrette Egretta alba* en Dombes (Ain), in Revue Ornithos Vol.4 n°9.
Géroudet P.: "Grands échassiers, Gallinacés, Râles d'Europe" Ed. Delachaux&Niestlé, 1978.
Godin J.: "Nos hérons", in Aves-Contact 2/2004.
Legrain B.: "Les hérons s'installent", in "le magazine couleurs nature" - Natagora, juillet-août 2012.
Simar J.: " Grande Aigrette, Casmerodius albus*", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie 2001 -2007, Ed. Aves et Région Wallonne, 2010.
Svensson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, 2010.
Tancrez Th., Windel M. et al.: "Première nidification réussie de la Grande Aigrette Casmerodius albus* en Belgique", in Bulletin Aves 49/3, 2012.
Voisin Cl.: "La protection des hérons de France: les résultats", in Bulletin "Le Courrier de la Nature" n°151 - mai-juin 1995.
* Le nom scientifique de la Grande Aigrette que j'ai retenu est Ardea alba (voir L. Svensson, "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, 2010). Egretta alba et Casmerodius albus semblent devenus des synomymes pour désigner l'espèce.
20:44 Écrit par FH dans Aigrette garzette (Egretta garzetta), Avifaune, Grande aigrette (Ardea alba), Héron cendré (Ardea cinerea) | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
20/02/2013
Bientôt, ce sera le moment d'observer nos primevères !
Les termes marqués d'un astérisque sont définis dans le petit glossaire, en fin de note.
Du mois de mars au mois de mai, nos sous-bois, nos lisières et le pied de nos haies vont s'illuminer de jaune. Ce sera le moment d'admirer nos primevères ! L'adjectif latin "primulus" veut dire "tout premier" et indique le caractère précoce de la floraison de celles-ci. Dans certaines régions, on nomme la primevère "coucou des bois", "herbe de Saint-Pierre". En néerlandais et en allemand on l'appelle "sleutelbloem" et "Schlüsselblüme", sleutel et Schlüssel signifiant la clef (du paradis). On raconte que Saint-Pierre, admiratif devant la splendeur du printemps, laissa tomber une des clefs du "Paradis" et celle-ci prit racine au milieu des anémones et des ficaires ! Ce serait ainsi que la primevère apparu.

La primevère officinale (Primula veris)
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 22 Avril 2012.
Outre les primevères, la Famille des Primulacées comprend notamment des espèces comme les lysimaques avec leurs belles fleurs jaunes, les cyclamens délicats, le mouron rouge (Anagallis arvensis subsp. arvensis) de nos cultures et potagers ou encore la trientale (Trientalis europaeus), espèce rare des landes tourbeuses ou des bois clairs à bouleaux pubescents (Betula alba) de la Haute Ardenne.

Le mouron rouge (Anagallis arvensis subsp. arvensis) de vos potagers fait partie de la même famille que les primevères.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Juin 2011.

La lysimaque commune (Lysimachia vulgaris) est une primulacée assez fréquente en bord de Meuse.
Photo: Fr. Hela, Anhée (bord de Meuse), 30 Juin 2012
Chez nous, nous pouvons distinguer deux espèces.
La primevère élevée (Primula elatior), assez commune, est présente dans les aulnaies*, les frênaies* ainsi que dans les chênaies* et prairies fraîches à humides. Ses feuilles sont toutes en rosette à la base, progressivement rétrécies en pétiole*, inégalement dentées, ridées, à nervation fortement réticulées*. Sa corolle* jaune pâle, inodore, possède une couronne orange clair au sommet du tube*. Le calice* à dents aiguës est appliqué sur le tube* de la corolle. Elle fleurit de mars au mois de mai.



Photos: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche, vallée du Bocq), Avril 2012
La primevère officinale (Primula veris) a des feuilles brusquement rétrécies en un pétiole* ailé. Sa corolle* jaune foncé possède cinq taches oranges au sommet du tube*. Le calice*, à dents obtuses et uniformément vert pâle, n'est pas appliqué sur le tube* de la corolle. Cette plante est odorante et certains auteurs notent une odeur de miel, un faible parfum citronné; d'autres encore évoquent une senteur suave semblable à celle du lait ! A vous de sentir ... La primevère officinale fleurit d'avril à mai et préfère un sol sec à très sec, sur calcaire. Chez nous, cette espèce est assez commune dans les prairies sèches, les pelouses calcaires, les bois clairs et les talus.



Photos: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 6 Avril 2012
En Belgique, nous devons mentionner une autre espèce bien plus rare à l'état sauvage. Il s'agit de la primevère acaule (Primula vulgaris). La plupart du temps, cette espèce est parfois subspontanée* ou naturalisée*. De nombreux cultivars* et hybrides de cette plante à corolle rouge, rose, violette, blanche, ... sont cultivés pour l'ornement des jardins et s'observent parfois en dehors de ceux-ci.


Primula vulgaris et un cultivar de cette plante à fleurs roses violacées
Les primevères se multiplient par division des racines en automne et par semis. Les minuscules graines sont enfermées dans une capsule s'ouvrant par des dents. Ces plantes sont mellifères. Les marques oranges des corolles conduiraient les visiteurs ailés aux nectaires* où ils peuvent se sustenter.
Il est une particularité intéressante chez les primevères qu'on appelle hétérostylie (voir la figure ci-dessous). On rencontre deux sortes d'individus: les uns ont un long style* et leurs étamines chargées de pollen sont dissimulées dans le fond du tube de la corolle; les étamines des autres sont disposées en haut du tube et leur style est beaucoup plus court. L'existence de ces deux types de fleurs permet la pollinisation croisée. La nature évite ainsi la consanguinité et favorise le formation de couples. A vos loupes !

L'hétérostylie chez la primevère: Style et stigmate (1), Etamines (2)
Dans le guide du Musée pharmaceutique et du Jardin des Plantes médicinales de l'Abbaye d'Orval, on peut lire: "La primevère officinale se caractérise par la présence, dans la plante entière, de saponosides* acides. La racine contient deux hétérosides*: le primevéroside et le primulavéroside. Les fleurs et les racines contiennent en outre une huile essentielle à odeur d'anis. Les feuilles quant à elles, sont riches en vitamine C et en flavonoïdes*. En usage interne, la racine de primevère est expectorante, diurétique* et laxative. Elle augmente les sécrétions salivaires et bronchiques. En usage externe, les propriété hémolytiques* des saponines* sont mises à profit dans le traitement des ecchymoses."

La primevère officinale (Primula veris) à Yvoir (Tricointe)
Photo: Fr. Hela, Avril 2012
Petit glossaire
Aulnaie: bois d'aulnes ou riches en aulnes. Se dit aussi aunaie.
Calice: enveloppe extérieure de la fleur, formée de sépales libres ou soudés.
Chênaie: forêt de chênes ou riche en chênes.
Corolle: enveloppe interne de la fleur, située entre le calice et les étamines, à divisions (pétales) libres ou soudées.
Cultivar: variété d'une espèce de plante, inconnue à l'état spontané, sélectionnée par l'homme et propagée par celui-ci parce qu'elle présente un intérêt ornemental dans ce cas-ci.
Dépuratif: qui élimine les déchets et les toxines de l'organisme en stimulant l'action des organes excréteurs.
Diurétique: qui active l'élimination de l'urine.
Flavonoides: Les drogues à hétérosides flavoniques sont souvent diurétiques, antispasmodiques et possèdent des propriétés vitaminiques P (augmentation de la résistance des capillaires sanguins et diminution de leur perméabilité). Ces propriétés trouvent leur intérêt aussi en diététique (fruits de Citrus).
Frênaie: forêt de frênes ou riche en frênes.
Hémolytique: qui détruit les globules rouges.
Hétérosides: Les hétérosides sont des produits fréquemment rencontrés chez les plantes. Sous l'action de certains enzymes ou en présence d'acides, ils se décomposent en un ou plusieurs glucides (glucose souvent) et en une partie non glucidique appelée aglycone ou génine. L'action médicamenteuse est due à l'aglycone, qui peut appartenir à des classes chimiques extrêmement différentes. La partie glucidique augmente la solubilité de l'aglycone dans l'eau et par là, la résorption dans le corps.
Naturalisé(e): se dit d'une plante originaire d'une région située en dehors du territoire étudié, introduite à l'origine fortuitement ou volontairement (dans ce cas-ci, il s'agit d'une plante cultivée pour l'ornement) et persistante.
Nectaires: organes glanduleux de certaines fleurs sécrétant un liquide sucré nommé nectar.
Nervation réticulée: disposition des nervures d'une feuille, marquée de lignes en réseau, comme les mailles d'un filet.
Pétiole: partie amincie de la feuille reliant le limbe (partie élargie de la feuille) à la tige.
Saponines: voir saponosides.
Saponosides: Hétérosides (hétérosides saponisides) caractérisés par leurs propriétés moussantes et leur amertume. Ils provoquent l'hémolyse des globules rouges et sont très toxiques pour les animaux à sang froid. La nielle, la saponaire, mais aussi des espèces alimentaires telles que la luzerne, le soja et les betteraves contiennent ces substances. En usage interne, ce sont des expectorants (thés et sirops pectoraux) agissant par réflexe, après irritation des muqueuses stomacales (comme l'Ipéca); ils sont aussi diurétiques, sudorifiques* et dépuratifs*. Enfin, ils facilitent la mobilisation du calcium et du silicium. Ils augmentent l'efficacité des tisanes qui en contiennent.
Subspontané(e): se dit d'une plante cultivée, échappée des jardins, des parcs ou des champs, ne persistant souvent que peu de temps dans ses stations ou du moins ne se propageant pas en se mêlant à la flore indigène.
Sudorifique: qui provoque la transpiration.
Tube: partie inférieure d'une corolle ou d'un calice, formée par la soudure des pétales ou des sépales.
Bibliographie
Anonyme: "Guide du Musée pharmaceutique et du jardin des plantes de l'Abbaye d'Orval ", Ed. Abbaye d'Orval, 1975.
Clesse B.: "Glossaire botanique illustré", Ed. ENPN, 1998.
Lambinon J. et al.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines" Cinquième édition (2004), Patrimoine du jardin botanique national de Belgique.
Moens P.: "Introduction botanique à la pharmacognosie", Ed. UCL 1991 et 1992 (2 tomes).
Poelaert M. et Woué L.: "Notions de chimie organique", Ed. CNB, 1996.
Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" 1. Plaines et collines, Ed. Institut pour le développement forestier (France), 1989.
Vlietinck A.-J. et Totte J.: "Plantes médicinales", Ed. Jardin botanique national de belgique, Meise, 1985.
10:31 Écrit par FH dans Flore, Lysimaque commune (Lysimachia vulgaris), Mouron rouge (Anagallis arvensis subsp. arvensis), Primevère acaule (Primula acaulis) et cultivars, Primevère élevée (Primula elatior), Primevère officinale (Primula veris) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
07/02/2013
Heureusement, il y les Tarins des aulnes ...
L'hiver 2012-2013 est assez pauvre en ce qui concerne les observations ornithologiques un peu particulières. Pour trouver des passereaux hivernants dans notre région, il faut chercher assidûment. Il faut dire que les fruits secs ou charnus de nos arbres et arbustes indigènes sont peu abondants. Heureusement, des bandes de Tarins des aulnes (Carduelis spinus) semblent actuellement apprécier les aulnes glutineux (Alnus glutinosa) croissant près de nos cours d'eau et sont l'objet de toute mon attention.

Tarin des aulnes (Carduelis spinus): Mâle.
Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

Tarin des aulnes (Carduelis spinus): Femelle
Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net
Les journées de ce début du mois de février sont, en général, peu lumineuses. Au Redeau (Yvoir), tout semble figé, dans cette atmosphère sombre et humide. A l'aube, il me faut être très attentif pour repérer quelques sons. Aucuns bruits, si ce n'est celui de la rivière qui coule inlassablement à mes pieds ! Le jour se lève péniblement et la torpeur ambiante finit par m'envahir. Est-ce que le jour va naître ? Les silhouettes noirâtres des aulnes sortent progressivement de la brume. Un cincle plongeur rase l'eau à grande vitesse, en poussant des cris hachés, quelques mésanges bleues et charbonnières émettent des sons, un pinson des arbres crie, un troglodyte s'irrite dans les fourrés et, dans la pénombre, je devine la silhouette d'un merle noir qui retourne du bec les feuilles, avec violence. Ouf ! Le réveil est lent, mais perceptible !
Tout à coup, une petite troupe de passereaux, en essaim, surgit du brouillard. Des Tarins des aulnes ! Les oiseaux lancent sans cesse des appels clairs et aigus, accompagnés de chuchotements ténus. L'essaim s'élève, descend, s'éloigne, puis revient. Le déplacement en formation serrée de ces petits fringilles est rapide. Les Tarins des aulnes sont rarement solitaires et il est habituel d'observer des groupes de 10 à 50 oiseaux, en automne et en hiver. Ils finissent par s'abattre dans un aulne tout proche de moi. Je ne bouge plus, je suis tarin !

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Février 2013
A présent, nos oiseaux se suspendent aux extrémités des rameaux et aux fruits sombres qui les garnissent. Ils se mettent à éplucher activement les "cônes" en miniature. Trop affairés, ils deviennent silencieux et, de temps en temps, certains d'entre eux descendent à terre pour récupérer les akènes tombés.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013
Sans raison apparente, voilà qu'ils s'envolent soudainement, en émettant à nouveau leurs appels, reprennent la formation en essaim, s'éloignent, puis reviennent sur l'arbre. Cette fois, certains oiseaux sont bien plus près. Ainsi, je peux remarquer le petit bec effilé et conique, ainsi que la queue bien fourchue de ce mâle.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013
La taille d'un tarin est faible, presque celle d'une mésange bleue (11 à 12 cm). Sur l'aile fermée, je note une barre jaune encadrée de noir, ainsi que le croupion et les cötés de la queue jaunes.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 février 2013
Il me semble que les femelles au plumage vert grisâtre flammé de brun noir sont plus nombreuses.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013
Les mâles se distinguent par leurs teintes vives, à leur dessous jaune à peine rayé, à leur calotte noire et à leur minuscule bavette noire.

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
Ma présence ne les effarouche pas et je suis assez surpris de l'agilité de ces petits fringilles. La tête en bas, ces petits acrobates se balancent comme les mésanges, n'interrompant leur repas que pour babiller.

Photo: Jules Fouarge, Aves- Natagora
Dans notre région, c'est en octobre que les tarins s'imposent à la vue et à l'ouïe. Des groupes, plus ou moins importants selon les années, patrouillent alors surtout les aulnes le long du Bocq et de la Meuse. Ils restent parfois jusqu'au mois d'avril, puis disparaissent. En hiver, ils peuvent fréquenter les mangeoires.
En ce mois de février, au Redeau, une trentaine d'oiseaux viennent régulièrement se nourrir au pied de la mangeoire.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 février 2013
Les migrateurs et les hivernants de Belgique et des Pays-bas semblent originaires de Norvège, de Suède, de Finlande, d'Allemagne du Nord, et probablement, de Russie (P. Géroudet et M. Cuisin, 1998). Durant la majeure partie de l'année, les tarins sont granivores. Les aulnes exercent sur eux une attraction particulière, mais ils visitent aussi les bouleaux. C'est au voisinage de l'eau qu'on a le plus de chances de les rencontrer. Les conifères jouent aussi un grand rôle dans leur alimentation. L'épicéa commun (Picea abies) et les mélèzes dans une moindre mesure, attirent ces passereaux en période de nidification.

Un tarin des aulnes mâle décortique ici un cône de mélèze.
Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
Le bec de ceux-ci est parfaitement adapté à l'extraction des graines des cônes. Les oiseaux se cantonnent aussi dans les boisements clairs de conifères, en lisière des fagnes et des landes, avec la présence de bouleaux et d'aulnes disséminés (D. van der Elst et D. Vieuxtemps, 2010).

Photo: Jules Fouarge, Aves-Natagora
Dans les régions montagneuses de Suisse, le tarin se reproduit dans la zone des résineux, de préférence entre 1200 et 1700 mètres (P. Géroudet et M. Cuisin, 1998). En Belgique, le bastion de l'espèce comprend l'est de la Province de Liège et le nord de celle du Luxembourg. C'est essentiellement dans les massifs forestiers, en périphérie des plateaux des Hautes-Fagnes et des tailles, tous deux situés à plus de 500 mètres d'altitude, que les tarins se reproduisent. En Wallonie, le tarin des aulnes est un nicheur peu répandu et reste sujet à de très importantes fluctuations, liées à la fructification des conifères (D. Van der Elst et D. Vieuxtemps, 2010).

Un couple (Femelle au-dessus, mâle en-dessous)
Photo: Jules Fouarge, Aves-Natagora
21:28 Écrit par FH dans Avifaune, Tarin des aulnes (Carduelis spinus) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
26/01/2013
L'Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis var. pratensis), une espèce devenue assez rare.
Au début du mois de décembre dernier, une belle surprise m'attendait dans le bas de la prairie, au dessus de la Ferme d'An Wez, à Tricointe (Yvoir). Mon regard est alors attiré par quelques taches orangées émergeant des herbes vertes. Des Hygrophores des prés étaient rassemblés cà et là, non loin de la lisière forestière. Cette espèce au chapeau abricot ou rosé saumon à orange croît dans les prairies moussues, plus ou moins humides, et, en forêt, dans les clairières herbeuses.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 1 Décembre 2012
L'Hygrophore des prés est devenu assez rare, probablement à cause des pratiques de l'agriculture moderne. Pour certains auteurs, l'utilisation intensive d'engrais serait préjudiciable au maintien des pelouses ou prairies à hygrocybes ou à hygrophores. Ainsi, depuis 1900, ce type de milieu a diminué fortement aux Pays-bas, du fait de la modernisation de l'agriculture. Quelques espèces y auraient presque complètement disparu (D. Sugny et D. Labarre, 2002) ! La prairie où j'ai trouvé les Hygrophores ne semble plus amendée depuis quelques années. Le pâturage par du bétail a cessé depuis un certain temps. Cette zone est utilisée essentiellement comme prairie de fauche. Ces conditions locales pourraient expliquer le retour de nos champignons.
L'hygrophore des prés, entièrement ochracé à orangé, ne présente pas de viscosité. Le pied blanchâtre ou teinté de la couleur du chapeau est sec et assez mince. Il est d'ordinaire plein, de consistance plus ou moins ferme. Sa chair est opaque et les lamelles crèmes, souvent reliées à leur base, sont décurrentes. Le chapeau mesure de 3 à 7 cm.


Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 1 Décembre 2012
En consultant divers ouvrages mycologiques, je me suis aperçu qu'il n'est pas toujours aisé de s'y retrouver au niveau taxonomique. Notre champignon a porté ou porte encore de nombreux noms définissant son Genre: Hygrocybe pratensis, Hygrophorus pratensis, Camarophyllus pratensis, Cuphophyllus pratensis, ... Du moins, certains spécialistes semblent actuellement rattaché l'espèce au Genre Hygrocybe.
La Famille des Hygrophoracées (actuellement Tricholomatacées), de l'Ordre des Agaricales à sporées blanches, regroupe des champignons nommés Hygrophores ("porteurs d'humidité"). Elle comprend des espèces attrayantes. Certaines d'entre elles sont remarquables pour leurs couleurs (jaune, blanc, rouge sang, rouge sombre, rouge orangé, vert olive, vert pomme, ...). Espèces tardives, voire hivernales, beaucoup d'Hygrophores colorent de leurs tonalités éclatantes les prairies et autres lieux où les graminées dominent. D'autres, par contre, sont moins visibles et se confondent assez bien avec la couleur des prés. Certaines espèces crèvent parfois les tapis d'aiguilles de pins et de mélèzes, en forêt.
Hygrocybe chlorophana, espèce trouvée à Champalle (Yvoir)
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 31 Août 2011.
Les champignons inclus dans la Famille des Hygrophoracées (actuellement Tricholomatacées) sont surtout caractérisés par leurs lames bien distinctes, souvent espacées et épaisses. Elles sont céracées (consistance cireuse et grasse). L'insertion de celles-ci est variable. on trouvera des lamelles ascendantes, adnées, échancrées ou décurrentes. Le pied et le chapeau ne sont, en général, pas séparables. Enfin, signalons que des représentants de cette Famille sont visqueux.
Pour P. Heinemann (1952), la Famille des Hygrophoracées ne comprend, dans nos régions, que le genre Hygrophorus, divisé en trois Sous-Genres qui, disait-il, pourraient cependant être considérés comme des Genres autonomes.
Dans le Sous-genre Hygrocybe, on trouve des champignons fragiles, aux couleurs souvent vives, aux chapeaux se gorgeant d'eau, visqueux ou humides et aux pieds creux. La trame des lames est régulière. La plupart de ceux-ci croissent dans les lieux herbeux.
L'Hygrophore conique (Hygrocybe conica)
Photo: Fr. Hela, Dorinne, 21 Août 2011
Le Sous-genre Camarophyllus est souvent assimilé au Genre Hygrocybe par certains auteurs. Les champignons montrent un chapeau et un pied secs. Ils sont fermes, charnus, sans teintes rouges. Les lamelles sont décurrentes ou émarginées à trame enmêlée. La plupart des espèces s'observent dans les prairies. C'est le cas de l'Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis, syn. Camarophyllus pratensis).

Dans le Sous-Genre Limacium, les champignons ont une taille moyenne à grande. Ils sont visqueux. Le pied est parfois muni d' un anneau gelatineux. Les lamelles sont horizontales ou arquées-décurrentes, à trame bilatérale. Les différentes espèces sont forestières.

L'Hygrophore des bois (Hygrophorus nemoreus)
Littérature consultée:
Bon M.: "Champignons d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1988
Courtecuisse R.: "Les champignons de France", Ed. Eclectis, 1994
Corriol G.: "Clé d'orientation des Hygrocybes de pelouses sèches", Janvier 2009
Gerhardt E.: "Champignons": Guide Vigot, 2004
Guillot J.: "Dictionnaire des champignons", Ed. Nathan, 2003
Heim R.: "Champignons d'Europe", Ed. Boubée, 1984
Heinemann P.: "Les Hygrophores", in "Les Naturalistes Belges" T. 33 n° 9-12, 1952 et T. 34 n° 1 et 2, 1953
Phillips R.: "Les Champignons", Ed. Solar, 1981
Sugny D. et Labarre D.: "Ecologie et répartition de 30 espèces d'Hygrophores sl", Société Mycologique du Pays de Montbéliard, 2002
13/01/2013
Violettes et pensées de notre région.
Pourquoi parler, en plein hiver, de plantes printanières ? C'est pour nous donner du courage et pour rêver au printemps qui n'est pas très loin ! Déjà, les jours se rallongent lentement, mais sûrement. La grive draine chante déjà et les mésanges charbonnières se mettent parfois à lancer quelques strophes. Préparons-nous à découvrir nos violettes et nos pensées !
Le printemps est là et il fait radieux. Les violettes parsèment le pied des haies, les sous-bois ou encore les endroits herbeux de certains jardins. La foule silencieuse semble en attente d'un évènement inconnu et je m'interroge en silence quand, apparu de derrière un terricule de ver de terre, de jeunes beautés parfumées me confient en rougissant: "C'est le printemps que nous attendions toutes et qui revient enfin !"

La violette odorante (Viola odorata)
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 17 Mars 2012.
Heureuses de cette nouvelle et ivres de soleil, les premières abeilles solitaires entreprennent de donner, sur le champ, l'accolade à tout le monde !

Accouplement de deux osmies cornues (Osmia cornuta)
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 8 Mars 2011.
Pour notre plus grand plaisir, au sortir de l'hiver, les violettes sont partout. Depuis la fin de février au mois de mai et juin, elles épanouissent leurs corolles bleu clair à violet foncé dans des milieux les plus variés et sur divers types de sols: haies, buissons et broussailles, taillis et bois clairs, coteaux, prairies et bords de chemins, pelouses calcaires et jardins.

Violettes odorantes (Viola odorata).
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 4 Avril 2012.
Quant aux pensées sauvages, leurs pétales muticolores apparaissent en avril jusqu'en octobre, dans les moissons, les friches, les cultures, le long de chemins et, même, sur le ballast des voies ferrées.

La pensée sauvage (Viola tricolor).
Photo: Fr. Hela, Awagne, 24 Juin 2010.
Ces plantes herbacées discrètes mais bien connues de tous appartiennent, tout au moins chez nous, à l'unique Genre Viola constituant la famille des Violacées. Elles possèdent une enveloppe florale complète et à pétales libres entre eux. Les fleurs solitaires bâties sur le plan cinq (5 sépales, 5 pétales et 5 étamines), à l'exception du gynécée (ensemble des organes femelles d'une fleur), présentent une symétrie bilatérale. Examinons les caractères généraux des Violacées de chez nous.
En ce qui concerne les termes en italique, veuillez consulter les figures.
La tige: Elle peut être dressée, couchée ou ascendante.
Les feuilles: Pourvues d'un pétiole, souvent simples, dentées ou crénelées, elles sont alternes ou toutes situées à la base de la plante. Elles possèdent des stipules entières et persistantes, foliacées, libres ou soudées au pétiole à la base, dentées et incisées.
Le calice: Il est persistant sur le fruit et constitué de cinq sépales prolongés inférieurement par un lobe élargi.

La corolle: Elle est formée de cinq pétales libres et inégaux, dont quatre sont dirigés vers le haut (les deux latéraux étant redressés vers les deux supérieurs) chez les pensées, alors qu'ils ne sont que deux dans ce cas chez les violettes. Notons que les violettes possèdent deux pétales latéraux généralement barbus à la base, étalés à angle droit ou plus ou moins dirigés vers le bas. Le pétale inférieur, plus grand, est pourvu d'un éperon dépassant les appendices des sépales.

1. Pétales 2. Sépales 3.Eperon

Vue de profil d'un violette de Rivin (Viola riviniana). L'éperon est ici bien visible.
Photo: Fr. Hela, Godinne, 4 Avril 2012.
L'androcée (ensemble des organes mâles d'une fleur): Il comporte cinq étamines présentant chacune un filet court et aplati contre lequel sont accolées les deux loges de l'anthère (extrémité renflée de l'étamine où se forment les grains de pollen). Elles sont dépassées par une pointe triangulaire et aplatie correspondant à l'extrémité du filet. De plus, les deux étamines inférieures se prolongent dans l'éperon par un curieux appendice en forme de lame, de longueur variable et inséré différemment selon les espèces.

A gauche, fleur de Viola odorata: Appendice d'une étamine inférieure (app.), logé dans l'éperon (ep.).
A droite, étamine inférieure chez Viola alba: 1. Anthères 2. Appendice en forme de lame 3. Pointe triangulaire.
Le gynécée (ensemble des organes femelles d'une fleur): L'ovaire est libre et supère, surmonté par un style plus ou moins fortement plié (genouillé), portant un seul stigmate élargi au sommet, non terminé par un crochet (Type Pensées) ou crochu à élargi en disque au sommet (Type Violettes).
Le fruit: Une capsule à une seule loge s'ouvrant par trois valves et contenant de nombreuses graines.

Quatre violettes et deux pensées sauvages sont présentent près de chez vous. Comment les reconnaître ?
1. La violette hérissée (Viola hirta) fleurit de mars à mai dans les bois, les pelouses, les coteaux, les prairies, sous les haies, aux bords des chemins, de préférence sur sols calcaires. Vous la trouverez notamment sur les pelouses sèches du site de Champalle, mais aussi dans les bois caillouteux et en lisière, sur substrats calcaires, entre le rocher de Fidevoye et Tricointe.

1. Souche sans stolons ni rejets rampants
2. Feuilles et pédoncules floraux tous à la base; feuilles ovales, cordées, crénelées, velues surtout à leur face inférieure
3. Stipules lancéolées, à bords entiers ou frangés
4. Fleurs violet bleuâtre clair inodores, à pédoncules velus à poils étalés (rarement glabres)
5. Capsules velues


La violette hérissée (Viola hirta)
Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 6 Avril 2012
2. La violette odorante (Viola odorata): C'est la seule violette qui dégage un parfum. On la trouve sous les haies et buissons, dans les taillis ou jardins, souvent en des sites plus ou moins rudéralisés (fortement transformés par une activité humaine non ordonnée: décombres, terrains vagues, ...). Elle fleurit chez nous de mars à mai. Des fleurs à corolles blanches (f. albiflora), souvent échappées de culture, se rencontre çà et là.

1. Rhizome émettant des rejets radicants
2. Feuilles et pédoncules floraux tous à la base
3. Stipules ovales et lancéolées, à bords frangés et glanduleux
4. Fleurs odorantes violet foncé, munies d'un éperon violacé
5. Capsules pubescentes

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 17 Mars 2012

Violettes odorantes aux fleurs blanches (Viola odorata f. albiflora). Cette forme est souvent cultivée pour l'ornement, notamment des cultivars à fleurs blanches, doubles, ...
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mars 2012
3. La violette des bois (Viola reichenbachiana) fleurit d'avril à mai avec une reprise en septembre et octobre. Elle est abondante dans nos bois, sous les haies et broussailles, sur des sols riches.

1. Tige feuillée, plus ou moins dressée; rosette de feuilles à la base
2. Feuilles ovales en coeur, plus longues que larges
3. Stipules étroites, à franges fines et longues
4. Fleurs violacées ou bleuâtres; éperon étroit et violacé; sépales lancéolés et aigus
5. Pétales relativement étroits et allongés
6. Capsules glabres


Photos: Fr. Hela, Yvoir, 8 Avril 2012
4. La violette de Rivin (Viola riviniana): En avril et mai, elle apparaît dans les bois ou à leurs lisières, sous les haies et les broussailles.

0. Tige feuillée; rosette de feuilles à la base
1. Feuilles largement ovales à réniformes et cordées; le limbe est aussi large que long
2. Stipules larges et courtes, à franges peu nombreuses
3. Pétales largement ovales et étalés, d'un bleu clair à base blanche, se recouvrant partiellement sur les bords
4. Eperon blanc jaunâtre parfois lavé de bleu, épaissi au sommet
5. Capsules glabres

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 5 Avril 2012

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 18 Avril 2011
Les violettes sont autogames (fécondation des fleurs d'un individu assurée par son propre pollen) ou pollinisée par les insectes. Les graines sont dispersées par les fourmis.
Le nom de Genre "Viola" signifie "violette" en latin et vient du grec "ion": violet. Le nom d'espèce "reichenbachiana" pour la violette des bois est donné en honneur de H.G.L. Reichenbach (1793-1879), botaniste allemand et celui de "riviniana" pour la violette de Rivin, pour honorer un autre professeur de botanique allemand, A.Q. Rivinus (1652-1723). Le nom d'espèce "hirta" pour la violette hérissée signifie hirsute (en raison des poils raides couvrant cette violette et de ses feuilles velues surtout à la base inférieure).
D'après J.-C. Rameau et al. (1989), les fleurs des différentes espèces de violettes traitées ici ont des propriétés émollientes, expectorantes et sudorifiques. Viola odorata serait mellifère (nectar des fleurs récolté par les abeilles). Cette espèce est cultivée comme plante à parfum sous le nom de "Violette de Toulouse".
Deux espèces de pensées sauvages
1. La pensée des champs (Viola arvensis): Cette petite pensée fleurit d'avril à octobre dans les champs, les cultures et les friches. On la rencontre aussi dans les jardins plus ou moins sauvages et sur le ballast de la voie ferrée à Yvoir.


Photos: Fr. Hela, Evrehailles, Juin 2012
2. La pensée sauvage (Viola tricolor) est une espèce devenue rare. On la trouve çà et là dans les moissons, les friches et les bords de chemins. Elle fleurit d'avril à octobre.

Photo: H. et M. Lauvrys, Turnhouts, 12 Juin 2012

Photo: Fr. Hela, Thommen (Ulf, Réserve naturelle), 22 Juillet 2011
Les pensées à grandes fleurs cultivées dans les jardins sont principalement des hybrides complexes dérivés de Viola tricolor par croisement avec, probablement, Viola lutea, Viola altaica, ...; on les désigne généralement sous le nom de V. x wittrockiana (syn. Viola hortensis). On cultive d'autres espèces du même groupe, entre autres Viola cornuta et surtout des hybrides auxquels participe cette espèce. Certains de ces taxons s'observent quelquefois à l'état subspontané (J. Lambinon et al., 1992).

Photos: Fr. Hela, Mai 2012
Ph. Jauzein (1995) indique la pensée des champs comme une sous-espèce (Viola tricolor subsp. arvensis). Il explique que certaines de ces plantes sont d'origine hybride mais gardent leur totale fertilité: les passages de Viola arvensis vers Viola tricolor ne sont ainsi pas rares, lorqu'on parcourt les champs, malgré le nombre de chromosomes indiqué comme différent (variabilité de ce nombre à vérifier).

Viola x contempta, hybride de Viola tricolor et de Viola arvensis
Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 10 Avril 2011
Bibliographie:
Clesse B.: "Glossaire botanique illustré à l'intention des naturalistes ", Ed. Entente Nationale pour la Protection de la Nature, 1998.
De Langhe J.-E.: "Les Violacées de Belgique et des régions limitrophes", in "Les Naturalistes Belges" Tome 43, n°5, 1962.
Déom P.: "Le petit guide des fleurs des bois", "La Hulotte" n°65, Ed. Passerage, Boult-aux-bois, 1991.
Jauzein Ph.: "Flore des champs cultivés", Ed. INRA, Paris 1995.
Lambinon J. et al.: "Nouvelle Flore de la belgique, du grand-Duché de Luxembourg, du nord de la France et des Régions voisines", Ed. Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, Meise, 1992.
Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" Tome 1 "Plaines et collines", Ed. Institut pour le développement forestier, 1989.
11:28 Écrit par FH dans Flore, Osmie cornue (Osmia cornuta), Pensée des champs (Viola arvensis), Pensée sauvage (Viola tricolor), Violette de Rivin (Viola riviniana), Violette des bois (Viola reichenbachiana), Violette hérissée (Viola hirta), Violette hybride (Viola xcontempta), Violette odorante (Viola odorata) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
30/12/2012
J'ai vu l'hermine danser !
" J'ai vu le loup, le renard et la belette. J'ai vu le loup, le renard danser ". Ce refrain traditionnel me vient en tête, lorsque j'observe ce petit carnivore et ne me demandez pas pourquoi. En cette lumineuse journée du mois de mars de cette année, les odeurs printanières m'inondent. Ce jour-là, point de loup, ni de renard, mais une hermine et une belette m'ont fait danser !
A Evrehailles, la petite route menant aux ruines de Poilvache débute près du nouveau cimetière. Celle-ci, d'abord ombragée et parallèle à la grande route assez bruyante, prend de l'indépendance en traversant des prairies où haies et bosquets ne manquent pas. Je m'arrête un instant pour scruter les alentours. Tiens, un petit piquet de quelques centimètres que je n'avais pas remarqué, au milieu de la pâture ! Je fixe l'objet avec mes jumelles. Juste ciel ! C'est une hermine aux aguets, dressée de toute sa hauteur !

Photo: J.M. Poncelet, Remagne, 24 Août 2009.
Ce petit carnivore, au corps mince et allongé, ne me remarque pas. J'approche avec précaution et me retrouve au milieu du pré. L'hermine est toujours là. Elle me regarde !

Photo: Geoffrey Raison, Lantin, 4 0ctobre 2011.
Elle court maintenant en tous sens, revient sur ses pas, suit la clôture sous le museau des vaches étonnées. A tout moment, elle se dresse ou s'assied pour mieux voir. De ses petits yeux noirs et brillants, elle m'observe avec effronterie puis disparaît brusquement derrière une taupinière pour reparaître de façon inattendue à quelques mètres de moi.

Photo: Pierre Melon, Houtain-Le-Val, 4 Septembre 2008.
Pendant plus de vingt minutes, sa vivacité, ses mouvements décidés, son agilité, sa souplesse et son activité débordante me déconcertent. Elle file au ras du sol comme une flèche au vol saccadé. Ses quatre pattes touchent terre en même temps et se jettent en arrière parallèlement pour la propulser, tandis que la queue au bout noir fouette l'air nerveusement.

L'hermine file au ras du sol.
Dessin de Robert Hainard (1906-1999)
Tout à coup, elle n'est plus là ! Le petit fantôme est entré dans une galerie souterraine et, tel un diablotin, sort sa tête parmi les herbes à un endroit imprévu. J'ai cru devenir à moitié fou, car la suivre aux jumelles relève de l'exploit !
Un peu plus loin, une petite bête surgit des fourrés, s'arrête quelques instants sur la petite route et se fond dans les hautes herbes. Sa tête émerge de temps en temps et, dans des ouvertures, je peux alors bien la détailler. Il s'agit cette fois d'une belette (Mustela nivalis) !

La belette (Mustela nivalis)
Photo: René Dumoulin, Harzé, 13 Avril 2012.
Ses attitudes, son corps tout en longueur, doté de courtes pattes, sa petite tête triangulaire et assez plate, ses oreilles petites et rondes, ainsi que ses yeux noirs brillants, légèrement saillants, montrent une grande similitude avec l'hermine (Mustela erminea). D'ailleurs, celle-ci est souvent confondue avec la belette.

Les attitudes de la belette sont très semblables à celles de l'hermine.
Photo: Pierre Melon, Mellet, 9 Septembre 2012
L'hermine et la belette font partie de la Famille des Mustélidés, comme le putois (Mustela putorius), la martre (Martes martes), la fouine (Martes foina), la loutre (Lutra lutra) ou encore le blaireau (Meles meles). La majorité de ces carnivores sont nocturnes ou crépusculaires. Nos deux petits mammifères observés sont aussi actifs de jour. Les termes "Mustela" et "Mustelidés" sont issus du latin "mustela" ou "mustella" qui signifie "belette". Le nom latin d'espèce de la belette "nivalis" signifie "de la neige". Cela vient du fait qu'elle a été décrite pour la première fois à partir d'un spécimen provenant du Västerbotten, au nord de la Suède. En effet, dans ces contrée froides, elle peut devenir presque blanche comme neige en hiver (Saint Girons et Moutou, 1998). Chez nous, ce changement de couleur du pelage n'est pas connu. Le mot "belette" vient de "bel", "beau" auquel on a adjoint un diminutif. Cette idée de beau se retrouve dans plusieurs langues. En vieil anglais, la belette se nomme "fairy" (jolie et fée), "Schöntierlein" (belle petite bête) en bavarois, "den kjoenne" (la belle) en danois, ...Michel Desfayes (2000) note les racines bel (blanc) dans le mot français "belette", animal devenant blanc en hiver et r-m, arm (roux) dans "ermine" ou "hermine", animal ainsi nommé pour son pelage roux, mais qui devient blanc en hiver ! On peut se rendre compte ici que le contenu sémantique des mots montre bien la confusion ancienne qui existe entre les deux espèces. La différence est donc plutôt taxinomique.

Dans nos régions, seule l'hermine peut devenir toute blanche en hiver.
Photo: Didier Vieuxtemps, Nassogne, 29 Janvier 2011.
L'hermine et la belette sont les plus petits animaux de l'Ordre des Carnivores qui se ressemblent beaucoup. Bas sur pattes, ils ont en commun un corps allongé et une petite tête triangulaire, assez plate. Les oreilles rondes sont petites et les yeux noirs brillants sont légèrement saillants. Chez les deux espèces, la queue est courte ou n'excède guère la moitié de la longueur du corps (tête comprise). A la belle saison, le ventre blanc à jaunâtre pâle contraste avec le pelage brunâtre clair ou plus ou moins foncé du dos.
La reconnaissance des deux espèces n'est pas toujours commode sur le terrain. Voici quelques indications morphologiques pour les distinguer.
L'hermine mesure de 30 à 42 cm (10 à 12 cm pour la queue) et son poids varie de 100 à 300 gr. Les femelles sont plus petites que les mâles. La belette a une longueur totale du corps de 17 à 25 cm (4 à 6,5 cm pour la queue) et son poids varie de 70 à 130 gr (femelle: 40 à 75 gr). Chez l'hermine, les individus ont tendance à être plus petits au sud de l'aire de répartition, tandis que chez les belettes, c'est le contraire: elles y sont plus grandes qu'au nord. A âge égal, le poids des hermines est donc de deux à trois fois supérieur à celui des belettes !

La belette possède une courte queue sans poils noirs en pinceau à l'extrémité.
Gravure: Robert Hainard (1906-1999)
La queue d'une hermine est plus longue (une douzaine de centimètres) et est toujours terminée par un pinceau de poils noirs, que ce soit en pelage d'été ou d'hiver !
Les taches brunes des joues de la belette n'existent pas chez l'hermine.
En pelage d'été, la ligne de séparation entre la partie dorsale et ventrale du corps est sinueuse chez les belettes de nos régions et rectiligne pour l'hermine.
Le crâne de la belette paraît minuscule: L = 3,1 à 3,5 cm et l = 1,8 à 2 cm, en moyenne. Celui de l'hermine est un peu plus grand: L = 4,3 à 5,3 cm et l = 2,6 à 3 cm. Si on trouve un crâne, la taille de celui-ci est donc déterminante pour distinguer les deux espèces.

Les crânes d'une belette (4) et d'une hermine (5), parmi d'autres crânes de Mustélidés de nos contrées, d'après Ph. Nihoul (Forêt Wallonne, n°34, Janvier- Février, 1998).
Du point de vue physiologique, la différence la plus notable concerne la reproduction. Chez l'hermine, l'accouplement a lieu de mai à juillet mais la mise bas n'intervient que 7 à 12 mois plus tard en raison d'une implantation différée de l'embryon. Elle n'a donc qu'une portée par an. Ce phénomène n'existe pas chez la belette. Lorsque les proies sont abondantes, elle peut mettre bas une seconde portée.

Une hermine dans une friche.
Photo: Pierre Melon, Houtain-Le-Val, 4 Septembre 2008.
Les deux espèces occupent une grande diversité de milieux, depuis les bords de mer jusqu'à la haute montagne. On les rencontre dans les dunes colonisées par la végétation, à la lisière des bois, dans les paysages entourés de haies ou de broussailles (champs, vergers, prairies, friches, ...). Elles visitent les fossés, les talus, les murets, les parcs boisés et même certains jardins. Les zones boisées sont aussi occupées, de préférence par l'hermine. Les boisements caducifoliés, les forêts mixtes ou les ensembles de conifères sont particulièrement utilisés à condition qu'une végétation herbacée ou un sous-bois même faible y croisse (Th. Lode, 2000). L'hermine semble avoir un goût particulier pour les zones humides (les roselières des marécages, les berges des ruisseaux, rivières et étangs), tandis que la belette les évite.

L'hermine chasse souvent près des cours d'eau et des étangs.
Photo: Pierre Melon, Houtain-Le-Val, 4 Septembre 2008.
La belette est pratiquement le seul carnivore sauvage de nos régions à survivre dans les grandes étendues cultivées sans aucune végétation naturelle, mis à part certains talus herbeux. Les remembrements sévères lui ont été moins défavorables, ce qui n'est pas le cas de l'hermine qui est absente de ces plaines de cultures intensives, véritables aberrations écologiques. La belette se maintient dans ces "déserts", profitant de son aptitude à se glisser dans les galeries de rongeurs des champs ouverts, pullulant véritablement certaines années. Elle passe une bonne partie de son temps sous terre, y chasse, s'y réfugie à la moindre alerte et y établit même son gîte, en l'absence des abris fournis par les haies et les murets (Saint Girons et Moutou, 1998).

La belette sortant d'une galerie de rongeur.
Photo: Pierre Melon, Mellet, 9 Septembre 2012.
Aux endroits où ils ne sont pas persécutés idiotement, les deux Mustélidés s'enhardissent et s'approchent des habitations humaines, fréquentant alors les jardins et occupant parfois un trou dans un vieux mur, un monticule de pierres ou un tas de bois; Leur fréquence en ces lieux est souvent déterminée par la présence ou non du chat domestique, très nuisible pour l'ensemble de la petite faune sauvage !

L'hermine s'approche parfois des habitation.
Photo: Philippe Piron, Ciney, 13 Septembre 2012.
Les deux espèces sont présentes depuis le niveau de la mer jusqu'aux altitudes élevées des montagnes (la belette monte jusqu'à 2700 mètres et l'hermine est encore abondante à 2000 mètres). Leur répartition se chevauche en beaucoup de régions. L'hermine a une distribution nordique dans le monde. Elle est présente au Canada, dans le nord des Etats-Unis, au Groenland et dans la plus grande partie de l'Asie septentrionale. En Europe, son aire de répartition descend vers le sud jusqu'au nord de l'Espagne, du Portugal et de l'Italie. En France, on note son absence sur la frange méditerranéenne et en Corse.
La belette a une répartition naturelle très vaste et englobe toute la région holarctique. C'est ainsi que l'on nomme les régions froides et tempérées de tout l'hémisphère nord. On trouve ce petit mustélidé dans le nord de l'Asie, depuis le Japon jusqu'à l'Oural et à la Méditerranée, en Afrique du Nord, ainsi qu'en Egypte. Elle est présente dans presque toute l'Europe, à l'exception de l'Irlande et de l'Islande. En Amérique du Nord, elle s'observe depuis le Canada septentrional jusqu'au centre des Etats-Unis. L'espèce a été introduite en Océanie (Nouvelle Zélande).

Une des habitudes commune aux deux espèces est la manie d'explorer toutes les cavités et galeries qu'elles rencontrent sur leur domaine vital: terriers, tas de pierres et de branchages, galeries de taupes ou de rongeurs, canalisations artificielles diverses (drains, caniveaux, ...).
Leurs manières de se déplacer et leurs allures sont fort proches. Les deux Mustélidés nerveux, rapides et prompts à disparaître dans un trou à la moindre alerte, se déplacent au sol à petite vitesse ou à la course de manière assez semblable. A allure rapide, l'hermine effectue des bonds caractéristiques, les deux paires de pattes se rabattant simultanément en arrière.

A allure rapide, l'hermine effectue des bonds caractéristiques.
Photo: Jules Fouarge, Remagne, 4 Mars 2012.
La position du "chandelier" qui consiste à se dresser assez fréquemment à la verticale pour examiner les alentours s'observe également chez ces deux mammifères. Grimpant parfaitement bien sur les murets et les éboulis, l'hermine sait nager et paraît capable de plonger, d'après Thierry Lode (2000).

Gravure de Robert Hainard (1906-1999).
Nos deux Mustélidés sont aussi diurnes que nocturnes, cependant le temps passé hors du gîte par la belette est influencé par la température et l'humidité atmosphérique. Elle n'aime ni le froid, ni la pluie. L'utilisation du vocable "puants" pour désigner notamment les Mustélidés est du au fait que ces animaux possèdent des glandes anales qui secrètent un liquide dont l'odeur est assez forte, surtout lorsque ceux-ci sont en rut ou en situation de stress. On a fortement exagéré les descriptions de ces odeurs dans les milieux cynégétiques. L'odeur émise par l'hermine rappelle de loin celle de l'ail et n'a rien d'insoutenable ! Dans les zones exploitées pour les ressources alimentaires, celle-ci dépose quantité de traces olfactives. Le domaine vital est donc structuré par ces bornes odorantes.

Photo: Jules Fouarge, Tillet, 20 Août 2011.
Le rôle indéniable que jouent ces redoutables chasseresses en réduction dans la régulation des populations de rongeurs, qui peuvent pulluler certaines années, doit être souligné. Ce sont, entre autres, d'excellentes auxiliaires pour le cultivateur ou le jardinier ! Qu'on se le dise !

Littérature consultée:
Bouchardy Ch. et Moutou Fr.: "Observer les Mammifères sauvages" Ed. Bordas, 1989.
Bouchner M.: "Guide des traces d'animaux", Ed. Hatier, 1988.
Desfayes M.: "Origine des noms des oiseaux et des mammifères d'Europe", Ed. Pillet, 2000.
Frechkop S.: "Faune de Belgique: Mammifères", Ed. patrimoine de l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, 1981.
Hainard R.: "Mammifères sauvages d'Europe" Tome 1, Ed. Delachaux & Niestlé, 1989.
Lode Th.: "L'hermine", in "Le Courrier de la Nature" n°186, Juillet-Août 2000.
Mayot R.: "Petit guide de reconnaisssance de 30 crânes de mammifères" Ed. La Gazette des Terriers, 1994.
Nihoul Ph.: "Vues insolites sur nos Mustélidés", in "Forêt Wallonne" N°34, Janvier-Février 1998.
Rommes J.: "Belles chasseresses", in Magazine Natagora 24, Juillet-Août 2012.
Saint Girons M.-CH. et Moutou Fr.: "La Belette", Ed. Eveil Nature, 1998.
Schilling D. Singer D. et Diller H.: "Guide des Mammifères d'Europe", Ed. Delachaux & Niestlé, 1986.
16:20 Écrit par FH dans Belette (Mustela nivalis), Hermine (Mustela erminea), Mammifères | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
27/11/2012
L'élégante Pie-grièche grise (Lanius excubitor) de passage à Yvoir (Tricointe)
Le 30 octobre dernier, je décide d'explorer les alentours à proximité du "Chêne à l'Image". Il fait serein et j'espère observer quelques oiseaux de passage, dans des milieux plus ouverts. A la sortie de la forêt, le chemin caillouteux apparaît, au milieu des prairies, bordés çà et là de quelques buissons et arbustes. Au sommet de l'un d'entre eux, une sentinelle pâle se détache. Quel bonheur ! Une pie-grièche grise, de passage, a choisi ces lieux pour y trouver quelques proies. Ma rencontre avec cet oiseau provoque toujours chez moi un enthousiasme débordant. Je ne bouge plus, je l'observe attentivement et je me tapis derrière un buisson pour ne pas l'effaroucher, sachant qu'elle veille et voit tout de son poste de guet.

Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora
Quelle élégance se dégage de cette pie-grièche, au beau plumage contrasté ! La poitrine blanche éclatante au soleil d'octobre, agitant latéralement sa longue queue, elle est vigie au bord du chemin.

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
De la taille d'un merle, avec une grosse tête grise et blanche, terminée par un bec crochu, foncé et fort, elle a fière prestance. Elle porte au visage des bandeaux noirs passant sur les yeux, ce qui lui donne un air de petit bandit. De dos et de profil, elle montre à présent son manteau gris perle et ses ailes assez courtes, obtuses et noires, avec une tache blanche bien visible. Sa longue queue arrondie est noire, bordée de blanc.

Photo: René dumoulin - www.oiseaux.net
En observant cette merveille ailée, je ne peux m'empêcher de songer que ce passereau prédateur, et les pies-grièches en général, ne jouissait pas, par le passé, d'une bonne réputation, ce qui me désole. Certains comportements de ces oiseaux ont conduit à présenter les pies-grièches comme des animaux sanguinaires, cruels, féroces ... Il faut dire que les pies-grièches ont l'habitude d'empaler leurs proies sur des épines ou un rameau d'arbuste épineux (parfois aussi sur un fil barbelé d'une clôture) soit pour les dépecer, soit pour les mettre en réserve en attendant de les consommer.

Photo: Marek Szczepanek (Pologne)
Le terme "Laniidés" désignant la Famille qui regroupe ces oiseaux viendrait du latin laniarius signifiant "boucher" et laniatus, "déchirer". Leurs cris aigus et discordants (le nom anglais pour nommer ces oiseaux est "shrike", "qui pousse des cris aigus") participent encore à cette connotation sinistre, depuis le Moyen-Age. Le terme "grièche" datant du 13ème siècle est également péjoratif ("grièche d'hiver" de Ruteboeuf). Celui-ci est le féminin du vieux français "grieu" qui a le sens de méchant, mauvais, d'après Cabard P. et Chauvet B. (1997). L'Homme se trouve partout des miroirs, sans songer que l'être animal ne choisit pas sa voie, nous dit Paul Géroudet (1998). Cessons donc de juger d'après nos critères et renonçons à voir la Nature comme l'on voudrait qu'elle soit ! La Nature est et sera, sans plus, et est, malgré sa complexité, extrêmement bien organisée !

Photo: Pierre Melon, Houtain-Le-Val, 21 Octobre 2011
Mais revenons à présent sur ce chemin où je me suis accroupi, au pied d'un buisson touffu. La pie-grièche grise, après un moment d'inquiétude, reprend ces activités. Se penchant légèrement vers l'avant, la queue animée d'un lent battement vertical, on dirait qu'elle scrute le sol.

Photo: Joris Everaert, Durmemeersen, 10-03-12
Ensuite, de son perchoir favori, le corps dressé et la queue cette fois pendante, elle reprend la surveillance des alentours. Soudain, elle fond obliquement dans l'herbe. A-t'elle repérer une proie ? Non! Elle est à nouveau de faction, sur la même branche. C'est alors que le bruit d'un moteur se fait entendre. Un petit tracteur remonte lentement le chemin. La pie-grièche ne tarde pas à s'envoler. Je suis sa trajectoire onduleuse, à faible hauteur. Celle-ci s'achève par une remontée presque verticale pour se terminer à la cime d'un arbre de la lisière.

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
L'évènement passé, elle est de retour sur sa branche. Lors d'un moment d'inattention de ma part, je la perd de vue. Les membres endormis, je me relève pour bouger un peu et je la retrouve un peu plus loin, sur le piquet d'une clôture. De là, à l'instar du faucon crécerelle, elle explore la prairie en volant sur place, battant rapidement des ailes, à quelques mètres de hauteur, puis elle plonge en piqué. Son manège se répètera jusqu'à ce qu'elle s'envole finalement vers la lisière, un rongeur bien dodu au bec. Quel spectacle !

Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora
L'affût n'est pas le seul mode de chasse de notre pie-grièche. En hiver, il n'est pas rare de l'observer, poursuivant de petits passereaux, avec un acharnement et une habilité dignes d'un épervier ! "Ses ailes courtes et arrondies lui permettent d'évoluer aisément et très vite entre les branches et buissons, serrant de près sa victime qu'elle plaque au sol ou cherche à saisir au cours d'un renversement ." (P. Géroudet, 1998).
La pie-grièche grise est la seule de sa Famille qui reste chez nous en hiver, de novembre à mars. A cette saison, elle s'installe parfois plusieurs semaines en des endroits où ses proies sont assez abondantes (rongeurs, petits mammifères insectivores ou passereaux). Depuis 1995, j'ai eu la chance de la voir, en hiver, dans des zones plus ou moins dégagées de notre commune. Le plus souvent, ce sont des prairies bordées de haies ou piquetées d'arbres fruitiers en bon ou mauvais état et des lisières forestières, pourvues de points de guet, qui l'attirent: à Houx-sur-Meuse, posée dans un arbre fruitier, derrière le château et à Evrehailles (haies et buissons dans une prairie bordant la petite route menant à Blocmont, à Niersant, au sommet d'une haie, aux abords de la Ferme du Harnoy, en lisière forestière ou au lieu-dit "Luchelet", au sommet d'un vieil arbre fruitier).
L'oiseau régurgite régulièrement, après la digestion, des boulettes, oblongues et dures, d'une longueur de 20 à 30 mm sur 10 à 13 mm de large, constituées de fragments de chitine, d'os et d'autres particules indigestes. L'examen de ces pelotes de réjection permet de se faire une idée de son régime alimentaire. En hiver, ses proies de prédilection sont surtout des rongeurs (campagnols, mulots,...), des insectivores (musaraignes, taupes) et des petits passereaux (moineaux, linottes, pinsons, bruants, mésanges, ...).

Pelote de réjection de la pie-grièche grise
Photo: Didier Vieuxtemps, Nassogne, 22 Février 2012
La pie-grièche grise (Lanius excubitor), à Yvoir (Tricointe), le 30 Octobre 2012
Photo: Fr. Hela
22:14 Écrit par FH dans Avifaune, Pie-grièche grise (Lanius excubitor) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
21/11/2012
Le Polystic à aiguillons (Polystichum aculeatum) et le Polystic à soies (Polystichum setiferum), fougères de nos forêts de ravin ombragées.
Les forêts de ravin ombragées, sur éboulis calcaires ou gréso-schisteux sont des associations forestières assez caractéristiques du bassin de la Meuse et de ses affluents. Elles y occupent les éboulis et colluvions, dans les ravins et pentes abruptes des vallées encaissées. Dans ces sites, elles bénéficient, à l'abri des vents, d'une atmosphère fraîche et humide où les écarts de température sont atténués.

Forêt de pente où croissent des Polystics à soies (Polystichum setiferum)
Photo: Fr. Hela, Vallée du Crupet, 3 Mars 2012
Dans la vallée du Bocq, on peut admirer, à divers endroits, de magnifiques érablières de ravin. Celles-ci sont bien adaptées aux sols incomplètement stabilisés qu'elles contribuent à fixer par leur enracinement oblique et profond.

Le Bocq, entre Spontin et Yvoir, à creusé une vallée qui, à certains endroits, est très encaissée. On peut y observer de belles érablières de ravin à Langues de cerf ou Scolopendres (Asplenium scolopendrium). Les deux Polystics y sont fréquents.
Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), Octobre 2012.

Forêt de ravin sur éboulis calcaires avec des Langues de cerf (Asplenium scolopendrium).
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mars 2012.
Les essences typiques de ces formations sont l'érable plane (Acer platanoides), l'orme des montagnes (Ulmus glabra) et, dans les pentes calcaires, le tilleul à larges feuilles (Tilia platyphyllos) et le frêne (Fraxinus excelsior). La flore herbacée du sous-bois tolère un ombrage important et comporte diverses espèces de fougères, certaines à frondes persistantes en hiver. C'est surtout en ces lieux que vous rencontrerez nos deux Polystics.

Le Polystic à aiguillons (Polystichum aculeatum)
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 13 Février 2011
Les Polystics possèdent des feuilles composées (frondes) rapprochées en touffes, au sommet d'une tige souterraine (rhizome) plus ou moins dressée et courte.

Frondes en touffes de Polystics à soies (Polystichum setiferum)
Photos: Fr. Hela, Yvoir, Septembre 2012
La face inférieure de celles-ci présente, de juillet à octobre, des indusies peltées, c'est-à-dire des membranes recouvrant des amas de sporanges ou sores, en forme de cercle et plus ou moins fixées par le centre. Chez les deux espèces, les dents des feuilles sont prolongées par une arête bien marquée.
Indusies orbiculaires et peltées à la face inférieure d'une fronde d'un Polystic à aiguillons (Polystichum aculeatum).
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Septembre 2012.
Le Polystic à aiguillons, plante vivace, a des frondes pouvant atteindre 80 cm. Le limbe de celles-ci est très luisant, glabre, coriace et progressivement réduit à la base. Le pétiole est plus court que celui du Polystic à soies. Les pinnules sont attachées obliquement sur les axes et ne présentent pas de pétiolules distincts.

1. Souche courte et épaisse, avec la base des pétioles des feuilles.
2. Rachis du limbe couvert d'écailles rousses.
3. Fronde (feuille composée) entière à limbe glabre à la face supérieure, vert sombre, assez coriace et rétréci progressivement à la base (persistante en hiver).
4. Premières divisions (pennes) arquées vers le haut.
5. Segments des pennes (pinnules).
6. Segments supérieures (pinnules) de la base des pennes plus grands que les voisins.
7. Ceux-ci son insérés à la base sur toute la largeur (non pétiolulés).
Dessins extraits de la Flore forestière française, par Rameau J.-C. et al., Institut pour le développement forestier (1. Plaine et colline), 1989.
Son développement se déroule au printemps et ses feuilles persistent en hiver jusqu'à la fin du printemps suivant.

Frondes au début de leur développement.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Printemps 2011.
Le polystic à aiguillons recherche fraîcheur et humidité. Il pousse indifféremment sur sols calcaires ou siliceux. Il se rencontre dans les sous-bois humides, souvent parmi des blocs rocheux ou dans des ravins encaissés, en bord de ruisseaux. Cette fougère colonise parfois la base de rochers ou de vieux murs. Elle est considérée comme assez rare en Wallonie.

Le Polystic à aiguillons aux frondes vert sombre et luisantes, persistantes en hiver.
Photo: Fr. Hela, Hun-sur-Meuse, 17 Mars 2012
Le Polystic à soies, plante vivace, est beaucoup plus rare. C'est une grande fougère à feuilles souvent étalées et retombantes, atteignant parfois 1 mètre de longueur. Le limbe de celles-ci est mat, peu coriace et très peu réduit à la base.

1. Pétiole plus long que Polystichum aculeatum.
2. Rachis écailleux.
3. Fronde (feuille composée) entière, peu rétrécie à la base, glabre, assez molle, disparaissant normalement en hiver. Elle peut persister quelquefois à cette saison, en des stations plus protégées.
4. Pennes aigues, en général arquées vers le haut.
5. Segments des pennes (pinnules) pétiolulés, à lobes dentés, insérés perpendiculairement au rachis des pennes (costa).
6. Lobe basiliaire extérieur d'une pinnule légèrement plus développé que les autres.
7. Penne avec pinnules.
Dessins extraits de la Flore forestière française, par J.-C. Rameau et al., Institut pour le développement forestier (1. Plaine et colline), 1989.

Frondes du Polystic à soies apparaissant au printemps.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 2011
Le Polystic à soies requiert l'ombre, la fraîcheur et l'humidité atmosphérique (climat océanique). C'est une fougère des vallons et ravins encaissés, des bois de pente et des bords de ruisseaux. Indifférente aux substrats, elle préfère néanmoins des terrains siliceux et des sols à acidité modérée.

Le Polystic à soies (Polysticum setiferum).
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 30 Mai 2011.
Lorsque les deux Polystics coexistent à un endroit, des plantes hybrides sont parfois observées (P. xbicknelii). Celles-ci se reconnaissent surtout à leurs spores au moins en partie avortées, mais il n'est pas toujours facile de les distinguer, sans examen microscopique, des individus robustes de Polystichum aculeatum.
Littérature consultée:
Clesse B.: "Initiation à la reconnaissance des fougères de nos sous-bois, vieux murs, rochers et éboulis" - Entente nationale pour la protection de la nature a.s.b.l., 2006.
Lambinon J. et al.: "Nouvelle Flore de la belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines" (Cinquième Edition) - Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, Meise, 2004.
Noirfalise A.: " Forêts et stations forestières de Belgique" - Ed. Les Presses Agronomiques de Gembloux, 1984.
Prelli R.: "Guide des fougères et plantes alliées" (Deuxième édition) - Ed. Lechevalier, Paris 1990.
Prelli R. et Boudrie M.: "Atlas écologique des fougères et plantes alliées" - Ed. Lechevalier, Paris 1992.
Rameau J.-C. et al. : "Flore forestière française" Tome 1: "Plaine et colline", Institut pour le développement forestier, 1989.
19:26 Écrit par FH dans Fougères, Polystic à aiguillons (Polystichum aculeatum), Polystic à soies (Polystichum setiferum) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
09/11/2012
La chenille du Sphinx du pin (Sphinx pinastri)
Crupet, rue de Venalte.
Le 2 septembre dernier, j'examine les rameaux d'un épicéa commun (Picea abies), afin de montrer à Guillaume les protubérances saillantes sur lesquelles sont insérées les aiguilles. En tournant la tête, je me trouve nez à nez avec une splendide chenille d'au moins 7 à 8 cm. Elle est allongée sur un rameau, à la hauteur de mes yeux. Quelle belle surprise !

Photo: Fr. Hela, Crupet (Venalte), 2 Septembre 2012
La chenille est verte, luisante et présente des bandes latérales blanc jaunâtre interrompues, une ligne dorsale brun rouge et des stigmates rouges. Sa tête est brune orangée et elle possède surtout une sorte de corne noirâtre recourbée sur la partie dorsale du onzième segment. Pas de doute, cette corne à l'arrière du corps m'indique qu'il s'agit de la chenille d'un Sphinx et, plus précisément, celle du Sphinx du pin.

Photo: Fr. Hela, Crupet (Venalte), 2 Septembre 2012
Après l'éclosion, cette chenille dévore une partie de la membrane de l'oeuf dont elle est issue. A ce moment là, elle mesure environ 5 mm et est de couleur jaune mat. Sa tête est plus foncée et disproportionnée. Sa corne abdominale fourchue est déjà foncée. Ensuite, elle devient verte ou brune, avec des bandes longitudinales jaune blanchâtre et une capsule céphalique verte. La chenille observée est au stade terminal de son développement. Elle se nymphosera au sol, à proximité de l'arbre sur lequel elle a vécu, sous les aiguilles tombées, la mousse ou en terre peu profonde. C'est sous forme de chrysalide que l'espèce passera l'hiver.
De mai à août, le Sphinx du pin vole au crépuscule et visite les fleurs riches en nectar, en plongeant sa trompe assez longue dans les corolles, sans se poser.

Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 23 Juin 2012.
Il apprécie les fleurs des Troènes (Ligustrum vulgare et ovalifolium), de la Saponaire officinale (Saponaria officinalis), des Corydales (Corydalis) ou des Chèvrefeuilles (Lonicera).

Les fleurs très odorantes du chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum) sont souvent visitées par le Sphinx du pin.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 6 Juin 2012

La Saponaire officinale (Saponaria officinalis) n'est pas rare dans notre région. On la trouve sur les berges et les graviers, le long des cours d'eau, au bord des chemins et sur certains talus.
Photo: Fr. Hela, Godinne (Bord de Meuse), Juillet 2012.

La Corydale solide (Corydalis solida) fleurit en mars et avril, dans les bois frais de la vallée du Bocq, sur colluvions ou alluvions, au pied des haies et dans nos vergers.
Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Haie aux Faulx), 20 Mars 2012.
Le soir, le Sphinx du pin est parfois attiré par des sources lumineuses. Son vol nuptial commence tard dans la nuit et l'accouplement a souvent lieu sur des troncs de conifères. Au petit matin, on peut parfois le surprendre, posé sur un tronc. Cependant, il passe le plus souvent inaperçu. En effet, au repos, ses ailes antérieures grises, marquées de courts traits transversaux noirâtres ainsi que des bandes et des taches brunes, lui assurent un parfait camouflage.

Photo: Vic Van Dyck, Veerle, 1 Juillet 2009.
Notre papillon fréquente les lisières des forêts de conifères et des forêts mixtes, mais également les parcs et jardins où diverses espèces de conifères à aiguilles sont plantés.
Il possède un corps fuselé assez épais. Ses ailes antérieures sont très allongées, étroites et pointues, alors que ses ailes postérieures sont proportionnellement petites. Son thorax, très développé, abrite une puissante musculature alaire. Comme la plupart des sphinx, il chauffe ses muscles en faisant vibrer ses ailes, avant de s'envoler.

Photo: Philippe Vanmerbeeck, Couthuin, 7 Juillet 2012.
Hétérocère ("papillon de nuit"), Sphinx pinastri (syn. Hyloicus pinastri) a une envergure de 7,5 à 9 cm. Il fait partie de la Famille des Sphingidae dans laquelle on trouve des papillons de moyenne à très grande taille. Le Sphinx gazé (Hemaris fuciformis) est l'un des plus petits de nos régions. La plus grande espèce est sans nulle doute le Sphinx tête-de-mort (Acherontia atropos), avec son envergure de 9 à 13 cm et son corps long de 5 à 6 cm. Une espèce de seulement 2 cm d'envergure vit à Madagascar et une autre de 22 cm au Vénézuela.
La couleur du Sphinx du pin peut fortement varier. On observe parfois des papillons présentant une couleur de fond blanchâtre ou noire.

Ce papillon plus clair a été photographié par Irène Volont, à Aische-en-Refail,
le 30 Mai 2011.
18:46 Écrit par FH dans Papillons, Sphinx du Pin (Sphinx pinastri) | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
29/10/2012
Observations de l'Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta) en 2012, à Yvoir et Godinne
Cette année, du 24 mai à la fin du mois de juin, j'ai pu observer plusieurs fois l'Hypolaïs polyglotte. A Yvoir (site de l'Airbois), c'est dans une zone de recolonisation forestière qu'un couple s'était installé et, à Godinne, le milieu choisi par les oiseaux était une friche piquetée de buissons et d'arbustes, en bord de Meuse. A chacune de mes visites des sites concernés, c'est le chant de cet oiseau, proche parent des fauvettes et des rousserolles, qui m'a permis de le repérer.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
En effet, celui-ci s'entend très bien à une soixantaine de mètres. Il est très volubile, très vif, mélodieux et changeant. A mon approche, l'oiseau cesse tout à coup son bavardage, disparaît en envoyant plusieurs cris surprenants... on dirait un moineau en colère ! Je m'immobilise et, à ce moment, une petite silhouette brunâtre s'envole d'un fourré tout proche et se pose au sommet d'un buisson bas, bien en vue.

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
Il commence alors par émettre quelques sons simples et détachés évoquant les appels de moineaux, d'hirondelles ou du merle noir. Puis, le bec grand ouvert, la gorge déployée, il déverse un torrent de notes précipitées dont la tonalité est étonnante. Parmi celles-ci, je peux reconnaître des sons émis d'ordinaire par la fauvette grisette, le rouge-queue à front blanc, le rossignol philomèle, le pinson des arbres ou l'hirondelle rustique ! Il chante maintenant de manière assidue. Notre oiseau est un imitateur hors pair, d'où son nom ancien de contrefaisant à ailes courtes ou celui de polyglotte (nom de l'espèce).
L'Hypolaïs polyglotte fait partie de la Famille des Sylviidés dans laquelle nous trouvons, entre autres, les fauvettes, les pouillots ou les rousserolles. Celle-ci regroupe de petits oiseaux grisâtres-olivâtres à brunâtres dont les caractéristiques physiques sont souvent peu marquées, ce qui peut poser des problèmes d'identification pour l'observateur débutant. Heureusement, il y a les voix qui, avec un peu d'habitude, nous indiquent, dans un milieu donné, la présence d'une espèce ou d'une autre. En Belgique deux espèces d'Hypolaïs sont présentes à la période de reproduction: l'Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina) et l'Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta). Les deux espèces sont très semblables, à l'exception de quelques détails. Elles ont le dessus du corps brun olivâtre et le dessous est jaune plus ou moins vif (parfois blanchâtre). De fort près, on peut remarquer le cercle orbital jaune et un petit sourcil jaunâtre peu distinct. Les rémiges et les rectrices sont brun foncé, les pattes montrent une teinte gris bleuâtre et le bec large, aplati, est souvent long et fort.

Dessin: Charles-Hubert Born
Extrait de la revue Natagora n°1, mai-juin 2004
La voix est donc un excellent critère pour différencier les deux espèces, du moins du mois de mai jusqu'au début du mois d'août. En fin d'été, les chants ne s'entendent plus et les cris caractéristiques se font plus rares. En ce qui concerne les cris, l'Hypolaïs ictérine a un appel caractéristique: un "tchetevoui" sonore, explosif et mélodieux et, parfois un "tek tek" dur de fauvette. L'Hypolaïs polyglotte, par contre, lance un cri bas et roulé de moineau en colère. Le chant de l'Hypolais ictérine est puissant, véhément et varié, extrêmement sonore, assez haché, avec des passages mélodieux, des notes discordantes, des imitations, accompagnées de fréquents "tevoui". Celui de l'Hypolaïs polyglotte est un bavardage beaucoup plus faible et moins véhément, plus musical et changeant, rapide et soutenu, sans passages durs.

L'Hypolaïs polyglotte est en progression en Wallonie. Elle est assez répandue au sud du sillon Sambre-et-Meuse, d'après l'Atlas des Oiseaux nicheurs de Wallonie 2001-2007.
Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
L'Hypolaïs polyglotte se montre volontiers à découvert, sur un perchoir: extrémité d'un rameau, sur un buisson ou à la pointe d'un petit arbre, parfois même sur des fils électriques ou téléphoniques. Querelleuse, elle se chamaille en particulier avec la Fauvette grisette (Sylvia communis) qui habite les mêmes milieux (P. Géroudet, 1998). J'ai constaté ce comportement avec cette fauvette dans les deux sites (Yvoir et Godinne).

La Fauvette grisette (Sylvia communis)
Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
L'Hypolaïs polyglotte aime les expositions ensoleillées et des habitats le plus souvent secs. Une strate ligneuse assez basse composée de buissons généralement épineux et de jeunes arbres, pas trop serrés et séparés par des zones à hautes herbes riches en insectes, semble être son milieu favori, mais pas exclusivement. On peut la trouver dans des buissons sur pelouses calcaires, dans des haies épaisses ou discontinues, dans la végétation de coupes forestières, dans des friches broussailleuses, ...

L'Hypolais ictérine (Hippolais icterina) est devenue plus rare en Wallonie. Les oiseaux nicheurs sont en diminution et pratiquement limités à la Région limoneuse. Elle semble avoir disparu du Condroz. De temps en temps on y note des observations qui concerne probablement des migrateurs en halte.
Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Braives, 29 Mai 2008.
Littérature consultée
Bronne L.: "Dupond s'en vient, Dupond s'en va", in Revue Natagora n°1, mai-juin 2004.
Burnel A. et Clotuche E.: "Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina)", in "Atlas des Oiseaux nicheurs de Wallonie 2001-2007" pp. 346-347, Aves 2010.
Devillers P.: "Identification 1: Les Hypolaïs ictérine et polyglotte", in Bulletin Aves Vol. 3, Février 1964.
Jacob J.-P.: "Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta)", in "Atlas des Oiseaux nicheurs de wallonie 2001-2007" pp. 348-349, Aves 2010.
Jacob J.-P. et Paquay M.: "L'Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta) en 1983 en Wallonie, in Bulletin Aves Vol.21 n°2, 1984.
Géroudet P. et Cuisin M.: "Les Passereaux d'Europe" Tome 2, pp.53 à 60, Ed. Delachaux et Niestlé, 1998.
Svenson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux et Niestlé, 2010.
21:37 Écrit par FH dans Avifaune, Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina), Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
28/09/2012
Les orpins, plantes rupestres et succulentes.
Sur le territoire de notre commune, les éléments rocheux du paysage (escarpements, carrières et vieux murs) sont autant de milieux de vie pour de nombreuses espèces végétales spécialisées qui se répartissent en fonction du type de substrat, de l'exposition, de la pente, ...
A la belle saison, les roches calcaires et siliceuses se parent d'une variété de plantes à fleurs, véritables petites merveilles ! Leurs couleurs et leurs différentes particularités anatomiques et physiologiques méritent toute notre attention. Ainsi, dans de minces substrats meubles, germent les semences des orpins. Ces plantes succulentes de la Famille des Crassulacées exploitent çà et là un volume de terre très réduit et résistent à de longues périodes de sécheresse. On les appelle des xérophytes (de xeros, sec). Elles croissent sur les rochers, les vieux murs et les lieux rocailleux bien exposés, où l'évaporation est intense du fait du vent, de l'ensoleillement et de la chaleur. Elles résistent en accumulant des réserves d'eau dans leurs organes charnus, notamment les feuilles. Les Cactées des semi-déserts américains et certaines euphorbes répandues dans les régions sèches de l'Afrique sont des plantes succulentes. Les orpins et les joubarbes de la flore européenne relèvent également de cette catégorie de plantes.

L'orpin réfléchi (Sedum rupestre)
Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 23 Mars 2011.

La joubarbe des toits (Sempervivum tectorum)
Photo: Fr. Hela, Roly, 9 Avril 2012
Dans notre commune, quatre espèces d'orpins sont facilement reconnaissables
En mai et juin (parfois juillet), les fleurs jaunes et étoilées de l'orpin âcre ou "poivre des murailles" (Sedum acre) se remarquent de loin. Il croît sur les murs anciens où s'est accumulée de la matière organique, sur les rochers et les rocailles et, même, sur de vieux toits de hangars ou de granges.

Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 22 Juillet 2012.
Je l'ai vu dans les Hautes Alpes où il fréquente les rochers et pierriers de l'étage collinéen à l'étage subalpin (500 à 2000 m) ! Je l'ai aussi trouvé dans les dunes fixées de notre littoral. L'orpin âcre y est présent parmi les mousses qui recouvrent le sol, en compagnie de la laîche des sables (Carex arenaria), du rosier pimprenelle (Rosa spinosissima) ou de la fléole des sables (Phleum arenarium).

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2012
Si vous mâchez, sans avaler, un petit morceau de la tige abondamment feuillues, vous comprendrez sûrement pourquoi l'orpin âcre est aussi appelé "poivre des murailles" ou "orpin brûlant" !

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Redeau), 28 Mars 2012.
En juin et juillet, l'orpin blanc (Sedum album), avec ses petites fleurs blanches ou parfois rosées, est la lumière de nos vieux murs, des éboulis stabilisés ou des petites barres rocheuses, comme sur les rochers de Champalle.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 26 Juin 2011.
Ses feuilles alternes plus ou moins cylindriques et sa tige sont vertes ou rougeâtres.

Photo: Fr. Hela, Anseremme (Moniat), 16 Mai 2012.
Dans les Hautes Alpes, je l'ai observé sur les rochers, dans les rocailles ou sur de gros blocs rocheux éparpillés dans les prairies alpines. Là-bas, on trouve l'orpin blanc de l'étage collinéen à l'étage subalpin, dans des situations bien exposées (de 600 à 2.300 m). Dans certaines contrées alpines, il est la plante nourricière de la chenille du célèbre Apollon (Parnassius apollo), beau papillon blanc ponctué de noir et de rouge.


L'Apollon (Parnassius apollo) et sa chenille sur Sedum album.
L'orpin réfléchi ou "trique-madame" (Sedum rupestre) est moins fréquent, mais certaines stations sont bien fournies. Ses fleurs sont jaunes et ses feuilles à section circulaire sont longues de 8 à 20 mm, terminées par une courte pointe raide. D'une hauteur de 15 à 30 cm, il fleurit de juin à août, sur les rochers, sur les vieux murs, dans les pelouses sèches et, même, sur les digues, en bord de Meuse. Dans les Hautes Alpes, il monte jusqu'à 2000m, sur les versants sud (Adret).

Feuilles mucronulées de Sedum rupestre.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2012.

L'orpin réfléchi en fleurs
Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juillet 2012.
L'orpin reprise ou Herbe à la coupure (Sedum telephium) est le moins thermophile de nos orpins. On le rencontre, de juin à août, dans les bois clairs, sur des talus rocheux, en bord de chemins ou de routes. La sous-espèce fabaria, plus rare, aime les rochers frais et ombragés et, même, les berges des cours d'eau. Il y aura toujours des exceptions à la règle!

Photo: Fr. Hela, Durnal, 21 Août 2011.
Il peut atteindre une hauteur de 30 à 50 cm. Le limbe de ses feuilles ovales est denté irrégulièrement et son inflorescence, en corymbe dense, porte des fleurs rosées ou purpurines. Celles-ci attirent de nombreux Diptères (Eristales diverses et autres Syrphidés), mais aussi des Hyménoptères et des papillons. Comme les autres orpins, l'herbe à la coupure est mellifère.

Tige et feuilles de l'orpin reprise
Photo: Fr. Hela, Crupet, 13 Mai 2012
L'orpin reprise monte moins haut en altitude. Dans les Hautes-Alpes, il est observé jusqu'à 1.700 m. On le trouve sur les rochers moins exposés, sur des pierriers près des torrents et dans les broussailles, de l'étage collinéen à l'étage montagnard.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 1 Juillet 2011.
Ouvrages et littératures consultées
Chas Ed.: Atlas de la flore des Hautes-Alpes
Hidvegi Fr.: Les Escarpements rocheux : Brochure technique n°5, éditée par le Ministère de la Région Wallonne (Direction de la Conservation de la Nature et des Espaces verts), Jambes, 1995.
Lambinon J., Delvosalle L. et Duvigneaud J.: Nouvelle Flore de la Belgique, du G-D de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines Ed. Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, Meise, 2004.
Lauber K. et Gerhart W.: Flora Helvetica (Flore illustrée de Suisse) Ed. Belin, Paris 2000.
Raynal-Roques Al.: La botanique redécouverte Ed. Belin, 1994.
Vanden Berghen C.: La végétation terrestre du littoral d'Europe occidentale Ed. Les Naturalistes Belges, 1964.
Whalley P.: Papillons Ed. Arthaud, Paris 1989.
21:17 Écrit par FH dans Apollon (Parnassius apollo), Flore, Herbe à la coupure (Sedum telephium), Joubarbe des toits (Sempervivum tectorum), Orpin âcre (Sedum acre), Orpin blanc (Sedum album), Orpin réfléchi (Sedum rupestre) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
22/08/2012
Un Prione tanneur (Prionus coriarius) à Tricointe (Yvoir).
Le prione tanneur est un Coléoptère vraiment impressionnant, puisqu'il peut mesurer jusqu'à 45 mm. Le 10 août dernier, un mâle est observé sur un vieux tronc de sureau noir (Sambucus nigra), en bordure d'une pinède.
Photo: Michaëla De Zolt-Sappadina, Yvoir (Tricointe), 10 août 2012.
En 1767, Linné le nomme Prionus coriarius, en raison de l'aspect de son exosquelette de chitine rappelant la couleur et la texture du cuir. Le terme coriarius attribué à l'espèce provient du latin "corium" signifiant, en effet, la couche profonde de la peau qui donne le cuir, par tannage, chez les vertébrés. L'autre nom vernaculaire de l'espèce que l'on trouve parfois dans certains ouvrages, "prione coriace", viendrait d'une francisation erronée de corium. Dans le "Petit Robert", on peut lire que "coriace" du latin coriaceus (XVème siècle: corias) est un adjectif qualifiant une chair, une viande qui est dure comme du cuir !
Photo: Michaëla De Zolt-Sappadina, Yvoir (Tricointe), 10 Août 2012.
Notre Coléoptère fait partie de la Famille des Cérambycidés, insectes élégants, aux formes sveltes et aux coloris variés. Appelés "longicornes" ou "capricornes", ils sont généralement reconnaissables à leurs antennes très développées.

Stenocorus meridianus est un très élégant Cérambycidé, aux antennes aussi longues que l'ensemble du corps.

Photos: Nadine Thonnard, Godinne, 26 Mai 2011.
Ils vivent souvent dans les régions boisées. Les larves, du type éruciforme (1), se nourrissent exclusivement de matières végétales et sont principalement xylophages (2). Elles peuvent creuser leurs galeries dans le coeur des arbres, dans l'aubier ainsi qu'entre celui-ci et l'écorce. Elles s'attaquent le plus souvent aux arbres morts ou malades.
Beaucoup de longicornes sont diurnes. Par temps ensoleillé, on les trouve sur les fleurs, surtout celles des Apiacées (Ombellifères), des Asteracées (Composées) et des Rosacées.

Dans notre région, la lepture tachetée (Leptura maculata) est fréquement observée sur les Ombellifères, par beau temps. Voici un accouplement.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Redeau), 21 Mai 2011
Les espèces nocturnes restent cachées tout le jour et ne prennent leur essor qu'à la tombée de la nuit. C'est le cas du prione tanneur. Celui-ci peut occasionnellement être observé dans la journée, se reposant, à l'ombre, sur un tronc ou une vieille souche. Un certain nombre d'espèces stridulent, surtout lorsqu'on les saisit. Ce bruit est produit par le frottement de la base du pronotum (3) contre la partie médiane du mésonotum (4).
Le prione tanneur, par sa taille et sa corpulence, est un des plus grands insectes de notre faune. Son corps robuste, brun foncé ou noir, est assez luisant. Le mâle possède de longues antennes composées de 12 articles (5), à bords externes saillants, en lames de scie. Sa face ventrale montre une pubescence courte et peu dense.
Prione tanneur mâle
Photo: Michaëla De zolt-Sappadina, Yvoir (Tricointe), 10 Août 2012.
La femelle, beaucoup plus grande, a des antennes plus minces et finement dentées. Sa face ventrale est glabre et dispose d'un oviscapte (6) qu'elle sort de son abdomen pour la ponte. Le pronotum présente des excroissances pointues chez les deux sexes.

Excroissances pointues du pronotum
Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 15 Juillet 2011.
Le prione tanneur est une espèce active surtout au crépuscule, dans les bois et forêts. En vol, le mâle surprend par son aisance et sa rapidité.

Un accouplement
Photo: Wilfried Van Heddegem, Opbrakel (Brakelbos) - Oost-Vlaanderen, 21 Juillet 2012.
Après l'accouplement, la femelle pond ses oeufs dans du bois mort dépérissant ou dans de vieilles souches plus ou moins pourries, souvent dessous lorsque cela est possible. La larve se développe dans le bois mort et est xylophage. Au bout de 3 ou 4 ans, après avoir mué quatorze fois, elle mesure 5 à 6 cm de long et se construit alors une sorte de coque très résistante, constituée de particules de bois agglomérés et de terre mêlée. C'est dans celle-ci, qu'elle se nymphose et donnera, l'été suivant, un adulte parfait.

Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 15 Juillet 2011.
Dans nos forêts, il fut un temps où des souches et des troncs d'arbres restaient le plus souvent au sol et y pourrissaient. Le prione était alors bien plus abondant. De nos jours, la mécanisation aidant, on nettoie beaucoup trop le sol de nos bois. Sur les sols forestiers, bois morts et souches dépérissantes sont pourtant insispensables au développement de notre Coléoptère et de certaines espèces de Cérambycidés devenues bien plus rares.
(1) éruciforme (latin: eruca, chenille): en forme de chenille
(2) xylophage: qui mange du bois
(3) pronotum ou protothorax: pièce dorsale du premier segment thoracique, chez les insectes
(4) mésonotum ou mésothorax: partie dorsale du segment du milieu du thorax, chez les insectes
(5) articles: différentes parties des antennes des Arthropodes
(6) oviscapte ou ovipositeur: organe de ponte
Bibliographie:
Auber L.: "Atlas des Coléoptères de France, Belgique, Suisse" Tome II, Ed. Boubée, Paris 1976.
Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, Paris, 1998.
du Chatenet G.: "Coléoptères phytophages d'Europe", NAP Ed., Vitry-sur-Seine, 2000.
Le Garff B.: "Dictionnaire étymologique de zoologie", Ed. Delachaux et Niestlé, Paris, 1998.
Reichholf-Riehm H.: "Insekten", Ed. Mosaik Verlag, Munich, 1983.
21:53 Écrit par FH dans Coléoptères, Prione tanneur (Prionus coriarius) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
13/06/2012
Un couple de Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) à l'Airbois (Tricointe) !
Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à prendre connaissance des informations complémentaires, en fin de note.
Depuis 2007, le paysage a bien changé autour de la Ferme de l'Airbois. La pente de la colline, exposée au nord, qui domine le hameau de Tricointe, est devenue un milieu plus ouvert et lumineux, diversifié et plus favorable à l'avifaune des sites ouverts ou semi-ouverts. La tempête du 17 janvier 2007 rase 8ha de conifères et la coupe à blanc, en 2008 et 2009, fait disparaître définitivement de l'endroit les épicéas communs et les sapins de Douglas. Il y a cinq ans déjà que les derniers engins de débardage ont rendu le silence à ces lieux et de nombreux passereaux ont trouvé la zone accueillante pour s'y reproduire (1), s'y arrêter lors des migrations (2) ou, simplement, s'y nourrir (3). L'ancienne coupe forestière est devenue aussi le terrain de chasse idéal pour de nombreux rapaces. Le faucon crécerelle (Falco tinnunculus), l'épervier d'Europe (Accipiter nisus), la buse variable(Buteo buteo), la bondrée apivore (Pernis apivorus) ou le busard Saint-Martin (Circus cyaneus) y sont observés régulièrement. C'est aussi le lieu de parade favori pour les bécasses des bois (Scolopax rusticola).
Le 6 juin dernier, une fauvette grisette (Sylvia communis), s'élève de quelques mètres au-dessus des broussailles, émettant une série de strophes précipitées, puis se pose au sommet de la branche morte d'un arbuste en produisant ses phrases volubiles. A ma gauche, à partir d'un arbre de la lisière, le pipit des arbres (Anthus trivialis) pratique son vol chanté toujours surprenant. Le bruant jaune (Emberiza citrinella) passe avec de la nourriture au bec. Là, à la pointe d'un rejet de frêne dénudé, un oiseau paraissant plus costaud, ayant la taille d'un gros moineau (4), est perché. Sur son poste d'affût, il semble guetter, prêt à plonger sur une proie. Il s'éclipse soudain et reparaît bien en vue, sur un rameau, dix mètres plus loin. La calotte gris pâle, le bandeau noir en travers de l'oeil, le manteau et les ailes brun roux, la poitrine rosée, la queue assez longue, noire et blanche, sont les caractéristiques de la pie-grièche écorcheur mâle.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Hier soir, Alain m'a annoncé la présence d'un couple à l'Airbois. Quelle joie ! La pie-grièche écorcheur est bien présente. Elle choisira peut-être le site pour se reproduire. De magnifiques observations en perpective se préparent !

Un couple de pie-grièche écorcheur à l'Airbois (femelle à gauche et mâle à droite).
Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Les pies-grièches (Laniidae) sont des passereaux de taille moyenne faisant figure de petits rapaces avec leur bec crochu. La longue queue, les beaux plumages en partie bariolés de noir et de blanc et la tête assez grosse marquée généralement d'un large bandeau sombre (souvent noir) à travers l'oeil ou derrière celui-ci sont autant de caractéristiques de la Famille.

Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net
Ces passereaux ont l'habitude de se tenir bien en vue, de préférence sur des postes dominants, souvent en terrain découvert, pour guetter leurs proies. Selon l'habitat, celles-ci sont très variées: insectes, araignées, larves et vers, escargots, petits reptiles (lézards, orvets, ...) et amphibiens (grenouilles, tritons), jeunes rongeurs ou musaraignes, petits oiseaux pris au nid ou peu après leur sortie. Les invertébrés (insectes surtout) constituent une part importante du régime alimentaire des pies-grièches. Soulignons aussi la manie de la Famille d'empaler le butin sur les épines d'arbustes, comme les aubépines et les prunelliers, ou sur des fils barbelés, en des points précis du territoire.

Le mâle de pie-grièche écorcheur au lardoir.
Photo: A. Saunier, Eschert (CH), août 2002.
L'utilité de ces "lardoirs" serait de fixer la proie afin de mieux la dépecer. Cependant, de nombreux oiseaux se contentent de maintenir la proie dans les doigts d'une patte, qu'ils portent souvent au bec. Ce comportement spécialisé n'est pas remarqué chez tous les oiseaux et serait plus régulier dans les régions à climat humide et froid, où la chasse aux insectes est de durée réduite. Cette hypothèse est à vérifier !
Tous les Laniidés d'Europe (cinq espèces) sont en forte régression depuis la deuxième moitié du XXème siècle. Celle-ci coïncide avec l'apparition de l'agriculture intensive et industrielle. En Belgique, la pie-grièche rose (Lanius minor) n'a plus niché depuis 1930. La pie-grièche à tête rousse (Lanius senator) est devenue un oiseau nicheur occasionnel (un seul cas de nidification lors des prospections pour l'atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, de 2001 à 2007). La pie-grièche grise (Lanius excubitor) et la pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) restent donc les seuls Laniidés qui se reproduisent encore en Wallonie.

La pie-grièche grise (Lanius excubitor)
Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora
La cause principale de la régression des pies-grièches, toutes espèces confondues, est la disparition de leurs habitats. L'emploi des pesticides et l'impact de ceux-ci sur l'entomofaune doit aussi avoir un effet très néfaste sur ces oiseaux particuliers.
Revenons maintenant à la pie-grièche écorcheur. La femelle, plus discrète, a la poitrine barrée de gris et un léger bandeau brun sur l'oeil. Les juvéniles ressemblent aux femelles et portent un manteau écailleux.

Pie-grièche écorcheur: la femelle
Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
La silhouette dressée de la pie-grièche écorcheur est typique. Sur son poste d'affût, elle voit tout. Que l'intrus approche, les battements nerveux de sa queue s'intensifient et, d'un vol ondulé, elle disparaît pour reparaître un peu plus loin, sur un autre support. Elle émet alors des cris d'alarme assez forts et grinçants.

Pose typique d'une pie-grièche écorcheur inquiète
Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
Dès le mois de mai, le mâle prend possession de son territoire et le défend hardiment. Lorsqu'une femelle le rejoint, il chante (5), en faisant vibrer ses ailes, fait le beau, montrant tour à tour le rose de sa poitrine ou les contrastes de son dos.

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
En général, c'est lui qui construira le gros oeuvre du nid, caché au coeur d'un buisson touffu, laissant à la femelle le soin de le parachever. Celle-ci couvera ses 5 ou 6 oeufs, ravitaillée régulièrement par son compagnon. L'envol des jeunes aura lieu vers deux semaines. La petite famille restera longtemps unie.
Dès la fin août, les pies-grièches écorcheurs quittent notre pays pour un long voyage de nuit qui les mènera dans les savanes et steppes boisées de l'Afrique orientale et méridionale, au sud de l'Equateur. La migration (6) des oiseaux d'Europe occidentale et centrale a ceci de particulier qu'elle concentre le flot des voyageurs d'automne vers les Balkans et la Grèce, d'où ils gagnent directement l'Egypte. De là, les oiseaux progressent vers leurs quartiers d'hiver (P. Géroudet, 1998). Au retour, les pies-grièches écorcheurs suivent une route un peu différente: du Soudan, elles passent en Arabie, en Palestine, en Syrie et en Asie Mineure, sur un front étroit, puis se dispersent en éventail sur l'Europe. Chez nous, le retour de l'espèce a lieu fin avril et début mai, plus ou moins tard selon les années.

Les habitats typiques de la pie-grièche écorcheur sont les campagnes ouvertes, les prairies parsemées de haies denses, riches en buissons épineux (aubépines et prunelliers surtout). Elle fréquente aussi les landes, les coteaux calcaires et les coupes forestière en repousse.
Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net
(1) Les oiseaux nicheurs sont notamment le bruant jaune (Emberiza cirtinella), la fauvette des jardins (Sylvia borin), la fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), la fauvette grisette (Sylvia communis), l'accenteur mouchet (Prunella modularis), le troglodyte (Troglodytes troglodytes), le pouillot véloce (Phylloscopus collybita), le pouillot fitis (Phylloscopus trochilus) et l'hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta).
(2) La zone est parfois une halte migratoire pour le tarier pâtre (Saxicola torquatus), la locustelle tachetée (Locustella naevia), la grive litorne (Turdus pilaris), la grive mauvis (Turdus iliacus), le pinson du nord (Fringilla montifringilla), le sizerin cabaret (Carduelis flammea), ...
(3) Outre les rapaces, de nombreux passereaux viennent s'y nourrir: pic noir (Dryocopus martius), pic vert (Picus viridis), coucou gris (Cuculus canorus), pinson des arbres (Fringilla coelebs), pigeon ramier (Columba palumbus), linotte mélodieuse (Carduelis cannabina), verdier d'Europe (Carduelis chloris), rougegorge (Erithacus rubecula), bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula), grive musicienne (Turdus philomelos), ...
(4) La taille de la pie-grièche écorcheur est intermédiaire entre celles du moineau et du merle (Longueur: 16,5 à 18 cm; poids moyen: 26 à 38 g).
(5) Le chant du mâle relativement discret s'étend surtout de l'arrivée de l'oiseau à l'éclosion des petits, avec quelques reprises estivales occasionnelles. Il est composé d'imitations de chants d'autres oiseaux constituant un babil agréable et varié, quoique peu sonore.
(6) Ce type de migration est appelé "migration en boucle", d'après certains auteurs.
Bibliographie:
Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie - 2001-2007 (Publication d'Aves et du Département de l'étude du Milieu Naturel et Agricole - Service Public de Wallonie) -Gembloux 2010:
Dehem Ch.: Pie-grièche grise Lanius excubitor
Jacob J.-P.: Pie-grièche à tête rousse Lanius senator et Pie-grièche à poitrine rose Lanius minor
Titeux N., van der Elst D. et Van Nieuwenhuyse Dr.: Pie-grièche écorcheur Lanius collurio
Géroudet P. et Cuisin M.: "Les Passereaux d'Europe" Tome 2 - Delachaux et Niestlé, Paris 1998.
Jacob J.-P.: "La situation des Pies-grièches écorcheurs (Lanius collurio) et grise (Lanius excubitor) en Wallonie (Belgique)", in Aves (Bulletin de la Société d'études ornithologiques Aves), 36 (1-3) - 1999.
Svensson L., Mullarney K. et Zetterström D.: "Le guide Ornitho" - Delachaux et Niestlé, Paris 2010.
Zollinger J.-L.: "Evolution de l'habitat et des effectifs d'une population de Pie-grièche écorcheur Lanius collurio sur le Plateau vaudois", in Nos Oiseaux (Revue de la Société romande pour l'étude et la protection des oiseaux), Volume 53/1 - Mars 2006 - N°483.
22:16 Écrit par FH dans Avifaune, Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
15/05/2012
Le Poliste gaulois (Polistes dominula) à Evrehailles.
Evrehailles, Haie aux Faulx, le 27 mars 2012.
Entre deux averses, les rayons du soleil chauffent l'abri de jardin où l'on range les outils. Sur le point d'ouvrir la porte, je me trouve soudain nez à nez avec une très belle guêpe, posée sur l'avant-toit.

Le Poliste gaulois (Polistes dominula) se chauffe aux premiers rayons du soleil printanier.
Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 27 Mars 2012
Ce début de printemps est assez froid et je suis assez surpris de la présence de cet insecte thermophile qui, dans notre pays, atteint souvent la limite nord de son aire de distribution.
Nous sommes donc face à face. La guêpe, plus svelte que les guêpes sociales habituelles, m'examine de ses yeux à facettes, mais aussi en remuant régulièrement ses longues antennes orangées. Malgré ma très grande proximité, son comportement est calme et elle ne montre aucune agressivité. Je lui présente alors mon doigt sur lequel elle grimpe délicatement. Ses pattes jaunes sont fort longues. Elle possède le costume jaune et noir de la plupart des guêpes sociales. Son corps allongés est plus svelte. Contrairement aux autres Vespidés, son abdomen se rétrécit progressivement vers l'avant, mais aussi vers l'arrière. Enfin, si on la compare aux guêpes communes, elle porte ses ailes de manière un peu différente.

Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 27 Mars 2012.
Au bout d'un certain temps, elle s'envole et tourne autour de ma tête. Elle va et vient gracieusement, se balançant dans l'air, ses pattes postérieures pendantes, puis disparaît sous la toiture. Tiens, la revoilà ! Mais, il y en a maintenant quatre qui prennent un bain de soleil ! Quelle découverte ! Ce sont des guêpes sociales appelées polistes et, plus précisément, des polistes gaulois (Polistes dominula) !
Les polistes sont des Hyménoptères de la famille des Vespidae qui regroupe les guêpes sociales. Les individus appartiennent à trois castes différentes: reines, ouvrières et mâles. Seules les reines fécondées survivent à l'hiver et ce sont elles qui construisent les nouveaux nids au printemps. La Famille des Vespidae est divisée en deux sous-familles: les Polistinae et les Vespinae. Les Polistinae élaborent des nids peu populeux qui ne sont pas recouverts d'une enveloppe protectrice, contrairement aux autres guêpes sociales.

Nids de Polistes dominula non recouverts d'une enveloppe protectrice.
Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Haie aux Faulx), 26 Mars 2012.
Les Vespinae regroupent, entre autres, les guêpes les plus connues chez nous: la guêpe germanique (Vespula germanica), la guêpe commune (Vespula vulgaris) et le frelon (Vespa crabro).

Une reine de Frelon (Vespa crabro) se nourrissant du nectar de fleurs d'un cotonéaster. Le frelon fait partie de la sous-famille des Vespinae.
Photo: Fr. Hela, Godinne, 29 Avril 2011
Les reines initient, au début du printemps, des nids faits de carton qui vont abriter pusieurs centaines d'individus au cours de la belle saison. Ceux-ci sont entourés d'une enveloppe protectrice percée d'un orifice basal.
Une reine de guêpe moyenne (Dolichovespula media) construisant son nid. On remarque bien l'enveloppe protectrice.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Redeau), Avril 2011.
Nettement moins courants chez nous, les Polistes sont des insectes thermophiles. Ils sont beaucoup plus abondants à mesure qu'on se rapproche des pays méridionaux. La plupart atteignent, dans nos pays d'Europe occidentale, la limite nord de leur aire de distribution.

Polistes dominula sur une feuille de Nymphaea.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 5 Juillet 2011.
Le poliste gaulois, guêpe sociale très commune dans les régions méridionales de l'Europe, est en expansion brutale en Belgique et dans les régions limitrophes. Yves Barbier, Jean-Yves Baugnée et Pierre Rasmont (1995) émettent l'hypothèse que les étés chauds successifs de la fin des années '80 et du début des années '90 sont une des causes principales de sa progression. Celle-ci serait probablement facilitée par le fait que cette espèce possède de grosses populations méridionales qui peuvent servir de "réservoir" de peuplement. De plus, Polistes dominula semble aimer les lieux occupés par les hommes. Assez anthropique, il s'accomode fort bien de substrats artificiels pour construire son nid.

Photo: Fr. Hela, Dinant (Fonds de Leffe), Juin 2012.
Bref, une très belle guêpe à respecter et à observer près de chez vous !
23:03 Écrit par FH dans Hyménoptères, Poliste gaulois (Polistes dominula) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
05/05/2012
Le Merle à plastron (Turdus torquatus), une espèce boréo-alpine de passage à Tricointe (Yvoir)
Le 12 avril 2012, j'emprunte le chemin des meuniers pour me rendre à Tricointe. Là où le sentier en pente se termine, des cris d'alarme, durs et saccadés, rappelant un peu la grive litorne (Turdus pilaris), proviennent de la lisière forestière. Un merle assez sombre surgit tout d'un coup, se pose dans la prairie quelques instants, puis va se poser, bien en évidence, sur une branche d'un pin sylvestre. Pas de doute, voilà l'oiseau que je recherche à chaque printemps, au mois d'avril ! Un merle à plastron (Turdus torquatus torquatus) !

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
Un large croissant blanc sur la poitrine me permet de déterminer cet oiseau. C'est un mâle. De passage, au printemps, il paraît très sombre en dessous du plastron, d'un brun foncé à noirâtre presque uniforme. Ses ailes fermées dessinent au-dessus des flancs une zone plus pâle, argentée, parfois peu apparente chez cette sous-espèce nordique. La femelle est plutôt brune et son plastron frappe moins le regard, parce que plus petit et brunâtre. Son allure et son plumage sombre font ressortir sa parenté avec notre merle noir (Turdus merula). Tous deux, par exemple, ont le même "tic" de relever la queue en se posant. Cependant, le merle à plastron me paraît un peu plus svelte et robuste, endurci au climats rudes. Son naturel farouche et nerveux, sa voix rocailleuse, son attitude dressée et toujours sur le qui-vive, le rapproche davantage de la grive litorne (P. Géroudet, 1998).

La grive litorne (Turdus pilaris) pour comparaison.
Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net
En observant attentivement notre oiseau, de passage au printemps, je remarque son bec jaune à pointe brune, ses pattes brun clair et l'iris brun noirâtre.

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
Le merle à plastron est une espèce à distribution boréo-alpine typique (D. van der Elst, 1984). Sa répartition géographique est disjointe, sans être tout à fait celle des véritables reliques glaciaires comme le lalopède alpin (Lagopus muta) ou le pic à dos blanc (Dendrocopos leucotos). Paul Géroudet (1998) nous dit dans son ouvrage à propos des Passereaux d'Europe: "La dislocation de l'espèce après les glaciations a constitué des populations isolées dans les systèmes montagneux d'Europe moyenne et méridionale". Pour expliquer cette curieuse répartition, il nous faut remonter dans le temps. Le quaternaire a vu apparaître des phénomènes climatiques particuliers et notamment la dernière invasion glaciaire, dite de Würm. L'Europe de l'ouest est demeurée longtemps sous un climat rigoureux très froid et sec, des calottes de glace couvrant les régions septentrionales du continent. Les plaines fertiles d'aujourd'hui étaient composées de steppes et la taïga couvrait la Provence ainsi qu'une partie de la péninsule ibérique.
L'Europe lors de la dernière glaciation dite de Würm, débutant vers 70.000 ans et se terminant vers 12.000 ans, du moins sous nos latitudes.

La glaciation de Würm est une manifestation d'un refroidissement qui a concerné plus ou moins directement toute la planète. Ce refroidissement a notamment eu pour conséquence une baisse du niveau des mers d'une centaine de mètres (régression marine) et l'établissement d'un climat périglaciaire dans nos régions, aboutissant à de profondes modifications de la faune et de la flore (voir à ce propos les pages concernant la Glaciation de Würm, sur le site http://fr.wikipedia.org).
A cette époque, il ne devait y exister que des oiseaux de la faune boréale qui, lors du refroidissement, migrèrent plus au sud. Quant à la plupart des espèces européennes actuelles, il semblerait qu'elles habitaient les plaines russes et d'Asie centrale, qui jouissaient alors d'un climat un peu moins rigoureux. Lors du retrait des glaciers, la faune arctique remonta progressivement vers le nord et, quelques-uns de ses représentants, trouvèrent refuge en altitude, dans les Alpes, les Pyrénées ou d'autres sommets, là où les conditions climatiques se rapprochent le plus de celles des régions froides du nord de l'Europe (J.-F. Dejonghe, 1984). C'est le cas du lagopède alpin, du pic à dos blanc, mais aussi du lièvre variable (Lepus timidus). Par ailleurs, on constate le même phénomène chez certaines plantes présentes dans les régions septentrionales de l'Europe et dans les Alpes. Ainsi la dryade à huit pétales, appelée aussi Thé des Alpes, Thé suisse ou Chênette (Dryas octopetala) est un arbuste en espalier doué d'un remarquable pouvoir de colonisation. Cette espèce calcicole des Alpes croît dans presque toutes les montagnes d'Europe, des Pyrénées au Caucase et dans les régions arctiques. Elle a donné son nom à la période de la fin du dernier épisode glaciaire, le Dryas.

Photo: Fr. Hela, Nationalpark Hohe Tauern (Alpes autrichiennes), Juillet 1989.
La répartition actuelle de notre merle à plastron semblerait donc bien pouvoir, en partie, s'expliquer par ces phénomènes glaciaires. La sous-espèce alpestris niche dans les montagnes du sud de l'Europe, des Pyrénées aux Balkans. Dans les Alpes, l'espèce est présente en lisière des forêts de résineux et dans les aulnaies de l'étage subalpin, de préférence sur les versants exposés au nord (Ubac) (Dejonghe J.-F., 1984). Elle occupe, entre autres, l'Auvergne, les Vosges et la Forêt Noire. En Wallonie, cette sous-espèce est liée à la sylviculture de l'épicéa (Picea abies), aux altitudes les plus élevées, surtout au-delà de 600 mètres. D'après L. Schmitz (2010), le merle à plastron serait un nicheur très rare et fort localisé, dans les Hautes-Fagnes et les forêts périphériques. Pour cet auteur, des informations fragmentaires ne permettent pas d'écarter une possible présence sur les autres crêtes ardennaises (plateaux des Tailles, de Saint-Hubert, de Libramont - Libin et de la Croix-Scaille) (Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, L. Schmitz - 2010).

Photo: Alain Chappuis@Naturissima(2011)
La sous-espèce torquatus (celle observée à Tricointe) niche dans le nord et l'ouest de la Grande-Bretagne et sur le plateau scandinave. Les deux sous-espèces hivernent principalement dans le sud-ouest de l'Europe et au Magreb.

Turdus torquatus torquatus, sous-espèce nordique de passage chez nous.
Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
Au cours de ses migrations, la sous-espèce torquatus se rencontre en petit nombre dans tous les pays d'Europe occidentale. La migration printanière de celle-ci se déroule en moyenne du 1 avril au 2 mai, en Belgique. Le passage des mâles est plus important et précoce que celui des femelles (décalage en général d'une dizaine de jours). D'après D. van der Elst (1984), le schéma des migrations peut être sensiblement influencé par les conditions météorologiques. A plusieurs reprises, un passage du merle à plastron simultané à celui de traquets, de rougequeues à front blanc (Phoenicurus phoenicurus), de grives musiciennes (Turdus philomelos), de gobemouches noirs (Ficedula hypoleuca) et d'autres passereaux rejoignant la Scandinavie, a coincidé avec un vent d'est soutenu.
Ouvrages et documents consultés:
Dejonghe J.-F.- "Les oiseaux de montagne" Edition du Point vétérinaire, 1984.
Favarger Cl. et Robert P.-A. "Flore et Végétation des Alpes" (Tomes I et II) Ed. Delachaux et Niestlé, 1995.
Géroudet P.- "Les Passereaux d'Europe" Edition mise à jour par M. Cuisin, Delachaux et Niestlé, Paris 1998.
Schmitz L. - "Merle à plastron, Turdus torquatus", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie" (pp. 320-321) Ed. Aves et Région wallonne, 2010.
Schmitz L. - "Le Merle à plastron (Turdus torquatus) d'avril 2006 à Stockay n'était pas un alpestris", in Bulletin Aves Vol. 44/2, juin 2007.
Schmitz L.et Michel J. - "Identité subspécifique, distribution et habitat des Merles à plastron (Turdus torquatus) nicheurs en Belgique", in Bulletin Aves Vol. 37/1-2, décembre 2000.
Svensson L.- "Le guide ornitho" Ed. Delachaux et Niestlé, Paris 2010.
van der Elst D.- "Le statut du Merle à plastron (Turdus torquatus) en Wallonie et en Brabant", in Bulletin Aves Vol. 21/2, 1984.
22:22 Écrit par FH dans Avifaune, Merle à plastron (Turdus torquatus) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
24/04/2012
A la découverte de quelques champignons printaniers.
Si la poussée fongique la plus exubérante se réalise au cours de certains automnes doux et humides, il existe néanmoins quelques champignons dont le mycélium produit des sporophores (organes visibles chez certaines espèces) en hiver, au printemps et en été ! Les champignons printaniers sont très typiques. En effet, ils appartiennent, en général, aux Ascomycètes, alors que la plupart des champignons charnus de l'automne sont des Basidiomycètes.
Rappelons ici que le sporophore, c'est-à-dire la structure qui porte des cellules sporogènes et des spores, appelé "champignon" par le grand public, naît généralement à des époques déterminées et ne persiste souvent que durant un temps limité. L'élément le plus permanent est représenté par des filaments, nommés "mycélium", vivant dans le sol, le bois, le fumier ou d'autres substrats. Les Mycètes englobent, entre autres, les unicellulaires microscopiques (moisissures, rouilles, charbons, ...) et les pluricellulaires macroscopiques (Ascomycètes et Basidiomycètes), dont certaines espèces sont recherchées par le mycophage. Leur particularité est leur mode de vie hétérotrophe dû à l'absence de plastes chlorophylliens, ce qui les différencie des algues. Chez les Ascomycètes, les spores, éléments de dissémination du champignon, sont formées à l'intérieur d'une cellule allongée, nommée asque. Les spores des Basidiomycètes naissent sur de petits pédicelles, les stérigmates, terminant une cellule généralement en forme de massue, la baside.
Parmi les Ascomycètes que l'on peut rencontrer au cours d'excursions printanières, les morilles, apparaissant en avril et en mai, sont les plus connues et les plus estimées. Celles-ci sont caractérisées par un pied creux assez irrégulier, surmonté d'un chapeau plus ou moins globuleux ou conique et recouvert de nombreux alvéoles (surfaces sporifères).

La Morille commune (Morchella esculenta).
Photo: Robin Gailly, Crupet, 16 Avril 2012
S'il est aisé de reconnaître qu'un champignon est une morille, il est beaucoup plus difficile de se prononcer sur certaines espèces. En effet, la systématique du genre Morchella est une des plus complexes parmi les Macromycètes. Cette particularité tient à la variabilité de la forme et de la couleur, ainsi qu'à l'altération de celle-ci sous l'influence de l'humidité ou de la sécheresse. Certains mycologues distinguent plusieurs espèces, en se basant, entre autres, sur la variation de couleur. La diversité des noms français l'exprime également: morilles blondes ou jaunes, grises, noires ou brunes, pourpres, vertes et blanches ! En vérité, les distinctions de couleurs, très différentes d'un individu à l'autre, sont souvent délicates à saisir. R. Heim (1984) propose de répartir ces champignons selon le mode d'attache du pied au chapeau. D'après cet auteur, on pourrait distinguer les morilles adnées, les morilles distantes et les morilles au chapeau à moitié libre. Dans le premier groupe, le chapeau est adné, ce qui signifie que celui-ci est soudé et adhère totalement au pied. Il est de forme arrondie et les alvéoles, sans ordre, ne sont pas limités par des côtes longitudinales régulières. C'est le cas de la morille commune, grise ou noire (Morchella esculenta syn. M. vulgaris) qui se développe au début du printemps, le plus souvent en avril et en mai, dans les bosquets, les haies, les vergers et dans les forêts riveraines, sous les ormes et les frênes. Elle croît aussi sous les pommiers, les peupliers et les noisetiers. Le chapeau est marqué de côtes longitudinales, mais peu régulières, épaisses et accompagnées d'appendices transversaux courts et inégaux.

Morchella esculenta
Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 14 Avril 2010.
La Morille blonde (Morchella rotunda syn. Morchella esculenta var. rotunda), au chapeau jaune ocré, semble actuellement considérée comme une simple variété de Morchella esculenta. Je n'ai pas encore trouvé celle-ci sur le territoire de notre commune.

Photo: Gérard Girod - www.mycodb.fr
La Morille conique (Morchella costata syn. M. elata var. costata) fait partie du groupe "morilles distantes". Le chapeau est séparé du pied par un sillon ou vallécule. Il est oblong ou souvent conique. Les alvéoles sont limités par des côtes longitudinales régulières et des cloisons secondaires qui en émanent. Cette morille est souvent présente dans les zones boisées de conifères, surtout en montagne. Cà et là, on la découvre dans les vergers, les décombres et les broussailles. Espèce plutôt rare chez nous, elle est à rechercher. Son chapeau fauve olivâtre foncé, presque aussi long que le pied, conique et pointu, est sillonné longitudinalement de côtes foncées bien dessinées.

Photo: Thierry Duchemin - www.mycodb.fr
Parmi les morilles au chapeau à moitié libre, on trouve le Morillon (Mitrophora semilibera syn. Morchella hybrida). Celui-ci apparaît au printemps, dans les jardins et autres endroits frais (taillis de noisetiers, sous les aulnes et dans les bois humides de peupliers), souvent en compagnie de la ficaire (Ranunculus ficaria).
Photo: Michel Gijsemberg, Houx-sur-Meuse, Avril 2010.

Le morillon croît souvent en compagnie de la ficaire fausse-renoncule (Ranunculus ficaria).
Photo: Fr. Hela, Rivière, 11 Mars 2012.
Le chapeau du morillon est conique, brun jaune, mais beaucoup plus court que le pied. Il est séparé de celui-ci par un profond sillon (vallécule). D'après J. Guillot (2003), cette espèce est, parmi les Morchellacées, la plus précoce, apparaissant certaines années, dès le mois de mars.
Les morilles sont considérées comme d'excellents champignons comestibles, moyennant malgré tout certaines précautions ! Il convient de signaler que certains champignons, habituellement comestibles, peuvent être toxiques, s'ils sont crus ou mal cuits. C'est le cas des morilles ! Les toxines, thermolabiles, sont généralement éliminées par une cuisson suffisante (il est conseillé, paraît-il, de faire bouillir les morilles fraîches pendant une quinzaine de minutes et de jeter alors l'eau de cuisson). La symptomatologie (syndrome hémolytique) est souvent d'ordre digestif (nausées, vomissements), mais la cause profonde, une destruction des globules rouges, peut entraîner de sérieuses conséquences en cas d'intoxication massive (R. Courtecuisse, 1994). Il est donc recommandé de consommer les morilles sans excès et parfaitement cuites !
D'autres Ascomycètes peuvent être rencontrer au printemps. Parmi ceux-ci, citons le Gyromitre (Gyromitra esculenta), espèce occasionnelle chez nous. Appelé aussi "morille brune" ou "fausse-morille", le gyromitre se caractérise par un chapeau irrégulier, presque globuleux, veiné, plissé et dont la marge est soudée au pied. Celui-ci de couleur brun châtain nuancé d'olivâtre, offre des circonvolutions accusées lui donnant l'aspect d'une cervelle (cérébriforme).

Photo: Robin Gailly, Grez-Doiceau, 6 Avril, 2012.
Cette espèce croît généralement sous les conifères, dans les friches et les landes à bruyères. Dans des conditions particulières, ce champignon comestible peut causer des troubles graves, voire mortels ! Il vaut donc mieux s'abstenir de le consommer !
La Verpe en forme de dé (Verpa digitaliformis) n'est pas rare, au début du printemps, dans les bois de hêtres, les haies et les lieux sablonneux (elle se rencontre même dans les dunes littorales). On la trouve aussi en des endroits humides et frais, sous les frênes et au voisinage des saules.
Photo: Michel Gijsemberg, Houx-sur-Meuse, Avril 2010.
Le chapeau ocre à brun rougeâtre, en forme de dé à coudre, ne présente pas d'alvéoles. Toute sa hauteur est libre. Son pied cylindrique et légèrement marqué de lignes horizontales est allongé. Ce dernier, rempli d'une moelle cotonneuse, devient creux avec le temps.
Deux helvelles printanières méritent aussi toute notre attention. L'Helvelle à pied blanc (Helvella monachella) a le pied lisse, creux et de couleur blanc sale. Elle se reconnaît à son chapeau, brun noirâtre dessus et blanchâtre dessous, formé de 3 à 4 lobes soudés au pied et rabattus. C'est une helvelle des substrats meubles argilo-sablonneux. On la trouve sur les sentiers et dans les allées des bois, mais aussi sous les peupliers. Le sporophore dégage une odeur désagréable.

Photo: Jacques Gouraud - www. mycodb.fr
L' Helvelle en gobelet (Helvella acetabulum) présente un sporophore supporté par un pied blanc sale, assez épais, sillonné et offrant des côtes qui se prolongent en se ramifiant sur la partie inférieure et externe du chapeau. Celui-ci, en forme de coupe profonde qui lui donne l'aspect d'une pézize, est brun foncé, plus pâle et poudreux à l'extérieur. C'est une espèce courante dans les lieux calcaires, surtout dans les bois de chênes, ainsi qu'aux abords des allées et des routes.

Photo: Jean-Pierre Dechaume - www.mycodb.fr
Deux pezizes vernales sont également à rechercher. Le sporophore ou ascoma de ces Ascomycètes, en forme de coupe plus ou moins irrégulière, est fixé au sol ou sur le bois mort. Outre la magnifique Pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea)*, citons notamment la Pézize veinée (Disciotis venosa) qui se reconnaît aisément à sa chair mince et fragile, ainsi qu'à sa forte odeur d'eau de Javel disparaissant totalement à la cuisson. Ce champignon est comestible, mais il contient une substance toxique analogue à celle des morilles ! Sa consommation réclamera dès lors les mêmes précautions indiquées pour celles-ci.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Mai 2010
La croissance de cette pézize précèderait un peu celle des morilles. Son habitat est d'ailleurs assez semblable: forêts sur sols riches, le plus souvent calcaires, bosquets, vergers et bords de chemins.
Une autre petite pezize, appelée aussi sclérotinie tubéreuse (Dumontinia tuberosa syn. Sclerotinia tuberosa) ) apparaît dans les bois, aux mois de mars et avril, sur les rhizomes morts de l'anémone sylvie (Anemona nemorosa) Les pézizes du genre, aux réceptacles en forme de cupules et portés par un long pied, on des asques qui bleuissent au sommet sous l'action de l'iode. Elles naissent à partir d'un petit tubercule (le sclérote) formé de filaments mycéliens remplis de matières nutritives de réserve (R. Heim, 1984). Le sclérote de notre espèce est noir.

Photo: Thierry Duchemin - www.mycodb.fr
Pour conclure, il nous faut encore parler d'un Basidiomycète printanier recherché par les mycophages: le Tricholome ou Mousseron de la Saint-Georges (Calocybe gambosa). Lorsque se termine la saison des morilles, commence généralement celle des mousserons. C'est donc de la fin du mois d'avril au début du mois de juin que l'on rencontrera ce champignon qui affectionne les bois de feuillus ou les haies, sur des sols riches, souvent calcarifères (riches en calcaire).
Photo: Michel Gijsemberg.
Le tricholome de la Saint-Georges se reconnaît à son mode de croissance, en ronds de sorcières comprenant souvent de nombreux individus, ainsi qu'à sa forte odeur de farine fraîche. Sa saveur est également farineuse. Si on le consomme, on peut le confondre avec un champignon dangereux. Il s'agit de l'Entolome livide (Entoloma lividum), à forte odeur, lui aussi, de farine, mais dont les lamelles, d'abord jaunâtres, deviennent rose brunâtre avec l'âge. Fort heureusement, c'est là une espèce estivale et automnale, qui ne se rencontre pas au printemps. Le chapeau du mousseron de printemps est très épais, ferme, hémisphérique, puis convexe, à bord enroulé en dessous. Sa couleur est blanchâtre, crème ocre, plus rarement grisâtre ou ocre brun terne. Sa surface est sèche et mate. Le pied est blanc ou un peu roussâtre et la chair est blanche. Les lamelles sont au début remarquablement serrées et étroites, de couleur blanc crème.

Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Mai 2010.
Très appréciée des mycophages, cette espèce est localement abondante, à une période de l'année où peu de champignons comestibles croissent.
* Voir la note du 28/01/12 dans la rubrique "Mycologie": "Une petite merveille mycologique: la Pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea).
Bibliographie:
Bon M.: "Champignons de France et d'Europe occidentale" Editions Arthaud, 1988.
Courtecuisse R.: "Les champignons de France" Editions Eclectis, 1994.
Gerhardt E.: "Champignons" (Guide Vigot), Editions Vigot, 2004.
Guillot J.: "Dictionnaire des champignons" Editions Nathan, 2003.
Heim R.: "Champignons d'Europe", Editions Boubée, 1984.
Phillips R.: "Les Champignons" Editions Solar, 1981.
Romagnesi H.: "Petit atlas des champignons" (3 tomes) Editions Bordas, 1971.
18:58 Écrit par FH dans Anémone sylvie (Anemone nemorosa), Entolome livide (Entoloma lividum), Ficaire fausse-renoncule (Ranunculus ficaria), Gyromitre comestible (Gyromitra esculenta), Helvelle à pied blanc (Helvella monachella), Helvelle en gobelet (Helvella acetabulum), Morille blonde (Morchella rotunda), Morille commune (Morchella esculenta), Morille conique (Morchella costata), Morillon (Mitrophora semilibera), Mycologie, Pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea sl., incl. austriaca, jurana), Pézize veinée (Disciotis venosa), Sclérotinie tubéreuse (Dumontinia tuberosa), Tricholome de la St-Georges (Calocybe gambosa), Verpe en forme de dé (Verpa digitaformis) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
17/04/2012
L'orvet (Anguis fragilis fragilis), un "lézard" vraiment original !
Généralement, on distingue aisément les lézards des serpents. Les premiers sont munis de deux paires de pattes, les autres, sans membres visibles et fonctionnels, ont la forme d'une anguille. Mais, n'est pas serpent tout animal rampant, long et dépourvu de pattes. En Wallonie, l'orvet est l'exception à la règle !

Photo: Fr. Hela, Purnode, 23 Mars 2012.
Beaucoup de personnes non averties l'affublent encore immanquablement du nom de serpent. Il faut dire qu'il en a toutes les apparences et que les convergences sont nombreuses. L'étude comparée de l'anatomie montre clairement que l'orvet est bien un lézard sans pattes. Il n'a plus de membres, mais, au niveau du squelette, des restes de ceintures pelvienne et scapulaire subsistent. La réduction des membres allant jusqu'à la disparition est liée à une élongation du corps et de la queue. L'ensemble de son corps, allongé et cylindrique, est couvert de petites écailles très lisses et brillantes. A ce propos, les serpents présentent à la face ventrale une seule rangée d'écailles larges. Chez l'orvet, les écailles sont petites et semblables sur tout le corps.

Photo: Fr. Hela, Spontin, 30 Juillet 2011.
La couleur brune de ce lézard sans pattes varie du clair au foncé, en passant par le fauve, le cuivré ou le noirâtre. Ses flancs sont ornés de bandes longitudinales plus sombres et son dos présente une ligne vertébrale foncée. Son ventre est en général grisâtre. Certains affirme que le mâle est "bronzé" avec une ligne dorsale noire. Il peut occasionnellement porter des points bleus, ce qui rappelle une particularité plus fréquente dans les Balkans, où elle caractérise une sous-espèce. Cette pigmentation a été observée quelquefois en Belgique (G.H. Parent, 1992). La femelle serait plus sombre et plus grosse, avec les flancs bruns et la face ventrale gris sale. Les jeunes à la naissance, sont vivement colorés d'or, de cuivre ou d'argent. Leurs côtés, la ligne vertébrale et le ventre de ceux-ci sont très sombres, parfois noir de jais.

Cet orvet, particulièrement foncé, présentait sur les flancs des reflets bleuâtres.
Photos: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Mai 2011.
Sa queue, au moins aussi longue que le corps, possède une extrémité arrondie et non effilée comme la couleuvre à collier (Natrix natrix). Comme tous les lézards européens, l'orvet a également la faculté de rompre volontairement sa queue (autotomie caudale). Ce phénomène n'existe pas chez les serpents. C'est ce caractère qui lui a valu d'ailleurs le nom, en français, de "serpent de verre" et , en latin, d'Anguis fragilis.
Cet orvet vient probablement d'échapper à un prédateur. Pris par l'arrière, il lui a laissé sa queue et a eu ainsi la vie sauve.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), Mai 2010.
La petite tête de l'orvet, portée par un cou peu marqué, se termine par un museau de forme conique et arrondie. Comme la plupart des lézards, il possède des paupières mobiles, alors que les serpents ont, en général, deux yeux couverts d'une membrane transparente et fixe, la "lunette". Chez l'orvet, l'oeil peut donc se fermer et il ne donne pas l'impression de "regard fixe" des serpents.
La tête de l'orvet.
Photo: Fr. Hela, Durnal, 21 Août 2011.

La tête d'une d'une couleuvre (Coronella austriaca), pour comparaison.
Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.
Les milieux de vie et les moeurs de l'orvet sont différents de ceux des lézards. Ces derniers fréquentent, pour la plupart, les endroits secs et ensoleillés. Ils ne sont actifs qu'aux heures les plus chaudes de la journée, tandis que l'orvet s'abrite et se nourrit dans les milieux semi-humides et ombragés: en lisière de forêts feuillues, dans des bois pas trop frais, à proximité de mares ou de fossés humides, dans les broussailles sous les haies vives ou couvrant les talus des voies ferrées, sur les chemins forestiers, ... Sa nourriture se compose surtout de larves d'insectes, d'araignées, de cloportes, de vers annélides, mais aussi de limaces dont il fait une grande consommation.

Le plus souvent, l'orvet saisit sa proie par la tête et la déglutit comme les serpents. Ses dents coniques à pointues, recourbées un peu en crochet, lui permettent de la saisir et de la retenir.
Dessin de Cl. Poivre (1972).
Animal assez lent et discret, c'est généralement à l'aube ou au crépuscule, mais aussi la journée, après la pluie, qu'on a plus de chance de le rencontrer. Il se déplace sans hâte et pourtant se coule, pour s'échapper, avec aisance. Quand on le retient in extremis, il révèle une force insoupçonnée. Le jour, c'est sous les pierres, les décombres, les stères de bois abandonnés, les tas de feuilles mortes ou les galeries de rongeurs, qu'il se réfugie. Il est également capable de s'enterrer dans le sol meuble, en utilisant sa tête et sa queue.

Face au danger, l'orvet s'échappe sous les feuilles et les tiges de ronces. On peut remarquer ici sa queue à l'extrémité arrondie et non effilée comme les couleuvres.
Photo: Fr. Hela, Purnode, 23-03-12.
Comme le lézard vivipare (Zootoca vivipara) et la vipère péliade (Vipera berus), notre reptile est ovovivipare. Les oeufs sont incubés ("couvés") dans les voies génitales de la femelle, mais il n'y a pas de relations nutritionnelles avec les embryons comme chez les mammifères. Au moment de la ponte, les jeunes orvets déchirent immédiatement l'enveloppe des oeufs et sortent déjà formés. L'accouplement a lieu en mai-juin et la mise-bas en août-septembre.
Chez nous, l'orvet entre en hibernation fin octobre ou début novembre. Les terriers de rongeurs abandonnés, les cavités sous de grosses racines ou un trou plus ou moins profond dans la terre meuble (jusqu'à 70 cm), ... sont choisis pour cette période de vie au ralenti. L'orvet hiberne seul ou en compagnie de quelques congénères, parfois même avec d'autres reptiles et des batraciens. On a observé des groupes de 20 à 30 orvets dans le même abri !

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 15 Mai 2011.
La longévité potentielle des orvets est très élevée. Certains auteurs mentionnent des âges de plus de 30 ans (en captivité)! Elle est sûrement moindre dans les milieux naturels. En effet, l'orvet est la proie de divers rapaces, mais aussi d'autres oiseaux (Gallinacés, Corvidés, pies-grièches, ...). Il est consommé également par des couleuvres et des mammifères (sanglier, hérisson, blaireau, ...). Les très jeunes individus peuvent être la nourriture des grives, du merle noir, des musaraignes et de la taupe, ...
Dans notre région, l'orvet est encore bien présent. Pourtant, de nombreux dangers le menacent: l'emploi des insecticides et des herbicides sélectifs sur les talus, sur certains chemins agricoles ou dans les jardins, la multiplication excessive du faisan de Colchide (Phasianus colchicus) et du sanglier, les chats domestiques, la circulation automobile, la pratique qui consiste à faucher les talus avec des engins mécaniques, les tondeuses à gazon, ... La liste est longue et on se demande comment il parvient à se maintenir !
Avec son allure de serpent qui fait peur, il est encore souvent victime du coup de bêche ou de fourche ! Après avoir éclairci certains points de sa biologie, j'espère que vous éviterez dès lors cette attitude et, si malgré tout, vous avez trop peur, n'hésitez pas à me contacter avant de commettre l'irréparable !

Les jeunes ont au début une longueur de 7 à 8 cm. Les adultes atteignent 30 à 45 cm, avec un maximum de 50 cm.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 15 avril 2012.
17:53 Écrit par FH dans Orvet (Anguis fragilis fragilis), Reptiles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
10/04/2012
Apparitions remarquées de Grandes Tortues (Nymphalys polychloros)
Au début de ce printemps, lors des premières journées plus chaudes, quelques papillons apparaissent. La plupart d'entre eux ont passé l'hiver au stade imago (terme scientifique désignant l'insecte à l'état parfait). Ainsi, le Citron (Gonepteryx rhamni) hiberne en plein air, sur un rameau, proche du sol, dans un fouillis de ronces ou dans un épais tapis de lierre, au pied d'un arbre. Il est, en général, le premier "papillon diurne" que l'on voit, parfois dès le mois de février, par temps doux.

Photo: Fr. Hela, Arbre, 24 Mars 2012.
Lors de journées ensoleillées, le Paon-du-jour (Aglais io) vole fin février et en mars, après avoir vécu la mauvaise saison dans la cavité d'un arbre ou d'un rocher, sous la charpente d'une grange ou dans le grenier d'une vieille bâtisse.

Photo: Fr. Hela, Purnode, 23 mars 2012.
Le Robert-le-Diable (Polygonia c-album) se met à voler en bordure des lisières couvertes de buissons, le long des chemins forestiers et dans les clairières.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 16 Mars 2012.
Au début du mois d'avril, alors que les cardamines des prés (Cardamine pratensis) et les alliaires (Alliaria petiolata) montrent leurs premières fleurs, l'Aurore (Anthocaris cardamines) émerge de sa chrysalide et parcourt ensuite les endroits ouverts et fleuris.

Photo: Fr. Hela, Godinne, 6 Avril 2012.
C'est durant cette période que l'on peut aussi observer les "Tortues" ! Si la Petite Tortue (Aglais urticae) est un papillon assez bien connu et certainement bien répandu, il n'en est pas de même pour la Grande tortue (Nymphalis polychloros), en forte régression sur notre territoire. En ce début de printemps 2012, l'apparition régulière de ce Nymphalide est remarquable ! C'est surtout dans la vallée du Bocq qu'il est observé, notamment à Evrehailles (Bauche), à Durnal, à Purnode et à Spontin.
La Petite Tortue, assez commune, ressemble à la Grande Tortue, mais est toujours nettement plus petite (envergure: 44 à 50 mm) et d'un brun orange plus vif. Elle possède en outre une tache blanche à la pointe des ailes antérieures et des taches marginales bleues sur les quatre ailes. Lorsqu'elle plie ses ailes à la verticale, le dessous de celles-ci est brun foncé avec une zone jaunâtre vers la marge. La Petite Tortue, visite assidûment les premières fleurs, ce que la Grande Tortue ne fait pratiquement jamais.

Les premières chaudes journées de février et mars, chassent la Petite Tortue (Aglais urticae) de son refuge hivernal (dans des cavités diverses, des hangars, des caves, sous des avant-toits, ...). Au début, elle suce le sol humide, puis, un peu plus tard, profite du tussilage (Tussilago farfara) et d'autres plantes précoces.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 18 mars 2012.
La Grande Tortue (Nymphalis polychloros) est sensiblement plus grande (envergure: 50 à 63 mm), a des taches bleues seulement sur les ailes postérieures et ne possède pas une tache blanche à la pointe des ailes antérieures. Le dessous des ailes est brun foncé avec une bordure gris bleu. Le papillon paraît plus terne et moins contasté.

Photo: Jean-François Pinget, Spontin, 22 Mars 2012.
Les moeurs de la Grande Tortue ressemblent beaucoup à ceux du Morio (Nymphalis antiopa), devenu aussi très rare chez nous. Les adultes des deux espèces hibernent dans les grottes, dans les granges à foin et dans les greniers des maisons de campagne. Dans la littérature, on trouve aussi d'autres lieux d'hibernation: sous des tas de branches et des troncs d'arbres en voie de décomposition, gisant au sol, ou dans des souches pourries surplombant des talus.


Le dessin de la Grande Tortue est extrait d'un ouvrage à propos des papillons, paru aux éditions Grund (1986)
La photo du Morio (Nymphalis antiopa) provient du site Wikipedia - The Free Encyclopedia.
Chez ces deux espèces, les sexes sont semblables.
La Grande Tortue apparaît souvent dès le milieu du mois de mars. Elle vole toujours non loin des forêts feuillues. Elle fréquente les trouées et coupes forestières, les prés enclavés, ainsi que les carrières proches des bois. Elle aime s'exposer aux premiers rayons du soleil, les ailes étalées, posée sur un tronc d'arbre, un rocher, une butte de taupinière ou sur le sol d'un chemin caillouteux.

Photo: Jean-François Pinget, Dinant (Réserve naturelle de Devant-Bouvignes), 21 Mars 2012.
D'après certains auteurs, elle visite aussi les vergers où, en automne, elle suce les fruits blets. L'observation de ce papillon sur les fleurs est occasionnelle. Toutefois, au printemps, elle semble apprécier les chatons de fleurs du saule marsault (Salix caprea).

Photo: Fr. Hela, Annevoie, 17-03-12
La femelle choisit, entre autres, l'écorce de rameaux anciens de ce saule pour pondre 70 à 80 oeufs à la fois (exceptionnellement 120). Les chenilles sont grégaires. Dans les clairières et le long des lisières, on les trouve sur le saule marsault (Salix caprea) et le merisier (Prunus avium). On les a également observées sur des cerisiers, des pommiers, des poiriers et des ormes. Dans le sud de l'Europe, elles se tiennent sur le charme houblon (Ostrya carpinifolia) et le micocoulier (Celtis australis). A la fin de leur croissance, les chenilles quittent l'arbre nourricier et se fixent généralement près du sol, sur des branches sèches, des clôtures ou, parfois, sur les saillies d'un bâtiment. La métamorphose dure deux à trois semaines.
Alors que ses plantes hôtes sont partout présentes (c'est le cas notamment du saule marsault), la Grande Tortue, jadis assez commune, s'est considérablement raréfiée. Le traitement par les pesticides des cerisiers et autres arbres fruitiers ainsi que, dans une moindre mesure, le manque de quartiers d'hiver favorables dans certaines région de Wallonie, semblent être les causes de ce déclin.
17:05 Écrit par FH dans Aurore (Anthocharis cardamines), Citron (Gonepteryx rhamni), Grande Tortue (Nymphalys polychloros), Morio (Nymphalis antiopa), Paon du jour (Aglais io), Papillons, Petite Tortue (Aglais urticae), Robert-le-Diable (Polygonia c-album), Saule marsault (Salix caprea) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
23/03/2012
Des sizerins cabarets (Carduelis flammea cabaret) en visite à l'Airbois.
Une matinée ensoleillée du 15 mars 2012.
Du hameau de Tricointe, le chemin monte et serpente dans la coupe forestière vers la Ferme de l'Airbois. Le dernier tronçon, plus boisé, débouche sur une ouverture où apparaissent les bâtiments. De part et d'autre de la sente, de nombreux passereaux animent les lieux de leurs chants. Dans les bouleaux et dans la zone broussailleuse, à proximité d'un compost, piquetée d'aubépines, de prunelliers, de sureaux noirs et de viornes obiers, retentissent les voix nuptiales des pinsons des arbres, d'un bouvreuil pivoine, d'un accenteur mouchet, de chardonnerets, d'un bruant jaune et, surtout, de nombreux verdiers d'Europe. Pas facile de s'y retrouver lorsque les différentes espèces chantent de concert ! Mais, avec de l'expérience et une bonne oreille, je perçois bien les différentes phrases et tonalités. Au milieu de cette cacophonie de sons, des appels parviennent à tout instant, tantôt détachés, tantôt répétés à un rythme saccadé, avec une consonnance métallique particulière. Ceux-ci ressemblent, par moments, à ceux des verdiers présents en nombre à cet endroit, mais les sons sont différents et plus nasillards. Ce sont des sizerins ! Ces petits fringilles granivores n'arrêtent pas de circuler dans les ramures, des bouleaux à la fruticée et, il n'est pas aisé de les suivre, d'autant plus que je les observe à contre-jour. Là, dans le bouleau, un petit groupe de sizerins s'affaire ! Suspendus aux ramilles, à la manière des tarins des aulnes dont ils sont fort proches par la silhouette, la taille et les allures, certains oiseaux sont assez sombres, brun gris et assez ternes.

Les sizerins, de passage ou hivernants, apprécient tout particulièrement les akènes des bouleaux.
Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora
De plus près, ils présentent des teintes chaudes, plus brunes ou brun roux que beige. Les flancs et le manteau des oiseaux sont marqués de rayures. Quelques uns d'entre eux montrent une bavette noire et, même, une petite tache rouge carmin sur le front. Il semble que je suis en présence de sizerins cabarets.

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net
Un peu plus tard, je peux observer en détail ces petits passereaux remuants, en me cachant dans les épineux. En effet, trois à six sizerins viennent régulièrement s'abreuver, en se perchant sur les bords d'une grande poubelle en plastique, remplie, à ras bords, d'eau de pluie. J'ai alors la chance d'admirer un mâle arborant un beau rose cramoisi sur sa poitrine et son croupion. Son plumage coloré de printemps annonce de futures noces ! La tête des sizerins cabarets est ronde et colorée de brun (surtout les joues). Le petit bec, bien conique et pointu, est de couleur jaunâtre. Lorsque les conditions pour l'observation sont bonnes, on peut remarquer également le cercle oculaire blanc bien marqué. Les flancs et le dos sont teintés de roux et assez fortement striés.

Un sizerin cabaret (Carduelis flammea cabaret) typique.
Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora
Les sizerins (Carduelis flammea et hornemanni), ainsi que les sous-espèces ont une répartition boréo-alpine. Ils sont présents en Eurasie et en Amérique du Nord.

Le sizerin blanchâtre (Carduelis hornemanni) est un oiseau très pâle, avec le croupion et le ventre blancs. Certains auteurs le considèrent comme une simple race de Carduelis flammea. Cet oiseau de l'extrême nord aurait été observé quelque fois en Belgique.
Photo prise au Kazakhstan: Michel Ottaviani - www.oiseaux.net
L'identification des espèces et sous-espèces n'est pas facile. De plus, les différentes propositions taxonomiques à leur sujet reflètent bien cette difficulté. Reprenons ici les propos de J.-S. Rousseau-Piot (2011): ...Selon les écoles, entre 1 et 7 espèces sont reconnues... Si le nombre de taxons est relativement bien établi aujourd'hui, il n'y a aucune unanimité par contre sur le nombre de ces taxons à élever au rang d'espèce." Pour simplifier notre propos, nous nous baserons sur la position actuelle de la Commission pour l'Avifaune de Belgique (De Smet et al., 2006). Le sizerin flammé Carduelis flammea comprend deux sous-espèces régulièrement observées en Belgique. Le sizerin boréal (Carduelis flammea flammea) occupe toute la zone boréale (essentiellement la taïga). On le trouve de la Scandinavie à l'est de la Sibérie, en Alaska et au Canada. Sa présence hivernale dans notre pays est exrêmement fluctuante avec parfois de véritables invasions (J.-S. Rousseau-Piot, 2011).

Le sizerin boréal (Carduelis flammea flammea) a des teintes nettement plus froides. Il est plus costaud que le sizerin cabaret. Sa nuque est plus épaisse, son bec plus fort et le sommet de sa tête plus plat. Son sourcil blanchâtre est bien marqué, parfois jusque derrière les joues. Cependant, la distinction des deux sous-espèces se complique lorsqu'on est en présence d'oiseaux atypiques.
Photo prise au Canada (Québec): Michel Lamarche - FindNature.com
Le sizerin cabaret (Carduelis flammea cabaret), observé à Tricointe, est présent dans les Alpes, où il fréquente surtout les forêts clairsemées de mélèzes, les aulnaies et saulaies, ainsi que les vergers. Il s'y reproduit jusque 2200 m d'altitude. En hiver, il descend dans les plaines (marais, friches à graminées, ...) (J.-F. Dejonghe, 1984). En outre, ce sizerin se rencontre dans une grande partie des îles britanniques, sur une longue bande côtière qui s'étend de la Normandie jusqu'au Danemark, dans le sud de la Scandinavie, mais aussi, en Allemagne et dans le Jura, dans l'est des Pays-bas et de la Belgique. Il est intéressant de noter la répartition disjointe du sizerin cabaret, à savoir une zone continentale (Alpes, Allemagne) et une zone atlantique (îles britanniques, côtes de la Normandie à la Norvège).

Répartition des sizerins cabaret et boréal en période de reproduction. En vert, zones de nidification du sizerin cabaret, en violet, zones de nidification du sizerin boréal et en orange, zone de sympatrie des deux taxons.
Carte résultant d'une compilation de diverses sources, extraite du Bulletin ornithologique Aves-Natagora, Volume 48/3 - septembre 2011 (page 135).
Chez nous, le sizerin cabaret est un hivernant régulier (de mi-septembre à avril) avec une présence variable qui connaît parfois des afflux. Ces oiseaux proviendraient des îles britanniques, des Pays-Bas, du Danemark et du sud de la Scandinavie, peut-être aussi de l'est (Allemagne, Suisse et France) (J.-S. Rousseau-Piot, 2011).
En Wallonie, le sizerin cabaret est un nicheur rare et localisé. Sa répartition actuelle est fragmentée et presque exclusivement ardennaise: le plateau des Hautes Fagnes, sa périphérie et le bassin de la Warche, le plateau des Tailles et la région de Vielsalm ainsi que celle de Libin-Libramont-Bertrix-Neufchâteau, en Ardenne méridionale. La population wallonne compterait 66 à 110 territoires dont plus du tiers dans les Hautes-Fagnes (J.-P. Jacob et al., 2010).
Littérature consultée
Dejonghe J.-F.: "Les oiseaux de montagne" (pp. 284-285) - Editions du Point Vétérinaire, Maison-Alfort, 1984.
Géroudet P.: "Les Passereaux d'Europe" Tome 2 (pp. 386 à 391) - Editions delachaux et niestlé, Lausanne, 1998.
Jacob J.-P. et al.: "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie 2001-2007" (pp. 434-435) - Editions Aves et Région wallonne, 2010.
Rousseau-Piot J.-S.: "Qui sont nos Sizerins ? Statut et identification sur le terrain du Sizerin boréal Carduelis (flammea) flammea et du Sizerin cabaret Carduelis (flammea) cabaret en Belgique", in Bulletin Aves-Natagora Volume 48/3-septembre 2011, pp. 133 à 151).
Svenson L.: " Le guide ornitho" - Editions delachaux et niestlé, Paris, 2010.
06/03/2012
La vie surtout nocturne de la salamandre tachetée (Salamandra salamandra)
L'histoire débute une nuit de fin septembre ou début octobre, dans un sous-bois humide, aux odeurs de mousses, de feuilles mortes et de champignons. Un ruisseau frais et torrentueux coule dans un ravin tout proche. En ces lieux, une salamandre tachetée recherche activement une femelle pour s'accoupler. Lors de ses pérégrinations nocturnes, grâce à son sens de l'odorat particulièrement développé et à ses émissions odorantes, ce mâle croise enfin le chemin d'une femelle âgée au moins de quatre ans.
Photo: Fr. Hela, Purnode, 24 Septembre 2010.
Après quelques préliminaires, il se glisse sous elle jusqu'à pouvoir la saisir de ses pattes antérieure. A présent, il frotte du museau la gorge et, de sa queue, le cloaque de sa compagne. Il dépose finalement sur le sol un spermatophore (sorte de petite capsule contenant les cellules mâles) et libère en partie la femelle en écartant latéralement son train postérieur. Il se tient tranquille pendant que la femelle saisit de son cloaque la masse du spermatophore. Après 15 à 30 minutes environ, les animaux se séparent. Dans le corps de la femelle, la fécondation des ovules, stockés dans un réceptacle (spermathèque), aura lieu plus tard. Elle sera différée. Les naissances des larves débuteront à la fin de l'hiver suivant (souvent en mars, parfois plus tôt). A cette époque, la femelle mettra bas, souvent dans l'eau d'un petit ruisseau, quelques dizaines de larves déjà bien développées, pourvues de branchies très rameuses et de quatre pattes. La salamandre est donc ovovivipare. A la sortie du cloaque de la femelle, les oeufs se romperont aussitôt et l'éclosion se produira en quelques secondes.

"La pichelotte" dans la forêt domaniale de Tricointe, à Yvoir.
Photo: Fr. Hela, Octobre 2011.
Entretemps, il y aura l'hiver ! Notre femelle, après s'être nourrie abondamment, va progressivement gagner son lieu d'hivernage auquel elle est très fidèle.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 2 Mars 2012.
Poïkilotherme, celle-ci craint en effet le gel et les températures froides de l'hiver. C'est pourquoi, elle se retire à présent dans des trous (terriers, galeries abandonnées de petits rongeurs ...), sous des souches ou des troncs d'arbres au sol, dont la décomposition est déjà bien avancée, sous des amas de pierres ou de bois ... pour entrer dans un état d'engourdissement plus ou moins grand. C'est l'hibernation durant laquelle notre batracien va vivre au ralenti, dans sa cachette, en général jusqu'au début du printemps.
Le mois de mars est là. Lors d'une nuit, la femelle sort progressivement de sa torpeur, fait quelques mouvements et sort de son abri hivernal. La forte humidité ambiante et la température comprise entre 6 et 8° sont les conditions idéales pour se mettre en route et se diriger, à l'odorat, vers le ruisselet, la source, la mare ou l'ornière inondée, ... afin d'y déposer sa progéniture déjà bien développée.

Après 4 ou 5 mois de vie aquatique, cette larve deviendra une jeune salamandre ayant l'aspect et la coloration d'un adulte, aux moeurs essentiellement terrestres. Celle-ci ressemble à une larve de triton. Elle possède à la base de la face supérieure des pattes une tache blanchâtre (jaune pâle lorsqu'elle est proche de la métamorphose) qui permet toujours de l'identifier à coup sûr.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Avril 2011.
Notre femelle pourra ensuite reprendre des forces, en se nourrissant de petits invertébrés terrestres, surtout des arthropodes (insectes, myriapodes, arachnides ...), des mollusques, des annélides (vers de terre notamment), ...

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Mars 2012.
La méconnaissance de la faune sauvage remarquée chez de nombreuses personnes me rend souvent perplexe. Pourtant, celles ci lui montrent un certain intérêt, puiqu'elles m'invitent régulièrement à venir dans leurs propriétés afin d'y observer leurs découvertes. C'est ainsi que, durant la belle saison, je reçois plusieurs appels à propos de la présence de salamandres dans des jardins. En fait, il s'agit, dans bien des cas, de tritons ! La quasi totalité des observations de tritons et de salamandres concernent des animaux déjà métamorphosés. Ils sont trouvés au sol ou dans l'eau de mares. Dans ce dernier cas, ce sont toujours des tritons en période de reproduction. La salamandre tachetée est essentiellement terrestre et ne se rencontre jamais dans l'eau. Tout au plus, on pourrait la surprendre, occupée à déposer ses larves, au bord d'une petite zone humide. Néanmoins, cette observation est rare et se déroule généralement de nuit. Si l'identification des tritons peut être source de difficultés si l'on n'est pas expérimenté, aucune confusion n'est cependant possible lors de la découverte d'une salamandre tachetée, la seule espèce du Genre Salamandra dans notre pays.

Photo: Fr. Hela, Purnode, Septembre 2009.
Menant une vie nocturne, la salamandre tachetée se déplace occasionnellement le jour, après des pluies orageuses faisant suite à plusieurs jours de canicules, ou pendant les journées humides de l'automne. Elle vagabonde alors sur certaines routes forestières, ce qui lui coûte souvent la vie, au bord des chemins, dans la pénombre des sous-bois ou au fond des vallons obscures. En ces circonstances, elle peut aussi déambuler dans des jardins proches de massifs forestiers. On a toujours le loisir alors de l'examiner, car elle se déplace avec lenteur. Mesurant 15 à 20 cm, la salamandre tachetée se reconnaît au premier coup d'oeil, à ses tâches jaunes tranchant sur le fond noir lustré du reste du corps. On remarque deux bandes jaunes longitudinales plus ou moins continues (cela peut varier d'un animal à l'autre) sur les zones latérales du dos. La face ventrale est noir bleuâtre piquetée ou non de jaune. A la base de la face supérieure des pattes, on note la présence de taches jaunes (celles ci, de couleur blanchâtre, sont déjà visibles chez les larves). Notre amphibien est remarquable par sa corpulence, son aspect boudiné, sa tête amplifiée par les deux bourrelets que forment en arrière des yeux les fortes glandes parotoïdes.

Des glandes parotoïdes, situées derrière les yeux, suinte un abondant venin laiteux très irritant, lorsque la salamandre est importunée.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 2 Mars 2012.
Sa robe voyante paraît tout le contraire d'un camouflage. Toutefois, dans les sous-bois où la lumière du soleil atteint le sol par taches amoindries, la salamandre, immobile, avec ses macules jaunes sur fond obscur, est difficile à repérer ! Le vif contraste de ses couleurs pourrait être un avertissement pour des agresseurs éventuels. Dans la littérature, on cite des exemples d'animaux divers qui ont tous donné des signes de détresse pour avoir éprouvé les effets de l'abondant venin laiteux que la salamandre émet lorsqu'on l'importune. Ses quatre doigts et ses cinq orteils sont libres. Sa queue est arrondie, ce qui la distingue des tritons qui ont une queue aplatie verticalement, et ses flancs sont marqués de sillons verticaux.

Voici deux tritons en période de reproduction. Celui du dessus est un mâle de triton alpestre (Ichthyosaura alpestris) et celui du dessous est un mâle de triton palmé (Lissotriton helveticus). Remarquez les couleurs, la queue aplatie verticalement et la présence d'une crête dorsale, totalement absente chez la salamandre !
Photo: Fr. Hela, Godinne, 17 Mai 2010.

Sur ce document, on peut bien voir les flancs de la salamandre marqués de sillons verticaux et les taches jaunes se détachant bien sur le fond noir lustré du reste de son corps.
Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 2 Mars 2012.
La salamandre tachetée est intégralement protégée en Wallonie.
29/02/2012
Plaidoyer pour le lierre (Hedera helix).
Il grimpe vers la lumière, enserre doucement l'arbre, abrite tout un monde d'insectes et d'oiseaux. Il ne laisse personne indifférent ... Rencontre avec ce mal-aimé, le lierre.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 29 février 2012.
Les lianes occupent une place originale dans le règne végétal. Pour s'élever vers la lumière, elles ont besoin de supports, ce qui les rendent dépendantes des rochers, des vieux murs mais aussi, et surtout, des autres plantes. Contrairement à ce que beaucoup d'êtres humains pensent (ceux-ci ont souvent cette fâcheuse tendance à projeter le fonctionnement des sociétés humaines sur celui de la nature), cette cohabitation imposée avec d'autres végétaux affecte peu la vitalité des hôtes. Aussi, il est temps de réviser notre manière de voir les choses et de s'abstenir, désormais, d'intervenir dans les rapports intimes des lianes et de leurs tuteurs ! Maintes fois, j'ai entendu dire que le lierre est un odieux parasite et qu'il étouffe les arbres (on l'appelle "bourreau des arbres" dans certaines régions de France). Pourquoi, alors qu'il assure parfaitement sa propre synthèse chorophyllienne, affaiblirait-il l'hôte qui le mène obligeamment vers la lumière ? Et par quel mécanisme? Il ne puise absolument pas sa nourriture aux dépens de celui-ci et ses racines adventives ne possèdent pas de suçoirs. Etouffe-t-il les arbres ? Cela arrive parfois, mais dans la quasi totalité des cas, lierre ou pas lierre, l'arbre aurait dépéri complètement. D'ailleurs, on constate que le lierre limite sa croissance en hauteur et que tant que son tuteur est en bonne santé, il ne le colonise jamais au-delà des premières ramifications de la couronne, ce qui permet à ce dernier d'assurer largement la photosynthèse.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, 29 février 2012.
Le lierre s'enroule généralement en spirale autour d'un support pour porter ses bourgeons d'hiver à plus de 50 cm de hauteur (phanérophyte lianeux). Cette liane ligneuse, à tige sarmenteuse pourvue de racines crampons, peut atteindre une hauteur de 30 mètres et plus de 35 cm de diamètre à la base du tronc. Elle grimpe mais peut aussi s'étaler sur le sol des forêts et y former des peuplements étendus.
Les racines crampons du lierre.
Photo: Fr. Hela, Yvoir, le 29 Février 2012.
Ses feuilles persistantes, luisantes et coriaces sont pétiolées et disposées alternativement sur la tige et les rameaux. On distingue souvent deux sortes de feuilles sur une même plante. Certaines ont un limbe palmé à 3 ou 5 lobes sur les tiges et rameaux stériles et, d'autres, sont entières, ovales à rhombiques sur les rameaux florifères.
Feuilles palmatilobées des tiges et rameaux stériles.
Feuilles entières, ovales à rhombiques des rameaux florifères.
Photos: Fr. Hela, Yvoir, 29 Février 2012.
Le lierre passe l'hiver comme les arbres à l'abri de son bois. Chaque année, il ajoute quelques millimètres au diamètre de son tronc et de ses branches, quelques rameaux à sa charpente. Cette faculté de grandir peu à peu, enraciné dans le sol, en accompagnant vers la lumière l'arbre qui le soutient, lui permet de vivre en pleine forêt. Son feuillage peut s'épanouir jusque dans la canopée. Le lierre et son arbre forment un véritable petit milieu où le naturaliste pourra passer bien des journées en patientes observations. Insectes, araignées, oiseaux, petits mammifères s'y côtoient, s'y cachent momentanément, s'y nourrissent et s'y reproduisent ou y passent toute leur vie. Le lierre est une véritable aubaine pour la faune qui le fréquente. Non content de passer l'hiver en vert, il est la dernière espèce ligneuse indigène à fleurir. De la mi-septembre au début du mois de novembre, ses fleurs jaune verdâtre, en bouquets globuleux, exhalent une douce senteur et des centaines d'abeilles, de guêpes, de syrphes, ainsi que quelques papillons, les butinent, en cette période pré-hivernale.


Photos: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 5 Novembre 2011.
Le lierre est aussi la premier à porter des fruits. Ceux-ci mûrissent alors que la grande partie du monde végétal est encore au repos. En février et en mars, de nombreux oiseaux viennent se nourrir de ses drupes noir bleuâtre mûres.
Photos: Fr. Hela, Yvoir, 29 Février 2012.
Lors de la vague de froid de ce début d'année, les lierres étaient visités par des bandes de grives mauvis (Turdus iliacus), de grives litornes (Turdus pilaris), de merles noirs (Turdus merula), d'étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris) et par quelques pigeons ramiers (Columba palumbus). C'était un vrai spectacle !

Grive litorne (Turdus pilaris)
Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

Grive mauvis (Turdus iliacus)
Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

Merle noir (Turdus merula)
Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Le lierre toujours vert sert d'abri à toute une petite faune, lors des intempéries ou durant la nuit. Beaucoup de passereaux s'y rassemblent sous ses feuilles, se reposent sur ses lacis de branches ou y construisent leur nid. C'est le cas, entre autres, de la mésange à longue queue (Aegithalos caudatus), du rouge-gorge (Erithacus rubecula) ou du merle noir. De petits mammifères comme le lérot (Eliomys quercinus), le muscardin (Muscardinus avellanarius), l'écureuil roux (Sciurus vulgaris), ... visitent aussi cette liane originale de part sa physiologie particulière et son cycle de vie décalé.
Notre liane se rencontre dans les haies et les bois, sur des sols riches et assez frais, basiques ou légèrement acides. Elle colonise aussi les rochers et les vieux murs. C'est une espèce de demi-ombre ou d'ombre qui ne fleurit et fructifie qu'en pleine lumière.
Les noms scientifiques du Genre et de l'espèce, Hedera helix, viennent du latin haedere, s'attacher et helix, spirale. Le Genre Hedera fait partie de la Famille des Araliacées (Araliaceae) qui comprend environ 700 espèces d'arbres et d'arbustes, ainsi que quelques lianes, dont la majorité croissent dans les régions tropicales, avec de fortes concentrations en Indo-Malaisie, en Océanie et en Amérique tropicale (R.-E. Spichiger et al., 2000). Dans notre pays, le lierre est le seul représentant indigène de cette Famille.
De nombreuses variantes du lierre sont cultivées pour l'ornement. Elles diffèrent par la découpure profonde du limbe des feuilles des rameaux stériles, leur taille, le nombre de lobes, la coloration (parfois panaché de jaune ...). D'autres espèces du genre Hedera sont plus rarement cultivées. Hedera colchica d'Asie occidentale, à feuilles toutes à limbe entier ou superficiellement trilobé, atteignant 20 cm de longueur, se rencontre çà et là, surtout, dans ou aux abords de certaines grandes propriétés ayant l'allure d'un petit parc.
Pour conclure, je reprends ici cet appel, légèrement modifié, lancé par Gérard Lacoumette, auteur d'un plaidoyer pour les lianes: " S'il vous plaît, forestiers, propriétaires privés ou simples promeneurs, ne tranchez plus, dans la mesure du possible, tout ce qui grimpe !"

Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 5 Novembre 2011.
Bibliographie:
Brosse J. - Larousse des arbres et arbustes - Larousse, 2001.
Lacoumette G. - Plaidoyer pour les lianes - La Garance voyageuse N°63 - St Germain-de-Calberte (F), Automne 2003.
Lambinon J. et al. - Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines - Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique (Cinquième édition), Meise (B), 2004.
Lieutaghi P. - La plante compagne - Actes Sud, 1998.
Rameau J.-C. et al. - Flore forestière française (Tome 1: Plaines et collines) - Institut pour le développement forestier, France 1989.
Spichiger R.-E. et al. - Botanique systématique des plantes à fleurs (Une approche phylogénétique nouvelle des Angiospermes des régions tempérées et tropicales) - Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2000.
21:19 Écrit par FH dans Grive litorne (Turdus pilaris), Grive mauvis (Turdus iliacus), Lianes, Lierre (Hedera helix), Merle noir (Turdus merula) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
24/02/2012
Des harles piettes (Mergus albellus) à Godinne et à Anseremme.
Lors de la vague de froid de ce mois de février, les eaux de la Meuse sont prises par la glace, à certains endroits, surtout avant les écluses. Les eaux libres après les barrages sont alors fréquentées par de belle petites bandes de harles bièvres (Mergus merganser). Pour mon plus grand plaisir, les mâles et femelles volent, nagent et plongent sur le tronçon du fleuve entre Godinne et Houx-sur-Meuse. Du 1 au 21 février, des harles isolés ou des groupes comptant jusqu'à vingt oiseaux me donnent des ailes pour affronter la froid piquant*.
Sur le fleuve, les abords des îles de Godinne et de Moniat (Anseremme) reçoivent, cette fois, la visite de quelques harles piettes. Ces petits harles au dos gris, coiffés d'un bonnet brun foncé qui contraste avec le blanc des joues et de la gorge, nagent bas sur l'eau, le cou engoncé.

Harle piette (Mergus albellus): une femelle ou un immature.
Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Plongeurs très actifs, ils se nourrisent de tout petits poissons. Ils les poursuivent dans les eaux peu profondes (1 à 4 mètres), où leurs immersions ne dépassent guère 15 à 30 secondes. La plongée oblique, d'une grande vivacité, les entraîne à ressortir assez loin du point de disparition. Il suffit alors que l'attention de l'observateur se porte ailleurs quelques instants pour ne plus les retrouver ensuite. A Anseremme, quatre oiseaux se plaisaient à plonger simultanément et à émerger en rapides successions. Le harle piette se montre sensible aux dérangements. Il est très prompt à l'essor et d'une légèreté de vol comparable à celle des sarcelles.

Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net
Les oiseaux observés à Anseremme (4), le 7 février et à Godinne (2), les 16 et 17 de ce mois, sont tous des femelles ou des immatures. Ces derniers gardent longtemps leur plumage juvénile semblable à la femelle adulte et rien ne permet de les différencier.

Photo: Nadine Thonnard, Godinne, 17 février 2012.
Les mâles adultes sont, par contre, moins fréquents. Il y a plusieurs années, lors d'un hiver très rigoureux, j'ai eu l'occasion d'en observer sur la Meuse à Jambes. Ma surprise fut grande ! A l'oeil nu et à distance, le mâle adulte semble tout blanc, mais aux jumelles, son extraordinaire parure nuptiale captive le regard par ses détails.

Mergus albellus mâle adulte.
Photo: Yves Thonnerieux - www.oiseaux.net
Le blanc ne serait pas si éclatant s'il n'était rehaussé de parements noirs: une tache arrondie en lunette entre l'oeil et le petit bec gris bleu, une bande soulignant la huppe saillante, deux filets traversant le bas du cou et la poitrine, un troisième longeant les scapulaires, plus un long triangle dorsal. Le croupion et la queue tirent sur le gris foncé et de fines stries gis pâle ornent les flancs... une merveille !

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Mais d'où viennent-ils, ces petits harles ? L'origine de ces oiseaux pourrait se situer dans le nord de la Finlande et de la Russie ou même dans l'ouest de la Sibérie occidentale. Lors de vagues de froid atteignant l'Europe centrale, il semble que les observations de harles piettes dans nos régions soient plus nombreuses. La plupart sont des femelles ou immatures, les mâles adultes étant moins fréquents. Comme le garrot à oeil d'or (Bucephala clangula) et d'autres espèces de harles, le harle piette niche dans les cavités des arbres et les nichoirs mis à sa disposition, à proximité des lacs et cours d'eau lents, bordés de forêts. Il se reproduit dans la zone forestière du nord de la Scandinavie, de la Finlande, de la Russie et de la Sibérie jusqu'aux îles Sakhaline (P. Géroudet, 1999).
* A propos du harle bièvre: voir la note du 6/12/11 "Trois harles bièvres (Mergus merganser) à Godinne", dans la rubrique Avifaune.
21:16 Écrit par FH dans Avifaune, Harle piette (Mergus albellus) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
17/02/2012
La collybie à pied velouté (Flammulina velutipes), une espèce hivernale robuste.
Dans le texte, les chiffres entre parenthèses renvoient le lecteur au petit glossaire, en fin de note.
Pas de gelée, pas de neige, en ce mois de janvier 2012, mais une température anormalement douce et une humidité atmosphérique prenante. Tout suinte et, dans cette grisaille, seules, quelques fougères et mousses donnent, de-ci de-là, une touche de couleur verte au sous-bois. J'arpente le chemin de pierre qui monte à la ferme de l'Airbois, à partir du hameau de Tricointe. Au bout d'une certaine distance, à ma droite, celui-ci domine un bois en pente. Soudain, plusieurs sons forts crèvent le silence des lieux: "krukrukrukru" ! Un gros oiseau noir au bec jaunâtre, de la taille d'une corneille, passe entre les arbres. Il se pose sur un tronc tout proche et je peux entendre le bruit de ses griffes sur l'écorce. Ainsi, il se met à émettre plusieurs fois des sons plaintifs, à forte tonalité. C'est le pic noir, notre plus grand pic, qui exerce toujours sur moi un attrait particulier. Voilà qu'il s'envole et disparaît en reprenant cette fois les cris sonores qu'ils poussaient à son arrivée. Une petite bande de bouvreuils pivoines poussent de petits sifflements mélancoliques et, dans les cimes des arbres, quelques grosbecs cassenoyaux agités lancent leurs cris durs, brefs et perçants qui claquent comme de petites explosions. Mais, là, sur ce tronc, une lueur jaune orangé brille. Allons voir de plus près ! Ce sont des collybies à pied velouté, pardi !

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 12 Janvier 2012.
Détaillons à présent ce petit chef d'oeuvre de la nature ! Ce champignon possède un chapeau de consistance élastique. Il est d'abord convexe ou bombé, puis s'aplani avec l'âge. Il est lisse, visqueux, d'un jaune orangé extraordinaire et plus foncé au centre.

Photo: Fr. Hela, Godinne, Janvier 2011.
Les lamelles blanc crème, maculées de roussâtre, sont arrondies, échancrées et peu serrées.

Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.
Le pied court et creux est un peu radicant (1). Il est jaune citrin, devient brun noirâtre à partir de la base et est velouté dans sa partie inférieure.

Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 12 Février 2011.
La collybie à pied velouté a la particularité d'être typiquement hivernale, puisqu'on la trouve de décembre à mars. Ne pourrissant pratiquement pas, elle résiste aux grands froids et serait même capable de croître sous la neige ! C'est une espèce cespiteuse (2) venant sur le bois mort de divers arbres à feuilles. Elle apparaît souvent sur des vieilles souches, sur les troncs morts encore debouts, à plusieurs mètres du sol, sur le bois pourrissant enfoui et, parfois, sur des racines, au pied des arbres. Dans ce dernier cas, le sporophore (3) est relié aux racines par de longues "radicelles" ramifiées (rhizomorphes) ou croît à partir d'un "stolon" persistant et souterrain jouant le rôle de sclérote (4) (R. Heim, 1984).

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 2 Janvier 2012.
La classification des champignons est pour le moins complexe. En effet, les progrès dans ce domaine sont incessants. Les classifications traditionnelles sont, pour la plupart, largement périmées, voire erronées, en fonction de nouveaux acquis (découvertes en biologie moléculaire et approche phylogénétique du monde vivant). La collybie à pied velouté a été longtemps une espèce difficile à classer, d'après H. Romagnesi (1971). Quélet (1888) la range dans le Genre Pleurotus, ensuite, celle-ci se retrouvera dans le Genre Collybia. Enfin, Karsten et Singer (1962) créent pour elle des groupes spéciaux: les Sous-Genres Flammulina et Myxocollybia. Si, en langue française, cette espèce garde le nom de collybie, le nom scientifique de Flammulina velutipes semble être actuellement admis. Le genre Flammulina comprend des champignons collyboïdes, à stipes (ou pieds) souvent radicants, aux revêtements velus ou visqueux et à cystides (5) et spores particuliers. D'après R. Heim (1984), la coloration du chapeau de la collybie à pied velouté peut être fort variable, allant du blanc crème (variété lactea) au roux orangé (type rubescens). H. Romagnesi (1971) précise qu'on rencontre la variété lactea, dès la fin septembre, en touffes au pied des arbres.

Flammulina velutipes var. lactea.
Considérée comme comestible médiocre en Europe occidentale, la collybie à pied velouté fait pourtant l'objet d'une culture intensive au Japon (Enoki) ainsi qu'en Extrême-Orient. La consistance élastique du chapeau (après l'avoir nettoyé de sa viscosité) peut agrémenter un plat de riz (voir à ce propos le site www.lecoprin.ca/culture_fr.htm concernant les champignons de culture).

Photo: Fr. Hela, Godinne, Janvier 2011.
(1) Radicant: indique que le champignon est plus ou moins profondément enfoncé dans le sustrat par un prolongement de sa base (pseudorhize).
(2) Cespiteux: se dit de champignons qui poussent en touffes.
(3) Sporophore (du grec spora, ensemencement) est le terme adéquat pour nommer l'ensemble pied-chapeau. Par extension, ce terme est utilisé pour tous les mycètes développant un organe, le plus souvent aérien, émettant des spores à maturité (S. Claerebout, 2002).
(4) Sclérote: Forme de résistance de certaines espèces se présentant comme une masse dure sclérifiée, souvent immergée dans le substrat. Dans certains cas, le sporophore se dévellope sur un sclérote.
(5) Cystides: éléments stériles se trouvant au sein de l'hyménium (6) des Basidiomycotina. Les cystides du genre Flammulina ont la forme de bouteilles ou de cylindres ventrus, à parois minces.
(6) Hyménium: On désigne sous ce mot la partie fertile du champignon, son assise formée par les organes produisant des spores (asques ou basides) et par les cellules stériles (paraphyses ou cystides) qui les accompagnent (J. Guillot, 1993).
Bibliographie
Bon M. - "Champignons d'Europe occidentale" - Editions Arthaud, 1988.
Courtecuisse R. - Les champignons de France" - Editions Eclectis, 1994.
Gerhardt E. - "Champignons" - Editions Vigot, 2004.
Guillot J. - "Dictionnaire des champignons" - Editions Nathan, 2003.
Heim R. - "Champignons d'Europe" - Editions Boubée, 1984.
Lange J.E. et M. - "Guide des champignons" - Editions Delachaux & Niestlé, 1983.
Phillips R. - "Les champignons" - Editions Solar, 1981.
Romagnesi H. - "Petit atlas des champignons" Tome 2 - Editions Bordas, 1971.
22:28 Écrit par FH dans Collybie à pied velouté (Flammulina velutipes), Mycologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
03/02/2012
Le Fuligule morillon (Aythya fuligula), un plongeur émérite !
Une matinée de janvier, là où les eaux du Bocq se mélangent à celles de la Meuse, cinq petits canards alertes nagent et plongent, sans se soucier de ma présence. C'est tout un spectacle que de voir les fuligules morillons disparaître dans les flots ! L'un après l'autre, parfois en succession rapide, ils basculent en avant avec une vigoureuse poussée des pattes et descendent rapidement vers le fond.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.

Photo: Marc Fasol - www.oiseaux.net
Paul Géroudet explique que, là, ils explorent le limon, fouillent du bec la vase molle, retournent les pierres, la tête en bas, le corps très incliné. D'après cet auteur, ils godillent vigoureusement par un mouvement des pattes étalées, pour se maintenir et se diriger au fond. Les fuligules morillons consomment sous l'eau les aliments qu'ils y ont trouvés. Le régime alimentaire est composé surtout de toutes sortes de mollusques, de petits crustacés (gamares, aselles, ...), de larves d'insectes (chironomes, phryganes, ...), ainsi que de diverses graines de plantes aquatiques ou non. Ceux-ci sont capturés à une profondeur oscillant en moyenne entre deux et cinq mètres (moins souvent sept ou huit mètres). L'immersion dure, en général, 20 à 30 secondes et, parfois même, jusqu'à 50 secondes.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.
L'un après l'autre, voilà qu'ils remontent à la surface, comme des bulles d'air. Très vifs et éveillés, ces plongeurs émérites m'ont vu. Aussitôt rassemblés, ils s'éloignent d'abord à la nage, le cou dressé, puis décollent bruyamment. Au vol, les fuligules morillons déploient des ailes noires que traverse une longue bande blanche effilée. Leur ventre blanc est fort visible.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Depuis la fin du mois d'octobre, je ne cesse de contempler les diverses attitudes de ces fuligules attachants. Sur la Meuse, de petits groupes circulent à Yvoir et Godinne. Le fuligule morillon est une petit canard plongeur mesurant 40 à 70 cm de longueur et pesant un peu moins d'1 kg. Avec son plumage noir brillant et ses flancs blanc pur, nettement découpés, le mâle est superbe.

Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.
De près, on peut admirer les reflets pourpres ou verdâtres de la tête, sa huppe bien développée qui retombe derrière celle-ci, son oeil jaune et son bec gris bleu terminé par une pointe noire. Adulte, le mâle porte cette livrée nuptiale dès octobre ou novembre.

Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.
La femelle, très différente, a un plumage beaucoup moins voyant. La tête brune marquée d'une courte huppe, les yeux jaunes, le bec gris avec une vague bande pâle à l'avant et terminé par une pointe noire, ainsi que le dos brun-noir sont les caractéristiques d'une femelle typique.

Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.
Certaines femelles peuvent présenter une tache blanche variable autour du bec. On pourrait alors les confondre avec la femelle du Fuligule milouinan (Aythya marila), espèce rare en Wallonie. Cette dernière porte une zone blanche à la racine du bec, mais celle-ci est plus étendue et plus large, allant souvent jusqu'au front. En outre, la tête brune et ronde sans huppe, le dos et les flancs bien plus clairs, brun grisâtre, et le petit onglet noir terminant le bec, sont des indices qui permettent d'identifier cette espèce.

Fuligule milouinan (Aythya marila): Une femelle.
Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net
On constate un accroissement des populations de fuligules morillons dans une grande partie de l'Europe occidentale et septentrionale. Ce canard plongeur se rencontre en Islande, en Irlande et en Grande-Bretagne. Sur le continent, son aire de nidification s'étend depuis la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande juqu'aux pays Baltes et la Russie. Plus loin, on le retrouverait en Sibérie, en Mongolie et au Japon !

Fuligule morillon (Aythya fuligula) mâle s'ébrouant.
Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net
Durant la mauvaise saison, lors d'hivers plus ou moins rigoureux, plusieurs milliers de ces canards son recensés (d'après les comptages hivernaux d'oiseaux d'eau effectués en janvier). Au cours d'hivers doux, ils apparaissent aussi régulièrement, mais en nombre plus restreint. Les fuligules morillons hivernants dans notre pays proviennent principalement du nord de l'Europe orientale et de Scandinavie. En comparant la situation aux Pays-Bas, nos populations en hiver sont assez faibles. L. Benoy (1994) indique à ce propos que l'Ijsselmeer hollandais, entre autres, abrite chaque hiver plus de 100.000 fuligules morillons. La tête toujours tournée face au vent, ils y formeraient des files de plusieurs kilomètres le long des digues !

Un couple.
Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.
La population hivernante dans le nord-ouest de l'Europe est estimée à plus de 500.000 oiseaux et, environ 300.000 passerait l'hiver de la Méditerranée à la Mer noire.
En Belgique, le fuligule morillon est un nicheur assez répandu, en progression. La population wallonne comprendrait de 200 à 260 couples au moins, principalement dans le bassin de la Haine, en Brabant, en Hesbaye et dans l'ouest de l'Entre-Sambre-et-Meuse (d'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, 2001-2007 par J.-P. Jacob et al., 2010). D'après cet ouvrage, la nidification a été prouvée en Basse-Meuse et sur certains étangs ardennais. En général, le fuligule morillon se reproduit sur des étangs peu profonds, à végétation assez fournie. Les sites tranquilles pourvus d'îlots, de roselières ou d'autres ceintures de végétaux palustres, avec une faune riche en invertébrés aquatiques, ont sa préférence pour l'installation de son nid. La nidification tardive de l'espèce coïnciderait avec le développement estival des petits mollusques d'eau douce, consommés en nombre.

"Le fuligule morillon se soucie beaucoup du bon état de son plumage, qui doit être bien serré, lissé et graissé soigneusement. Il se baigne en plongeant d'abord la tête dans l'eau, la rejette en arrière et inonde tout le dessus du corps; puis les ailes frappent l'eau et la queue frétille joyeusement. Alors commence la mise en ordre, dont le bec est le principal instrument; pour atteindre les plumes de la poitrine, il est obligé de nager sur le flanc et se retourne même complètement dans l'eau, n'y gardant qu'une seule patte pour se maintenir en équilibre." Extrait de l'ouvrage "Les Palmipèdes d'Europe", par Paul Géroudet, Editions Delachaux et Niestlé, 1999.

"La toilette de l'oiseau se termine par un battement d'ailes qui soulève l'oiseau au-dessus de l'eau, afin de chasser les gouttelettes égarées dans les plumes. Enfin, les ailes sont cachées dans les poches des flancs." Extrait de l'ouvrage "Les Palmipèdes d'Europe", par Paul Géroudet.

Un fuligule morillon mâle, la huppe au vent !
Photo: Fr. Hela, Godinne, 7 Mars 2010.
16:58 Écrit par FH dans Avifaune, Fuligule milouinan (Aythya marila), Fuligule morillon (Aythya fuligula) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |