13/08/2016

Observation fortuite d'un Muscardin (Muscardinus avellanarius), à Durnal (Yvoir) !

Un layon dans une chênaie-frênaie à Durnal, le 31 décembre 2015:

Une grosse machine broyeuse, très bruyante, élargit celui-ci en déchiquetant des ronciers et autres buissons situés en lisière. Catastrophe ! Les restes d'un petit nid globuleux sont au sol après le passage de l'engin infernal ! Tout penaud, un petit rongeur roux et aux yeux noirs brillants gît à ses côtés ! Capturé aisément, je l'examine. Ouf ! Aucunes traces de blessures, seulement une grande frayeur ! Il devient plus actif dans mes mains réchauffantes. Je l'emporte et le dépose dans une caisse en bois, le temps de trouver une solution pour le relâcher dans un environnement plus calme. Le petit rongeur est un Muscardin de la Famille des Gliridés dans laquelle on trouve aussi le Lérot (Eliomys quercinus) et le Loir (Glis glis).

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Photo: Fr. Hela, Durnal, 31 Décembre 2015

 

C'est la première fois que j'en observe dans la région ! Il faut dire que la probabilité de le rencontrer est faible. Ce petit mammifère arboricole est difficile à surprendre, d'autant que ses moeurs sont principalement nocturnes et qu'il hiberne 6 à 7 mois par an ! 

A cette période de l'année, notre petit Muscardin devrait être en plein "sommeil" hivernal, mais vu la douceur anormale de ces dernières semaines, il semble assez réveillé. Pour certains auteurs, dès que la température descend en-dessous de 15° ou 16°, en général au mois d'octobre, le petit rongeur entre en hibernation. Ses fonctions vitales sont alors extrêmement ralenties. "Il est presque froid et on peut le manier sans le réveiller, ..."  nous dit Robert Hainard (1988). D'après A. Butet (2002), l'hibernation vraie du Muscardin est plus liée à l'accumulation de graisse qu'à la diminution de la température ou à la réduction des ressources alimentaires. Les jeunes doivent peser 15-20 g et les adultes jusqu'à 40 g pour survivre à 5 ou 6 mois d'hibernation ! Comme l'animal ne stocke pas de provisions à l'intérieur du nid, l'accumulation des réserves adipeuses pendant l'automne est cruciale. Lors de l'hibernation, le Muscardin se met en boule pour éviter toute déperdition de chaleur et les battements de son coeur ainsi que la respiration ralentissent de 90%. La température du corps passe de 38°C, son niveau normal, à 5°C, suivant, avec quelques degrés de décalage, la chute de la température ambiante. Toujours d'après cet auteur, la température interne peut descendre jusqu'à 0,3°C, mais reste maintenue au-dessus du niveau de congélation.

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Photo: Zdenèk Hromàdko - www.naturefoto2000.com

 

Cet état léthargique dure normalement jusqu'en avril au moins, dans un nid d'hiver aux parois épaisses et construit dans l'environnement plus tempéré de la forêt dense. Celui-ci, généralement au sol, est dissimulé dans la litière, entre les racines d'un arbre et sous un tapis de feuilles. On le trouve parfois dans un ancien nid d'oiseau (celui d'un Troglodyte est souvent apprécié), à l'intérieur d'un tronc creux et même dans un nichoir.

Certains auteurs signalent que l'hibernation de notre petit mammifère est interrompue régulièrement par divers types de réveil. Des "réveils réguliers" ont lieu lors des redoux, lorsque la température est au-dessus de 2°C. Au cours de ces périodes, l'animal sort de sa torpeur, sans sortir du nid. Sa température peut alors atteindre 32°C pour retomber en moins de cinq heures à 2 ou 3°C ! Des "réveils complets" sont aussi observés au cours desquels l'animal peut quitter le nid pour aller se nourrir, si les conditions le permettent. Ces observations décrites pourraient expliquer l'état assez actif de notre Muscardin découvert le 31 décembre 2015, date à laquelle la température était plus que clémente pour la saison !

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Photo: Fr.Hela, Durnal, 31 décembre 2015

 

De la taille d'une souris, mais d'aspect plus trapu et plus rond, le Muscardin provoque d'emblée la sympathie. Son corps mesure environ 11 à 16 cm de longueur, la queue comprise (5 à 8 cm). Son poids, de 15 à 40 g, est très variable au cours de l'année, spécialement avant et après la période d'hibernation. Sa queue, de la même couleur que le dos et la tête, est très touffue et couverte de poils de même longueur jusqu'à son extrémité. La couleur roux orangé de son pelage, paraissant presque doré, est caractéristique et lui a valu le nom de "rat d'or" ! Notons toutefois que la gorge et le menton sont de couleur blanche, ainsi que le ventre qui est légèrement plus pâle que les flancs et le dos. Il présente des oreilles arrondies non poilues et de grands yeux noirs légèrement saillants. Ses mains sont sans pouces alors que les pattes postérieures en possèdent (gros orteils chez nous). Ces derniers sont opposables aux autres doigts ce qui fait de ses pieds de véritables organes préhensiles. C'est, en effet, un animal arboricole d'une très grande agilité !

A suivre ...

19/07/2016

La Prairie de fauche d'Anway, à Tricointe (Yvoir), une parcelle d'un grand intérêt botanique et entomologique, à sauvegarder et à gérer !

" La biodiversité n'est pas seulement menacée en Amazonie, elle l'est aussi en Wallonie. "

Voilà ce que disaient, en 1999, A. Peeters et F. Janssens, dans l'introduction d'une brochure technique de la Région wallonne (DGRNE) à propos des talus et prés fleuris ! Il suffit de regarder les grandes plaines cultivées pour s'en convaincre. Même les prairies qui comprenaient souvent 50 espèces herbacées sur un are au milieu du XXème siècle, n'en comptent plus que 10 à 20 aujourd'hui, nous disaient encore ces auteurs. Pourtant, ces prairies fleuries sont recensées, sous nos latitudes, parmi les milieux offrant le plus de diversité botanique et faunistique ! En forte régression chez nous, il existe cependant encore des espaces de ce type sur le territoire de notre commune.

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Prairie de fauche à Tricointe

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 14 Mai 2014

Ces zones peuvent assurer une fonction importante dans le cadre du réseau écologique. Elles constituent des habitats essentiels pour la faune et la flore. Elles favorisent aussi la diffusion des espèces dans le territoire. Depuis 2013, mon attention s'est portée sur une parcelle fort intéressante située à Tricointe (Yvoir), d'une superficie d'environ 30 ares, vestige de pratiques de fauchage d'antan. Cette prairie de fauche, située entre la Ferme d'Anway et la lisière de la Forêt domaniale englobant le Bois d'Anway, s'est avérée être d'une grande richesse botanique et entomologique !

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L'Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis), Orchidacée faisant partie des Associations végétales de pelouses mésophiles, non fertilisées, sur sols calcarifères, peu à moyennement profonds, moyennement humides à assez secs et faiblement acides à neutres (espèce végétale protégée, en Annexe A - Arrêté royal du 16 février 1976- Moniteur belge du 24 mars 1976).

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe: Prairie de fauche d'Anway), 20 Juin 2015

 

La découverte, notamment, de papillons devenus rares dans notre région et d'Orchidacées des milieux ouverts, m'a incité à réaliser, avec l'aide de nombreux bénévoles, quatre journées de gestion, fin septembre 2014 et mi-décembre 2015. Le travail consistait à éliminer les essences ligneuses envahissant la partie centrale de la prairie (frênes et prunelliers surtout), au fauchage de la parcelle et à l'exportation du produit de celui-ci, afin de maintenir cet espace ouvert et son caractère mésotrophe (moyennement riche en éléments nutritifs utilisables, surtout l'azote et le phosphore). A la fin de la belle saison, une gestion adaptée une fois l'an permettra de maintenir et de diversifier le couvert herbacé par la fauche et le retrait de la masse végétale coupée. Cette prairie gérée, pour peu qu'aucun engrais ou déchets organiques n'y soient apportés, se maintiendra indéfiniment. Son entretien permettra aussi d'augmenter l'aspect esthétique de ce beau coin de notre commune qu'est Tricointe, tout en protégeant l'environnement.

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La partie basse de la prairie de fauche en fin de journée 9-12-15 A.JPG

En haut: la parcelle fin juillet 2015

En bas: la parcelle après gestion mi-décembre 2015

Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe - Prairie de fauche d'Anway)

 

Moyennement pentue et bien exposée au sud-est, la prairie de fauche d'Anway, à Tricointe, présente une graduation du taux d'humidité du haut vers le bas. Dans la partie supérieure, en contrebas d'une autre grande prairie bordée par des massifs forestiers, on peut noter la présence de l'Angélique sauvage (Angelica sylvestris), du Cirse des marais (Cirsium palustre) et du Jonc épars (Juncus effusus). Ce sont des espèces hygrophiles et héliophiles des prairies humides et marais. Cette zone plus humide reçoit probablement un apport d'eau de ruissellements dans le sous-sol, surtout par temps de pluies. Ce phénomène peut se voir aussi dans le bas de la grande prairie dominant le site.

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L'Angélique sauvage (Angelica sylvestris) indique un taux franchement humide de la zone supérieure de la prairie de fauche.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 29 Juillet 2013

 

Le sol, pas trop acide, semble aussi plus riche en élément nutritifs avec, notamment, la présence de la Berce (Heracleum sphondylium), voire carrément eutrophe, là ou croît la Tanaisie (Tanacetum vulgare), espèce nitrophile et héliophile.

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Inflorescence de la Berce (Heracleum sphondylium), une espèce plutôt nitrophile

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juillet 2015

 

En nous dirigeant vers le bas de pente, on constate que la prairie de fauche devient moyennement sèche (mésophile), gardant un caractère riche en éléments nutritifs utilisables (surtout l'azote et le phosphore), mais dans une moindre mesure. Cette zone est couverte principalement par le Fromental (Arrhenatherum  elatius), Graminée (Poacée) qui exprime, dans nos régions, une nette préférence pour les sols oligo-mésotrophes. On y trouve aussi des espèces des prairies mésophiles fauchées ou pâturées comme l'Achillée millefeuille (Achillea millefolium), la Cardamine des prés (Cardamine pratensis), le Céraiste commun (Cerastium fontanum), le Plantain lancéolé (Plantago lanceolata), le Pâturin des prés (Poa pratensis), la Grande marguerite (Leucanthemum vulgare), la Vesce à épis (Vicia cracca), la Centaurée jacée (Centaurea jacea s.l.), le Gaillet mollugine (Galium mollugo), la Campanule raiponce (Campanula rapunculus), ...

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La Centaurée jacée (Centaurea jacea s.l.), une espèce des prairies moyennement sèche.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Juin 2015

 

La dernière partie basse de la prairie présente un intérêt floristique indéniable. On y trouve des espèces de pelouses mésophiles, non fertilisées, sur sols assez secs et faiblement acides à neutres: l'Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis), la Laîche glauque (Carex flacca), le Céraiste des champs (Cerastium arvensis), la Luzerne lupuline (Medicago lupulina), le Gaillet jaune (Galium verum), la Knautie des champs (Knautia arvensis), le Léontodon hispide (Leontodon hispidus), le Lotier corniculé (Lotus corniculatus), le Petit boucage (Pimpinella saxifraga), la Petite pimprenelle (Sanguisorba minor), l'Erythrée petite centaurée (Centaurium erythraea), la Carotte sauvage (Daucus carota), de nombreux Ophrys abeilles (Ophrys apifera), ... En lisière, l'Orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii) est apparu en 2015 (quatre plantes en fleurs).

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La Gaillet jaune (Galium verum), une espèce des pelouses sèches

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 3 Juillet 2014

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L'Orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii), Orchidacée des forêts fraîches, mais aussi des pelouses mésophiles

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 9 Juin 2015

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L'Ophrys abeille (Ophrys apifera) présent en nombre dans la partie basse de la prairie de fauche

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 10 Juin 2015

 

La prairie de fauche d'Anway est un petit joyau naturel qu'il faut géré afin de diversifié le tapis végétal existant. De nouvelles espèces de milieux ouverts pourront ainsi progressivement réapparaître dans les prochaines années. Je tiens à remercier ici les différentes personnes habitant Yvoir et ailleurs dans la région pour leur participation à la gestion annuelle.

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La Prairie de fauche d'Anway: situation (la zone est encadrée de noir, au-dessus de la Ferme d'Anway)

Tricointe Panneau placé à proximité de la prairie de fauche d'Anway 17-12-15.JPG

Deux petits panneaux expliquent succinctement l'action et invitent les promeneurs à rester sur le chemin de gauche, à ne pas piétiner la zone, à ne pas laisser vaquer leurs animaux de compagnie et à respecter le travail effectuer par de nombreux bénévoles !

 

 

 

19/11/2015

Stations exceptionnelles de Cynoglosses d'Allemagne (Cynoglossum germanicum) dans la vallée du Bocq !

Les découvertes floristiques depuis la fin du XIXème siècle et les comptes rendus de plusieurs excursions ont mis en évidence la richesse exceptionnelle du point de vue botanique de la vallée et, particulièrement, entre Spontin et Yvoir. Outre les Angiospermes, dont certains sont rares ou très rares pour notre territoire, de nombreuses espèces de Ptéridophytes (fougères principalement) et de Bryophytes (mousses et hépatiques) peuvent y être observées sur quelques kilomètres. En 2015, j'ai été revoir les stations très fournies de Cynoglosses d'Allemagne (Cynoglossum germanicum) que j'avais découvertes en 2010 et 2011. Celles-ci sont situées dans des propriétés privées, à cheval sur les communes d'Yvoir (Evrehailles, Bauche) et d'Assesse (Crupet). Ce sont les seuls peuplements de cette Boraginacée encore connus en Belgique (Fr. Hela et J. Saintenoy-Simon, 2012) !

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Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2011

 

Il me semble judicieux ici de conter les cirsconstances de cette découverte, ainsi que l'historique de la présence de la plante dans cette vallée. En août 2010, dans le cadre d'une prospection ornithologique avec autorisation, je parcourais la rive droite du Bocq et les bois avoisinants compris entre les Fonds d'Ahinvaux et la confluence Bocq/Crupet. Mon attention se portait alors sur de grandes rosettes de feuilles basiliaires d'un vert foncé luisant, en bordure d'un layon herbeux. Ne connaissant pas l'espèce, j'emportais une feuille pour l'examiner plus tard. Le soir même, je l'identifierai comme étant celle d'une Boraginacée et, plus précisément, celle de Cynoglossum germanicum ! 

Cynoglossum germanicum (rosette de feuilles basiliaires) en lisière forestière, à proximité d'un layon limitant deux propriétés privées Evrehailles (Bauche) Août 2010 .jpg

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2010

 

Cette découverte importante m'incite le lendemain à retourner sur les lieux et je m'aperçois que ces plantes sont bien plus nombreuses que je ne le croyais. Plus de 50 rosettes de feuilles et des inflorescences séchées avec des akènes caractéristiques sont présentes en lisière de forêt et en bordure du layon !

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Cynoglossum germanicum: Rosettes de feuilles basiliaires en nombre et akènes caractéristiques.

Photos: Fr. Hela, Yvoir, Août 2010

 

En mai 2011, je décide de photographier les plantes en fleurs et de parcourir tous les lieux avoisinants. Prospectant vers les Fonds d'Ahinvaux tout proches, je me rends compte que la station de Cynoglossum germanicum s'étend sur une largeur d'environ 60 mètres, dans le bois pâturé de temps en temps par des ânes, en bordure de la prairie dominant les Fonds. Là, je n'en crois pas mes yeux: plus de 200 pieds de cette Boraginacée rare, dont certains sont en pleine floraison, couvrent le sous-bois légèrement en pente ! En fait, je me trouve plus ou moins à 400 mètres de la station connue autrefois, au lieu-dit "Sur les Roches".

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Cynoglossum germanicum  en fleurs Yvoir 7-5-11 C.jpg

Photos: Fr. Hela, Yvoir, 16 Mai 2011

 

En effet, François Crépin qui visita à diverses reprises la vallée du Bocq mentionne déjà Cynoglossum montanum (aujourd'hui C. germanicum), dans son "Manuel de la Flore de Belgique" (1889). Il y indique que cette plante croît dans des bois montueux sur calcaire entre Netinne et Heure, à Lives et Bauche (Evrehailles). Cette espèce a été observée de 1863 à 1923 dans la basse vallée du Bocq, au lieu-dit "Les Roches", sur un versant de calcaire Frasnien exposé au sud, dans une variante nitrophile de la chênaie-charmaie à primevères et y a été revue en 1977 par J. Duvigneaud (1978). Cette station était alors la seule encore connue en Belgique ! En 1980, une nouvelle localité sera découverte à quelques kilomètres de là, à Durnal. Cette fois, la plante pousse sur un éboulis instable de grès Famennien, exposé à l'est (J.Saintenoy-Simon, 1984), mais elle n'a plus été revue depuis.

Cynoglossum germanicum est un hémicryptophyte (plante dont les bourgeons d'hiver se développent au niveau du  sol) bisannuel, de 30 à 90 cm de hauteur, fleurissant de mai à juillet. C'est une espèce des bois à humus riche et des coupes forestières (J. Lambinon et F. Verloove, 2012). Elle affectionne particulièrement les sols riches en bases (surtout sur calcaire). Les stations décrites ci-dessus se situent toutes sur le versant exposé au sud de la vallée du Bocq, sur calcaire Frasnien, faisant suite au Bois d'Anwé (dont une partie est sous le statut de forêt domaniale), situé plus haut et reposant sur les roches siliceuses de l'Emsien (grès et schistes rouges).

Cynoglossum germanicum Yvoir Tricointe (Zone captage d'eau) 10-06-13 A.jpg

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 13 juin 2013

 

Les plantes s'étendent principalement dans une chênaie-charmaie à primevère dégradée (variante nitrophile). La strate arborescente est composée de Chênes pédonculés (Quercus robur), de Frênes (Fraxinus excelsior), d'Erables sycomores (Acer pseudoplatanus), de Merisiers (Prunus avium) et de Bouleaux verruqueux (Betula pendula), d'Erables champêtres (Acer campestre), de Cornouillers sanguins (Cornus sanguinea), de Noisetiers (Corylus avellana), de Charmes (Carpinus betulus), de Sureaux noirs (Sambuscus nigra), d'Ormes champêtres (Ulmus minor), de Fusains d'Europe (Euonymus europaeus), d'Aubépines à un style (Crataegus monogyna) et de Prunelliers (Prunus spinosa). La strate herbacée indique le caractère nitrophile des lieux. La végétation est aussi celle des sols riches en humus et des endroits relativement frais et semi-ombragés. Notons la présence, entre autres, du Géranium herbe à Robert (Geranium robertianum), du Gaillet gratteron (Galium aparine), du Groseiller rouge (Ribes rubrum), de l'Ortie dioïque (Urtica dioica), du Gouet tacheté (Arum maculatum), du Lamier jaune (Lamium galeobdolon), de la Parisette à quatre feuilles (Paris quadrifolia), de l'Orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii), de l'Alliaire (Alliaria petiolata), du Lierre terrestre (Glechoma hederacea), de la Mercuriale vivace (Mercurialis perennis) et de l'Euphorbe des bois (Euphorbia amygdaloides), ...

Paris quadrifolia Yvoir 23-04-14 A.JPG

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La présence sur les lieux de la Parisette à quatre feuilles (Paris quadrifolia) indique une forêt à humus doux et celle de l'Orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii) le caractère frais de la zone boisée, sur des substrats riches, souvent neutres ou basiques.

Photos: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2014

Signalons que les stations de Cynoglosses d'Allemagne s'installent souvent dans les creux ou en bas des pentes boisées, là où s'accumulent les déchets végétaux de la litière (feuilles, brindilles, ...). Au lieu-dit "Sur les Roches", les plantes poussent en lisière ou dans la coupe forestière relativement récente, envahie notamment par le Brachypode des bois (Brachypodium sylvaticum). A. Noirfalise (1984) indique que, dans le Condroz, les coupes forestières dans la chênaie-charmaie sont colonisées très tôt par des espèces nitratophiles qui bénéficient de la minéralisation et de la nitrification rapides, suite à une mise brutale en lumière (Galeopsis tetrahit, Ortie dioïque - Urtica dioica, Bardane des bois - Arctium nemorosum, bientôt suivies par l'installation de Sureaux noirs (Sambucus nigra) et de recrus divers. Le développement spectaculaire de Cynoglossum germanicum dans la zone proche des Fonds d'Ahinvaux est probablement dû au fait que le sous-bois reçoit, de temps à autre, la visite d'un petit groupe d'ânes. Ceux-ci éliminent notamment les ronces et les arbustes épineux qui risquent, à long terme, d'étouffer la végétation herbacée.

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Le sous-bois proche d'une prairie dominant les Fonds d'Ahinvaux (Yvoir), avec les rosettes de feuilles de Cynoglosses d'Allemagne. 

Photo: Fr. Hela, Mai 2011

 

La présence fréquente de mammifères sauvages dans le layon assez humide (sangliers, chevreuils, renards et blaireaux) pourrait aussi accentuer le caractère nitrophile de certaines zones et être bénéfique pour l'extension de la plante. Dans certaines régions montagneuses de France (400 à 1800 m), J.-C. Rameau et al. (1993) soulignent la présence de Cynoglossum germanicum dans les lisières enrichies en azote et à proximité de reposoirs d'animaux sauvages !

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Les feuilles du Cynoglosse d'Allemagne sont luisantes et peu velues dessus, mais très poilues dessous, aux nervures secondaires nettement marquées.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2011

 

Pour conclure, il semble que toutes les conditions soient réunies pour le maintien et l'extension de cette plante rarissime dans cette zone, d'autant plus que les propriétaires de celle-ci sont conscients de l'importance de la découverte et très ouverts en ce qui concerne la protection des milieux naturels. Je tiens ici à les remercier chaleureusement !

Références bibliographiqies

Crépin F. : "Manuel de la Flore de Belgique" - Ed. Charles Desoer, Liège (cinquième édition), 1884

De Sloover J.-L et Duvigneaud J. : "Les bryophytes de quelques sites de la basse vallée du Bocq (Province de Namur, Belgique)", in Natura Mosana 32, 2 - 1979

Duvigneaud J.: "Vallée mosane à protéger : La basse vallée du Bocq (Nouvelle commune du grand Yvoir, Province de Namur) ", in Natura Mosana 31, 2 - 1978

Hela Fr. : "Cynoglossum germanicum Jacq. dans la vallée du Bocq: nouvelles observations en 2010 et 2011" in Adoxa n°71, Avril 2012

Lambinon J., F. Verloove et coll. : "Nouvelle flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines (Ptéridophytes et Spermatophytes) " Sixième édition - Meise (B) - Editions du Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, 2012

Noirfalise A. : "Forêts et stations forestières en Belgique" - Ed. Presses agronomiques de Gembloux, 1984

Rameau J.-C. et al. : "Flore forestière (Guide écologique illustré) 2 Montagnes " Institut pour le Développement forestier, Paris, 1993

Saintenoy-Simon J. : "Cynoglossum germanicum Jacq. dans la basse vallée du Bocq " in Dumortiera 29-30, 1984

Saintenoy-Simon J. et coll. : "Premières listes des espèces rares, menacées et protégées de la Région Wallonne (Ptéridophytes et Spermatophytes) " Version 1 (07/03/2006). Revu en 2010 - voir http://biodiversité.wallonie.be/espèces/ecologie/plantes/listerouge/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

09/11/2015

Le Xylocope violet (Xylocopa violacea), espèce plutôt méridionale, observé dans la vallée du Bocq, entre Purnode et Dorinne (Yvoir), en 2014 et 2015 !

Le Xylocope violet, Hyménoptère de la Famille des Apidés et de la Sous-Famille des Xylocopinés, est la plus grande et la plus trapue des abeilles solitaires d'Europe. Elle mesure de 2 à 2,5 cm de long et ressemble un peu à un bourdon très foncé, courbant les fleurs sous son poids en butinant. Le fait qu'elle creuse des galeries de ponte dans le bois mort lui a valu les noms vernaculaires d' "abeille charpentière" ou de "perce-bois". Réaumur (1683-1757), dans la description de sa nidification, l'appelait "la mouche perce-bois" et Linné (1707-1778) décrivait brièvement les moeurs d'Apis violacea en ces termes: "Habitat in Truncus exsiccatis". Inspiré par ce comportement, Latreille (1762-1833) donna au Genre le nom de Xylocopa (du grec "xylon", le bois et de "copè" désignant un ciseau de sculpteur et, de là la signification "tailleur de bois"). C'est dans la vallée du Bocq, entre Purnode et Dorinne que j'ai pu admiré plusieurs fois, en juin et juillet 2014 et 2015, le vol assez bruyant et le comportement très vif de cette impressionnante abeilles velues, d'un noir de jais et portant des ailes ornées de superbes reflets irisés de couleur violette.Xylocopa violacea Saint-Hippolyte-Alsace 26-10-13 A.JPG

Photo: Fr. Hela, Saint-Hippolyte (Alsace -Haut-Rhin - F), 26 Octobre 2013

 

Je l'ai rencontrée en des lieux ouverts et bien ensoleillés de ce tronçon du Bocq, soit dans les quelques zones alluvionnaires non boisées et bien fleuries, soit dans les friches caillouteuses des carrières désaffectées. Les individus butinaient, entre autres, les fleurs des Compagnons rouges et blancs (Silene dioica et Silene latifolia subsp. alba), de la Lysimaque commune (Lysimachia vulgaris), de l'Epilobe hérissé (Epilobium hirsutum), de la Reine-des-prés (Filipendula ulmaria), de divers Cirses (Cirsium sp.), ainsi que celles de l'Origan (Origanum vulgare), du Lotier corniculé (Lotus corniculatus) et de la Vesce des haies (Vicia sepium).

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Xylocopa violacea visitant les fleurs d'une Hypéricacée

Photo: Cl. Pauwels, Avelgem 11 juillet 2011

 

Espèce thermophile, cette abeille peuple essentiellement le Sud de l'Europe et c'est, en principe, au centre du continent que se situerait la limite septentrionale de son aire de répartition. Elle serait erratique dans les régions situées plus au nord (M. Chinery, 2005). D'après M. Terzo, St. Iserbyt et P. Rasmont (2007), l'espèce est très répandue dans toute la zone méditerranéenne. Elle serait plus rare en général, mais localement abondante, dans tout le reste de la France. Toujours d'après ces auteurs, elle serait la seule espèce du Genre Xylocopa qui atteigne la Belgique vers le Nord, la côte atlantique et la manche vers l'Ouest, en empruntant les couloirs de colonisations que sont les fleuves et rivières.

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Carte de distribution de Xylocopa violacea pour la Belgique et la France (Corse comprise), d'après M. Terzo et al. (2007)

 

Personnellement, je connais bien l'espèce grâce à des observations nombreuses en Dordogne (F) où elle butinait en particulier les fleurs de la Sauge des prés (Salvia pratensis), en Alsace (Haut-Rhin), à Saint-Hippolyte, où des insectes visitaient assidûment les fleurs de Phacélie (Phacelia tanacetifolia) et, plus récemment, dans le Languedoc-Roussillon (Gard), à Fons-sur-Lussan et Lussan où, en septembre, les Xylocopes étaient présents sur le Calament à petites fleurs (Calamintha nepeta), la Centaurée rude (Centaurea aspera) et la Sarriette des montagnes (Satureja montana).

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Photo: Fr. Hela, Lussan (Languedoc-Roussillon/Gard), 26 Septembre 2015

 

Dans le nord de la France et surtout en Belgique, notre abeille charpentière serait rare. Elle n'apparaîtrait qu'occasionnellement les années de forte chaleur et sa nidification n'aurait été observée qu'une seule fois (M. Terzo et al., 2007). Toutefois, ces dernières années, des observations régulières sont faites en Belgique. Il semblerait aussi que cette espèce ne puisse s'installer durablement, au-delà de la latitude de Paris, que dans des sites aux microclimats plus doux. Chez nous, les apparitions de plus en plus fréquentes seraient-elles dues à une montée sensible de l'espèce plus au nord, causée par les changements climatiques (douceur des derniers hivers, canicules plus longues et plus prononcées lors de la belle saison des années récentes) ? En tous cas, les propos de Martine Rebetez, climatologue à l'Institut fédéral de recherches WSL (Suisse), semble aller dans ce sens: "Depuis deux ans, on observe de plus en plus, au nord des Alpes, jusqu'à près de 700 mètres d'altitude, une grosse abeille noire, avec des ailes violacées. Cette augmentation sensible de Xylocopes violets serait due au réchauffement climatique ! "

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Photo: Paul Gailly, Saint-Servais (Namur), 21 Octobre 2015

 

D'après M. Terzo et al. (2007), les premiers imagos à quitter le nid, mâles et femelles, apparaissent dès février et mars. Les mâles seraient plus abondants en avril et mai. Ceux-ci présentent deux articles oranges ou roses près de l'extrémité des antennes.

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Photo: Rachel Poppe-Delmelle, Profondeville, 17 Septembre 2014

 

Les accouplements se déroulent, en général, pendant que les femelles butinent. Ces dernières seraient plus abondantes par la suite. Sans quitter les lieux ensoleillés, elles se mettent en quête de bois mort: troncs et grosses branches vermoulues, souvent dépourvus d'écorce, vieux poteaux, tas de bois abandonnés, vieilles souches, mais aussi anciennes palissades et poutres, ...

Après avoir erré d'un vol bruyant pour trouver un endroit propice, la femelle se pose et, à l'aide de ses fortes mandibules, creuse lentement dans le bois une galerie de près de 2 cm de diamètre qui peut atteindre une trentaine de centimètres de longueur. Parfois, avec un même trou d'entrée comme point de départ, l'abeille creuse deux ou même trois galeries parallèles, mais moins profondes.

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Illustration tirée du site http//fr.wikipedia.org/wiki/Xylocopa_violacea

 

Une fois le travail de forage achevé, le Xylocope dépose au fond de la galerie un amas de pollen et de miel mélangés, il y pond un oeuf, puis construit une cloison transversale avec de la sciure de bois agglutinée, de façon à clore complètement la cellule. Cette activité se perpétue jusqu'au moment où la galerie est entièrement peuplée.

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Illustration provenant du site aublede.blogspot.be/2010/02/les_insectes_sont_de_sortie

 

Il semblerait que l'espèce est univoltine, c'est-à-dire que le nombre de générations (période s'étendant de l'oeuf à l'adulte) dans une année est de un. Duhayon et Rasmont (1993) ont démontré cela en étudiant les populations du Var (F).

Les espèces de Xylocopinés du monde entier sont réputées polylectiques. Ces abeilles butinent de nombreux Genres de plantes à fleur de manière non spécialisée (polylectisme). Ainsi, lors de leurs observations, M. Terzo, St. Iserbyt et P.Rasmont ont constaté que près de 81 espèces de plantes réparties dans 25 Familles, sont visitées par notre "Abeille charpentière" ! Elle manifeste cependant une préférence pour, entre autres, la Vipérine (Echium vulgare), la Lavande (Lavendula xintermedia), le Genre Salvia comme la Sauge des prés (Salvia pratensis), les Fabacées (notamment les Genres Trifolium et Lathyrus), ...

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Xylocopa violacea butinant des fleurs de la Phacélie (Phacelia tanacetifolia)

Photo: Fr. Hela, Saint-Hippolyte (Alsace - Haut-Rhin - F), 26 Octobre 2013

 

Documents consultés

Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale" - Ed. Flammarion, 2005

d'Aguilar J. et Fraval A.: "Glossaire entomologique" - Ed. Delachaux et Niestlé, 2004

Fabre J.-H.: "Souvenirs entomologiques: études sur l'instinct et les moeurs des insectes" - Ed. Robert Laffont, Coll. Bouquins, Tome I (1989), pages 800 à 802

Rebetez M.: " S'installe chez nous" (Climatologue à l'Institut de recherches WSL - CH)

Robert P.-A.: "Les Insectes", Tome II: Lépidoptères, Diptères, Hyménoptères, Hémiptères, page 217 - Ed. Delachaux et Niestlé, 1974

Terzo M., Iserbyt St. et Rasmont P.: "Révision des Xylocopinae (Hymenoptera : Apidae) de France et Belgique", in Annales de la Société Entomologique de France - 2007, 43 (4), pages 445 à 491

Zahradnik J.: "Guide des abeilles, guêpes et fourmis (Les Hyménoptères d'Europe)" -  Ed. Hatier, 1991.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

22/05/2015

Des Orobanches du genêt (Orobanche rapum-genistae) à Evrehailles (Bauche) !

Le 15 mai 2014, je choisis un chemin creux, boisé et assez frais, qui me mènera dans une partie du Bois de Ronchinne. Après une montée assez forte, celui-ci rencontre un sentier entretenu par la Compagnie des eaux, assez large et caillouteux. Sur ma gauche, il part vers un point de vue sur le hameau de Bauche, mais reste en hauteur, à flanc de colline. Il est bordé de part et d'autre par une chênaie sessiflore très lumineuse. Le caractère thermophile du lieu est indéniable, le soleil chauffe et je sue ! Le versant exposé que traverse le sentier est occupé principalement par le Chêne rouvre (Quercus petraea) et le Bouleau verruqueux (Betula pendula). La dominance du Chêne rouvre est caractéristique  des sols forestiers secs et caillouteux dans la région. La présence du Sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), de la Bourdaine (Frangula alnus), de quelques Néfliers (Mespilus germanica), de Pommiers sauvages (Malus sylvestris), ainsi que de quelques herbacées typiques m'indiquent le caractère acide du substrat. Sur ma gauche, là où le versant s'arrête à cause du sentier, je remarque de petites "falaises" abruptes, de plus ou moins 70 à 90 cm de haut, montrant une roche mère composée de schistes et de psammites. A la lisière de la chênaie, sur le dessus de ces "falaises", de nombreux Genêts à balais (Cytisus scoparius) sont en fleurs et, parmi eux, se dressent d'étranges épis de couleur brun rougeâtre, parfois assez haut (70 à 80 cm). Intrigué, je m'approche et je découvre une station magnifique d'Orobanches du genêt (Orobanche rapum-genistae).

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Photos: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 15 Mai 2014

 

Cette espèce, en régression dans nos régions, est devenue rare ! Elle parasite le Genêt à balais et, parfois, d'autres petits genêts du Genre Genista et des Ajoncs (Ulex sp.), dans les landes, les friches ou en lisières forestières, sur des sols acides. Elle fleurit en mai et juin.

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Le Genêt à balais (Cytisus scoparius), l'espèce préférée de notre Orobanche

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Photos: Fr. Hela, Mai 2014

Les Orobanches sont dépourvues de chlorophylle. Ce sont des plantes holoparasites, c'est-à-dire parasites au sens strict. Leurs feuilles sont réduites à des écailles blanches ou colorées diversement. Elles enfoncent des suçoirs dans les racines de plantes hôtes chlorophylliennes détournant à leur profit l'eau, des ions minéraux et des substances organiques contenues dans la sève brute et la sève élaborée de leur victime. "L'organisation florale de ces plantes hétérotrophes révèle pourtant leur parenté avec des plantes autotrophes, ce qui conduit à penser que ces végétaux ont perdu la faculté de synthétiser la chlorophylle à un moment de leur évolution. Ces plantes sont- elles devenues parasites à la suite de la perte de chlorophylle, ou bien le fait pour elles d'être parasites aurait- il permis (ou provoqué) cette transformation ? " Tel est la question sans réponses que se posent M. Bournérias et Ch. Bock (2006) et d'ajouter que les descendants d'une plante verte perdant leur autotrophie sont condamnés s'ils ne sont pas assurés d'une autre source de nourriture !

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Voici une Orobanche de la Germandrée (Orobanche teucrii), plante hétérotrophe, consommant les substances organiques élaborées par la Germandrée petit chêne (Teucrium chamaedrys), plante autotrophe, puisant directement dans le milieu environnant les éléments nécessaires à sa nutrition. L'assimilation chlorophyllienne effectuée par les plantes vertes à partir du CO2 de l'air et de l'eau est l'exemple le plus évident de l'autotrophie.

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Photos: Fr. Hela, Dinant (Fonds de Leffe), 25 Juin 2014

 

Beaucoup d'Angiospermes parasites s'attaquent à une large gamme d'hôtes. C'est le cas de nombreuses Cuscutes (Cuscuta div.) ou de l'Orobanche du trèfle (Orobanche minor), très ubiquistes. Par contre, l'Orobanche du Gaillet (Orobanche caryophyllacea) ne peut se fixer que sur des Rubiacées et l'Orobanche du lierre (Orobanche hederae) est étroitement inféodée à un hôte déterminé, Hedera helix (le lierre).

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L'Orobanche du Gaillet (Orobanche caryophyllacea) ne peut se fixer que sur les Rubiacées, ici le Gaillet mollugine ou "caille-lait blanc" (Galium mollugo).

Photo: Fr. Hela, Lustin (Profondeville), 8 Avril 2014

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L'Orobanche du lierre (Orobanche hederae) est étroitement liée au Lierre (Hedera hélix)

Photo: Fr. Hela, Lustin (Profondeville), 10 Mai 2014

 

M. Bournérias et Ch. Bock (2006) se pose à nouveau la question suivante: Comment le parasite peut-il rencontrer sa "victime" ? Ces auteurs, dans un ouvrage intitulé "Le Génie des Végétaux - Des conquérants fragiles" expliquent que seules ont quelque chance de réussite les plantes produisant un nombre considérable de graines. Ces graines (moins de 0,5 mm) sont généralement très légères. et, chez les orobanches, elles forment une poudre impalpable disséminée par le vent. Une fois au sol, ces graines ne germent qu'en présence de substances chimiques sécrétées par les racines de l'hôte; encore faut-il que la distance de ces dernières avec la graine du parasite ne soit pas trop grande,  c'est-à-dire de l'ordre du centimètre.  C'est donc, concluent M. Bournérias et Ch. Bock, essentiellement l'abondance des semences qui permet la survie de ces parasites !

 

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L'Orobanche du genêt (Orobanche rapum-genistae)

Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 15 Mai 2014

 

La détermination des orobanches n'est pas toujours aisée. Il est important, surtout lorsque l'on ne connaît pas l'identité de la plante parasitée, de regarder attentivement la couleur de la tige, de la corolle et des stigmates, le niveau d'insertion des étamines et la forme des lèvres de la corolle. Notre Orobanche du genêt est pérennante. Elle passe l'hiver à l'état d'organe souterrain tubérisé, un bulbe qui contient des réserves notamment sous forme d'amidon. Sa tige pâle et plus ou moins charnue est recouverte de feuilles réduites à des écailles alternes.

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Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 15 Mai 2014

 

L'inflorescence en épi est composée de corolles campanulées, plus ou moins régulièrement arquées, longues de 17 à 25 cm, de couleur rouge brun ou, parfois, jaunâtre. La lèvre inférieure de celles-ci est ciliée et glanduleuse, parfois de façon éparse. Le filet des étamines est inséré à moins de 2 mm au-dessus de la base de la corolle et les stigmates sont jaunesIMG.jpg

Orobanche du genêt : corolle et insertion des étamines

Dessin extrait de l'ouvrage à propos des Orobanches de C.A.J. Kreutz (1989)

 

29/03/2015

Randonnées d'initiation à la découverte de la nature.

 

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Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

  

"La Chevêche" vous propose des randonnées d'initiation à la découverte de multiples milieux naturels. Porter un autre regard sur notre patrimoine naturel, c'est à cela qu'elle vous convie. Mieux connaître la nature, c'est un pas important pour mieux la respecter et la protéger !

 

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Bienvenue

  

Les excursions seront dorénavant organisées à la demande, en contactant

François Hela, rue de Mianoye 28/2, 5530 Durnal

Tél: 083/69 05 08

GSM: 0478 56 46 17

E-Mail: hela.fr.nat@gmail.com 

Frais de participation à convenir.

 

 

  

 

 

03/03/2015

Spectacle annoncé dans la petite héronnière de l'île d'Yvoir, en Meuse !

C'est encore l'hiver, en cette mi-février et il peut encore être rude ! Pourtant, sur l'île d'Yvoir, en Meuse, le spectacle annoncé va prendre forme au fur et à mesure que l'on se rapproche des beaux jours. La héronnière, silencieuse à la mauvaise saison, va s'animer à nouveau ! Je suis prêt afin d'assister, aux premières loges, à cette représentation que les Hérons cendrés (Ardea cinerea) donnent chaque année, à pareille époque. Les journées se rallongent, ce qui déclenche chez ces grands oiseaux des comportements prénuptiaux. En général, à partir du 15 février, les hérons reviennent de temps à autre se reposer sur les nids des années précédentes ou à proximité, surtout par temps ensoleillé et peu venteux.

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Photo: Fr. Hela, Yvoir, Février 2015

 

Le nombre de silhouettes immobiles se renfrognant, têtes et becs entre les épaules, augmentent de jour en jour sur les aires de nidification et leurs abords. D'autre oiseaux, ressemblant à de longues formes pétrifiées, la plupart en équilibre sur une jambe, sont bien visibles sur les gros cailloux qui affleurent, au bord de l'île. Rien ne bouge !

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Photo: Fr. Hela, Yvoir, Février 2015

 

Cette fois,une des formes immobiles a le cou dressé. Un héron se penche lentement vers l'eau, cou à demi replié. Pendant plus de deux minutes, il demeure dans cette position. Je peux voir son œil fixe. A t'il repéré une petite proie ? Brusquement, il a un petit poisson frétillant au bout du bec. Son harponnage a été si vif qu'il m'a complètement échappé ! La proie avalée, il ouvre ses larges ailes grises et noires et, à grands coups de rames, il va rejoindre la compagnie plus en hauteur, non sans s'annoncer avec des cris rauques.

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Petit à petit, les mâles adultes prennent possession des nids existants les plus élevés et les plus grands. Ils s'y installent alors en permanence. Peu à peu, l'occupation se complète et les retardataires, les plus jeunes, n'ont parfois plus de vieux nids à disposition et doivent essayer de construire à neuf, mais les bonnes places manquent. A partir du mois de mars, la cité des Hérons cendrés devient un théâtre fantastique. Les acteurs aux parures flottantes se livrent avec frénésie à d'étranges postures ponctuées de sons gutturaux. Les plumes de la crête et celles, ornementales, du dos s'allongent nettement en une dizaine de jours  (J.-Y. Berthelot, 1991). Les pattes, le bec et l'iris deviennent rouge orangé et les lores bleuissent.

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Encore solitaire sur son perchoir, le héron mâle cherche inlassablement par ses cris et ses gestes a attirer une femelle sur le nid. J.-Y. Berthelot (1991) distingue deux postures d'appel du mâle. Dans la première (Fig. 1), il tend lentement le cou vers le ciel, bec plus ou moins vertical, corps dressé, pattes raidies, crête et plumes aplaties. L'oiseau, grandi à l'extrême, se tient comme une flèche dressée au centre du nid. Puis, il s'accroupit en râlant, fléchissant les pattes, recourbant le cou en arrière pour que le bec, ventral, reste bien central lors de l'abaissement. Ce rituel, effectué fréquemment et répété après une pause, semble être le plus caractéristique de la parade nuptiale du Héron cendré. 

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Figure 1.

L'autre posture d'appel (Fig. 2), cou tendu vers le bas avec clappement bref des mandibules, s'accomplit généralement vers le bas (a), parfois à l'horizontale(b) ou plus rarement vers le haut (c). Dans le cas de la posture vers le bas (80% des cas), l'oiseau semble fixer un point sous lui, tend lentement le cou en fléchissant les pattes et décoche soudain, complètement tendu, un cou de bec terminal avec clappement, gorge et crête bien ébouriffées.

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Les Figures 1 et 2 sont extraites d'un article à propos de l'évolution de la parade nuptiale des Ardéidés, par J.-Y. Berthelot, dans les Cahiers d'Ethologie appliquée, 11(4),1991, pages 401 à 407, Travaux de l'Institut de Zoologie de l'Université de Liège (Service d'Ethologie et Psychologie animale - Musée de Zoologie - Aquarium.

 

Lorsqu'un autre héron s'approche, cessant d'appeler, le mâle va réagir agressivement, huppe levée, ailes entr'ouvertes et plumes gonflées. Il projette le cou dans sa direction et ouvre le bec en poussant un "gooo..." menaçant. S'il s'agit d'un mâle intrus, il s'enfuirait ou menacerait aussi ! Par contre, si c'est une femelle intéressée, elle insistera pour venir à ses côtés et révèlera ainsi son sexe. Aussitôt, le mâle ajoute à ses démonstrations une parade de révérence: courbette des jambes avec cou tendu abaissé et huppe hérissée avec des claquettes de mandibules pour conclusion (P. Géroudet, 1978) . Il pique des branchettes, son agressivité diminue et accepte finalement la femelle sur le nid.

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Photo: David de Boisvilliers - www.daviddbphotos.canalblog.com

 

Le début des noces commence. Désormais, tous deux prennent contact, se tâtent du bec, saisissent des matériaux, ce qui hausse leur excitation mutuelle jusqu'à l'accouplement: le mâle saute sur le dos de la femelle, où il se maintient avec les ailes ouvertes et une prise du bec derrière son cou.

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Photos: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

En alternance avec ces rites, vous pourrez observer encore de brèves envolées circulaires autour de la héronnière, des bagarres criardes, rarement des rixes sérieuses entre rivaux ainsi que diverses expressions vocales. Sitôt le couple formé, l'activité de construction ou d'aménagement des nids se précipite et, d'après P. Géroudet (1978), elle se poursuit même durant la nuit. La recherche et le transport des matériaux incombent avant tout au mâle, la femelle se contentant de les recevoir et de les arranger. Enfin, d'habitude en mars, le premier œuf bleu verdâtre est pondu et la couvaison peut commencer. La génération future est annoncée !

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Femelle couvant

Photo: Fr. Hela, Yvoir (île sur la Meuse), 12 Avril 2013

 

Pour assister à ce spectacle fascinant, munissez-vous de jumelles ou d'une lunette d'approche ! A partir d'un tronçon du chemin de halage, entre l'avenue Doyen Roger Woine et l'embouchure du Bocq, en face de l'île d'Yvoir, vous serez aux premières loges.

 

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Adulte et grands jeunes au nid

Photo: Carole Fourmarier, Parc ornithologique du Pont de Gau (F), Mai 2014

 

Les Hérons cendrés bâtissent leurs grands nids au vu de tous, dans les cimes des arbres, bien avant la repousse des feuilles. Ils s'y accouplent et nourrissent leurs jeunes. Il est donc spectaculaire d'observer le va-et-vient et les cris de ces grands oiseaux, mais à bonne distance, car une intrusion trop proche ou sous les nids provoque des envols effrayés souvent néfastes pour les couvées. Observer et respecter, voilà la devise du naturaliste ! Qu'on se le dise !

 

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Le Héron cendré, un oiseau fascinant, qui mérite notre respect !

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

 

 

 

 

 

 

 

14/01/2015

Un autre "colibri": le Sphinx gazé (Hemaris fuciformis) dans la vallée du Bocq !

Fin du mois de mai 2014, à Durnal, en contrebas de l'ancienne carrière de l'Herbois et de la voie de chemin de fer Ciney-Spontin-Yvoir, aujourd'hui fréquentée par des petits trains touristiques, une zone de la rive du Bocq, bien dégagée et exposée aux rayons du soleil, est particulièrement fleurie. A cette saison, de nombreuses plantes en fleurs attirent plusieurs espèces d'insectes butineurs, dont la Reine-des-prés (Filipendula ulmaria), la Lysimaque commune (Lysimachia vulgaris), la Stellaire des bois (Stellaria nemorum), le Myosotis des bois (Myosotis sylvatica), le Compagnon rouge (Silene dioica) et l'assez rare Aconit tue-loup (Aconitum lycoctonum). Durant une observation assez longue du va-et-vient des insectes, je pu admirer, en outre, le vol ramé assez lent de quelques Nacrés de la Sanguisorbe (Brenthis ino), mais aussi l'impressionnante Abeille charpentière (Xylocopa violacea) dont l'apparition dans notre région est fort rare ! Les fleurs roses rougeâtres des Compagnons rouges recevaient fréquemment la visite d'un sphinx au vol stationnaire, le Sphinx gazé (Hemaris fuciformis).

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Photo: Fr. Hela, Durnal (vallée du Bocq), 29 Mai 2014

 

Chez nous, cette espèce est beaucoup plus rare que le Moro-Sphinx (Macroglossum stellatarum) qui a fait l'objet de ma note précédente. Bien différent de celui-ci, le Sphinx gazé, appelé aussi Sphinx du chèvrefeuille, est tout d'abord reconnaissable à ses ailes vitrées, pourvues d'écailles uniquement sur le bord externe des ailes antérieures. Notons cependant, que, fraîchement éclos, les futures zones alaires transparentes du papillon sont couvertes légèrement d'écailles brun rouge, celles-ci tombant au premier vol, ne persistant plus qu'au niveau des aires marginales.

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Photo: Ph. Vanmeerbeeck, Couthuin, 24 Mai 2014

 

Le Sphinx gazé (4 à 4,5 cm de longueur), aux anneaux abdominaux brun rouge et jaunâtres ressemble plus à un Hyménoptère. Hétérocère ("papillon de nuit"), il apparaît de mai à août et il vole le jour, par temps chaud, uniquement au soleil, de environ 10 heures du matin jusque fin d'après-midi.

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Photo: Ph. Mothiron

 

Il fréquente les prairies richement fleuries et les clairières ou lisières avec une diversité de fleurs mellifères. On le trouve aussi, d'après certains auteurs, dans des forêts claires et des bois mixtes pourvu qu'une grande quantité de lumière arrive dans le sous-bois. Comme je le dis plus haut, il pratique le vol stationnaire, mais, paraît-il, repose néanmoins l'extrémité des pattes antérieures sur le rebord de la corolle lorsqu'il butine. Il recherche particulièrement les fleurs roses, violettes ou bleues, notamment celles de la Centranthe rouge (Centranthus ruber), de la Valériane officinales (Valeriana officinalis), de la Sauge des prés (Salvia pratensis), de la Vipérine (Echium vulgare), de la Bugle rampante (Ajuga reptans), mais parfois aussi des plantes ornementales des jardins, comme les Phlox ou les Œillets.

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La Centranthe rouge (Centranthus ruber)

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L'inflorescence de la Valériane officinale (Valeriana officinalis)

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La Sauge des prés (Salvia pratensis)

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La Vipérine (Echium vulgare)

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La Bugle rampante (Ajuga reptans)

Photos: Fr. Hela

 

La femelle pond ses œufs un à un généralement sur la face inférieure des chèvrefeuilles arbustifs ou lianeux. La ponte débute vers le milieu du mois de mai et les chenilles s'observent en juin-juillet et en août-septembre (seconde génération annuelle), de préférence en des endroits modérément humides, situés dans les sous-bois des forêts claires, en lisières forestières ou dans les haies. On les trouve sur la face inférieure du Camérisier (Lonicera xylosteum) et de la Symphorine blanche (Symphoricarpos albus). Dans la littérature, on mentionne encore, comme plantes nourricières, le Chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum), les Gaillets (Galium div.), la Knautie des champs (Knautia arvensis) et Deutzia scabra, cultivé pour l'ornement dans les parcs et jardins.

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La chenille adulte du Sphinx gazé mesure 4 à 5 cm. Elle est verte et présente une peau granuleuse. Elle porte une ligne latérale jaune blanchâtre de part et d'autre du dos. Ses stigmates sont brun rouge et sa face ventrale est soit verte comme le reste du corps, soit brun foncé. Sa corne, à l'arrière de l'abdomen, est faiblement arquée et recouverte d'une granulation bleuâtre ou brunâtre.

Photo: fr.wikipedia.org

 

La nymphose se déroule au sol, dans une toile tissée. La chrysalide, noir brun avec des zones intersegmentaires plus claires, hibernent. Néanmoins, certaines d'entre elles éclosent encore la même année.

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Le Camérisier (Lonicera xylosteum), la Symphorine blanche (Symphoricarpus albus) et le Chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum), plantes nourricières de la chenille.

Photos: Fr. Hela

 

Le Sphinx gazé est présent en Afrique du Nord, en Europe occidentale, ainsi qu'au nord-ouest de l'Inde et au Japon. En montagne, il peut atteindre des altitudes élevées (2000 m, en Suisse). Plus lié aux prairies fleuries bien ensoleillées que le Moro-Sphinx, il se maintient tout de même dans nos régions du fait que la chenille vit sur les Chèvrefeuilles, dont Lonicera xylosteum, espèce croissant de préférence sur des substrats contenant du calcaire (calciphile). Ce chèvrefeuille arbustif, appelé Camérisier, est encore relativement abondant dans nos chênaies thermophiles et, de plus, il est également cultivé pour l'ornement comme, d'ailleurs, la Symphorine blanche que l'on trouve en abondance dans les jardins, les grandes propriétés entretenues ou les haies proches des habitations.

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Photo: Ph. Vanmeerbeeck, Couthuin, 24 Mai 2014

 

Documents consultés (indications valables aussi pour la note précédente à propos de Macroglossum stellatarum):

Aubert J.-F.: "Papillons d'Europe" - II. Nocturnes et Sphingidés, Delachaux et Niestlé, 1968

Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Flammarion, 2005

Gillard M.: "Les papillons migrateurs en Belgique", in "Natura Mosana", Vol. 50, n°2, Avril-Juin 1997

Groupe de travail des lépidoptéristes (ouvrage collectif): "Les papillons et leurs biotopes" - Vol.2, Pro Natura - Ligue suisse pour la protection de la nature, 1999

Lévêque A.: Etude des migrations de papillons en France", in Revue "Insectes" de l'Office pour les insectes et leur environnement (OPIE) - 33, n°128 - 2003

Luquet Gérard Chr.: "Papillons d'Europe" - Edition française de l'ouvrage de I. Novàk et Fr. Severa (1980 Artia, Prague), Bordas, 1983

Rougeot P.-C. et Viette P.: "Guide des papillons nocturnes d'Europe et d'Afrique du Nord", Delachaux et Niestlé, 1978

Vadam J.-Cl.: "Sur la présence de quelques papillons au cours de l'été 2003", in bulletin de la Société d'Histoire Naturelle du Pays de Montbéliard, 2004

 

 

 

 

 

 

 

08/01/2015

Des "Oiseaux-Mouches" ou "Colibris" dans notre région ?

Voici un titre particulier qui peut paraître farfelu ! Et pourtant, je ne compte plus les messages que je reçois chaque année, de juillet à octobre, comme quoi il y aurait des "colibris" dans notre commune !

Le 14 octobre 2014, j'entreprenais de visiter une ancienne petite carrière située à l'arrière d'un ancien four à chaux restauré et qui abrite actuellement la Maison des Jeunes d'Yvoir, à proximité de la gare. Mon attention fut attirée par un insecte de couleur grise qui venait de se poser sur un bloc de rocher exposé au soleil. C'est lui, le fameux "colibri" !

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Le Moro-Sphinx (Macroglossum stellatarum)

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 14 Octobre 2014

 

En fait, il s'agit du Moro-Sphinx (Macroglossum stellatarum), appelé aussi Sphinx du Caille-Lait, ou encore, Oiseau-Mouche. C'est un Hétérocère ("papillon de nuit") de plus ou moins 4, 5 cm, volant le jour jusqu'au crépuscule. De juin à novembre, c'est ce papillon que vous apercevez, en vol stationnaire devant les corolles d'un pélargonium, de pétunias, de phlox, de jasmins, de violettes, de vipérines, de buddléas ou arbres aux papillons ... et de bien d'autres espèces végétales.

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Photo: Pierre Magniez, Angleur, 3 Juin 2011

 

Notre "papillon de nuit", à l'activité diurne, fréquente les prairies fleuries, les bords des champs si quelques plantes ont résisté aux herbicides, les parterres ornementaux des jardins et des grandes propriétés et, même, les jardinières fleuries de vos appuis de fenêtres ou de votre balcon ! Agile, il puise le nectar des fleurs, surtout bleues ou violettes, à l'aide d'une trompe démesurée. C'est d'ailleurs pourquoi Scopoli (1777) l'a désigné sous le nom de Macroglossum signifiant "grande langue". Il ne se pose jamais sur les fleurs, mais s'immobilise devant elles, suspendu dans l'air par les vibrations rapides de ses ailes. 

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Photo: Pierre Magniez, Angleur, 3 Juin 2011

 

Au bout de quelques secondes, il quitte une corolle à la vitesse d'un éclair pour se poster à nouveau devant une autre. Les battements d'ailes sont si rapides, durant le vol stationnaire, que l'on ne distingue pratiquement que son corps. Evidemment, ce comportement fait penser à celui d'un colibri ! Ce vol stationnaire et les organes qui servent à aspirer le suc des fleurs sont des convergences que l'on trouve chez notre sphinx et d'autres insectes, certains oiseaux et, même, chez certains mammifères comme les chauves-souris nectarivores. 

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J.-F. Aubert (1968) nous dit à propos du Moro-Sphinx qu'il arrive que celui-ci pénètre, en été, dans des appartements et qu'il essaie de butiner les fleurs des papiers peints, les prenant pour des fleurs naturelles ! R.-A. Burton (1577-1640) aurait même observé un individu s'intéressant aux fleurs artificielles ornant le chapeau d'une belle dame !

De juin à novembre, le papillon apparaît souvent dans les carrières, le long des murs en pierres sèches ou dans d'autres endroits rocheux. 

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La petite carrière derrière l'ancien four à chaux restauré, à Yvoir, est souvent visitée par le papillon.

Photo: Fr. Hela

 

On a aussi constaté que des Moro-Sphinx se regroupent en des endroits favorables (balcons abrités ou roches surplombantes ...). De là, ils partent à la recherche de nourriture. Les accouplements auraient lieu durant ces regroupements. La nuit, ils se cacheraient dans des anfractuosité de murs, de rochers ou d'arbres.

Au repos, le Moro-Sphinx présente des ailes antérieures grises portant quelques lignes plus foncées.

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Photo: Fr. Hela, Yvoir, 14 Octobre 2014

 

Sa tête et une grosse partie de son corps sont aussi de couleur grise. Le bas de l'abdomen montre des taches noires et blanches de chaque côté de celui-ci.

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Photos: Ph. Vanmeerbeeck, Couthuin, 9 Janvier 2012

 

Les ailes postérieures, visibles lorsqu'il vole, sont jaunâtres à rouge orangé et l'abdomen se termine par une étonnante touffe de poils noirs et blancs mobiles qui s'écartent et se resserrent pendant le vol stationnaire, comme les lamelles d'un éventail. Celle-ci jouerait probablement le rôle analogue à celui des plumes caudales des oiseaux, d'après J.-F. Aubert (1968).

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Photo: Ph. Vanmeerbeeck, Couthuin, 24 Mai 2014

 

Notre Sphinx est présent dans toute la région paléarctique. Il est fort présent dans le sud de l'Europe. Chez nous, il peut-être localement abondant ou apparaître isolément, selon les immigrations. C'est aussi un migrateur qui pénètre loin vers le Nord jusque dans les territoires polaires (I. Novàk et al. 1983) et il s'élève en montagne jusqu'à l'étage nival (2.500 m, en Suisse). M. Gillard (1997) considère ce papillon comme un vrai migrateur en Belgique. Pour le Groupe de travail des lépidoptéristes ("Papillons et leurs biotopes", vol.2 - ouvrage collectif - LSPN 1999), le Moro-sphinx est un migrateur connu qui immigre souvent en grand nombre en Europe centrale depuis le Sud, au printemps et en été. Il se présente chez nous en juin-juillet et les femelles pondraient leurs œufs à cette période. Issus de ces pontes, les imagos (papillons adultes) volent ensuite d'août à novembre. Les individus tardifs tendent sans doute d'hiberner sous nos latitudes, mais il est peu probable qu'ils supportent les fortes gelées de certains hivers.

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Macroglossum stellatarum en vol stationnaire devant des fleurs d'un Buddléa ou Arbre aux papillons (Buddleja davidii)

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 5 Août 2011

 

La chenille, verte ou brun rouge, à lignes latérales blanches, se nourrit principalement de Gaillets (Galium mollugo, pumilum et verum). Comme autres plantes nourricières, la littérature mentionne en outre les Stellaires (Stellaria sp.), l'Aspérule odorante (Galium odoratum) et la Garance voyageuse (Rubia tinctoria). Elle est visible de juin à octobre, en plusieurs générations. La chrysalide, hibernante dans les régions au climat tempéré, possède un revêtement teinté de gris brun ou de verdâtre. Une bosse caractéristique marque l'emplacement de la trompe.

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La chenille du Moro-Sphinx porte une corne bleu noir à pointe orangée, au bout de l'abdomen.

Photo: C. Fortune

 

Avec des hivers de plus en plus doux de ces dernières années, les chances de survie du papillon et de la chrysalide semblent s'accroître sous nos latitudes. La survie du Moro-Sphinx est également favorisée par sa capacité à utiliser toutes les sources de nectar disponible du printemps à l'automne. Tout semble indiquer qu'une extension de l'aire de distribution de l'espèce en direction du nord est en cours (J.-P. Zuber, 1999).

 

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Le Gaillet couché ou rude (Galium pumilum), une plante hôte de la chenille du Moro-Sphinx.

Photo: Fr. Hela, Anhée (Montagne de Sosoye), 19 Juin 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24/12/2014

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus), un passereau étonnant.

Si d'aventure l'attrait de la découverte vous pousse à pérégriner dans la vallée du Bocq, entre Spontin et Yvoir, vous avez quelque chance, avec un peu de patience et de perspicacité, de repérer un passereau de la taille d'un merle et dont la silhouette rappelle un troglodyte géant. Posé sur une pierre près d'un rapide de la rivière, il surveille le courant. Mais il vous guette, tout agité de rapides courbettes sur ses pattes à ressort, "clignant" des yeux à tout instant. Le seul passereau nageur et plongeur est alors prompt à s'envoler ou à disparaître dans l'eau limpide. Si vous êtes bien immobile et patient, derrière quelques branches de la rive, vous finirez par admirer son cou brun fauve, son dos ardoisé à bords noirs et sa poitrine de satin blanc.

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Le Cincle plongeur ou "merle d'eau" est l'âme du Bocq, gracieuse rivière, bordée de taillis et de belles zones boisées, passant, sans s'étonner, sous les ponts de l'ancienne voie de chemin de fer et privée, malheureusement, des vieilles roues moussues de nos moulins d'antan.

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Photo: Fr. Hela, Octobre 2012

Là, où le Bocq a ses rapides, ses affleurement de roches, le cincle jaillit brusquement d'un trou de la rive ou d'une cascatelle bruyante, effleurant l'eau d'un vol rasant et rapide, en suivant toutes les sinuosités de la rivière sur deux ou trois cents mètres.

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

L'instant d'après le voit posé sur une pierre surplombante faisant clapoter le courant, sur une grosse racine d'aulne rugueuse et contorsionnée ou sur un chicot vermoulu qui achève de pourrir sur la berge. Parfois, il sautille de pierre en pierre comme une grenouille; puis, subitement, entre dans l'onde jusqu'à mi-tarses, jette la panique au passage parmi les tipules ou disperse la troupe saccadée de ces infatigables rameurs, les gerris ou punaises coureuses des eaux. Souvent, il plonge comme une balle empennée dans le bouillonnement d'une cascade, indifférent à la violence des rapides et parcourt le lit en tous sens pendant près d'une minute. Il s'accroche aux mousses du fond, puis émerge quelques mètres plus loin, en plein vol, faisant gicler l'eau en un remous de vaguelettes argentées. Sur les rocs saillants fouettés d'écume, son plastron blanc est d'un effet mimétique remarquable, tout  autant que la teinte foncée de son dos.

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Le cincle passe de l'air à l'eau comme si les deux éléments n'étaient qu'un seul et même milieu. Il semble ainsi défier les lois de la densité. Sa nourriture est au fond du cours d'eau: mollusques, coléoptères, vairons, larves, entre autres les phryganes engoncées dans leurs fourreaux de fines rocailles ou de brindilles. Il n'a pour s'immerger et atteindre ses proies que ses pattes non palmées et ses ailes courtes de passereau qui lui font office de rames: il vole sous l'eau pour ainsi dire !

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Si son cri assez vif décèle sa présence, son chant est un gazouillement agréable que l'on peut déjà entendre en hiver.

Photo: René Dumoulin - www-oiseaux.net

 

Son nid, placé derrière une cascade, sous une souche ou un ponceau rustique est fait de mousses garnies de feuilles et de graminées entremêlées. La femelle y déposera, à partir de mars, quatre ou six oeufs d'un blanc émail très pur, qu'elle couvera avec ardeur.

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Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 2 Avril 2012

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Un oiseau juvénile

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Sédentaire, fidèle à l'habitat natal, le cincle résiste aux plus durs frimas. Il se laisse parfois dériver sur un glaçon, au fil de l'eau, et plonge résolument dans l'onde la plus froide.

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Le Bocq en hiver

Photo: Fr. Hela, 11 Février 2012

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Photo: Robin Gailly

 

Dans cette belle nature, souvent menacée, le cincle plongeur est une merveille à découvrir et à défendre comme une rareté typique de nos cours d'eau rapides. Il nous indique, par sa présence, que les eaux du Bocq sont encore de bonnes qualités biologiques et qu'il est indispensable, dans l'avenir, de préserver cette vallée d'un haut intérêt écologique et paysager !

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Photos: René Dumoulin - www.oiseaux.net

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Photo: Fr. Hela, 11 Septembre 2012

 

 

23/11/2014

Humeurs d'automne

Dés le matin, par mon chemin coutumier, je laisse Yvoir dans la vallée. Celui-ci m'emmène à Tricointe, dans ce paysage condruzien façonné par l'homme depuis au moins 4.000 ans. J'aime ces pâturages bordés de haies, ces fourrés épais d'aubépines, de prunelliers, d'églantiers, ... à proximité de la forêt.

Difficile parfois de vivre en harmonie avec ce qui nous entoure ! L'univers, l'espace, les autres ! Un éventail de différences qui nous irrite régulièrement, où nous devons trouver une place et le sens de l'existence. En ce jour lumineux d'octobre, quelque chose d'indéfisissable me pousse vers ce coin de forêt aux couleurs automnales pour y chercher un apaisement. Tout doucement, je redeviens léger. Le vent et la lumière m'enveloppent petit à petit. Le cailloux sonne et luit sous mes talons. Je suis à nouveau en éveil devant cette féerie lumineuse et l'esthétique de ce paysage que je connais pourtant depuis longtemps. Chaque fois que je lui rends visite, il m'étonne et me livre ses secrets. Je pense tout à coup qu'hier il existait déjà et que d'autres hommes ont regardé ce charme le long du sentier ou la forêt qui s'étend jusqu'en bord de Meuse. Cette pensée me rassure et me remplit de joie.

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Photo: Fr. Hela, Durnal, Novembre 2014

 

Là-bas, en octobre, le bois de mélèzes jette sur les épaules de la colline son manteau doré. J'ai pour le mélèze une prédilection que je ne cherche pas à dissimuler. La beauté de cette essence m'attire. Souple et gracieuse, elle donne une impression de légèreté qu'elle ne paraît pas destinée à la Terre. Le mélèze n'est pas un arbre, c'est une vapeur. Il est pourtant bien ancré au sol. Il n'est que de voir ses racines puissantes cramponnées au rocs des montagnes à peine recouverts d'un peu de terre. Mais, à partir des branches, il appartient au domaine du rêve.

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Photo: Fr. Hela, Durnal, Octobre 2014

 

La teinte de ses aiguilles au printemps est d'un vert indéfinissable et très doux. Peu de spectacles sont plus séduisants qu'un bois de mélèzes au printemps, lorsqu'à sa grâce naturelle, l'arbre ajoute la fraîcheur juvénile de ses pousses vert tendre et la parure de ses cônes rouges accrochés aux branches comme des nids d'oiseaux.

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Photo: Fr. Hela, Yvoir, 26 Mars 2013

  

A l'automne, ses rameaux fusent de partout comme des traînées lumineuses d'un feu d'artifice; ils sont fait non pour se buter contre l'obstacle, mais pour l'enlacer, tels des bras caressants. Et si la grisaille domine la journée d'octobre, auprès des massifs d'épicéas et de sapins de Douglas, il resplendit alors d'une luminosité extraordinaire et me ramène à une ambiance originelle de la nature, d'où monte un parfum de résine, de mousses et d'humidité froide. Parmi ces mélèzes, j'ai la sensation de me promener dans la partie supérieure de l'étage subalpin des Alpes, l'altitude exceptée. En effet, avec l'arolle ou pin cembro, les mélèzes constituent les dernières forêts en altitude. Celles-ci occupent donc un très vaste domaine et offrent un aspect des plus caractéristiques du paysage alpin. Les deux arbres sont indigènes dans les Alpes, au moins depuis la fin des glaciations, et appartiennent à des souches euro-sibériennes. L'association typique d'arolles et mélèzes avec sous-bois de rhododendrons ferrugineux y est presque toujours située en ubac, c'est-à-dire à l'exposition nord ou nord-ouest. Hormis le mélèzes, bien sûr rien de tout cela dans notre Condroz.

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Photo: www.chevalier-image.fr

 

Chez nous, ce conifère, aux aiguilles caduques comme ses cousins les cèdres, est l'une des principales essences résineuses plantées pour son bois excellent et très apprécié en ébénisterie. Le mélèze a accordé son rythme vital à ceux du soleil. C'est une espèce de lumière et, en cela, il me rappelle un bois de bouleaux. Rentrons silencieusement à l'intérieur du bois et asseyons-nous au pied d'un de ces troncs droits et élevés. L'écureuil roux monte au tronc par une suite de bonds ininterrompus, s'arrête, disparaît. Il descend maintenant la tête en bas, les pattes écartées, les postérieures étendues en arrière. Ses griffes crissent sur l'écorce. Mon attention se relâche quelques secondes. C'est alors que je le revois dans la cîme. Il parcourt une branche jusqu'aux rameaux les plus flexibles et s'élance dans le vide sur ceux d'un arbre voisin. L'existence de cet animal est vraiment liée à celle des arbres.

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Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Novembre 2011

 

Des susurrements ténus m'arrivent aux oreilles. Voici le nain des passereaux. Il papillonne sur place devant l'extrémité d'une ramille pour y cueillir sans doute une bestiole. Je reconnais le roitelet à triple bandeau et il faut beaucoup de persévérance pour le suivre dans son royaume d'aiguilles. Sans cesse, il explore les recoins des branches, les interstices entre les aiguilles, les plaques de lichens et les fissures d'écorce. Les conifères jouissent de la préférence des roitelets. Toute l'année, la table y est mise et l'abri assuré.

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Le Roitelet à triple bandeau (Regulus ignicapilla)

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Un roitelet huppé, cette fois, approche. Les yeux sombres et assez grands de cet oiseau minuscule me fascinent toujours. Un rouge-gorge entonne son chant d'automne. Le troglodyte alarme au passage d'un chevreuil. De menus cris de souris, fins, pressés et un peu vibrants, se rapprochent. La caravane des mésanges à longue queue arrive ! Elles sont affairées et visitent maintenant le taillis, se rappelant sans cesse pour rester ensemble. Ces minuscules flèchettes gagnent ensuite le bosquet le plus proche, de l'autre côté du sentier. Des cris fins et aigus, puis des roulades vigoureuses, précédées de quelques sons élevés: voici la mésange huppée, très liée aux conifères. 

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La Mésange huppée (Lophophanes cristatus)

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Sur la branche basse du mélèze d'en face, une mésange noire se suspend aux extrémités des ramilles. Une troupe de tarins des aulnes acrobates se balancent la tête dans le vide, accrochés aux branches flexibles. Ils épluchent activement les cônes, n'interrompant leur repas que pour babiller avec entrain.

Soudain, une volée d'oiseaux bruyants s'abat sur le même arbre. Les becs-croisés des sapins s'accrochent et se suspendent aussi. Les cris ont cessé et chacun s'affaire à cisailler une tige ou à disjoindre les écailles d'un cône.

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Un Bec-croisé des sapins femelle (Loxia curvirostra)

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Le calme s'installe, si ce n'est le cri plaintif d'un bouvreuil pivoine au lointain. Le petit peuple des mélèzes m'enchante et la forêt vibre, chante, craque et redevient silencieuse pour un temps. La nature végétale rappelle à l'homme son origine, et à ce titre lui offre le terrain symbolique, autant que réel, d'une croissance. La vie arrive sans cesse. On vit les choses mais on ne voit pas qu'on les vit. On est nourri d'images, de rencontres, de déplacements, de téléphones, de voitures. On a une âme qui ressemble à une autruche: elle se nourrit de tout. Il faut convertir ce plein en vide: prendre une chose belle, l'installer comme une reine sous son regard et lui donner toute la place qu'elle demande, alors elle nous offrira toute sa lumière.

Beauté d'un paysage après une averse, beauté de la voix humaine qui chante un Aria de J.S. Bach, beauté de la mer et des falaises rocheuses, beauté d'un visage, d'un vitrail, d'une fleur, ... Beautés éducatrices !

Poursuivons cette idée en prenant pour guide un grand artiste allemand du XVIIIe siècle: Schiller. Avant tout poète et dramaturge mais aussi philosophe, admirateur de Shakespeare et de Rousseau, grand ami de Goethe, Schiller a écrit vingt-sept lettres sur l'éducation esthétique de l'homme. Voici quelques unes de ses réflexions qui me paraissent éclairantes. Une idée de ces lettres est que la beauté libère ou plutôt qu'elle rend la liberté possible. Certes, la beauté ne produit pas la liberté, mais elle la rend possible en élevant l'homme au-dessus de ses passions. " C'est par la beauté, écrit Schiller, que l'on s'achemine à la liberté." Partagés, d'une part, entre nos besoins immédiats, les instincts et les passions de notre nature sensible et, d'autre part, tiraillés par nos aspirations et exigences de notre nature spirituelle, nous sommes souvent dans l'obscurité. La beauté crée alors pour nous un espace de liberté, d'indétermination, de désintéressement, dans lequel nos deux natures peuvent trouver leur compte et se réconcilier. La beauté ne dispense pas l'homme de prendre ses responsabilités face à la vie, mais en le détachant du désir avide de posséder et de celui, violent, de détruire, elle l'apaise. " La contemplation est le premier rapport de liberté qui s'établisse entre l'homme et l'univers qui l'entoure. " Mais si d'une part, la beauté le calme, de l'autre, en lui montrant la nature et la vie sous un jour positif, voire sublime, elle lui donne le courage et l'énergie de vivre et d'être sage. " Après la jouissance d'une belle musique notre sentiment s'anime, après une belle poésie notre imagination est stimulée, après celle d'une oeuvre plastique et d'un bel édifice notre intelligence est excitée. " La beauté nous prémunit contre la sauvagerie mais aussi contre l'affaissement. " Elle rétablit chez l'homme tendu l'harmonie et rend à l'homme relâché la vigueur. " Enfin, elle lui apprend à désirer noblement afin de n'avoir pas à vouloir durement. " Si nous nous abandonnons à la jouissance de la vraie beauté, nous sommes en cet instant maîtres au même degré de nos forces passives et actives, et nous nous donnerons avec la même aisance aux choses graves, au repos et à l'activité, à l'abstraction et à l'intuition, ... ".

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Photo: Fr. Hela, Durnal, 30 Octobre 2014

 

Je souhaite à tous, en cette fin d'année, beaucoup de beautés éducatrices et que la lumière du mélèze en automne berce et illumine votre coeur.

François.

 

Vos commentaires à propos de ce texte sont les bienvenus. N'hésitez pas à donner vos avis ou à me faire part de vos expériences concernant la beauté !

 

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05/10/2014

Le Lézard vivipare (Zootoca vivipara), discret et craintif, une espèce à découvrir !

Le Lézard vivipare est relativement présent dans notre région. Avec un peu de chance et une attention soutenue, on peut le découvrir dans des zones ouvertes avec dépôts de pierres et de matériaux ligneux, mais aussi le long des haies ou à la lisière du bois. Cependant, il est discret, son comportement est craintif et sa livrée, souvent foncée, est un excellent camouflage dans la végétation herbacée ou sur l'écorce d'un tronc d'arbre au sol.

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Photo: Fr. Hela, Sorinne-la-Longue, 4 Mai 2014

 

Habituellement, sa présence est trahie par un bruissement bref dans une broussaille, ou bien alors, il traverse furtivement un sentier. Pour le chercher, il faut se mettre en route le matin ou en fin de journée, surtout au printemps (à partir de mi-mars et avril) ou à la fin de la belle saison, jusqu'en septembre et début octobre. Contrairement au Lézard des murailles (Podarcis muralis), il évite nettement les heures les plus chaudes de l'été. Il est moins thermophile. Lorsque le soleil brille et que la chaleur n'est pas trop forte, on peut le surprendre sur un tronc d'arbre couché ou une souche, aplatissant son corps dorso-ventralement pour l'exposer aux rayons de l'astre du jour.

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Photo: Fr. Hela, Awagne (Dinant), 9 Août 2011

 

Au début du printemps, son repérage est plus aisé, car fraîchement sorti de son état d'hibernation, il est encore "engourdi" et moins méfiant qu'en plein été.

Alors que nos reptiles sont menacés principalement par la destruction des milieux de vie qui leurs conviennent, le Lézard vivipare semble se maintenir raisonnablement. Il est, en fait, moins exigeant quant au choix de son habitat. Il préfère, certes, les landes à bruyères humides, la proximité de milieux fangeux, les fagnes, ... mais on le rencontre aussi au bord des routes, sur les talus de chemins de fer, dans des terrains vagues ou des prairies et, parfois, dans les jardins. En dépit de sa répartition étendue, il est peu connu, vu sa discrétion. Pourtant, que de choses à apprendre à son sujet !

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La lande à bruyères humides, un lieu que le Lézard vivipare apprécie.

Photo: Fr. Hela, Kalmthoutse Heide, 27 Juillet 2014

 

D'après E. Graitson (2005), le Lézard vivipare est l'espèce la plus petite de Wallonie. Sa taille est le plus souvent comprise entre 11 et 14 cm, au plus 16 à 18 cm. Son corps est trapu et peu aplati. Ses pattes courtes, sa tête au museau obtus, son cou large et sa queue modérément longue le distingue du Lézard des murailles (Podarcis muralis) présent aussi dans notre région.

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Le lézard vivipare (Zootoca vivipara)

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Fonds d'Ahinvaux), 29 Août 2014

 

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Le Lézard des murailles (Podarcis muralis) a une silhouette plus élancée, avec une tête longue au museau conique, une longue queue très effilée et des pattes fines à longs doigts.

Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse (Ruines de Poilvache), 29 Avril 2012

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Tête du Lézard vivipare au museau obtus

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Fonds d'Ahinvaux), Août 2012

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Tête du Lézard des murailles au museau plus pointu.

Photo: Fr. Hela, Durnal, 16 Septembre 2014

 

La coloration générale du Lézard vivipare est le plus souvent dans les tons brunâtres, roussâtres ou grisâtres, avec parfois des marques jaunes, brun foncé et noires. Cependant, certains adultes présentent une coloration et des dessins très semblables à ceux du Lézard des murailles.

 

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Photo: Fr. Hela, Croix-Scaille (Fange de l'Abîme), 17 Juin 2012

 

Afin de déterminer l'espèce, on peut aussi tenter de capturer le lézard observé, mais il faut savoir qu'il a la faculté de rompre volontairement sa queue ! Ce mécanisme lui permettant de s'échapper est l'autotomie caudale. L'autotomie est commune chez de nombreux invertébrés mais, parmi les vertébrés, elle n'apparaît que chez quelques salamandres, certains mammifères (plusieurs rongeurs dont le Lérot) et beaucoup de Sauriens. La majorité des lézards, à l'exception notamment des Agamidés, des Caméléonidés, des Varanidés, ... peuvent perdre la queue en tout ou en partie s'ils sont saisis par un prédateur.

 

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Un Lézard des murailles (Podarcis muralis) dont la queue s'est détachée

Photo: Fr. Hela, Durnal, 9 Mars 2014

 

Dans bien des cas, celle-ci continue à gigoter longtemps après qu'elle s'est détachée, ce qui sert peut-être à distraire le prédateur. J'ai moi-même fait cette constatation en observant, il  y a quelques années, une Buse variable (Buteo buteo) essayant de capturer un Lézard vivipare au Grand-Duché de Luxembourg. La perte de sang est minimale et ces animaux recouvrent leur queue en quelques mois; cependant les vertèbres perdues sont remplacées par une baguette cartilagineuse. Les muscles et écailles qui repoussent sont généralement irréguliers. 

Podarcis muralis Yvoir 18-08-14 D.jpg

La queue d'un Lézard des murailles entrain de se reformer.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 18 Août 2014

 

Le coût de cette perte n'est pas mince. La queue est un site habituel de dépôt de graisse chez les lézards et, son absence, peut diminuer les taux de survie pendant l'hiver ou la période de reproduction ! En outre, les lézards doivent compter avec la perte temporaire des fonctions spécialisées de la queue pour la locomotion. Sachant cela, il est important de ne jamais saisir un lézard par la queue et de le prendre avec précaution par la partie antérieure du corps ! Cela est encore plus vrai lorsqu'on veut capturer un Orvet (Anguis fragilis fragilis), un "lézard sans pattes" et non un "serpent"

Voici quelques indications supplémentaires pour déterminer un Lézard vivipare et un Lézard des murailles:

 

Zootoca vivipara Comparaison avec Podarcis Muralis Dessins.jpg

 

Lézard des murailles (à gauche) et Lézard vivipare (à droite): quelques critères morphologiques constants et accessibles:

1. Région rétro-oculaire: Chez le Lézard vivipare, la plaque massétérine est de dimension comparable à celles des écailles temporales. Chez le Lézard des murailles, la plaque massétérine est nettement plus grande que les écailles avoisinantes.

2. Région supra-oculaire: Chez le Lézard vivipare, les écailles sourcilières sont en contact avec les écailles sus-oculaires. Chez le Lézard des murailles, les sourcilières et les sus-oculaires sont séparées par une série de granules alignés.

3. Collier: le bord postérieur de celui-ci est crénelé chez le Lézard vivipare; chez le Lézard des murailles, le bord postérieur du collier est linéaire.

Une hibernation assez longue et l'ovoviviparité sont des adaptations physiologiques de notre lézard qui lui permettent de vivre dans les régions plus nordiques. La plupart des reptiles pondent des œufs, mais cette règle souffre plusieurs exceptions, surtout dans les régions septentrionales. Ainsi, le Lézard vivipare, mais aussi l'Orvet (Anguis fragilis), la Vipère péliade (Vipera berus) et la Coronelle lisse (Coronella austriaca) sont ovovivipares ! En fait, les femelles élaborent des œufs, mais ceux-ci sont généralement retenus dans le corps jusqu'à l'éclosion, d'où la naissance de répliques en miniature des adultes qui fait penser à la viviparité des mammifères. Ces œufs ont une enveloppe transparente et très mince que le petit formé déchire dès la ponte à l'aide de son museau, grâce à la "dent de l'œuf". A l'intérieur de la mère, les jeunes, pendant le développement prénatal, sont mieux protégés. 

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Juvéniles sombres de quelques joursà l'éclosion, ceux-ci mesurent de 30 à 50 mm et leurs colorations dominantes sont brun foncé à noir.

Photos: Fr. Hela, Yvoir (Fonds d'Ahinvaux), 25 juillet 2010

 

La femelle peut plus efficacement réguler la température et le degré d'humidité de ses œufs que s'ils étaient laissés à incuber dans un quelconque endroit protégé. L'acquisition de l'ovoviviparité chez cette espèce est probablement liée à son aire de répartition dans des régions plus froides, où cet avantage devient déterminant. Le petit lézard vivipare (15-16 cm de long au maximum) est peut-être le Lacertidé le plus répandu. Il a la plus vaste distribution géographique et est le seul reptile à dépasser le 70e parallèle vers le nord ! Il habite la plus grande partie de l'Europe, y compris les régions arctiques de la Scandinavie et des îles britanniques. Absent de la zone méditerranéenne, il est présent, au sud, jusque dans le nord de l'Espagne et de l'Italie, ainsi que dans le sud de l'ancienne Yougoslavie et en Bulgarie. Il vit aussi en Russie jusqu'à la Sibérie orientale. Dans les Alpes, il serait présent à 3000 mètres d'altitude ! Il est intéressant de constater que, dans les parties les plus chaudes de son aire de répartition, il pond des œufs comme la plupart des lézards (oviparité). Sa longue hibernation dans les régions nordiques et en altitude (8 à 9 mois), ainsi que l'existence de deux modes de reproduction suivant le climat dominant, constituent des adaptations physiologiques remarquables.

 

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Durant l'été, il est fréquent d'observer des groupes de jeunes en des sites bien ensoleillés.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 1 août 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24/09/2014

La Succise des prés (Succisa pratensis) dans la vallée du Bocq

La Succise des prés, aussi appelée Mors du diable, est une plante de la Famille des Dipsacacées dans laquelle on trouve la Scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria), la Knautie des champs (Knautia arvensis), mais aussi le Genre Dipsacus représenté chez nous par le Cabaret des oiseaux (Dipsacus fullonum) et la Cardère velue (Dipsacus pilosus). Toutes ces plantes sont présentes sur le territoire de la commune d'Yvoir (B).

 

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La Succise des prés, plante vivace de 30 à 100 cm dont les bourgeons d'hiver se développent au niveau du sol (hémicryptophyte), fleurit, en général, de juillet à octobre.

Photo: Fr. Hela, Durnal (zone forestière de l'Herbois), 16 Septembre 2014

 

 

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La Scabieuse colombaire, Dipsacacée thermophile des pelouses sèches et parfois des rochers, préfère les substrats calcaires. Elle fleurit aussi de juillet à octobre.

Photo: Fr. Hela, Anhée-Onhaye (Carrière des Roches de Salet et Dazia), 27 Juillet 2013

 

 

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La Knautie des champs fleurit de juin à septembre dans les prairies, les friches et sur les talus. C'est une espèce thermophile plutôt calciphile (croissant de préférence sur des substrats contenant du calcaire).

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 6 Juin 2014

 

 

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Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2014

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Photo: Fr. Hela, Evrehailles (vallée du Bocq), Juillet 2014

Le Genre Dipsacus fait aussi partie de la Famille des Dipsacacées. La première photo montre le Cabaret des oiseaux (Dipsacus fullonum) et, la deuxième, la Cardère velue (Dipsacus pilosus).

 

D'après M. Tanghe (2000), Succisa pratensis fait partie du groupe socio-écologique appelé Molinion caeruleae qui comprend des prairies fauchées, non amendées, ni fertilisées, sur sols à régime hydrique alternatif sec-humide, minéral ou tourbeux, et oligotrophes (pauvres en azote minéral et surtout en phosphore).

 

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La tige de la Succise des prés est dressée et se ramifie dans le haut. Elle est pleine, de section ronde, et poilue.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 10 Septembre 2013

 

En Wallonie, toujours d'après cet auteur, la Succise des prés est une composante d'une association végétale des prairies assez maigres sur substrats argileux (argilicole) qui supporte des sols dont la teneur en eau est fluctuante (poïkilohygrophile). Cette association manifeste une tendance pour des substrats acides ou pour des sols à pH neutre (acido-neutrocline). Ces prairies moyennement hautes et fermées sont constituées de graminées ou de plantes ayant le port de celles-ci (Joncacées, Cypéracées), mais riches en Dicotylédones à la floraison voyante (Astéracées, Fabacées, Apiacées, ...).

 

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Photo: Fr. Hela, Gesves (Bois de Gesves), 24 Août 2014

Les feuilles de la Succise des prés sont opposées, avec une base engainante (par soudure des deux bases opposées). Elles sont simples, entières, lancéolées ou oblongues, pétiolées avec une base en coin. Le limbe est mince, avec un bord irrégulièrement denté et un sommet pointu. Les deux faces sont poilues. Celles de la base sont en rosette.

 

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Photo: Fr. Hela, Durnal (Herbois), 5 Juin 2012

 

Cependant, on peut aussi rencontrer la Succise dans les coupes ou au bord des sentiers forestiers, surtout sur des sols imperméables et acides, souvent en compagnie de la Molinie (Molinia caerulea), Poacée formant des touffes (cespiteuse), entre autres, dans les tourbières en voie d'assèchement, sur le plateau fagnard par exemple. A Yvoir, Succisa pratensis se rencontre çà et là en bordure de chemins forestiers, notamment en forêt domaniale de Tricointe et dans la zone forestière de l'Herbois à Durnal, mais jamais en grand nombre. C'est une espèce héliophile et donc présente, en forêt, aux endroits ensoleillés ou de demi-ombre.

 

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Les fleurs de la Succise des prés sont regroupées en capitules isolés ou en groupe lâche. En faitce qui paraît être une fleur unique est en réalité un amas de fleurs élémentaires, regroupées sur un plateau (le réceptacle). Elles sont mauves, rarement roses ou blanches, toutes semblables entre elles, groupées en capitules hémisphériques. Les fleurs possèdent des corolles en tube à 4 lobes bien marqués et 4 étamines saillantes, soudées à la corolle.

Photo: Fr. Hela, Durnal (Carrières du Cul du Four), 16 Septembre 2014

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Les fleurs de la Succise peuvent être blanches, mais cela semble rare.

Photo: Ph. Vanmeerbeeck, Couthuin, 24 Septembre 2013

 

Dans notre commune, les stations les plus remarquables et plus ou moins étendues se situent dans la vallée du Bocq (Durnal) et, plus précisément, dans le fond de certaines carrières désaffectées (Carrières du Cul du Four), sur sols siliceux, argileux ou caillouteux, dont le degré d'humidité est variable. Le substrat géologique semble être constitué de grès du Famennien.

 

Succisa pratensis Durnal 16-09-14 C.JPG

Photo: Fr. Hela, Durnal (Carrières du Cul du Four), 16 Septembre 2014

 

 

Les beautés naturelles de notre région sont variées et, parfois, rares. C'est à nous, naturalistes, de les inventorier afin de mettre au point une action de protection et de sensibilisation. Et puis, on peut rêver peut-être au retour d'un papillon qui, en Wallonie, est considéré comme "en danger critique" et dont la chenille, dans les milieux humides, se nourrit principalement de la Succise des prés ! Je n'ose ici le nommer. C'est le Damier de la Succise (Euphydryas aurinia) !

 

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Photo: J. Reys

 

Documents consultés

 

Goffart Ph.: "Le Damier de la succise Euphydryas aurinia (Rottemburg, 1775)", in Bulletin de la Société Royale Forestière de Belgique - 2005.

Lambinon J. et Verloove F.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines " Ptéridophytes et Spermatophytes - Sixième Edition du Jardin botanique national de Belgique - B-1860 Meise, 2012.

Rameau J.-C., Mansion D. et Dumé G.: "Flore forestière française" - 1 Plaines et collines - Ed. Institut pour le développement forestier (F), 1989.

Tanghe M.: "Groupes socio-écologiques des formations herbacées et sous-arbustives de la Wallonie" - Inédit, 2000.

Tanghe M., Godefroid S. et Vancraenenbroeck M.: "Flore et végétation des bords de routes en Wallonie" Ed. Région wallonne (DGRNE et DNF) - Travaux n°28, 2005.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10/08/2014

La chenille du Sphinx de l'épilobe (Proserpinus proserpina) à Durnal (Yvoir)

A Durnal (Yvoir), le 14 juillet dernier, je me prépare pour une petite exploration dans les environs d'Assesse. Me rendant chez mon voisin pour y chercher mon cyclomoteur, je m'étonne de voir, sur le gravier, une grosse chenille qui déambule. Je la capture. Se sentant menacée, elle se rétracte en se courbant, avec des mouvements saccadés et en rentrant la tête sous les segments thoraciques. Cette attitude provoque chez moi un effet de surprise et elle lui permet, sans doute, de mettre parfois en fuite certains petits prédateurs, comme des oiseaux de petites tailles.

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Photos: Fr. Hela, Durnal (Yvoir), 14 Juillet 2014

 

Il s'agit de la variante foncée de la chenille du Sphinx de l'épilobe (Proserpinus proserpina) arrivée au terme de sa croissance. Elle est probablement en route pour chercher un lieu propice à la nymphose, soit sous terre ou sous des feuilles! Normalement, son activité est nocturne. La journée, elle se cache dans la litière végétale ou sous de grosses pierres et ne part en quête de nourriture qu'une fois la nuit tombée. Cette année, des observations diurnes sont néanmoins assez fréquentes. Elle se nourrit de différentes espèces d'épilobes, en particulier, du feuillage de l'Epilobe en épi, appelé parfois "laurier de Saint-Antoine" (Epilobium angustifolium) et de l'Epilobe hérissé (Epilobium hirsutum). Certains auteurs mentionnent aussi des espèces d'autres Genres, comme la Salicaire commune (Lythrum salicaria) ou l'Onagre bisannuelle (Oenothera biennis).

 

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L'Epilobe en épi (Epilobium angustifolium) est une Onagracée assez abondante chez nous, dans les coupes et lisières forestières, les prairies humides non fauchées, certains terrains vagues et sur des talus. Elle fleurit en Juillet et en août.

Photos: Fr. Hela, Yvoir Juillet-Août 2014

 

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L'Epilobe hérissé (Epilobium hirsutum) fleurit de juin à septembre au bord des eaux, dans les fossés et friches humides.

Photo: Fr. Hela, Profondeville, Août 2013

 

Notre chenille, longue de 5 à 6 cm, est cylindrique, de couleur gris-brun avec des dessins noirs sur fond plus ou moins clair. Contrairement à d'autres chenilles de sphinx, les lignes obliques des flancs, passant à la hauteur des stigmates (ouvertures respiratoires), partent de haut en bas et vers l'arrière du corps. De plus le huitième segment abdominal porte une sorte de bouton (verrue boutonnière) jaune, légèrement surélevé, présentant un point central noir.

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On voit bien ici les lignes noires sur fond blanchâtre dirigées vers l'arrière du corps, les stigmates et la verrue boutonnière sur le huitième segment abdominal.

Photo: R. De Vléminck, Profondeville, 25 Juillet 2014

 

En général les chenilles de nos Sphingidés, "papillons nocturnes" (Hétérocères), ont, à cet endroit, une corne plus ou moins courbée dont on ne connaît pas vraiment le fonction.

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En général, les chenilles de nos Sphingidés possèdent sur le huitième segment une corne, bien visible ici sur cette chenille du Sphinx du troène (Sphinx ligustri).

Photo: D. Claude, Natoye, 2 Septembre 2013

 

Mais revenons à mon observation du 14 juillet. Après avoir déposé la chenille dans sa posture de défense, j'ai attendu quelques secondes avant qu'elle reprenne sa pose initiale allongée. C'est à ce moment que j'ai pu voir sa tête protégée par une paroi externe grise, appelée capsule céphalique.

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Photo: Fr. Hela, Durnal (Yvoir), 14 Juillet 2014

 

Les trois segments thoraciques qui suivent possèdent, chacun, une paire de pattes articulées (vraies pattes) qui interviennent plus dans la préhension que dans la locomotion. Ensuite, sous chacun des segments trois à six de l'abdomen et sous le dernier (dixième segment), on pouvait observer une paire de fausses pattes, organes assurant la fixation et le déplacement de la chenille.

 

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Dessin extrait de l'ouvrage collectif "Les papillons et leurs biotopes" Volume 2 - Groupe de travail des lépidoptéristes - Pro Natura - Ligue suisse pour la protection de la nature, Bâle 1999.

 

 

Le Sphinx de l'épilobe hiverne à l'état de chrysalide. L'imago ou insecte parfait apparaîtra aux environs de la mi-mai et volera jusqu'à la fin du mois de juin, aux endroits où poussent les plantes nourricières de la chenille, notamment dans les lieux ensoleillés mais humides, à proximité de cours d'eau, de fossés, de mares, mais aussi dans les carrières, en marge des forêts humides, dans les terrains vagues et les formations végétales à hautes plantes des zones marécageuses, comme les mégaphorbiaies. Il ne vole que durant peu de temps au crépuscule et visite, avec sa longue trompe, de nombreuses fleurs qui dégagent un parfum très attirant, dont le Chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum), la Vipérine (Echium vulgare), les Sauges (Salvia spec.), ... Pour butiner, les Sphinx ne se posent pas sur les fleurs, mais font du surplace devant elles à la manière d'un colibri.

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Le Sphinx de l'épilobe (imago)

Photo: Ph. Vanmeerbeeck, Furfooz, 1 Juin 2014

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Les fleurs odorantes du Chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenumsont très attractives pour nos sphinx.

Photo: Fr. Hela, Dorinne (Yvoir), 5 Juillet 2014

 

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Certaines chenilles de Sphingidés, comme celle du Sphinx du troène, prennent une posture de repos caractéristique qui rappelle vaguement la forme du Sphinx égyptien, d'où le nom de Famille (Sphingidés). Le nom "sphinx" apparaît pour la première fois chez René Antoine Ferchault de Réaumur (1683-1757) qui l'a employé pour désigné le Sphinx du troène. Carl von Linné (1707-1778) a par la suite adopté ce nom pour le Genre.

Photo: Christian Meyer, 17 Septembre 2012 - www.flickr.com

 

 

 

 

09/07/2014

Découverte de l'Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis) à Tricointe (Yvoir)

Certaines de nos Orchidées apprécient les milieux stables (coteaux, prairies de fauches, pelouses calcaires, landes, ...) qui peuvent être maintenus par les activités humaines séculaires tels que le pâturage extensif et la fauche des prairies. Elles aiment les endroits pauvres où les amendements sont rares ou complètement absents et se rencontrent souvent sur les terrains calcaires et les prairies sèches ou humides qui répondent à ces caractéristiques. La pauvreté des terrains est donc synonyme de richesse naturelle et de biodiversité ! Ainsi, le 9 juin de cette année,  je visitais à nouveau une petite prairie de fauche mésophile à Tricointe (Yvoir) dans laquelle j'avais observé l'an dernier de nombreux Ophrys abeilles (Ophrys apifera), ce qui a fait d'ailleurs l'objet d'une note  sur ce site, en date du 2 août 2013. Les Ophrys étaient encore plus nombreux que l'année précédente, mais quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis) en pleine floraison au milieu des Centaurées jacées (Centaurea jacea s.l.) !

 

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 9 Juin 2014

Espèce principalement héliophile (vivant en pleine lumière), Anacamptis pyramidalis fleurit de mai à août. En Belgique, on le rencontre çà et là , dans les pelouse et prairies sèches, les friches et, même, dans les dunes fixées, sur des sols riches en calcaire. D'après J. Lambinon et F. Verloove (2012), cette orchidée est rare à très rare dans notre pays, mais semble cependant en expansion, colonisant volontiers des biotopes créés ou remaniés par l'homme. Elle s'y révèle toutefois fugace. C'est un taxon méditerranéo-atlantique qui s'étendrait du Maroc à la Caspienne et aux îles de la Baltique (P. Delforge, 1994).

 

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Anacamptis pyramidalis affectionne les pelouses sèches sur calcaire, comme celles de la réserve naturelle de Devant-Bouvignes, à Dinant.

Photo: www.fr.wikipedia.org

 

L'Orchis pyramidal est une plante vivace, de 25 à 50 cm de hauteur. Sa tige dressée est assez grêle, un peu flexueuse et glabre. Il présente 4 à 10 feuilles alternes, simples, entières, lancéolées et non pourvues d'un pétiole. Celles de la base sont nettement rapprochées et les caulinaires (feuilles de la tige) sont engainantes, de plus en plus petites vers le haut de la hampe. Les nervures sont parallèles (Monocotylédone).

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L'aspect "pyramidal" de l'inflorescence se remarque en début de floraison, mais devient  vite conique, voire cylindrique.

L'inflorescence en épi est dense et conique, longue de 3 à 12 cm, à fleurs assez nombreuses. Souvent rougeâtres ou violacées, des bractées lancéolées, à la base des fleurs, égalent l'ovaire ou sont un peu plus longues que lui. 

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On peut remarquer sur cette photo, les bractées (petites feuillesà la base des fleurs, un peu colorées de rougeâtre et masquant les ovaires.

 

Les fleurs, groupées en épi, sont petites, largement ouvertes, de couleur rose à rose violacé, parfois blanche.

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 9 Juin 2014

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Photo: Peter Zschunke

 

Chez les orchidées, les fleurs sont formées de six éléments dits "pétaloïdes", dans lesquels on ne distingue pas véritablement de pétales ou de sépales, même si certains d'entre eux sont verts. L'ensemble constitue le périanthe. Il est organisé en deux groupes. Les trois éléments extérieurs équivalent aux sépales et les trois intérieurs aux pétales. L'élément intérieur dirigé vers le bas est très différent des autres, c'est le labelle !

 

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Les différents éléments d'une fleur d'Orchis pyramidal.

 

Le labelle de notre Orchis pyramidal est profondément trilobé, à lobes de longueur presque égale, pendant par torsion de l'ovaire. Il est muni d'un éperon, long de 3mm, orienté vers le bas, filiforme, grêle et arqué, aussi long que l'ovaire. Ce labelle présente à sa base deux lamelles saillantes plus ou moins parallèles.

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Photo: www.fr.wikipedia.org

 

La pollinisation est effectuée par des Lépidoptères (Hétérocères et Rhopalocères) qui visitent plutôt des orchidées à longs éperons tubuliformes. Leurs trompes longues et fines sont "guidées" vers l'entrée de l'éperon contenant le nectar par ces lamelles situées à la base du labelle.

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Pollinisation de la fleur d'Anacamptis pyramidalis par un papillon

67. Le papillon vient aspirer le nectar de la fleur - 68. Les pollinies (*) adhèrent sur sa trompe. 69. Lorsque l'insecte visitera une autre fleur, les pollinies se courberont vers l'avant pour déposer du pollen sur le stigmate. C'est la pollinisation croisée !

(*) Chez les Orchidacées, masses de pollen aggloméré, qui peuvent être transportée en bloc par les insectes.

 

Voici, pour terminer cette note, quelques papillons observés sur le site de la découverte, à Yvoir (Tricointe), repris, parmi d'autres, dans une liste des pollinisateurs potentiels de l'Orchis pyramidal, d'après M. Bournérias et al. (1998).

 

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La Doublure jaune (Euclidia glyphica), Noctuidé volant le jour.

Photo: Fr. Hela, Spontin, 25 Mai 2014

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Le Cuivré commun (Lycaena phlaeas), Lycaenidé

Photo: Fr. Hela, Sosoye, 31 Juillet 2011

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Le Demi-Deuil (Melanargia galathea), Nymphalidé

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 12 Juillet 2012

 

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La Divisée ou Phalène blanche (Siona lineata), Géométridé volant le jour

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 23 Mai 2014

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Zygène de la Filipendule (Zygaena filipendulae), Zygaenidé volant le jour

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juin 2011

 

Bibliographie

Bournérias M. et al.: "Les Orchidées de France, Belgique et Luxembourg" - ouvrage collectif sous l'égide de la Société Française d'Orchidophilie - Collection Parthénope, Paris 1998

Clément J.-L.: "Connaissance des Orchidées sauvages " Ed. La Maison rustique, Paris 1978

Delforge P.: "Guide des Orchidées d'Europe, d'Afrique du Nord et du Proche-Orient", Ed. Delachaux et Niestlé, 1994

Lambinon J. et Verloove F.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines" Sixième édition - Ed. du jardin botanique national de Belgique, B-1860 Meise, 2012

Ouvrage collectif: "Spécial Orchidées", in "Le Courrier de la Nature" n°189, Janvier 2001, édité par la Société nationale de protection de la nature (F)

Tyteca D.: "Les orchidées des pelouses calcaires - 2, in "Réserves Naturelles", 1983

 

 

 

16/06/2014

Le retour d'Oriolus

En cette matinée du 22 mai 2014, l'idée me prit de rejoindre la vallée du Bocq par le "Bas Sties". Un besoin de quiétude, de lumière, de chaleur, de ciel et d'eau m'envahissait. La seule façon, pour moi, de rejoindre ma nature profonde et de faire le vide, c'est le non-humain ! Ainsi, à partir de la petite route qui traverse des terres vouées à la culture intensive, je me dirige à présent vers la forêt de chênes. A son approche, dans une clairière, j'observe un pouillot fitis qui chante à gorge déployée et les évolutions sonores d'un pipit des arbres. Ce dernier s'élève dans l'azur, puis redescend en vol parachuté pour se poser finalement sur une branche de la lisière, tout en chantant avec conviction. Là ! Des sifflements mélodieux me parviennent de la chênaie: "didelio...didlio...didelio..."! Pas de doute ! Pour mon grand bonheur, le soleil a engendré Oriolus ! L'astre du jour joue dans l'enchevêtrement des feuilles, assez mobiles grâce à la légère brise. Dans les cimes chaudes, Oriolus, fils du soleil, lance, en cette matinée prometteuse, ses modulations musicales, limpides et flûtées. Sa musique me remplit d'une joie indéfinissable mais, pour le voir quelques instants, il faudra m'armer de patience ! Mais, à propos, qui est Oriolus ? C'est un être de lumière et d'ombre, un oiseau lumineux et invisible, de la taille d'une grosse grive draine, appelé Loriot d'Europe (Oriolus oriolus). Son chant, avec un peu d'habitude, est assez facile à imiter et notre conversation durera une bonne vingtaine de minutes. Là-bas ! Il est là maintenant sur cette branche morte, devant moi !

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Je peux enfin admirer ce magnifique mâle au plumage d'or contrastant avec le noir des ailes. Cette rencontre durera moins d'une minute, mais quel instant inoubliable !

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Photo: Niraj V. Mistry - www.oiseaux.net

 

Le Loriot est l'oiseau du feuillage. Sa "naissance", son retour coïncide avec le développement de celui-ci, au beau mois de mai. Invisible et insaisissable la plupart du temps, on pourra, avec un peu de chance, l'apercevoir lorsqu'il traverse soudainement, d'un vol rapide, un espace libre entre les arbres ou lorsqu'il se poste furtivement en lisière de forêt. L'éclat de sa voix lui a valu, dans certaines langues, des noms originaux: Golden Oriole en anglais, Pirol en allemand, Rigogolo en italien, Oropendola en espagnol, ... Le chant du mâle est composé souvent de quatre notes flûtées avec certaines variantes. Il émet aussi de temps en temps des sons nasillards, sans harmonie, qui surprennent l'observateur. Ceux-ci, paraît-il, sont poussés par les deux sexes, surtout dans l'inquiétude.

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Le Loriot d'Europe fait partie de la Famille des Oriolidés, comprenant des espèces qui habitent, pour la plupart, l'Ancien Monde, et surtout l'Afrique. En Europe, il est le seul représentant de cette Famille. S'il est difficile de repérer le mâle dans la verdure de la sylve, il est encore plus aléatoire d'y chercher une femelle verte et jaunâtre dessus, avec des ailes brunes et le dessous clair. Les jeunes sont revêtus de couleurs aussi sobres et n'attirent guère l'attention.

 

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Une femelle

Photo: Marie-Andrée et Thierry Bécret - www.oiseaux.net 

 

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Voici un Loriot juvénile

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

D'après P. Géroudet, le Loriot passe sa vie dans les arbres et descend rarement au sol, où il se déplace par bonds.

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Lorsque le Loriot passe d'un massif forestier à un autre, c'est d'un vol rapide, marqué par de longues ondulations.

Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora

 

En Wallonie, le Loriot s'installe d'habitude dans les forêts de feuillus plus ou moins humides. D'après B. Gauquie et J.-P. Jacob, il recherche des boisements à la canopée assez continue et bien développée, dans lesquels il chasse la plupart du temps. Les formations alluviales naturelles devenues rares, on va trouver notre oiseau dans des peupleraies, des chênaies sur sols frais, des bandes boisées au bord de rivières ou de marais; la présence de grands saules blancs (Salix alba) et de peupliers trembles (Populus tremula) semble attractive, pour ces deux auteurs. Dans la vallée de la Haine, les boulaies colonisant les terrils sont également occupées par l'espèce, surtout si elles sont proches de milieux humides. En Wallonie, le Loriot d'Europe est une espèce assez rare qui montre une certaine diminution depuis quelques années.

 

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En Wallonie, le Loriot d'Europe est un nicheur assez rare. D'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie (Aves, 2010), plus de la moitié de l'effectif se situe en région limoneuse où sont localisées près de 70% des peupleraies. Les plus fortes densités sont atteintes dans le bassin de la Haine, spécialement dans le complexe marécageux d'Harchies- Hensies-Pommeroeul (Bernissart - Hainaut) et bois voisins. Ici, un plan d'eau de ce complexe avec roselière et, dans le fond, une peupleraie.

Photo: Fr. Hela, Bernissart (Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul), 4 Septembre 2013

 

Les insectes fournissent au Loriot la majeure partie de sa nourriture, au printemps: hannetons et autre Coléoptères, chenilles et papillons, Orthoptères, Hyménoptères, ... Il se nourrirait aussi d'araignées et de petits mollusques. Dès que les cerises mûrissent, il cherche des vergers et se délecte de la chair de ces fruits, laissant souvent le noyau à la queue (P. Géroudet, 1998). D'autres fruits sucrés et des baies sont consommés en été, dont les mûres et framboises chez nous et les figues ou dattes en Grèce et en Arabie. En de très rares occasions, le Loriot pratiquerait le vol sur place au-dessus des prairies pour chasser. Il aime boire et se baigner, n'hésitant pas à plonger, les ailes closes, d'un arbre dans l'eau d'une rivière !

 

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Toute intrusion dans son territoire ou à proximité, déclenche une réaction violente du Loriot. L'écureuil qui s'approche, l'épervier, le geai ou la pie bavarde ou tout autres ennemis possibles sont poursuivis avec acharnement et doivent supporter des cris véhéments, pareils à ceux du faucon crécerelle.

Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora

 

A la fin de juillet, de nombreux Loriots nous quittent déjà. Ils s'en vont, et la plupart désertent nos bois humides dans la première moitié du mois d'août. Seuls des isolés s'attardent encore çà et là en septembre et exceptionnellement en octobre. Ils voyagent surtout de nuit, se dirigeant vers le sud et, certains d'entre eux, traversent les hautes cimes des Alpes (d'après P. Géroudet (1998), un oiseau mort a été découvert à 4275 m sur le Finsteraarhorn, point culminant du massif des Alpes bernoises, lors des passages) !

D'après les observations et les reprises d'oiseaux bagués, les Loriots d'Europe occidentale et centrale prennent la direction sud-est par l'Italie orientale et les Balkans. Ils se concentrent alors dans la péninsule et les îles grecques. Là, de fin juillet à septembre, ils s'attardent pour se régaler de figues et acquièrent des réserves de graisse suffisantes pour le reste du voyage. En septembre, ils arrivent en Egypte et en Lybie, d'où ils gagnent, en octobre, leurs quartiers d'Afrique orientale, surtout le Kenya et l'Ouganda; certains atteignent même le Transvaal et le Natal ! Au printemps suivant, ils empruntent, semble t'il, un itinéraire différent: ils abordent la Méditerranée sur toute la largeur des côtes africaines, beaucoup ayant franchi le Sahara en direction du nord-ouest. Progressant sur un large front, ils rallient par échelons leurs lieux de nidification, au mois de mai.

 

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Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

 

Ouvrages consultés:

Gauquie B. et Jacob J.-P.: "Loriot d'Europe, Oriolus oriolus", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie" Edition Aves et Région wallonne, 2010

Géroudet P. et Cuisin M. : "Les Passereaux d'Europe" Tome 2: "De la Bouscarle aux Bruants", Ed. delachaux et Niestlé, Paris, 1998.

Svensson L.: "Le guide Ornitho", Ed. delachaux et Niestlé, Paris, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

06/05/2014

Les Hespéries (Hesperiidae), des petits Rhopalocères ("papillons de jour") particuliers.

Sur le territoire de la Commune d'Yvoir (B), on peut observer, à la belle saison, plusieurs espèces d'Hespéries (Hesperiidae), petits papillons originaux dont l'envergure varie de 2,5 à 3 ou 4 cm. Ils diffèrent beaucoup de tous les autres "papillons de jour", à tel point que, par le passé, certains auteurs les ont réunis aux Sphingidés ("papillons nocturnes" ou Hétérocères - Famille des Sphinx). D'autres auteurs les considèrent comme des "papillons de jour" archaïques.

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Dans notre région, la Sylvaine (Ochlodes sylvanus) est une espèce répandue dans les prairies, les collines calcaires et les lisières de bois. C'est un petit papillon (envergure 28 à 34 mm) très vif restant rarement longtemps sur la même fleur. Sa période de vol s'étend en juin et août.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 11 Juin 2013

 

Les Hespéries présentent une tête et un thorax élargis. Le corps de ces papillons est épais et robuste, si bien que pour pouvoir le porter, ils battent des ailes beaucoup plus rapidement que les autres "papillons de jour", un peu à la façon des Sphinx (L.G. Higgins et N.D. Riley, 1975). Leurs antennes sont très écartées à la base et se terminent en massues épaisses et incurvées, souvent pointues ou recourbées en crochets. Devant chaque œil composé, on observe une petite touffe de poils inclinée. Le thorax, très robuste, abrite de puissants muscles alaires qui permettent le vol rapide et bourdonnant des Hespéries.

 

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L'Hespérie de la mauve (Pyrgus malvae): le robuste thorax et les touffes de poils situés près des yeux sont, entre autres, des caractéristiques externes de la Famille des Hesperiidae.

 

Les Hespéries sont très vives et lestes. Au repos, on constate souvent la position originale des ailes. Les supérieures, étroites, sont dressées et les inférieures s'incurvent légèrement par les bords.

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La Sylvaine (Ochlodes sylvanus)

Photo: Fr. Hela, Sovet (Ciney), 4 Juillet 2013

 

Les ailes triangulaires ou arrondies montrent des nervures qui partent directement de la base de celles-ci ou de la cellule discoïdale (appartenant à l'aire centrale de l'aile), atteignant toutes la costa (bord antérieur d'une aile) ou le bord externe sans bifurcation. De plus, chez les mâles, des taches ou des traits sont visibles sur le dessus des ailes antérieures. A ces endroit, se situent les androconies, écailles odoriférantes de forme et de structure particulières, liées à des glandes sécrétant des phéromones.

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L' Hespérie de la Houlque ou Bande noire (Thymelicus sylvestris): la tache androconiale est ici bien visible chez cet individu mâle.

Photo: Fr.Hela, Evrehailles, 20 Juillet 2013

 

Les chenilles sont cylindriques ou fusiformes. Elles ont une grosse tête accentuée par un cou étroit et elles sont, en général, nues ou faiblement poilues. Pour les espèces européennes dont la biologie est connue, les larves vivent, pour la plupart, entre des feuilles rapprochées qu'elles enroulent et fixent avec des fils de soie. La nymphe, chez le Genre Hesperia en particulier, présente une trompe saillante, ce qui est encore un point de rapprochement entre ces insectes et les Sphinx qui montrent aussi ce caractère.

 

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Chenille de  l'Hespérie de l'alcée (Carcharodus alcaeae): la photo du bas montre la chenille repliant une feuille de guimauve avec de la soie.

Photos: http://www.aramel.free.fr

 

En Europe, il semblerait qu'il existe une quarantaine d'espèces d'Hespéries, de taille plutôt modeste, dont la couleur varie du gris brun à noirâtre au jaune brun ocré. En général, nos Hespéries semblent majoritairement liées à des stations plutôt sèches. La plupart des espèces privilégient les endroits dégagés et, certaines d'entre elles, préfèrent les lisières forestières et les formations arbustives.

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L'Hespérie échiquier ou Hespérie du brome (Carterocephalus palaemon) vole de fin mai à juillet. Elle est liée aux lisières forestières, aux petites clairières ou aux formations arbustives.

Photo: Fr. Hela, Croix-Scaille - Fange de l'Abîme, 17 Juin 2012

 

Voici quelques espèces observées ces dernières année, à Yvoir:

L'Hespérie de la mauve (Pyrgus malvae) (envergure: 22 à 26 mm), vole rapidement près du sol, dans les prairies humides et les coteaux fleuris. Au repos, cette Hespérie se pose souvent sur le sol nu, les ailes redressées. Il y a deux générations, l'une en avril-juin et l'autre en juillet-août. Les plantes nourricières de la chenille sont le Fraisier sauvage (Fragaria vesca), les potentilles et les mauves.

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Photo: Fr. Hela, Yvoir, 27 Avril 2012

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Accouplement

Photo: J. De Muynck, Yvoir (Champalle), 8 Mai 2013

 

L'Hespérie des Sanguisorbes (Spialia sertorius) se distingue immédiatement des espèces du Genre Pyrgus d'après l'ordonnance des points de la face supérieure des ailes antérieures.

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A gauche: face supérieure d'une aile antérieure de Spialia sertorius

A droite: celle du Genre Pyrgus

 

Cette Hespérie est un papillon typique des prairies et des pâturages maigres, ainsi que des pelouses sèches, présentant une végétation lacunaire. On la rencontre d'avril à août. Les plantes nourricières de la chenille sont les pimprenelles, les ronces et les potentilles.

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Photo: J. De Muynck, Yvoir (Champalle), 25 Avril 2014

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 27 Avril 2014

 

Le Point de Hongrie (Erynnis tages) vole dans des habitats ouverts, en mai et juin. Les plantes nourricières de la chenille sont le Lotier corniculé (Lotus corniculatus) et l'Hippocrépide en ombelle ou fer à cheval (Hippocrepis comosa).

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Photo: Fr. Hela, Spontin, 25 Avril 2014

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Photo: Fr. Hela, Spontin, 27 Juillet 2011

 

L'Hespérie de l'alcée ou Grisette (Carcharodus alceae) présente deux générations. La première est plus sombre que la seconde. Elle vole d'avril à août dans des endroits secs et chauds: jardins, carrières, friches ou terrains vagues, pelouses sèches,... C'est une espèce plutôt méridionales. On trouve la chenille sur les mauves (Malva sylvestris, neglecta et alcea), la Guimauve officinale (Althaea officinalis) et même sur la Rose trémière (Alcea rosea).

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Photo: Jacques Bultot, Ransart, 29 Juillet 2013

 

L'Hespérie du dactyle (Thymelicus lineola) (envergure: 24 à 28 mm) se distingue de l'Hespérie de la Houlque (Thymelicus sylvestris), notamment, par la coloration noire du dessous des massues terminant les antennes. Elle vole de mai à août dans les prairies fleuries. Diverses graminées constituent la nourriture de la chenille.

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Photo: Marc Walravens, Herbeumont, 19 Juillet 2013

 

L'Hespérie de la houlque ou Bande noire (Thymelicus sylvestris) (envergure: 26 à 30 mm) est souvent plus commune que l'Hespérie du Dactyle. Elle apparaît, de juin à août, dans des milieux très divers, qu'ils soient secs ou humides, en terrains ouverts, exposés au sud et jouissant d'un ensoleillement moyen à fort. Comme l'espèce précédente, les plantes nourricières de la chenille sont diverses graminées.

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Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 20 Juillet 2013

 

Bien qu'un peu plus grande, l'Hespérie de la Houlque ressemble fort à l'Hespérie du dactyle, mais la face inférieure des massues, au bout de ses antennes, est brun orange. Chez les mâles des deux espèces, les taches androconiales sont disposées de manière légèrement différente, sur le dessus des ailes antérieures. 

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Dessus des ailes antérieures des mâles des deux espèces:

A gauche: Thymelicus sylvestris mâlela partie inférieure de la tache androconiale (en général, toujours présenteforme un léger angle.

A droite: Thymelicus lineola mâle: la partie inférieure de la tache androconiale (celle-ci peut manquer chez les individus aux dessins peu marquésforme un angle plus accusé.

 

La Virgule ou Comma (Hesperia comma) (envergure: 28 à 30 mm) apparaît, en juillet et août, surtout sur les pentes des prés secs et maigres, parfois dans les prairies et les pâturages maigres un peu humides. Volant très rapidement, elle visite très fréquemment les scabieuses, les centaurées, les cirses et chardons, l'origan (Origanum vulgare), ainsi que l'Eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum). 

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Hesperia comma Sclaigneaux 8-08-13 Jacques Franchimont.jpg

La Virgule ou Comma (Hesperia comma) porte toujours, sur le dessous des ailes postérieures, des taches blanches ou jaune clair qui se détachent nettement du fond. Sur le dessus des ailes antérieures, le mâle porte une tache androconiale en forme de virgule, parsemée d'argent.

Photos: Jacques Franchimont, Sclaigneaux, 8 Août 2013

 

La Sylvaine (Ochlodes sylvanus) vole, en principe, de juin à août. Sa présence est surtout liée aux lisières des forêt et aux haies offrant un vaste éventail de fleurs. Les prairies et les pâturages secs ou humides, exploités de manière extensive, les talus de route bien fleuris, les clairières et bords de chemins ensoleillés, à la végétation diversifiée, les berges fleuries des ruisseaux et rivières, les terrains en friche et, même, des jardins aux espaces naturels préservés, constituent autant d'endroits où l'on peut observer cette espèce. La chenille de la Sylvaine se nourrit de diverses graminées (Bromus erectus, Dactylis glomerata, Lolium perenne, Brachypodium sylvaticum, ...).

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Un mâle d'Ochlodes sylvanus: le milieu des ailes antérieures est à dominante orange et les bords sont brunâtres. Les taches androconiales sont noir uni.

Photo: Fr. Hela, Spontin, 25 Mai 2014

 

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Les taches du dessous des ailes postérieures sont mates et ne sont, en général, pas clairement délimitées, contrairement à celles de la Virgule (Hesperia comma) qui sont brillantes, de couleur blanche ou jaune pâle.

Photo: Fr. Hela, Anseremme, 23 Juin 2013

 

Bibliographie:

Carter D.-J. et Hargreaves B.: "Guide des chenilles d'Europe", Ed. Delachaux et Niestlé, 1988.

Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1988.

Groupe de travail des lépidoptéristes: "Les Papillons et leurs biotopes" Vol. 2, Ed. Pro Natura - Ligue Suisse pour la Protection de la Nature, 1999.

Novàk et al.: "Papillons d'Europe", Ed. Bordas, 1983

Whalley P.: "Papillons", Ed. Arthaud, 1989

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

17/03/2014

Des Cigognes blanches (Ciconia ciconia) en passage à Durnal (Yvoir) !

Durnal (Yvoir), ce 16 mars 2014.

Il est 8h30, lorsque j'emprunte, à la sortie du village, la petite route qui conduit au point de vue sur Maillen et Jassogne (Assesse).  La lumière rasante éclaire ce doux  paysage que j'affectionne particulièrement et qui est composé de prés déjà bien verts et de haies.

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Photo: Fr. Hela, Durnal, le 16 Mars 2014

 

Quatre hérons cendrés volent ensemble, avec d'amples battements d'ailes, puis, une grande aigrette solitaire, blanche dans le bleu du ciel, se dirige vers le nord-est. Arrivé au point de vue, à la lisière de la forêt, des grives litornes, en halte migratoire, parcourent un pré à la recherche de quelques vers, en compagnie d'étourneaux sansonnets. Le bruant jaune chante à ma droite au sommet d'un buisson. La grive draine et la musicienne font de même dans la forêt proche. Quatre geais des chênes vont vers le bois en poussant des cris rauques !

Tout-à-coup, venant de je ne sais où, cinq Cigognes blanches silencieuses tournent dans l'azur, au-dessus de ma tête. Visiblement, les grands oiseaux sont en quête d'une ascendance thermique, un "ascenseur aérien" sans lequel elle ne pourrait voyager sur de longues distances sans trop se fatiguer. Ma journée débute fort bien ! Que du bonheur !

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Photo: Fr. Hela, Durnal, 16 Mars 2014

 

Comme les oiseaux de proies, les cigognes pratiquent le vol à voile, lors de leurs déplacements. Elles s'efforcent au plus vite de planer. Dans le groupe, des éclaireuses essaient de repérer une bulle d'air chaud, un bon "thermique" qui puisse faire monter la troupe jusqu'au ras des nuages.

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Photo: Fr. Hela, Durnal, 31 Août 2006

 

Imaginez le magnifique panorama que l'on peut observer de la petite route et que le soleil commence à réchauffer à cette heure !

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Photo: Fr. Hela, 16 Mars 2014

 

Après plusieurs tentatives pendant cinq bonnes minutes, nos cigognes ne vont pas prendre cette fois beaucoup d'altitude. Elles tournoient au-dessus de moi, les grandes ailes rectangulaires tendues, comme celles des planeurs. Le thermique  ne semble pas assez efficace. Voilà qu'elles s'en vont maintenant vers le nord-est ! Sur leur route, elles feront fort probablement d'autres essais plus porteurs !

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Photo: Michel Gillard, Habay-la-Neuve, 15 Mars 2013

 

Les différents éléments du paysage ne profitent pas de façon identique des rayons du soleil. Certains absorbent tout, d'autres renvoient, un peu à la manière d'un miroir, une grande partie des rayons vers le ciel. Au-dessus de ces derniers éléments, l'air se réchauffe. Si bien que, juste à la verticale d'un champ bien exposé, d'une carrière, de rochers, d'une friche bien sèche, de toits écrasés de soleil d'un petit village, ... voici une immense cloque d'air chaud qui se forme bientôt. Cette bulle transparente, capable, dans certains cas, d'atteindre un ou deux kilomètres de diamètre, enfle de minute en minute. Soudain, l'énorme globe d'air chaud se détache du sol et commence à monter dans le ciel, comme une montgolfière. Il est devenu ce qu'on appelle un thermique, ou encore, une ascendance.

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Photos: Fr. Hela, Durnal, 16 Mars 2014

 

Arrivées à une grande hauteur, nos cigognes venant d'Afrique, quitteront ce thermique et se laisseront glisser sur des kilomètres. Au bout d'un temps variable, elles devront retrouver une nouvelle colonne d'air chaud pour continuer leur voyage, et ainsi de suite, pendant parfois plus de 6000 kilomètres, du Cameroun jusqu'aux Pays-Bas, au Danemark ou, peut-être, jusqu'en Allemagne, où l'effectif des populations d'oiseaux nicheurs a régulièrement augmenté depuis 1975, grâce à des programmes de protection et de réintroduction.

 

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Photo: Didier Vieuxtemps, Saint-Hubert, 6 Août 2013

 

Actuellement, l'observation de ces cigognes blanches à Durnal correspond à la migration prénuptiale. Fin de l'été, elles repasseront au-dessus de nos têtes, lors de la migration postnuptiale qui débute  en juillet et atteint son maximum dans la seconde quinzaine d'août et se poursuit quelque peu en septembre. Sur leur trajet aller et retour, elles font des haltes pour reprendre des forces ou lorsque les conditions météorologiques sont moins favorables. C'est ainsi qu'elles apparaissent çà et là dans nos régions, lors de ces migrations, dans une prairie ou un terrain agricole, mais aussi sur le toit d'une maison ou sur les lampadaires routiers ou autoroutiers !

 

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Photo: Didier Vieuxtemps, Saint-Hubert, 6 Août 2013

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Photo: Patrick Evrard, Sart-Bernard, 28 Août 2010

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Photos: Didier Vieuxtemps, Saint-Hubert, 6 Août 2013

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Photo: Fr. Hela, Chassepierre, 20 Mai 2013

 

Pour passer d'un continent à l'autre, les cigognes blanches des régions occidentales de notre continent passent par le détroit de Gibraltar, tandis que celles de l'Est de l'Europe, beaucoup plus nombreuses, migrent par le Bosphore. Elles hivernent en Afrique occidentale, entre la zone désertique et celle des forêts tropicales, du Sénégal au Soudan (Géroudet, 1978).

 

 

 

 

04/02/2014

Le ciel sur la terre !

 

"Et incarnatus est", page musicale de la Messe en ut mineur que W.A. Mozart ne put achever, est une des plus belles musiques que je connaisse. Comme l'écrit justement Eric-Emmanuel Schmitt, ce chant s'élève vers le ciel, au-dessus de cette terre. C'est un chant heureux, reconnaissant, pur, sans cesse renouvelé, un vol d'alouette dans l'azur. L'alouette des champs, oiseau des plaines offertes au vent et des étendues cultivées, monte à la verticale dans l'azur, les ailes vibrantes, en chantant sans cesse pour célébrer le jour qui pointe, la rencontre du ciel et de la terre.

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Elle appelle la voie céleste pour qu'elle vienne rejoindre la surface du sol ou se mirer dans les eaux tremblantes, ondulantes ou courantes. Là-bas, entre ciel et terre, dans nos campagnes, le chant de l'alouette montera partout, lors des journées ensoleillées du printemps avenir.

 

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DurnalCampagne vers Spontin

Photo: Fr. Hela, Durnal, 6 Juin 2013

 

L'alouette des champs semble renaître chaque année de la terre nourricière et exprime la beauté de la vie primordiale. Le minuscule corps de cet oiseau devient semblable à celui du violon. Il résonne et, en l'écoutant, je tressaille chaque fois.

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Photo: http://www.deryabina.ru

 

C'est exactement, cette même impression que j'éprouve lorsque Maria Stader interprète "Et incarnatus est". Comme l'Alouette, sa voix s'attarde, suspendue, et s'envole. Ce n'est plus une voix, ce sont des ailes ! C'est une brise harmonieuse qui m'emmène au-delà des nuages. William Blake écrira à propos de l'alouette : "Sa petite gorge travaille sous l'inspiration; chaque plume de sa gorge, de sa poitrine et de ses ailes vibre de l'effluence divine. Toute la nature l'écoute en silence, et le redoutable soleil reste immobile sur la montagne, en regardant ce petit oiseau avec tendre émerveillement et humilité, avec amour et vénération."

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Photo: http://www.arthurgrosset.com/europebirds/skylark.html

 

Par ses vibrations et la beauté de ses sons, le chant de l'alouette encourage les herbes à croître. Soudain, les graines des fleurs des champs, qui somnolaient dans l'ombre de la terre se déploient et tout verdoie.

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Le mouron des champs (Anagallis arvensis subsp. arvensis)

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 juin 2011

 

Voici W.A Mozart, encore lui, dans son Andante du Concerto pour piano n°21 ! Le chant de l'instrument monte et descend. Je plane dans la paix et la béatitude. Des ambiances vernales reviennent à ma mémoire et défilent maintenant devant mes yeux. Quelque part en Argonne, région méridionale de la Lorraine française, il est une forêt de hêtres dont le sol brun, recouvert de feuilles mortes, se colore en mai d'un bleu indéfinissable. Le miracle s'y accomplit chaque année. Le ciel rejoint la terre dans un tapis continu composé des corolles bleues des anémones hépatiques (Hepatica nobilis) !

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Photo: http://www.luontoportti.com/suomi/fr/kukkakasvit/anemoneh...

 

Oui, le ciel descend sur terre ! Je vous le jure ! D'ici quelques semaines, allez le voir au pied de nos haies, sous la forme et les couleurs des violettes odorantes ou des lierres terrestres !

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Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 27 Mars 2012

 

A certains endroits, dans les chênaies et frênaies brabançonnes, des milliers de jacinthes des bois remplissent d'azur le sous-bois. Les anémones sylvies étalent des nuages blancs et roses sur le sol de nos sylves.

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Photo: Fr. Hela, Annevoie-Rouillon, 22 Avril 2013

 

Un beau matin printanier, après une belle nuit au ciel dégagé, rendez-vous dans le bois de charmes. Les étoiles se sont déposées sur le tapis de feuilles mortes. Les ficaires y forment des constellations sur la terre.

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Photo: Fr. Hela, Rivière, 11 Mars 2012

 

Au détour d'un sentier, après une giboulée, le ciel apparaît dans la flaque d'eau. Nul besoin de lever le regard, il est là, dans l'eau de l'étang, du lac et de la rivière !

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Photo: Fr. Hela, Marais d'Harchies-Hensies-Pomeroeul, 9 Mai 2011

 

En Zélande néerlandaise, où les fleuves rencontrent la mer, dans les immenses vasières argentées, il se contemple. Lui et la terre ne font qu'un. Les gracieux chevaliers, bécasseaux et autres limicoles parcourent ces étendues et sondent sans cesse la vase du bec. Leurs corps et le firmament se reflètent dans le même miroir. Et si vous n'êtes pas encore convaincu, vous le verrez ce ciel, se mirer à coup sûr, dans les yeux de quelqu'un que vous aimez et qui est rempli de joie !

Voici, en quelques mots, ce qui m'inonde en écoutant ce concerto pour piano de W.A. Mozart. Le printemps est une création qui se renouvelle sans cesse. Durant la longue attente de l'hiver, nous prenons conscience de notre fragilité et, chaque année, comme nous, l'alouette doit peut-être se poser la question avec C.F. Ramuz: "Et si le soleil ne revenait pas ?"

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Cette jeune alouette des champs que j'ai sauvé et remis en liberté a t'elle survécu et chantera-elle ce printemps, dans les campagnes de Dion ?

Photo: Fr. Hela, Beauraing (Dion), 21 Juin 2013

Au mois de mars, dans tous les accents du chant de cet oiseau céleste retentit une tonalité de transcendance et Bachelard se pose les questions suivantes: "Pourquoi une verticale du chant a-t-elle une si grande puissance sur l'âme humaine ? Comment peut-on en recevoir une si grande joie, une si grande espérance ? C'est peut-être, parce que ce chant est à la fois vif et mystérieux."

A ce propos, je dirais volontiers que l'alouette des champs m'envoie le Souffle qui réchauffe mon âme fragile pour que j'ouvre les yeux du cœur et exprime ma gratitude devant tant de trésors et de beautés qui me sont offerts. Le printemps, c'est la fête du Souffle, la renaissance en soi et hors de soi avec tous les êtres et l'univers entier ! Par son chant, l'alouette nous sort de notre torpeur, elle nous relie avec le ciel et la terre. En quelque sorte, l'oiseau nous ramène de la mort à la vie. Je chantonne à présent quelques paroles de Henri Gougaud, d'après un poème de Vitezslav Nezval et mises en musique par Jean Ferrat "Mon chant est un ruisseau") et cela m'inspire. Dans ce monde incertain comme barque qui penche, le chant de l'alouette est un ruisseau, son chant est une mûre !

 

François Hela

 

 

 

 

 

 

 

 

20/01/2014

Découverte du Tamier commun (Tamus communis), sur le site des Rochers de Faulx (Yvoir)

 

 Le 13 janvier dernier, par une journée presque printanière, je décide d'explorer les alentours des Rochers de Faulx, appelés aussi "Rochers de Fidevoye ou du Paradou". Une partie de ce site est utilisé pour la pratique de l'escalade. Au nord-est de Hun-sur-Meuse, ces rochers émergent du versant droit de la Meuse et sont constitués de calcaires du Frasnien (382 à 372 Ma), premier étage géologique du Dévonien supérieur, dans l'ère Paléozoïque.

 

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Les Rochers de Faulx, à Yvoirà droite de la photo, on peut remarquer une zone plus boisée avec des buis (Buxus sempervirens) en sous-bois.

Photo: L. Dejonghe

 

Les dalles fréquentées par les escaladeurs sont assez nues et peu de plantes rupestres y subsistent. Sur la partie droite de la formation rocheuse, un passage très chaotique a été créé entre le rocher et la buxaie (zone à buis - Buxus sempervirens). C'est à cet endroit que je découvre de longues tiges jaunies d'une plante grimpante, accrochées à quelques arbustes et portant encore des baies rouges. Pas de doute, il s'agit bien d'un Tamier commun (Tamus communis), plante rare dans notre région !

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A cette période de l'année, le Tamier commun (Tamus communis) a perdu son feuillage et n'est plus repérable que par ses fruits.

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Photos: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Faulx), 13 Janvier 2014

 

La seule station proche que je connaisse, en dehors de celle-ci, se trouve à proximité de pelouses xériques des rochers calcareo-schisteux, sur la Tienne de Rouillon ou Mont Pelé (Rouillon-Rivière), sur les communes d'Anhée et de Profondeville, sur la rive gauche de la Meuse.

 

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Photo: Fr. Hela, Tienne de Rouillon (Profondeville), 23 Mai 2011

 

Le Tamier commun est un géophyte, c'est-à-dire subsistant, durant la mauvaise saison, grâce à son organe souterrain, un rhizome tubéreux. C'est une plante vivace à tiges grêles, grimpantes et volubiles pouvant atteindre trois mètres de longueur, qui s'enroulent autour d'un support dans le sens des aiguilles d'une montre. Ses feuilles alternes sont cordées à la base, pointues et luisantes.

 

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Extrait de http://fr.wikipedia.org

 

Les fleurs vert jaunâtre apparaissent de mai à juillet, à l'aisselle des feuilles. Elles sont unisexuées. Les fleurs mâles et les fleurs femelles sont portée par des individus différents. Le Tamier est donc une espèce dioïque, pollinisée par les insectes

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Photo: Mundo Natural Faluke - http://faluke.blogspot.be

 

Les fruits du Tamier commun sont des baies, de la taille d'un pois, arrondies, rouges à maturité et luisantes. Elles sont toxiques pour l'être humain.

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Photo: Fr. Hela, Roly (Bois Cumont), 30 Septembre 2013

 

La racine du Tamier était utilisée autrefois pour soulager les ecchymoses et blessures (cataplasmes de feuilles ou de tranches de racines), d'où le nom cocasse d' "Herbe aux femmes battues" qu'on lui  attribue encore parfois.

 

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Photo: Fr. Hela, Wimereux - Zone boisée des dunes de la Slack - Côte d'Opale (F), Novembre 2010

 

L'étude de fossiles de plantes (la paléobotanique), associée à la géologie, semble montrer que des climats tropicaux et subtropicaux avaient largement dominés dans tout l'hémisphère Nord actuel, pendant la première moitié du Cénozoïque (ère tertiaire). A l'époque, durant la période la plus chaude de l'Eocène ("aube des temps récents"), la végétation avait un caractère tropical, sur les territoires qui forment aujourd'hui l'Europe occidentale. Cinquante millions d'années après, ne subsistent plus, dans nos régions, que quelques représentants de Familles de plantes tropicales, dont les Dioscoréacées, celle de notre Tamier que certain considère comme une "relique de l'ère tertiaire ".

 

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Au Cénozoïque, vers la fin du Paléocène et jusque vers -50 millions d'années, au début de l'Eocène, le climat de la planète devint notablement plus chaud. La végétation de type tropical se répandit, amenant la zone de forêt paratropicale humide au-delà du cercle polaire, ce qui créa l'un des milieux les plus inhabituels de l'histoire de la terre: des jungles au niveau des pôles ! La scène, sur cette représentation, se déroulent dans une forêt marécageuse tropicale du début de l'Eocène, il y a 55 millions d'années, habitée par toute une gamme de mammifères !

Extrait de l'ouvrage "Le livre de la vie", par P. Andrews, M. Benton et al., sous la direction de Stephen Jay Gould

 

Les Dioscoréacées comprennent actuellement six Genres et environs 630 espèces dans le monde, pratiquement toutes originaires des régions tropicales avec quelques espèces en régions tempérées. Exceptés quelques arbustes de petites tailles, la plupart des espèces de cette Famille sont des plantes herbacées vivaces ou des plantes grimpantes, voire arbustives, avec des rhizomes ou des tubercules bien développés. Dans le Genre Dioscora, les tubercules d'environ 60 espèces sont cultivées comme nourriture de base, sous le nom d' "ignames", dans le Sud-Est de l'Asie, l'Afrique de l'Ouest, en Amérique Centrale et du Sud.

 

 

 

 

 

 

 

15/01/2014

L'Hygrophore perroquet (Hygrocybe psittacina), un lutin mycologique aux multiples couleurs

A Tricointe (Yvoir), le chemin herbeux qui mène à l'entrée de la forêt domaniale, traverse d'abord des prés pâturés, où croissent quelques arbres ou arbustes, notamment une aubépine couverte de guis, dans laquelle émerge un églantier. Avant de pénétrer dans la forêt, un point de vue très condruzien s'offre au regard. Le paysage vallonné et les collines boisées aux couleurs automnales m'émerveillent chaque fois.

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Paysage automnal à Tricointe (Yvoir)

Photo: Fr. Hela, 7 Octobre 2012

 

En cette fin du mois d'octobre 2013, le vert pâturage présente de loin, de-ci de-là, de petites taches jaunes luisantes. Intrigué, je franchis la clôture pour examiner ces curiosités. Magnifique ! Ce sont des Hygrophores perroquets, lilliputiens mycologiques, de 2 à 6 cm de hauteur, qui, malheureusement, deviennent rares dans nos prairies trop amendées.

 

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013


Cette observation présente un intérêt non négligeable. En effet, les espèces d'hygrophores apparaissant dans les prairies sont très sensibles à la dégradation du substrat sur lequel ils poussent. Ce sont les hôtes des pelouses et prairies semi-naturelles, non ou peu amendées, en général, sur calcaire. Ils apprécient les températures fraîches, à la fin de la belle saison et jusqu'au début de l'hiver. Cette station d'Hygrophores perroquets confirme la grande richesse naturelle des différentes prairies, aux abords du hameau de Tricointe. Une note à propos de la flore et de l'entomofaune de certaines d'entre elles sera publiée  prochainement sur ce site. L'espèce traitée ici croît souvent en compagnie d'autres hygrophores, entre autres l'Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis var. pratensis), découvert aussi à cet endroit et le même jour.

 

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Je vous invite à rechercher sur ce site une note, parue le 26 janvier 2013, et qui est consacrée à l'Hygrophore des prés.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013

 

Mais revenons à nos Hygrophores perroquets, champignons saprophytes, se nourrissant de débris végétaux herbacés! Le sporophore (partie fertile visible) a un aspect visqueux. La chair est gorgée d'eau, caractéristique partagée avec d'autres espèces et à la base de leur regroupement sous le nom d'hygrophores ou "porteurs d'eau". Avec le temps, le chapeau campanulé s'étale progressivement tout en gardant un mamelon central et, sous l'effet du refroidissement, s'assèche et perd son aspect détrempé.

 

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Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013

 

Les lames assez espacées, adnées ou échancrées, sont jaunes ou verdâtres et le pied, très visqueux, est jaunâtre et à sommet longtemps vert.

 

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Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013

 

Le changement le plus spectaculaire dans la maturation de l'Hygrocybe perroquet concerne sa couleur puisque le nain, au début vert, tourne au jaune, à l'orangé et au rouge, voire même au bleu ou au gris violacé ! L'étonnante diversité de couleurs que présente cette espèce justifie amplement son nom. Ses teintes successives rappellent le plumage bariolé des célèbres oiseaux exotiques.

 

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Photos: Ralph Vandiest, La Hulpe, Octobre 2011

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Photo: Jean-Pierre Dechaume - www.mycodb.fr

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Photo: Daniel Réaudin - www.mycodb.fr

 

 

Les Hygrocybes sont des bio-indicateurs. Dans le Bulletin du Cercle de Mycologie de Bruxelles (tome 22, fascicule 4, page 14)), on peut lire: "Les prés non amendés constituent un élément important du paysage. Malheureusement, ils se raréfient. Les protecteurs de la nature s'en inquiètent. Certains, parmi les mycologues réputés, ont imaginé d'évaluer la "qualité d'habitat" d'un pré par la présence des Hygrocybes. Ceux-ci sont utilisés comme organismes indicateurs de la valeur biologique de l'espace vert considéré." Dans le Magazine couleurs nature (Natagora) de novembre-décembre 2012 (pages 26 et 27), Jean Rommes écrit: "La présence de l'Hygrophore perroquet et de ses cousins permet de localiser des prairies maigres, peu ou pas amendées. Cette fonction d'indicateurs de milieux rares et de grande valeur biologique leur ont valu d'être considérés par certains botanistes comme les "orchidées" des champignons. Pour éviter que leur existence soit mise en péril par la croissance de la végétation environnante, celle-ci doit être maintenue rase par le bétail, les lapins ou le fauchage, ... "

 

 

 

 

 

 

 

22/12/2013

L'automne des Becs-croisés des sapins (Loxia curvirostra)

 

"Tout animal sauvage est une valeur en soi, avec ses mœurs et ses particularités propres."

J. Hurdebise


Ces derniers mois, l'invasion de Becs-croisés des sapins un peu partout dans notre région est évidente. Là-bas, dans le Nord ou l'Est de l'Europe, les épicéas n'ont-ils pas fructifiés assez, cette année ? On pense que ces déplacements seraient souvent liés à un appauvrissement passager en cônes, consécutif à une période riche, et, par conséquent, à un accroissement des effectifs. Quoiqu'il en soit, ce phénomène m'a permis d'étudier plus attentivement les mœurs étonnantes de ces oiseaux originaux ! C'est particulièrement dans un bois de mélèzes en pente, sous l'Airbois à Tricointe (Yvoir) que mes observations comportementales se sont déroulées. Le choix de cet endroit est idéal pour l'observation de ces passereaux, car on peut dominer du regard les houppiers chargés de cônes de ces résineux, à partir d'un chemin de crête entretenu pour la chasse. Durant cet automne, des bandes de 40, 80 à 150 oiseaux ne sont pas rares et jettent leur dévolu, la plupart du temps, sur les mélèzes et, occasionnellement sur des pins. Pourtant, ces nomades ailés sont reconnus pour se nourrir des graines de cônes d'épicéas. Certains les considèrent même comme des spécialistes de cette essence ! Dans notre région, les épicéas n'étaient-ils pas assez porteurs de cônes nourriciers ? C'est bien possible !Loxia curvirostra Mâle adulte R. Dumoulin .jpg

Un Bec-Croisé des sapins rouge brique: un mâle adulte

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


En Condroz, la présence de Becs-croisé des sapins est fluctuante. Certaines années, ils sont pratiquement absents de nos massifs forestiers. Puis, soudain, dès les mois de juin et juillet, jusqu'en décembre et janvier, les cris de ralliement sonores et rudes, que les oiseaux émettent sans cesse en vol, retentissent partout. Des trilles, des ritournelles et des gazouillis se mêlent fréquemment aux "khip ! khip ! khip !" lancés sur un ton élevé. Les voilà qui traversent le ciel d'un vol assez rapide et onduleux ! Une volée d'oiseaux, les uns rouges, les autres verts ou orangés s'abattent sur les petits cônes sombres des mélèzes.

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Une volée de Becs-croisés des sapins, Averbode, Bos en Heide, 29 septembre 2013

Photo: Dieder Plu


Le calme est revenu au sein du petit groupe et, dans le silence, on entend le bruit mat de certains cônes qui tombent au sol. Très actifs, les becs-croisés se livrent maintenant à leurs évolutions parfois acrobatiques. Rien n'est plus comique que de les observer suspendus aux grappes de cônes, se balançant, affairés à l'extraction des graines ailées !

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Une femelle sur un rameau de mélèze chargé de cônes

Photo: René Dumoulin - ww.oiseaux.net


Un mâle, dans son beau plumage rouge, décortique un cône. Il le maintient d'une patte, tandis que de son bec puissant et curieusement croisé, il en fend les écailles.

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Tête, en gros plan, d'un mâle adulte montrant ce curieux bec croisé

Photo: Yves Thonnerieux - www.oiseaux.net


Voici une femelle qui s'envole avec son butin, en le maintenant dans le bec par son pédoncule. Un juvénile court littéralement sur une grosse branche, un cône au bec, pendant que des adultes, en se nourrissant, se suspendent, la tête en bas. Il arrive de temps en temps que certains s'isolent pour une activité particulière. 

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Cet immature chercherait-il des insectes ou des larves ?

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


Tout-à-coup, la bande de Becs-croisés s'envolent avec une rapidité déconcertante et leurs cris emplissent à nouveau les lieux. Mais, après quelques rondes au-dessus de la forêt, ils reviennent progressivement à leurs occupations favorites. A présent, ils paraissent apaisés. Cet envol bruyant et inattendu a-t'il été provoqué par un prédateur ailé rodant dans les parages ? Bref, l'observation de ces oiseaux est un spectacle inoubliable !

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Perchés au sommet d'un petit chêne proche des mélèzes, ces trois Becs-croisés semblent vigilants.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 9 Novembre 2013


L'ingestion de graines de conifères très oléagineuses, obligent nos passereaux à descendre régulièrement au sol, à proximité d'une petite pièce d'eau, située dans une prairie proche de la Ferme de l'Airbois. Ils  s'y désaltèrent et s'y baignent souvent avec délices.

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Photos: R. Pieters, Averbode, Bos en Heide, 26 Novembre 2013


Le bec-croisé des sapins préfère souvent les cônes d'épicéas. Au sol, ils se reconnaissent à leurs écailles fendues longitudinalement.

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 17 Février 2012



02/12/2013

Le Blechnum en épi (Blechnum spicant), une fougère des milieux frais et souvent humides

J'emprunte souvent le chemin forestier partant de Tricointe (Yvoir) et menant aux Fonds d'Ahinvaux. A mi-chemin entre ces deux lieux-dits, apparaît, sur ma droite, une prairie en bordure de laquelle croissent des Genêts à balais (Cytisus scoparius) et des Callunes (Calluna vulgaris), vestiges de landes anciennes. Un Pic noir passe en vol, en criant, et se dirige vers des conifères. Ensuite, le sentier pénètre à nouveau dans la forêt et, cette fois, il est en pente raide. Il est trempé, glissant et caillouteux. La fraîcheur du lieu et la forte humidité qui s'en dégage est surprenante, surtout en été. Peu de lumière arrive au sol et une pessière accentue l'effet obscure de ce coin. Un ravin sombre, à ma droite, est digne de certaines zones de l'étage montagnard, sur les versants nord, dans les Alpes ! Partout, l'eau percole ou suinte entre les roches siliceuses. Sur le talus, au pied des grands épicéas, quelques rayons du soleil parviennent à éclairer des frondes étalées, luisantes et semblant coriaces d'une fougère. Le Blechnum en épi (Blechnum spicant) !

 

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 4 Avril 2011


Le Blechnum en épi est la seule espèce européenne de la Famille des Blechnacées. C'est une fougère dont les frondes (20 à 50 cm) sont rapprochées en touffes, au sommet d'un rhizome (tige souterraine) plus ou moins dressé et court.

 

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale), 3 Mars 2013


Au centre de chaque touffe, on peut observer quelques frondes fertiles, dressées et à pennes très étroites. Tout autour, on remarque des feuilles étalées ou couchées, restant stériles, à limbe coriace, dont les pennes sont plus larges, et de longueur régulièrement décroissante vers le bas. Ces dernières persistent en hiver.

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Le Blechnum en épi sur un talus forestier, dans la vallée du Bocq

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Frondes stériles, coriaces et persistantes en hiver

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Fronde fertile à segments étroits, linéaires, écartés (aspect d' "arête de poisson")

Photos: Fr. Hela, 2013


Les sores (groupes de sporanges, organes dans lesquels se forment les spores) à la face inférieure des frondes fertiles forment un liséré continu parallèle au bord des pennes. 

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Photo: Marianne Horemans


Le Blechnum en épi est une plante vivace dont les bourgeons d'hiver se développent au niveau du sol (hémicryptophyte). Ses nouvelles frondes voient le jour au printemps et il dissémine ses spores en été (généralement chez nous, de juillet à septembre).

 

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Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2013

 

Notre fougère est une plante silicicole qui pousse toujours sur des sols acides. Elle affectionne les forêts fraîches ou humides à humus brut. On la trouve également au bord des ruisseaux acides, dans les tourbières. C'est une espèce qui pousse sur des sols à excès d'eau en hiver et à drainage imparfait (espèce hygrocline). On l'observe parfois au pied de haies et sur les bords de fossés, mais toujours sur des sols décrits ci-dessus. En montagne, le Blechnum en épi se rencontre jusqu'à l'étage subalpin (2400 mètres), dans les landes à rhododendrons, les tourbières ou sur les rochers suintants parmi les mousses.

 

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Photo: Fr. Hela, Vosges (Réserve naturelle de Tanet-Gazon du Faing), 28 Octobre 2013


Dans notre région, il n'est pas très fréquent. Les stations sont peu nombreuses et se situent, entre autres, dans le bas des pentes boisée, sur sols siliceux, en zones ombragées, fraîches et parcourues par de petits ruisseaux, dans la vallée du Bocq.

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Photo: Fr. Hela, Purnode (Vallée du Bocq), 20 Septembre 2012

 




28/11/2013

Le Souci (Colias crocea), un papillon migrateur présent en nombre cette année

Cette année, du mois d'août au mois d'octobre, la présence de nombreux Soucis dans toute la région est remarquée. Ce magnifique papillon aux ailes orange vif marquées de bandes marginales noires fait partie de la Famille des Piéridés comme, entre autres, le Citron (Gonepteryx rhamni), l'Aurore (Anthocharis cardamines) ou les Piérides (Pieris brassicae, napi et rapae).

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Le souci se pose rarement avec les ailes étalées. La plupart du temps, on remarque les couleurs de la face supérieure de ses ailes lorsqu'il est en vol.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois, plateau rocailleux dominant les carrières), 27 Juin 2013


On pouvait l'observer, en vol, rasant les cultures ou les prairies ou, posé, butinant trèfles, luzernes, lotiers et diverses Astéracées. Le 21 septembre, j'ai dénombré au moins une vingtaine de Soucis, dans les prairies de Tricointe (Yvoir), principalement sur divers trèfles, sur des lotiers corniculés (Lotus corniculatus), des pissenlits (Taraxacum sp.) et des léontodons hispides (Leontodon hispidus).

 

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 21 Septembre 2013


Chez le mâle, le noir du bord des ailes de la face supérieure est continu, alors que celui de la femelle s'orne de petites taches jaune pâle, variables en grandeur et en nombre.  Chez certaines femelles (environ 10%), la couleur orange est remplacée par du blanc, parfois légèrement crème (forme helice).

 

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Illustrations d'après les aquarelles de Vlastimil Choc: mâle en haut, femelle en bas.


La femelle pond ses oeufs sur les plantes nourricières de la chenille, c'est-à-dire diverses Fabacées dont les lotiers, les trèfles, la luzerne commune (Medicago sativa) et le Sainfoin ou Esparcette (Onobrychis viciifolia).

 

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Le Lotier corniculé (Lotus corniculatus) à Yvoir (Airbois)

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La Luzerne commune (Medicago sativa) à Crupet (Velnatte)

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Le Trèfle hybride (Trifolium hybridum), à Yvoir (Tricointe)

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L'Esparcette ou Sainfoin (Onobrychis viciifolia) à Dinant (Abords de la carrière des Fonds de Leffe)

Photos: Fr. Hela, 2013


Le Souci est répandu surtout dans la région méditerranéenne. Chaque année, il traverse les Alpes en quantité variable et va loin vers le Nord où la plupart de ses descendants meurent en hiver. C'est un migrateur typique qui se déplace seul ou en petits groupes, d'un vol rapide et rectiligne, de préférence lorsqu'un vaste anticyclone maintient une pression atmosphérique stable. Au mois d'août de cette année et jusqu'à mi-septembre, cette condition météorologique a régné sur une bonne partie de l'Europe occidentale. La cause ou le motif de cette migration à l'évidence contraire à la conservation de l'espèce est peu claire.

 

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Le souci sur une Astéracée à Evrehailles (petite route menant au site de Poilvache)

Photo: Fr. Hela, 3 Août 2013


Dans nos régions, le Souci apparaît irrégulièrement et est même parfois occasionnel. Certaines années, il est abondant et, ensuite, il redevient assez rare pendant un certain temps. Pour certains auteurs, ce comportement migratoire surprenant serait le résultat d'un net abaissement vers le sud de l'extrême limite de son aire de répartition et, cela, à une époque récente. Pour d'autres, l'absence ou la disponibilité réduite des plantes nourricières pour les chenilles en Europe du Sud et en Afrique du Nord, résultant de certaines sécheresses des mois d'été, serait une explication. D'après M. Gillard (1997), ce serait le cas pour le Vulcain (Vanessa atalanta) et la Belle-Dame (Vanessa cardui) dont les chenilles se nourrissent respectivement d'orties et de chardons.

 

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Il y a des migrateurs parmi les insectes ! Ainsi, plusieurs espèces de papillons quittent le Sud de l'Europe au printemps et se dirigent vers le nord de ce continent pour y arriver en été. Ils produisent une ou deux générations et ensuite disparaissent. Mais, pas tous ! Certains imagos effectuent, en automne, une migration de retour peu évidente. Le Vulcain (en haut) et la Belle-Dame (en bas) sont des exemples parmi les migrateurs à long cours.

Photos: Fr. Hela, Awagne (Dinant), 19 Août 2013


Les raisons essentielles de ces phénomènes migratoires sont encore très mal connues. On admet actuellement que certaines espèces réagissent aux diverses circonstances extérieures (changements de température, offre d'aliments, intensité de la lumière du jour) par un processus migratoire (M. Gillard, 1997).

Pour en savoir plus à propos des papillons migrateurs en Belgique, je vous invite à visiter le site http://users.skynet.be/pap.mig/










15/11/2013

Le Grand Corbeau (Corvus corax) hante la basse vallée du Bocq, à Yvoir

Une balade dans une prairie pâturée par des ânes, voilà qui est original ! C'est ce que j'étais occupé à faire le 21 octobre dernier, dans les Fonds d'Ahinvaux, à Yvoir. En fait, je longeais les lisières forestières afin d'y découvrir quelques passereaux de passage. L'après-midi était radieuse et j'étais aux aguets. Rrok ! Rrok ! Rrock ! ... Des croassements brefs et sourds emplissent soudain l'espace ! Ces sons raisonnants, rauques et à la forte tonalité, je les ai déjà entendus ! Ils retentissaient, maintes fois, contre le flanc abrupt des pentes rocheuses dans les gorges du Flumen (massif du Jura) et ,en montagne plus élevée, dans les Hautes-Alpes, ou encore, contre les falaises rocheuses battues par les flots de l'île de Caldey, au Pays de Galles. Là-bas, au-dessus de la chênaie, un grand oiseau noir, presque de la taille d'une buse variable, plane en tournoyant, les ailes tendues et la queue étalée. Cet excellent voilier, c'est le Grand Corbeau !

 

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Photo: Robin Gailly


Ce passereau géant m'impressionne par la puissance qu'il dégage. Il suscite, chez moi, une sorte d'admiration, difficile à définir, pour son caractère primitif et sauvage, sensation que j'éprouve également en observant un Pic noir, une Cigogne noire, un vol de Grues cendrées ou d'oies sauvages.

 

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Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


Le 11 novembre, alors qu'une chasse est en cours à Tricointe (Yvoir), deux oiseaux sortent d'un bois en lançant leurs cris, survolent le hameau et se dirigent vers la vallée du Bocq. Durant cette période, le Grand Corbeau  est aussi signalé à Lustin (Profondeville) et à Lisogne (Dinant). Nos deux Corvidés manifesteraient-ils un intérêt pour les activités cynégétiques ? On pourrait le croire ! En effet, on m'a confirmé la présence de dépouilles ou de restes de sangliers abandonnés dans certains bois, notamment dans la zone forestière dominant les Fonds d'Ahinvaux. Sachant que les moeurs charognardes du Grand Corbeau sont bien connues, les oiseaux observés ont probablement profité de l'occasion pour faire bombance, non sans avoir des conflits avec des buses variables !

 

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Photo: Ch. Farinelle, Buzenol, 13 Juin 2009


Outre la taille et les cris assez sourds, plus brefs et nettement plus graves que les croassements de la Corneille noire (Corvus corone) et du Corbeau freux (Corvus frugilegus), notons le très gros bec du Grand Corbeau et, au vol, son long cou saillant, sa gorge parfois ébouriffée, ses longues ailes longues étroites et, surtout, la forme de sa queue, nettement cunéiforme. Il plane volontiers dans les ascendances, comme la buse et divers grands voiliers. Il est peu observé en grand groupe. Le Grand Corbeau est, en effet, sédentaire et très territorial. Seuls les jeunes célibataires forment parfois de petits groupes errants. Il reste très méfiant à l'égard de l'homme et ne se rencontre guère chez nous en dehors des grands massifs forestiers, ou de leurs abords.

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Photos: J.-S. Rousseau-Piot, Stoumont, 3 Juillet 2012


Oui, il a bien des Grands Corbeaux en Wallonie ! Disparue de notre pays depuis le début du XXième siècle à la suite de persécutions systématiques, cette espèce s'est réinstallée en Wallonie grâce à une réintroduction menée entre 1973 et 1980. C'est surtout dans le sud de la Province du Luxembourg qu'une petite population s'est développée. Depuis, l'espèce fait preuve d'un dynamisme remarquable et progresse sensiblement, mais reste toutefois une rareté, assez localisée, d'autant plus que les adultes sont très sédentaires et liés essentiellement aux grands massifs forestiers. Des observations de plus en plus fréquentes dans notre région sont encourageantes. Nos forêts et nos milieux rocheux pourraient être attractifs. Dans notre ciel, j'imagine déjà être le témoin des jeux aériens de Grands Corbeaux !

 

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Photos: S. Lambay, Han-sur-Lesse, 17 Septembre 2011


 



06/11/2013

Allons voir ce qui se cache dans la pinède !

Dans la Forêt domaniale de Tricointe (Yvoir), certaines zones sont consacrées aux Pins sylvestres (Pinus sylvestris). Cet automne, allons explorer une de ces pinèdes ! Par temps ensoleillé, ce qui frappe d'emblée, c'est l'ambiance particulièrement lumineuse de ces boisements. Les troncs écailleux et élancés, brun grisâtre à brun orangé, portent, au sommet, un feuillage formé d'aiguilles vert bleuâtre, courtes et persistantes, qui cache mal la couleur rouge orangé de la cime à l'aspect tordu de ces conifères.

 

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


En s'approchant de la base d'un Pin sylvestre, on peut toucher l'écorce creusée de fissures profondes séparant des plaques écailleuses longitudinales, irrégulières et lâches.

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Au sol, les frondes des Fougères aigles (Pteridium aquilinum) se parent d'une couleur ocre aux nuances subtiles.

Ces lieux sont fréquemment visités, entre autres, par l'Ecureuil roux (Sciurus vulgaris), par la Mésange huppée (Lophophanes cristatus), la Mésange noire (Periparus ater), par nos deux roitelets (Regulus regulus et Regulus ignicapilla), ou encore, par les Becs-croisés des sapins (Loxia curvirostra) assez nombreux cette année.

 

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La Mésange huppée (Lophophanes cristatus)

Photo: Rachel Delmelle-Poppe, Profondeville, 14 Avril 2013

 

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La Mésange noire (Periparus ater

Photo: Francis Pattyn


Voilà, parmi les aiguilles au sol, quelques chapeaux arrondis de champignons. Ceux-ci sont brun rouille, brillants et un peu visqueux.

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Des bolets granuleux (Suillus granulatus)

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Octobre 2013


Examinons un sporophore ! La face inférieure du chapeau présente des pores blanchâtres à jaune pâle, à l'extrémité des tubes. Des gouttes laiteuses exsudent de celui-ci. La cuticule se détache facilement et, à l'air, la chair épaisse et tendre ne change pas de couleur, restant blanc jaunâtre ou jaune.

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 2 Octobre 2013


Le pied ferme, plus ou moins cylindrique, est jaune blanchâtre et sa surface est ponctuée, surtout dans le haut, de fines granulations crèmes, jaunâtres à brunâtres. Pas de doute, il s'agit de Bolets granuleux (Suillus granulatus), appelés aussi Cèpes jaunes des pins ou Nonnettes pleureuses ! Cette espèce pousse, associée ici au Pin sylvestre, en lisière ou dans les bois clairs, du printemps à l'automne.

 

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Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe) Octobre 2013


Dans le sous-bois, un peu plus loin, une autre surprise mycologique m'attend. Maintenant, ce sont des champignons à lamelles. Les chapeaux convexes, non séparables du pied, sont lisses, visqueux, mamelonnés, avec la marge enroulée. Ils sont brun cuivré ou teintés d'une couleur lie de vin. Certains sont brun jaunâtre. 

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Photo: Jean-pierre Dechaume


La chair épaisse et rigide est jaune, surtout à la base du pied qui est atténué en pointe et de couleur générale brun rougeâtre ou brun cuivré. On dirait des Hygrophores en examinant les lames épaisses, espacées et très décurrentes, mais celles-ci sont molles et séparables de la chair comme les tubes des bolets. A maturité, elles sont teintées de brun noirâtre par la sporée.

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Le Gomphide visqueux (Chroogomphus rutilus)

Photo: Gérard Girod


Je suis en présence de gomphides et, plus précisément, de Gomphides visqueux (Chroogomphus rutilus). En automne, c'est une espèce qui apparaît aussi sous les pins, dont Pinus sylvestris.

 

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Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 17 Octobre 2013


Certains bolets et les gomphides, comme de nombreuses espèces forestières, présentent en commun la particularité de vivre en symbiose avec les racines des arbres, par l'intermédiaire de manchons mycéliens appelés mycorhizes dont le caractère obligatoire et la signification physiologique sont établis. De telles relations expliquent la constance des proximités entre essences déterminées et certains champignons qui en constituent l'habituel cortège. Tels sont les cas, par exemple, du Bolet élégant (Suillus grevillei) venant toujours sous les mélèzes ou du Bolet rude (Leccinum scabrum) lié aux bouleaux.

 

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Le bolet élégant (Suillus grevillei), une espèce liée aux mélèzes

Photo: Fr. Hela, Spontin, 27 Juillet 2011


Terminons cette petite incursion automnale dans la pinède par l'observation d'un sporophore en forme de chou-fleur ou de chicorée frisée, aux éléments issus d'un tronc commun foliacés et crépus, unicolores, ondulés et cassants. Le Sparassis crépu ou la Clavaire crépue (Sparassis crispa) croît, d'août à novembre, sur l'humus des bois de conifères (surtout de pins), près des troncs ou des souches, avec les racines desquels il est en relation.

 

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


L'ensemble forme une masse crépue volumineuse pouvant atteindre 40 cm de diamètre, blanchâtre à crème jaunâtre, roussissant par place.

 

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


La chair blanche de ce curieux champignon dégage une odeur aromatique spéciale qui, paraît-il, attire les chevreuils. Sa saveur rappelle la noisette.



 

 




 


 

 

 

14/10/2013

Observations dans notre région et ailleurs en Belgique.

 

Cette rubrique reprend de nombreuses observations de la faune et de la flore, dans la commune d'Yvoir  et dans d'autres localités en Belgique.

 

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Une femelle d'Argiope (Argiope bruennichi) près de son cocon contenant des oeufs.

Observation du 29 Septembre 2013, à Roly.

Photo: Fr. Hela



 

Si cela vous intéresse, vous pouvez vous rendre sur le site http://Observations.be/user/view/54349  où vous trouverez de nombreuses observations encodées par mes soins et, souvent, accompagnées de photos.

Le site Observations.be se trouve aussi dans les liens, à la page d'accueil.


 

Tous les jours, en principe, j'y encode des observations.

François.

07/10/2013

"Colchiques dans les prés fleurissent, fleurissent...c'est la fin de l'été ..."

* Les termes marqués d'un astérisque sont définis brièvement en bas de note.

Quel plaisir que de voir, au détour du chemin, une prairie ou la litière d'un sous-bois parsemée d'une multitude de fleurs roses ou un peu lilacées, s'épanouissant au soleil de septembre et ne montrant aucunes feuilles ! On pourrait croire être en présence de crocus printaniers, mais les couleurs générales de la saison ne laisse pas de doute: il s'agit bien de Colchiques d'automne (Colchicum autumnale).

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Photo: Fr. Hela, Roly, 29 Septembre 2013


Dans notre région, ce spectacle automnal est devenu malheureusement assez rare, surtout dans nos prés. Lorsque que l'on me contacte parce que des chevaux sont malades ou des poulains sont morts, les propriétaires se demandent si les animaux n'ont pas mangé des Colchiques. Sur place, point de cette Liliacée, mais bien des Séneçons jacobées (Senecio jacobaea), très toxiques pour le bétail ou des Porcelles enracinées (Hypochaeris radicata) qui peuvent parfois causer des problèmes de santé chez certains équidés.

 

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Le Séneçon jacobée (Senecio jacobaea) est une Astéracée toxique pouvant provoquer des empoisonnements graves du bétail. Cette espèce, assez commune dans certaines prairies pâturées de notre région, fleurit de juillet à octobre.

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 5 Juillet 2013


Après fécondation, les fleurs des Colchiques, assez éphémères, disparaissent. Le repos hivernal s'installe. Au printemps, apparaissent alors les longues feuilles, bien vertes et luisantes, des plantes. Celles-ci forment un écrin pour le gros fruit du Colchique qui mûrira et dispersera ses graines durant l'été (juin-juillet).

 

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Photo: Fr. Hela, Purnode (Vallée du Bocq), 27 Avril 2013

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Photo: Fr. Hela, Willerzie (Vallée de la Hulle), 6 Juin 2013


D'après Fr. Couplan (2000), le Colchique est l'Herbe de la Colchide (du grec Kolchikon), contrée de la côte est de la mer Noire, où résidait la magicienne Médée.

 

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Photo: Fr. Hela, Willerzie (Vallée de la Hulle), 23 Septembre 2013

 

Le Colchique contient dans toutes ses parties, et surtout dans les graines, un alcaloïde très toxique, la colchicine.Tous les animaux montrent une grande sensibilité envers cette substance, mais ce sont les bovins qui sont le plus fréquemment atteints. La plupart des intoxications se produisent par la consommation des feuilles et des capsules. D'après la littérature, le comportement des bovins envers le Colchique est très variable. Souvent dédaignée, la plante va être, à la suite de circonstances mal définies, consommée en grandes quantités. On signale aussi des empoisonnements accidentels du chien, d'où le nom de "tue-chien" donné quelquefois à la plante. Par contre, la chèvre et le mouton seraient immunisés contre le poison, mais leur lait deviendrait toxique, contenant une partie de la colchicine dissoute. Chez l'homme, 70 à 80 mg de cet alcaloïde constitue une dose mortelle.

 

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Derrière cette belle apparence, se cache un alcaloïde très toxique, la colchicine.

Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2013


La colchicine, à très faible dose, est cependant utilisée pour traiter les rhumatismes et la goutte. D'après J.-B. de Vilmorin (1991), cet alcaloïde permet notamment de provoquer le doublement chromosomique de certaines fleurs et d'augmenter les rendements de la betterave sucrière ou de céréales, comme le seigle.

De nombreux ouvrages classent encore le Colchique d'automne dans la Famille des Liliacées. Dans la classification phylogénétique moléculaire récente, le Genre Colchicum est placé dans une Famille à part, les Colchicacées. A la mauvaise saison, le Colchique d'automne subsiste grâce à un organe souterrain tubérisé (géophyte bulbeux). Cependant, pour A. Raynal Roques (1994), cet organe souterrain est en fait un corme (de cormos, en grec, signifiant tronc, souche), formé d'une tige courte, épaisse, massive, hypertrophiée, chargée de réserves nutritives et protégée par des feuilles écailleuses ou réduites à des fibres. Le colchique et les crocus ont des cormes ! Le langage populaire (et horticole) parle à tort d' "oignons de crocus".

 

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Coupe longitudinale d'un bulbe de colchique, d'après J.-L. Guignard (1996)


 

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Photo: Fr. Hela, Willerzie (Vallée de la Hulle), 23 Septembre 2013


La fleur du Colchique présente six (parfois 7 ou 8) tépales * lilacés ou violet clair, soudés entre eux à la base en un tube long et étroit (la partie libre est longue de 4 à 12 cm). On peut y voir six étamines, dont trois sont attachées plus haut que les trois autres. La capsule * septicide (de septum, cloison et de caedo, briser), pouvant atteindre la taille d'une noix, s'ouvre à maturité par des fentes suturales (les fentes de déhiscence apparaissent le long des lignes de suture des carpelles*). La déhiscence aboutit à séparer les carpelles*, chaque valve correspondant à l'un d'eux.

 

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Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Juin 2013

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1. Bulbe enveloppé de tuniques noirâtres

2. Feuilles dressées et lancéolées apparaissant au printemps

3. Fleurs à six tépales

4. Capsules apparaissant au printemps (graines libérées en juillet)

Dessins d'après J.-C. Rameau et al. (1993)


Dans notre pays, le Colchique d'automne est présent dans les prairies, les frênaies riveraines et forêts fraîches occupant des sols argileux, ainsi que dans les dunes. On le trouve souvent sur des substrats riches en calcaire (J. Lambinon et F. Verloove, 2012). D'après J.-C. Rameau et al. (1993), c'est une espèce héliophile ou de demi-ombre croissant dans des conditions moyennes de sécheresse et d'humidité.

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Photo: Fr. Hela, Roly, 29 Septembre 2013


Le Colchique d'automne est aussi une espèce d'altitude. Dans les Hautes-Alpes, celui-ci se rencontre dans les prairies, les pelouses mésophiles et les clairières, de l'étage collinéen à l'étage subalpin, de 500 à 2500 mètres ( Ed. Chas, 1994).


* un tépale: enveloppe florale où il n'est pas possible de distinguer un calice et une corolle

* une capsule: fruit sec, déhiscent, s'ouvrant par des fentes en deux ou plusieurs valves ou par des dents ou des pores, contenant plusieurs graines

* un carpelle: chacun des éléments de base du gynécée ou pistil (ensemble des organes femelles d'une fleur). Chaque carpelle comprend en principe trois parties: ovaire, style et stigmate


Bibliographie:

de Vilmorin J.-B.: "Le Jardin des Hommes" - Ed. Belfond - Le Pré aux Clercs, 1991

Favarger Cl. et Robert P.-A.: "Flore et Végétation des Alpes" - Tome 2 (Etage subalpin) - Ed. delachaux&niestlé, 1995

Guignard J.-L.: "Botanique" - Ed. Masson (dixième édition), Paris 1996

Lambinon J. et Verloove F.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines" - Ed. du Jardin botanique national de Belgique (sixième édition), Meise, 2012

Parc national des Ecrins (F) - ouvrage collectif: "A la découverte des fleurs des Alpes" - Ed. Libris 2002

Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" - Tome 2: Montagne - Ed. Institut pour le développement forestier (F), 1993

Raynal-Roques A.: "La botanique redécouverte" - Ed. Belin, 1994






 



17/09/2013

Un passage remarqué de Traquets motteux (Oenanthe oenanthe), sur les plateaux entre Evrehailles et Houx-sur-Meuse

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Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


Les plateaux entre Evrehailles, Purnode et Houx-sur-Meuse sont constitués principalement de grandes cultures et de quelques prairies pâturées, piquetées çà et là de petits espaces boisés, de haies et de fourrés. Ces paysages ouverts sont souvent assez monotones mais offrent des points de vue assez vastes sur la région. On y voit loin ! Pour l'observateur de l'avifaune, ce sont des endroits privilégiés pour suivre certaines migrations automnales ou vernales. En outre, il est fréquent d'y observer les évolutions de certains oiseaux de proie. Plusieurs buses variables planent en "miaulant" ou se tiennent à l'affût sur des piquets de clôture et le faucon crécerelle, en chasse, pratique son vol sur place, face au vent. Le faucon hobereau apparaît subitement, à grande vitesse, provoquant la panique parmi les passereaux et le milan royal, en migration, scrute, à une certaine hauteur, le champ récemment moissonné. Enfin, des busards, en passage, volent en louvoyant, au ras des éteules, à la recherche d'un rongeur. Ces plateaux sont aussi fréquentés par des passereaux, nicheurs ou en halte migratoire, qui affectionnent les espaces ouverts ou les zones de cultures. Citons, entre autres, l'alouette des champs, les bergeronnettes grises et printanières, le pipit farlouse, le rouge-queue noir, le tarier des prés, la linotte mélodieuse ou le bruant jaune.

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Le Tarier des pré (Saxicola rubetra) hiverne en Afrique tropicale. Lors des passages du mois de septembre, on peut l'observer sur les piquets de clôture ou au sommet d'une haute plante, dans une friche, entre Evrehailles et Houx-sur-Meuse.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

 

Septembre ! C'est le moment d'explorer les campagnes et de fixer du regard les piquets de clôtures ou les blocs de pierre qui émergent d'une parcelle vouée à la culture et qui vient d'être travaillée. Là ! Une tache blanche surgit d'une grosse pierre, dans le champ récemment hersé, puis disparaît derrière celle-ci ! Elle réapparaît sur cet autre bloc. Un Traquet motteux, bien en vue !

 

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Photo: René Dumoulin - www. oiseaux.net


Après deux ou trois courbettes, il s'envole à ras de terre, étalant son enseigne: le blanc du croupion et de la queue, où se détache un "T" foncé renversé. Le plumage, est très déroutant lors des passages de fin d'été et d'automne. Avec leurs teintes assez brunes ou rousses, les oiseaux des deux sexes, ainsi que les jeunes venant de muer, se ressemblent. Mais cette marque très visible attire vite l'attention de l'observateur.

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


La taille du Traquet motteux est à peu près celle d'un moineau, mais l'oiseau est plus élancé. Sa silhouette dressée, sa queue relativement courte et ses différentes attitudes sont très caractéristiques. Il est sans cesse en mouvement et, lorsqu'il se poste un instant sur quelques points élevés, tête dressée et poitrine bombée, il n'arrête pas de plier et de tendre ses longues pattes par saccades. Il balance aussi rapidement son corps de haut en bas, tandis que sa queue se déploie, s'élève et s'abaisse lentement.

 

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Une femelle, très attentive et inquiète.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


Lors d'une sortie sur les lieux, je l'ai vu parcourir quelques mètres sur la petite route menant à Blocmont, allant de droite à gauche, à grands sauts pressés. Il capturait des petites proies dans la végétation du bord de la voirie.

 

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


M'ayant repéré, il a fait volte-face sur une éminence proche, comme pour me surveiller. C'est un passereau nerveux et assez farouche ! Ensuite, d'un vol rasant, rapide et onduleux, il s'est éloigné quelque peu, puis sa trajectoire s'est relevée brusquement avant d'atteindre un perchoir, en l'occurrence un piquet de clôture. C'est à ce moment-là que je me rends compte que les autres piquets sont occupés par d'autres oiseaux. Cinq Traquets motteux et deux Tariers des prés ! Les oiseaux quittent régulièrement les perchoirs pour capturer un insecte, par un habile essor papillonnant ou en volant sur place. Ils descendent au sol, entre les hautes herbes ou sur la terre nue, courant et sautillant en tous sens pour piquer des proies (Coléoptères, Diptères, criquets ou sauterelles, petits mollusques, chenilles, myriapodes ou araignées , ...). Pas de doute, ces oiseaux de passage se ravitaillent abondamment avant de reprendre leurs périples vers l'Afrique !

 

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


En migration, notre Traquet motteux montre une nette prédilection pour les champs labourés et leurs grosses mottes, dont il tire son qualificatif de "motteux". Voyageant de nuit, les oiseaux, parfois en nombre important, atterrissent au petit jour. Ils se disséminent alors sur nos plateaux cultivés, isolés ou par groupes lâches. A l'occasion, ils se concentrent sur un secteur très réduit comme ce labour caillouteux, près du lieu-dit "Chirmont".

A l'instar du rouge-gorge, des rouges-queues, des grives et des merles, ... les Traquets et les Tariers appartiennent à une vaste Famille, celle des Turdidés. Les Traquets, dont la queue est blanche et noire, se cantonnent dans les régions de steppes caillouteuses et désertiques, en plaine comme en altitude. Les Tariers fréquentent les espaces à hautes herbes ou couverts d'une végétation basse. D'après L. Yeatman (1980), le centre de dispersion des Traquets est situé sur les terrains arides s'étendant du Sénégal à la Mongolie. Le seul qui a su se dégager des climats chauds pour s'adapter aux climats tempérés et même froids, c'est le Traquet motteux. Celui-ci peuple les rivages portuguais à ceux de Mandchourie ! Traversant l'océan, les oiseaux d'Europe se sont installés au Groenland et au Labrador, tandis que ceux de Sibérie ont gagné l'Alaska !

 

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En Europe tempérée et du nord, le Traquet motteux est resté fidèle aux espaces dénudés rappelant un peu les déserts. Les espaces ouverts à végétation rase ont sa préférence: dunes du bord de mer, landes, pelouses alpines parsemées de rochers jusqu'à 2.800 mètres, ...

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

En Belgique, les nidifications de Traquets motteux sont sporadiques et l'espèce semble même en déclin total. En 2006-2007, on comptait seulement 7 à 8 couples nicheurs en Flandre et aucune reproduction en Wallonie n'a été établie depuis 1997 (J.-P. Jacob, 2010). Chez nous, on observe encore ce beau passereau lors de la migration postnuptiale qui débute en août, culmine à la fin du mois et jusqu'à la mi-septembre pour décroître rapidement en octobre. Au printemps, il est à nouveau de passage dans nos campagnes, dès la mi-mars et surtout en avril-mai. C'est un grand migrateur et il est remarquable de constater sa fidélité à l'Afrique, berceau de ses ancêtres. Tous les Traquets motteux vont hiverner au sud du Sahara, même ceux venant de l'Alaska qui traversent en diagonale l'Asie pour atteindre la Somalie. Ceux du Groenland et du Canada franchissent l'océan pour retrouver les chaleurs du Sénégal !

 

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Un mâle adulte au printemps.

Photo: René Dumoulin - www. oiseaux.net

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Une femelle

Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net






09/09/2013

En cette fin d'été, si on parlait des Guêpes ...

Depuis environ trois semaines, de nombreuses Guêpes visitent le seau dans lequel je dépose les déchets de légumes et de fruits. Ce sont des ouvrières en fin de vie qui errent çà et là, à la recherche de matières sucrées.

 

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Des Guêpes communes (Vespula vulgaris) se nourrissant de matières sucrées.

Photo: Marianne Horemans, Mol, 30 Juillet 2013


Il faut dire que, sous nos latitudes, le déclin naturel des sociétés de Guêpes, en fin d'été et en automne, est inéluctable. En effet, après avoir abrité tout l'été des milliers d'ouvrières (femelles stériles), voilà que ce sont maintenant des mâles et des femelles qui éclosent en nombre, et peu d'ouvrières ! Alors que les accouplements ont lieu, les larves, dans les alvéoles, sont affamées et maigrissent, car la diminution du nombre d'ouvrières a une incidence négative sur l'élevage du couvain. Celles-ci ne peuvent plus alimenter toutes les larves, ou bien elles ne les nourrissent plus suffisamment. A l'intérieur du nid, beaucoup de larves périssent ou tombent hors des alvéoles, devenues trop grandes pour elles. Les ouvrières les prenant pour des déchets, les transportent hors du guêpier. C'est l'hécatombe ! Ensuite, la vieille reine, les ouvrières et les mâles meurent misérablement, ainsi que de nombreuses femelles fécondées ou non. Seules, quelques femelles vigoureuses ou chanceuses arrivent à trouver un abri pour l'hiver où elles viveront dans un état d'engourdissement. Ce sont elles, les reines, qui, au printemps, se metteront en quête d'un grenier abrité, d'un espace vide et bien sec sous quelques tuiles, d'un tronc d'arbre creux, d'une simple branche ou d'un trou dans la terre, afin d'y fonder une nouvelle colonie.

 

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Guêpe germanique (Vespula germanica): une jeune reine.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, 11 Septembre 2011


Des Guêpes ! Voilà certes des insectes soi-disant connus de tous ! Malheureusement la réputation qui leur est faites partout est peu enviable. Cependant, si, comme des milliers de gens le font pour les abeilles domestiques, on renonce à la crainte qu'inspire leur aiguillon, si on les approche avec douceur et intérêt pour les observer, on constate alors que les guêpes sociales sont des insectes superbes, aux couleurs vives et tranchées !

 

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La beauté d'une Guêpe commune (Vespula vulgaris).

Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 9 Janvier 2012


Leurs moeurs sont des plus intéressantes, tout autant que celles de l'abeille domestique et des fourmis ! Les guêpes n'ont-elles pas employé bien avant nous la pâte de bois pour faire du papier ? Le grand naturaliste Réaumur (1683-1757), observateur si consciencieux des insectes, fut le premier, en Occident, à suggérer l'utilisation du bois pour la fabrication du papier. Celui-ci disait, en 1752: "Les guêpes nous apprennent à substituer le bois aux chiffons dans la fabrication du papier.".

 

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Une reine de Guêpe moyenne (Dolichovespula media)

Au printemps, une reine construit un nouveau nid, appelé aussi "guêpier". Le matériel utilisé est le bois, sec ou pourri, dont elle arrache les fragments aux troncs, aux piquets de clôture, aux poteaux et vieilles palissades en bois, ... Elle mélange ensuite ceux-ci à de la salive jusqu'à en faire une pâte à papier. C'est avec cette pâte qu'elle façonne les alvéoles et l'enveloppe externe du nid.

Photo: Fr. Hela, Yvoir, Avril 2011

 

 

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Une Guêpe saxonne (Dolichovespula saxonica), en ouvrant et fermant alternativement ses mandibules, détache une lanière verticale et très mince de bois qui s'enroule, sous sa bouche, en une pelote grise, au fur et à mesure qu'elle descend.

Photo: Luc Clarysse, Treignes, 30 Mai 2011


Les Guêpes appartiennent à l'Ordre des Hyménoptères (2 paires d'ailes membraneuses), au Sous-ordre des Apocrites (abdomen et thorax finement resserrés à leur jonction), au groupe des Aculéates (ovipositeur transformé en aiguillon). Avec les polistes (Polistinea), les Guêpes forment la Famille des Vespidae qui compte 14 espèces en Belgique. Il est question ici des Guêpes dites "sociales" qui, comme l'abeille domestique, vivent en colonies. Parmi celles-ci, citons notamment la Guêpe germanique (Vespula germanica), la Guêpe commune (Vespula vulgaris), la Guêpe saxonne (Dolichovespula saxonica), ainsi que le Frelon (Vespa crabro), la plus grande espèce européenne. L'identification des différentes espèces repose sur la morphologie faciale (longueur des joues par exemple) et les motifs colorés du corps et de la tête.

 

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La Guêpe germanique (Vespula germanica) est l'espèce la plus commune des zones tempérées, Amérique du Nord incluse. En Europe, on peut la rencontrer presque partout. L'ouvrière (10 à 19 mm) possède trois taches noires sur la face et quatre taches jaunes sur le thorax brun noir; l'abdomen est tigré de jaune. Les reines apparaissent dès la mi-mars et les ouvrières peuvent voler jusqu'à la mi-novembre. Le nid de couleur grise peut atteindre un diamètre de 30 cm et renfermer plus de 10.000 individus. Cette guêpe est une active prédatrice d'autres insectes, notamment des Diptères (mouches et moustiques) et de chenilles. En été, elle se nourrit aussi du nectar des fleurs et de la pulpe de fruits mûrs. C'est somme toute l'espèce la plus agressive.

 

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Une reine de Guêpe germanique (Vespula germanica)

Photo: J.-S. Rousseau-Piot, Strée, 15 Mai 2013


La Guêpe commune (Vespula vulgaris), aux moeurs semblables à l'espèce précédente, s'en différencie toutefois par la bande noire en forme d'ancre sur la face. Le nid, jaunâtre, est construit dans le sol ou dans les habitations.

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Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 9 Janvier 2012

 

La Guêpe saxonne (Dolichovespula saxonica) est surtout répandue dans les régions de collines boisées. La reine choisit pour édifier son nid un endroit abrité de la pluie, du vent et de la chaleur du soleil. Son choix n'est pas toujours heureux, en particulier lorsque le nid est exposé au regard de l'homme. En général, on trouve les "guêpiers" dans les toits ou les charpentes des maisons forestières, appentis, granges et autres édifices en bois. Ils sont parfois installés dans les tas de bois ou supendus à une grosse branche d'un arbre.

 

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Photo: Marianne Horemans, Mol, 27 Juin 2013


Avec ses 30 mm, le Frelon (Vespa crabro) est la plus grande et la plus impressionnante des guêpes européennes. Moins abondant que les autres guêpes, il fréquente surtout la campagne. Jusqu'en 1850, il n'était présent qu'en Europe. Grâce aux activités humaines, on le retrouve aux Etats-Unis et au Canada. Ses ailes sont rousses, son abdomen, pétiolé, est jaune orangé tigré de brun  et son thorax est foncé. Les reines volent à partir de la mi-avril, et les ouvrières sont actives jusqu'à la mi-septembre. Le nid mesure de 30 à 40 cm de diamètre et abrite quelques centaines d'individus. Le frelon est essentiellement un prédateur d'autres insectes qui chasse également la nuit. A la fin de l'été, on peut souvent l'observer sur des fruits tombés ou des composts, se nourrissant d'aliments liquides et sucrés. Une grosse population (500-600 individus) nourrit ses larves avec près d'un demi kilo d'insectes (parfois nuisibles et considérés comme indésirables par les humains) par jour ! Cela correspond à la consommation journalière de 5 à 6 familles de mésanges !

 

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Photo: Fr. Hela, Godinne, 11 Mai 2011


Le Frelon a une très mauvaise réputation. Pourtant moins agressif que ses congénères de petite taille, il ne pique que lorsqu'il se sent fortement menacé, près de son nid ou lorsqu'il pénètre, la nuit, dans les habitations, attiré par la lumière. Dans ce dernier cas, on peut se demander si son agressivité n'augmente pas à cause de l'agitation et la panique des humains ! Il est plus craintif et choisi toujours la fuite pour éviter un conflit. Dans beaucoup de régions du centre de l'Europe, il est en voie de disparition. En Allemagne, le Frelon est protégé par la loi, depuis le 1er janvier 1987.

 

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Photo: Fr. Hela, Godinne, 29 Avril 2011


Rappelons ici la différence principale entre les Abeilles et les Guêpes. Celle-ci réside dans la nourriture que ces insectes donnent à leurs larves. Les Abeilles les nourrissent de nectar et de pollen. La matière première du miel, produit par l'Abeille domestique (Apis mellifera), en est le nectar sucré de végétaux, concentré par évaporation et chimiquement modifié par l'action des sucs digestifs incorporés lors des nombreux passages successifs dans les jabots des abeilles butineuses et des préparatrices de la ruche; en outre, les grains de pollen y sont toujours mélangés en quantité plus ou moins grande.

 

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Abeilles domestiques (Apis mellifera)

Photo: www.fr.wikipedia.org


Si elles sont aussi friandes de liquides sucrés, les Guêpes nourrissent essentiellement la génération future de proies, telles que chenilles et autres larves, mouches (90% chez le Frelon) ou divers insectes. Dans une certaine période de leur vie, ce sont donc des insectes bien utiles !

 

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Photo: www.commons.wikimedia.org


Les guêpes réagissent très vite à un geste brusque. Cependant, si vous avez les nerfs solides, vous pouvez impunément en laisser une se poser, par exemple, sur votre main. Elle lèchera votre peau de sa longue langue, en vous titillant de ses antennes ! Si vous restez calme, elle s'en ira sans vous piquer. Henri de Saussure écrivait: " Si les guêpes piquent, c'est toujours par voie de représailles; tantôt c'est pour leur défense personnelle, tantôt c'est par vengeance. Dans ce dernier cas, elles poussent l'ire jusqu'à prendre l'offensive et à poursuivre leur ennemi. Mais tant qu'on ne les agace pas, on peut en toute sécurité, leur permettre même de se promener sur son visage ou sur ses mains. Elles ne piquent jamais, tant qu'on se tient immobile ou qu'on se meut avec lenteur; mais au moindre mouvement qui les effraie, elle réponde par un coup d'aiguillon. Les gens chez qui la vue de ces insectes excite une terreur ridicule, et qui cherchent à les chasser loin d'eux par des mouvements provocateurs, sont précisément ceux qui se font piquer, tandis que ceux qui leur laissent la liberté de se mouvoir autour de leur personne ne le sont jamais, au grand étonnement des premiers."

Il faut, cependant, rester prudent. Le véritable danger, avec les abeilles et les guêpes, ce sont les réactions anaphyllactiques: certaines personnes, après une première piqûre, deviennent très sensibles au venin de ces insectes au point qu'une seconde piqûre peut les plonger dans le coma ou entraîner leur mort. Des attaques massives, avec piqûres nombreuses à la tête, peuvent être également fatales. Le danger est réel, mais il ne faut ni l'exagérer, ni en ressentir une peur panique. Aux Etats-Unis, on compte en moyenne 50 victimes par an, pour une population d'environ 200 millions d'habitants ! Le danger est donc infiniment moindre que celui de se faire renverser par une voiture en traversant une rue ! (P. Dessart - 1981)

En conclusion, les Guêpes méritent un respect raisonné. Il ne faut donc les combattre que lorsque c'est absolument nécessaire !