Amanite tue-mouches (Amanita muscaria)

  • L'Amanite tue-mouches (Amanita muscaria): un champignon remarquable!

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à se référer au bas de la note.

    L'Amanite tue-mouches est sans aucun doute l'un des plus spectaculaires champignons de nos contrées. Son chapeau rouge vif ponctué de blanc a toujours suscité la curiosité du promeneur automnal. Mais sous cette parure attrayante se cache un champignon très toxique pour celui qui tenterait de le consommer. C'est une espèce commune, largement répandue dans les régions tempérées et froides. Cette amanite mycorrhizique (1), appelée aussi Fausse oronge, apparaît en automne, dans les bois de feuillus, dans les parcs et jardins, toujours au voisinage des bouleaux ou des conifères, en terrain acide.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Novembre 2011.

     

    Son bulbe, sans volve, est typiquement surmonté d'un rebord sculpté. Le pied, dont la hauteur peut atteindre 20 cm, et les lamelles sont blancs, comme la chair qui est seulement orange sous la cuticule (2) du chapeau. Celle-ci dégage une très fine odeur de rave. L'anneau est ample, un peu strié, blanc ou bordé de jaunâtre. Le chapeau, de 5 à 15 cm de diamètre, est d'un rouge éclatant ponctué de fines mèches floconneuses blanches. L'absence de celles-ci est parfois remarquée et est due au lessivage du chapeau par la pluie.

     

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    Chez cet exemplaire, les squames floconneuses blanches sont absentes.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2010.

     

     

    Coupées, les très jeunes amanites sont reconnaissables à la ligne jaune-orange sous la cuticule du chapeau.

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    Photo: Fr. Hela, Lustin, Octobre 2010.

     

    La seule confusion possible, en présence de ce champignon, est cclle que certains mycologues débutants pourraient faire avec l'Amanite des Césars ou Oronge vraie (Amanita caesarea), espèce méridionale comestible d'excellente qualité. Cette dernière espèce est très rare dans notre pays, mais des observations sont cependant possibles. L'Amanite des Césars  possède un pied et des lamelles jaunes, un chapeau orange et une volve blanche.

     

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    L'Oronge ou Amanite des Césars (Amanita caesarea).

    Photo: Blog du Guit.

     

    L'amanite tue-mouches est considérée comme un champignon dangereux, bien que son effet soit rarement mortel. Cette réputation vient de ses propriétés, soit prétendues aphrodisiaques (en réalité, elles provoquent un gai délire), soit toxiques, selon les régions et la partie du champignon consommé. Les substances agissantes, irrégulièrement réparties dans le champignon, seraient plus concentrées sous le revêtement rouge du chapeau. 

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    Photo: Michel Gijsemberg, Profondeville, Automne 2010.

     

    On note les muscarines, responsables du ralentissement du coeur, de la contraction des pupilles, des troubles digestifs et sécrétoires (syndrome muscarinien), mais sont sans action sur le système nerveux central. La présence de muscarine ne se limite d'ailleurs pas aux seules amanites, nombreuses sont d'autres espèces qui lui doivent leur toxicité, principalement les Inocybes (notamment l'Inocybe de Patouillard Inocybe erubescens) et les Clitocybes blancs. D'autres substances possèdent une action psychotonique; on peut citer la bufoténine (isolée aussi du venin de crapaud), les dérivés de l'isoxazol, dont le muscimol, aux propriétés hallucinogènes potentialisées par la muscazone et l'acide iboténique (R. Heim, 1984 - J. Guillot et al., 1993).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2010.

     

    En conclusion, il vaut mieux ne pas consommer cette belle espèce. Le mycelium (le champignon proprement dit) est bien utile pour la bonne santé de nos bouleaux et de nos conifères (voir ci-dessous le commentaire à propos des mycorhizes). Admirez ses sporophores, organes reproducteurs, ne les cueillez-pas et ne les détruisez pas du pied !

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 6 Novembre 2011.

     

    (1) On sait depuis 1850 que de nombreux arbres (chênes, hêtre, bouleaux, la plupart des conifères...) sont associés à des mycéliums qui s'agglomèrent en manchons cylindriques à la surface, ou immédiatement sous la surface, de leurs racines. Aux "racines-champignons" ainsi constituées on donne le nom de mycorhizes (H. Bruge, 1977). Parmi les champignons en cause, dont les sporophores s'observent dans nos forêts, on trouve notamment les Amanites. Il est établi que les arbres dont les racines présentent ces mycorhizes se développent beaucoup mieux que ceux dont les racines en sont dépourvues. Je vous invite à lire un excellent ouvrage intitulé "La Symbiose, structure et fonctions, rôle écologique et évolutif" par Marc-André Selosse (154 pages), aux Editions Vuibert, 2000, Paris. L'auteur y indique que la physiologie et l'écologie de ces associations mycorhiziques ont été bien étudiées, et revêtent un rôle majeur dans les écosystèmes terrestres.

    (2) La cuticule est la couche superficielle du revêtement du chapeau du champignon, plus ou moins facilement séparable de la chair.