Amphibiens ou Batraciens

  • La vie surtout nocturne de la salamandre tachetée (Salamandra salamandra)

    L'histoire débute une nuit de fin septembre ou début octobre, dans un sous-bois humide, aux odeurs de mousses, de feuilles mortes et de champignons. Un ruisseau frais et torrentueux coule dans un ravin tout proche. En ces lieux, une salamandre tachetée recherche activement une femelle pour s'accoupler. Lors de ses pérégrinations nocturnes, grâce à son sens de l'odorat particulièrement développé et à ses émissions odorantes, ce mâle croise enfin le chemin d'une femelle âgée au moins de quatre ans.

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, 24 Septembre 2010.


    Après quelques préliminaires, il se glisse sous elle jusqu'à pouvoir la saisir de ses pattes antérieure. A présent, il frotte du museau la gorge et, de sa queue, le cloaque de sa compagne. Il dépose finalement sur le sol un spermatophore (sorte de petite capsule contenant les cellules mâles) et libère en partie la femelle en écartant latéralement son train postérieur. Il se tient tranquille pendant que la femelle saisit de son cloaque la masse du spermatophore. Après 15 à 30 minutes environ, les animaux se séparent. Dans le corps de la femelle, la fécondation des ovules, stockés dans un réceptacle (spermathèque), aura lieu plus tard. Elle sera différée. Les naissances des larves débuteront à la fin de l'hiver suivant (souvent en mars, parfois plus tôt). A cette époque, la femelle mettra bas, souvent dans l'eau d'un petit ruisseau, quelques dizaines de larves déjà bien développées, pourvues de branchies très rameuses et de quatre pattes. La salamandre est donc ovovivipare. A la sortie du cloaque de la femelle, les oeufs se romperont aussitôt et l'éclosion se produira en quelques secondes.

     

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    "La pichelotte" dans la forêt domaniale de Tricointe, à Yvoir.

    Photo: Fr. Hela, Octobre 2011.


    Entretemps, il y aura l'hiver ! Notre femelle, après s'être nourrie abondamment, va progressivement gagner son lieu d'hivernage auquel elle est très fidèle.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 2 Mars 2012.


    Poïkilotherme, celle-ci craint en effet le gel et les températures froides de l'hiver. C'est pourquoi, elle se retire à présent dans des trous (terriers, galeries abandonnées de petits rongeurs ...), sous  des souches ou des troncs d'arbres au sol, dont la décomposition est déjà bien avancée, sous des amas de pierres ou de bois ... pour entrer dans un état d'engourdissement plus ou moins grand. C'est l'hibernation durant laquelle notre batracien va vivre au ralenti, dans sa cachette, en général jusqu'au début du printemps.

    Le mois de mars est là. Lors d'une nuit, la femelle sort progressivement de sa torpeur, fait quelques mouvements et sort de son abri hivernal. La forte humidité ambiante et la température comprise entre 6 et 8° sont les conditions idéales pour se mettre en route et se diriger, à l'odorat, vers le ruisselet, la source, la mare ou l'ornière inondée, ... afin d'y déposer sa progéniture déjà bien développée.

     

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    Après 4 ou 5 mois de vie aquatique, cette larve deviendra une jeune salamandre ayant l'aspect et la coloration d'un adulte, aux moeurs essentiellement terrestres. Celle-ci ressemble à une larve de triton. Elle possède à la base de la face supérieure des pattes une tache blanchâtre (jaune pâle lorsqu'elle est proche de la métamorphose) qui permet toujours de l'identifier à coup sûr.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Avril 2011.


    Notre femelle pourra ensuite reprendre des forces, en se nourrissant de petits invertébrés terrestres, surtout des arthropodes (insectes, myriapodes, arachnides ...), des mollusques, des annélides (vers de terre notamment), ...

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Mars 2012.


    La méconnaissance de la faune sauvage remarquée chez de nombreuses personnes me rend souvent perplexe. Pourtant, celles ci lui montrent un certain intérêt, puiqu'elles m'invitent régulièrement à venir dans leurs propriétés afin d'y observer leurs découvertes. C'est ainsi que, durant la belle saison, je reçois plusieurs appels à propos de la présence de salamandres dans des jardins. En fait, il s'agit, dans bien des cas, de tritons ! La quasi totalité des observations de tritons et de salamandres concernent des animaux déjà métamorphosés. Ils sont trouvés au sol ou dans l'eau de mares. Dans ce dernier cas, ce sont toujours des tritons en période de reproduction. La salamandre tachetée est essentiellement terrestre et ne se rencontre jamais dans l'eau. Tout au plus, on pourrait la surprendre, occupée à déposer ses larves, au bord d'une petite zone humide. Néanmoins, cette observation est rare et se déroule généralement de nuit. Si l'identification des tritons peut être source de difficultés si l'on n'est pas expérimenté, aucune confusion n'est cependant possible lors de la découverte d'une salamandre tachetée, la seule espèce du Genre Salamandra dans notre pays.

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, Septembre 2009.


    Menant une vie nocturne, la salamandre tachetée se déplace occasionnellement le jour, après des pluies orageuses faisant suite à plusieurs jours de canicules, ou pendant les journées humides de l'automne. Elle vagabonde alors sur certaines routes forestières, ce qui lui coûte souvent la vie, au bord des chemins, dans la pénombre des sous-bois ou au fond des vallons obscures. En ces circonstances, elle peut aussi déambuler dans des jardins proches de massifs forestiers. On a toujours le loisir alors de l'examiner, car elle se déplace avec lenteur. Mesurant 15 à 20 cm, la salamandre tachetée se reconnaît au premier coup d'oeil, à ses tâches jaunes tranchant sur le fond noir lustré du reste du corps. On remarque deux bandes jaunes longitudinales plus ou moins continues (cela peut varier d'un animal à l'autre) sur les zones latérales du dos. La face ventrale est noir bleuâtre piquetée ou non de jaune. A la base de la face supérieure des pattes, on note la présence de taches jaunes (celles ci, de couleur blanchâtre, sont déjà visibles chez les larves). Notre amphibien est remarquable par sa corpulence, son aspect boudiné, sa tête amplifiée par les deux bourrelets que forment en arrière des yeux les fortes glandes parotoïdes.

     

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    Des glandes parotoïdes, situées derrière les yeux, suinte un abondant venin laiteux très irritant, lorsque la salamandre est importunée.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 2 Mars 2012.


    Sa robe voyante paraît tout le contraire d'un camouflage. Toutefois, dans les sous-bois où la lumière du soleil atteint le sol par taches amoindries, la salamandre, immobile, avec ses macules jaunes sur fond obscur, est difficile à repérer ! Le vif contraste de ses couleurs pourrait être un avertissement pour des agresseurs éventuels. Dans la littérature, on cite des exemples d'animaux divers qui ont tous donné des signes de détresse pour avoir éprouvé les effets de l'abondant venin laiteux que la salamandre émet lorsqu'on l'importune. Ses quatre doigts et ses cinq orteils sont libres. Sa queue est arrondie, ce qui la distingue des tritons qui ont une queue aplatie verticalement, et ses flancs sont marqués de sillons verticaux.

     

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    Voici deux tritons en période de reproduction. Celui du dessus est un mâle de triton alpestre (Ichthyosaura alpestris) et celui du dessous est un mâle de triton palmé (Lissotriton helveticus). Remarquez les couleurs, la queue aplatie verticalement et la présence d'une crête dorsale, totalement absente chez la salamandre !

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 17 Mai 2010.

     

     

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    Sur ce document, on peut bien voir les flancs de la salamandre marqués de sillons verticaux et les taches jaunes se détachant bien sur le fond noir lustré du reste de son corps.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 2 Mars 2012.


    La salamandre tachetée est intégralement protégée en Wallonie.







     














  • Les crapauds communs (Bufo bufo) sont dans les mares.

    Les crapauds communs sortent d'hibernation à la faveur d'un radoucissement des températures, généralement en mars dans notre région, parfois plus tôt selon les conditions climatiques locales. Ils se déplacent d'emblée vers leurs points d'eau de reproduction. Cette migration prénuptiale a lieu dès le coucher du soleil et pendant la nuit. Les déplacements migratoires peuvent se produire dès que la température est positive. Ceux-ci deviennent très importants lorsque la température atteint 5°C.

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), le 23 Mars 2011

    Lors de l'accouplement, le mâle saisit la femelle aux aisselles. Il peut déjà s'agripper à une femelle rencontrée pendant la migration prénuptiale: cette dernière transporte alors le mâle installé sur son dos jusqu'au lieu de ponte.

     

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, le 22 mars 2011.

    Le crapaud commun est connu comme étant fidèle au même lieu de ponte. Celui-ci est aussi, le plus souvent, son lieu de naissance.

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), le 23 Mars 2011.

    La reproduction se déroule rapidement, généralement en quelques jours. Une fois terminée, la plupart des animaux quittent l'eau aussitôt. Quelques mâles  peuvent toutefois s'y attarder.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), le 21 Mars 2011.

    L'adulte rejoint alors ses quartiers d'été parfois distants de plus d'un kilomètre du lieu de reproduction. Des distances de 3 ou 4 km ont été observées ! Il est à présent exclusivement nocturne et terrestre. Il passe sa journée dans une cache pas trop sèche et sort la nuit à la recherche des divers invertébrés dont il se nourrit.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), le 2 Avril 2011.

    Les oeufs sont pondus en deux cordons gélatineux parallèles, étirés entre les plantes aquatiques ou les branchages tombés dans l'eau. Ces cordons dépassent le mètre de longueur (souvent 2 à 3 mètres). Une ponte peut contenir 2000 à 10.000 oeufs !