Orvet (Anguis fragilis fragilis)

  • L'orvet (Anguis fragilis fragilis), un "lézard" vraiment original !

    Généralement, on distingue aisément les lézards des serpents. Les premiers sont munis de deux paires de pattes, les autres, sans membres visibles et fonctionnels, ont la forme d'une anguille. Mais, n'est pas serpent tout animal rampant, long et dépourvu de pattes. En Wallonie, l'orvet est l'exception à la règle !

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, 23 Mars 2012.


    Beaucoup de personnes non averties l'affublent encore immanquablement du nom de serpent. Il faut dire qu'il en a toutes les apparences et que les convergences sont nombreuses. L'étude comparée de l'anatomie montre clairement que l'orvet est bien un lézard sans pattes. Il n'a plus de membres, mais, au niveau du squelette, des restes de ceintures pelvienne et scapulaire subsistent. La réduction des membres allant jusqu'à la disparition est liée à une élongation du corps et de la queue. L'ensemble de son corps, allongé et cylindrique, est couvert de petites écailles très lisses et brillantes. A ce propos, les serpents présentent à la face ventrale une seule rangée d'écailles larges. Chez l'orvet, les écailles sont petites et semblables sur tout le corps.

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 30 Juillet 2011.


    La couleur brune de ce lézard sans pattes varie du clair au foncé, en passant par le fauve, le cuivré ou le noirâtre. Ses flancs sont ornés de bandes longitudinales plus sombres et son dos présente une ligne vertébrale foncée. Son ventre est en général grisâtre. Certains affirme que le mâle est "bronzé" avec une ligne dorsale noire. Il peut occasionnellement porter des points bleus, ce qui rappelle une particularité plus fréquente dans les Balkans, où elle caractérise une sous-espèce. Cette pigmentation a été observée quelquefois en Belgique (G.H. Parent, 1992). La femelle serait plus sombre et plus grosse, avec les flancs bruns et la face ventrale gris sale. Les jeunes à la naissance, sont vivement colorés d'or, de cuivre ou d'argent. Leurs côtés, la ligne vertébrale et le ventre de ceux-ci sont très sombres, parfois noir de jais.

     

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    Cet orvet, particulièrement foncé, présentait sur les flancs des reflets bleuâtres.

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Mai 2011.


    Sa queue, au moins aussi longue que le corps, possède une extrémité arrondie et non effilée comme la couleuvre à collier (Natrix natrix). Comme tous les lézards européens, l'orvet a également la faculté de rompre volontairement sa queue (autotomie caudale). Ce phénomène n'existe pas chez les serpents. C'est ce caractère qui lui a valu d'ailleurs le nom, en français, de "serpent de verre" et , en latin, d'Anguis fragilis.

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    Cet orvet vient probablement d'échapper à un prédateur. Pris par l'arrière, il lui a laissé sa queue et a eu ainsi la vie sauve.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), Mai 2010.


    La petite tête de l'orvet, portée par un cou peu marqué, se termine par un museau de forme conique et arrondie. Comme la plupart des lézards, il possède des paupières mobiles, alors que les serpents ont, en général, deux yeux couverts d'une membrane transparente et fixe, la "lunette". Chez l'orvet, l'oeil peut donc se fermer et il ne donne pas l'impression de "regard fixe" des serpents.

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    La tête de l'orvet.

    Photo: Fr. Hela, Durnal, 21 Août 2011.

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    La tête d'une d'une couleuvre (Coronella austriaca), pour comparaison.

    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.


    Les milieux de vie et les moeurs de l'orvet sont différents de ceux des lézards. Ces derniers fréquentent, pour la plupart, les endroits secs et ensoleillés. Ils ne sont actifs qu'aux heures les plus chaudes de la journée, tandis que l'orvet s'abrite et se nourrit dans les milieux semi-humides et ombragés: en lisière de forêts feuillues, dans des bois pas trop frais, à proximité de mares ou de fossés humides, dans les broussailles sous les haies vives ou couvrant les talus des voies ferrées, sur les chemins forestiers, ... Sa nourriture se compose surtout de larves d'insectes, d'araignées, de cloportes, de vers annélides, mais aussi de limaces dont il fait une grande consommation.

     

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    Le plus souvent, l'orvet saisit sa proie par la tête et la déglutit comme les serpents. Ses dents coniques à pointues, recourbées un peu en crochet, lui permettent de la saisir et de la retenir.

    Dessin de Cl. Poivre (1972).


    Animal assez lent et discret, c'est généralement à l'aube ou au crépuscule, mais aussi la journée, après la pluie, qu'on a plus de chance de le rencontrer. Il se déplace sans hâte et pourtant se coule, pour s'échapper, avec aisance. Quand on le retient in extremis, il révèle une force insoupçonnée. Le jour, c'est sous les pierres, les décombres, les stères de bois abandonnés, les tas de feuilles mortes ou les galeries de rongeurs, qu'il se réfugie. Il est également capable de s'enterrer dans le sol meuble, en utilisant sa tête et sa queue.

     

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    Face au danger, l'orvet s'échappe sous les feuilles et les tiges de ronces. On peut remarquer ici sa queue à l'extrémité arrondie et non effilée comme les couleuvres.

    Photo: Fr. Hela, Purnode, 23-03-12.


    Comme le lézard vivipare (Zootoca vivipara) et la vipère péliade (Vipera berus), notre reptile est ovovivipare. Les oeufs sont incubés ("couvés") dans les voies génitales de la femelle, mais il n'y a pas de relations nutritionnelles avec les embryons comme chez les mammifères. Au moment de la ponte, les jeunes orvets déchirent immédiatement l'enveloppe des oeufs et sortent déjà formés. L'accouplement a lieu en mai-juin et la mise-bas en août-septembre. 

    Chez nous, l'orvet entre en hibernation fin octobre ou début novembre. Les terriers de rongeurs abandonnés, les cavités sous de grosses racines ou un trou plus ou moins profond dans la terre meuble (jusqu'à 70 cm), ... sont choisis pour cette période de vie au ralenti. L'orvet hiberne seul ou en compagnie de quelques congénères, parfois même avec d'autres reptiles et des batraciens. On a observé des groupes de 20 à 30 orvets dans le même abri !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 15 Mai 2011.


    La longévité potentielle des orvets est très élevée. Certains auteurs mentionnent des âges de plus de 30 ans (en captivité)! Elle est sûrement moindre dans les milieux naturels. En effet, l'orvet est la proie de divers rapaces, mais aussi d'autres oiseaux (Gallinacés, Corvidés, pies-grièches, ...). Il est consommé également par des couleuvres et des mammifères (sanglier, hérisson, blaireau, ...). Les très jeunes individus peuvent être la nourriture des grives, du merle noir, des musaraignes et de la taupe, ... 

    Dans notre région, l'orvet est encore bien présent. Pourtant, de nombreux dangers le menacent: l'emploi des insecticides et des herbicides sélectifs sur les talus, sur certains chemins agricoles ou dans les jardins, la multiplication excessive du faisan de Colchide (Phasianus colchicus) et du sanglier, les chats domestiques, la circulation automobile, la pratique qui consiste à faucher les talus avec des engins mécaniques, les tondeuses à gazon, ... La liste est longue et on se demande comment il parvient à se maintenir ! 

    Avec son allure de serpent qui fait peur, il est encore souvent victime du coup de bêche ou de fourche ! Après avoir éclairci certains points de sa biologie, j'espère que vous éviterez dès lors cette attitude et, si malgré tout, vous avez trop peur, n'hésitez pas à me contacter avant de commettre l'irréparable !

     

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    Les jeunes ont au début une longueur de 7 à 8 cm. Les adultes atteignent 30 à 45 cm, avec un  maximum de 50 cm.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 15 avril 2012.