• Une découverte mycologique spectaculaire à Godinne: Omphalotus illudens.

    * Les mots marqués par un astérisque sont expliqués dans le petit glossaire, à la fin de la note.

    L'Allée Croix d'Al Faux se situe non loin du Collège Saint-Paul et de son verger abandonné. Les maisons du quartier se sont construites progressivement dans une chênaie. Dans certaines propriétés on peut encore observer de magnifiques chênes pédonculés (Quercus robur). De son jardin arboré, Nadine attire mon attention sur une grande tache orange vif, visible de loin, dans la pelouse de ses voisins. A la jumelle, il s'avère que se sont des champignons d'une grande taille croissant en groupe. Avec l'accord de la voisine, nous décidons d'examiner de plus près cette curiosité.

     

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    Omphalotus illudens

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 24-08-11.

     

    La taille et la couleur de ces champignons sont extraordinaires. Les chapeaux de certains d'entre eux ont au moins 15 cm de diamètre, voire davantage ! Ils présentent une couleur orangée vive. Le revêtement est brillant mais sec et satiné. La marge étroite de ces chapeaux est enroulée et tend à se lober.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 24-08-11.

     

    Les lames minces, étroites et fourchues ont la même couleur que le chapeau et sont fortement décurrentes*. Le pied est fort et plein, concolore, souvent courbé, se rétrécissant à la base (presque radicant*). La chair est orangée et ferme dégageant une forte odeur fongique.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 24-08-11.

     

    Nous sommes bien en présence du clitocybe illusoire ou trompeur (Omphalotus illudens), appelé aussi clitocybe lumineux, une espèce très rare dans notre pays !

    D'après D. Schott (Société Mycologique de Strasbourg - 1979), le Genre Omphalotus se caractérise macroscopiquement par des basidiocarpes* de grande taille, omphaliformes*, entièrement de couleur orangée vive, par des lamelles très décurrentes* et une sporée crème. Plusieurs espèces d'origines américaines ou australiennes ont été décrites. Deux espèces du Genre Omphalotus, très semblables macroscopiquement, sont connues en Europe. Pendant longtemps, elles furent considérées comme deux formes écologiques d'une seule et même espèce. D'après certains travaux d'étude génétique sur le Genre Omphalotus (Petersen, Ronald H. and Karen W. Hughes, 1998), il semble actuellement admis qu'il s'agit de deux espèces différentes. Le clitocybe ou pleurote de l'olivier (Omphalotus olearius), espèce méridionale, croît en touffe sur les souches ou racines des oliviers ainsi qu' à la base des chênes verts (Quercus ilex) et lièges (Quercus suber).

     

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    Omphalotus olearius, espèce plutôt méridionale.

    Photo: www.wikipedia.fr

     

    Le clitocybe trompeur (notre espèce décrite ici), à tendance plus septentrionale, pousse en groupe ou isolément, sur le bois mort, souvent au pied et sur des souches en décomposition de chênes. Marcel Bon (1988) indique aussi qu'on le trouve sur le bois pourrissant  des châtaigniers (Castanea sativa). A Godinne, la présence de cette espèce dans une pelouse s'explique peut-être par l'existence d'une souche pourrie d'un chêne anciennement abattu dans le sol, voire du bois mort ou de grosses racines décomposées de cet arbre.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 24 août 2011.

     

    Toutes les espèces du Genre Omphalotus sont toxiques et leur consommation entraîne un symptôme du type gastro-intestinal assez sévère: Sueurs, vertiges, douleurs et vomissements. La toxine en cause est l'illudine. Ces intoxications ont lieu principalement en France où Omphalotus olearius est plus abondant et plus souvent confondu par les débutants avec des espèces comme la chanterelle (Cantharellus cibarius) au la fausse girolle (Hygrophoropsis aurantiaca). Un tableau comparatif de l'ensemble des caractères macroscopiques des espèces pouvant potentiellement être confondues avec une espèce du Genre Omphalotus figure sur le site de la Société Mycologique de Strasbourg (voir l'adresse en fin de note).

    Pour terminer, signalons que les espèces du Genre Omphalotus possède une propriété remarquable: leurs lamelles sont luminescentes dans l'obscurité. Si on met un champignon dans le noir complet, après quelques minutes, les lamelles dégagent nettement un halo de lumière verdâtre. Cette réaction consiste en l'oxydation d'une substance appelée la luciférine et est favorisée par la présence d'une enzyme, la luciférase. Lorsqu'elle se produit, il se dégage de l'énergie sous forme de lumière froide.

     

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    Photo: www.wikipedia.fr

     

    Petit glossaire

    *Basidiocarpe: Organe qui porte les cellules reproductrices (qui donneront les spores) des champignons possèdant  des lames, des tubes ou des aiguillons. Le terme sporophore serait plus adéquat. En quelque sorte, nous dégustons des omelettes aux sporophores et non aux... champignons !

    *Décurrente: Se dit d'une lame de champignon qui se prolonge plus ou moins bas sur le pied.

    *Omphaliforme: Ayant la forme des Omphales, petits champignons aux lames décurrentes, aux chapeaux ténus, déprimés au centre et aux pieds un peu cartilagineux. 

    *Radicant: Se dit du pied d'un champignon lorsqu'il est prolongé dans le sustrat par une sorte de racine pivotante.

     

    (1) Site de la Société Mycologique de Strasbourg: "Omphalotus illudens" par Dominique Schott (Fiche technique régionale): www.mycostra.free.fr/bulletin/omphalotus_illudens.htm

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • L' actée en épi (Actaea spicata) dans les jeux d'ombre et de lumière de nos forêts de ravins.

    Cette Renonculacée, mesurant de 30 à 80 cm de hauteur, fleurit de mai à juillet, dans les bas de pentes ombragées de nos forêts de ravins. Elle aime les sols frais, riches en bases et en éléments nutritifs. Les petits panaches blancs qui émergent des grandes feuilles sont les grappes ovales de fleurs. Plus exactement, c'est la blancheur des étamines qui rayonne car les pétales disparaissent très rapidement.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Fonds d'Ahinvaux), Juin 2011.

     

    La tige glabre de l'actée en épi soutient deux ou trois grandes feuilles étalées lui permettant de capter les rayons fugaces du soleil. Chaque feuille est composée de trois folioles aux lobes dentés en scie. 

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Juillet 2011.

     

    Actuellement la plante porte des fruits. Après fécondation par les insectes, les fleurs donnent des baies, d'abord vertes, puis violettes et enfin d'un noir luisant à maturité.

     

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    Photos: Fr. Hela, Purnode et Houx-sur-Meuse, Août 2011.

     

     

    Comme d'autres Renonculacées, l'actée renferme un ranunculoside. Cette substance toxique est âcre, brûlante, fortement irritante pour la peau et les muqueuses. Elle est surtout présente dans les fruits.

    L'actée en épi est assez rare chez nous. On la trouve dans les forêts de ravins et sur des rochers ombragés, surtout sur un substrat calcaire. 

  • Les zygènes, "papillons de nuit" presque exclusivement actifs de jour !

    Les dénominations "papillons de nuit" (Hétérocères) et "papillons de jour" (Rhopalocères) ne reposent sur aucunes bases réellement scientifiques. Si les Hétérocères ont souvent des moeurs nocturnes, revêtent des couleurs plutôt ternes, disposent leurs ailes à plat ou en toit au repos et possèdent des antennes se terminant rarement en massue, il existe toutefois des exceptions.

    Les zygènes, "papillons de nuit", sont actives presque exclusivement le jour et possèdent des antennes renflées à l'extrémité !

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    La zygène de la filipendule (Zygaena filipendulae).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juin 2011.

     

    Impossible de ne pas voir des zygènes butinant les fleurs d'une knautie des champs (Knautia arvensis) ou d'une scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria)! Elles se font remarquer par leurs couleurs et par leur vol bourdonnant. En outre, leurs antennes se terminent en massue et sont plus ou moins courbées à l'extrémité, ce qui leur a valu le nom de "sphinx-bélier".

     

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    Zygaena filipendulae

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Celles-ci ont des ailes rouges et noires très contrastées (Zygaeninae) ou colorées de différentes nuances de vert (Procridinae).

    La zygène de la filipendule (Zygaena filipendulae) est l'espèce la plus fréquente chez nous. Elle colonise de préférence les prairies de fauche, les prairies maigres ou les pelouses sèches rocailleuses. En général, la période de vol s'étend de fin mai-début juin à la mi-août.

    La chenille de cette zygène se nourrit surtout du lotier corniculé (Lotus corniculatus).

     

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    La chenille de la zygène de la filipendule (Zygaena filipendulae).

    Photo: Fr. Hela, De Panne (Westhoek), Juin 2011.

     

     

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    Le lotier corniculé (Lotus corniculatus), sa plante nourricière favorite.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), Mai 2011.

     

    La plupart du temps, des papillons se nourrissent du nectar de fleurs. Dans notre région, j'ai trouvé cette zygène sur les fleurs de la knautie des champs, de la scabieuse colombaire, de la centaurée jacée (Centaurea jacea), de la bétoine (Stachys officinalis) et du cirse des champs (Cirsium arvense). Il est intéressant de noter son attirance pour les fleurs lilas ou violettes. Par temps couvert, elle se repose souvent sur les graminées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Parmi les "zygènes vertes à bleu vert", Adscita statices se rencontre çà et là, au repos dans la végétation ou se nourrissant sur les fleurs. Ses sources de nectar préférées sont  les fleurs de la scabieuse colombaire et de différentes espèces de centaurées. Les observations de cette magnifique espèce que j'ai faites se sont toujours déroulées dans des milieux secs et, notamment, dans des prairies maigres abondamment fleuries. Les papillons adultes apparaissent souvent en juin.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 12 Juin 2011.

     

    La chenille de cette espèce se nourrit d'oseilles (Polygonaceae): l'oseille sauvage (Rumex acetosa), l'oseille ronde (Rumex scutatus) er la petite oseille (Rumex acetosella).

     

     

     

     

     

     

     

     

  • La carline vulgaire (Carlina vulgaris), "chardon doré" de nos carrières.

    En été, les amoureux des Alpes connaissent bien les carlines acaules (Carlina acaulis), petits soleils qui ne semblent jamais se faner et qui illuminent les pelouses subalpines, ou encore, les carlines à feuilles d'acanthe (Carlina acanthifolia), auréolées de bractées dorées et luisantes, croissant sur le sol des chauds coteaux calcaires de l'étage montagnard.

     

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    Si vous n'avez pas l'occasion de vous rendre en montagne cet été, consolez-vous ! Notre région est si belle et, en plus, elle possède une carline qui pousse dans les lambeaux de pelouses sèches, sur les éboulis ou certains terrils de pierres dans nos carrières désaffectées ou non. La carline vulgaire (cet adjectif signifie commune) ou "chardon doré" n'a rien de la grandeur royale de la carline à feuilles d'acanthe, mais elle n'en a pas moins sa beauté.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 12 août 2011.

     

    Ses feuilles sont épineuses comme celles des chardons. Sa "fleur" apparente est en réalité un ensemble de fleurs très petites serrées les unes contre les autres sur une sorte de "plateau" constitué par le sommet élargi de la tige, appelé un capitule. Ce celui-ci naissent une série d'écailles (bractées) protectrices allongées et aiguës qui entourent les fleurs. Les écailles extérieures (bractées foliacées), plus longues, sont d'un jaune pâle brillant. Elles confèrent à la plante sa réputation de baromètre comme chez les espèces alpines. Lorsque l'air est humide, elles se referment alors qu'elles s'étalent lorsque le temps est sec.

     

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    Photo: Fr. Hela, Durnal (Carrière), Août 2011.

     

    La carline vulgaire est une plante bisannuelle. La première année, la plante ne produit qu'une rosette de feuilles appliquées contre la sol.

     

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    Photo: Fr. Hela, Spontin (La Rochette), Juillet 2011.

     

    La hampe florale apparaît la deuxième année. Une fois les graines dispersées, la plante meurt.

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, Août 2011.

     

    Vous voyez que la montagne n'est pas loin ! D'ailleurs, notre plante, croissant de préférence sur un substrat contenant du calcaire, est commune dans les Hautes Alpes. On la trouve de 475 à 1950 mètres d'altitude (Ed. Chas, 1994) !

     

     

     

     

     

     

  • Un Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus) à Spontin: un évènement ornithologique !

    Le 22 mai dernier, venant de l'Airbois, je rejoins le petit hameau de Tricointe. La journée est radieuse en ce printemps particulèrement ensoleillé. Au dessus des pâtures, un imposant rapace apparaît. Il semble venir de la vallée du Bocq et des carrières. Son vol assez bas est lent et majestueux, entrecoupé de planées. De temps en temps, il vire et fait presque du surplace, à la recherche d'une probable proie. Je n'en crois pas mes yeux, il s'agit bien du Circaète Jean-le-Blanc. Malgré son allure légère, il est imposant. J'estime son envergure à 160 ou 170 cm, a peu près celle d'un grand balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus). Après environ une minute trente, l'oiseau s'élèvera au-dessus de la forêt domaniale pour disparaître définitivement. Pendant un moment non définissable, je resterai ébahi par cette observation que je n'attendais pas.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Le brun clair de la tête et des épaules de l'oiseau observé contraste avec le brun foncé des rémiges primaires et secondaires. La queue est barrée de trois bandes noirâtres. Lorsqu'il vire, le dessous de son corps est d'un blanc éclatant parsemé, sur la poitrine et aux flancs, de mouchetures beiges à marron. Sous ses ailes, on peut deviner des taches délimitant de fines lignes parallèles. Le plastron est assez pâle avec quelques marques foncées dans le bas.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Fin juillet, un circaète immature fréquente la carrière "La Rochette" à Spontin. Le 25 de ce mois, Charlotte Mathelart et Robin Gailly observent ce rapace, très rare chez nous, posé au sommet d'une paroi rocheuse de la carrière. Thierry Kynet prendra des photos de l'oiseau posé et en vol. Le 26 juillet, l'oiseau sera revu et photographié par Mariage. Les photos montrent l'oiseau posé au sommet d'un mélèze, au même endroit. Enfin, les 27 et 29 juillet, Geoffrey Raison, Nicolas Pierard et Robin Gailly verront une dernière fois le circaète.

     

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    Photos: Robin Gailly, Spontin, 29-07-11 - www.Observations.be

     

    Comme le souligne justement Paul Géroudet, le caractère morphologique le plus surprenant chez le circaète est sa grosse tête ronde qui évoque celle d'une chouette. La ressemblance est accentuées par la grandeur des yeux lesquels sont situés presque en position faciale (ce qui permet une bonne vision binoculaire, donc une perception du relief), et par la brièveté du bec. La couleur des yeux varie du jaune citron au jaune orangé. Le bec, gris foncé et bleuté à la base est bordé d'une cire également grisâtre.

     

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    Photo: Roland Ripoli - www.oiseaux.net

     

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Les tarses du circaète sont nus et revêtus d'une peau écailleuse de couleur gris jaunâtre. Ses doigts courts et trapus constituent des outils efficaces pour le maintien de proies minces, d'où son nom anglais: Short-toad Eagle. Bernard Joubert, auteur d'une remarquable monographie sur le Circaète Jean-le-Blanc, nous indique que l'oiseau de proie tire son nom scientifique du grec Kirkos-aetos: l'aigle qui plane décrivant des cercles, et du latin gallicus: de France, car décrit pour la première fois dans ce pays en 1788 par Gmelin. Il nous dit encore que l'appellation française fait allusion à la coloration claire, sinon complètement blanche, des parties inférieures du corps, à l'instar du nom italien Biancone.

     

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    Cet oiseau pris en photo dans la région Rhône-Alpes (F) est particulièrement pâle.

    Photo: R. Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    D'après B. Joubert (2001), le circaète est le seul oiseau d'Europe dont l'alimentation est basée essentiellement sur les reptiles (87 à 100 % du régime alimentaire) et, plus particulièrement, sur les serpents, y compris les vipères (70 à 96 % des proies). Les noms vernaculaires "Schlangenadler" (en allemand) et "Slangenarend" (en néerlandais) signifient "aigle des serpents". Dans les pays anglo-saxons, il a été baptisé Short-toed (Snake -) Eagle, autrement dit l'aigle des serpents à orteils courts.

    Le pourcentage des proies autres que des reptiles s'échelonne de 3,1 à 12,8 %. Il comprend surtout des Vertébrés: des mammifères comme le belette, le lièvre, le lapin, la taupe, ... des batraciens (crapaud commun) et grenouilles et, à titre anecdotique, quelques passereaux.

    La visite de ce magnifique rapace dans notre région est un évènement rare. Il faut dire que la nourriture ne manque pas dans la vallée du Bocq où carrières, éboulis, escarpements rocheux et l'ancienne voie ferrée sont autant de milieux fréquentés notamment par le lézard des murailles (Podarcis muralis), l'orvet (Anguis fragilis fragilis), la coronelle lisse (Coronella austriaca) et la couleuvre à collier (Natrix natrix).

     

  • La Coronelle lisse ou Couleuvre coronelle (Coronella austriaca), un serpent totalement inoffensif !

    Des trois serpents de notre faune, la coronelle lisse est la plus typique des coteaux secs. Elle recherche des endroits variés secs et ensoleillés, notamment les milieux rocheux, les carrières et les anciennes voies ferrées. Elle fréquente aussi les pelouses sèches, en particulier leurs lisières.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    Pour qui ne connaît pas cette couleuvre, elle ressemble de loin à la vipère péliade (Vipera berus) devenue extrêmement rare en Wallonie. Elle n'en a, en fait, que la taille et la couleur brune ou grise. La coronelle lisse est un petit serpent de 50 à 70 cm à l'âge adulte, atteignant rarement 80 cm. Son cou est mal défini et sa tête plutôt petite. Son dos est orné de deux rangées de petites taches foncées en général disposées par paires. Par comparaison, le dos de la vipère péliade présente une bande longitudinale caractéristique en zigzag continu. Les écailles dorsales de notre couleuvre sont lisses et non carénées d'où le qualificatifs "lisse" de son nom vernaculaire.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    Le critère le plus sûr de reconnaissance de l'espèce, outre son oeil typique de couleuvre (oeil rond et pupille ronde), c'est le trait sombre au niveau de la tête qui va du museau au cou, en traversant l'oeil.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    On remarque aussi, sur la nuque, une large tache foncée dessinant un croissant, une selle ou un "U".

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    La couleuvre coronelle est diurne. Assez lente, elle vit principalement au sol, mais elle peut grimper parfois aux buissons. Son observation à découvert est plus fréquente par temps assez couvert et lorsque l'humidité est élevée. Evitant de s'exposer aux heures les plus chaudes, le serpent est plus visible au début ou en fin des journées chaudes, ou bien lorsque le soleil réapparaît après une période de temps frais. Capturée, la coronelle se défend en sifflant et en mordant mais sans faire mal, vu la petite taille de sa tête. Elle est absolument inoffensive !!!

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    Sa présence est liée à celles des lézards et de l'orvet (Anguis fragilis fragilis) qui constituent sa nourriture principale. Son régime alimentaire se complète de petits rongeurs, d'insectes, de jeunes oiseaux au sol et de petits serpents, y compris ceux de sa propre espèce. Elle rentre en hibernation en octobre jusqu'au mois d'avril. La coronelle est la seule couleuvre européenne à être ovovivipare (les petits restent dans les conduits génitaux jusqu'à terme).

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    Dépassons nos peurs ! Si l'on parvient à poser un regard serein sur nos serpents, avec une envie de les connaître sans préjugés, on apprend qu'ils participent à la richesse de nos écosystèmes. En les observant attentivement et en les respectant, on découvre un monde fascinant et plein de surprises !

    Pour en savoir plus:

    * "Les Couleuvres et les Vipères" Ed. AtlasVisuels Payot Lausanne 1989.                    Série "Comment vivent-ils ?" Volume 22.

    * "Guide des Serpents d'Europe" U. Gruber Ed. Delachaux et Niestlé, Paris 1992.

    * "Amphibiens et Reptiles de Wallonie" J.-P. Jacob, Ch. Percsy et al. Ed. Aves-Raînne 2007

    * "Les Batraciens et Reptiles" (pour les plus jeunes) Ch. Guilleaume Guide de terrain à complèter et à colorier Reconnaître... Ed. de boek 2004.

    * "Réhabiliter les serpents"  Isère Conseil Général (F) Avril 2003 Conseil Général de l'Isère Service prospective et environnement Rue Jean Bocq 9 38000 Grenoble.