• La Grande Sauterelle verte (Tettigonia viridissima), un grand insecte musicien !

    La Grande Sauterelle verte, appelée dans certains coins de Wallonie "coq d'aousse", compte parmi nos plus grands Orthoptères. La longueur du corps atteint 28 à 46 mm suivant le sexe, la femelle étant la plus grande. Sa grande taille, sa couleur d'un beau vert clair avec, en général, une bande dorsale brune, ses ailes dépassant longuement le corps et ses très longues antennes permettent de la reconnaître facilement.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Septembre 2011.

     

    Adulte en été et en automne, la Grande Sauterelle verte est plutôt active l'après-midi et la nuit durant laquelle les mâles stridulent. Leurs émissions acoustiques très puissantes consistent en sons assez stridents qui paraissent distinctement hachés, audibles à environ 50 mètres. Chez nous, cette sauterelle est assez courante. C'est une espèce peu exigeante quant aux milieux de vie. On la trouve dans les friches, les jardins, les champs, aux bords des chemins ensoleillés, dans les pelouses sèches ou parmi les buissons, les broussailles et les arbustes. En général, elle grimpe lentement sur les végétaux, saute peu et vole aisément.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Septembre 2011.

     

    Le Grande Sauterelle verte est surtout entomophage. Les insectes et leurs larves essentiellement sont ses proies favorites. Les matières végétales constituent apparemment une nourriture d'appoint. Ce régime alimentaire souvent ignoré en fait un insecte très utile, notamment dans les jardins !

    La grande tarière lisse, en forme de sabre un peu courbé, longue de 27 à 32 mm, qui prolonge l'abdomen de la femelle, est impressionnante pour le profane, qui l'assimile à un dard vulnérant. En fait, il s'agit d'un organe pour pondre les oeufs dans le sol, appelé oviscapte. La  Grande Sauterelle verte peut mordre si on la manipule, mais elle est tout-à-fait inoffensive !

     

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    Oviscapte d'une femelle trouvée morte dans le centre d'Yvoir.

    Photo: Fr. Hela, 21 Septembre 2011.

     

    Les Orthoptères sont des insectes possédant généralement deux paires d'ailes très réticulées à nervation complète; la paire antérieure est plus ou moins durcies et protége les larges ailes postérieures servant au vol.

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    Tettigonia viridissima: Ailes (détails).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 21 Septembre 2011

     

    Les pattes postérieures plus longues que les autres leur permettent d'effectuer de grands bonds, d'où le nom de Saltatoria (du latin saltare, sauter) qu'on donne parfois à ces insectes. La grosse tête arrondie avec une face souvent verticale, le pronotum en forme de selle et la présence de pièces buccales orthognathes broyeuses sont également des caractéristiques de cet Ordre.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2011.

     

    Chez ces insectes, l'oeuf constitue généralement le stade de résistance à l'hiver. Les larves, qui ne se développent qu'au printemps suivant, ressemblent aux adultes si ce n'est leur taille inférieure, l'absence d'ailes et d'organes reproducteurs. Ceux-ci apparaîtront progressivement au cours des mues successives. Les Orthoptères sont donc ovipares et appartiennent au groupe d'insectes dits à métamorphose incomplète.

     

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    Grande Sauterelle verte: Stade juvénile.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe) Juin 2011.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Moi, mes souliers, ...

    Le titre de cette note peut surprendre. "Moi, mes souliers" est le titre d'une chanson de Félix Leclerc (1914-1988), conteur, poète, dramaturge et chansonnier québécois. Il reste pour moi un être que j'aime toujours écouter et lire. Ses chansons et ses écrits nous invitent à partager un monde où l'homme et la nature sont unis. Il nous emmène le long d'un ruisseau qui serpente dans les champs, de bosquet en bosquet, cherchant la source froide qui l'appelle derrière les arbres blancs. Il nous pousse à nous attarder, éveillés par le cri des oiseaux, au premier matin du printemps. Il nous invite à écouter les crapauds qui chantent la liberté, à pleurer la mort de l'ours, ce gros poilu ou à marcher dans le sentier qui longe les labours jusqu'au bouleau près duquel personne n'attend plus ...

    Mes souliers m'attendent et s'impatientent. Septembre est là et, chaque année à pareille époque, ils savent que la forêt nous invite à une fête qui se prolongera plusieurs semaines. Par les sentiers qui traversent nos bois, nous partons clairs et légers, enveloppés de vent et de lumière. Moi et mes souliers vont je ne sais où avec comme guide le hasard. Nous allons et marchons maintenant avec un sentiment fort d'aimer l'air et la terre. Nous avons rendez-vous avec l'automne !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 23 Septembre 20011.

     

    Mon âme humaine n'a point d'âge en ce moment-là. Tout est jeune et nouveau sous le soleil de septembre. Au bois, ce mois a sonné le départ des coucous gris, des pouillots siffleurs ou des fauvettes à tête noire et jauni les feuilles des trembles et coudriers. La gloire de l'automne s'affirme quand les feuillages, les uns après les autres, flambent de couleurs chaudes; jaune des bouleaux, ocre des mélèzes, ors variés des hêtres et châtaigniers, rouge orangé des érables et sorbiers, tons violacés des chênes, ... et lorsque le vert foncé inaltérable des pins et épicéas vient rehausser toutes ces nuances, c'est une splendeur dont les yeux ne peuvent se lasser.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Forêt domaniale de Tricointe, Octobre 2010.

     

    Bien avant la chute des feuilles, les rameaux des arbres qui ont donné feuilles et bourgeons diminuent leur activité; ils s'engourdissent et ne se réveilleront qu'au printemps prochain. Alors que leur vie souterraine continue, bien des plantes herbacées paraissent entrées en dormance, malgré les heures tièdes d'octobre...

    Les jours passent, de plus en plus courts. Graminées et certaines fougères se déssèchent. Les glands et faînes tombent. C'est la saison des champignons et des fruits qui rougissent, noircissent ou bleuissent sur les arbustes. Puis, pour les feuillus et les mélèzes, voici venir la chute des feuilles et des aiguilles.

     

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    Le Tricholome rutilant (Tricholoma rutilans)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Forêt domaniale de Tricointe, Octobre 2010.

     

    Première gelée ... Novembre pend ses brumes aux grands hêtres dénudés. Le vent courbe à l'extrême les saules et fait craquer les membrures du chêne. Les grues cendrées ou les oies sauvages remplissent alors le ciel. Leurs clameurs s'entendent partout pendant quelques heures voire plusieurs jours. L'hiver est à nos portes !

     

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    Je vais, je viens dans la nature, je fais partie d'elle. Assis au pied du gros chêne, je hume l'odeur de la forêt et écoute ses bruits subtils. Cette énorme plante contre laquelle mon dos repose est l'émergence de la force de la terre et du ciel. Comme elle, je suis né de la roche et du labeur de l'eau, de la chaleur du soleil, du froid et du souffle du vent qui me permet de respirer. Il me vient alors une pensée primordiale: " Nous devons prendre conscience que ces éléments, principes de toute la vie, existent en nous". Pour cela, il faut retrouver au fond de nous-même le sens du mystère. Albert Einstein disait à ce propos: "Le sens du mystère est la source de tout art véritable, de toute vraie science. Celui qui n'a jamais connu cette émotion, qui ne possède pas le don d'émerveillement ni de ravissement, autant vaudrait qu'il fût mort: ses yeux sont fermés." Comme le gros chêne, je suis un élément de l'harmonie du monde et je dois prendre garde de n'en point sortir. En effet, je sais que le monde est en moi et que je suis dans le monde!

     

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    Chêne pédonculé (Quercus robur)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 10 Septembre 2011.

     

    Prenons une poignée de terre noire dans la main, après avoir écarté un peu de la litière de feuilles. Cette matière appelée humus est douce au toucher et un parfum agréable s'en dégage. Les nutriments qu'elle contient sont le résultat de la grande besogne silencieuse d'innombrables créatures invisibles à l'oeil humain. Et déjà une nouvelle règle s'établit: "Tout ce qui meurt devient source de vie !". En parcourant la forêt on peut vérifier que la surface du sol est couverte de feuilles mortes, de branches, voire de troncs entiers ou en morceaux, d'excréments et de cadavres de petits et grands animaux., ... Si nous voulons comprendre davantage sur quoi repose l'ordre des choses, il suffit de se pencher et d'écarter un peu de ces résidus. Ceux des années précédentes sont en voie de changement vers le principe de la fécondité. Ils sont dégradés à la surface ou à l'intérieur du sol par des myriades de microorganismes qui les remettent en circulation sous forme d'éléments nutritifs disponibles pour perpétuer la vie.

     

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    Photo: G. Boots, Evrehailles.

     

    Moi et mes souliers nous foulons au pied un monde largement méconnu, invisible et fourmillant d'une multitude presque inimaginable d'organismes d'une diversité prodigieuse. Par mètre carré, on trouve, dans certains sols forestiers, cent billions de bactéries dans les trente premiers centimètres, des algues innombrables, des champignons avec environ un milliard d'individus, 500 millions de protozoaires, 10 millions de nématodes, ... * Bref, une pincée de terre contient plus d'habitants que l'humanité compte d'individus !

    Par les paroles d'Ousséini, chef d'un village du Sud Maghreb, Pierre Rabhi * compare très justement cette énorme activité au labeur d'un estomac, d'une panse ouverte largement répandue sur la terre. Cette digestion ressemble à une fermentation où tout s'entremêle pour donner une nouvelle matière qui se marie peu à peu à la glaise issue de la roche maternelle, transformée elle aussi par l'eau, le froid, la chaleur, le souffle du vent et les racines des plantes. Cette terre noire dans mes mains boit et respire comme un organisme dont la santé est bonne. Elle est la force et l'énergie qui se dégage du gros chêne que je sens en moi. Considérant l'être de la terre, nous pourrions dire que la roche est son ossature, l'argile et le sable, sa chair, et la matière noire son sang. L'être humain qui aura considéré ces choses connaîtra une part du secret de la vie. De cette terre féconde jaillissent des plantes vigoureuses, des arbres s'élèvent vers le ciel. Les créatures animales peuvent y prospérer et proliférer. Les espèces animales et végétales sont d'une diversité outrepassant notre capacité à les saisir toutes à la fois.

    Depuis l'aube des temps, les hommes savent dans leur âme ces choses et se sentent responsables de l'univers, mais actuellement beaucoup d'entre eux sont aveuglés par le matérialisme qui ne permet plus cette compréhension. Or, c'est justement celle-ci qui devrait nous éclairer sur ce que nous pourrions faire pour nous guérir et sauver la terre.

     

    * Voir le numéro spécial Protection de la nature 4/1985 de la Ligue Suisse pour la Protection de la Nature "Le Sol, un monde vivant", 30 pages.

    * "Parole de terre, une initiation africaine" de Pierre Rabhi, aux Editions Albin Michel (Espaces libres), 1996: Un récit magnifique à lire et relire ! L'auteur a fondé toute sa philosophie de vie ainsi que son travail de mise en valeur des régions arides et des cultures traditionnelles sur l'ardente passion qu'il voue à la Terre. 

     

     

     

     

     

     

     

  • Un Aster méridional rare, à Houx-sur-Meuse: Aster linosyris.

    Les chiffres entre parenthèses dans le texte invitent le lecteur à prendre connaissance d'informations complémentaires en fin de note.

    En cette journée de mi-septembre, je décide d'examiner attentivement les quelques plantes encore en fleurs croissant sur les zones rocheuses calcaires, à proximité du cimetière de Houx-sur-Meuse. En cette fin d'été, quelques Oeillets des chartreux (Dianthus carthusianorum) (1), des Herbes à l'esquinancie (Asperula cynanchica) (2) et des Scabieuses colombaires (Scabiosa columbaria) (3) colorent l'endroit. Là, le rocher est couvert de capitules jaune or ! C'est un beau peuplement d'Asters linosyris !

     

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    Cet Aster est une espèce thermophile (4) des pelouses sèches et des rochers, souvent en des lieux riches en calcaire. Généralement abondant dans ses localités, Aster linosyris (5), originaire d'Europe méridionale et médiane, est une espèce rare à très rare en Belgique. La Commune d'Yvoir compte plusieurs stations bien fournies dont celles situées sur le site des Rochers de Champalle.

     

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    De nombreux Asters sont cultivés pour l'ornement des jardins. Ils sont mieux connus du grand public. Certains se rencontrent parfois dans la nature à l'état subspontané (6) ou naturalisé (7). La plupart d'entre eux sont originaires d'Amérique du Nord. Il existe aussi de nombreux cultivars, souvent d'origine horticole.

     

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    Un Aster originaire d'Amérique du nord, souvent cultivé dans les jardins.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Septembre 2011.

     

    Dans notre pays, les Asters croissant spontanément sont rares. Avec l'Aster maritime (Aster tripolium) des vases et prés salés du littoral et Aster linosyris, nous avons fait le tour du Genre en Belgique. Aster linosyris fleurit assez tard. D'août à novembre, certains rochers se parent de centaines de fleurs jaunes. En regardant attentivement une "fleur", on peut s'apercevoir qu'il s'agit d'un ensemble de petites fleurs tubulées réunies sur un réceptacle commun, appelé capitule. Notre Aster fait partie de la grande Famille des Astéracées (anciennement Composées) comme les marguerites, les pissenlits, les centaurées, les épervières, les carlines et bien d'autres.

     

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    La plante d'une hauteur de 30 à 50 cm à des tiges ramifiées dans la partie supérieure et des feuilles linéaires (8), nombreuses et rapprochées, larges au maximum de 2mm.

     

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    (1) Parce qu'il aurait été cultivé en Chartreuse où il ornait les jardins d'un prestigieux monastère, cet oeillet porte un nom évocateur. Aujourd'hui, cette plante égaye les pelouses calcaires et les rochers ensoleillés de la Haute-Meuse de ses quelques fleurs d'un rose rouge intense.

     

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    L'oeillet des Chartreux (Dianthus carthusianorum)

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    (2) Petite Rubiacée, proche parente des gaillets et de l'aspérule odorante, l'herbe à l'esquinancie (Asperula cynanchica) abonde à certains endroits dans nos pelouses sèches et nos rochers. C'est une espèce qui aime les sites ensoleillés et chauds, croissant de préférence sur un substrat contenant du calcaire.

     

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    L'herbe à l'esquinancie (Asperula cynanchica)

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    (3) La scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria) est assez répandue dans notre région. Elle fleurit de juillet à octobre dans les pelouses sèches et parfois sur les rochers. C'est une espèce thermophile qui pousse exclusivement sur des substrats contenant du calcaire.

     

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    La scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria)

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    (4) Une plante thermophile croît de préférence dans des sites chauds et ensoleillés.

    (5) Une forme naine et trapue d' Aster linosyris pousse sur quelques falaises rocheuses maritimes battues par les vents, en Bretagne; le port de la plante exprime son adaptation à un biotope où la forme typique d'Aster linosyris ne pourrait survivre. Elle semble génétiquement fixée et a reçu le nom d'Aster armoricanus (Aline Raynal-Roques, in "La botanique redécouverte" - Ed. Belin, 1994, page 87).

    (6) et (7) Une plante subspontanée est une plante cultivée, échappée des jardins, des parcs ou des champs, ne persistant souvent que peu de temps dans ses stations ou du moins ne se propageant pas en se mêlant à la flore indigène. Si c'est au contraire le cas, elle sera dites naturalisée ou en voie de naturalisation. 

    (8) Une feuille linéaire est une feuille  longue et très étroite, à bords plus ou moins parallèles.

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Sur les traces de l'Araignée-Frelon ...

    Les chiffres entre parenthèses dans le texte renvoient le lecteur en fin de note pour des renseignements supplémentaires.

    L'Argiope fasciée (Argiope bruennichi) est sans nulle doute une de nos plus belles araignées. En langage vernaculaire, on la nomme souvent "argiope", "épeire fasciée" ou encore "araignée-frelon". La femelle, d'assez grande taille (1) est très reconnaissable à son abdomen ovale et tronqué en avant. Celui-ci, jaune pâle à jaune doré, orné à la face dorsale de bandes noires transversales plus ou moins sinueuses, lui donne un aspect "tigré". Ses pattes brun pâle sont cerclées de noir.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Septembre 2011.

     

    Appartenant au groupe des araignées orbitèles (2), elle construit une toile de forme circulaire, en orbe. Celle-ci, tissée à faible hauteur dans la végétation, atteint 30 cm de diamètre. Elle est ornée d'un ruban vertical de soie nacrée, en zigzag, appelé stabilimentum (3). A l'affût, l'Argiope fasciée se poste au centre de la toile, tête vers le bas, les pattes étalées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Septembre 2010.

     

    Le dimorphisme est très marqué chez cette espèce. Les mâles sont beaucoup plus petits (4 à 8 mm). Ils n'ont pas les riches coloris des femelles. Ils ne construisent pas de toile et mènent une vie errante, sauf à l'époque des amours où on peut les voir au voisinage immédiat ou sur les toiles des femelles.

     

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    C'est normalement fin juillet que l'on aura la chance de rencontrer les premières femelles adultes, au centre de leurs toiles. A cette époque, elles ont déjà une taille respectable. Sans avoir encore des bandes noires et jaunes de l'abdomen entièrement marquées, elles ont cependant atteint la maturité sexuelle. Dès le mois d'août, on peut noter la présence de femelles de grande taille, dont les teintes des bandes transversales se sont avivées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 12 Août 2011.

     

    Fin de l'été, la femelle, sur le point de pondre, construit deux ou trois cocons protecteurs dans lesquels elle place ses oeufs. Ces cocons sont de véritables chefs d'oeuvre ressemblant à de minuscules montgolfières d'une hauteur de 15 mm. L'araignée tisse d'abord un petit sac central qu'elle remplit de 400 à 600 oeufs. Elle enveloppe alors celui-ci d'une véritable "bourre" de fil de soie: c'est l'isolant thermique qui protège la ponte du froid. Un tissage externe soyeux termine le travail. L'argiope meurt peu après (4).

    Ainsi protégés, les oeufs peuvent passer l'hiver. L'éclosion progressive a lieu au printemps. Sous l'action des rayons solaires, l'air enfermé dans le cocon s'échauffe et provoque son éclatement. Les jeunes araignées vont partir alors à la conquête du monde extérieur.

     

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    Cocon ovigère avec de petites argiopes prêtes pour conquérir d'autres territoires.

    Photo: Fr. Hela, Thynes, Juin 2010.

     

    Les petites arignées vont alors se disperser en tissant un fil de soie d'une certaine longueur qui se fixe habituellement aux tiges, brindilles, feuillage,... des alentours immédiats. C'est, en quelque sorte, un pont aérien destiné à assurer la progression des araignées afin de rechercher un habitat éloigné du lieu de naissance. Dans d'autres circonstances, profitant de la présence d'ascendances thermiques et de vents favorables, les jeunes araignées se laissent emporter parfois sur de très grandes distances, toujours grâce à ce fil de soie joliment nommé "fil de la Vierge".

    L'Argiope fasciée se rencontre dans des habitats chauds, ensoleillés et, en général, secs, ayant subi une influence humaine (5). Cette espèce est thermophile et de nombreux auteurs l'indiquent dans plusieurs études. Ainsi, R. Guttmann (1979) montre que 90% des stations de cette araignée en Allemagne bénéficient d'une température au-delà de 10°C, pendant au moins 150 jours par an. En Europe centrale et occidentale, l'araignée-frelon aime particulièrement les versants bien exposés à l'orientation sud et sud-ouest (Cl. Puts, 1987). Chez nous, les espaces ouverts fortement ensoleillés sont les plus recherchés par l'araignée, tandis que les milieux fermés et ombragés sont évités. Ainsi les zones forestières, à l'exception des lisières et des chemins bien exposés ne lui conviennent pas. Notons, pour terminer, que sa présence dans certains jardins de notre localité est assez fréquente !

     

    (1) 14 à 18, voire 25 mm. Les araignées vivant en région méditerranéenne sont souvent plus grandes que chez nous.

    (2) Encore appelées "araignées à toiles géomètriques", les araignées orbitèles n'ont en commun que la forme circulaire, en orbe, de leur toile.

    (3) Le rôle du stabilimentum demeure inconnu. Sa fonction principale, bien que controversée, serait efficace contre les prédateurs, en masquant la silhouette de l'araignée (camouflage). Il aurait un rôle de soutien et augmenterait la résistance de la toile,...

    (4) D'après certains auteurs, les femelles vivent jusqu'en octobre. J'ai moi-même observé l'argiope un 30 septembre.

    (5) Ce sont les jardins, les haies, les bords de champs et de routes, les terrains vagues en ville, les talus, les dépotoirs et sites industriels désaffectés, les ruines, les carrières abandonnées, les pelouses sèches sur sols siliceux ou calcaires, les vieilles friches et les pâturages extensifs. 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • L'Ecaille chinée (Euplagia quadripunctaria), une espèce plutôt méridionale.

    Les motifs cryptiques des ailes antérieures dissimulent parfaitement ce papillon lorqu'il est posé sur un rocher ou parmi la végétation. Vient-il a être découvert, il s'enfuit brusquement, dévoilant ses ailes postérieures rouges marquées de taches noires. Ce comportement me surprend toujours. Il vole souvent en plein soleil avec une rapidité déconcertante. Une fois posé, il n'est pas facile à repérer.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2011.

     

    Dans notre région, l'époque du vol de cette magnifique Ecaille s'étend de juillet à début septembre. Certaines années, elle peut être très abondante. Elle affectionne particulièrement les bois clairs et brousailles, généralement secs. Elle fréquente aussi les pentes rocheuses abruptes et les carrières. On peut l'observer dans les vallées du Bocq et de la Meuse, butinant en plein jour l'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum), l'origan (Origanum vulgare), les cirses (Cirsium sp.), les chardons (Carduus sp.), les centaurées (Centaurea sp.) et d'autres plantes à floraison tardive. Il n'est pas rare de la rencontrer dans les zones rurales peu ombragées, dans les friches et même les jardins.

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 25 Juillet 2011.

     

    L'Ecaille chinée est un Hétérocère ("papillon de nuit") de la famille des Arctiidae (Ecailles) dans laquelle on trouve plusieurs espèces ternes ou vivement colorées qui sont plutôt nocturnes. Quelques unes ont toutefois des moeurs diurnes comme notre Ecaille ou celle du séneçon, appelée aussi "Goutte-de-sang" (Tyria jacobaeae) dont les chenilles oranges annelées de noir se nourrissent de divers séneçons (Senecio jacobaea et Senecio vulgaris notamment).

     

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    L'Ecaille du séneçon (Tyria jacobaeae) et sa chenille.

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.

     

    En août, la femelle de notre Ecaille chinée pond ses oeufs en groupe sur du feuillage. L'éclosion des chenilles polyphages a lieu au bout de 10 à 15 jours. Peu après avoir consommé quelques plantes (lamiers, orties, épilobes, pissenlits, plantains, ...), celles-ci rentrent en hibernation. Au printemps, elles se réalimentent en s'attaquant au feuillage de certains arbustes, dont le noisetier et le framboisier. Vers la fin du mois de mai, elles se nymphosent et l'émergence des papillons adultes se déroulent souvent début juillet.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 20 Août 2011.

     

    Cette espèce présente une aire de répartition globalement plus méridionale. Cela ne l'empêche pas de s'élever relativement haut en montagne, en remontant par les vallées. L'Ecaille chinée occupe essentiellement l'Europe moyenne et méridionale. Plus au Nord, elle atteint l'Allemagne moyenne où les régions Kerfeld-Massif du Harz semble être une limite. Dans les vallées du Sud de l'Europe, on observe occasionnellement des concentrations massives de cette Ecaille: ce phénomène, paraît-il, est même régulier sur l'île de Rhodes, où des dizaines de milliers de ces papillons se rassemblent sur les rochers et les arbres, recouvrant intégralement ceux-ci. Ce spectacle féerique compte parmi les curiosités touristiques de l'île !

     

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    Rassemblement d'Ecailles chinées sur un tronc d'arbre.

    Vallée des papillons (Ile de Rhodes - Grèce)

    Photo: www.digitalphoto.pl

     

     

     

     

     

  • Merveille de la nature: les fruits du fusain (Euonymus europaeus)

    Rouge orangé, rouge vermillon, noir luisant ou bleutés, les fruits sauvages parent à l'arrière saison, les haies et buissons de nos campagnes et lisières forestières. La profusion cette année de prunelles, mûres, cenelles des aubépines, sorbes du sorbier des oiseleurs, drupes des sureaux ou cornouilles, ... attirent le regard du promeneur. Avant de fermer notre porte et d'allumer notre feu, allons encore par les sentiers et le long des haies de notre entité pour y cueillir quelques impressions colorées de fin d'été ou d'automne. Voici les fruits du fusain nommé aussi "bonnet carré", "bonnet de prêtre ou d'évêque" et encore "bois carré", ... les petites fleurs régulières blanc verdâtre d'un centimètre de diamètre de ces arbustes sont passées inaperçues en avril et mai, mais les fruits à la curieuse allure surprennent à la fin de la belle saison. Sur les rameaux aux feuilles jaunissantes, on peut voir des lanternes carrées en grand nombre qui sont à l'origine du nom populaire évocateur de "bonnet de prêtre", du temps où nos ecclésiastiques portaient la barrette ! Ce sont, en fait, de petites capsules à quatre loges rose carmin qui éclatent en automne dégageant de magnifiques graines orangées luisantes, véritables merveilles de la nature.

     

    Euonymus europaeus Awagne 3-09-11.JPG

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 3 Septembre 2011.

     

    Le fusain, de la Famille des Célastracées, est souvent un arbuste de 3 à 5 mètres de haut. Les tiges sont relativement dressées, ramifiées et d'un vert mat. Elles sont presque quadrangulaires (souvent marquées de quatre crêtes blanchâtres plus ou moins liégeuses). Les rameaux d'un vert franc sont assez rigides et opposés. Les petits bourgeons verts sont appliqués contre les rameaux. Les feuilles opposées d'un vert mat sur le dessus possède un court pétiole. Le limbe de celles-ci est lancéolé (4 à 6 cm) et finement denticulé. Les petites fleurs régulières blanc verdâtre apparaissent aux mois de mai et juin.

     

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    Photo Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.

     

    Il s'agit d'un arbuste qui croît dans les bois, les taillis et les haies, surtout sur des sols riches mais pas exclusivement et sur un substrat contenant du calcaire (espèce calcarifère). Il préfère la pleine lumière ou des expositions moyennement ombragées. A Yvoir, il indique souvent la présence de roches clacaires dans le sous-sol, avec l'érable champêtre (Acer campestre), le cornouiller mâle (Cornus mas), le troène commun (Ligustrum vulgare), la viorne mancienne (Viburnum lantana) et le nerprun purgatif (Rhamnus cathartica).

    D'autres fusains sont cultivés pour l'ornement. C'est le cas notamment d'espèces à feuilles persistantes, originaire du Japon: Euonymus japonicus et fortunei. Une autre espèce, aux feuilles plus grandes (limbe de 8 à 16 cm) et dont les capsules sont ailées aux angles, est plantée dans les parcs et jardins ou parfois dans des haies, en alternance avec des arbustes indigènes. Il s'agit du fusain à larges feuilles (Euonymus latifolius), d'Europe méridionale et du sud-ouest de l'Asie.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, Septembre 2011.

     

    Les fruits toxiques des fusains contiennent diverses substances colorantes. Les graines renferment un hétéroside cardiotonique. En Amérique du Nord, l'écorce des racines du fusain pourpre noir (Euonymus atropurpureus) est douée de propriétés purgatives et cholagogues dues à un complexe résineux peu connu dénommé l'évonymine (P. Moens, 1991).

    Carbonisé en vase clos, le bois du fusain donne un charbon de bois ferme (le fusain) très apprécié des dessinateurs. Le bois très homogène à grain extrêmement fin, jaune clair à soufré, veiné de brun au coeur, ressemble à celui du buis (Buxus sempervirens) quoique moins dense et moins dur. Celui-ci est tendre et facile à travailler: fuseaux (le mot "fusain" indique que le bois servait à tourner des fuseaux), navettes, aiguilles, marqueterie. 

     

     

     

     

     

     

  • Le gobemouche gris (Muscicapa striata): Un oiseau discret mais un chasseur d'insectes efficace.

    En cette deuxième semaine du mois d'août peu d'oiseaux s'expriment à Godinne. Ici et là, on peut entendre les cris d'un pic épeiche, d'un pic vert, d'un grimpereau des jardins ou des notes précipitées lancées par des sittelles torchepots. Il fait bien calme dans ce jardin arboré !

    Des sons ténus, durs et aigus, émis à intervalles réguliers me parviennent. Des "tsrii...tsr...tsrit...tzi..." s'entendent dans cet arbuste assez haut du sous-bois. Il y a des gobemouches gris dans les parages. En voici un perché à la pointe d'une branche, posté dans l'ombre des grands chênes. Son oeil noir est aux aguets.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Maintenant, il s'élance, prend en chasse un insecte, exécute lors de sa poursuite quelques acrobaties avec les ailes et, après l'avoir gobé avec un claquement de bec, retourne à son poste. Mais, il n'est pas seul ! En réalité, toute une petite famille entreprend une chasse aux insectes ! A partir de leurs perchoirs, les oiseaux happent sans cesse des bestioles en lançant des cris menus brefs. Quel spectacle pour l'observateur !

    En raison de sa discrétion, le gobemouche gris est un passereau peu remarqué qui n'éveille pas souvent la curiosité. Avec son plumage gris souris qui tourne au blanc sale sur la gorge et le ventre, il passe fréquemment inaperçu. "Pas une note de couleur un peu vive sur ce plumage aux tons neutres, dont seules quelques mouchetures sur les côtés du cou, la poitrine et les flancs relèvent un peu la monotonie." (P. Géroudet, 1998).

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Pourtant, ce chasseur redoutable d'insectes (Diptères, Lépidoptères, Hyménoptères, Coléoptères, ...) mérite toute notre attention. Dans notre région, il est plus fréquent qu'on ne le croit !

    Les ailes plutôt longues, la brièveté des pattes, le bec assez long et un peu plus large à la base, encadré de vibrisses bien développées, sont autant de caractéristiques* des gobemouches, chasseurs d'insectes. P. Géroudet (1998) indique que les vibrisses, poils raides qui se hérissent de chaque côtés du bec, ont pour fonction probable d'élargir encore la portée de la bouche et de retenir les proies. Cet auteur indique aussi que la faiblesse des pattes montre que les gobemouches ne sont pas du tout terrestre.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Le gobemouche gris affectionne les milieux arborés clairs et ouverts qui offrent aussi bien des perchoirs et espaces dégagés pour chasser ses proies, que des cavités très ouvertes en tout genre pour nicher (loges de pics, cavités naturelles, trous dans les murs, nichoirs, ...). L'oiseau a une prédilection pour les espaliers et les plantes grimpantes (vignes, glycine, clématites, lierre grimpant, ...) contre les maisons. Les zones boisées en bordure du Bocq, composées notamment d'aulnes et de saules sont aussi adoptées par l'espèce.

    Ce sont des oiseaux migrateurs. Ils arrivent très tardivement sur les lieux de nidification, rarement avant la dernière décade d'avril. C'est surtout dans le courant du mois de mai que ces oiseaux réapparaissent chez nous. Dès la mi-août, ils regagnent leurs quartiers d'hivernage africains situés au Sud du Sahara, jusqu'en Afrique du Sud ! Là, les oiseaux fréquentent la brousse épineuse et les acacias, ou bien les lisières des grandes forêts. Le passage postnuptial dure tout le mois de septembre. Des observations jusqu'à la fin octobre, voire début novembre, sont exceptionnelles.

    * Ces caractéres sont encore accusés chez les hirondelles et poussés à l'extrême chez le martinet noir et les engoulevents.  

     

     

     

  • Rencontre avec la couleuvre à collier (Natrix natrix).

    Spontin, le 30 juillet 2011.

    A partir du cimetière, j'emprunte un petit sentier ombragé qui me mène sur une sorte de plateau rocailleux parsemé d'un tapis de nombreuses plantes en fleurs et d'où je peux contempler l'ancienne carrière, au lieu-dit "La Rochette" ou "Les Roches". A ma droite, mon attention se porte sur une petite zone humide où croissent deux petits joncs: le jonc à tige comprimée (Juncus compressus) et le jonc à fruits luisants (Juncus articulatus). Je m'en approche doucement et, accroupis, je prends quelques photos de près de ces deux espèces. Là, à moins de cinq mètres de moi, une forme foncée allongée m'attire. A pas mesurés comme si je marchais avec des pattes de velours, j'arrive lentement sur les lieux. Quelle surprise ! Une couleuvre à collier de belle taille, lovée, me fixe de son oeil rond.

     

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 30 Juillet 2011.

     

    Elle bouge la tête dans ma direction et, mâchoires serrées, elle projette vers l'avant sa langue bifide plusieurs fois pour me sentir ou éventuellement me toucher. Celle-ci n'a évidemment pas pour fonction de piquer et est régulièrement sortie puis ramenée dans la bouche. A l'intérieur de celle-ci, les deux pointes touchent un appareil olfactif et gustatif, l'organe de Jacobson, dont les ouvertures sont situées dans le palais, et qui transmet les informations au cerveau.

     

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 30 Juillet 2011.

     

    Soudain, voyant que je me rapproche pour la photographier, elle bluffe pour m'intimider en dressant la tête, l'aplatissant et l'élargissant en triangle. A présent, elle souffle bruyamment et se met à donner des coups de museau sur l'appareil photo, sans ouvrir la gueule pour mordre. Se rendant compte probablement que ses postures ne m'impressionnent guère, elle se déroule entèrement et, comme un long ruban, disparaît rapidement dans la végétation (1). Sa taille voisine sûrement le mètre. D'ailleurs, c'est le plus grand de nos serpents, à l'âge adulte. Les mâles atteignent en général 90 cm de longueur, tandis que les femelles atteignent 120 cm. Des serpents de taille exceptionnelle (150 à 170 cm) ont été observé en Wallonie (E. Graitson, 2007).

     

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 31 Juillet 2011.

     

    La couleuvre à collier se reconnaît au premier coup d'oeil par la présence sur la nuque de deux croissants latéraux jaunes pâles, parfois blancs, rarement oranges. Ils sont bordés vers l'arrière par deux taches noires et se rejoignent habituellement pour former un collier clair, d'où le nom vernaculaire donné à ce serpent.

    La teinte générale de notre serpent est assez uniforme, mais varie d'un individu à l'autre. Le plus souvent, c'est le gris ou le vert olive qui domine; parfois aussi le brun jaune ou brun orange. On remarque assez souvent des taches diffuses foncées sur le dos et de petits traits verticaux noirâtres sur les flancs.

     

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 31 Juillet 2011.

     

    Son cou est bien marqué, le museau est court et légèrement tronqué. Des barres verticales noires sont présentes sur les écailles labiales, en-dessous de l'oeil qui est rond, ainsi que la pupille.

     

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    Photo: Michel Gijsemberg, Crupet, Avril 2010.

     

    La couleuvre à collier est tout-à-fait inoffensive pour l'homme ! Comme la coronelle lisse (Coronella austriaca), elle est dépourvue de dents spécialisées pour inoculer le venin (serpent aglyphe). Certaines couleuvres à collier, plus agressives, peuvent mordre, mais sans conséquences majeures.

    La couleuvre à collier se différencie de la coronelle par sa taille adulte nettement plus grande, par l'absence de trait foncé en travers de l'oeil et par la présence presque constante du collier clair sur la nuque, ainsi que les écailles carénées.

     

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    Coronella austriaca

    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), Juillet 2011.

     

    Elle se distingue de la vipère péliade (Vipera berus) par sa taille adulte très supérieure, par l'absence de bande sombre en zigzag sur le dos ainsi que par des caractères visibles de près, comme la pupille ronde et la présence de grandes plaques sur la tête.

     

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    Vipera berus

    Photo: J. Bultot.

     

    (1) Il arrive aussi que la couleuvre à collier simule à la perfection l'apparence d'un serpent mort. Elle se met alors sur le dos, ventre en l'air, la tête couchée sur le côté, la gueule ouverte et la langue pendante. C'est une attitude cataleptique qu'elle adopte parfois lorsque toutes ses postures d'intimidation sont épuisées. Au bout d'un moment, s'il ne s'est rien passé, elle se remet promptement sur le ventre et, profitant de l'effet de surprise, fuit rapidement sans demander son reste.

     

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    Photo: Y. Brunelli