• Des Grues cendrées (Grus grus) de passage à Yvoir.

    Ce jeudi 27 octobre 2011, un groupe de 160 Grues cendrées passent en vol sud-ouest, au-dessus de la maison forestière, dans la forêt domaniale de Tricointe, vers 10h42. Visiblement, les grues cherchent la bonne direction, car le vent de face est soutenu.

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    Photo: Pierre Goffioul, Yvoir (Tricointe), 27 Juillet 2011.

     

    Une heure plus tard, vers 11h45, 180 grues très bruyantes passent en vol sud-ouest au-dessus de l'Airbois, à Tricointe.

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    Photo: Pierre Goffioul, Yvoir (Tricointe), 27 Juillet 2011.

     

    Spectacle toujours émouvant que ces vols de grues cendrées ! Regardez en l'air, ce n'est qu'un début ! Si, dans les prochaines semaines, le vent de nord-est se met à souffler, il est possible que plusieurs vols bruyants emplissent le ciel, le jour comme la nuit. A vos jumelles !! N'oubliez pas de me faire part de vos observations.

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    Photo: Pierre Goffioul, Yvoir (Tricointe), 27 Juillet 2011.

  • Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Troisième partie)

    L'Argus Bleu Nacré (Polyommatus coridon) est une espèce représentative des prairies maigres. Il fréquente les prés et pelouses sèches à herbes rases, les coteaux exposés au soleil, surtout ceux constitués d'un substrat calcaire. Dans le milieu préservé du site des Rochers de Champalle, il peut être très abondant en plein été.

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    Un mâle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 25 Juillet 2011.

     

    La face supérieure du mâle est bleu gris argenté, parcourue de nervures sombres. Le bord des ailes est brunâtre, ourlé de longues franges blanches avec des taches foncées. La femelle est brune souvent saupoudrée de bleu. Deux petites taches plus foncées marquent les ailes antérieures et de petites lunules submarginales oranges sont, en général, nettes.

     

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    Une  femelle.

    Photo: Fr. Hela, Sosoye, 30 Juillet 2011.

     

    L'Argus Bleu Nacré est une espèce monovoltine, c'est-à-dire qui présente une seule génération annuelle. Il commence à voler au début juillet et disparaît normalement en septembre. On l'a vu rechercher le nectar de la centaurée scabieuse (Centaurea scabiosa), de la scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria), de l'origan (Origanum vulgare), du serpolet commun (Thymus pulegioides), de cirses (Cirsium div.) et de diverses Fabacées (Papilionacées). Sa chenille vit en mai et juin sur l'Hippocrépide en ombelle ou fer-à-cheval (Hippocrepis comosa), les vesces et les trèfles ... Elle est souvent accompagnée de fourmis.

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    L'Hippocrépide en ombelle ou fer-à-cheval (Hippocrepis comosa), une des plantes préférées de la chenille de l'Argus Bleu Nacré.

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Mai 2011.

     

    Si l'Argus Bleu Nacré peut être abondant sur les pelouses sèches des Rochers de Champalle, il est cependant en très net recul. Dans nos régions, les causes de sa relative rareté sont nombreuses: l'intensification de l'agriculture, la fumure des dernières prairies maigres, le boisement de milieux ouverts et l'urbanisation.

     

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    L'Argus Bleu Nacré: détail de la face inférieure des ailes d'un mâle.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Juillet 2011.

     

    L'Argus myope (Lycaena tityrus), appelé aussi Cuivré fuligineux, était assez répandu dans les prairies à hautes herbes avec beaucoup de fleurs et des oseilles sauvages. C'est une espèce bivoltine (deux générations par an) qui vole d'avril à juin et de juillet à septembre. Le mâle à la face supérieure des ailes brun foncé uni avec des points noirs, ourlée de blanc. La femelle présente une couleur plus vive. Les ailes antérieures sont orangées ponctuées de taches foncées et ses lunules submarginales oranges sont plus marquées.

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    Lycaena tityrus: Une femelle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    L'Argus myope visite toutes sortes de fleurs dont le serpolet commun (Thymus pulegioides), l'origan (Origanum vulgare) et la grande marguerite (Leucanthemum vulgare). Sa chenille vit sur l'oseille sauvage (Rumex acetosa) et la petite oseille (Rumex acetosella). Il n'est pas impossible qu'on la trouve aussi sur l'oseille ronde (Rumex scutatus) qui abonde, à certains endroits, sur les éboulis des carrières, le long de la voie désaffectée Ciney-Spontin-Yvoir et sur certains murets. Certains auteurs de Suisse la renseignent sur cette espèce, dans les Alpes.

     

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    La petite oseille (Rumex acetosella), une plante visitée par la chenille de l'Argus myope.

    Photo: Fr. Hela, Thommen, 22 Juillet 2011.

     

    Pour stimuler la présence de ce papillon, on ne devrait ni fumer, ni détruire les prairies maigres et les prés humides. Il serait avantageux pour l'espèce de conserver des îlots non cultivés dans les campagnes, par exemple sur les talus et les remblais, où des plantes sauvages variées peuvent croître librement.

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    Face inférieure des ailes du mâle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

     

     

     

     

     

     

  • Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Deuxième partie)

    La Thécla du Bouleau (Thecla betulae) est un papillon de fin d'été et d'automne typique. Elle éclôt déjà à la fin juillet. Cependant, on ne l'observe la plupart du temps que de la mi-août à mi-octobre, en raison d'une diapause (1) estivale. Le mâle est observé plus rarement que la femelle.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 10 août 2011

     

    Cette espèce sédentaire habite les lisières, les vergers et les jardins, même dans les grandes villes. Elle séjourne volontiers dans les cimes des arbres où elle passe inaperçue. Le papillon se pose souvent sur des feuilles, au soleil, pour sucer le miellat des pucerons. Il sonde aussi les fruits blets, notamment les prunes, et butine plus rarement sur des fleurs d'Ombellifères ou de ronces. Le nom d'espèce de ce Thécla (betulae, du bouleau), désigne plus le lieu de séjour de ce papillon que la plante nourricière de la chenille. En effet, d'avril à juin, celle-ci consomme le feuillage de divers arbres et arbustes du Genre Prunus, dont le prunellier (Prunus spinosa). Certains auteurs indiquent d'autres essences: le cerisier à grappe (Prunus padus), le merisier (Prunus avium), les aubépines, les bouleaux, le hêtre (Fagus sylvatica) et les chênes. 

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 10 Août 2011.

     

    La Thécla du Bouleau fait partie des espèces en voie d'extinction; en maints endroits, elle est devenue une rareté. Aussi, il conviendrait de conserver absolument les prunelliers le long des lisières et dans les haies. Il serait bon pour l'espèce de prévoir, dans vos jardins, des buissons composés d'arbustes indigènes !

     

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    Photo: Nadine Thonnard, Godinne, 10 Août 2011.

    (1) Diapause: Phase pendant laquelle l'évolution de l'oeuf, de la chenille, de la chrysalide ou du papillon subit un arrêt. Elle est le plus souvent déclenchée par les conditions climatiques du milieu, telles que l'hiver ou l'été, mais elle peut aussi être programmée héréditairement suivant l'espèce.

     

    L'Azuré de la Bugrane (Polyommatus icarus) est le plus commun de nos Lycénidés. Assurément, cette espèce a mieux résisté à l'intensification de la culture des sols et à l'urbanisation. Le mâle (1 et 6) a une face supérieure bleu violet clair ourlée de blanc. La femelle a une face supérieure brun foncé assez souvent lavée de bleu (2). On peut distinguer facilement cet Azuré des espèces voisines grâce aux dessins de la face inférieure des ailes. Celle-ci est brune et marquée d'une ponctuation complète avec des lunules submarginales oranges (3).

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    Illustration: Fr. Severa dans "Papillons" aux Editions Gründ, Paris 1986.

     

    Chez nous, l'Azuré de la Bugrane fréquente les bords de chemins et de routes, les accotements des voies ferrées, les pelouses sèches ou les prairies fleuries, les friches ... Il pénètre occasionnellement dans les villes et on l'observe souvent dans les jardins ou dans les cultures et les pâturages envahis par différentes espèces de trèfles. Présentant deux à trois générations durant la belle saison, on le voit voler d'avril à septembre-octobre. Il butine volontiers l'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum), l'origan (Origanum vulgare), le clinopode (Clinopodium vulgare), les menthes (Mentha sp.) et bien d'autres plantes fleuries riches en nectar.

     

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    L'Azuré de la bugrane, un mâle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 27 Avril 2011.

     

    La chenille, accompagnée en général de fourmis (voir les commentaires en fin de note), se nourrit de diverses Fabacées (Papilionacées). La bugrane rampante (Ononis repens), la luzerne lupuline (Medicago lupulina), le trèfle rampant (Trifolium repens), le trèfle des prés (Trifolium pratense), la vesce cultivée (Vicia sativa), la vesce à épis (Vicia cracca) ... sont quelques plantes citées par divers auteurs.

     

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    La bugrane rampante (Ononis repens), une des Fabacées visitées par la chenille.

    Photo: Fr. Hela, Falmagne, 10 Juillet 2011.

     

    On peut favoriser l'espèce en maintenant dans les grands jardins des zones naturelles où croissent diverses espèces de Fabacées, en renonçant à un fauchage trop fréquent des accotements de routes ou de chemins et en privilégiant les friches.

     

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    Une femelle butinant les fleurs du trèfle rampant (Trifolium repens).

    Photo: Fr. Hela, Thommen, Juillet 2011.

     

    * Les chenilles et les fourmis: Beaucoup de chenilles d'Argus ou d'Azurés observées sur le terrain sont entourées en permanence de fourmis isolées ou en grand nombre. La plupart des chenilles des Lycénidés sont fusiformes, comme des cloportes, et en général vertes, quelquefois jaunes ou brunes. Elles possèdent des organes cutanés spéciaux dont une glande mellifère sur le dos du septième segment abdominal. Celle-ci produit une solution aqueuse sucrée analogue au miellat des pucerons.

     

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    Dessin extrait de l'ouvrage "Les papillons de jour et leurs biotopes" Divers auteurs. Editions de La Ligue Suisse pour la Protection de la Nature, 1987.

    Les attouchements ou les morsures des fourmis incitent la chenille à en céder une goutte qui est lèchée avec avidité. En présence de pucerons, ce comportement des fourmis est bien connu. Celles-ci ont un régime alimentaire varié, avec une nette préférence pour les substances sucrées, comme le miellat des pucerons et des cochenilles.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Première partie)

    Les Lycénidés (Lycaenidae) sont de petits papillons Rhopalocères ou "papillons de jour" à dimorphisme sexuel en général très marqué (les mâles et les femelles sont de couleur différente). Une centaine d'espèces existent en Europe et leur détermination est souvent délicate. Ces papillons sont en diminution dans notre pays et méritent toute notre attention.

     

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    L' Argus bleu-nacré (Polyommatus coridon, syn: Lysandra coridon) butinant les fleurs du serpolet commun (Thymus pulegioides).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juillet 2011.

     

    Dans cette Famille, on trouve les Théclas, à la teinte dominante brune et dont la plupart possèdent une petite queue au bord des ailes postérieures. Les chenilles de ceux-ci vivent en majorité sur des arbres feuillus et des arbustes. Les Cuivrés ont des couleurs pigmentaires et structurales se combinant pour donner des colorations superbes. L'or rouge et le violet prédominent. Leurs chenilles vivent surtout sur les Polygonacées du Genre Rumex (Oseilles et patiences). Enfin, les mâles des Argus ou Azurés sont, en général, de couleur bleue et les femelles brunes. Les chenilles de ce groupe se nourrissent principalement de légumineuses (Fabacées ou Papilionacées).

    Voici quelques espèces observées en 2010 et 2011, dans notre région.

    Le Cuivré commun (Lycaena phlaeas), appelé aussi Le Bronzé ou l'Argus bronzé, est facilement reconnaissable. Ses ailes antérieures sont oranges, marquées de taches foncées et bordées largement de noirâtre. L'envers des ailes postérieures est presque gris uni. Selon les régions, l'espèce donne deux ou trois générations. Le papillon apparaît en avril (parfois mars) et vole souvent tard en automne, parcourant le bord des champs ou des prairies, lorsque le soleil se montre. A cette époque de l'année, il se pose volontiers sur le sol pour s'y réchauffer. Le Cuivré commun fréquente les biotopes richement fleuris des contrées découvertes: bords de chemin, pelouses sèches et prairies de fauche, où croissent notamment des Lamiacées, comme l'origan (Origanum vulgare), le serpolet commun (Thymus pulegioides) ou la menthe des champs (Mentha arvensis), dont il apprécie le nectar. D'après la littérature, sa chenille vit sur les oseilles (Rumex acetosa et acetosella).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Août 2011.

     

    L'Azuré des Nerpruns (Celastrina argiolus) est le premier Azuré à se montrer au printemps, époque où il vole le long des lisières, des haies et des bosquets. Lorsqu'il se pose, on remarque la face inférieure des ailes blanc argent à fines taches dont certaines manquent parfois.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    La face supérieure des ailes du mâle est bleu ciel, bordée d'un étroit ourlet foncé. Les femelles ont une bordure foncées plus larges, surtout celles de la deuxième génération.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2011

     

    La chenille de cet Azuré vit de préférence sur la bourdaine (Rhamnus frangula) et le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) dont elle ronge les fleurs et les fruits. Elle se nourrirait aussi de plantes appartenant à une vingtaine de Genres et à 9 Familles; on cite notamment le nerprun purgatif (Rhamnus cathartica), la callune (Calluna vulgaris), les fleurs du lierre (Hedera helix), ...

     

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    La bourdaine (Rhamnus frangula), une des espèces appréciée par la chenille de l'Azuré des Nerpruns.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe: Forêt domaniale), 10 Septembre 2011.

     

    L'Azuré des Nerpruns est une espèce bivoltine. Elle présente deux générations, l'une de fin mars à juin et l'autre de juillet à début septembre. Il occupe les milieux suivants: lisières, haies vives, trouées avec beaucoup de buissons, aussi bien en terrain humide que très sec. D'après un auteur, les papillons d'été recherchent spécialement le nectar de l'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) et du sureau yèble (Sambucus ebulus). Ils aiment se poser sur des feuilles, se nourrissent aussi du miellat des pucerons et descendent au sol pour sucer l'humidité du sable ou de pierres mouillées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 7 Juillet 2011.

     

     

  • Le Cétérach (Ceterach officinarum), petite fougère reviviscente !

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à se référer au petit glossaire, en fin de note.

    Cette petite fougère (18 à 25 cm) assez rare croît sur les vieux murs, les fentes de rochers et les éboulis rocheux, surtout sur des substrats calcaires. Elle est très bien adaptée à la chaleur estivale par ses remarquables facultés de reviviscence. En effet, cette plante vivace, aux feuilles persistantes, est capable de supporter de longues périodes de sécheresse. Le limbe de la feuille, en partie déshydraté, s'enroule et "attend" en vie ralentie, sous la protection des écailles sèches de sa face inférieure, le retour de l'humidité suffisante pour s'épanouir à nouveau et reprendre sa vie active. Dans un livre consacré aux fleurs du Parc National des Ecrins, j'ai trouvé cette surprenante anecdote: "Daubeny, professeur d'anglais, raconte qu'un pied de Cétérach, oublié pendant deux ans dans un herbier, a repris vie après quelques jours de replantation" !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rue du Redeau), Octobre 2011.

     

    Les frondes (1) du Cétérach sont rapprochées en touffes. Les pétioles (2) très écailleux de celles-ci sont plus courts que le limbe (3). Celui-ci est épais, une seule fois divisé, à pennes (4) de longueur décroissante vers le bas de la feuille et soudées au rachis (5) par toute leur largeur. La face supérieure du limbe est verte et l'inférieure est couverte d'écailles d'abord argentées puis brun roux cachant les sores (6).

     

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    Ceterach officinarum: épanouissement de nouvelles frondes.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rue du Redeau), Mai 2011.

     

    Dans certains ouvrages, le nom scientifique utilisé pour désigner cette espèce est Asplenium ceterach. Les opinions divergent entre sa séparation en un Genre distinct (Ceterach) et son maintien dans le Genre Asplenium, positions qui se justifient l'une et l'autre (R. Prelli et M. Boudrie, 1992). Cette fougère était autrefois utilisée en médecine contre les inflammations de la rate en particulier, comme diverses espèces d'Asplenium (du grec splen, rate). Le nom "cétérach" serait d'origine arabe (cetrack). Au Moyen-âge, notre fougère semble être un remède contre "l'obstruction" de la rate et du foie. Elle contiendrait aussi des substances (tanin et acides organiques) bénéfiques pour la guérison de blessures. Le pouvoir cicatrisant de celles-ci stopperait les hémorragies, désinfecterait et ferait évoluer favorablement les plaies.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    (1) Fronde: Ce terme désigne la feuille des fougères et comprend donc le pétiole et le limbe.

    (2) Pétiole: Partie amincie de la feuille reliant le limbe à la tige. Celui-ci est souvent écailleux chez les fougères.

    (3) Limbe: Partie élargie de la feuille.

    (4) Penne: Chez les fougères, foliole d'une feuille composée.

    (5) Rachis: Axe principal chez une feuille composée et pennée, prolongeant le pétiole et correspondant ainsi à la nervure principale du limbe.

    (6) Sore: Chez les fougères, groupe de sporanges (organes dans lesquels se forment les spores), chez les Ptéridophytes (plantes herbacées se reproduisant par des spores).

     

     

     

     

  • Le chevalier guignette (Actitis hypoleucos), un visiteur régulier de la vallée de la Meuse.

    Il est sept heures du matin. En cette journée de fin juillet qui débute sous un léger manteau de brouillard, je traverse le petit parc du centre d'Yvoir pour me rendre à la gare. Je frissonne un peu, mais la journée commence bien. Au milieu des canards colverts en plumage d'éclipse, barbotant dans l'eau sombre du Bocq, un martin-pêcheur plonge et capture un petit poisson. Sur la rampe du petit pont, il secoue énergiquement sa proie qui frétille. En la maintenant fermement dans le bec, il l'assomme en la frappant à gauche puis à droite, sur son perchoir. Il la retourne ensuite plusieurs fois dans ses mandibules et l'avale finalement la tête la première. Arrivé sur la route, je la traverse du côté Meuse. Des bernaches du canada emplissent les lieux de leurs clameurs et sortent soudain de la brume. En raison de leur origine américaine, certains les dénigrent. Il n'empêche qu'elles sont impressionnantes et magnifiques. Il y en a au moins vingt qui volent avec grâce au ras de l'eau pour se poser ensuite sur l'île d'Yvoir. Soudain, des cris sifflés percent le silence tout relatif à cette heure. Ces appels composés de notes flûtées, avec l'accent sur la première, portent loin et se succèdent à intervalles plus ou moins brefs: voici les chevaliers guignettes !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    En examinant les notes de ces dernières années concernant mes observations en Haute-Meuse, je m'aperçois que j'ai eu des contacts réguliers avec ce limicole, surtout de mars à mai avec un pic vers le milieu de ce mois et de juillet à octobre (passage marqué fin juillet et début du mois d'août). Il y a quelques observations, peu nombreuses il est vrai, effectuées les mois de janvier et février. Les hivers concernés étaient particulièrement doux et, dans ce cas, certains oiseaux sont susceptibles d'hiverner dans nos régions. On peut dire que le chevalier guignette est un visiteur régulier, en Meuse !

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

     

    En Wallonie, aucune tentative de nidification n'a été établie de 2001 à 2007 (J.-P. Jacob -Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, 2010). Cet oiseau est la seule espèce de chevalier qui s'est reproduite jusqu'à présent dans cette région. La nidification a peut-être été irrégulière au XIXème siècle, à une époque où la Meuse au lit caillouteux, ressemblait encore à un vrai fleuve et non à un canal navigable ! Aucune preuve formelle ne nous est cependant parvenue. Depuis, les cas prouvés de reproduction de cette espèce sont excessivement rares ... et très malaisés à repérer (P. Devillers, W. Roggeman, ..., 1988). En effet, la présence d'un de ces oiseaux au mois de mai, voire de juin, doit le plus souvent être attribuée à un migrateur ou à un oiseau d'un an en errance.

    La technique de baguage à montré que les chevaliers guignettes de passage en Belgique vont nicher en Scandinavie (Norvège, Suède et Danemark) et, dans une moindre mesure, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Ils semblent très fidèles à leurs lieux de reproduction, d'hivernage et même de halte migratoire.

     

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    Chevalier guignette et gallinule poule d'eau.

    Photo: Fr. Hela, Complexe des Marais d'Harchies-Hensies, Mai 2011.

     

    Paul Géroudet indique que cette espèce migratrice atteint l'Afrique du Sud jusqu'au Cap et, plus à l'est, jusqu'au Sri Lanka et le sud de l'Australie pour les oiseaux d'Asie du Nord et de l'Asie tempérée. Il nous dit aussi que la limite septentrionale de l'aire d'hivernage dépend apparemment du gel, puisqu'elle passe en gros par la Grande-Bretagne, le nord de la Méditerranée, la Mésopotamie, le nord de l'Inde et la Chine. Toutefois, lors d'hivers doux, quelques chevaliers sont observés au-delà de cette limite. Pour les chevaliers guignettes du Nord, ces voyages, toujours de nuit, représentent un effort considérable (vol moyen estimé à 60 km à l'heure), dépassant 10.000 kilomètres de vol, comme le prouvent certaines reprises de bagues, entre le sud de l'Afrique et la Russie !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    De la taille d'un étourneau sansonnet ou, pour d'autres, d'une grosse alouette, notre chevalier est un limicole atypique, semblant être un intermédiaire entre un bécasseau et un chevalier. Il est relativement bas sur pattes pour un chevalier, avec un bec à peine plus long que la tête. Ce qui doit attirer l'attention de l'observateur, lorsque l'oiseau est posé, c'est le contraste net entre le dessous blanc de son corps et son manteau gris brun olive, finement tacheté de près et paraissant uniforme de loin. Cette couleur foncée du dos lui permet de se confondre aisément avec son environnement.

    C'est un oiseau vigilant que l'on n'approche pas facilement. A l'instar de quelques autres limicoles, le chevalier guignette balance vivement l'arrière-train dès qu'il s'arrête de marcher, de même qu'il hoche verticalement la tête lorsqu'il se sent observé ou qu'il est inquiet. Le vol particulier de l'espèce effleurant la surface de l'eau est caractérisé par l'alternance de brèves séries de battements courts et de très courtes planées, les ailes incurvées vers le bas. Ce vol typique court et rythmé, les longues barres alaires blanches sur les ailes déployées et les cris caractéristiques sont d'excellents indices de reconnaissance de l'espèce.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    En déambulant, le chevalier guignette happe à peu près toutes les bestioles qu'il aperçoit sur l'étroite bande riveraine qu'il explore. Sa vue excellente repère les insectes, dont il s'approche avec précaution, repliant les jambes et abaissant la tête, prêt à projeter le bec avant qu'ils ne s'envolent: il est d'ailleurs capable de les attraper en l'air quand ils passent à sa portée ou de bondir contre un mur pour les cueillir avec adresse (P. Géroudet, 1983). Parfois, il lave ses proies avant de les avaler. Entre et sous les pierres, il ne néglige pas d'inspecter les recoins, tout comme il explore les crevasses des rochers, les amas de débris échoués, mais il est rare qu'il sonde la vase comme les autres chevaliers au bec plus long. Les prises les plus fréquentes sont les Coléoptères, les Diptères et les Lépidoptères. Viennent ensuite les Hémiptères (punaises), des Orthoptères (criquets et sauterelles), des phryganes, des fourmis ou d'autres insectes. Il ne dédaigne pas les araignées, les myriapodes, les petits crustacés et les mollusques. A l'occasion, des vers, des têtards, de minuscules batraciens et de très petits poissons complètent son menu. Les éléments végétaux sont ingérés en quantité insignifiante.

     

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    Photo: Patrick Marques www.oiseaux.net

     

    En ce qui concerne son habitat, le chevalier guignette a un besoin essentiel, en toute saison, de disposer d'une certaine longueur de rive nue, plutôt étroite et souvent dominée par un relief assez proche. Pour cette espèce, si la berge peut être ombragée ou dégagée, composée de limon humide, de gravier ou de grosses pierres, voire de béton, l'eau doit être toujours libre, courante ou dormante, douce ou salée. Elle évite les marais à hautes plantes ou constitués de roselières, les grandes vasières plates, préférant de beaucoup les rigoles et canaux qui les précèdent. En migration, lors de ses escales, le chevalier guignette s'arrête dans une telle variété de sites qu'il serait fastidieux de les énumérer. Mentionnons toutefois sa prédilection pour les digues et brise-lames ainsi que pour les enrochements de protection. L'observation en bord de Meuse de ce petit chevalier est toujours un moment inoubliable pour l'ornithologue attentif qui sait admirer et se réjouir !

     

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    Photo: Michel Tellia - www.oiseaux.net