Des grives mauvis (Turdus iliacus), originaires des régions nordiques, dans nos haies, nos bois et nos prés.

En ce matin de novembre, la brume enveloppe les bosquets et les haies. Petit à petit, les rayons du soleil éclairent les aubépines chargées de cenelles, les prunelliers et leurs prunelles, les églantiers et leurs cynorhodons, ... De ces arbustes, des oiseaux s'échappent soudain, avec une rapidité déconcertante. A mon passage, des passereaux fuient dans tous les sens, l'un après l'autre, en émettant des cris fins, étirés et pénétrants: "ssiiih ... tsiiih ... sisss". Ils disparaissent dans la frondaison toute proche, mais quelques uns se perchent au sommet d'un frêne. Ce sont des grives mauvis. Ces grives nordiques, en halte migratoire, paraissent fines et délicates. De taille un peu inférieure à celle de la grive musicienne (Turdus philomelos), la grive mauvis s'en distingue surtout par un sourcil crème bien marqué et par le roux vif dont sont colorés les flancs et le dessous des ailes. La poitrine et les flancs sont rayés et non grivelés.

 

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La grive mauvis (Turdus iliacus). A l'arrière plan, une grive litorne (Turdus pilaris).

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Ses lieux de nidification se situent dans les régions septentrionales de l'Eurasie. En Scandinavie, l'abondance de cette grive s'accroît du sud au nord, à travers les forêts de conifères, d'aulnes, de saules et surtout de bouleaux où elle est fortement répandue. La grive mauvis niche en Novège, dans le nord de la Suède, en Islande, en Finlande, en Russie, dans les pays baltes, au nord-est de la Pologne et en Sibérie (P. Géroudet, 1998). Les premiers migrateurs de cette espèce touchent l'Europe Occidentale dès mi-septembre parfois, et plutôt en octobre. Du milieu de ce mois à la mi-novembre, le passage bat son plein. Il est surtout nocturne. De jour, des bandes de mauvis font halte dans les bois, les haies et broussailles, pour se nourrir de fruits sauvages ou de divers invertébrés.

 

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Farouche, la grive mauvis se montre peu et cherche davantage à se cacher dans les couverts. En novembre, elle fréquente aussi les prés et les champs, en compagnie d'étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris), de grives draines (Turdus viscivorus) et de grives litornes (Turdus pilaris), mais la présence, à proximité, de buissons touffus, de haies et de bosquets, pour se réfugier à la moindre alerte, lui sont indispensables. A l'intérieur d'un bois, j'ai observé des bandes de ces grives, parfois très nombreuses, fouillant les feuilles mortes, avec des merles noirs (Turdus merula). D'après P. Géroudet, elles passent la nuit en troupes dans les taillis, les fourrés et les jeunes plantations de conifères.

 

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Photo prise en Islande: Didier Collin - www.oiseaux.net

 

Les quartiers d'hiver principaux des grives mauvis s'étendent sur les îles britanniques, la France, et le nord de l'Italie. Elles vont rarement plus au sud, jusqu'en Espagne, en Sicile, parfois même en Afrique du Nord. En Belgique, les hivernantes sont peu nombreuses et erratiques. Les vagues de froid les chassent de nos régions. Il faudra alors attendre les mois de mars et d'avril pour les revoir dans nos haies, lors de la migration de retour.

 

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Photo: Jules Fouarge, Aves - Natagora

 

Michel Cuisin (1998) nous donne des indications concernant le kilomètrage effectué par des grives mauvis baguées: 340 km en un jour, 2500 km en quatre jours. Les oiseaux islandais parcourent de 800 à 1000 km au-dessus de la mer pour atteindre l'Ecosse, d'après le même auteur.

 

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Photo: Jules Fouarge, Aves -Natagora.

 

 

 

 

 

 

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