• Le Cystoptéris (Cystopteris fragilis), une fougère délicate et discrète.

    Cette fougère peu commune est surtout présente dans la vallée du Bocq. Elle croît de préférence sur des substrats contenant du calcaire (calciphile), mais on la rencontre parfois en zones siliceuses. Chez nous, elle affectionne les fissures de rochers, les vieux murs et les vieux puits (Site de Poilvache notamment) en moellons calcaires, les ponts de pierre enjambant les cours d'eau, souvent en sites ombragés, exposés au nord ou sous couvert forestier (forêts de ravins sur éboulis grossiers).

     

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    Le Cystoptéris sur un rocher humide et ombragé.

    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 24 Mai 2010.

     

    Parfois, elle pousse à découvert, sur des pentes ensoleillées, mais alors toujours à proximité de zones humides (suintements, cascatelles de petits ruisseaux frais ...).

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Vallée du Bocq), Mai 2011.

     

    Plante vivace, le Cystoptéris se développe au printemps et répand ses spores en été. Les frondes se déssèchent généralement en automne, mais aussi dès l'été, en cas de sécheresse.

     

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    Le Cystoptéris sur un vieux muret, à l'ombrage et à l'exposition nord.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Propriété Dapsens), 28 Mai 2011.

     

    Les feuilles ou frondes de cette fougère (15 à 30 cm) sont rapprochées en touffes au sommet d'un rhizome court et dressé. Le limbe est délicatement ciselé et les nervures se terminent, en majorité, dans les dents des pinnules. Le pétiole verdâtre, grèle, un peu plus court que le limbe, est glabre et possèdent quelques petites écailles à sa base.

     

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    Une fronde de Cystoptéris.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Propriété Dapsens), Mai 2011.

     

    Le Cystoptéris ressemble beaucoup à une jeune Fougère femelle (Athyrium filix-femina), mais se distingue aisément par ses sores arrondis, à indusies latérales ovales et aiguës rapidement caduques.

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Vallée du Bocq), 28 Mai 2011.

     

    Voici une illustration, avec détails, du Cystoptéris, d'après la Flore forestière française (2 Montagnes) par J.-C. Rameau, D. Mansion et G. Durné (Institut pour le développement forestier - 1993):

     

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    1. Souche courte, fibreuse, écailleuse et roussâtre.

    2. Pétiole grêle, vert, plus court que le limbe, un peu écailleux à la base.

    3. Limbe plus long que large, rétréci à la base.

    4. Penne: foliole de la feuille composée (fronde), chez les fougères.

    5. Pinnule: subdivision de la penne, aussi appelée "foliolule".

    6. Sores (groupes de sporanges dans lesquels se forment les spores) de petite taille; indusies fixées par leur bord.

     

     

     

     

     

     

     

  • L'Argus brun (Aricia agestis), un papillon des pentes herbeuses ensoleillées.

    Cette note est un complément aux trois notes précédentes intitulées "Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés..." des 16,22 et 29 octobre 2011.

    L'Argus brun est un Lycénidé qui présente plusieurs générations par an (espèce polyvoltine). Le dessus des ailes, chez le mâle comme chez la femelle, est de couleur brune avec des lunules submarginales oranges bien marquées. Ce papillon est très actif par beau temps. Il vole rapidement au-dessus des prairies en pente, fleuries et maigres, bien exposées. C'est une espèce thermophile.

     

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    Photo: Fr. Hela, Falmagne, 10 Juillet 2011.

     

    La période de vol de ce papillon s'étale de juin à septembre, voire début octobre. A Yvoir, il fréquente les pelouses sèches du site de Champalle, quelques prairies de fauches pentues bien ensoleillées, situées notamment à Tricointe, mais aussi des talus du bords de chemins et de pâturages, ainsi que des friches sèches à proximité des carrières désaffectées ou non.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Août 2011.

     

    La chenille de l'Argus brun vit sur diverses Géraniacées, don le Géranium des prés (Geranium pratense) et le bec-de-cigogne commun (Erodium cicutarium). D'après certains auteurs, les femelles déposent aussi leurs oeufs sous les feuilles et sur les sépales de l'hélianthème jaune (Helianthemum nummularium).

     

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    Le Géranium des prés (Geranium pratense), une plante visitée par la chenille de l'Argus brun.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 25 Mai 2011.

     

    L'Argus brun est probablement menacé dans tous ses habitats. Il faut absolument conserver les prairies maigres où on rencontre régulièrement l'espèce et les exploiter de manière appropriée, en ne fauchant tardivement qu'une fois par an et en ne répandant pas d'engrais.

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    Le Bec-de-cigogne commun (Erodium cicutarium), espèce des pelouses et chemins secs.

    Photo: Fr. Hela, Beez (Namur), 17 Avril 2011.

     

     

     

     

     

  • L'Amanite tue-mouches (Amanita muscaria): un champignon remarquable!

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à se référer au bas de la note.

    L'Amanite tue-mouches est sans aucun doute l'un des plus spectaculaires champignons de nos contrées. Son chapeau rouge vif ponctué de blanc a toujours suscité la curiosité du promeneur automnal. Mais sous cette parure attrayante se cache un champignon très toxique pour celui qui tenterait de le consommer. C'est une espèce commune, largement répandue dans les régions tempérées et froides. Cette amanite mycorrhizique (1), appelée aussi Fausse oronge, apparaît en automne, dans les bois de feuillus, dans les parcs et jardins, toujours au voisinage des bouleaux ou des conifères, en terrain acide.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Novembre 2011.

     

    Son bulbe, sans volve, est typiquement surmonté d'un rebord sculpté. Le pied, dont la hauteur peut atteindre 20 cm, et les lamelles sont blancs, comme la chair qui est seulement orange sous la cuticule (2) du chapeau. Celle-ci dégage une très fine odeur de rave. L'anneau est ample, un peu strié, blanc ou bordé de jaunâtre. Le chapeau, de 5 à 15 cm de diamètre, est d'un rouge éclatant ponctué de fines mèches floconneuses blanches. L'absence de celles-ci est parfois remarquée et est due au lessivage du chapeau par la pluie.

     

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    Chez cet exemplaire, les squames floconneuses blanches sont absentes.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2010.

     

     

    Coupées, les très jeunes amanites sont reconnaissables à la ligne jaune-orange sous la cuticule du chapeau.

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    Photo: Fr. Hela, Lustin, Octobre 2010.

     

    La seule confusion possible, en présence de ce champignon, est cclle que certains mycologues débutants pourraient faire avec l'Amanite des Césars ou Oronge vraie (Amanita caesarea), espèce méridionale comestible d'excellente qualité. Cette dernière espèce est très rare dans notre pays, mais des observations sont cependant possibles. L'Amanite des Césars  possède un pied et des lamelles jaunes, un chapeau orange et une volve blanche.

     

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    L'Oronge ou Amanite des Césars (Amanita caesarea).

    Photo: Blog du Guit.

     

    L'amanite tue-mouches est considérée comme un champignon dangereux, bien que son effet soit rarement mortel. Cette réputation vient de ses propriétés, soit prétendues aphrodisiaques (en réalité, elles provoquent un gai délire), soit toxiques, selon les régions et la partie du champignon consommé. Les substances agissantes, irrégulièrement réparties dans le champignon, seraient plus concentrées sous le revêtement rouge du chapeau. 

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    Photo: Michel Gijsemberg, Profondeville, Automne 2010.

     

    On note les muscarines, responsables du ralentissement du coeur, de la contraction des pupilles, des troubles digestifs et sécrétoires (syndrome muscarinien), mais sont sans action sur le système nerveux central. La présence de muscarine ne se limite d'ailleurs pas aux seules amanites, nombreuses sont d'autres espèces qui lui doivent leur toxicité, principalement les Inocybes (notamment l'Inocybe de Patouillard Inocybe erubescens) et les Clitocybes blancs. D'autres substances possèdent une action psychotonique; on peut citer la bufoténine (isolée aussi du venin de crapaud), les dérivés de l'isoxazol, dont le muscimol, aux propriétés hallucinogènes potentialisées par la muscazone et l'acide iboténique (R. Heim, 1984 - J. Guillot et al., 1993).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2010.

     

    En conclusion, il vaut mieux ne pas consommer cette belle espèce. Le mycelium (le champignon proprement dit) est bien utile pour la bonne santé de nos bouleaux et de nos conifères (voir ci-dessous le commentaire à propos des mycorhizes). Admirez ses sporophores, organes reproducteurs, ne les cueillez-pas et ne les détruisez pas du pied !

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 6 Novembre 2011.

     

    (1) On sait depuis 1850 que de nombreux arbres (chênes, hêtre, bouleaux, la plupart des conifères...) sont associés à des mycéliums qui s'agglomèrent en manchons cylindriques à la surface, ou immédiatement sous la surface, de leurs racines. Aux "racines-champignons" ainsi constituées on donne le nom de mycorhizes (H. Bruge, 1977). Parmi les champignons en cause, dont les sporophores s'observent dans nos forêts, on trouve notamment les Amanites. Il est établi que les arbres dont les racines présentent ces mycorhizes se développent beaucoup mieux que ceux dont les racines en sont dépourvues. Je vous invite à lire un excellent ouvrage intitulé "La Symbiose, structure et fonctions, rôle écologique et évolutif" par Marc-André Selosse (154 pages), aux Editions Vuibert, 2000, Paris. L'auteur y indique que la physiologie et l'écologie de ces associations mycorhiziques ont été bien étudiées, et revêtent un rôle majeur dans les écosystèmes terrestres.

    (2) La cuticule est la couche superficielle du revêtement du chapeau du champignon, plus ou moins facilement séparable de la chair.

     

     

  • Une famille d'arbres !

    Il est vrai que les groupes d'arbres tortueux ou non m'ont toujours attiré. Les charmes et les hêtres ont souvent ma préférence. Ils ne manquent pas dans notre merveilleux Condroz. Ils sont parfois les vestiges d'anciennes haies que nos ancêtres entretenaient. Ces ensembles d'arbres se rencontrent un peu partout dans nos campagnes, mais aussi dans nos bois.

     

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    Groupes de charmes entrelacés

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Les Gayolles.

     

    D'abord, je les contemple de loin, puis je m'en approche doucement, de peur qu'ils ne disparaissent. Je peux enfin toucher les troncs droits ou sinueux. Alors, je m'assied auprès d'eux, en silence. Je les écoute et, à ces instants, je suis rempli de quiétude et de bonheur.

     

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    Alignement de hêtres.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Rue du Blacet

     

    Voici un texte de Jules Renard (1864-1919)*, intitulé "Une famille d'arbres" qui me parle et correspond à ce que j'éprouve auprès d'elle.

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    Une famille de charmes.

    Photo: Fr. Hela, Godinne, Croix d'Al Faux.

     

    " C'est après avoir traversé une plaine brûlée de soleil que je les rencontre. Ils ne demeurent pas au bord de la route, à cause du bruit. Ils habitent les champs incultes, sur une source connue des oiseaux seuls. De loin, ils semblent impénétrables. Dès que j'approche, leurs troncs se desserrent. Ils m'accueillent avec prudence. Je peux me reposer, me rafraîchir, mais je devine qu'ils m'observent et se défient.

    Ils vivent en famille, les plus âgés au milieu et les petits, ceux dont les premières feuilles viennent de naître, un peu partout, sans jamais s'écarter.

    Ils mettent longtemps à mourir, et ils gardent les morts debout jusqu'à la chute en poussière.

    Ils se flattent de leurs longues branches, pour s'assurer qu'ils sont tous là, comme les aveugles. Ils gesticulent de colère si le vent s'essoufle à les déraciner. Mais entre eux aucune dispute. Ils ne murmurent que d'accord.

    Je sens qu'ils doivent être ma vraie famille. J'oublierai vite l'autre. Ces arbres m'adopteront peu à peu, et pour le mériter j'apprends ce qu'il faut savoir:

    Je sais déjà regarder les nuages qui passent.

    Je sais aussi rester en place.

    Et je sais presque me taire. "

     

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    Charmes.

    Photo: Fr. Hela, Awagne (Dinant), Chemin des Massennes.

     

    * Ecrivain lucide, précis et plein d'ironie, Jules Renard était maire de son village. Il vivait à la campagne. C'était un fin observateur des animaux dans "Histoires naturelles" (1894), et des humains dans "Poil de Carotte" (1894) ou "L'Ecornifleur" (1892). 

     

     

  • Des grives mauvis (Turdus iliacus), originaires des régions nordiques, dans nos haies, nos bois et nos prés.

    En ce matin de novembre, la brume enveloppe les bosquets et les haies. Petit à petit, les rayons du soleil éclairent les aubépines chargées de cenelles, les prunelliers et leurs prunelles, les églantiers et leurs cynorhodons, ... De ces arbustes, des oiseaux s'échappent soudain, avec une rapidité déconcertante. A mon passage, des passereaux fuient dans tous les sens, l'un après l'autre, en émettant des cris fins, étirés et pénétrants: "ssiiih ... tsiiih ... sisss". Ils disparaissent dans la frondaison toute proche, mais quelques uns se perchent au sommet d'un frêne. Ce sont des grives mauvis. Ces grives nordiques, en halte migratoire, paraissent fines et délicates. De taille un peu inférieure à celle de la grive musicienne (Turdus philomelos), la grive mauvis s'en distingue surtout par un sourcil crème bien marqué et par le roux vif dont sont colorés les flancs et le dessous des ailes. La poitrine et les flancs sont rayés et non grivelés.

     

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    La grive mauvis (Turdus iliacus). A l'arrière plan, une grive litorne (Turdus pilaris).

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Ses lieux de nidification se situent dans les régions septentrionales de l'Eurasie. En Scandinavie, l'abondance de cette grive s'accroît du sud au nord, à travers les forêts de conifères, d'aulnes, de saules et surtout de bouleaux où elle est fortement répandue. La grive mauvis niche en Novège, dans le nord de la Suède, en Islande, en Finlande, en Russie, dans les pays baltes, au nord-est de la Pologne et en Sibérie (P. Géroudet, 1998). Les premiers migrateurs de cette espèce touchent l'Europe Occidentale dès mi-septembre parfois, et plutôt en octobre. Du milieu de ce mois à la mi-novembre, le passage bat son plein. Il est surtout nocturne. De jour, des bandes de mauvis font halte dans les bois, les haies et broussailles, pour se nourrir de fruits sauvages ou de divers invertébrés.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Farouche, la grive mauvis se montre peu et cherche davantage à se cacher dans les couverts. En novembre, elle fréquente aussi les prés et les champs, en compagnie d'étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris), de grives draines (Turdus viscivorus) et de grives litornes (Turdus pilaris), mais la présence, à proximité, de buissons touffus, de haies et de bosquets, pour se réfugier à la moindre alerte, lui sont indispensables. A l'intérieur d'un bois, j'ai observé des bandes de ces grives, parfois très nombreuses, fouillant les feuilles mortes, avec des merles noirs (Turdus merula). D'après P. Géroudet, elles passent la nuit en troupes dans les taillis, les fourrés et les jeunes plantations de conifères.

     

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    Photo prise en Islande: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Les quartiers d'hiver principaux des grives mauvis s'étendent sur les îles britanniques, la France, et le nord de l'Italie. Elles vont rarement plus au sud, jusqu'en Espagne, en Sicile, parfois même en Afrique du Nord. En Belgique, les hivernantes sont peu nombreuses et erratiques. Les vagues de froid les chassent de nos régions. Il faudra alors attendre les mois de mars et d'avril pour les revoir dans nos haies, lors de la migration de retour.

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves - Natagora

     

    Michel Cuisin (1998) nous donne des indications concernant le kilomètrage effectué par des grives mauvis baguées: 340 km en un jour, 2500 km en quatre jours. Les oiseaux islandais parcourent de 800 à 1000 km au-dessus de la mer pour atteindre l'Ecosse, d'après le même auteur.

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves -Natagora.

     

     

     

     

     

     

  • Le Néflier (Mespilus germanica), un arbuste qui n'est pas si rare dans notre région.

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à prendre connaissance des informations complémentaires, en fin de note.

     

    Le néflier (1) se rencontre çà et là dans les haies, les fourrés et en lisière, souvent bien exposée, de certaines zones boisées. Parfois, on le trouve aussi près des villages, à l'emplacement d'anciens vergers. C'est une espèce méditerranéo-atlantique. Il serait réparti naturellement dans les Balkans ainsi qu'au Proche-Orient. Il est présent en Europe méridionale et orientale ainsi que dans le Sud-Ouest de l'Asie. En Europe occidentale et médiane, il est considéré, par certains auteurs, comme une relique d'anciennes cultures.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 17 Novembre 2011.

     

    Pour A. Noirfalise (1984), le néflier est lié à la chênaie sessiflore à luzule blanche (Luzulo-Quercetum) avec climat atlantique marqué (ph du sol compris entre 4,5 et 5,7). Un sol sec ou à drainage ralenti peut lui convenir. Il supporte un faible ombrage. Dans notre région, la chênaie sessiflore à luzule blanche peut constituer, par endroits, la forêt semi-naturelle sur les terrains gréseux ou gréso-schisteux, sur des sols superficiels, caillouteux et secs. Cette formation forestière est assez répandue dans les forêts rurales et communales du grand Yvoir. Le chêne rouvre ou sessile (Quercus petraea) y est souvent l'essence dominante. Le chêne pédonculé (Quercus robur)  y est irrégulièrement représenté. Celui-ci est plus abondant dans des stations plus humides, où coexistent souvent des populations hybrides des deux chênes (Quercus xrosacea). C'est aux endroits les plus lumineux ou en lisière de ces forêts qu'on a le plus de chance de rencontrer le néflier et le pommier sauvage (Malus sylvestris subsp. sylvestris). D'autres essences accompagnatrices y croissent, comme le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), le peuplier tremble (Populus tremula) ou la bourdaine (Rhamnus frangula).

     

    Arbuste à feuilles caduques, de taille modeste (2 à 4 m), le néflier croît sur des sols plus ou moins acides. Son tronc est souvent peu marqué et ses branches sont tordues, étalées, portant des épines (2). Ses grandes feuilles alternes elliptiques sont entières et duveteuses à la face inférieure. Elles ont une teinte s'approchant du vert mat.

     

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    Photo: Fr. Hela, Profondeville, Mai 2010.

     

    En mai et juin, l'extrémité de ses rameaux courts arbore de grandes et jolies fleurs blanches (3-4 cm de diamètre) à cinq pétales.

     

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    Photo: Fr. Hela, Annevoie-Rouillon, Juin 2011.

     

    Les fruits toniques et astringents, appelés nèfles, couronnés par le calice persistant, sont comestibles. Les nèfles se récoltent blettent, après les premières gelées (3).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe: Forêt domaniale), Octobre 2011.

     

    De nos jours, on mange de moins en moins de nèfles, même à la campagne, et on ne cultive plus guère le néflier qui avait pourtant le mérite de fournir en hiver des fruits riches en tanins, mucilages et matières grasses, ainsi qu'en acide citrique et malique. Ils étaient utilisés jadis, en raison de leur astringence, pour combattre les diarrhées. On  préparait des décoctions de feuilles pour soigner les aphtes et les inflammations de la gorge (J. Brosse, 2001). Le mot nèfle, anciennement nesfle, s'écrivit d'abord mesple ou mesle selon l'étymologie. A Evrehailles, il paraît qu'il y a un lieu nommé  "terre au mespelier" ou "mesplier" (G.H. Parent,2003). Le néflier y poussait-il dans le temps ou le cultivait-on?

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 29 Octobre 2011.

     

    (1) Le néflier fait partie de la Famille des Malacées (Malaceae) comme les pommiers, les poiriers, les aubépines, les sorbiers ... Les Malacées sont parfois réunies aux Rosacées (Rosaceae) avec rang de Sous-Famille.

    (2) Certains néfliers cultivés aux fruits plus gros sont inermes, c'est-à-dire sans épines.

    (3) Jadis, le néflier était cultivé pour ses fruits. On en faisait des gelées, des confitures, des pâtes de fruits, du sirop et même une petite boisson légèrement alcoolisée.