Trois harles bièvres (Mergus merganser), à Godinne.

Lundi 28 novembre 2011: Godinne, la Meuse et son île, par une belle journée un peu fraîche.

 

Plusieurs foulques macroules plongent brièvement en faisant des bonds, quelques poules d'eau côtoient un instant la rive de l'île avec quatre grèbes castagneux assez farouches. Des grèbes huppés, à demi cachés, somnolent et des fuligules morillons s'immergent régulièrement. Les oiseaux d'eau ont du charme et le spectacle qu'ils m'offrent est toujours fascinant. Là, mon regard est attiré par trois longues silhouettes, assez basses sur les flots, qui glissent rapidement sur l'eau, sans s'éloigner des rives. Elles se suivent à la queue leu leu, scrutant sans relâche les profondeurs du fleuve, en immergeant la tête jusqu'au dessus des yeux. Elles relèvent de temps en temps la tête, comme pour reprendre haleine. Les voilà qui disparaissent, s'enfoncent tranquillement. Un moment après, je les aperçois beaucoup plus loin, elles plongent à nouveau et ainsi de suite ... Des harles bièvres femelles !

 

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Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

 

Soudain, la scène s'interrompt. Arrivés à la pointe de l'île, les harles sont alertés: le bruit et les remous annoncent l'arrivée d'une imposante péniche. Battant des ailes et des pattes pour décoller, les trois harles s'ébranlent et s'envolent vers le large. Quel vol rapide! Il est vrai qu'ils peuvent atteindre parfois 70 km à l'heure! Le cou tendu, ils filent en vol direct, au ras de l'eau, à quelques mètres de hauteur. Les ailes noires et grises, marquées d'un carré blanc, à l'arrière, contre le corps, sont les caractéristiques des femelles en vol. Plus tard, un peu avant le pont de Godinne, je les retrouverai. Une femelle me fit même le cadeau d'être plus proche, ce qui me permettra de la détailler, dans une belle lumière.

 

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Photo: Fr. Hela, Godinne (Meuse), 28 Novembre 2011.

 

Grand canard plongeur, le harle bièvre mesure de 58 à 66 cm de longueur et pèse de 900 g à 2,160 kg. La femelle présente un dos gris clair bleuté. Sa tête brun roux, ornée d'une huppe fournie qui retombe en arrière comme une crinière, lui donne une allure originale. Celle-ci présente un menton blanc pur et forme une limite très tranchée avec le cou gris. Mais ce qui est encore plus frappant chez ce harle, c'est son bec mince, effilé, terminé par un crochet et, surtout, garni de "dents" aiguës, qui lui a valu le nom populaire de "bec-en-scie". Grâce à celui-ci, il se fait un jeu de saisir un poisson et de le maintenir fermement.

Le harle bièvre est un pêcheur spécialisé comme les plongeons et les grèbes. Après avoir explorer du regard les profondeurs, il plonge et reparaît à quelques distances du lieu de plongée, car il poursuit ses proies dans l'eau avec aisance et rapidité. Le corps allongé, la position des pattes sous le ventre, terminées par de larges palmures, sont les caractéristiques de ce plongeur piscivore diurne. Il aime les eaux claires, libres et de certaines étendues. Il se nourrit, en règle générale, de poissons d'assez petite taille, la plupart n'excédant pas 12 à 15 cm de longueur; il semble gêné pour avaler de grosses et larges proies (P. Géroudet, 1987). Il s'enfonce dans l'eau, le plus souvent, à une profondeur de 2 à 5 mètres (M. Cuisin, 1999).

Le harle bièvre est un oiseau sociable, vivant volontiers en compagnie comptant jusqu'à une douzaine d'individus ou davantage et voisinant avec les grèbes et d'autres canards plongeurs. Les populations nordiques de harles bièvres sont en partie contrainte à l'émigration par les rigueurs hivernales. Les mâles, arborant un magnifique plumage très contrasté, tendent à s'éloigner le moins possible des lieux de nidification, sauf en période de très grands froids.

 

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Un harle bièvre mâle.

Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

 

Les femelles et les jeunes voyagent davantage et atteignent même le nord de la Méditerranée, exceptionnellement l'Afrique du Nord. Les oiseaux d'Europe occidentale hivernent dans la Baltique, sur les côtes de Suède, du Danemark, de l'Allemagne et des Pays-bas. En Belgique, le harle bièvre est un hôte assez irrégulier et peu commun d'octobre à avril. Ils y sont plus nombreux lorsque l'hiver est rigoureux. En Mars, le retour des harles coïncide, en général, avec la débâcle des glaces, dans les régions septentrionales.

A la belle saison, le harle bièvre fréquente les lacs et cours d'eau calmes des régions boisées. Il s'installe, pour nicher, près des eaux assez profondes et poissonneuses. Pour son nid, il  recherche une cavité spacieuse d'un grand arbre (jusqu'à 12 mètres de hauteur), pas trop loin du rivage. Ce grand oiseau est donc cavernicole ! En Suède, il adopte volontiers un nichoir de grande taille qu'on dispose à son intention.

 

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Une femelle et ses grands poussins, quelque part en Alaska.

Photo: Ron Niebrugge / www.Wildnatureimages.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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