• Les pérégrinations d'une Cynoglosse officinale (Cynoglossum officinale).

    Fin juin 2009, je me trouve sur le quai de la voie 6, en gare de Namur. J'attends le train pour Dinant. Un végétal, en bord de voie, m'attire. Là, à la limite du quai couvert et de sa continuation à ciel ouvert, une grande plante en fleurs (au moins 90 cm de hauteur), un peu grisâtre, croît dans le ballast composé de grosses pierres concassées. Une Cynoglosse officinale !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2010.

     

    Comment cette plante peut-elle pousser dans un endroit pareil ? Elle n'a aucunes chances de perdurer. Il faut que je trouve une solution. Après m'être assuré qu'aucuns trains n'étaient en vue, je m'agenouille sur le bord du quai. Je prends la plante en son milieu et exerce une traction lente et progressive vers le haut, en priant qu'elle ne casse pas en deux. Au bout de quelques instants, je parviens à l'extraire entièrement, racine comprise. La température du jour étant assez élevée, ma plante, aux racines nues et ayant subi un stress important, risque de ne pas survivre. Fort heureusement, une dame, intriguée par mon comportement, s'approche. Je lui conte l'aventure et lui explique qu'il me faudrait un grand sac en plastique et de l'eau pour pouvoir maintenir en vie la cynoglosse, avant de la replanter chez moi. Qu'à cela ne tienne ! La dame, pleine d'admiration et d'intérêt, me fournit non seulement un sac adéquat, mais aussi sa bouteille d'eau minérale qu'elle venait d'acheter. La cynoglosse officinale est momentanément hors de danger !

    Arrivé chez moi, à Yvoir, je creuse immédiatement un trou dans un parterre caillouteux, bien exposé, où de nombreuses plantes sauvages, sauvées par mes soins, sont en pleine forme. Après avoir ajouté au sol quelques poignées de terreau et de l'eau, je transplante cette énorme cynoglosse en fleurs, avec délicatesse. Pour la stabiliser, j'installe un tuteur et, finalement, je m'en remets à sa capacité de reprendre des forces. Les premiers jours qui suivent furent assez durs pour la plante, mais j'avais bon espoir. Le cinquième jour, elle s'est redressée et ses fleurs aux corolles brun rouge à violet purpurin, bien ouvertes, accueillent déjà quelques bourdons.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 28 mai 2011.

     

    A la fin de la belle saison, ses fruits secs, appelés akènes, arrivent à maturité. La génération future est assurée ! Mais, sachant ma plante bisannuelle, je ne dois pas, en principe, m'attendre à observer d'autres plantes en fleurs, à la fin du printemps suivant. Par contre, en 2010, je trouverai sûrement, dans mon parterre, quelques rosettes de feuilles basiliaires. Ce fut le cas. Quatre rosettes robustes, aux feuilles pubescentes sur les deux faces et atteignant 30 cm de longueur, persisteront en hiver 2010-2011.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2010.

     

    De mai à juillet 2011, j'ai eu le grand plaisir d'admirer quatre grandes et magnifiques cynoglosses officinales en fleurs, visitées continuellement par de nombreux Hyménoptères. La plante de la gare de namur a survécu et, de plus, la génération suivante est bien présente au Redeau, à Yvoir !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.

     

    Cette aventure mérite quelques réflexions et commentaires concernant la Cynoglosse officinale. Sa présence en gare de Namur, en ce lieu hostile et insolite, peut-être expliquée de la manière suivante. Sachant la cynoglosse bisannuelle, on peut supposer qu'une graine contenue dans un akène (fruit sec indéhiscent) a germé et donné naissance, en 2008, à une rosette de feuilles. Dans ce substrat composé de gros graviers, celle-ci, étonnamment, n'a pas subi une destruction par l'épandage d'herbicides, par des travaux fréquents entrepris pour entretenir la voie ou par d'autres activités. Les akènes de la cynoglosse officinale, munis densément d'épines terminées en hameçon, s'accrochent aux poils des animaux, mais également aux chaussures, chaussettes ou vêtements de voyageurs qui se sont balladés en un endroit où la plante en graines étaient présentes. On ne peut s'empêcher d'y voir une explication plausible concernant l'apparition de cette plante dans ce lieu inattendu.

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    Akènes non mûrs de la cynoglosse officinale.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.

     

    En 2009, année de sa découverte à Namur, la plante mesurait presque un mètre de hauteur et était en pleine floraison. Là aussi, il est surprenant de constater qu'elle n'a pas été arrachée ou écrasée par des trains en passage.

    La cynoglosse officinale fait partie de la famille des Boraginacées, comme, entre autres, la bourrache (Borago officinalis), la vipérine (Echium vulgare), la grande consoude (Symphytum officinale) ou les pulmonaires (Pulmonaria sp.). Elle présente une pubescence marquée assez molle et son inflorescence est composée de cymes unipares, d'abord enroulées en crosse ou en queue de scorpion. La plante a été observée dans des friches, dans les dunes, aux bords de chemins, dans le ballast de voies ferrées, sur des vieux murs et sur des déblais de carrières. C'est une espèce thermophile, végétant exclusivement sur des substrats contenant du calcaire et un peu nitrophile. Elle est répandue au littoral. Dans le Westhoek (De Panne), je l'ai observée maintes fois dans les zones bien ensoleillées des dunes riches en calcaire et en composés azotés, au milieu des fourrés épineux et denses dans lesquels les argousiers (Hippophae rhamnoides) dominent. Elle est parfois présente dans les dunes mobiles et est fréquente dans les friches des alentours.

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    Photo: Fr. Hela, De Panne, 21 Juin 2011.

     

    Dans le Condroz, la cynoglosse officinale semble assez rare. Personnellement, je ne l'ai rencontrée qu'à Modave. Il n'est pas impossible qu'elle soit présente dans notre région. Une prospection dans les milieux calcaires et bien exposés de la commune d'Yvoir est prévue dans les prochaines années. Cynoglosse signifie, en grec, "langue de chien" et évoque la forme et le toucher râpeux des feuilles de la cynoglosse d'Allemagne (Cynoglossum germanicum), espèce rare, qui fera bientôt l'objet d'une note particulière sur ce site*. 

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    La cynoglosse d'Allemagne, espèce rare des bois à humus riche et des coupes forestières.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Mai 2011.

     

    * Une très belle station de Cynoglossum germanicum a été récemment redécouverte, à la limite des communes d'Yvoir et d'Assesse. 

     

     

     

     

     

     

  • A propos du Houx (Ilex aquifolium) ...

    Parmi les plantes évoquant à nos yeux les fêtes de fin d'année, le Houx figure en bonne place à côté du gui (Viscum album), du "sapin", qui est en fait l'épicéa commun (Picea abies), et, aujourd'hui, du sapin de Nordmann (Abies nordmanniana), originaire des montagnes du Caucase. Son emploi fréquent dans les parcs et jardins comme plante ornementale (différentes variétés sont cultivées) fait oublier que cette espèce vit à l'état indigène dans nos régions où elle est apparue au Tertiaire (1) !

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, Novembre 2011.

     

    Le Houx, relique d'une flore thermophile du Tertiaire.

    Sur le territoire qui forme aujourd'hui l'Europe occidentale, la végétation de l'Eocène (2) (plus ou moins 50 millions d'années) a un caractère tropical. Le climat y est à la fois chaud et humide. Mais, la présence de restes fossiles de Juglandacée (Famille de notre noyer) et de Fagacée (Famille de nos hêtres et chênes) dans les shistes bitumeux de Messel, dans la région de Darmstadt (Allemagne), amène à nuancer le caractère tropical de cette époque. Il faut donc supposer l'existence probable de saisons bien marquées (J.-Cl. Gall, 1994). De plus en plus apparaissent les ancêtres de nos forêts actuelles alors mélangées à tout un cortège de plantes tropicales. C'est l'apogée de la forêt européenne qui ne retrouvera jamais une telle densité ni une telle luxuriance. Au Miocène (3) (plus ou moins 25 millions d'années) s'amorce un refroidissement général de l'hémisphère boréal. Les espèces tropicales abandonnent notre aire européenne et descendent vers le sud où elles resteront. Certaines espèces appartenant à des Familles vivant aujourd'hui dans les régions chaudes n'ont cependant pas émigré: c'est le cas notamment du houx. Dans un livre magnifique consacré aux plantes fossiles d'Australie, Mary E. White nous indique que le premier pollen fossile d'Angiosperme recensé jusqu'à maintenant sur ce continent est celui du Genre Ilex, membre des Aquifoliacées (Famille des Houx) du Crétacé (4), soit plus ou moins 66 millions d'années !

    (1) L'ère Tertiaire ou Cénozoïque, d'une durée de 65 millions d'années environ, précède l'ère Quaternaire. Elle est subdivisée en Paléocène, Eocène, Oligocène, Miocène et Pliocène. C'est l'Age des mammifères, avec l'expansion des primates et des singes dans les milieux forestiers tropicaux. Cette ère se termine avec les Ages glaciaires qui réduisent la biodiversité de nombreuses lignées.

    (2) L'Eocène, système de l'ère Tertiaire, est marqué par la diversification des mammifères et le début de la formation des Alpes.

     

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    Notharctus, primate arboricole de l'Eocène.

    Photo: Fr. Hela, Institut Royal des Sciences Naturelles à Bruxelles, Novembre 2010.

    (3) Le Miocène, troisième système de l'ère Tertiaire, entre l'Oligocène et le Pliocène, voit l'apparition des mammifères évolués (singes, ruminants, mastodontes, ...)

    (4) Le Crétacé, système de l'ère Secondaire ou Mézozoïque, s'étend de 135 à 65 millions d'années. Ce système est nommé ainsi d'après le latin creta, "craie", se référant aux vastes dépôts crayeux marins datant de cette époque et présents en grande quantité dans certains  sous-sols de l'Europe. C'est à cette période que se développent, entre autres, les plantes à fleurs (Angiospermes). Datant de cette époque, les fossiles les plus célèbres, trouvés chez nous, sont les Iguanodons de Bernissart ainsi que deux reptiles marins: le Hainausure du bassin de Mons et le Mosasaure de Hesbaye. Le Crétacé se termine avec la disparition des dinosaures et de nombreuses formes de vie.

     

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    Tête d'un iguanodon de Bernissart (Iguanodon bernissartensis) datant du Crétacé inférieur (110 à 135 millions d'années).

    Photo: Fr. Hela, Institut Royal des Sciences Naturelles à Bruxelles, Novembre 2010.

     

    Un peu d'étymologie

    Quelle est la signification du nom scientifique de houx ? "Ilex" est le nom latin de l'Yeuse ou chêne vert (Quercus ilex), espèce méridionale dont les feuilles sont aussi coriaces, brillantes, persistantes et dentées.

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    Feuilles et fruits du Chêne vert ou Yeuse (Quercus ilex)

     

    Le terme "aquifolium" vient du latin "acus", aiguille et de "folium", feuille, c'est-à-dire à feuilles piquantes. Quant au mot "houx", il proviendrait du francique "hulis" et, d'après Jacques Brosse, il a donné le verbe houspiller (maltraiter, tourmenter), primitivement "houspigner" signifiant peigner avec un rameau de houx. Selon Michel Carmanne, son nom: "hu", puis "hou" et enfin "houx", vient également du francique, langue des Francs, occupants de la Gaule où le houx ("kelen") était connu et utilisé depuis longtemps. En wallon, toujours suivant cet auteur, on le nomme "hou" à Liège, "hu" à Verviers et à Spa, "heû" à Jalhay et "heûz'rê" à Sart ou Solwaster. Le terme "heûzi" de la région de stavelot  a donné "Heusy" qui, originellement  devait  compter de nombreux houx. En serait-il ainsi pour Houx-sur-Meuse ?

     

    Répartition du Houx en Belgique et écologie

    Le houx est une espèce de type océanique qui recherche des conditions d'humidité atmosphériques favorables. Il résiste plutôt mal aux fortes gelées tardives, ce qui explique son absence dans la partie orientale de l'Ardenne. Il croît en forêt, dans les hêtraies et chênaies, mais aussi dans les clairières semi-ombragées et les haies, sur des sols généralement acides. Dans la Forêt domaniale de Tricointe (Yvoir), on peut trouver de beaux sujets en sous-bois. En Belgique, sa distribution est plus importante au sud du sillon Sambre et Meuse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Mars 2011.

     

    Caractéristiques de l'espèce

    De l'Ordre des Celastrales, avec les Fusains (Célastracées), le houx fait partie des Aquifoliacées, Famille qui comprend environ 450 espèces dans le monde. Dans nos régions, il est l'unique espèce indigène. C'est un arbuste à croissance lente d'environ dix centimètres par an. Néanmoins, il atteint parfois la taille respectable d'une dizaine de mètres et dépasse rarement l'âge de trois cents ans. Ses feuilles persistent durant deux ans, tombent le plus souvent en début d'été de leur troisième année, ce qui permet à la plante de réaliser une économie énergétique non négligeable. Souvent, les branches inférieures portent des feuilles très épineuses tandis que plus haut, celles-ci perdent progressivement leurs dents piquantes au profit d'un limbe au bord lisse. 

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Octobre 2010.

    Ce phénomène appelé "hétérophyllie" est probablement une adaptation de défense contre les herbivores, les feuilles étant piquantes et rébarbatives dans la partie de la plante accessible aux animaux.

    Les fleurs, apparaissant en mai ou juin, sont petites, parfumées, de couleur blanc rosé, groupées en petits bouquets.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.

    En les observant, on remarque que les étamines sont stériles ou que le pistil est atrophié dans toutes les fleurs d'un même pied.

     

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    B: Fleurs unisexuées du houx. En haut, fleur femelle dont le pistil est fonctionnel et dont les étamines sont atrophiées et non fonctionnelles. En bas, fleur mâle dont les étamines sont fonctionnelles. Le pistil est vestigial et non fonctionnel.

    Illustration extraite de l'ouvrage intitulé "La botanique redécouverte" par Aline Raynal-Roques, Ed. Belin 1994.

     

    Cette constatation amène à considérer le houx comme une plante dioïque (fleurs mâles et femelles sont distinctes sur des pieds différents. Le fruit est une drupe à quatre noyaux (contenant généralement une seule graine), rouge écarlate et mûrissant à la fin de l'automne.

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, Novembre 2011.

    Lors d'hiver doux, les fruits persistent jusqu'au printemps suivant. Ils peuvent tomber si l'hiver est trop rude ou être avalés par les oiseaux qui apprécient leur pulpe charnue et favorisent ainsi la dispersion de l'espèce.

     

    Le bois du Houx et son utilisation

    Le bois du houx est homogène avec des cernes peu visibles. Il a une couleur blanc nacré et est assez lourd. Les tourneurs et sculpteurs de "petits bois" l'ont toujours recherché. Les marqueteries, les jeux d'échecs sont des exemples de son utilisation. D'après certains auteurs, on en faisait les cannes, les manches d'outils, les barreaux d'échelles et, de ses baguettes tressées, des battoirs à linge. Ces baguettes, les "houssines" servirent aussi de fouets à chevaux. Dès le XVe siècle, les brosses à balayer de houx se nommaient "houssoirs". De là, naquit l'expression "houspigner" (peigner avec un balais) qui devint "houspiller". Le cambium et le liber entraient dans la préparation de la glu. L'ilixanthine présente dans l'écorce fournissait une belle teinture jaune. Pour éviter les maléfices des sorcières, à qui le bois de houx fait le plus grand mal, les charretiers ne manquaient jamais, lors de la construction d'un char, de réserver une broche ou un rai qui était taillé en bois de houx et protégeait l'attelage.

     

    Traditions

    Il y a longtemps que le houx est associé aux fêtes, qu'elles soient religieuses ou païennes. Le feuillage et les fruits du Houx, nous dit Jacques Brosse, ont depuis la plus haute Antiquité symbolisé la persistance de la vie végétale au coeur même de l'hiver. Pour les Romains, il était associé aux Saturnales qui avait lieu en janvier. Les tribus germaniques célébraient les esprits sylvestres, à l'entrée de l'hiver, en parant leurs habitations de branches de houx. Cet usage a persisté particulièrement dans les pays anglo-saxons, le houx y jouant un rôle important dans la décoration de Noël. Au Moyen âge déjà, comme de nos jours, les tables des logis en fête étaient agrémentées de couronnes et de guirlandes aux fruits vermeils. nfin, jusqu'à la fin du XIXe siècle, dans diverses régions, on reconnaissait, paraît-il, un estaminet au bouquet de houx pendu à son enseigne.

     

    Autres utilisations et plante médicinale

    D'après Michel Carmanne, au XIXe siècle, lorsque le café était à la fois fort prisé et très cher, on torréfia les feuilles de houx pour en obtenir un breuvage qui n'eut qu'un succès fort relatif... L'inspiration venait peut-être du Paraguay. En effet, les feuilles d'un houx du Paraguay ou maté (Ilex paraguariensis), contenant de la caféine, fournissent une infusion, le maté, très apprécié dans tous les pays d'Amérique latine. Cette espèce de houx croît également au Brésil et en Argentine.

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    Le maté (Ilex paraguariensis)

    Les fruits du houx sont violemment purgatifs et peuvent même provoquer des nausées et des vomissements. On se servait autrefois de ses feuilles, qui contiennent un principe actif amer, l'ilicine, car elles étaient diurétiques, fébrifuges et résolutives contre la bronchite chronique, les rhumatismes et l'arthrite. De plus, la théobromine, présente aussi dans les feuilles, a une action sur le coeur.

     

    Incroyable ce que l'on peut raconter à propos de cette espèce et nous n'avons sûrement pas fait le tour de la question ! En tous cas, le houx est, dans la haie, le sous-bois, un milieu de vie à privilégier. Ses fleurs sont nectarifères; il attire bon nombre d'insectes butineurs et particulièrement les abeilles. Ses drupes, toxiques pour l'homme, constituent une alimentation recherchée par le merle noir, les grives et autres frugivores. Au printemps, les oiseaux sont bien à l'abri dans son feuillage impénétrable et, plus tard, il demeure un refuge de choix pour les hivernants. Les paysans "d'avant les barbelés" plantaient le houx dans les haies pour les rendre plus efficaces, plus dissuasives. Une haie, avec quelques houx, au feuillage vert brillant portant des fruits écarlates, est une véritable merveille. Qu'on se le dise !

     

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    Ouvrages consultés pour la réalisation de cette note.

    Brosse J., "Larousse des arbres et arbustes", Ed. Larousse 2001.

    Brosse J., "Les arbres de France", Ed. Christian De Bartillat 1990.

    Brosse J., "Mythologie des arbres", Ed. Payot et Rivages 1993.

    Carmanne M., "Petites histoires des arbres et arbustes de chez nous", Ed. nos r'prindans rècène 1993.

    Couplan Fr., "Dictionnaire étymologique de botanique", Ed. Delachaux&Niestlé 2000.

    Gall J.-Cl., "Paléoécologie: paysages et environnements disparus" Ed. Masson 1994.

    Lambinon J., Delvosalle L. et Duvigneaud J., "Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines", Ed. Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique Cinquième édition 2004.

    Noirfalise A., "Forêts et stations forestières en Belgique", Ed. Les presses agronomiques de Gembloux 1984.

    Rameau J.-C. etal., "Flore forestière française" Tome 1. Plaines et Collines, Ed. Institut pour le développement forestier 1989.

    White Mary E., "L'odyssée des plantes: du Gondwana à l'Australie, 400 millions d'années d'évolution", Ed. Flammariuon 1988.

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Trois harles bièvres (Mergus merganser), à Godinne.

    Lundi 28 novembre 2011: Godinne, la Meuse et son île, par une belle journée un peu fraîche.

     

    Plusieurs foulques macroules plongent brièvement en faisant des bonds, quelques poules d'eau côtoient un instant la rive de l'île avec quatre grèbes castagneux assez farouches. Des grèbes huppés, à demi cachés, somnolent et des fuligules morillons s'immergent régulièrement. Les oiseaux d'eau ont du charme et le spectacle qu'ils m'offrent est toujours fascinant. Là, mon regard est attiré par trois longues silhouettes, assez basses sur les flots, qui glissent rapidement sur l'eau, sans s'éloigner des rives. Elles se suivent à la queue leu leu, scrutant sans relâche les profondeurs du fleuve, en immergeant la tête jusqu'au dessus des yeux. Elles relèvent de temps en temps la tête, comme pour reprendre haleine. Les voilà qui disparaissent, s'enfoncent tranquillement. Un moment après, je les aperçois beaucoup plus loin, elles plongent à nouveau et ainsi de suite ... Des harles bièvres femelles !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Soudain, la scène s'interrompt. Arrivés à la pointe de l'île, les harles sont alertés: le bruit et les remous annoncent l'arrivée d'une imposante péniche. Battant des ailes et des pattes pour décoller, les trois harles s'ébranlent et s'envolent vers le large. Quel vol rapide! Il est vrai qu'ils peuvent atteindre parfois 70 km à l'heure! Le cou tendu, ils filent en vol direct, au ras de l'eau, à quelques mètres de hauteur. Les ailes noires et grises, marquées d'un carré blanc, à l'arrière, contre le corps, sont les caractéristiques des femelles en vol. Plus tard, un peu avant le pont de Godinne, je les retrouverai. Une femelle me fit même le cadeau d'être plus proche, ce qui me permettra de la détailler, dans une belle lumière.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne (Meuse), 28 Novembre 2011.

     

    Grand canard plongeur, le harle bièvre mesure de 58 à 66 cm de longueur et pèse de 900 g à 2,160 kg. La femelle présente un dos gris clair bleuté. Sa tête brun roux, ornée d'une huppe fournie qui retombe en arrière comme une crinière, lui donne une allure originale. Celle-ci présente un menton blanc pur et forme une limite très tranchée avec le cou gris. Mais ce qui est encore plus frappant chez ce harle, c'est son bec mince, effilé, terminé par un crochet et, surtout, garni de "dents" aiguës, qui lui a valu le nom populaire de "bec-en-scie". Grâce à celui-ci, il se fait un jeu de saisir un poisson et de le maintenir fermement.

    Le harle bièvre est un pêcheur spécialisé comme les plongeons et les grèbes. Après avoir explorer du regard les profondeurs, il plonge et reparaît à quelques distances du lieu de plongée, car il poursuit ses proies dans l'eau avec aisance et rapidité. Le corps allongé, la position des pattes sous le ventre, terminées par de larges palmures, sont les caractéristiques de ce plongeur piscivore diurne. Il aime les eaux claires, libres et de certaines étendues. Il se nourrit, en règle générale, de poissons d'assez petite taille, la plupart n'excédant pas 12 à 15 cm de longueur; il semble gêné pour avaler de grosses et larges proies (P. Géroudet, 1987). Il s'enfonce dans l'eau, le plus souvent, à une profondeur de 2 à 5 mètres (M. Cuisin, 1999).

    Le harle bièvre est un oiseau sociable, vivant volontiers en compagnie comptant jusqu'à une douzaine d'individus ou davantage et voisinant avec les grèbes et d'autres canards plongeurs. Les populations nordiques de harles bièvres sont en partie contrainte à l'émigration par les rigueurs hivernales. Les mâles, arborant un magnifique plumage très contrasté, tendent à s'éloigner le moins possible des lieux de nidification, sauf en période de très grands froids.

     

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    Un harle bièvre mâle.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

     

    Les femelles et les jeunes voyagent davantage et atteignent même le nord de la Méditerranée, exceptionnellement l'Afrique du Nord. Les oiseaux d'Europe occidentale hivernent dans la Baltique, sur les côtes de Suède, du Danemark, de l'Allemagne et des Pays-bas. En Belgique, le harle bièvre est un hôte assez irrégulier et peu commun d'octobre à avril. Ils y sont plus nombreux lorsque l'hiver est rigoureux. En Mars, le retour des harles coïncide, en général, avec la débâcle des glaces, dans les régions septentrionales.

    A la belle saison, le harle bièvre fréquente les lacs et cours d'eau calmes des régions boisées. Il s'installe, pour nicher, près des eaux assez profondes et poissonneuses. Pour son nid, il  recherche une cavité spacieuse d'un grand arbre (jusqu'à 12 mètres de hauteur), pas trop loin du rivage. Ce grand oiseau est donc cavernicole ! En Suède, il adopte volontiers un nichoir de grande taille qu'on dispose à son intention.

     

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    Une femelle et ses grands poussins, quelque part en Alaska.

    Photo: Ron Niebrugge / www.Wildnatureimages.com

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Des plantes hémiparasites !

    Certaines plantes croissant dans notre région vivent en partie aux dépens d'autres espèces végétales. Si elles assurent une grande part de leur nutrition carbonée par la photosynthèse (elles sont vertes et possèdent des feuilles bien développées), elles prélèvent cependant l'eau et les sels minéraux présents dans les vaisseaux du xylème d'autres plantes. Ce sont des hémiparasites (à demi parasites). Le détournement des matières premières est réalisé par des suçoirs appelés haustoria (haustorium, au singulier).

    Celle qui nous est la plus familière est le Gui (Viscum album) qui se développe sur les branches de nombreux arbres, surtout celles des peupliers et des pommiers. Ses rameaux verts à feuilles persistantes, tant appréciés à la période du "Gui l'an neuf", montrent que cette plante parasite a gardé sa capacité de photosynthèse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Octobre 2011.

     

    Le Gui est donc partiellement autotrophe, c'est-à-dire qu'il ne dépend pas entièrement d'autres êtres vivants pour se nourrir. Par contre, il n'a pas de racines et vit obligatoirement ancré sur un arbre-hôte par un suçoir inséré dans une branche. Par l'intermédiaire de celui-ci, il prélève la sève brute de l'hôte nécessaire à une partie de sa nutrition. Il est hémiparasite, car il ne tire pas toute sa nourriture de son hôte, puisqu'il pratique la photosynthèse.

    Ce qui est moins connu, c'est que d'autres plantes vertes, aux feuilles bien développées et bien enracinées dans le sol, sont également hémiparasites. Elles semblent avoir une biologie normale, mais leurs racines établissent des connexions, par l'intermédiaire de suçoirs, avec celles des plantes voisines auxquelles elles prélèvent une part de leur nutrition.

    Chez nous, c'est le cas des Genres Euphrasia (Euphraises), Melampyrum (Mélampyres), Rhinanthus (Rinanthes ou crêtes-de-coq) et Odontites (Odontites), tous réunis dans la Famille des Scrophulariacées. Voici quelques espèces que l'on rencontre dans notre commune, avec des commentaires.

     

    De nos jours, il est moins fréquent de trouver l'Euphraise raide (Euphrasia stricta). C'est une petite plante de 10 à 30 cm de haut qui fleurit de juin à octobre, dans les pelouses sèches, les friches rocailleuses proches des carrières et dans la rocaille de certains chemins secs.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Juin 2011.

     

    On l'appelle aussi "casse-lunette". Le célèbre médecin et botaniste italien Matthiole (1501-1577) écrivait qu'elle était "singulière pour ôter tous les empêchements contraire à la vue" et que "si son usage se généralisait, cela gâterait par moitié le commerce des marchands de lunettes ..." Les études pharmacologiques ont effectivement confirmé l'action des Euphraises (notamment Euphrasia officinalis subsp. rostkoviana) sur les conjonctivites, le larmoiement, les ophtalmies légères et les orgelets.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne, 21 Août 2011.

     

    Euphrasia signifie en grec "joie", probablement la joie d'avoir recouvré la vue ! Les Euphraises sont des plantes hémiparasites sur les racines des Graminées et des Cypéracées.

     

    L'Odontite rouge (Odontites vernus), peu commune, fleurit de juin à octobre, au bord des chemins, dans certaines prairies ou pelouses fraîches, dans les friches et sur les chemins de halage, en bord de Meuse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne (chemin de halage en bord de Meuse), Août 2011.

     

    D'après François Couplan (2000), le nom scientifique Odontites viendrait du grec odontos, dent. Les plantes de ce Genre, d'après cet auteur, étaient censées aider à soulager les maux de dents.

    La Rhinanthe à petites fleurs (Rhinanthus minor) est appelée aussi "crête-de-coq", en raison de ses bractées vert sombre, à dents triangulaires. Assez rare dans notre région, elle fleurit de mai à septembre, dans les pelouses calcaires ni trop sèches, ni trop humides (espèce mésophile), les prairies fraîches à sèches, généralement non amendées, et en bord de chemins. Une belle station de cette plante peut être admirée dans un pré, à Tricointe.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Les espèces du Genre Rhinanthus sont des hémiparasites sur les racines des graminées et de diverses plantes herbacées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Juin 2011.

     

    Le Mélampyre des prés (Melampyrum pratense) est une espèce assez commune des forêts, des coupes et lisières forestières, des clairières, des landes ..., sur sols secs et siliceux. Son nom vernaculaire semble assez mal choisi, vu qu'il n'est pas fréquent de le trouver dans un pré ! Néanmoins, sur le site des Rochers de Champalle à Yvoir, j'ai pu l'observer en bordure d'une pelouse mésophile sur calcaire.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juin 2011.

     

    Normalement espèce de demi-ombre, le Mélampyre des prés fleurit de juin à août et est hémiparasite sur les racines de diverses plantes ligneuses. Les graines des Mélampyres, allongées et noires, ont à peu près la forme d'un grain de blé; rien d'étonnant donc à ce que melampyrum se décompose étymologiquement en melanos, noir et puros, blé (le blé noir).

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Juillet 2011.

     

    De juin à août, dans une friche argilo-calcaire bien exposée, au milieu d'un tapis dense de graminées, de gros épis pourpres violacés, lacérés de jaune vif, se dressent çà et là, à 30 cm au-dessus du sol. Ces inflorescences hautes en couleurs, à la fois vives et nuancées, sont celles des Mélampyres des champs (Melampyrum arvense). Devenue rare, cette Scrophulariacée s'observe encore en quelques endroits de notre région. C'est dans les friches, les pelouses sèches, voire sur les rochers calcaires comme à Champalle et, parfois, aux abords de cultures et de moissons, que ce magnifique Mélampyre pousse. Les sols riches en calcaire ont sa préférence.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Champalle), Juin 2011.

     

    Ses bractées florales, dans leur exubérance de forme et de couleur, font de loin passer l'épi pour une grosse fleur, ce qui permet, peut-être, à la plante d'attirer les insectes et lui a valu les noms de "rougeotte" et "queue de vache", dans certaines campagnes. Mais les fleurs sont à rechercher à la base de chaque bractée; leurs corolles généralement purpurines à gorges jaunes, parfois entièrement jaunâtres, sont enfoncées dans des calices pourpres, à dents à peu près égales entre elles.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Ce Mélampyre est hémiparasite sur les racines de diverses plantes herbacées. Celui-ci abondait jadis, surtout dans les champs de céréales. L'épandage d'herbicides est certainement la cause de sa rareté actuelle. On le retrouve aujourd'hui en marge de ces milieux. Sa répartition est devenue très discontinue.

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 2 Juin 2011.