Le Fuligule morillon (Aythya fuligula), un plongeur émérite !

Une matinée de janvier, là où les eaux du Bocq se mélangent à celles de la Meuse, cinq petits canards alertes nagent et plongent, sans se soucier de ma présence. C'est tout un spectacle que de voir les fuligules morillons disparaître dans les flots ! L'un après l'autre, parfois en succession rapide, ils basculent en avant avec une vigoureuse poussée des pattes et descendent rapidement vers le fond.


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Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.

 

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Photo: Marc Fasol - www.oiseaux.net


Paul Géroudet explique que, là, ils explorent le limon, fouillent du bec la vase molle, retournent les pierres, la tête en bas, le corps très incliné. D'après cet auteur, ils godillent vigoureusement par un mouvement des pattes étalées, pour se maintenir et se diriger au fond. Les fuligules morillons consomment sous l'eau les aliments qu'ils y ont trouvés. Le régime alimentaire est composé surtout de toutes sortes de mollusques, de petits crustacés (gamares, aselles, ...), de larves d'insectes (chironomes, phryganes, ...), ainsi que de diverses graines de plantes aquatiques ou non. Ceux-ci sont capturés à une profondeur oscillant en moyenne entre deux et cinq mètres (moins souvent sept ou huit mètres). L'immersion dure, en général, 20 à 30 secondes et, parfois même, jusqu'à 50 secondes.

 

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Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


L'un après l'autre, voilà qu'ils remontent à la surface, comme des bulles d'air. Très vifs et éveillés, ces plongeurs émérites m'ont vu. Aussitôt rassemblés, ils s'éloignent d'abord à la nage, le cou dressé, puis décollent bruyamment. Au vol, les fuligules morillons déploient des ailes noires que traverse une longue bande blanche effilée. Leur ventre blanc est fort visible.

 

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Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


Depuis la fin du mois d'octobre, je ne cesse de contempler les diverses attitudes de ces fuligules attachants. Sur la Meuse, de petits groupes circulent à Yvoir et Godinne. Le fuligule morillon est une petit canard plongeur mesurant 40 à 70 cm de longueur et pesant un peu moins d'1 kg. Avec son plumage noir brillant et ses flancs blanc pur, nettement découpés, le mâle est superbe.

 

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Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


De près, on peut admirer les reflets pourpres ou verdâtres de la tête, sa huppe bien développée qui retombe derrière celle-ci, son oeil jaune et son bec gris bleu terminé par une pointe noire. Adulte, le mâle porte cette livrée nuptiale dès octobre ou novembre.

 

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Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


La femelle, très différente, a un plumage beaucoup moins voyant. La tête brune marquée d'une courte huppe, les yeux jaunes, le bec gris avec une vague bande pâle à l'avant et terminé par une pointe noire, ainsi que le dos brun-noir sont les caractéristiques d'une femelle typique.

 

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Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


Certaines femelles peuvent présenter une tache blanche variable autour du bec. On pourrait alors les confondre avec la femelle du Fuligule milouinan (Aythya marila), espèce rare en Wallonie. Cette dernière porte une zone blanche à la racine du bec, mais celle-ci est plus étendue et plus large, allant souvent jusqu'au front. En outre, la tête brune et ronde sans huppe, le dos et les flancs bien plus clairs, brun grisâtre, et le petit onglet noir terminant le bec, sont des indices qui permettent d'identifier cette espèce.

 

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Fuligule milouinan (Aythya marila): Une femelle.

Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net


On constate un accroissement des populations de fuligules morillons dans une grande partie de l'Europe occidentale et septentrionale. Ce canard plongeur se rencontre en Islande, en Irlande et en Grande-Bretagne. Sur le continent, son aire de nidification s'étend depuis la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande juqu'aux pays Baltes et la Russie. Plus loin, on le retrouverait en Sibérie, en Mongolie et au Japon !

 

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Fuligule morillon (Aythya fuligula) mâle s'ébrouant.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


Durant la mauvaise saison, lors d'hivers plus ou moins rigoureux, plusieurs milliers de ces canards son recensés (d'après les comptages hivernaux d'oiseaux d'eau effectués en janvier). Au cours d'hivers doux, ils apparaissent aussi régulièrement, mais en nombre plus restreint. Les fuligules morillons hivernants dans notre pays proviennent principalement du nord de l'Europe orientale et de Scandinavie. En comparant la situation aux Pays-Bas, nos populations en hiver sont assez faibles. L. Benoy (1994) indique à ce propos que l'Ijsselmeer hollandais, entre autres, abrite chaque hiver plus de 100.000 fuligules morillons. La tête toujours tournée face au vent, ils y formeraient des files de plusieurs kilomètres le long des digues !

 

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Un couple.

Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


La population hivernante dans le nord-ouest de l'Europe est estimée à plus de 500.000 oiseaux et, environ 300.000 passerait l'hiver de la Méditerranée à la Mer noire.

En Belgique, le fuligule morillon est un nicheur assez répandu, en progression. La population wallonne comprendrait de 200 à 260 couples au moins, principalement dans le bassin de la Haine, en Brabant, en Hesbaye et dans l'ouest de l'Entre-Sambre-et-Meuse (d'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, 2001-2007 par J.-P. Jacob et al., 2010). D'après cet ouvrage, la nidification a été prouvée en Basse-Meuse et sur certains étangs ardennais. En général, le fuligule morillon se reproduit sur des étangs peu profonds, à végétation assez fournie. Les sites tranquilles pourvus d'îlots, de roselières ou d'autres ceintures de végétaux palustres, avec une faune riche en invertébrés aquatiques, ont sa préférence pour l'installation de son nid. La nidification tardive de l'espèce coïnciderait avec le développement estival des petits mollusques d'eau douce, consommés en nombre.

 

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"Le fuligule morillon se soucie beaucoup du bon état de son plumage, qui doit être bien serré, lissé et graissé soigneusement. Il se baigne en plongeant d'abord la tête dans l'eau, la rejette en arrière et inonde tout le dessus du corps; puis les ailes frappent l'eau et la queue frétille joyeusement. Alors commence la mise en ordre, dont le bec est le principal instrument; pour atteindre les plumes de la poitrine, il est obligé de nager sur le flanc et se retourne même complètement dans l'eau, n'y gardant qu'une seule patte pour se maintenir en équilibre." Extrait de l'ouvrage "Les Palmipèdes d'Europe", par Paul Géroudet, Editions Delachaux et Niestlé, 1999.

 

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"La toilette de l'oiseau se termine par un battement d'ailes qui soulève l'oiseau au-dessus de l'eau, afin de chasser les gouttelettes égarées dans les plumes. Enfin, les ailes sont cachées dans les poches des flancs." Extrait de l'ouvrage "Les Palmipèdes d'Europe", par Paul Géroudet.

 

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Un fuligule morillon mâle, la huppe au vent !

Photo: Fr. Hela, Godinne, 7 Mars 2010.









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