Des harles piettes (Mergus albellus) à Godinne et à Anseremme.

Lors de la vague de froid de ce mois de février, les eaux de la Meuse sont prises par la glace, à certains endroits, surtout avant les écluses. Les eaux libres après les barrages sont alors fréquentées par de belle petites bandes de harles bièvres (Mergus merganser). Pour mon plus grand plaisir, les mâles et femelles volent, nagent et plongent sur le tronçon du fleuve entre Godinne et Houx-sur-Meuse. Du 1 au 21 février, des harles isolés ou des groupes comptant jusqu'à vingt oiseaux me donnent des ailes pour affronter la froid piquant*.

Sur le fleuve, les abords des îles de Godinne et de Moniat (Anseremme) reçoivent, cette fois, la visite de quelques harles piettes. Ces petits harles au dos gris, coiffés d'un bonnet brun foncé qui contraste avec le blanc des joues et de la gorge, nagent bas sur l'eau, le cou engoncé.

 

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Harle piette (Mergus albellus): une femelle ou un immature.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


Plongeurs très actifs, ils se nourrisent de tout petits poissons. Ils les poursuivent dans les eaux peu profondes (1 à 4 mètres), où leurs immersions ne dépassent guère 15 à 30 secondes. La plongée oblique, d'une grande vivacité, les entraîne à ressortir assez loin du point de disparition. Il suffit alors que l'attention de l'observateur se porte ailleurs quelques instants pour ne plus les retrouver ensuite. A Anseremme, quatre oiseaux se plaisaient à plonger simultanément et à émerger en rapides successions. Le harle piette se montre sensible aux dérangements. Il est très prompt à l'essor et d'une légèreté de vol comparable à celle des sarcelles.

 

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Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net


Les oiseaux observés à Anseremme (4), le 7 février et à Godinne (2), les 16 et 17 de ce mois, sont tous des femelles ou des immatures. Ces derniers gardent longtemps leur plumage juvénile semblable à la femelle adulte et rien ne permet de les différencier.

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Photo: Nadine Thonnard, Godinne, 17 février 2012.


Les mâles adultes sont, par contre, moins fréquents. Il y a plusieurs années, lors d'un hiver très rigoureux, j'ai eu l'occasion d'en observer sur la Meuse à Jambes. Ma surprise fut grande ! A l'oeil nu et à distance, le mâle adulte semble tout blanc, mais aux jumelles, son extraordinaire parure nuptiale captive le regard par ses détails.

 

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Mergus albellus mâle adulte.

Photo: Yves Thonnerieux - www.oiseaux.net


Le blanc ne serait pas si éclatant s'il n'était rehaussé de parements noirs: une tache arrondie en lunette entre l'oeil et le petit bec gris bleu, une bande soulignant la huppe saillante, deux filets traversant le bas du cou et la poitrine, un troisième longeant les scapulaires, plus un long triangle dorsal. Le croupion et la queue tirent sur le gris foncé et de fines stries gis pâle ornent les flancs... une merveille !

 

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Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


Mais d'où viennent-ils, ces petits harles ? L'origine de ces oiseaux pourrait se situer dans le nord de la Finlande et de la Russie ou même dans l'ouest de la Sibérie occidentale. Lors de vagues de froid atteignant l'Europe centrale, il semble que les observations de harles piettes dans nos régions soient plus nombreuses. La plupart sont des femelles ou immatures, les mâles adultes étant moins fréquents. Comme le garrot à oeil d'or (Bucephala clangula) et d'autres espèces de harles, le harle piette niche dans les cavités des arbres et les nichoirs mis à sa disposition, à proximité des lacs et cours d'eau lents, bordés de forêts. Il se reproduit dans la zone forestière du nord de la Scandinavie, de la Finlande, de la Russie et de la Sibérie jusqu'aux îles Sakhaline (P. Géroudet, 1999).


* A propos du harle bièvre: voir la note du 6/12/11 "Trois harles bièvres (Mergus merganser) à Godinne", dans la rubrique Avifaune.




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