• Plaidoyer pour le lierre (Hedera helix).

    Il grimpe vers la lumière, enserre doucement l'arbre, abrite tout un monde d'insectes et d'oiseaux. Il ne laisse personne indifférent ... Rencontre avec ce mal-aimé, le lierre.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 29 février 2012.


    Les lianes occupent une place originale dans le règne végétal. Pour s'élever vers la lumière,  elles ont besoin de supports, ce qui les rendent dépendantes des rochers, des vieux murs mais aussi, et surtout, des autres plantes. Contrairement à ce que beaucoup d'êtres humains pensent (ceux-ci ont souvent cette fâcheuse tendance à projeter le fonctionnement des sociétés humaines sur celui de la nature), cette cohabitation imposée avec d'autres végétaux affecte peu la vitalité des hôtes. Aussi, il est temps de réviser notre manière de voir les choses et de s'abstenir, désormais, d'intervenir dans les rapports intimes des lianes et de leurs tuteurs ! Maintes fois, j'ai entendu dire que le lierre est un odieux parasite et qu'il étouffe les arbres (on l'appelle "bourreau des arbres" dans certaines régions de France). Pourquoi, alors qu'il assure parfaitement sa propre synthèse chorophyllienne, affaiblirait-il l'hôte qui le mène obligeamment vers la lumière ? Et par quel mécanisme? Il ne puise absolument pas sa nourriture aux dépens de celui-ci et ses racines adventives ne possèdent pas de suçoirs. Etouffe-t-il les arbres ? Cela arrive parfois, mais dans la quasi totalité des cas, lierre ou pas lierre, l'arbre aurait dépéri complètement. D'ailleurs, on constate que le lierre limite sa croissance en hauteur et que tant que son tuteur est en bonne santé, il ne le colonise jamais au-delà des premières ramifications de la couronne, ce qui permet à ce dernier d'assurer largement la photosynthèse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 29 février 2012.


    Le lierre s'enroule généralement en spirale autour d'un support pour porter ses bourgeons d'hiver à plus de 50 cm de hauteur (phanérophyte lianeux). Cette liane ligneuse, à tige sarmenteuse pourvue de racines crampons, peut atteindre une hauteur de 30 mètres et plus de 35 cm de diamètre à la base du tronc. Elle grimpe mais peut aussi s'étaler sur le sol des forêts et y former des peuplements étendus.

     

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    Les racines crampons du lierre.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, le 29 Février 2012.


    Ses feuilles persistantes, luisantes et coriaces sont pétiolées et disposées alternativement sur la tige et les rameaux. On distingue souvent deux sortes de feuilles sur une même plante. Certaines ont un limbe palmé à 3 ou 5 lobes sur les tiges et rameaux stériles et, d'autres, sont entières, ovales à rhombiques sur les rameaux florifères.

     

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    Feuilles palmatilobées des tiges et rameaux stériles.

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    Feuilles entières, ovales à rhombiques des rameaux florifères.

    Photos: Fr. Hela, Yvoir, 29 Février 2012.


    Le lierre passe l'hiver comme les arbres à l'abri de son bois. Chaque année, il ajoute quelques millimètres au diamètre de son tronc et de ses branches, quelques rameaux à sa charpente. Cette faculté de grandir peu à peu, enraciné dans le sol, en accompagnant vers la lumière l'arbre qui le soutient, lui permet de vivre en pleine forêt. Son feuillage peut s'épanouir jusque dans la canopée. Le lierre et son arbre forment un véritable petit milieu où le naturaliste pourra passer bien des journées en patientes observations. Insectes, araignées, oiseaux, petits mammifères s'y côtoient, s'y cachent momentanément, s'y nourrissent et s'y reproduisent ou y passent toute leur vie. Le lierre est une véritable aubaine pour la faune qui le fréquente. Non content de passer l'hiver en vert, il est la dernière espèce ligneuse indigène à fleurir. De la mi-septembre au début du mois de novembre, ses fleurs jaune verdâtre, en bouquets globuleux, exhalent une douce senteur et des centaines d'abeilles, de guêpes, de syrphes, ainsi que quelques papillons, les butinent, en cette période pré-hivernale.

     

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    Photos: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 5 Novembre 2011.


    Le lierre est aussi la premier à porter des fruits. Ceux-ci mûrissent alors que la grande partie du monde végétal est encore au repos. En février et en mars, de nombreux oiseaux viennent se nourrir de ses drupes noir bleuâtre mûres.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir, 29 Février 2012.


    Lors de la vague de froid de ce début d'année, les lierres étaient visités par des bandes de grives mauvis (Turdus iliacus), de grives litornes (Turdus pilaris), de merles noirs (Turdus merula), d'étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris) et par quelques pigeons ramiers (Columba palumbus). C'était un vrai spectacle !

     

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    Grive litorne (Turdus pilaris)

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

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    Grive mauvis (Turdus iliacus)

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

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    Merle noir (Turdus merula)

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Le lierre toujours vert sert d'abri à toute une petite faune, lors des intempéries ou durant la nuit. Beaucoup de passereaux s'y rassemblent sous ses feuilles, se reposent sur ses lacis de branches ou y construisent leur nid. C'est le cas, entre autres, de la mésange à longue queue (Aegithalos caudatus), du rouge-gorge (Erithacus rubecula) ou du merle noir. De petits mammifères comme le lérot (Eliomys quercinus), le muscardin (Muscardinus avellanarius), l'écureuil roux (Sciurus vulgaris), ... visitent aussi cette liane originale de part sa physiologie particulière et son cycle de vie décalé.

    Notre liane se rencontre dans les haies et les bois, sur des sols riches et assez frais, basiques ou légèrement acides. Elle colonise aussi les rochers et les vieux murs. C'est une espèce de demi-ombre ou d'ombre qui ne fleurit et fructifie qu'en pleine lumière.

    Les noms scientifiques du Genre et de l'espèce, Hedera helix, viennent du latin haedere, s'attacher et helix, spirale. Le Genre Hedera fait partie de la Famille des Araliacées (Araliaceae) qui comprend environ 700 espèces d'arbres et d'arbustes, ainsi que quelques lianes, dont la majorité croissent dans les régions tropicales, avec de fortes concentrations en Indo-Malaisie, en Océanie et en Amérique tropicale (R.-E. Spichiger et al., 2000). Dans notre pays, le lierre est le seul représentant indigène de cette Famille.

    De nombreuses variantes du lierre sont cultivées pour l'ornement. Elles diffèrent par la découpure profonde du limbe des feuilles des rameaux stériles, leur taille, le nombre de lobes, la coloration (parfois panaché de jaune ...). D'autres espèces du genre Hedera sont plus rarement cultivées. Hedera colchica d'Asie occidentale, à feuilles toutes à limbe entier ou superficiellement trilobé, atteignant 20 cm de longueur, se rencontre çà et là, surtout, dans ou aux abords de certaines grandes propriétés ayant l'allure d'un petit parc.

    Pour conclure, je reprends ici cet appel, légèrement modifié, lancé par Gérard Lacoumette, auteur d'un plaidoyer pour les lianes: " S'il vous plaît, forestiers, propriétaires privés ou simples promeneurs, ne tranchez plus, dans la mesure du possible, tout ce qui grimpe !"

     

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 5 Novembre 2011.


    Bibliographie:

    Brosse J. - Larousse des arbres et arbustes - Larousse, 2001.

    Lacoumette G. - Plaidoyer pour les lianes - La Garance voyageuse N°63 -  St Germain-de-Calberte (F), Automne 2003.

    Lambinon J. et al. - Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines - Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique (Cinquième édition), Meise (B), 2004.

    Lieutaghi P. - La plante compagne - Actes Sud, 1998.

    Rameau J.-C. et al. - Flore forestière française (Tome 1: Plaines et collines) - Institut pour le développement forestier, France 1989.

    Spichiger R.-E. et al. - Botanique systématique des plantes à fleurs (Une approche phylogénétique nouvelle des Angiospermes des régions tempérées et tropicales) - Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2000.





  • Des harles piettes (Mergus albellus) à Godinne et à Anseremme.

    Lors de la vague de froid de ce mois de février, les eaux de la Meuse sont prises par la glace, à certains endroits, surtout avant les écluses. Les eaux libres après les barrages sont alors fréquentées par de belle petites bandes de harles bièvres (Mergus merganser). Pour mon plus grand plaisir, les mâles et femelles volent, nagent et plongent sur le tronçon du fleuve entre Godinne et Houx-sur-Meuse. Du 1 au 21 février, des harles isolés ou des groupes comptant jusqu'à vingt oiseaux me donnent des ailes pour affronter la froid piquant*.

    Sur le fleuve, les abords des îles de Godinne et de Moniat (Anseremme) reçoivent, cette fois, la visite de quelques harles piettes. Ces petits harles au dos gris, coiffés d'un bonnet brun foncé qui contraste avec le blanc des joues et de la gorge, nagent bas sur l'eau, le cou engoncé.

     

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    Harle piette (Mergus albellus): une femelle ou un immature.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Plongeurs très actifs, ils se nourrisent de tout petits poissons. Ils les poursuivent dans les eaux peu profondes (1 à 4 mètres), où leurs immersions ne dépassent guère 15 à 30 secondes. La plongée oblique, d'une grande vivacité, les entraîne à ressortir assez loin du point de disparition. Il suffit alors que l'attention de l'observateur se porte ailleurs quelques instants pour ne plus les retrouver ensuite. A Anseremme, quatre oiseaux se plaisaient à plonger simultanément et à émerger en rapides successions. Le harle piette se montre sensible aux dérangements. Il est très prompt à l'essor et d'une légèreté de vol comparable à celle des sarcelles.

     

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    Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net


    Les oiseaux observés à Anseremme (4), le 7 février et à Godinne (2), les 16 et 17 de ce mois, sont tous des femelles ou des immatures. Ces derniers gardent longtemps leur plumage juvénile semblable à la femelle adulte et rien ne permet de les différencier.

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    Photo: Nadine Thonnard, Godinne, 17 février 2012.


    Les mâles adultes sont, par contre, moins fréquents. Il y a plusieurs années, lors d'un hiver très rigoureux, j'ai eu l'occasion d'en observer sur la Meuse à Jambes. Ma surprise fut grande ! A l'oeil nu et à distance, le mâle adulte semble tout blanc, mais aux jumelles, son extraordinaire parure nuptiale captive le regard par ses détails.

     

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    Mergus albellus mâle adulte.

    Photo: Yves Thonnerieux - www.oiseaux.net


    Le blanc ne serait pas si éclatant s'il n'était rehaussé de parements noirs: une tache arrondie en lunette entre l'oeil et le petit bec gris bleu, une bande soulignant la huppe saillante, deux filets traversant le bas du cou et la poitrine, un troisième longeant les scapulaires, plus un long triangle dorsal. Le croupion et la queue tirent sur le gris foncé et de fines stries gis pâle ornent les flancs... une merveille !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Mais d'où viennent-ils, ces petits harles ? L'origine de ces oiseaux pourrait se situer dans le nord de la Finlande et de la Russie ou même dans l'ouest de la Sibérie occidentale. Lors de vagues de froid atteignant l'Europe centrale, il semble que les observations de harles piettes dans nos régions soient plus nombreuses. La plupart sont des femelles ou immatures, les mâles adultes étant moins fréquents. Comme le garrot à oeil d'or (Bucephala clangula) et d'autres espèces de harles, le harle piette niche dans les cavités des arbres et les nichoirs mis à sa disposition, à proximité des lacs et cours d'eau lents, bordés de forêts. Il se reproduit dans la zone forestière du nord de la Scandinavie, de la Finlande, de la Russie et de la Sibérie jusqu'aux îles Sakhaline (P. Géroudet, 1999).


    * A propos du harle bièvre: voir la note du 6/12/11 "Trois harles bièvres (Mergus merganser) à Godinne", dans la rubrique Avifaune.




  • La collybie à pied velouté (Flammulina velutipes), une espèce hivernale robuste.

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses renvoient le lecteur au petit glossaire, en fin de note.


    Pas de gelée, pas de neige, en ce mois de janvier 2012, mais une température anormalement douce et une humidité atmosphérique prenante. Tout suinte et, dans cette grisaille, seules, quelques fougères et mousses donnent, de-ci de-là, une touche de couleur verte au sous-bois. J'arpente le chemin de pierre qui monte à la ferme de l'Airbois, à partir du hameau de Tricointe. Au bout d'une certaine distance, à ma droite, celui-ci domine un bois en pente. Soudain, plusieurs sons forts crèvent le silence des lieux: "krukrukrukru" ! Un gros oiseau noir au bec jaunâtre, de la taille d'une corneille, passe entre les arbres. Il se pose sur un tronc tout proche et je peux entendre le bruit de ses griffes sur l'écorce. Ainsi, il se met à émettre plusieurs fois des sons plaintifs, à forte tonalité. C'est le pic noir, notre plus grand pic, qui exerce toujours sur moi un attrait particulier. Voilà qu'il s'envole et disparaît en reprenant cette fois les cris sonores qu'ils poussaient à son arrivée. Une petite bande de bouvreuils pivoines poussent de petits sifflements mélancoliques et, dans les cimes des arbres, quelques grosbecs cassenoyaux agités lancent leurs cris durs, brefs et perçants qui claquent comme de petites explosions. Mais, là, sur ce tronc, une lueur jaune orangé brille. Allons voir de plus près ! Ce sont des collybies à pied velouté, pardi !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 12 Janvier 2012.


    Détaillons à présent ce petit chef d'oeuvre de la nature ! Ce champignon possède un chapeau de consistance élastique. Il est d'abord convexe ou bombé, puis s'aplani avec l'âge. Il est lisse, visqueux, d'un jaune orangé extraordinaire et plus foncé au centre.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, Janvier 2011.


    Les lamelles blanc crème, maculées de roussâtre, sont arrondies, échancrées et peu serrées.

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    Le pied court et creux est un peu radicant (1). Il est jaune citrin, devient brun noirâtre à partir de la base et est velouté dans sa partie inférieure. 

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 12 Février 2011.


    La collybie à pied velouté a la particularité d'être typiquement hivernale, puisqu'on la trouve de décembre à mars. Ne pourrissant pratiquement pas, elle résiste aux grands froids et serait même capable de croître sous la neige ! C'est une espèce cespiteuse (2) venant sur le bois mort de divers arbres à feuilles. Elle apparaît souvent sur des vieilles souches, sur les troncs morts encore debouts, à plusieurs mètres du sol, sur le bois pourrissant enfoui et, parfois, sur des racines, au pied des arbres. Dans ce dernier cas, le sporophore (3) est relié aux racines par de longues "radicelles" ramifiées (rhizomorphes) ou croît à partir d'un "stolon" persistant et souterrain jouant le rôle de sclérote (4) (R. Heim, 1984).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 2 Janvier 2012.


    La classification des champignons est pour le moins complexe. En effet, les progrès dans ce domaine sont incessants. Les classifications traditionnelles sont, pour la plupart, largement périmées, voire erronées, en fonction de nouveaux acquis (découvertes en biologie moléculaire et approche phylogénétique du monde vivant). La collybie à pied velouté a été longtemps une espèce difficile à classer, d'après H. Romagnesi (1971). Quélet (1888) la range dans le Genre Pleurotus, ensuite, celle-ci se retrouvera dans le Genre Collybia. Enfin, Karsten et Singer (1962) créent pour elle des groupes spéciaux: les Sous-Genres Flammulina et Myxocollybia. Si, en langue française, cette espèce garde le nom de collybie, le nom scientifique de Flammulina velutipes semble être actuellement admis. Le genre Flammulina comprend des champignons collyboïdes, à stipes (ou pieds) souvent radicants, aux revêtements velus ou visqueux et à cystides (5) et spores particuliers. D'après R. Heim (1984), la coloration du chapeau de la collybie à pied velouté peut être fort variable, allant du blanc crème (variété lactea) au roux orangé (type rubescens). H. Romagnesi (1971) précise qu'on rencontre la variété lactea, dès la fin septembre, en touffes au pied des arbres.

     

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    Flammulina velutipes var. lactea.


    Considérée comme comestible médiocre en Europe occidentale, la collybie à pied velouté  fait pourtant l'objet d'une culture intensive au Japon (Enoki) ainsi qu'en Extrême-Orient. La consistance élastique du chapeau (après l'avoir nettoyé de sa viscosité) peut agrémenter un plat de riz (voir à ce propos le site www.lecoprin.ca/culture_fr.htm concernant les champignons de culture).

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, Janvier 2011.


    (1) Radicant: indique que le champignon est plus ou moins profondément enfoncé dans le sustrat par un prolongement de sa base (pseudorhize).

    (2) Cespiteux: se dit de champignons qui poussent en touffes.

    (3) Sporophore (du grec spora, ensemencement) est le terme adéquat pour nommer l'ensemble pied-chapeau. Par extension, ce terme est utilisé pour tous les mycètes développant un organe, le plus souvent aérien, émettant des spores à maturité (S. Claerebout, 2002).

    (4) Sclérote: Forme de résistance de certaines espèces se présentant comme une masse dure sclérifiée, souvent immergée dans le substrat. Dans certains cas, le sporophore se dévellope sur un sclérote.

    (5) Cystides: éléments stériles se trouvant au sein de l'hyménium (6) des Basidiomycotina. Les cystides du genre Flammulina ont la forme de bouteilles ou de cylindres ventrus, à parois minces.

    (6) Hyménium: On désigne sous ce mot la partie fertile du champignon, son assise formée par les organes produisant des spores (asques ou basides) et par les cellules stériles (paraphyses ou cystides) qui les accompagnent (J. Guillot, 1993).


    Bibliographie

    Bon M. - "Champignons d'Europe occidentale" - Editions Arthaud, 1988.

    Courtecuisse R. - Les champignons de France" - Editions Eclectis, 1994. 

    Gerhardt E. - "Champignons" - Editions Vigot, 2004.

    Guillot J. - "Dictionnaire des champignons" - Editions Nathan, 2003.

    Heim R. - "Champignons d'Europe" - Editions Boubée, 1984.

    Lange J.E. et M. - "Guide des champignons" - Editions Delachaux & Niestlé, 1983.

    Phillips R. - "Les champignons" - Editions Solar, 1981.

    Romagnesi H. - "Petit atlas des champignons" Tome 2 - Editions Bordas, 1971. 









     


  • Le Fuligule morillon (Aythya fuligula), un plongeur émérite !

    Une matinée de janvier, là où les eaux du Bocq se mélangent à celles de la Meuse, cinq petits canards alertes nagent et plongent, sans se soucier de ma présence. C'est tout un spectacle que de voir les fuligules morillons disparaître dans les flots ! L'un après l'autre, parfois en succession rapide, ils basculent en avant avec une vigoureuse poussée des pattes et descendent rapidement vers le fond.


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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.

     

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    Photo: Marc Fasol - www.oiseaux.net


    Paul Géroudet explique que, là, ils explorent le limon, fouillent du bec la vase molle, retournent les pierres, la tête en bas, le corps très incliné. D'après cet auteur, ils godillent vigoureusement par un mouvement des pattes étalées, pour se maintenir et se diriger au fond. Les fuligules morillons consomment sous l'eau les aliments qu'ils y ont trouvés. Le régime alimentaire est composé surtout de toutes sortes de mollusques, de petits crustacés (gamares, aselles, ...), de larves d'insectes (chironomes, phryganes, ...), ainsi que de diverses graines de plantes aquatiques ou non. Ceux-ci sont capturés à une profondeur oscillant en moyenne entre deux et cinq mètres (moins souvent sept ou huit mètres). L'immersion dure, en général, 20 à 30 secondes et, parfois même, jusqu'à 50 secondes.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    L'un après l'autre, voilà qu'ils remontent à la surface, comme des bulles d'air. Très vifs et éveillés, ces plongeurs émérites m'ont vu. Aussitôt rassemblés, ils s'éloignent d'abord à la nage, le cou dressé, puis décollent bruyamment. Au vol, les fuligules morillons déploient des ailes noires que traverse une longue bande blanche effilée. Leur ventre blanc est fort visible.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Depuis la fin du mois d'octobre, je ne cesse de contempler les diverses attitudes de ces fuligules attachants. Sur la Meuse, de petits groupes circulent à Yvoir et Godinne. Le fuligule morillon est une petit canard plongeur mesurant 40 à 70 cm de longueur et pesant un peu moins d'1 kg. Avec son plumage noir brillant et ses flancs blanc pur, nettement découpés, le mâle est superbe.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    De près, on peut admirer les reflets pourpres ou verdâtres de la tête, sa huppe bien développée qui retombe derrière celle-ci, son oeil jaune et son bec gris bleu terminé par une pointe noire. Adulte, le mâle porte cette livrée nuptiale dès octobre ou novembre.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    La femelle, très différente, a un plumage beaucoup moins voyant. La tête brune marquée d'une courte huppe, les yeux jaunes, le bec gris avec une vague bande pâle à l'avant et terminé par une pointe noire, ainsi que le dos brun-noir sont les caractéristiques d'une femelle typique.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    Certaines femelles peuvent présenter une tache blanche variable autour du bec. On pourrait alors les confondre avec la femelle du Fuligule milouinan (Aythya marila), espèce rare en Wallonie. Cette dernière porte une zone blanche à la racine du bec, mais celle-ci est plus étendue et plus large, allant souvent jusqu'au front. En outre, la tête brune et ronde sans huppe, le dos et les flancs bien plus clairs, brun grisâtre, et le petit onglet noir terminant le bec, sont des indices qui permettent d'identifier cette espèce.

     

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    Fuligule milouinan (Aythya marila): Une femelle.

    Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net


    On constate un accroissement des populations de fuligules morillons dans une grande partie de l'Europe occidentale et septentrionale. Ce canard plongeur se rencontre en Islande, en Irlande et en Grande-Bretagne. Sur le continent, son aire de nidification s'étend depuis la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande juqu'aux pays Baltes et la Russie. Plus loin, on le retrouverait en Sibérie, en Mongolie et au Japon !

     

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    Fuligule morillon (Aythya fuligula) mâle s'ébrouant.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Durant la mauvaise saison, lors d'hivers plus ou moins rigoureux, plusieurs milliers de ces canards son recensés (d'après les comptages hivernaux d'oiseaux d'eau effectués en janvier). Au cours d'hivers doux, ils apparaissent aussi régulièrement, mais en nombre plus restreint. Les fuligules morillons hivernants dans notre pays proviennent principalement du nord de l'Europe orientale et de Scandinavie. En comparant la situation aux Pays-Bas, nos populations en hiver sont assez faibles. L. Benoy (1994) indique à ce propos que l'Ijsselmeer hollandais, entre autres, abrite chaque hiver plus de 100.000 fuligules morillons. La tête toujours tournée face au vent, ils y formeraient des files de plusieurs kilomètres le long des digues !

     

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    Un couple.

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    La population hivernante dans le nord-ouest de l'Europe est estimée à plus de 500.000 oiseaux et, environ 300.000 passerait l'hiver de la Méditerranée à la Mer noire.

    En Belgique, le fuligule morillon est un nicheur assez répandu, en progression. La population wallonne comprendrait de 200 à 260 couples au moins, principalement dans le bassin de la Haine, en Brabant, en Hesbaye et dans l'ouest de l'Entre-Sambre-et-Meuse (d'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, 2001-2007 par J.-P. Jacob et al., 2010). D'après cet ouvrage, la nidification a été prouvée en Basse-Meuse et sur certains étangs ardennais. En général, le fuligule morillon se reproduit sur des étangs peu profonds, à végétation assez fournie. Les sites tranquilles pourvus d'îlots, de roselières ou d'autres ceintures de végétaux palustres, avec une faune riche en invertébrés aquatiques, ont sa préférence pour l'installation de son nid. La nidification tardive de l'espèce coïnciderait avec le développement estival des petits mollusques d'eau douce, consommés en nombre.

     

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    "Le fuligule morillon se soucie beaucoup du bon état de son plumage, qui doit être bien serré, lissé et graissé soigneusement. Il se baigne en plongeant d'abord la tête dans l'eau, la rejette en arrière et inonde tout le dessus du corps; puis les ailes frappent l'eau et la queue frétille joyeusement. Alors commence la mise en ordre, dont le bec est le principal instrument; pour atteindre les plumes de la poitrine, il est obligé de nager sur le flanc et se retourne même complètement dans l'eau, n'y gardant qu'une seule patte pour se maintenir en équilibre." Extrait de l'ouvrage "Les Palmipèdes d'Europe", par Paul Géroudet, Editions Delachaux et Niestlé, 1999.

     

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    "La toilette de l'oiseau se termine par un battement d'ailes qui soulève l'oiseau au-dessus de l'eau, afin de chasser les gouttelettes égarées dans les plumes. Enfin, les ailes sont cachées dans les poches des flancs." Extrait de l'ouvrage "Les Palmipèdes d'Europe", par Paul Géroudet.

     

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    Un fuligule morillon mâle, la huppe au vent !

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 7 Mars 2010.