• A la découverte de quelques champignons printaniers.

    Si la poussée fongique la plus exubérante se réalise au cours de certains automnes doux et humides, il existe néanmoins quelques champignons dont le mycélium produit des sporophores (organes visibles chez certaines espèces) en hiver, au printemps et en été ! Les champignons printaniers sont très typiques. En effet, ils appartiennent, en général, aux Ascomycètes, alors que la plupart des champignons charnus de l'automne sont des Basidiomycètes.

    Rappelons ici que le sporophore, c'est-à-dire la structure qui porte des cellules sporogènes et des spores, appelé "champignon" par le grand public, naît généralement à des époques déterminées et ne persiste souvent que durant un temps limité. L'élément le plus permanent est représenté par des filaments, nommés "mycélium", vivant dans le sol, le bois, le fumier ou d'autres substrats. Les Mycètes englobent, entre autres, les unicellulaires microscopiques (moisissures, rouilles, charbons, ...) et les pluricellulaires macroscopiques (Ascomycètes et Basidiomycètes), dont certaines espèces sont recherchées par le mycophage. Leur particularité est leur mode de vie hétérotrophe dû à l'absence de plastes chlorophylliens, ce qui les différencie des algues. Chez les Ascomycètes, les spores, éléments de dissémination du champignon, sont formées à l'intérieur d'une cellule allongée, nommée asque. Les spores des Basidiomycètes naissent sur de petits pédicelles, les stérigmates, terminant une cellule généralement en forme de massue, la baside.

    Parmi les Ascomycètes que l'on peut rencontrer au cours d'excursions printanières, les morilles, apparaissant en avril et en mai, sont les plus connues et les plus estimées. Celles-ci sont caractérisées par un pied creux assez irrégulier, surmonté d'un chapeau plus ou moins globuleux ou conique et recouvert de nombreux alvéoles (surfaces sporifères).

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    La Morille commune (Morchella esculenta).

    Photo: Robin Gailly, Crupet, 16 Avril 2012


    S'il est aisé de reconnaître qu'un champignon est une morille, il est beaucoup plus difficile de se prononcer sur certaines espèces. En effet, la systématique du genre Morchella est une des plus complexes parmi les Macromycètes. Cette particularité tient à la variabilité de la forme et de la couleur, ainsi qu'à l'altération de celle-ci sous l'influence de l'humidité ou de la sécheresse. Certains mycologues distinguent plusieurs espèces, en se basant, entre autres, sur la variation de couleur. La diversité des noms français l'exprime également: morilles blondes ou jaunes, grises, noires ou brunes, pourpres, vertes et blanches ! En vérité, les distinctions de couleurs, très différentes d'un individu à l'autre, sont souvent délicates à saisir. R. Heim (1984) propose de répartir ces champignons selon le mode d'attache du pied au chapeau. D'après cet auteur, on pourrait distinguer les morilles adnées, les morilles distantes et les morilles au chapeau à moitié libre. Dans le premier groupe, le chapeau est adné, ce qui signifie que celui-ci est soudé et adhère totalement au pied. Il est de forme arrondie et les alvéoles, sans ordre, ne sont pas limités par des côtes longitudinales régulières. C'est le cas de la morille commune, grise ou noire (Morchella esculenta syn. M. vulgaris) qui se développe au début du printemps, le plus souvent en avril et en mai, dans les bosquets, les haies, les vergers et dans les forêts riveraines, sous les ormes et les frênes. Elle croît aussi sous les pommiers, les peupliers et les noisetiers. Le chapeau est marqué de côtes longitudinales, mais peu régulières, épaisses et accompagnées d'appendices transversaux courts et inégaux.

     

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    Morchella esculenta

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 14 Avril 2010.


    La Morille blonde (Morchella rotunda syn. Morchella esculenta var. rotunda), au chapeau jaune ocré, semble actuellement considérée comme une simple variété de Morchella esculenta. Je n'ai pas encore trouvé celle-ci sur le territoire de notre commune.

     

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    Photo: Gérard Girod - www.mycodb.fr


    La Morille conique (Morchella costata syn. M. elata var. costata) fait partie du groupe "morilles distantes". Le chapeau est séparé du pied par un sillon ou vallécule. Il est oblong ou souvent conique. Les alvéoles sont limités par des côtes longitudinales régulières et des cloisons secondaires qui en émanent. Cette morille est souvent présente dans les zones boisées de conifères, surtout en montagne. Cà et là, on la découvre dans les vergers, les décombres et les broussailles. Espèce plutôt rare chez nous, elle est à rechercher. Son chapeau fauve olivâtre foncé, presque aussi long que le pied, conique et pointu, est sillonné longitudinalement de côtes foncées bien dessinées.

     

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    Photo: Thierry Duchemin - www.mycodb.fr


    Parmi les morilles au chapeau à moitié libre, on trouve le Morillon (Mitrophora semilibera syn. Morchella hybrida). Celui-ci apparaît au printemps, dans les jardins et autres endroits frais (taillis de noisetiers, sous les aulnes et dans les bois humides de peupliers), souvent en compagnie de la ficaire (Ranunculus ficaria).

     

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    Photo: Michel Gijsemberg, Houx-sur-Meuse, Avril 2010.

     

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    Le morillon croît souvent en compagnie de la ficaire fausse-renoncule (Ranunculus ficaria).

    Photo: Fr. Hela, Rivière, 11 Mars 2012.


    Le chapeau du morillon est conique, brun jaune, mais beaucoup plus court que le pied. Il est séparé de celui-ci par un profond sillon (vallécule). D'après J. Guillot (2003), cette espèce est, parmi les Morchellacées, la plus précoce, apparaissant certaines années, dès le mois de mars.


    Les morilles sont considérées comme d'excellents champignons comestibles, moyennant malgré tout certaines précautions ! Il convient de signaler que certains champignons, habituellement comestibles, peuvent être toxiques, s'ils sont crus ou mal cuits. C'est le cas des morilles ! Les toxines, thermolabiles, sont généralement éliminées par une cuisson suffisante (il est conseillé, paraît-il, de faire bouillir les morilles fraîches pendant une quinzaine de minutes et de jeter alors l'eau de cuisson). La symptomatologie (syndrome hémolytique) est souvent d'ordre digestif (nausées, vomissements), mais la cause profonde, une destruction des globules rouges, peut entraîner de sérieuses conséquences en cas d'intoxication massive (R. Courtecuisse, 1994). Il est donc recommandé de consommer les morilles sans excès et parfaitement cuites !

    D'autres Ascomycètes peuvent être rencontrer au printemps. Parmi ceux-ci, citons le Gyromitre (Gyromitra esculenta), espèce occasionnelle chez nous. Appelé aussi "morille brune" ou "fausse-morille", le gyromitre se caractérise par un chapeau irrégulier, presque globuleux, veiné, plissé et dont la marge est soudée au pied. Celui-ci de couleur brun châtain nuancé d'olivâtre, offre des circonvolutions accusées lui donnant l'aspect d'une cervelle (cérébriforme).

     

    Gyromitra esculenta Wavre 6-04-12 Photo R. Gailly..jpg

    Photo: Robin Gailly, Grez-Doiceau, 6 Avril, 2012.


    Cette espèce croît généralement sous les conifères, dans les friches et les landes à bruyères. Dans des conditions particulières, ce champignon comestible peut causer des troubles graves, voire mortels ! Il vaut donc mieux s'abstenir de le consommer !

    La Verpe en forme de dé (Verpa digitaliformis) n'est pas rare, au début du printemps, dans les bois de hêtres, les haies et les lieux sablonneux (elle se rencontre même dans les dunes littorales). On la trouve aussi en des endroits humides et frais, sous les frênes et au voisinage des saules.

     

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    Photo: Michel Gijsemberg, Houx-sur-Meuse, Avril 2010.


    Le chapeau ocre à brun rougeâtre, en forme de dé à coudre, ne présente pas d'alvéoles. Toute sa hauteur est libre. Son pied cylindrique et légèrement marqué de lignes horizontales est allongé. Ce dernier, rempli d'une moelle cotonneuse, devient creux avec le temps.


    Deux helvelles printanières méritent aussi toute notre attention. L'Helvelle à pied blanc (Helvella monachella)  a le pied lisse, creux et de couleur blanc sale. Elle se reconnaît à son chapeau, brun noirâtre dessus et blanchâtre dessous, formé de 3 à 4 lobes soudés au pied et rabattus. C'est une helvelle des substrats meubles argilo-sablonneux. On la trouve sur les sentiers et dans les allées des bois, mais aussi sous les peupliers. Le sporophore dégage une odeur désagréable.

     

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    Photo: Jacques Gouraud - www. mycodb.fr


    L' Helvelle en gobelet (Helvella acetabulum) présente un sporophore supporté par un pied blanc sale, assez épais, sillonné et offrant des côtes qui se prolongent en se ramifiant sur la partie inférieure et externe du chapeau. Celui-ci, en forme de coupe profonde qui lui donne l'aspect d'une pézize, est brun foncé, plus pâle et poudreux à l'extérieur. C'est une espèce courante dans les lieux calcaires, surtout dans les bois de chênes, ainsi qu'aux abords des allées et des routes.

     

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    Photo: Jean-Pierre Dechaume - www.mycodb.fr


    Deux pezizes vernales sont également à rechercher. Le sporophore ou ascoma de ces Ascomycètes, en forme de coupe plus ou moins irrégulière, est fixé au sol ou sur le bois mort. Outre la magnifique Pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea)*, citons notamment  la Pézize veinée (Disciotis venosa) qui se reconnaît aisément à sa chair mince et fragile, ainsi qu'à sa forte odeur d'eau de Javel disparaissant totalement à la cuisson. Ce champignon est comestible, mais il contient une substance toxique analogue à celle des morilles ! Sa consommation réclamera dès lors les mêmes précautions indiquées pour celles-ci.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Mai 2010


    La croissance de cette pézize précèderait un peu celle des morilles. Son habitat est d'ailleurs assez semblable: forêts sur sols riches, le plus souvent calcaires, bosquets, vergers et bords de chemins.

    Une autre petite pezize, appelée aussi sclérotinie tubéreuse (Dumontinia tuberosa syn. Sclerotinia tuberosa) ) apparaît dans les bois, aux mois de mars et avril, sur les rhizomes morts de l'anémone sylvie (Anemona nemorosa) Les pézizes du genre, aux réceptacles en forme de cupules et portés par un long pied, on des asques qui bleuissent au sommet sous l'action de l'iode. Elles naissent à partir d'un petit tubercule (le sclérote) formé de filaments mycéliens remplis de matières nutritives de réserve (R. Heim, 1984). Le sclérote de notre espèce est noir.

     

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    Photo: Thierry Duchemin - www.mycodb.fr


    Pour conclure, il nous faut encore parler d'un Basidiomycète printanier recherché par les mycophages: le Tricholome ou Mousseron de la Saint-Georges (Calocybe gambosa). Lorsque se termine la saison des morilles, commence généralement celle des mousserons. C'est donc de la fin du mois d'avril au début du mois de juin que l'on rencontrera ce champignon qui affectionne les bois de feuillus ou les haies, sur des sols riches, souvent calcarifères (riches en calcaire).

     

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    Photo: Michel Gijsemberg.


    Le tricholome de la Saint-Georges se reconnaît à son mode de croissance, en ronds de sorcières comprenant souvent de nombreux individus, ainsi qu'à sa forte odeur de farine fraîche. Sa saveur est également farineuse. Si on le consomme, on peut le confondre avec un champignon dangereux. Il s'agit de l'Entolome livide (Entoloma lividum), à forte odeur, lui aussi, de farine, mais dont les lamelles, d'abord jaunâtres, deviennent rose brunâtre avec l'âge. Fort heureusement, c'est là une espèce estivale et automnale, qui ne se rencontre pas au printemps. Le chapeau du mousseron de printemps est très épais, ferme, hémisphérique, puis convexe, à bord enroulé en dessous. Sa couleur est blanchâtre, crème ocre, plus rarement grisâtre ou ocre brun terne. Sa surface est sèche et mate. Le pied est blanc ou un peu roussâtre et la chair est blanche. Les lamelles sont au début remarquablement serrées et étroites, de couleur blanc crème.

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Mai 2010.


    Très appréciée des mycophages, cette espèce est localement abondante, à une période de l'année où peu de champignons comestibles croissent.

    * Voir la note du 28/01/12 dans la rubrique "Mycologie": "Une petite merveille mycologique: la Pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea).


    Bibliographie:


    Bon M.: "Champignons de France et d'Europe occidentale"  Editions Arthaud, 1988.

    Courtecuisse R.: "Les champignons de France" Editions Eclectis, 1994.

    Gerhardt E.: "Champignons" (Guide Vigot), Editions Vigot, 2004.

    Guillot J.: "Dictionnaire des champignons" Editions Nathan, 2003.

    Heim R.: "Champignons d'Europe", Editions Boubée, 1984.

    Phillips R.: "Les Champignons" Editions Solar, 1981.

    Romagnesi H.: "Petit atlas des champignons" (3 tomes) Editions Bordas, 1971.















     






     

     


  • L'orvet (Anguis fragilis fragilis), un "lézard" vraiment original !

    Généralement, on distingue aisément les lézards des serpents. Les premiers sont munis de deux paires de pattes, les autres, sans membres visibles et fonctionnels, ont la forme d'une anguille. Mais, n'est pas serpent tout animal rampant, long et dépourvu de pattes. En Wallonie, l'orvet est l'exception à la règle !

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, 23 Mars 2012.


    Beaucoup de personnes non averties l'affublent encore immanquablement du nom de serpent. Il faut dire qu'il en a toutes les apparences et que les convergences sont nombreuses. L'étude comparée de l'anatomie montre clairement que l'orvet est bien un lézard sans pattes. Il n'a plus de membres, mais, au niveau du squelette, des restes de ceintures pelvienne et scapulaire subsistent. La réduction des membres allant jusqu'à la disparition est liée à une élongation du corps et de la queue. L'ensemble de son corps, allongé et cylindrique, est couvert de petites écailles très lisses et brillantes. A ce propos, les serpents présentent à la face ventrale une seule rangée d'écailles larges. Chez l'orvet, les écailles sont petites et semblables sur tout le corps.

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 30 Juillet 2011.


    La couleur brune de ce lézard sans pattes varie du clair au foncé, en passant par le fauve, le cuivré ou le noirâtre. Ses flancs sont ornés de bandes longitudinales plus sombres et son dos présente une ligne vertébrale foncée. Son ventre est en général grisâtre. Certains affirme que le mâle est "bronzé" avec une ligne dorsale noire. Il peut occasionnellement porter des points bleus, ce qui rappelle une particularité plus fréquente dans les Balkans, où elle caractérise une sous-espèce. Cette pigmentation a été observée quelquefois en Belgique (G.H. Parent, 1992). La femelle serait plus sombre et plus grosse, avec les flancs bruns et la face ventrale gris sale. Les jeunes à la naissance, sont vivement colorés d'or, de cuivre ou d'argent. Leurs côtés, la ligne vertébrale et le ventre de ceux-ci sont très sombres, parfois noir de jais.

     

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    Cet orvet, particulièrement foncé, présentait sur les flancs des reflets bleuâtres.

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Mai 2011.


    Sa queue, au moins aussi longue que le corps, possède une extrémité arrondie et non effilée comme la couleuvre à collier (Natrix natrix). Comme tous les lézards européens, l'orvet a également la faculté de rompre volontairement sa queue (autotomie caudale). Ce phénomène n'existe pas chez les serpents. C'est ce caractère qui lui a valu d'ailleurs le nom, en français, de "serpent de verre" et , en latin, d'Anguis fragilis.

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    Cet orvet vient probablement d'échapper à un prédateur. Pris par l'arrière, il lui a laissé sa queue et a eu ainsi la vie sauve.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), Mai 2010.


    La petite tête de l'orvet, portée par un cou peu marqué, se termine par un museau de forme conique et arrondie. Comme la plupart des lézards, il possède des paupières mobiles, alors que les serpents ont, en général, deux yeux couverts d'une membrane transparente et fixe, la "lunette". Chez l'orvet, l'oeil peut donc se fermer et il ne donne pas l'impression de "regard fixe" des serpents.

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    La tête de l'orvet.

    Photo: Fr. Hela, Durnal, 21 Août 2011.

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    La tête d'une d'une couleuvre (Coronella austriaca), pour comparaison.

    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.


    Les milieux de vie et les moeurs de l'orvet sont différents de ceux des lézards. Ces derniers fréquentent, pour la plupart, les endroits secs et ensoleillés. Ils ne sont actifs qu'aux heures les plus chaudes de la journée, tandis que l'orvet s'abrite et se nourrit dans les milieux semi-humides et ombragés: en lisière de forêts feuillues, dans des bois pas trop frais, à proximité de mares ou de fossés humides, dans les broussailles sous les haies vives ou couvrant les talus des voies ferrées, sur les chemins forestiers, ... Sa nourriture se compose surtout de larves d'insectes, d'araignées, de cloportes, de vers annélides, mais aussi de limaces dont il fait une grande consommation.

     

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    Le plus souvent, l'orvet saisit sa proie par la tête et la déglutit comme les serpents. Ses dents coniques à pointues, recourbées un peu en crochet, lui permettent de la saisir et de la retenir.

    Dessin de Cl. Poivre (1972).


    Animal assez lent et discret, c'est généralement à l'aube ou au crépuscule, mais aussi la journée, après la pluie, qu'on a plus de chance de le rencontrer. Il se déplace sans hâte et pourtant se coule, pour s'échapper, avec aisance. Quand on le retient in extremis, il révèle une force insoupçonnée. Le jour, c'est sous les pierres, les décombres, les stères de bois abandonnés, les tas de feuilles mortes ou les galeries de rongeurs, qu'il se réfugie. Il est également capable de s'enterrer dans le sol meuble, en utilisant sa tête et sa queue.

     

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    Face au danger, l'orvet s'échappe sous les feuilles et les tiges de ronces. On peut remarquer ici sa queue à l'extrémité arrondie et non effilée comme les couleuvres.

    Photo: Fr. Hela, Purnode, 23-03-12.


    Comme le lézard vivipare (Zootoca vivipara) et la vipère péliade (Vipera berus), notre reptile est ovovivipare. Les oeufs sont incubés ("couvés") dans les voies génitales de la femelle, mais il n'y a pas de relations nutritionnelles avec les embryons comme chez les mammifères. Au moment de la ponte, les jeunes orvets déchirent immédiatement l'enveloppe des oeufs et sortent déjà formés. L'accouplement a lieu en mai-juin et la mise-bas en août-septembre. 

    Chez nous, l'orvet entre en hibernation fin octobre ou début novembre. Les terriers de rongeurs abandonnés, les cavités sous de grosses racines ou un trou plus ou moins profond dans la terre meuble (jusqu'à 70 cm), ... sont choisis pour cette période de vie au ralenti. L'orvet hiberne seul ou en compagnie de quelques congénères, parfois même avec d'autres reptiles et des batraciens. On a observé des groupes de 20 à 30 orvets dans le même abri !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 15 Mai 2011.


    La longévité potentielle des orvets est très élevée. Certains auteurs mentionnent des âges de plus de 30 ans (en captivité)! Elle est sûrement moindre dans les milieux naturels. En effet, l'orvet est la proie de divers rapaces, mais aussi d'autres oiseaux (Gallinacés, Corvidés, pies-grièches, ...). Il est consommé également par des couleuvres et des mammifères (sanglier, hérisson, blaireau, ...). Les très jeunes individus peuvent être la nourriture des grives, du merle noir, des musaraignes et de la taupe, ... 

    Dans notre région, l'orvet est encore bien présent. Pourtant, de nombreux dangers le menacent: l'emploi des insecticides et des herbicides sélectifs sur les talus, sur certains chemins agricoles ou dans les jardins, la multiplication excessive du faisan de Colchide (Phasianus colchicus) et du sanglier, les chats domestiques, la circulation automobile, la pratique qui consiste à faucher les talus avec des engins mécaniques, les tondeuses à gazon, ... La liste est longue et on se demande comment il parvient à se maintenir ! 

    Avec son allure de serpent qui fait peur, il est encore souvent victime du coup de bêche ou de fourche ! Après avoir éclairci certains points de sa biologie, j'espère que vous éviterez dès lors cette attitude et, si malgré tout, vous avez trop peur, n'hésitez pas à me contacter avant de commettre l'irréparable !

     

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    Les jeunes ont au début une longueur de 7 à 8 cm. Les adultes atteignent 30 à 45 cm, avec un  maximum de 50 cm.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 15 avril 2012.


     

     


  • Apparitions remarquées de Grandes Tortues (Nymphalys polychloros)

    Au début de ce printemps, lors des premières journées plus chaudes, quelques papillons apparaissent. La plupart d'entre eux ont passé l'hiver au stade imago (terme scientifique désignant l'insecte à l'état parfait). Ainsi, le Citron (Gonepteryx rhamni) hiberne en plein air, sur un rameau, proche du sol, dans un fouillis de ronces ou dans un épais tapis de lierre, au pied d'un arbre. Il est, en général, le premier "papillon diurne" que l'on voit, parfois dès le mois de février, par temps doux.

     

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    Photo: Fr. Hela, Arbre, 24 Mars 2012.

     

    Lors de journées ensoleillées, le Paon-du-jour (Aglais io) vole fin février et en mars, après avoir vécu la mauvaise saison dans la cavité d'un arbre ou d'un rocher, sous la charpente d'une grange ou dans le grenier d'une vieille bâtisse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, 23 mars 2012.

     

    Le Robert-le-Diable (Polygonia c-album) se met à voler en bordure des lisières couvertes de buissons, le long des chemins forestiers et dans les clairières.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 16 Mars 2012.

     

    Au début du mois d'avril, alors que les cardamines des prés (Cardamine pratensis) et les alliaires (Alliaria petiolata) montrent leurs premières fleurs, l'Aurore (Anthocaris cardamines) émerge de sa chrysalide et parcourt ensuite les endroits ouverts et fleuris.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 6 Avril 2012.

     

    C'est durant cette période que l'on peut aussi observer les "Tortues" ! Si la Petite Tortue (Aglais urticae) est un papillon assez bien connu et certainement bien répandu, il n'en est pas de même pour la Grande tortue (Nymphalis polychloros), en forte régression sur notre territoire. En ce début de printemps 2012, l'apparition régulière de ce Nymphalide est remarquable ! C'est surtout dans la vallée du Bocq qu'il est observé, notamment à Evrehailles (Bauche), à Durnal, à Purnode et à Spontin. 

    La Petite Tortue, assez commune, ressemble à la Grande Tortue, mais est toujours nettement plus petite (envergure: 44 à 50 mm) et d'un brun orange plus vif. Elle possède en outre une tache blanche à la pointe des ailes antérieures et des taches marginales bleues sur les quatre ailes. Lorsqu'elle plie ses ailes à la verticale, le dessous de celles-ci est brun foncé avec une zone jaunâtre vers la marge. La Petite Tortue, visite assidûment les premières fleurs, ce que la Grande Tortue ne fait pratiquement jamais.

     

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    Les premières chaudes journées de février et mars, chassent la Petite Tortue (Aglais urticae) de son refuge hivernal (dans des cavités diverses, des hangars, des caves, sous des avant-toits, ...). Au début, elle suce le sol humide, puis, un peu plus tard, profite du tussilage (Tussilago farfara) et d'autres plantes précoces.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 18 mars 2012.

     

    La Grande Tortue (Nymphalis polychloros) est sensiblement plus grande (envergure: 50 à 63 mm), a des taches bleues seulement sur les ailes postérieures et ne possède pas une tache blanche à la pointe des ailes antérieures. Le dessous des ailes est brun foncé avec une bordure gris bleu. Le papillon paraît plus terne et moins contrasté.

     

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    Photo: Jean-François Pinget, Spontin, 22 Mars 2012.

     

    Les moeurs de la Grande Tortue ressemblent beaucoup à ceux du Morio (Nymphalis antiopa), devenu aussi très rare chez nous. Les adultes des deux espèces hibernent dans les grottes, dans les granges à foin et dans les greniers des maisons de campagne. Dans la littérature, on trouve aussi d'autres lieux d'hibernation: sous des tas de branches et des troncs d'arbres en voie de décomposition, gisant au sol, ou dans des souches pourries surplombant des talus.

     

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    Le dessin de la Grande Tortue est extrait d'un ouvrage à propos des papillons, paru aux éditions Grund (1986)

    La photo du Morio (Nymphalis antiopa) provient du site Wikipedia - The Free Encyclopedia.

    Chez ces deux espèces, les sexes sont semblables.

     

    La Grande Tortue apparaît souvent dès le milieu du mois de mars. Elle vole toujours non loin des forêts feuillues. Elle fréquente les trouées et coupes forestières, les prés enclavés, ainsi que les carrières proches des bois. Elle aime s'exposer aux premiers rayons du soleil, les ailes étalées, posée sur un tronc d'arbre, un rocher, une butte de taupinière ou sur le sol d'un chemin caillouteux.

     

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    Photo: Jean-François Pinget, Dinant (Réserve naturelle de Devant-Bouvignes), 21 Mars 2012. 

     

    D'après certains auteurs, elle visite aussi les vergers où, en automne, elle suce les fruits blets. L'observation de ce papillon sur les fleurs est occasionnelle. Toutefois, au printemps, elle semble apprécier les chatons de fleurs du saule marsault (Salix caprea).

     

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    Photo: Fr. Hela, Annevoie, 17-03-12

     

    La femelle choisit, entre autres, l'écorce de rameaux anciens de ce saule pour pondre 70 à 80 oeufs à la fois (exceptionnellement 120). Les chenilles sont grégaires. Dans les clairières et le long des lisières, on les trouve sur le saule marsault (Salix caprea) et le merisier (Prunus avium). On les a également observées sur des cerisiers, des pommiers, des poiriers et des ormes. Dans le sud de l'Europe, elles se tiennent sur le charme houblon (Ostrya carpinifolia) et le micocoulier (Celtis australis). A la fin de leur croissance, les chenilles quittent l'arbre nourricier et se fixent généralement près du sol, sur des branches sèches, des clôtures ou, parfois, sur les saillies d'un bâtiment. La métamorphose dure deux à trois semaines.

    Alors que ses plantes hôtes sont partout présentes (c'est le cas notamment du saule marsault), la Grande Tortue, jadis assez commune, s'est considérablement raréfiée. Le traitement par les pesticides des cerisiers et autres arbres fruitiers ainsi que, dans une moindre mesure, le manque de quartiers d'hiver favorables dans certaines région de Wallonie, semblent être les causes de ce déclin.