• Un Prione tanneur (Prionus coriarius) à Tricointe (Yvoir).

    Le prione tanneur est un Coléoptère vraiment impressionnant, puisqu'il peut mesurer jusqu'à 45 mm. Le 10 août dernier, un mâle est observé sur un vieux tronc de sureau noir (Sambucus nigra), en bordure d'une pinède.

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    Photo: Michaëla De Zolt-Sappadina, Yvoir (Tricointe), 10 août 2012.


    En 1767, Linné le nomme Prionus coriarius, en raison de l'aspect de son exosquelette de chitine rappelant la couleur et la texture du cuir. Le terme coriarius attribué à l'espèce provient du latin "corium" signifiant, en effet, la couche profonde de la peau qui donne le cuir, par tannage, chez les vertébrés. L'autre nom vernaculaire de l'espèce que l'on trouve parfois dans certains ouvrages, "prione coriace", viendrait d'une francisation erronée de corium. Dans le "Petit Robert", on peut lire que "coriace" du latin coriaceus (XVème siècle: corias) est un adjectif qualifiant une chair, une viande qui est dure comme du cuir !

     

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    Photo: Michaëla De Zolt-Sappadina, Yvoir (Tricointe), 10 Août 2012.


    Notre Coléoptère fait partie de la Famille des Cérambycidés, insectes élégants, aux formes sveltes et aux coloris variés. Appelés "longicornes" ou "capricornes", ils sont généralement reconnaissables à leurs antennes très développées.

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    Stenocorus meridianus est un très élégant Cérambycidé, aux antennes aussi longues que l'ensemble du corps.

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    Photos: Nadine Thonnard, Godinne, 26 Mai 2011.


    Ils vivent souvent dans les régions boisées. Les larves, du type éruciforme (1), se nourrissent exclusivement de matières végétales et sont principalement xylophages (2). Elles peuvent creuser leurs galeries dans le coeur des arbres, dans l'aubier ainsi qu'entre celui-ci et l'écorce. Elles s'attaquent le plus souvent aux arbres morts ou malades.

    Beaucoup de longicornes sont diurnes. Par temps ensoleillé, on les trouve sur les fleurs, surtout celles des Apiacées (Ombellifères), des Asteracées (Composées) et des Rosacées.

     

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    Dans notre région, la lepture tachetée (Leptura maculata) est fréquement observée sur les Ombellifères, par beau temps. Voici un accouplement.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Redeau), 21 Mai 2011


    Les espèces nocturnes restent cachées tout le jour et ne prennent leur essor qu'à la tombée de la nuit. C'est le cas du prione tanneur. Celui-ci peut occasionnellement être observé dans la journée, se reposant, à l'ombre, sur un tronc ou une vieille souche. Un certain nombre d'espèces stridulent, surtout lorsqu'on les saisit. Ce bruit est produit par le frottement de la base du pronotum (3) contre la partie médiane du mésonotum (4).


    Le prione tanneur, par sa taille et sa corpulence, est un des plus grands insectes de notre faune. Son corps robuste, brun foncé ou noir, est assez luisant. Le mâle possède de longues antennes composées de 12 articles (5), à bords externes saillants, en lames de scie. Sa face ventrale montre une pubescence courte et peu dense.

     

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    Prione tanneur mâle

    Photo: Michaëla De zolt-Sappadina, Yvoir (Tricointe), 10 Août 2012.


    La femelle, beaucoup plus grande, a des antennes plus minces et finement dentées. Sa face ventrale est glabre et dispose d'un oviscapte (6) qu'elle sort de son abdomen pour la ponte. Le pronotum présente des excroissances pointues chez les deux sexes.

     

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    Excroissances pointues du pronotum

    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 15 Juillet 2011.


    Le prione tanneur est une espèce active surtout au crépuscule, dans les bois et forêts. En vol, le mâle surprend par son aisance et sa rapidité.

     

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    Un accouplement

    Photo: Wilfried Van Heddegem, Opbrakel (Brakelbos) - Oost-Vlaanderen, 21 Juillet 2012.


    Après l'accouplement, la femelle pond ses oeufs dans du bois mort dépérissant ou dans de vieilles souches plus ou moins pourries, souvent dessous lorsque cela est possible. La larve se développe dans le bois mort et est xylophage. Au bout de 3 ou 4 ans, après avoir mué quatorze fois, elle mesure 5 à 6 cm de long et se construit alors une sorte de coque très résistante, constituée de particules de bois agglomérés et de terre mêlée. C'est dans celle-ci, qu'elle se nymphose et donnera, l'été suivant, un adulte parfait.

     

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    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 15 Juillet 2011.


    Dans nos forêts, il fut un  temps où des souches et des troncs d'arbres restaient le plus souvent au sol et y pourrissaient. Le prione était alors bien plus abondant. De nos jours, la mécanisation aidant, on nettoie beaucoup trop le sol de nos bois. Sur les sols forestiers, bois morts et souches dépérissantes sont pourtant insispensables au développement de notre Coléoptère et de certaines espèces de Cérambycidés devenues bien plus rares.


    (1) éruciforme (latin: eruca, chenille): en forme de chenille

    (2) xylophage: qui mange du bois

    (3) pronotum ou protothorax: pièce dorsale du premier segment thoracique, chez les insectes

    (4) mésonotum ou mésothorax: partie dorsale du segment du milieu du thorax, chez les insectes

    (5) articles: différentes parties des antennes des Arthropodes

    (6) oviscapte ou ovipositeur: organe de ponte


    Bibliographie:

    Auber L.: "Atlas des Coléoptères de France, Belgique, Suisse" Tome II, Ed. Boubée,   Paris 1976.

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, Paris, 1998.

    du Chatenet G.: "Coléoptères phytophages d'Europe", NAP Ed., Vitry-sur-Seine, 2000.

    Le Garff B.: "Dictionnaire étymologique de zoologie", Ed. Delachaux et Niestlé,         Paris, 1998.

    Reichholf-Riehm H.: "Insekten", Ed. Mosaik Verlag, Munich, 1983.