• Observations de l'Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta) en 2012, à Yvoir et Godinne

    Cette année, du 24 mai à la fin du mois de juin, j'ai pu observer plusieurs fois l'Hypolaïs polyglotte. A Yvoir (site de l'Airbois), c'est dans une zone de recolonisation forestière qu'un couple s'était installé et, à Godinne, le milieu choisi par les oiseaux était une friche piquetée de buissons et d'arbustes, en bord de Meuse. A chacune de mes visites des sites concernés, c'est le chant de cet oiseau, proche parent des fauvettes et des rousserolles, qui m'a permis de le repérer.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    En effet, celui-ci s'entend très bien à une soixantaine de mètres. Il est très volubile, très vif, mélodieux et changeant. A mon approche, l'oiseau cesse tout à coup son bavardage, disparaît en envoyant plusieurs cris surprenants... on dirait un moineau en colère ! Je m'immobilise et, à ce moment, une petite silhouette brunâtre s'envole d'un fourré tout proche et se pose au sommet d'un buisson bas, bien en vue.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Il commence alors par émettre quelques sons simples et détachés évoquant les appels de moineaux, d'hirondelles ou du merle noir. Puis, le bec grand ouvert, la gorge déployée, il déverse un torrent de notes précipitées dont la tonalité est étonnante. Parmi celles-ci, je peux reconnaître des sons émis d'ordinaire par la fauvette grisette, le rouge-queue à front blanc, le rossignol philomèle, le pinson des arbres ou l'hirondelle rustique ! Il chante maintenant de manière assidue. Notre oiseau est un imitateur hors pair, d'où son nom ancien de contrefaisant à ailes courtes ou celui de polyglotte (nom de l'espèce).

    L'Hypolaïs polyglotte fait partie de la Famille des Sylviidés dans laquelle nous trouvons, entre autres, les fauvettes, les pouillots ou les rousserolles. Celle-ci regroupe de petits oiseaux grisâtres-olivâtres à brunâtres dont les caractéristiques physiques sont souvent peu marquées, ce qui peut poser des problèmes d'identification pour l'observateur débutant. Heureusement, il y a  les voix qui, avec un peu d'habitude, nous indiquent, dans un milieu donné, la présence d'une espèce ou d'une autre. En Belgique deux espèces d'Hypolaïs sont présentes à la période de reproduction: l'Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina) et l'Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta). Les deux espèces sont très semblables, à l'exception de quelques détails. Elles ont le dessus du corps brun olivâtre et le dessous est jaune plus ou moins vif (parfois blanchâtre). De fort près, on peut remarquer le cercle orbital jaune et un petit sourcil jaunâtre peu distinct. Les rémiges et les rectrices sont brun foncé, les pattes montrent une teinte gris bleuâtre et le bec large, aplati, est souvent long et fort.

     

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    Dessin: Charles-Hubert Born

    Extrait de la revue Natagora n°1, mai-juin 2004


    La voix est donc un excellent critère pour différencier les deux espèces, du moins du mois de mai jusqu'au début du mois d'août. En fin d'été, les chants ne s'entendent plus et les cris caractéristiques se font plus rares. En ce qui concerne les cris, l'Hypolaïs ictérine a un appel caractéristique: un "tchetevoui" sonore, explosif et mélodieux et, parfois un "tek tek" dur de fauvette. L'Hypolaïs polyglotte, par contre, lance un cri bas et roulé de moineau en colère. Le chant de l'Hypolais ictérine est puissant, véhément et varié, extrêmement sonore, assez haché, avec des passages mélodieux, des notes discordantes, des imitations, accompagnées de fréquents "tevoui". Celui de l'Hypolaïs polyglotte est un bavardage beaucoup plus faible et moins véhément, plus musical et changeant, rapide et soutenu, sans passages durs.

     

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    L'Hypolaïs polyglotte est en progression en Wallonie. Elle est assez répandue au sud du sillon Sambre-et-Meuse, d'après l'Atlas des Oiseaux nicheurs de Wallonie 2001-2007.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    L'Hypolaïs polyglotte se montre volontiers à découvert, sur un perchoir: extrémité d'un rameau, sur un buisson ou à la pointe d'un petit arbre, parfois même sur des fils électriques ou téléphoniques. Querelleuse, elle se chamaille en particulier avec la Fauvette grisette (Sylvia communis) qui habite les mêmes milieux (P. Géroudet, 1998). J'ai constaté ce comportement avec cette fauvette dans les deux sites (Yvoir et Godinne).

     

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    La Fauvette grisette (Sylvia communis)

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net 


    L'Hypolaïs polyglotte aime les expositions ensoleillées et des habitats le plus souvent secs. Une strate ligneuse assez basse composée de buissons généralement épineux et de jeunes arbres, pas trop serrés et séparés par des zones à hautes herbes riches en insectes, semble être son milieu favori, mais pas exclusivement. On peut la trouver dans des buissons sur pelouses calcaires, dans des haies épaisses ou discontinues, dans la végétation de coupes forestières, dans des friches broussailleuses, ...


     

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    L'Hypolais ictérine (Hippolais icterina) est devenue plus rare en Wallonie. Les oiseaux nicheurs sont en diminution et pratiquement limités à la Région limoneuse. Elle semble avoir disparu du Condroz. De temps en temps on y note des observations qui concerne probablement des migrateurs en halte.

    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Braives, 29 Mai 2008.


    Littérature consultée

    Bronne L.: "Dupond s'en vient, Dupond s'en va", in Revue Natagora n°1, mai-juin 2004.

    Burnel A. et Clotuche E.: "Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina)", in "Atlas des Oiseaux nicheurs de Wallonie 2001-2007" pp. 346-347, Aves 2010.

    Devillers P.: "Identification 1: Les Hypolaïs ictérine et polyglotte", in Bulletin Aves Vol. 3, Février 1964.

    Jacob J.-P.: "Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta)", in "Atlas des Oiseaux nicheurs de wallonie 2001-2007" pp. 348-349, Aves 2010.

    Jacob J.-P. et Paquay M.: "L'Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta) en 1983 en Wallonie, in Bulletin Aves Vol.21 n°2, 1984.

    Géroudet P. et Cuisin M.: "Les Passereaux d'Europe" Tome 2, pp.53 à 60, Ed. Delachaux et Niestlé, 1998.

    Svenson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux et Niestlé, 2010.