• Les hérons blancs explorent notre région

    Non, vous n'êtes pas victime d'une hallucination. Vous avez bien vu un héron blanc, aux mouvements gracieux et mesurés, qui survole le village, qui arpente une prairie à la recherche de quelques campagnols ou qui fréquente régulièrement les bords d'un étang, la rivière ou les îles de la Meuse ! Celui-ci n'est pas un individu albinos, mais une espèce qui est de plus en plus observée dans notre région, du mois de septembre au mois de mars. C'est la Grande Aigrette (Ardea alba*), apparentée à notre Héron cendré (Ardea cinerea).

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Ce superbe oiseau ne cherche pas à se cacher, n'ayant d'ailleurs aucune possibilité de se camoufler. Très visible, mais de tempérament farouche, la Grande Aigrette est une prédatrice qui aime avoir autour d'elle des espaces dégagés faciles à surveiller. Totalement blanche en tous plumages, elle a la taille à peu près aussi forte que celle du héron cendré. En vol, sa silhouette immaculée est prolongée, à l'arrière, par le dépassement bien visible des pattes foncées aux doigts noirs. La lenteur de ses battements d'ailes donne une impression de légèreté. Son cou replié, étroit et anguleux, est un caractère typique des hérons en vol, bien différent des cigognes et des grues qui volent avec le cou tendu en avant. A l'extémité de sa petite tête effilée, son bec en poignard est jaune en hiver. Celui-ci devient noir au printemps, à l'exception de sa base qui reste jaune.

     

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    La Grande Aigrette (Ardea alba) a une taille de 95 cm et une envergure de 150 à 165 cm.

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

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    Le Héron cendré (Ardea cinerea) est un peu plus grand que la Grande Aigrette (Taille: 84-102 cmet envergure: 155-175 cm)

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Un autre héron blanc, plus petit de taille, pourrait apparaître occasionnellement dans notre région. Il s'agit de l'Aigrette garzette (Egretta garzetta), au bec toujours brun noirâtre. Ses pieds jaunes tranchent avec les pattes sombres. En période nuptiale, on peut remarquer quelques longues plumes effilées dans sa nuque. Les observations notées de cette espèce, également en progression,  proviennent surtout de Flandre et de la vallée de la Haine (Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul notamment).

     

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    L'Aigrette garzette (Egretta garzetta) a une taille variant de 50 à 67 cm et une envergure de 90 à 110 cm.

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    L'aigrette garzette en période nuptiale.

    Photos: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Je me souviens de ma première rencontre avec la Grande Aigrette et de mon enthousiasme d'alors. Cet instant de pur bonheur se déroulait au début des années 1980, dans le Brabant flamand, entre Wavre et Leuven, plus particulièrement au bord d'un vaste plan d'eau à Sint Agatha-Rhode. A cette époque, les observations, concernant surtout des individus isolés, n'étaient pas fréquentes et il fallait les soumettre à la Commission d'homologation pour valider celles-ci. Depuis 1991 (J. Godin, 2004), une augmentation spectaculaire de nombre de Grandes Aigrettes migratrices ou hivernantes est constatée et concerne presque toutes les régions de notre pays. Autrefois confinée dans les grands marais de l'Europe centrale et orientale (Delta du Danube notamment, Roumanie, Ukraine, ...), la Grande Aigrette montre un dynamisme remarquable dans le deuxième tiers du XXième siècle (Th. Tancrez, M. Windels et al., 2012). Celui-ci est accompagné d'une forte augmentation de l'hivernage de l'espèce dans le centre et l'ouest de l'Europe qui a précédé l'installation d'oiseaux nicheurs dans plusieurs pays d'Europe occidentale. Ainsi, on compte 180 couples en France, essentiellement localisés sur la facade atlantique, en 2008 et 143 couples aux Pays-bas entre 2002 et 2006 (J. Simar, 2010). A la faveur d'hiver doux, la population semble progresser et se répandre. Ainsi, 10 couples ont été découverts en Baie de Somme, en 2007 et une tentative de nidification a eu lieu en Flandre, en 2006.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    En Wallonie, un couple a tenté de nicher dans le complexe des Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul, en 2009, mais le nid a été abandonné après une semaine (J. Simar, 2010). Il faut dire que cette zone humide est fréquentée régulièrement par l'espèce et que, depuis 2006, quelques Grandes Aigrettes estivent (2009: 4 à 6 oiseaux fréquentent le site). Ce qui était attendu, arriva. L'été 2012, une première nidification réussie de notre héron blanc est découverte dans le Hainaut occidental. Le site occupé sont les anciennes argilières de Ploegsteert, situé au sud-ouest de l'entité Comines-Warneton. Le nid sera construit dans une rangée de jeunes saules de moins de 4 mètres de haut (Th. Tancrez, M. Windels et al., 2012).

     

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    Photo: Michel Lamarche - FindNature.com


    L'expansion naturelle de cette espèce semble difficile à expliquer. Quoi qu'il en soit, il nous faut nous réjouir de sa présence régulière dans nos contrées !


    Littérature consultée:

    Benmergui M.: "Premier cas de reproduction de la Grande Aigrette Egretta alba* en Dombes (Ain), in Revue Ornithos Vol.4 n°9.

    Géroudet P.: "Grands échassiers, Gallinacés, Râles d'Europe" Ed. Delachaux&Niestlé, 1978.

    Godin J.: "Nos hérons", in Aves-Contact 2/2004.

    Legrain B.: "Les hérons s'installent", in "le magazine couleurs nature" - Natagora, juillet-août 2012.

    Simar J.:  " Grande Aigrette, Casmerodius albus*", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie 2001 -2007, Ed. Aves et Région Wallonne, 2010.

    Svensson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, 2010.

    Tancrez Th., Windel M. et al.: "Première nidification réussie de la Grande Aigrette Casmerodius albus* en Belgique", in Bulletin Aves 49/3, 2012.

    Voisin Cl.: "La protection des hérons de France: les résultats", in Bulletin "Le Courrier de la Nature" n°151 - mai-juin 1995.

     


    * Le nom scientifique de la Grande Aigrette que j'ai retenu est Ardea alba (voir L. Svensson, "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, 2010). Egretta alba et Casmerodius albus semblent devenus des synomymes pour désigner l'espèce.

     


  • Bientôt, ce sera le moment d'observer nos primevères !

    Les termes marqués d'un astérisque sont définis dans le petit glossaire, en fin de note.


    Du mois de mars au mois de mai, nos sous-bois, nos lisières et le pied de nos haies vont s'illuminer de jaune. Ce sera le moment d'admirer nos primevères ! L'adjectif latin "primulus" veut dire "tout premier" et indique le caractère précoce de la floraison de celles-ci. Dans certaines régions, on nomme la primevère "coucou des bois", "herbe de Saint-Pierre". En néerlandais et en allemand on l'appelle "sleutelbloem" et "Schlüsselblüme", sleutel et Schlüssel signifiant la clef (du paradis). On raconte que Saint-Pierre, admiratif devant la splendeur du printemps, laissa tomber une des clefs du "Paradis" et celle-ci prit racine au milieu des anémones et des ficaires ! Ce serait ainsi que la primevère apparu.

     

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    La primevère officinale (Primula veris)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 22 Avril 2012.


    Outre les primevères, la Famille des Primulacées comprend notamment des espèces comme les lysimaques avec leurs belles fleurs jaunes, les cyclamens délicats, le mouron rouge (Anagallis arvensis subsp. arvensis) de nos cultures et potagers ou encore la trientale (Trientalis europaeus), espèce rare des landes tourbeuses ou des bois clairs à bouleaux pubescents (Betula alba) de la Haute Ardenne.

     

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    Le mouron rouge (Anagallis arvensis subsp. arvensis) de vos potagers fait partie de la même famille que les primevères.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Juin 2011.

     

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    La lysimaque commune (Lysimachia vulgaris) est une primulacée assez fréquente en bord de Meuse.

    Photo: Fr. Hela, Anhée (bord de Meuse), 30 Juin 2012


    Chez nous, nous pouvons distinguer deux espèces.

    La primevère élevée (Primula elatior), assez commune, est présente dans les aulnaies*, les frênaies* ainsi que dans les chênaies* et prairies fraîches à humides. Ses feuilles sont toutes en rosette à la base, progressivement rétrécies en pétiole*, inégalement dentées, ridées, à nervation fortement réticulées*. Sa corolle* jaune pâle, inodore, possède une couronne orange clair au sommet du tube*. Le calice* à dents aiguës est appliqué sur le tube* de la corolle. Elle fleurit de mars au mois de mai.

     

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    Photos: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche, vallée du Bocq), Avril 2012


    La primevère officinale (Primula veris) a des feuilles brusquement rétrécies en un pétiole* ailé. Sa corolle* jaune foncé possède cinq taches oranges au sommet du tube*. Le calice*, à dents obtuses et uniformément vert pâle, n'est pas appliqué sur le tube* de la corolle. Cette plante est odorante et certains auteurs notent une odeur de miel, un faible parfum citronné; d'autres encore évoquent une senteur suave semblable à celle du lait ! A vous de sentir ... La primevère officinale fleurit d'avril à mai et préfère un sol sec à très sec, sur calcaire. Chez nous, cette espèce est assez commune dans les prairies sèches, les pelouses calcaires, les bois clairs et les talus.

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 6 Avril 2012


    En Belgique, nous devons mentionner une autre espèce bien plus rare à l'état sauvage. Il s'agit de la primevère acaule (Primula vulgaris). La plupart du temps, cette espèce est parfois subspontanée* ou naturalisée*. De nombreux cultivars* et hybrides de cette plante à corolle rouge, rose, violette, blanche, ... sont cultivés pour l'ornement des jardins et s'observent parfois en dehors de ceux-ci.

     

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    Primula vulgaris et un cultivar de cette plante à fleurs roses violacées


    Les primevères se multiplient par division des racines en automne et par semis. Les minuscules graines sont enfermées dans une capsule s'ouvrant par des dents. Ces plantes sont mellifères. Les marques oranges des corolles conduiraient les visiteurs ailés aux nectaires* où ils peuvent se sustenter.


    Il est une particularité intéressante chez les primevères qu'on appelle hétérostylie (voir la figure ci-dessous). On rencontre deux sortes d'individus: les uns ont un long style* et leurs étamines chargées de pollen sont dissimulées dans le fond du tube de la corolle; les étamines des  autres sont disposées en haut du tube et leur style est beaucoup plus court. L'existence de ces deux types de fleurs permet la pollinisation croisée. La nature évite ainsi la consanguinité et favorise le formation de couples. A vos loupes !

     

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    L'hétérostylie chez la primevère: Style et stigmate (1), Etamines (2)


    Dans le guide du Musée pharmaceutique et du Jardin des Plantes médicinales de l'Abbaye d'Orval, on peut lire: "La primevère officinale se caractérise par la présence, dans la plante entière, de saponosides* acides. La racine contient deux hétérosides*: le primevéroside et le primulavéroside. Les fleurs et les racines contiennent en outre une huile essentielle à odeur d'anis. Les feuilles quant à elles, sont riches en vitamine C et en flavonoïdes*. En usage interne, la racine de primevère est expectorante, diurétique* et laxative. Elle augmente les sécrétions salivaires et bronchiques. En usage externe, les propriété hémolytiques* des saponines* sont mises à profit dans le traitement des ecchymoses."

     

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    La primevère officinale (Primula veris) à Yvoir (Tricointe)

    Photo: Fr. Hela, Avril 2012


    Petit glossaire

    Aulnaie: bois d'aulnes ou riches en aulnes. Se dit aussi aunaie.

    Calice: enveloppe extérieure de la fleur, formée de sépales libres ou soudés.

    Chênaie: forêt de chênes ou riche en chênes.

    Corolle: enveloppe interne de la fleur, située entre le calice et les étamines, à divisions (pétales) libres ou soudées.

    Cultivar: variété d'une espèce de plante, inconnue à l'état spontané, sélectionnée par l'homme et propagée par celui-ci parce qu'elle présente un intérêt ornemental dans ce cas-ci.

    Dépuratif: qui élimine les déchets et les toxines de l'organisme en stimulant l'action des organes excréteurs.

    Diurétique: qui active l'élimination de l'urine.

    Flavonoides: Les drogues à hétérosides flavoniques sont souvent diurétiques, antispasmodiques et possèdent des propriétés vitaminiques P (augmentation de la résistance des capillaires sanguins et diminution de leur perméabilité). Ces propriétés trouvent leur intérêt aussi en diététique (fruits de Citrus).

    Frênaie: forêt de frênes ou riche en frênes.

    Hémolytique: qui détruit les globules rouges.

    Hétérosides: Les hétérosides sont des produits fréquemment rencontrés chez les plantes. Sous l'action de certains enzymes ou en présence d'acides, ils se décomposent en un ou plusieurs glucides (glucose souvent) et en une partie non glucidique appelée aglycone ou génine. L'action médicamenteuse est due à l'aglycone, qui peut appartenir à des classes chimiques extrêmement différentes. La partie glucidique augmente la solubilité de l'aglycone dans l'eau et par là, la résorption dans le corps.

    Naturalisé(e): se dit d'une plante originaire d'une région située en dehors du territoire étudié, introduite à l'origine fortuitement ou volontairement (dans ce cas-ci, il s'agit d'une plante cultivée pour l'ornement) et persistante.

    Nectaires: organes glanduleux de certaines fleurs sécrétant un liquide sucré nommé nectar.

    Nervation réticulée: disposition des nervures d'une feuille, marquée de lignes en réseau, comme les mailles d'un filet.

    Pétiole: partie amincie de la feuille reliant le limbe (partie élargie de la feuille) à la tige.

    Saponines: voir saponosides.

    Saponosides: Hétérosides (hétérosides saponisides) caractérisés par leurs propriétés moussantes et leur amertume. Ils provoquent l'hémolyse des globules rouges et sont très toxiques pour les animaux à sang froid. La nielle, la saponaire, mais aussi des espèces alimentaires telles que la luzerne, le soja et les betteraves contiennent ces substances. En usage interne, ce sont des expectorants (thés et sirops pectoraux) agissant par réflexe, après irritation des muqueuses stomacales (comme l'Ipéca); ils sont aussi diurétiques, sudorifiques* et dépuratifs*. Enfin, ils facilitent la mobilisation du calcium et du silicium. Ils augmentent l'efficacité des tisanes qui en contiennent.

    Subspontané(e): se dit d'une plante cultivée, échappée des jardins, des parcs ou des champs, ne persistant souvent que peu de temps dans ses stations ou du moins ne se propageant pas en se mêlant à la flore indigène.

    Sudorifique: qui provoque la transpiration.

    Tube: partie inférieure d'une corolle ou d'un calice, formée par la soudure des pétales ou des sépales.


    Bibliographie

    Anonyme: "Guide du Musée pharmaceutique et du jardin des plantes de l'Abbaye d'Orval ", Ed. Abbaye d'Orval, 1975.

    Clesse B.: "Glossaire botanique illustré", Ed. ENPN, 1998.

    Lambinon J. et al.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines" Cinquième édition (2004), Patrimoine du jardin botanique national de Belgique.

    Moens P.: "Introduction botanique à la pharmacognosie", Ed. UCL 1991 et 1992 (2 tomes).

    Poelaert M. et Woué L.: "Notions de chimie organique", Ed. CNB, 1996.

    Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" 1. Plaines et collines, Ed. Institut pour le développement forestier (France), 1989.

    Vlietinck A.-J. et Totte J.: "Plantes médicinales", Ed. Jardin botanique national de belgique, Meise, 1985.

     

     


  • Heureusement, il y les Tarins des aulnes ...

    L'hiver 2012-2013 est assez pauvre en ce qui concerne les observations ornithologiques un peu particulières. Pour trouver des passereaux hivernants dans notre région, il faut chercher assidûment. Il faut dire que les fruits secs ou charnus de nos arbres et arbustes indigènes sont peu abondants. Heureusement, des bandes de Tarins des aulnes (Carduelis spinus) semblent actuellement apprécier les aulnes glutineux (Alnus glutinosa) croissant près de nos cours d'eau et sont l'objet de toute mon attention.

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    Tarin des aulnes (Carduelis spinus): Mâle.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

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    Tarin des aulnes (Carduelis spinus): Femelle

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net


    Les journées de ce début du mois de février sont, en général, peu lumineuses. Au Redeau (Yvoir), tout semble figé, dans cette atmosphère sombre et humide. A l'aube, il me faut être très attentif pour repérer quelques sons. Aucuns bruits, si ce n'est celui de la rivière qui coule inlassablement à mes pieds ! Le jour se lève péniblement et la torpeur ambiante finit par m'envahir. Est-ce que le jour va naître ? Les silhouettes noirâtres des aulnes sortent progressivement de la brume. Un cincle plongeur rase l'eau à grande vitesse, en poussant des cris hachés, quelques mésanges bleues et charbonnières émettent des sons, un pinson des arbres crie, un troglodyte s'irrite dans les fourrés et, dans la pénombre, je devine la silhouette d'un merle noir qui retourne du bec les feuilles, avec violence. Ouf ! Le réveil est lent, mais perceptible !

    Tout à coup, une petite troupe de passereaux, en essaim, surgit du brouillard. Des Tarins des aulnes ! Les oiseaux lancent sans cesse des appels clairs et aigus, accompagnés de chuchotements ténus. L'essaim s'élève, descend, s'éloigne, puis revient. Le déplacement en formation serrée de ces petits fringilles est rapide. Les Tarins des aulnes sont rarement solitaires et il est habituel d'observer des groupes de 10 à 50 oiseaux, en automne et en hiver. Ils finissent par s'abattre dans un aulne tout proche de moi. Je ne bouge plus, je suis tarin !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Février 2013


    A présent, nos oiseaux se suspendent aux extrémités des rameaux et aux fruits sombres qui les garnissent. Ils se mettent à éplucher activement les "cônes" en miniature. Trop affairés, ils deviennent silencieux et, de temps en temps, certains d'entre eux descendent à terre pour récupérer les akènes tombés.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013


    Sans raison apparente, voilà qu'ils s'envolent soudainement, en émettant à nouveau leurs appels, reprennent la formation en essaim, s'éloignent, puis reviennent sur l'arbre. Cette fois, certains oiseaux sont bien plus près. Ainsi, je peux remarquer le petit bec effilé et conique, ainsi que la queue bien fourchue de ce mâle.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013


    La taille d'un tarin est faible, presque celle d'une mésange bleue (11 à 12 cm). Sur l'aile fermée, je note une barre jaune encadrée de noir, ainsi que le croupion et les cötés de la queue jaunes.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 février 2013


    Il me semble que les femelles au plumage vert grisâtre flammé de brun noir sont plus nombreuses.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013


    Les mâles se distinguent par leurs teintes vives, à leur dessous jaune à peine rayé, à leur calotte noire et à leur minuscule bavette noire.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Ma présence ne les effarouche pas et je suis assez surpris de l'agilité de ces petits fringilles. La tête en bas, ces petits acrobates se balancent comme les mésanges, n'interrompant leur repas que pour babiller.

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves- Natagora


    Dans notre région, c'est en octobre que les tarins s'imposent à la vue et à l'ouïe. Des groupes, plus ou moins importants selon les années, patrouillent alors surtout les aulnes le long du Bocq et de la Meuse. Ils restent parfois jusqu'au mois d'avril, puis disparaissent. En hiver, ils peuvent fréquenter les mangeoires.

     

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    En ce mois de février, au Redeau, une trentaine d'oiseaux viennent régulièrement se nourrir au pied de la mangeoire.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 février 2013



    Les migrateurs et les hivernants de Belgique et des Pays-bas semblent originaires de Norvège, de Suède, de Finlande, d'Allemagne du Nord, et probablement, de Russie (P. Géroudet et M. Cuisin, 1998). Durant la majeure partie de l'année, les tarins sont granivores. Les aulnes exercent sur eux une attraction particulière, mais ils visitent aussi les bouleaux. C'est au voisinage de l'eau qu'on a le plus de chances de les rencontrer. Les conifères jouent aussi un grand rôle dans leur alimentation. L'épicéa commun (Picea abies) et les mélèzes dans une moindre mesure, attirent ces passereaux en période de nidification.

     

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    Un tarin des aulnes mâle décortique ici un cône de mélèze.

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Le bec de ceux-ci est parfaitement adapté à l'extraction des graines des cônes. Les oiseaux se cantonnent aussi dans les boisements clairs de conifères, en lisière des fagnes et des landes, avec la présence de bouleaux et d'aulnes disséminés (D. van der Elst et D. Vieuxtemps, 2010).

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves-Natagora

     

    Dans les régions montagneuses de Suisse, le tarin se reproduit dans la zone des résineux, de préférence entre 1200 et 1700 mètres (P. Géroudet et M. Cuisin, 1998). En Belgique, le bastion de l'espèce comprend l'est de la Province de Liège et le nord de celle du Luxembourg. C'est essentiellement dans les massifs forestiers, en périphérie des plateaux des Hautes-Fagnes et des tailles, tous deux situés à plus de 500 mètres d'altitude, que les tarins se reproduisent. En Wallonie, le tarin des aulnes est un nicheur peu répandu et reste sujet à de très importantes fluctuations, liées à la fructification des conifères (D. Van der Elst et D. Vieuxtemps, 2010).

     

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    Un couple (Femelle au-dessus, mâle en-dessous)

    Photo: Jules Fouarge, Aves-Natagora