Un passage remarqué de Traquets motteux (Oenanthe oenanthe), sur les plateaux entre Evrehailles et Houx-sur-Meuse

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Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


Les plateaux entre Evrehailles, Purnode et Houx-sur-Meuse sont constitués principalement de grandes cultures et de quelques prairies pâturées, piquetées çà et là de petits espaces boisés, de haies et de fourrés. Ces paysages ouverts sont souvent assez monotones mais offrent des points de vue assez vastes sur la région. On y voit loin ! Pour l'observateur de l'avifaune, ce sont des endroits privilégiés pour suivre certaines migrations automnales ou vernales. En outre, il est fréquent d'y observer les évolutions de certains oiseaux de proie. Plusieurs buses variables planent en "miaulant" ou se tiennent à l'affût sur des piquets de clôture et le faucon crécerelle, en chasse, pratique son vol sur place, face au vent. Le faucon hobereau apparaît subitement, à grande vitesse, provoquant la panique parmi les passereaux et le milan royal, en migration, scrute, à une certaine hauteur, le champ récemment moissonné. Enfin, des busards, en passage, volent en louvoyant, au ras des éteules, à la recherche d'un rongeur. Ces plateaux sont aussi fréquentés par des passereaux, nicheurs ou en halte migratoire, qui affectionnent les espaces ouverts ou les zones de cultures. Citons, entre autres, l'alouette des champs, les bergeronnettes grises et printanières, le pipit farlouse, le rouge-queue noir, le tarier des prés, la linotte mélodieuse ou le bruant jaune.

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Le Tarier des pré (Saxicola rubetra) hiverne en Afrique tropicale. Lors des passages du mois de septembre, on peut l'observer sur les piquets de clôture ou au sommet d'une haute plante, dans une friche, entre Evrehailles et Houx-sur-Meuse.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

 

Septembre ! C'est le moment d'explorer les campagnes et de fixer du regard les piquets de clôtures ou les blocs de pierre qui émergent d'une parcelle vouée à la culture et qui vient d'être travaillée. Là ! Une tache blanche surgit d'une grosse pierre, dans le champ récemment hersé, puis disparaît derrière celle-ci ! Elle réapparaît sur cet autre bloc. Un Traquet motteux, bien en vue !

 

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Photo: René Dumoulin - www. oiseaux.net


Après deux ou trois courbettes, il s'envole à ras de terre, étalant son enseigne: le blanc du croupion et de la queue, où se détache un "T" foncé renversé. Le plumage, est très déroutant lors des passages de fin d'été et d'automne. Avec leurs teintes assez brunes ou rousses, les oiseaux des deux sexes, ainsi que les jeunes venant de muer, se ressemblent. Mais cette marque très visible attire vite l'attention de l'observateur.

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


La taille du Traquet motteux est à peu près celle d'un moineau, mais l'oiseau est plus élancé. Sa silhouette dressée, sa queue relativement courte et ses différentes attitudes sont très caractéristiques. Il est sans cesse en mouvement et, lorsqu'il se poste un instant sur quelques points élevés, tête dressée et poitrine bombée, il n'arrête pas de plier et de tendre ses longues pattes par saccades. Il balance aussi rapidement son corps de haut en bas, tandis que sa queue se déploie, s'élève et s'abaisse lentement.

 

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Une femelle, très attentive et inquiète.

Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


Lors d'une sortie sur les lieux, je l'ai vu parcourir quelques mètres sur la petite route menant à Blocmont, allant de droite à gauche, à grands sauts pressés. Il capturait des petites proies dans la végétation du bord de la voirie.

 

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


M'ayant repéré, il a fait volte-face sur une éminence proche, comme pour me surveiller. C'est un passereau nerveux et assez farouche ! Ensuite, d'un vol rasant, rapide et onduleux, il s'est éloigné quelque peu, puis sa trajectoire s'est relevée brusquement avant d'atteindre un perchoir, en l'occurrence un piquet de clôture. C'est à ce moment-là que je me rends compte que les autres piquets sont occupés par d'autres oiseaux. Cinq Traquets motteux et deux Tariers des prés ! Les oiseaux quittent régulièrement les perchoirs pour capturer un insecte, par un habile essor papillonnant ou en volant sur place. Ils descendent au sol, entre les hautes herbes ou sur la terre nue, courant et sautillant en tous sens pour piquer des proies (Coléoptères, Diptères, criquets ou sauterelles, petits mollusques, chenilles, myriapodes ou araignées , ...). Pas de doute, ces oiseaux de passage se ravitaillent abondamment avant de reprendre leurs périples vers l'Afrique !

 

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


En migration, notre Traquet motteux montre une nette prédilection pour les champs labourés et leurs grosses mottes, dont il tire son qualificatif de "motteux". Voyageant de nuit, les oiseaux, parfois en nombre important, atterrissent au petit jour. Ils se disséminent alors sur nos plateaux cultivés, isolés ou par groupes lâches. A l'occasion, ils se concentrent sur un secteur très réduit comme ce labour caillouteux, près du lieu-dit "Chirmont".

A l'instar du rouge-gorge, des rouges-queues, des grives et des merles, ... les Traquets et les Tariers appartiennent à une vaste Famille, celle des Turdidés. Les Traquets, dont la queue est blanche et noire, se cantonnent dans les régions de steppes caillouteuses et désertiques, en plaine comme en altitude. Les Tariers fréquentent les espaces à hautes herbes ou couverts d'une végétation basse. D'après L. Yeatman (1980), le centre de dispersion des Traquets est situé sur les terrains arides s'étendant du Sénégal à la Mongolie. Le seul qui a su se dégager des climats chauds pour s'adapter aux climats tempérés et même froids, c'est le Traquet motteux. Celui-ci peuple les rivages portuguais à ceux de Mandchourie ! Traversant l'océan, les oiseaux d'Europe se sont installés au Groenland et au Labrador, tandis que ceux de Sibérie ont gagné l'Alaska !

 

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En Europe tempérée et du nord, le Traquet motteux est resté fidèle aux espaces dénudés rappelant un peu les déserts. Les espaces ouverts à végétation rase ont sa préférence: dunes du bord de mer, landes, pelouses alpines parsemées de rochers jusqu'à 2.800 mètres, ...

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

En Belgique, les nidifications de Traquets motteux sont sporadiques et l'espèce semble même en déclin total. En 2006-2007, on comptait seulement 7 à 8 couples nicheurs en Flandre et aucune reproduction en Wallonie n'a été établie depuis 1997 (J.-P. Jacob, 2010). Chez nous, on observe encore ce beau passereau lors de la migration postnuptiale qui débute en août, culmine à la fin du mois et jusqu'à la mi-septembre pour décroître rapidement en octobre. Au printemps, il est à nouveau de passage dans nos campagnes, dès la mi-mars et surtout en avril-mai. C'est un grand migrateur et il est remarquable de constater sa fidélité à l'Afrique, berceau de ses ancêtres. Tous les Traquets motteux vont hiverner au sud du Sahara, même ceux venant de l'Alaska qui traversent en diagonale l'Asie pour atteindre la Somalie. Ceux du Groenland et du Canada franchissent l'océan pour retrouver les chaleurs du Sénégal !

 

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Un mâle adulte au printemps.

Photo: René Dumoulin - www. oiseaux.net

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Une femelle

Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net






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