• "Colchiques dans les prés fleurissent, fleurissent...c'est la fin de l'été ..."

    * Les termes marqués d'un astérisque sont définis brièvement en bas de note.

    Quel plaisir que de voir, au détour du chemin, une prairie ou la litière d'un sous-bois parsemée d'une multitude de fleurs roses ou un peu lilacées, s'épanouissant au soleil de septembre et ne montrant aucunes feuilles ! On pourrait croire être en présence de crocus printaniers, mais les couleurs générales de la saison ne laisse pas de doute: il s'agit bien de Colchiques d'automne (Colchicum autumnale).

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    Photo: Fr. Hela, Roly, 29 Septembre 2013


    Dans notre région, ce spectacle automnal est devenu malheureusement assez rare, surtout dans nos prés. Lorsque que l'on me contacte parce que des chevaux sont malades ou des poulains sont morts, les propriétaires se demandent si les animaux n'ont pas mangé des Colchiques. Sur place, point de cette Liliacée, mais bien des Séneçons jacobées (Senecio jacobaea), très toxiques pour le bétail ou des Porcelles enracinées (Hypochaeris radicata) qui peuvent parfois causer des problèmes de santé chez certains équidés.

     

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    Le Séneçon jacobée (Senecio jacobaea) est une Astéracée toxique pouvant provoquer des empoisonnements graves du bétail. Cette espèce, assez commune dans certaines prairies pâturées de notre région, fleurit de juillet à octobre.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 5 Juillet 2013


    Après fécondation, les fleurs des Colchiques, assez éphémères, disparaissent. Le repos hivernal s'installe. Au printemps, apparaissent alors les longues feuilles, bien vertes et luisantes, des plantes. Celles-ci forment un écrin pour le gros fruit du Colchique qui mûrira et dispersera ses graines durant l'été (juin-juillet).

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode (Vallée du Bocq), 27 Avril 2013

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    Photo: Fr. Hela, Willerzie (Vallée de la Hulle), 6 Juin 2013


    D'après Fr. Couplan (2000), le Colchique est l'Herbe de la Colchide (du grec Kolchikon), contrée de la côte est de la mer Noire, où résidait la magicienne Médée.

     

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    Photo: Fr. Hela, Willerzie (Vallée de la Hulle), 23 Septembre 2013

     

    Le Colchique contient dans toutes ses parties, et surtout dans les graines, un alcaloïde très toxique, la colchicine.Tous les animaux montrent une grande sensibilité envers cette substance, mais ce sont les bovins qui sont le plus fréquemment atteints. La plupart des intoxications se produisent par la consommation des feuilles et des capsules. D'après la littérature, le comportement des bovins envers le Colchique est très variable. Souvent dédaignée, la plante va être, à la suite de circonstances mal définies, consommée en grandes quantités. On signale aussi des empoisonnements accidentels du chien, d'où le nom de "tue-chien" donné quelquefois à la plante. Par contre, la chèvre et le mouton seraient immunisés contre le poison, mais leur lait deviendrait toxique, contenant une partie de la colchicine dissoute. Chez l'homme, 70 à 80 mg de cet alcaloïde constitue une dose mortelle.

     

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    Derrière cette belle apparence, se cache un alcaloïde très toxique, la colchicine.

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2013


    La colchicine, à très faible dose, est cependant utilisée pour traiter les rhumatismes et la goutte. D'après J.-B. de Vilmorin (1991), cet alcaloïde permet notamment de provoquer le doublement chromosomique de certaines fleurs et d'augmenter les rendements de la betterave sucrière ou de céréales, comme le seigle.

    De nombreux ouvrages classent encore le Colchique d'automne dans la Famille des Liliacées. Dans la classification phylogénétique moléculaire récente, le Genre Colchicum est placé dans une Famille à part, les Colchicacées. A la mauvaise saison, le Colchique d'automne subsiste grâce à un organe souterrain tubérisé (géophyte bulbeux). Cependant, pour A. Raynal Roques (1994), cet organe souterrain est en fait un corme (de cormos, en grec, signifiant tronc, souche), formé d'une tige courte, épaisse, massive, hypertrophiée, chargée de réserves nutritives et protégée par des feuilles écailleuses ou réduites à des fibres. Le colchique et les crocus ont des cormes ! Le langage populaire (et horticole) parle à tort d' "oignons de crocus".

     

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    Coupe longitudinale d'un bulbe de colchique, d'après J.-L. Guignard (1996)


     

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    Photo: Fr. Hela, Willerzie (Vallée de la Hulle), 23 Septembre 2013


    La fleur du Colchique présente six (parfois 7 ou 8) tépales * lilacés ou violet clair, soudés entre eux à la base en un tube long et étroit (la partie libre est longue de 4 à 12 cm). On peut y voir six étamines, dont trois sont attachées plus haut que les trois autres. La capsule * septicide (de septum, cloison et de caedo, briser), pouvant atteindre la taille d'une noix, s'ouvre à maturité par des fentes suturales (les fentes de déhiscence apparaissent le long des lignes de suture des carpelles*). La déhiscence aboutit à séparer les carpelles*, chaque valve correspondant à l'un d'eux.

     

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Juin 2013

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    1. Bulbe enveloppé de tuniques noirâtres

    2. Feuilles dressées et lancéolées apparaissant au printemps

    3. Fleurs à six tépales

    4. Capsules apparaissant au printemps (graines libérées en juillet)

    Dessins d'après J.-C. Rameau et al. (1993)


    Dans notre pays, le Colchique d'automne est présent dans les prairies, les frênaies riveraines et forêts fraîches occupant des sols argileux, ainsi que dans les dunes. On le trouve souvent sur des substrats riches en calcaire (J. Lambinon et F. Verloove, 2012). D'après J.-C. Rameau et al. (1993), c'est une espèce héliophile ou de demi-ombre croissant dans des conditions moyennes de sécheresse et d'humidité.

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    Photo: Fr. Hela, Roly, 29 Septembre 2013


    Le Colchique d'automne est aussi une espèce d'altitude. Dans les Hautes-Alpes, celui-ci se rencontre dans les prairies, les pelouses mésophiles et les clairières, de l'étage collinéen à l'étage subalpin, de 500 à 2500 mètres ( Ed. Chas, 1994).


    * un tépale: enveloppe florale où il n'est pas possible de distinguer un calice et une corolle

    * une capsule: fruit sec, déhiscent, s'ouvrant par des fentes en deux ou plusieurs valves ou par des dents ou des pores, contenant plusieurs graines

    * un carpelle: chacun des éléments de base du gynécée ou pistil (ensemble des organes femelles d'une fleur). Chaque carpelle comprend en principe trois parties: ovaire, style et stigmate


    Bibliographie:

    de Vilmorin J.-B.: "Le Jardin des Hommes" - Ed. Belfond - Le Pré aux Clercs, 1991

    Favarger Cl. et Robert P.-A.: "Flore et Végétation des Alpes" - Tome 2 (Etage subalpin) - Ed. delachaux&niestlé, 1995

    Guignard J.-L.: "Botanique" - Ed. Masson (dixième édition), Paris 1996

    Lambinon J. et Verloove F.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines" - Ed. du Jardin botanique national de Belgique (sixième édition), Meise, 2012

    Parc national des Ecrins (F) - ouvrage collectif: "A la découverte des fleurs des Alpes" - Ed. Libris 2002

    Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" - Tome 2: Montagne - Ed. Institut pour le développement forestier (F), 1993

    Raynal-Roques A.: "La botanique redécouverte" - Ed. Belin, 1994