• Le Souci (Colias crocea), un papillon migrateur présent en nombre cette année

    Cette année, du mois d'août au mois d'octobre, la présence de nombreux Soucis dans toute la région est remarquée. Ce magnifique papillon aux ailes orange vif marquées de bandes marginales noires fait partie de la Famille des Piéridés comme, entre autres, le Citron (Gonepteryx rhamni), l'Aurore (Anthocharis cardamines) ou les Piérides (Pieris brassicae, napi et rapae).

    Colias crocea Yvoir (Airbois-Plateau rocailleux au-dessus des carrières) 27-06-13 B.jpg

    Le souci se pose rarement avec les ailes étalées. La plupart du temps, on remarque les couleurs de la face supérieure de ses ailes lorsqu'il est en vol.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois, plateau rocailleux dominant les carrières), 27 Juin 2013


    On pouvait l'observer, en vol, rasant les cultures ou les prairies ou, posé, butinant trèfles, luzernes, lotiers et diverses Astéracées. Le 21 septembre, j'ai dénombré au moins une vingtaine de Soucis, dans les prairies de Tricointe (Yvoir), principalement sur divers trèfles, sur des lotiers corniculés (Lotus corniculatus), des pissenlits (Taraxacum sp.) et des léontodons hispides (Leontodon hispidus).

     

    Colias crocea Crupet 24-10-13.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 21 Septembre 2013


    Chez le mâle, le noir du bord des ailes de la face supérieure est continu, alors que celui de la femelle s'orne de petites taches jaune pâle, variables en grandeur et en nombre.  Chez certaines femelles (environ 10%), la couleur orange est remplacée par du blanc, parfois légèrement crème (forme helice).

     

    IMG_0001.jpg

    Illustrations d'après les aquarelles de Vlastimil Choc: mâle en haut, femelle en bas.


    La femelle pond ses oeufs sur les plantes nourricières de la chenille, c'est-à-dire diverses Fabacées dont les lotiers, les trèfles, la luzerne commune (Medicago sativa) et le Sainfoin ou Esparcette (Onobrychis viciifolia).

     

    Lotus corniculatus Yvoir 18-4-11 K.JPG

    Le Lotier corniculé (Lotus corniculatus) à Yvoir (Airbois)

    Medicago sativa Crupet 2-07-11.jpg

    La Luzerne commune (Medicago sativa) à Crupet (Velnatte)

    Trifolium hybridum Yvoir 29-06-13.jpg

    Le Trèfle hybride (Trifolium hybridum), à Yvoir (Tricointe)

    Onobrychis viciifolia Dinant 11-07-13.jpg

    L'Esparcette ou Sainfoin (Onobrychis viciifolia) à Dinant (Abords de la carrière des Fonds de Leffe)

    Photos: Fr. Hela, 2013


    Le Souci est répandu surtout dans la région méditerranéenne. Chaque année, il traverse les Alpes en quantité variable et va loin vers le Nord où la plupart de ses descendants meurent en hiver. C'est un migrateur typique qui se déplace seul ou en petits groupes, d'un vol rapide et rectiligne, de préférence lorsqu'un vaste anticyclone maintient une pression atmosphérique stable. Au mois d'août de cette année et jusqu'à mi-septembre, cette condition météorologique a régné sur une bonne partie de l'Europe occidentale. La cause ou le motif de cette migration à l'évidence contraire à la conservation de l'espèce est peu claire.

     

    Colias crocea Evrehailles (Poilvache) 3-08-13 A.jpg

    Le souci sur une Astéracée à Evrehailles (petite route menant au site de Poilvache)

    Photo: Fr. Hela, 3 Août 2013


    Dans nos régions, le Souci apparaît irrégulièrement et est même parfois occasionnel. Certaines années, il est abondant et, ensuite, il redevient assez rare pendant un certain temps. Pour certains auteurs, ce comportement migratoire surprenant serait le résultat d'un net abaissement vers le sud de l'extrême limite de son aire de répartition et, cela, à une époque récente. Pour d'autres, l'absence ou la disponibilité réduite des plantes nourricières pour les chenilles en Europe du Sud et en Afrique du Nord, résultant de certaines sécheresses des mois d'été, serait une explication. D'après M. Gillard (1997), ce serait le cas pour le Vulcain (Vanessa atalanta) et la Belle-Dame (Vanessa cardui) dont les chenilles se nourrissent respectivement d'orties et de chardons.

     

    Vanessa atalanta Awagne 19-08-13 A.jpg

    Vanessa cardui Awagne 19-08-13.jpg

    Il y a des migrateurs parmi les insectes ! Ainsi, plusieurs espèces de papillons quittent le Sud de l'Europe au printemps et se dirigent vers le nord de ce continent pour y arriver en été. Ils produisent une ou deux générations et ensuite disparaissent. Mais, pas tous ! Certains imagos effectuent, en automne, une migration de retour peu évidente. Le Vulcain (en haut) et la Belle-Dame (en bas) sont des exemples parmi les migrateurs à long cours.

    Photos: Fr. Hela, Awagne (Dinant), 19 Août 2013


    Les raisons essentielles de ces phénomènes migratoires sont encore très mal connues. On admet actuellement que certaines espèces réagissent aux diverses circonstances extérieures (changements de température, offre d'aliments, intensité de la lumière du jour) par un processus migratoire (M. Gillard, 1997).

    Pour en savoir plus à propos des papillons migrateurs en Belgique, je vous invite à visiter le site http://users.skynet.be/pap.mig/










  • Le Grand Corbeau (Corvus corax) hante la basse vallée du Bocq, à Yvoir

    Une balade dans une prairie pâturée par des ânes, voilà qui est original ! C'est ce que j'étais occupé à faire le 21 octobre dernier, dans les Fonds d'Ahinvaux, à Yvoir. En fait, je longeais les lisières forestières afin d'y découvrir quelques passereaux de passage. L'après-midi était radieuse et j'étais aux aguets. Rrok ! Rrok ! Rrock ! ... Des croassements brefs et sourds emplissent soudain l'espace ! Ces sons raisonnants, rauques et à la forte tonalité, je les ai déjà entendus ! Ils retentissaient, maintes fois, contre le flanc abrupt des pentes rocheuses dans les gorges du Flumen (massif du Jura) et ,en montagne plus élevée, dans les Hautes-Alpes, ou encore, contre les falaises rocheuses battues par les flots de l'île de Caldey, au Pays de Galles. Là-bas, au-dessus de la chênaie, un grand oiseau noir, presque de la taille d'une buse variable, plane en tournoyant, les ailes tendues et la queue étalée. Cet excellent voilier, c'est le Grand Corbeau !

     

    Corvus corax R. Gailly A.jpg

    Photo: Robin Gailly


    Ce passereau géant m'impressionne par la puissance qu'il dégage. Il suscite, chez moi, une sorte d'admiration, difficile à définir, pour son caractère primitif et sauvage, sensation que j'éprouve également en observant un Pic noir, une Cigogne noire, un vol de Grues cendrées ou d'oies sauvages.

     

    Corvus corax Odeigne 26-03-12 J. Fouarge A.jpg

    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    Le 11 novembre, alors qu'une chasse est en cours à Tricointe (Yvoir), deux oiseaux sortent d'un bois en lançant leurs cris, survolent le hameau et se dirigent vers la vallée du Bocq. Durant cette période, le Grand Corbeau  est aussi signalé à Lustin (Profondeville) et à Lisogne (Dinant). Nos deux Corvidés manifesteraient-ils un intérêt pour les activités cynégétiques ? On pourrait le croire ! En effet, on m'a confirmé la présence de dépouilles ou de restes de sangliers abandonnés dans certains bois, notamment dans la zone forestière dominant les Fonds d'Ahinvaux. Sachant que les moeurs charognardes du Grand Corbeau sont bien connues, les oiseaux observés ont probablement profité de l'occasion pour faire bombance, non sans avoir des conflits avec des buses variables !

     

    Corvus corax Buzenol 13-06-09 Buzenol Ch. Farinelle.jpg

    Photo: Ch. Farinelle, Buzenol, 13 Juin 2009


    Outre la taille et les cris assez sourds, plus brefs et nettement plus graves que les croassements de la Corneille noire (Corvus corone) et du Corbeau freux (Corvus frugilegus), notons le très gros bec du Grand Corbeau et, au vol, son long cou saillant, sa gorge parfois ébouriffée, ses longues ailes longues étroites et, surtout, la forme de sa queue, nettement cunéiforme. Il plane volontiers dans les ascendances, comme la buse et divers grands voiliers. Il est peu observé en grand groupe. Le Grand Corbeau est, en effet, sédentaire et très territorial. Seuls les jeunes célibataires forment parfois de petits groupes errants. Il reste très méfiant à l'égard de l'homme et ne se rencontre guère chez nous en dehors des grands massifs forestiers, ou de leurs abords.

    Corvus corax Stoumont 03-07-12 J.-S. Rousseau-Piot.jpg

    Photos: J.-S. Rousseau-Piot, Stoumont, 3 Juillet 2012


    Oui, il a bien des Grands Corbeaux en Wallonie ! Disparue de notre pays depuis le début du XXième siècle à la suite de persécutions systématiques, cette espèce s'est réinstallée en Wallonie grâce à une réintroduction menée entre 1973 et 1980. C'est surtout dans le sud de la Province du Luxembourg qu'une petite population s'est développée. Depuis, l'espèce fait preuve d'un dynamisme remarquable et progresse sensiblement, mais reste toutefois une rareté, assez localisée, d'autant plus que les adultes sont très sédentaires et liés essentiellement aux grands massifs forestiers. Des observations de plus en plus fréquentes dans notre région sont encourageantes. Nos forêts et nos milieux rocheux pourraient être attractifs. Dans notre ciel, j'imagine déjà être le témoin des jeux aériens de Grands Corbeaux !

     

    Corvus corax Han-sur-Lesse 17-09-11 S. Lambay.jpg

    Corvus corax Han-sur-Lesse 17-09-11 S. Lambay A.jpg

    Corvus corax Han-sur-Lesse 17-09-11 S. Lambay B.jpg

    Photos: S. Lambay, Han-sur-Lesse, 17 Septembre 2011


     



  • Allons voir ce qui se cache dans la pinède !

    Dans la Forêt domaniale de Tricointe (Yvoir), certaines zones sont consacrées aux Pins sylvestres (Pinus sylvestris). Cet automne, allons explorer une de ces pinèdes ! Par temps ensoleillé, ce qui frappe d'emblée, c'est l'ambiance particulièrement lumineuse de ces boisements. Les troncs écailleux et élancés, brun grisâtre à brun orangé, portent, au sommet, un feuillage formé d'aiguilles vert bleuâtre, courtes et persistantes, qui cache mal la couleur rouge orangé de la cime à l'aspect tordu de ces conifères.

     

    Forêt domaniale de tricointe 2.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


    En s'approchant de la base d'un Pin sylvestre, on peut toucher l'écorce creusée de fissures profondes séparant des plaques écailleuses longitudinales, irrégulières et lâches.

    ecorce.jpg

    Au sol, les frondes des Fougères aigles (Pteridium aquilinum) se parent d'une couleur ocre aux nuances subtiles.

    Ces lieux sont fréquemment visités, entre autres, par l'Ecureuil roux (Sciurus vulgaris), par la Mésange huppée (Lophophanes cristatus), la Mésange noire (Periparus ater), par nos deux roitelets (Regulus regulus et Regulus ignicapilla), ou encore, par les Becs-croisés des sapins (Loxia curvirostra) assez nombreux cette année.

     

    Mésange huppée.jpg

    La Mésange huppée (Lophophanes cristatus)

    Photo: Rachel Delmelle-Poppe, Profondeville, 14 Avril 2013

     

    4377734.jpg

    La Mésange noire (Periparus ater

    Photo: Francis Pattyn


    Voilà, parmi les aiguilles au sol, quelques chapeaux arrondis de champignons. Ceux-ci sont brun rouille, brillants et un peu visqueux.

    Suillus granulatus Yvoir 2-10-13.jpg

    Des bolets granuleux (Suillus granulatus)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Octobre 2013


    Examinons un sporophore ! La face inférieure du chapeau présente des pores blanchâtres à jaune pâle, à l'extrémité des tubes. Des gouttes laiteuses exsudent de celui-ci. La cuticule se détache facilement et, à l'air, la chair épaisse et tendre ne change pas de couleur, restant blanc jaunâtre ou jaune.

    Suillus granulatus B.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 2 Octobre 2013


    Le pied ferme, plus ou moins cylindrique, est jaune blanchâtre et sa surface est ponctuée, surtout dans le haut, de fines granulations crèmes, jaunâtres à brunâtres. Pas de doute, il s'agit de Bolets granuleux (Suillus granulatus), appelés aussi Cèpes jaunes des pins ou Nonnettes pleureuses ! Cette espèce pousse, associée ici au Pin sylvestre, en lisière ou dans les bois clairs, du printemps à l'automne.

     

    Suillus granulatus Yvoir 02-10-13 C.JPG

    Suillus granulatus Yvoir 02-10-13 F.JPG

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe) Octobre 2013


    Dans le sous-bois, un peu plus loin, une autre surprise mycologique m'attend. Maintenant, ce sont des champignons à lamelles. Les chapeaux convexes, non séparables du pied, sont lisses, visqueux, mamelonnés, avec la marge enroulée. Ils sont brun cuivré ou teintés d'une couleur lie de vin. Certains sont brun jaunâtre. 

    Chroogomphus rutilus.jpg

    Photo: Jean-pierre Dechaume


    La chair épaisse et rigide est jaune, surtout à la base du pied qui est atténué en pointe et de couleur générale brun rougeâtre ou brun cuivré. On dirait des Hygrophores en examinant les lames épaisses, espacées et très décurrentes, mais celles-ci sont molles et séparables de la chair comme les tubes des bolets. A maturité, elles sont teintées de brun noirâtre par la sporée.

    Chroogomphus rutilus Gérard Girod.jpg

    Le Gomphide visqueux (Chroogomphus rutilus)

    Photo: Gérard Girod


    Je suis en présence de gomphides et, plus précisément, de Gomphides visqueux (Chroogomphus rutilus). En automne, c'est une espèce qui apparaît aussi sous les pins, dont Pinus sylvestris.

     

    Chroogomphus rutilus Yvoir (Tricointe) 17-10-13 D.JPG

    Chroogomphus rutilus Yvoir (Tricointe) 17-10-13.JPG

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 17 Octobre 2013


    Certains bolets et les gomphides, comme de nombreuses espèces forestières, présentent en commun la particularité de vivre en symbiose avec les racines des arbres, par l'intermédiaire de manchons mycéliens appelés mycorhizes dont le caractère obligatoire et la signification physiologique sont établis. De telles relations expliquent la constance des proximités entre essences déterminées et certains champignons qui en constituent l'habituel cortège. Tels sont les cas, par exemple, du Bolet élégant (Suillus grevillei) venant toujours sous les mélèzes ou du Bolet rude (Leccinum scabrum) lié aux bouleaux.

     

    Suillus grevillei Spontin 27-07-11.jpg

    Le bolet élégant (Suillus grevillei), une espèce liée aux mélèzes

    Photo: Fr. Hela, Spontin, 27 Juillet 2011


    Terminons cette petite incursion automnale dans la pinède par l'observation d'un sporophore en forme de chou-fleur ou de chicorée frisée, aux éléments issus d'un tronc commun foliacés et crépus, unicolores, ondulés et cassants. Le Sparassis crépu ou la Clavaire crépue (Sparassis crispa) croît, d'août à novembre, sur l'humus des bois de conifères (surtout de pins), près des troncs ou des souches, avec les racines desquels il est en relation.

     

    Sparassis crispa  Yvoir  (Forêt domaniale) Octobre 2013.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


    L'ensemble forme une masse crépue volumineuse pouvant atteindre 40 cm de diamètre, blanchâtre à crème jaunâtre, roussissant par place.

     

    Sparassis crispa Yvoir (Forêt domaniale) Octobre 2013 A.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


    La chair blanche de ce curieux champignon dégage une odeur aromatique spéciale qui, paraît-il, attire les chevreuils. Sa saveur rappelle la noisette.