• L'automne des Becs-croisés des sapins (Loxia curvirostra)

     

    "Tout animal sauvage est une valeur en soi, avec ses mœurs et ses particularités propres."

    J. Hurdebise


    Ces derniers mois, l'invasion de Becs-croisés des sapins un peu partout dans notre région est évidente. Là-bas, dans le Nord ou l'Est de l'Europe, les épicéas n'ont-ils pas fructifiés assez, cette année ? On pense que ces déplacements seraient souvent liés à un appauvrissement passager en cônes, consécutif à une période riche, et, par conséquent, à un accroissement des effectifs. Quoiqu'il en soit, ce phénomène m'a permis d'étudier plus attentivement les mœurs étonnantes de ces oiseaux originaux ! C'est particulièrement dans un bois de mélèzes en pente, sous l'Airbois à Tricointe (Yvoir) que mes observations comportementales se sont déroulées. Le choix de cet endroit est idéal pour l'observation de ces passereaux, car on peut dominer du regard les houppiers chargés de cônes de ces résineux, à partir d'un chemin de crête entretenu pour la chasse. Durant cet automne, des bandes de 40, 80 à 150 oiseaux ne sont pas rares et jettent leur dévolu, la plupart du temps, sur les mélèzes et, occasionnellement sur des pins. Pourtant, ces nomades ailés sont reconnus pour se nourrir des graines de cônes d'épicéas. Certains les considèrent même comme des spécialistes de cette essence ! Dans notre région, les épicéas n'étaient-ils pas assez porteurs de cônes nourriciers ? C'est bien possible !Loxia curvirostra Mâle adulte R. Dumoulin .jpg

    Un Bec-Croisé des sapins rouge brique: un mâle adulte

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    En Condroz, la présence de Becs-croisé des sapins est fluctuante. Certaines années, ils sont pratiquement absents de nos massifs forestiers. Puis, soudain, dès les mois de juin et juillet, jusqu'en décembre et janvier, les cris de ralliement sonores et rudes, que les oiseaux émettent sans cesse en vol, retentissent partout. Des trilles, des ritournelles et des gazouillis se mêlent fréquemment aux "khip ! khip ! khip !" lancés sur un ton élevé. Les voilà qui traversent le ciel d'un vol assez rapide et onduleux ! Une volée d'oiseaux, les uns rouges, les autres verts ou orangés s'abattent sur les petits cônes sombres des mélèzes.

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    Une volée de Becs-croisés des sapins, Averbode, Bos en Heide, 29 septembre 2013

    Photo: Dieder Plu


    Le calme est revenu au sein du petit groupe et, dans le silence, on entend le bruit mat de certains cônes qui tombent au sol. Très actifs, les becs-croisés se livrent maintenant à leurs évolutions parfois acrobatiques. Rien n'est plus comique que de les observer suspendus aux grappes de cônes, se balançant, affairés à l'extraction des graines ailées !

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    Une femelle sur un rameau de mélèze chargé de cônes

    Photo: René Dumoulin - ww.oiseaux.net


    Un mâle, dans son beau plumage rouge, décortique un cône. Il le maintient d'une patte, tandis que de son bec puissant et curieusement croisé, il en fend les écailles.

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    Tête, en gros plan, d'un mâle adulte montrant ce curieux bec croisé

    Photo: Yves Thonnerieux - www.oiseaux.net


    Voici une femelle qui s'envole avec son butin, en le maintenant dans le bec par son pédoncule. Un juvénile court littéralement sur une grosse branche, un cône au bec, pendant que des adultes, en se nourrissant, se suspendent, la tête en bas. Il arrive de temps en temps que certains s'isolent pour une activité particulière. 

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    Cet immature chercherait-il des insectes ou des larves ?

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Tout-à-coup, la bande de Becs-croisés s'envolent avec une rapidité déconcertante et leurs cris emplissent à nouveau les lieux. Mais, après quelques rondes au-dessus de la forêt, ils reviennent progressivement à leurs occupations favorites. A présent, ils paraissent apaisés. Cet envol bruyant et inattendu a-t'il été provoqué par un prédateur ailé rodant dans les parages ? Bref, l'observation de ces oiseaux est un spectacle inoubliable !

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    Perchés au sommet d'un petit chêne proche des mélèzes, ces trois Becs-croisés semblent vigilants.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 9 Novembre 2013


    L'ingestion de graines de conifères très oléagineuses, obligent nos passereaux à descendre régulièrement au sol, à proximité d'une petite pièce d'eau, située dans une prairie proche de la Ferme de l'Airbois. Ils  s'y désaltèrent et s'y baignent souvent avec délices.

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    Photos: R. Pieters, Averbode, Bos en Heide, 26 Novembre 2013


    Le bec-croisé des sapins préfère souvent les cônes d'épicéas. Au sol, ils se reconnaissent à leurs écailles fendues longitudinalement.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 17 Février 2012



  • Le Blechnum en épi (Blechnum spicant), une fougère des milieux frais et souvent humides

    J'emprunte souvent le chemin forestier partant de Tricointe (Yvoir) et menant aux Fonds d'Ahinvaux. A mi-chemin entre ces deux lieux-dits, apparaît, sur ma droite, une prairie en bordure de laquelle croissent des Genêts à balais (Cytisus scoparius) et des Callunes (Calluna vulgaris), vestiges de landes anciennes. Un Pic noir passe en vol, en criant, et se dirige vers des conifères. Ensuite, le sentier pénètre à nouveau dans la forêt et, cette fois, il est en pente raide. Il est trempé, glissant et caillouteux. La fraîcheur du lieu et la forte humidité qui s'en dégage est surprenante, surtout en été. Peu de lumière arrive au sol et une pessière accentue l'effet obscure de ce coin. Un ravin sombre, à ma droite, est digne de certaines zones de l'étage montagnard, sur les versants nord, dans les Alpes ! Partout, l'eau percole ou suinte entre les roches siliceuses. Sur le talus, au pied des grands épicéas, quelques rayons du soleil parviennent à éclairer des frondes étalées, luisantes et semblant coriaces d'une fougère. Le Blechnum en épi (Blechnum spicant) !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 4 Avril 2011


    Le Blechnum en épi est la seule espèce européenne de la Famille des Blechnacées. C'est une fougère dont les frondes (20 à 50 cm) sont rapprochées en touffes, au sommet d'un rhizome (tige souterraine) plus ou moins dressé et court.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale), 3 Mars 2013


    Au centre de chaque touffe, on peut observer quelques frondes fertiles, dressées et à pennes très étroites. Tout autour, on remarque des feuilles étalées ou couchées, restant stériles, à limbe coriace, dont les pennes sont plus larges, et de longueur régulièrement décroissante vers le bas. Ces dernières persistent en hiver.

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    Le Blechnum en épi sur un talus forestier, dans la vallée du Bocq

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    Frondes stériles, coriaces et persistantes en hiver

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    Fronde fertile à segments étroits, linéaires, écartés (aspect d' "arête de poisson")

    Photos: Fr. Hela, 2013


    Les sores (groupes de sporanges, organes dans lesquels se forment les spores) à la face inférieure des frondes fertiles forment un liséré continu parallèle au bord des pennes. 

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    Photo: Marianne Horemans


    Le Blechnum en épi est une plante vivace dont les bourgeons d'hiver se développent au niveau du sol (hémicryptophyte). Ses nouvelles frondes voient le jour au printemps et il dissémine ses spores en été (généralement chez nous, de juillet à septembre).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2013

     

    Notre fougère est une plante silicicole qui pousse toujours sur des sols acides. Elle affectionne les forêts fraîches ou humides à humus brut. On la trouve également au bord des ruisseaux acides, dans les tourbières. C'est une espèce qui pousse sur des sols à excès d'eau en hiver et à drainage imparfait (espèce hygrocline). On l'observe parfois au pied de haies et sur les bords de fossés, mais toujours sur des sols décrits ci-dessus. En montagne, le Blechnum en épi se rencontre jusqu'à l'étage subalpin (2400 mètres), dans les landes à rhododendrons, les tourbières ou sur les rochers suintants parmi les mousses.

     

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    Photo: Fr. Hela, Vosges (Réserve naturelle de Tanet-Gazon du Faing), 28 Octobre 2013


    Dans notre région, il n'est pas très fréquent. Les stations sont peu nombreuses et se situent, entre autres, dans le bas des pentes boisée, sur sols siliceux, en zones ombragées, fraîches et parcourues par de petits ruisseaux, dans la vallée du Bocq.

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    Photo: Fr. Hela, Purnode (Vallée du Bocq), 20 Septembre 2012