• Découverte du Tamier commun (Tamus communis), sur le site des Rochers de Faulx (Yvoir)

     

     Le 13 janvier dernier, par une journée presque printanière, je décide d'explorer les alentours des Rochers de Faulx, appelés aussi "Rochers de Fidevoye ou du Paradou". Une partie de ce site est utilisé pour la pratique de l'escalade. Au nord-est de Hun-sur-Meuse, ces rochers émergent du versant droit de la Meuse et sont constitués de calcaires du Frasnien (382 à 372 Ma), premier étage géologique du Dévonien supérieur, dans l'ère Paléozoïque.

     

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    Les Rochers de Faulx, à Yvoirà droite de la photo, on peut remarquer une zone plus boisée avec des buis (Buxus sempervirens) en sous-bois.

    Photo: L. Dejonghe

     

    Les dalles fréquentées par les escaladeurs sont assez nues et peu de plantes rupestres y subsistent. Sur la partie droite de la formation rocheuse, un passage très chaotique a été créé entre le rocher et la buxaie (zone à buis - Buxus sempervirens). C'est à cet endroit que je découvre de longues tiges jaunies d'une plante grimpante, accrochées à quelques arbustes et portant encore des baies rouges. Pas de doute, il s'agit bien d'un Tamier commun (Tamus communis), plante rare dans notre région !

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    A cette période de l'année, le Tamier commun (Tamus communis) a perdu son feuillage et n'est plus repérable que par ses fruits.

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Faulx), 13 Janvier 2014

     

    La seule station proche que je connaisse, en dehors de celle-ci, se trouve à proximité de pelouses xériques des rochers calcareo-schisteux, sur la Tienne de Rouillon ou Mont Pelé (Rouillon-Rivière), sur les communes d'Anhée et de Profondeville, sur la rive gauche de la Meuse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Tienne de Rouillon (Profondeville), 23 Mai 2011

     

    Le Tamier commun est un géophyte, c'est-à-dire subsistant, durant la mauvaise saison, grâce à son organe souterrain, un rhizome tubéreux. C'est une plante vivace à tiges grêles, grimpantes et volubiles pouvant atteindre trois mètres de longueur, qui s'enroulent autour d'un support dans le sens des aiguilles d'une montre. Ses feuilles alternes sont cordées à la base, pointues et luisantes.

     

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    Extrait de http://fr.wikipedia.org

     

    Les fleurs vert jaunâtre apparaissent de mai à juillet, à l'aisselle des feuilles. Elles sont unisexuées. Les fleurs mâles et les fleurs femelles sont portée par des individus différents. Le Tamier est donc une espèce dioïque, pollinisée par les insectes

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    Photo: Mundo Natural Faluke - http://faluke.blogspot.be

     

    Les fruits du Tamier commun sont des baies, de la taille d'un pois, arrondies, rouges à maturité et luisantes. Elles sont toxiques pour l'être humain.

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    Photo: Fr. Hela, Roly (Bois Cumont), 30 Septembre 2013

     

    La racine du Tamier était utilisée autrefois pour soulager les ecchymoses et blessures (cataplasmes de feuilles ou de tranches de racines), d'où le nom cocasse d' "Herbe aux femmes battues" qu'on lui  attribue encore parfois.

     

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    Photo: Fr. Hela, Wimereux - Zone boisée des dunes de la Slack - Côte d'Opale (F), Novembre 2010

     

    L'étude de fossiles de plantes (la paléobotanique), associée à la géologie, semble montrer que des climats tropicaux et subtropicaux avaient largement dominés dans tout l'hémisphère Nord actuel, pendant la première moitié du Cénozoïque (ère tertiaire). A l'époque, durant la période la plus chaude de l'Eocène ("aube des temps récents"), la végétation avait un caractère tropical, sur les territoires qui forment aujourd'hui l'Europe occidentale. Cinquante millions d'années après, ne subsistent plus, dans nos régions, que quelques représentants de Familles de plantes tropicales, dont les Dioscoréacées, celle de notre Tamier que certain considère comme une "relique de l'ère tertiaire ".

     

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    Au Cénozoïque, vers la fin du Paléocène et jusque vers -50 millions d'années, au début de l'Eocène, le climat de la planète devint notablement plus chaud. La végétation de type tropical se répandit, amenant la zone de forêt paratropicale humide au-delà du cercle polaire, ce qui créa l'un des milieux les plus inhabituels de l'histoire de la terre: des jungles au niveau des pôles ! La scène, sur cette représentation, se déroulent dans une forêt marécageuse tropicale du début de l'Eocène, il y a 55 millions d'années, habitée par toute une gamme de mammifères !

    Extrait de l'ouvrage "Le livre de la vie", par P. Andrews, M. Benton et al., sous la direction de Stephen Jay Gould

     

    Les Dioscoréacées comprennent actuellement six Genres et environs 630 espèces dans le monde, pratiquement toutes originaires des régions tropicales avec quelques espèces en régions tempérées. Exceptés quelques arbustes de petites tailles, la plupart des espèces de cette Famille sont des plantes herbacées vivaces ou des plantes grimpantes, voire arbustives, avec des rhizomes ou des tubercules bien développés. Dans le Genre Dioscora, les tubercules d'environ 60 espèces sont cultivées comme nourriture de base, sous le nom d' "ignames", dans le Sud-Est de l'Asie, l'Afrique de l'Ouest, en Amérique Centrale et du Sud.

     

     

     

     

     

     

     

  • L'Hygrophore perroquet (Hygrocybe psittacina), un lutin mycologique aux multiples couleurs

    A Tricointe (Yvoir), le chemin herbeux qui mène à l'entrée de la forêt domaniale, traverse d'abord des prés pâturés, où croissent quelques arbres ou arbustes, notamment une aubépine couverte de guis, dans laquelle émerge un églantier. Avant de pénétrer dans la forêt, un point de vue très condruzien s'offre au regard. Le paysage vallonné et les collines boisées aux couleurs automnales m'émerveillent chaque fois.

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    Paysage automnal à Tricointe (Yvoir)

    Photo: Fr. Hela, 7 Octobre 2012

     

    En cette fin du mois d'octobre 2013, le vert pâturage présente de loin, de-ci de-là, de petites taches jaunes luisantes. Intrigué, je franchis la clôture pour examiner ces curiosités. Magnifique ! Ce sont des Hygrophores perroquets, lilliputiens mycologiques, de 2 à 6 cm de hauteur, qui, malheureusement, deviennent rares dans nos prairies trop amendées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013


    Cette observation présente un intérêt non négligeable. En effet, les espèces d'hygrophores apparaissant dans les prairies sont très sensibles à la dégradation du substrat sur lequel ils poussent. Ce sont les hôtes des pelouses et prairies semi-naturelles, non ou peu amendées, en général, sur calcaire. Ils apprécient les températures fraîches, à la fin de la belle saison et jusqu'au début de l'hiver. Cette station d'Hygrophores perroquets confirme la grande richesse naturelle des différentes prairies, aux abords du hameau de Tricointe. Une note à propos de la flore et de l'entomofaune de certaines d'entre elles sera publiée  prochainement sur ce site. L'espèce traitée ici croît souvent en compagnie d'autres hygrophores, entre autres l'Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis var. pratensis), découvert aussi à cet endroit et le même jour.

     

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    Je vous invite à rechercher sur ce site une note, parue le 26 janvier 2013, et qui est consacrée à l'Hygrophore des prés.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013

     

    Mais revenons à nos Hygrophores perroquets, champignons saprophytes, se nourrissant de débris végétaux herbacés! Le sporophore (partie fertile visible) a un aspect visqueux. La chair est gorgée d'eau, caractéristique partagée avec d'autres espèces et à la base de leur regroupement sous le nom d'hygrophores ou "porteurs d'eau". Avec le temps, le chapeau campanulé s'étale progressivement tout en gardant un mamelon central et, sous l'effet du refroidissement, s'assèche et perd son aspect détrempé.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013

     

    Les lames assez espacées, adnées ou échancrées, sont jaunes ou verdâtres et le pied, très visqueux, est jaunâtre et à sommet longtemps vert.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013

     

    Le changement le plus spectaculaire dans la maturation de l'Hygrocybe perroquet concerne sa couleur puisque le nain, au début vert, tourne au jaune, à l'orangé et au rouge, voire même au bleu ou au gris violacé ! L'étonnante diversité de couleurs que présente cette espèce justifie amplement son nom. Ses teintes successives rappellent le plumage bariolé des célèbres oiseaux exotiques.

     

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    Photos: Ralph Vandiest, La Hulpe, Octobre 2011

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    Photo: Jean-Pierre Dechaume - www.mycodb.fr

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    Photo: Daniel Réaudin - www.mycodb.fr

     

     

    Les Hygrocybes sont des bio-indicateurs. Dans le Bulletin du Cercle de Mycologie de Bruxelles (tome 22, fascicule 4, page 14)), on peut lire: "Les prés non amendés constituent un élément important du paysage. Malheureusement, ils se raréfient. Les protecteurs de la nature s'en inquiètent. Certains, parmi les mycologues réputés, ont imaginé d'évaluer la "qualité d'habitat" d'un pré par la présence des Hygrocybes. Ceux-ci sont utilisés comme organismes indicateurs de la valeur biologique de l'espace vert considéré." Dans le Magazine couleurs nature (Natagora) de novembre-décembre 2012 (pages 26 et 27), Jean Rommes écrit: "La présence de l'Hygrophore perroquet et de ses cousins permet de localiser des prairies maigres, peu ou pas amendées. Cette fonction d'indicateurs de milieux rares et de grande valeur biologique leur ont valu d'être considérés par certains botanistes comme les "orchidées" des champignons. Pour éviter que leur existence soit mise en péril par la croissance de la végétation environnante, celle-ci doit être maintenue rase par le bétail, les lapins ou le fauchage, ... "