Le retour d'Oriolus

En cette matinée du 22 mai 2014, l'idée me prit de rejoindre la vallée du Bocq par le "Bas Sties". Un besoin de quiétude, de lumière, de chaleur, de ciel et d'eau m'envahissait. La seule façon, pour moi, de rejoindre ma nature profonde et de faire le vide, c'est le non-humain ! Ainsi, à partir de la petite route qui traverse des terres vouées à la culture intensive, je me dirige à présent vers la forêt de chênes. A son approche, dans une clairière, j'observe un pouillot fitis qui chante à gorge déployée et les évolutions sonores d'un pipit des arbres. Ce dernier s'élève dans l'azur, puis redescend en vol parachuté pour se poser finalement sur une branche de la lisière, tout en chantant avec conviction. Là ! Des sifflements mélodieux me parviennent de la chênaie: "didelio...didlio...didelio..."! Pas de doute ! Pour mon grand bonheur, le soleil a engendré Oriolus ! L'astre du jour joue dans l'enchevêtrement des feuilles, assez mobiles grâce à la légère brise. Dans les cimes chaudes, Oriolus, fils du soleil, lance, en cette matinée prometteuse, ses modulations musicales, limpides et flûtées. Sa musique me remplit d'une joie indéfinissable mais, pour le voir quelques instants, il faudra m'armer de patience ! Mais, à propos, qui est Oriolus ? C'est un être de lumière et d'ombre, un oiseau lumineux et invisible, de la taille d'une grosse grive draine, appelé Loriot d'Europe (Oriolus oriolus). Son chant, avec un peu d'habitude, est assez facile à imiter et notre conversation durera une bonne vingtaine de minutes. Là-bas ! Il est là maintenant sur cette branche morte, devant moi !

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Je peux enfin admirer ce magnifique mâle au plumage d'or contrastant avec le noir des ailes. Cette rencontre durera moins d'une minute, mais quel instant inoubliable !

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Photo: Niraj V. Mistry - www.oiseaux.net

 

Le Loriot est l'oiseau du feuillage. Sa "naissance", son retour coïncide avec le développement de celui-ci, au beau mois de mai. Invisible et insaisissable la plupart du temps, on pourra, avec un peu de chance, l'apercevoir lorsqu'il traverse soudainement, d'un vol rapide, un espace libre entre les arbres ou lorsqu'il se poste furtivement en lisière de forêt. L'éclat de sa voix lui a valu, dans certaines langues, des noms originaux: Golden Oriole en anglais, Pirol en allemand, Rigogolo en italien, Oropendola en espagnol, ... Le chant du mâle est composé souvent de quatre notes flûtées avec certaines variantes. Il émet aussi de temps en temps des sons nasillards, sans harmonie, qui surprennent l'observateur. Ceux-ci, paraît-il, sont poussés par les deux sexes, surtout dans l'inquiétude.

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Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

Le Loriot d'Europe fait partie de la Famille des Oriolidés, comprenant des espèces qui habitent, pour la plupart, l'Ancien Monde, et surtout l'Afrique. En Europe, il est le seul représentant de cette Famille. S'il est difficile de repérer le mâle dans la verdure de la sylve, il est encore plus aléatoire d'y chercher une femelle verte et jaunâtre dessus, avec des ailes brunes et le dessous clair. Les jeunes sont revêtus de couleurs aussi sobres et n'attirent guère l'attention.

 

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Une femelle

Photo: Marie-Andrée et Thierry Bécret - www.oiseaux.net 

 

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Voici un Loriot juvénile

Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

 

D'après P. Géroudet, le Loriot passe sa vie dans les arbres et descend rarement au sol, où il se déplace par bonds.

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Lorsque le Loriot passe d'un massif forestier à un autre, c'est d'un vol rapide, marqué par de longues ondulations.

Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora

 

En Wallonie, le Loriot s'installe d'habitude dans les forêts de feuillus plus ou moins humides. D'après B. Gauquie et J.-P. Jacob, il recherche des boisements à la canopée assez continue et bien développée, dans lesquels il chasse la plupart du temps. Les formations alluviales naturelles devenues rares, on va trouver notre oiseau dans des peupleraies, des chênaies sur sols frais, des bandes boisées au bord de rivières ou de marais; la présence de grands saules blancs (Salix alba) et de peupliers trembles (Populus tremula) semble attractive, pour ces deux auteurs. Dans la vallée de la Haine, les boulaies colonisant les terrils sont également occupées par l'espèce, surtout si elles sont proches de milieux humides. En Wallonie, le Loriot d'Europe est une espèce assez rare qui montre une certaine diminution depuis quelques années.

 

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En Wallonie, le Loriot d'Europe est un nicheur assez rare. D'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie (Aves, 2010), plus de la moitié de l'effectif se situe en région limoneuse où sont localisées près de 70% des peupleraies. Les plus fortes densités sont atteintes dans le bassin de la Haine, spécialement dans le complexe marécageux d'Harchies- Hensies-Pommeroeul (Bernissart - Hainaut) et bois voisins. Ici, un plan d'eau de ce complexe avec roselière et, dans le fond, une peupleraie.

Photo: Fr. Hela, Bernissart (Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul), 4 Septembre 2013

 

Les insectes fournissent au Loriot la majeure partie de sa nourriture, au printemps: hannetons et autre Coléoptères, chenilles et papillons, Orthoptères, Hyménoptères, ... Il se nourrirait aussi d'araignées et de petits mollusques. Dès que les cerises mûrissent, il cherche des vergers et se délecte de la chair de ces fruits, laissant souvent le noyau à la queue (P. Géroudet, 1998). D'autres fruits sucrés et des baies sont consommés en été, dont les mûres et framboises chez nous et les figues ou dattes en Grèce et en Arabie. En de très rares occasions, le Loriot pratiquerait le vol sur place au-dessus des prairies pour chasser. Il aime boire et se baigner, n'hésitant pas à plonger, les ailes closes, d'un arbre dans l'eau d'une rivière !

 

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Toute intrusion dans son territoire ou à proximité, déclenche une réaction violente du Loriot. L'écureuil qui s'approche, l'épervier, le geai ou la pie bavarde ou tout autres ennemis possibles sont poursuivis avec acharnement et doivent supporter des cris véhéments, pareils à ceux du faucon crécerelle.

Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora

 

A la fin de juillet, de nombreux Loriots nous quittent déjà. Ils s'en vont, et la plupart désertent nos bois humides dans la première moitié du mois d'août. Seuls des isolés s'attardent encore çà et là en septembre et exceptionnellement en octobre. Ils voyagent surtout de nuit, se dirigeant vers le sud et, certains d'entre eux, traversent les hautes cimes des Alpes (d'après P. Géroudet (1998), un oiseau mort a été découvert à 4275 m sur le Finsteraarhorn, point culminant du massif des Alpes bernoises, lors des passages) !

D'après les observations et les reprises d'oiseaux bagués, les Loriots d'Europe occidentale et centrale prennent la direction sud-est par l'Italie orientale et les Balkans. Ils se concentrent alors dans la péninsule et les îles grecques. Là, de fin juillet à septembre, ils s'attardent pour se régaler de figues et acquièrent des réserves de graisse suffisantes pour le reste du voyage. En septembre, ils arrivent en Egypte et en Lybie, d'où ils gagnent, en octobre, leurs quartiers d'Afrique orientale, surtout le Kenya et l'Ouganda; certains atteignent même le Transvaal et le Natal ! Au printemps suivant, ils empruntent, semble t'il, un itinéraire différent: ils abordent la Méditerranée sur toute la largeur des côtes africaines, beaucoup ayant franchi le Sahara en direction du nord-ouest. Progressant sur un large front, ils rallient par échelons leurs lieux de nidification, au mois de mai.

 

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Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

 

Ouvrages consultés:

Gauquie B. et Jacob J.-P.: "Loriot d'Europe, Oriolus oriolus", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie" Edition Aves et Région wallonne, 2010

Géroudet P. et Cuisin M. : "Les Passereaux d'Europe" Tome 2: "De la Bouscarle aux Bruants", Ed. delachaux et Niestlé, Paris, 1998.

Svensson L.: "Le guide Ornitho", Ed. delachaux et Niestlé, Paris, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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