Découverte de l'Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis) à Tricointe (Yvoir)

Certaines de nos Orchidées apprécient les milieux stables (coteaux, prairies de fauches, pelouses calcaires, landes, ...) qui peuvent être maintenus par les activités humaines séculaires tels que le pâturage extensif et la fauche des prairies. Elles aiment les endroits pauvres où les amendements sont rares ou complètement absents et se rencontrent souvent sur les terrains calcaires et les prairies sèches ou humides qui répondent à ces caractéristiques. La pauvreté des terrains est donc synonyme de richesse naturelle et de biodiversité ! Ainsi, le 9 juin de cette année,  je visitais à nouveau une petite prairie de fauche mésophile à Tricointe (Yvoir) dans laquelle j'avais observé l'an dernier de nombreux Ophrys abeilles (Ophrys apifera), ce qui a fait d'ailleurs l'objet d'une note  sur ce site, en date du 2 août 2013. Les Ophrys étaient encore plus nombreux que l'année précédente, mais quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis) en pleine floraison au milieu des Centaurées jacées (Centaurea jacea s.l.) !

 

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 9 Juin 2014

Espèce principalement héliophile (vivant en pleine lumière), Anacamptis pyramidalis fleurit de mai à août. En Belgique, on le rencontre çà et là , dans les pelouse et prairies sèches, les friches et, même, dans les dunes fixées, sur des sols riches en calcaire. D'après J. Lambinon et F. Verloove (2012), cette orchidée est rare à très rare dans notre pays, mais semble cependant en expansion, colonisant volontiers des biotopes créés ou remaniés par l'homme. Elle s'y révèle toutefois fugace. C'est un taxon méditerranéo-atlantique qui s'étendrait du Maroc à la Caspienne et aux îles de la Baltique (P. Delforge, 1994).

 

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Anacamptis pyramidalis affectionne les pelouses sèches sur calcaire, comme celles de la réserve naturelle de Devant-Bouvignes, à Dinant.

Photo: www.fr.wikipedia.org

 

L'Orchis pyramidal est une plante vivace, de 25 à 50 cm de hauteur. Sa tige dressée est assez grêle, un peu flexueuse et glabre. Il présente 4 à 10 feuilles alternes, simples, entières, lancéolées et non pourvues d'un pétiole. Celles de la base sont nettement rapprochées et les caulinaires (feuilles de la tige) sont engainantes, de plus en plus petites vers le haut de la hampe. Les nervures sont parallèles (Monocotylédone).

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L'aspect "pyramidal" de l'inflorescence se remarque en début de floraison, mais devient  vite conique, voire cylindrique.

L'inflorescence en épi est dense et conique, longue de 3 à 12 cm, à fleurs assez nombreuses. Souvent rougeâtres ou violacées, des bractées lancéolées, à la base des fleurs, égalent l'ovaire ou sont un peu plus longues que lui. 

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On peut remarquer sur cette photo, les bractées (petites feuillesà la base des fleurs, un peu colorées de rougeâtre et masquant les ovaires.

 

Les fleurs, groupées en épi, sont petites, largement ouvertes, de couleur rose à rose violacé, parfois blanche.

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Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 9 Juin 2014

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Photo: Peter Zschunke

 

Chez les orchidées, les fleurs sont formées de six éléments dits "pétaloïdes", dans lesquels on ne distingue pas véritablement de pétales ou de sépales, même si certains d'entre eux sont verts. L'ensemble constitue le périanthe. Il est organisé en deux groupes. Les trois éléments extérieurs équivalent aux sépales et les trois intérieurs aux pétales. L'élément intérieur dirigé vers le bas est très différent des autres, c'est le labelle !

 

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Les différents éléments d'une fleur d'Orchis pyramidal.

 

Le labelle de notre Orchis pyramidal est profondément trilobé, à lobes de longueur presque égale, pendant par torsion de l'ovaire. Il est muni d'un éperon, long de 3mm, orienté vers le bas, filiforme, grêle et arqué, aussi long que l'ovaire. Ce labelle présente à sa base deux lamelles saillantes plus ou moins parallèles.

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Photo: www.fr.wikipedia.org

 

La pollinisation est effectuée par des Lépidoptères (Hétérocères et Rhopalocères) qui visitent plutôt des orchidées à longs éperons tubuliformes. Leurs trompes longues et fines sont "guidées" vers l'entrée de l'éperon contenant le nectar par ces lamelles situées à la base du labelle.

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Pollinisation de la fleur d'Anacamptis pyramidalis par un papillon

67. Le papillon vient aspirer le nectar de la fleur - 68. Les pollinies (*) adhèrent sur sa trompe. 69. Lorsque l'insecte visitera une autre fleur, les pollinies se courberont vers l'avant pour déposer du pollen sur le stigmate. C'est la pollinisation croisée !

(*) Chez les Orchidacées, masses de pollen aggloméré, qui peuvent être transportée en bloc par les insectes.

 

Voici, pour terminer cette note, quelques papillons observés sur le site de la découverte, à Yvoir (Tricointe), repris, parmi d'autres, dans une liste des pollinisateurs potentiels de l'Orchis pyramidal, d'après M. Bournérias et al. (1998).

 

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La Doublure jaune (Euclidia glyphica), Noctuidé volant le jour.

Photo: Fr. Hela, Spontin, 25 Mai 2014

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Le Cuivré commun (Lycaena phlaeas), Lycaenidé

Photo: Fr. Hela, Sosoye, 31 Juillet 2011

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Le Demi-Deuil (Melanargia galathea), Nymphalidé

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 12 Juillet 2012

 

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La Divisée ou Phalène blanche (Siona lineata), Géométridé volant le jour

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 23 Mai 2014

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Zygène de la Filipendule (Zygaena filipendulae), Zygaenidé volant le jour

Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juin 2011

 

Bibliographie

Bournérias M. et al.: "Les Orchidées de France, Belgique et Luxembourg" - ouvrage collectif sous l'égide de la Société Française d'Orchidophilie - Collection Parthénope, Paris 1998

Clément J.-L.: "Connaissance des Orchidées sauvages " Ed. La Maison rustique, Paris 1978

Delforge P.: "Guide des Orchidées d'Europe, d'Afrique du Nord et du Proche-Orient", Ed. Delachaux et Niestlé, 1994

Lambinon J. et Verloove F.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines" Sixième édition - Ed. du jardin botanique national de Belgique, B-1860 Meise, 2012

Ouvrage collectif: "Spécial Orchidées", in "Le Courrier de la Nature" n°189, Janvier 2001, édité par la Société nationale de protection de la nature (F)

Tyteca D.: "Les orchidées des pelouses calcaires - 2, in "Réserves Naturelles", 1983

 

 

 

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