Le Xylocope violet (Xylocopa violacea), espèce plutôt méridionale, observé dans la vallée du Bocq, entre Purnode et Dorinne (Yvoir), en 2014 et 2015 !

Le Xylocope violet, Hyménoptère de la Famille des Apidés et de la Sous-Famille des Xylocopinés, est la plus grande et la plus trapue des abeilles solitaires d'Europe. Elle mesure de 2 à 2,5 cm de long et ressemble un peu à un bourdon très foncé, courbant les fleurs sous son poids en butinant. Le fait qu'elle creuse des galeries de ponte dans le bois mort lui a valu les noms vernaculaires d' "abeille charpentière" ou de "perce-bois". Réaumur (1683-1757), dans la description de sa nidification, l'appelait "la mouche perce-bois" et Linné (1707-1778) décrivait brièvement les moeurs d'Apis violacea en ces termes: "Habitat in Truncus exsiccatis". Inspiré par ce comportement, Latreille (1762-1833) donna au Genre le nom de Xylocopa (du grec "xylon", le bois et de "copè" désignant un ciseau de sculpteur et, de là la signification "tailleur de bois"). C'est dans la vallée du Bocq, entre Purnode et Dorinne que j'ai pu admiré plusieurs fois, en juin et juillet 2014 et 2015, le vol assez bruyant et le comportement très vif de cette impressionnante abeilles velues, d'un noir de jais et portant des ailes ornées de superbes reflets irisés de couleur violette.Xylocopa violacea Saint-Hippolyte-Alsace 26-10-13 A.JPG

Photo: Fr. Hela, Saint-Hippolyte (Alsace -Haut-Rhin - F), 26 Octobre 2013

 

Je l'ai rencontrée en des lieux ouverts et bien ensoleillés de ce tronçon du Bocq, soit dans les quelques zones alluvionnaires non boisées et bien fleuries, soit dans les friches caillouteuses des carrières désaffectées. Les individus butinaient, entre autres, les fleurs des Compagnons rouges et blancs (Silene dioica et Silene latifolia subsp. alba), de la Lysimaque commune (Lysimachia vulgaris), de l'Epilobe hérissé (Epilobium hirsutum), de la Reine-des-prés (Filipendula ulmaria), de divers Cirses (Cirsium sp.), ainsi que celles de l'Origan (Origanum vulgare), du Lotier corniculé (Lotus corniculatus) et de la Vesce des haies (Vicia sepium).

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Xylocopa violacea visitant les fleurs d'une Hypéricacée

Photo: Cl. Pauwels, Avelgem 11 juillet 2011

 

Espèce thermophile, cette abeille peuple essentiellement le Sud de l'Europe et c'est, en principe, au centre du continent que se situerait la limite septentrionale de son aire de répartition. Elle serait erratique dans les régions situées plus au nord (M. Chinery, 2005). D'après M. Terzo, St. Iserbyt et P. Rasmont (2007), l'espèce est très répandue dans toute la zone méditerranéenne. Elle serait plus rare en général, mais localement abondante, dans tout le reste de la France. Toujours d'après ces auteurs, elle serait la seule espèce du Genre Xylocopa qui atteigne la Belgique vers le Nord, la côte atlantique et la manche vers l'Ouest, en empruntant les couloirs de colonisations que sont les fleuves et rivières.

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Carte de distribution de Xylocopa violacea pour la Belgique et la France (Corse comprise), d'après M. Terzo et al. (2007)

 

Personnellement, je connais bien l'espèce grâce à des observations nombreuses en Dordogne (F) où elle butinait en particulier les fleurs de la Sauge des prés (Salvia pratensis), en Alsace (Haut-Rhin), à Saint-Hippolyte, où des insectes visitaient assidûment les fleurs de Phacélie (Phacelia tanacetifolia) et, plus récemment, dans le Languedoc-Roussillon (Gard), à Fons-sur-Lussan et Lussan où, en septembre, les Xylocopes étaient présents sur le Calament à petites fleurs (Calamintha nepeta), la Centaurée rude (Centaurea aspera) et la Sarriette des montagnes (Satureja montana).

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Photo: Fr. Hela, Lussan (Languedoc-Roussillon/Gard), 26 Septembre 2015

 

Dans le nord de la France et surtout en Belgique, notre abeille charpentière serait rare. Elle n'apparaîtrait qu'occasionnellement les années de forte chaleur et sa nidification n'aurait été observée qu'une seule fois (M. Terzo et al., 2007). Toutefois, ces dernières années, des observations régulières sont faites en Belgique. Il semblerait aussi que cette espèce ne puisse s'installer durablement, au-delà de la latitude de Paris, que dans des sites aux microclimats plus doux. Chez nous, les apparitions de plus en plus fréquentes seraient-elles dues à une montée sensible de l'espèce plus au nord, causée par les changements climatiques (douceur des derniers hivers, canicules plus longues et plus prononcées lors de la belle saison des années récentes) ? En tous cas, les propos de Martine Rebetez, climatologue à l'Institut fédéral de recherches WSL (Suisse), semble aller dans ce sens: "Depuis deux ans, on observe de plus en plus, au nord des Alpes, jusqu'à près de 700 mètres d'altitude, une grosse abeille noire, avec des ailes violacées. Cette augmentation sensible de Xylocopes violets serait due au réchauffement climatique ! "

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Photo: Paul Gailly, Saint-Servais (Namur), 21 Octobre 2015

 

D'après M. Terzo et al. (2007), les premiers imagos à quitter le nid, mâles et femelles, apparaissent dès février et mars. Les mâles seraient plus abondants en avril et mai. Ceux-ci présentent deux articles oranges ou roses près de l'extrémité des antennes.

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Photo: Rachel Poppe-Delmelle, Profondeville, 17 Septembre 2014

 

Les accouplements se déroulent, en général, pendant que les femelles butinent. Ces dernières seraient plus abondantes par la suite. Sans quitter les lieux ensoleillés, elles se mettent en quête de bois mort: troncs et grosses branches vermoulues, souvent dépourvus d'écorce, vieux poteaux, tas de bois abandonnés, vieilles souches, mais aussi anciennes palissades et poutres, ...

Après avoir erré d'un vol bruyant pour trouver un endroit propice, la femelle se pose et, à l'aide de ses fortes mandibules, creuse lentement dans le bois une galerie de près de 2 cm de diamètre qui peut atteindre une trentaine de centimètres de longueur. Parfois, avec un même trou d'entrée comme point de départ, l'abeille creuse deux ou même trois galeries parallèles, mais moins profondes.

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Illustration tirée du site http//fr.wikipedia.org/wiki/Xylocopa_violacea

 

Une fois le travail de forage achevé, le Xylocope dépose au fond de la galerie un amas de pollen et de miel mélangés, il y pond un oeuf, puis construit une cloison transversale avec de la sciure de bois agglutinée, de façon à clore complètement la cellule. Cette activité se perpétue jusqu'au moment où la galerie est entièrement peuplée.

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Illustration provenant du site aublede.blogspot.be/2010/02/les_insectes_sont_de_sortie

 

Il semblerait que l'espèce est univoltine, c'est-à-dire que le nombre de générations (période s'étendant de l'oeuf à l'adulte) dans une année est de un. Duhayon et Rasmont (1993) ont démontré cela en étudiant les populations du Var (F).

Les espèces de Xylocopinés du monde entier sont réputées polylectiques. Ces abeilles butinent de nombreux Genres de plantes à fleur de manière non spécialisée (polylectisme). Ainsi, lors de leurs observations, M. Terzo, St. Iserbyt et P.Rasmont ont constaté que près de 81 espèces de plantes réparties dans 25 Familles, sont visitées par notre "Abeille charpentière" ! Elle manifeste cependant une préférence pour, entre autres, la Vipérine (Echium vulgare), la Lavande (Lavendula xintermedia), le Genre Salvia comme la Sauge des prés (Salvia pratensis), les Fabacées (notamment les Genres Trifolium et Lathyrus), ...

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Xylocopa violacea butinant des fleurs de la Phacélie (Phacelia tanacetifolia)

Photo: Fr. Hela, Saint-Hippolyte (Alsace - Haut-Rhin - F), 26 Octobre 2013

 

Documents consultés

Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale" - Ed. Flammarion, 2005

d'Aguilar J. et Fraval A.: "Glossaire entomologique" - Ed. Delachaux et Niestlé, 2004

Fabre J.-H.: "Souvenirs entomologiques: études sur l'instinct et les moeurs des insectes" - Ed. Robert Laffont, Coll. Bouquins, Tome I (1989), pages 800 à 802

Rebetez M.: " S'installe chez nous" (Climatologue à l'Institut de recherches WSL - CH)

Robert P.-A.: "Les Insectes", Tome II: Lépidoptères, Diptères, Hyménoptères, Hémiptères, page 217 - Ed. Delachaux et Niestlé, 1974

Terzo M., Iserbyt St. et Rasmont P.: "Révision des Xylocopinae (Hymenoptera : Apidae) de France et Belgique", in Annales de la Société Entomologique de France - 2007, 43 (4), pages 445 à 491

Zahradnik J.: "Guide des abeilles, guêpes et fourmis (Les Hyménoptères d'Europe)" -  Ed. Hatier, 1991.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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