• Le Garrot à oeil d'or (Bucephala clangula) sur la Meuse à Godinne (B) !

     

    Le 16 janvier 2017, je me ballade sur le chemin de halage, sur la rive droite de la Meuse, d'Yvoir à Godinne. Au loin, je devine maintenant le bout de l'île de Godinne et, sur l'eau, je remarque une tache blanche qui s'immerge dans les flots, puis émerge continuellement ! Je m'approche de l'île et je découvre un magnifique canard, plus précisément un Garrot à œil d'or (Bucephala clangula) mâle !

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2017

     

    Ce canard est une plongeur actif. Sans cesse, il bascule et disparaît sous l'eau. Après environ trente secondes, il réapparaît à quelque distance du point d'immersion. Voilà qu'il replonge et ainsi de suite pendant cinq minutes. Enfin, il a décidé de cesser temporairement son activité et fait la toilette de son plumage. Instants magiques pour bien l'observer ! La plongée dure 25 à 35 secondes, ou même jusqu'à 55 secondes, par des fonds de 1 à 7 mètres, d'après P. Géroudet (1999). Sa nourriture est composée surtout de mollusques divers dont les Moules zébrées (Dreissena polymorpha) invasives et abondantes en Meuse, puis de petits crustacés, d'insectes et de larves, de vers, de frai et de petits poissons; les matières végétales sont moins importantes dans leur régime: algues, bourgeons, pousses et graines de plantes aquatiques.

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    Photo: Fr. Hela

    Moules zébrées (Dreissena polymorpha) photographiées lors du chômage de la Haute-Meuse, à Godinne, le 17 septembre 2012.

    La Moule zébrée, bivalve invasif, est originaire de la Mer Noire et de la Caspienne. Fixée aux coques des bateaux ou transportée dans les ballast de ceux-ci, elle a envahi progressivement les écosystèmes d'eau douce d'Europe et d'Amérique du Nord (notamment au Canada: bassin inférieur des Grands lacs et du Saint-Laurent). On assiste localement, parallèlement à l'expansion de ce mollusque, à un accroissement de nombreuses espèces d'oiseaux aquatiques plongeurs se nourrissant de la moule, cueillie jusqu'à 9 mètres de profondeur (notamment Foulques macroules, Fuligules morillons et milouins et, probablement, d'autres espèces en hiver). Il semblerait malheureusement que ces prédations n'affectent pas son développement !

     

    Le Garrot à oeil d'or est répandu comme nicheur dans toute la zone des forêts septentrionales d'Europe et d'Asie. On le trouve en Russie, dans les pays Scandinaves et Baltes, dans le nord de la Pologne et de l'Allemagne, ainsi qu'en Ecosse. C'est donc un oiseau du Nord et de l'Est de l'Europe. En hivernage, ce canard plongeur est plus abondant chez nous par temps froid, sur les cours d'eau lents et autres zones d'eau stagnante non prises par la glace. Une particularité de cette espèce est de construire son nid dans une cavité d'un arbre, de 2,5 à 5 mètres du sol. En Scandinavie, on installe des nichoirs pour la favoriser !

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    Aire de répartition de la population européenne du Garrot à œil d'or (Bucephala clangula): zones de nidification en orange foncé et limite de la zone de migration en rouge (d'après Scott et Rose, 1996)

     

    En décembre 2010, j'observais une femelle, sur la Meuse, à proximité de l'île d'Yvoir. Celle-ci à la tête et le haut du cou brun chocolat et présente un mince collier blanc. Le dos  est brun foncé avec des lisérés pâles, la poitrine et les flancs gris sont séparés du dos par un trait blanc plus ou moins continu. Son bec noir possède une pointe jaune et un onglet noir.

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    Photo: Fr. Hela, Bernissart (Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul), décembre 2015

     

    Dès le mois de décembre et, surtout, à partir de fin janvier, les mâles, éclatants de blancheur aux flancs et à la poitrine, portant une volumineuse tête polygonale noire frappée d'une pastille blanche entre le petit bec et l'œil, s'adonnent alors à de singuliers pantomimes !

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    Le mâle à l'avant plan est atypique: il est probablement en plumage de transition.

    Photo: Nadine Pirlot, Froidchapelle (Plate Taille - Barrages de l'Eau d'Heure), 18 mars 2015

     

    Sur les sites d'hivernage où se réunissent parfois plusieurs individus, il n'est pas rare d'assister à un spectacle cocasse. Les parades et les accouplements commencent déjà ! A tout instant, l'un ou l'autre mâle renverse la tête sur le dos et la ramène à l'avant, en émettant un curieux son mécanique.

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    Dessins de Paul Géroudet, extrait de l'ouvrage "Les Oiseaux du Lac Léman"

     

    Ensuite, le retour à une attitude normale s'exagère parfois avec une cambrure et une forte poussée des pattes oranges faisant rejaillir l'eau; ou encore, l'oiseau abaisse la tête et arrondit le dos. Pendant ces manèges, les femelles, d'habitude peu démonstrative, commencent à s'émouvoir, dressent le cou et se cambrent également. L'une d'elles, immobile, s'étend au ras de l'eau, mais son invite semble d'abord infructueuse, les mâles poursuivant leurs parades. Soudain, l'un d'entre eux fonce et aborde la cane par derrière, la couvre en pinçant sa nuque avec le bec, noyant presque sa tête. C'est l'accouplement !

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    Documents consultés:

    Géroudet P.: "Les Palmipèdes d'Europe" Ed. Delachaux et Niestlé, Paris 1999 (quatrième édition revue et augmentée par Michel Cuisin), pages 261 à 266.

    Géroudet P.: "Les Oiseaux du Lac Léman" Ed. Delachaux et Niestlé, Neuchâtel - Paris, 1987, pages 189 à 191.

    Morard E.: "Le Garrot à œil d'or (Bucephala clangula) dans la Région de Saint-Sulpice-Préverenges (Lac Léman, Vaud, Suisse): suivi 1997-2004", in "Nos Oiseaux" Revue de la Société Romande pour l'étude et la protection des oiseaux, Volume 52/3 - Septembre 2005 - N°481 (pages 131 à 140).

     

     

     

  • Un Gobemouche noir (Ficedula hypoleuca) en halte migratoire postnuptiale, du 19 au 22 août 2016, à Durnal (Yvoir - B) !

     Photo Fr. Hela: Gobemouche noir (Ficedula hypoleuca), Durnal, 22 août 2016

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