• Deux stations de Spathulaires jaunes (Spathularia flavida), une espèce remarquable, sur le site de " La Rochette " à Spontin (B)

     

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    Spathulaires jaunes (Spathularia flavida) parmi les mousses et au pied d'un jeune Mélèze (Larix sp.)

    Photo: Fr. Hela, Spontin (" La Rochette "), le 20 octobre 2014

     

    Le site de "La Rochette " à Spontin (B) est une vaste carrière en amphithéâtre désaffectée depuis une vingtaine d'année. Il est situé au nord-nord-ouest de la localité. Cette carrière a entaillé le versant droit de la vallée du Bocq et présente, dans le fond, de très belles falaises ocres de grès, mais instables.

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    Spontin: le site de l'ancienne carrière "La Rochette" qui est constitué de quatre niveaux (0 à 3). La vue est prise à partir du niveau 3, au-dessus de la grande falaise. De là, on surplombe le terre-plein caillouteux, en contrebas, colonisé par les bouleaux principalement et correspondant au niveau 1. Dans le fond, le terre-plein du niveau 2 est visible.

    Photo: Fr. Hela, 20 octobre 2014

     

    Je visite régulièrement ce site d'un grand intérêt biologique depuis maintenant plusieurs années et j'y découvre souvent de véritables petites merveilles. Ainsi, le 20 octobre 2014, sur le terre-plein caillouteux du niveau 1 où les ligneux colonisateurs, assez jeunes, sont plus abondants (zone d'éboulis au pied de la grande falaise), mon attention est attirée par une colonie de petits champignons jaunes contrastant joliment comme des petites flammes dorées avec les mousses vertes, aux pieds de jeunes mélèzes. Il s'agissait d'une espèce rare dans notre pays nommée la Spathulaire jaune (Spathularia flavida)! Le 3 octobre 2017, au même endroit, je pouvais constater que les champignons s'étaient propagés et que la station était en expansion. Ce jour-là, une autre zone occupée par l'espèce sera découverte par moi-même, au bord du chemin reliant le niveau 2 au niveau 1 de la carrière. Les Spathulaires croissaient parmi les mousses, sous ou à proximité, cette fois, de jeunes Pins (Pinus sp.).

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    Photo: Fr. Hela, Spontin ("La Rochette"), le 3 octobre 2017

     

    Le sporophore jaune citrin de Spathularia flavida d'une hauteur d'environ 2 à 5 cm est composé d'un réceptacle ("chapeau") ayant la forme d'une spatule ou d'une massue aplatie (plus rarement arrondie), dressée, entière ou lobée, au sommet presque lisse, à bords ondulés. Sa consistance est gélatineuse et ne dégage pas d'odeurs spéciales. De bas en haut, le pied de 1 à 2 cm, crème, droit, cylindrique ou un peu comprimé, s'élargit insensiblement pour se confondre avec le réceptacle;

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    Pieds et réceptacles de Spathularia flavida

    Photo: Fr. Hela, Spontin ("La Rochette"), 3 octobre 2017

     

    La classification de certains champignons est en constante évolution avec le temps et il n'est pas toujours facile de s'y retrouver. L'espèce a été décrite pour la première fois en 1774 par le botaniste allemand Jacob Christian Schäffer (1718-1790) qui lui donna le nom d'Elvella clavata. Le nom scientifique de Genre et d'Espèce - Spathularia flavida -  a été crée en 1794 par Christian Hendrick Persoon (1791-1836), mycologue sud-africain, d'origine néerlandaise et allemande. C'est ce dernier qui est reconnu actuellement.

    R. Heim (1984) parle du Genre Spathularia comme faisant partie des Discomycètes inoperculés (pézizes spatulées), mais le nom de ce Super-Ordre de champignons Ascomycètes d'une ancienne Classe taxonomique semble aujourd'hui désuet. Il est admis actuellement que ce Genre doit être classé comme suit: Classe des Ascomycètes, Ordre des Héliotales et Famille des Cudoniacées (Centraalbureau voor Schimmelcultures, CBS Fungal Biodiversity Centre à Utrecht (NL) gérant une base de données mycologiques en ligne intitulée MycoBank).

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    Fig. a

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    Rappelons ici que les Ascomycètes sont des champignons à mycélium cloisonné (fig. b et c) et dont les spores sont toujours immobiles. Celles de reproduction sexuée mûrissent à l'intérieur d'un sporange - généralement en forme de massue - qu'on appelle un asque (fig. a). La plupart des espèces sont saprophytes

    Extraits de la brochure "Champignons - Notions élémentaires " par H. Bruge, Les Naturalistes belges, Bruxelles, 1977

     

    D'après plusieurs auteurs, l'habitat préféré des Spathulaires semble être forestier, sur sols humides couverts d'aiguilles et de mousses, sous les conifères. Les sporophores y croissent dispersés ou en groupes, en été et en automne, pouvant se développer en anneaux ou arcs. Ce sont des champignons saprophytes, c'est-à-dire obtenant des nutriments à partir de matières organiques en décomposition ou mortes. La plupart des espèces de ce Genre vivent en compagnie des mélèzes.

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    Les mélèzes compagnons des Spathulaires jaunes !

    Photo: Fr. Hela, Sugny (B), 4 novembre 2017

     

    Dans les Alpes où elles sont abondantes, on les rencontre dans les forêts mixtes avec des épicéas et des mélèzes. Dans le haut Morvan (F), Spathularia flavida serait assez fréquent dans les pessières et les sapinières, où il apparaît parfois en très grande quantité.

    La comestibilité de cette espèce est diversement décrite comme non testée, inconnue et même, plutôt toxique, voire dangereuse (Syndrome gyromitrien: atteinte hépatique) !

    Documents consultés:

    Courtecuisse R.: "Champignons de France", Ed. Eclectis, 1994

    Dechaume J.-P. et J. Lagey: "Les Champignons en Morvan - Toxicologie -Ecologie" in Revue Scientifique Bourgogne - Nature, Hors série 2-2006, page 25

    Guillot J. et Chaumeton H.: "Dictionnaire des Champignons", Ed. Nathan, 2003

    Heim R.: "Champignons d'Europe" Ed. Boubée, Paris 1984

    Moingeon S. et J.-M.: " Les Geoglossaceae en Franche-Comté ", in Bulletin de la Société d'Histoire Naturelle du Doubs, 2002/2003, 89, p.63

    Romagnesi H.: "Petit atlas de Champignons" (3 tomes), Ed. Bordas, Paris, 1963

    Sites consultés:

    www.mycodb.fr.

    www.mycobank.org

    www.biodiversité.wallonie.be

     

     

     

  • Observations exceptionnelles en 2017 de Nacrés de la Ronce (Brenthis daphne), espèce méridionale en expansion vers le nord, dans l'entité d'Yvoir (B) !

    Du début du mois de juin à la fin de juillet 2017, lors de mes pérégrinations, j'ai pu remarqué l'abondance inhabituelle de Nacrés de la Ronce (Brenthis daphne). Cette note vient bien à propos pour détailler les circonstances des observations, les difficultés de détermination, l'expansion vers le Nord de cette espèce venue du Sud et quelques aspects de sa biologie.

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    Nacré de la Ronce (Brenthis daphne): les bordures marginales noires sont entrecoupées

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 15 juin 2017

     

    Si cette espèce est morphologiquement très proche du Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino), régulièrement rencontré dans la vallée du Bocq, entre Purnode et Spontin, ses préférences écologiques sont bien différentes. Elle peut être vue dans des milieux très divers où elle butine une grande variété de fleurs. Cependant, elle apprécie généralement les endroits chauds et secs. Je l'ai admirée maintes fois sur des ronciers en fleurs baignés de soleil ou à proximité. Les milieux boisés, les lisières feuillues et les chemins ensoleillés bordés de ronces et de fleurs riches en nectar l'attiraient spécialement. Je l'ai rencontrée aussi sur des talus bien exposés et des ronciers en bordure de prairies mésophiles, ainsi que dans une carrière désaffectée et dans une pelouse calcaire, en bord de Meuse.

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    Nacré de la Ronce (Brenthis daphne): envers d'une aile postérieure

    Photo: Fr. Hela, Spontin (site de "La Rochette"), 16 juillet 2007

     

    Les sites des observations en juin et juillet sont: Spontin (site de "La Rochette" et près des "Sources"), Durnal (talus ensoleillés derrière le camping), Purnode ("Dessus des Rys") et Yvoir (Champalle et prairie de fauche d'Anway, à Tricointe). Cet afflux remarquable pourrait s'expliquer par les conditions particulièrement chaudes et sèches, avec peu de précipitations, des mois de juin et juillet.

    Les Nacrés (onze espèces en Belgique dont certaines sont assez rares ou rares) de la Famille des Nymphalidés se caractérise par la coloration argentée aux reflets nacrés de l'envers des ailes postérieures. Le dessus des ailes montre une couleur générale fauve ou orange garni de taches et de traits noirs.

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    Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino) montrant l'envers d'une aile postérieure

    Photo: S. Schreven

     

    La distinction entre le Nacré de la Ronce et le Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino) n'est pas toujours évidente. Cette dernière espèce présente dans la vallée du Bocq, aime les clairières et les prairies plus humides à la végétation haute (mégaphorbiaies), au bord des cours d'eau (ruisseaux, rivières), là ou croît la principale plante nourricière de sa chenille, la Reine-des-prés (Filipendula ulmaria). Son envergure est sensiblement inférieure: 34 à 42 mm contre 42 à 52 mm pour le Nacré de la ronce.

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    Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino): les bordures marginales noires sont continues

    Photo: Fr.Hela, Vallée du Crupet, 4 juin 2017

     

    Distinction entre les deux espèces en observant l'envers d'une aile postérieure:

     

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    Brenthis daphne: au revers de l'aile postérieure, on voit la base S4 adjacente à l'extrémité de la cellule qui est jaune en partie ombrée ou striée de brun jaune (voir la flèche verte)

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    Brenthis ino: au revers de l'aile postérieure, la base de S4 est entièrement jaune sans ombre ou couleur brune (voir la flèche verte)

     

    Le Nacré de la Ronce est une espèce univoltine (une génération, de l'oeuf à l'adulte, en un an) présentant une période d'émergence assez étalée, surtout de mi-juin à fin juillet. Les oeufs sont pondus séparément sur des feuilles de Ronces (Rubus div.), de Framboisiers (Rubus idaeus) et de Violettes (Viola spec.). La chenille est couverte d'épines brun clair aux ramifications noires et, sur le dos, on remarque une double ligne blanche. Les flancs sont marqués de larges lignes blanc jaunâtre. L'imago visites les Fleurs de Chardons (Carduus spec.), de Cirses (Cirsium spec.), de Centaurées (Centaurea spec.), d'Origan (Origanum vulgare), de Ronces (Rubus spec.) et, même, de Buddléa (Buddleja davidii) dans les jardins ou dans les endroits ouverts colonisés par l'arbuste.

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    Photo: D. Robert, Mailly-sur-Seille (Meurthe-et-Moselle) (F), 12 mai 2011

     

    Le Nacré de la Ronce, espèce mésophile, occupait jusqu'en 1970 des biotopes à tendance xérothermique sur sol calcaire, en particulier les friches et les zones de transition entre les pelouses et la forêt, dans une petite moitié sud de la France. A partir de cette date, et durant trois décennies, de nombreux auteurs constatent son extension vers le nord et la colonisation de milieux beaucoup plus frais: allées forestières, clairières, coupes de régénération, bords d'étangs et même en altitude sur le massif vosgien ! C'est une espèce assez récente pour la faune belge. Elle a été découverte pour la toute première fois en 2006, dans trois stations gaumaises différentes. Depuis, son expansion est fulgurante, le nombre de données se multipliant d'années en années. En 2011, l'espèce dépassait largement la Lorraine belge et atteignait le nord du Condroz, ce qui constitue les stations les plus septentrionales pour l'Europe occidentale (V. Fichefet et al., 2008).

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    Nacré de la Ronce (Brenthis daphne): ce Nymphalidé est donc la douzième espèce de Nacrés en Wallonie et son expansion vers le nord serait favorisée par le réchauffement climatique, d'après plusieurs auteurs !

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Prairie de fauche d'Anway à Tricointe), 26 juillet 2016

     

    Documents consultés

    Collectifs (divers auteurs): "Les papillons de jour et leurs biotopes" Ed. Ligue Suisse pour la Protection de la Nature, Bâle, 1987

    Delacre J.: "Inventaire documenté des Lépidoptères Rhopalocères et Hespéridés de Wallonie, présents sur le territoire de Doische-Trou des Gattes-Haie Gabaux, classés par catégories de menaces selon les critères de l'UICN", in Linneana Belgica, Pars XIX, n°9, décembre 2004

    Essayan R., Jugan D., Mora F. et Ruffoni A. (coord.): "Brenthis daphne (Denis § Shiffermüller, 1775) - le Nacré de la Ronce", in Atlas des papillons de jour de Bourgogne et de Franche-Comté (Rhopalocères et Zygènes) - Revue scientifique "Bourgogne-Nature" - Hors série 13-2013, pp.288-299

    Fichefet V. et al.: "Papillons de jour de Wallonie (1985-2007)", Région Wallonne, 2008

    Lafranchis T: "Les papillons de jour de France, Belgique et Luxembourg et leurs chenilles" Ed. Biotope, Coll. Parthénope, Mèze (F), 2000

    Leconte R. et Baudraz M. et V.: "Les Nacrés, Mélitées et Damiers de Champagne-Ardenne: Clé de détermination", 2013

    Radigue Fr.: "Une nouvelle espèce de papillon pour la Basse-Normandie: le nacré de la ronce (Brenthis daphne Denis § Schiffermüller, 1775) (Lepidoptera, Nymphalidae)", "in Invertébrés Armoricains", 2010, 6, pp. 27-28