Avocette élégante (Recurvirostra avosetta)

  • Une observation surprenante: l'Avocette élégante (Recurvirostra avosetta) nage en pleine eau sur la Meuse, à Yvoir !

    Le 10 mars dernier, je me rends sur les bords de la Meuse, à Yvoir, pour observer les oiseaux d'eau, comme je le fais régulièrement. L'île d'Yvoir et la Meuse à cet endroit sont fortement artificialisés, ce qui n'empêche pas d'y faire quelques fois des observations inhabituelles, surtout en hiver et lors des migrations. Cinq hérons cendrés sont posés sur les anciens nids des années précédentes et lancent leurs cris gutturaux. Un couple de cygne tuberculé entame une parade qui se termine par un accouplement. Deux grèbes huppés dans leurs habits de noce sillonnent la zone. Là, sur un gros bois mort sortant de l'eau du fleuve, deux goélands pontiques adultes se reposent avec quelques mouettes rieuses. Un quinzaine de grands cormorans font de même sur les grosses pierres qui émergent, au bord de l'île. Un peu en retrait, une silhouette blanche de la taille d'une mouette flotte au large. Je n'en crois pas mes yeux ! Non, je ne rêve pas, il s'agit bien d'une Avocette élégante (Recurvirostra avosetta) qui nage là-bas et qui bascule de temps en temps comme un canard ! De près, l' identification de l'Avocette est facile: le plumage blanc bariolé de noir et, surtout, le bec noir, fin, à pointe relevée sont caractéristiques de l'espèce.

     

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    L'apparition de cet oiseau sur la Meuse est surprenante. En effet, ce limicole fréquente d'ordinaire des milieux saumâtres ou salés, auxquels il est largement inféodé. Pendant une grande partie de l'année, les avocettes ne visitent que les vasières des estuaires et des baies maritimes soumises aux marées. C'est là qu'elles trouvent une alimentation abondante: petits crustacés, larves d'insectes et vers notamment. Avec leur bec original, à la sensibilité tactile très développée, elles sabrent à l'aveuglette la vase fluide et l'eau trouble. A la recherche de leurs nourritures, elles se courbent vers la boue liquide ou l'eau peu profonde et plongent l'extrémité entr'ouverte des mandibules, en fauchant alternativement d'un côté à l'autre. Après chaque mouvement, elles relèvent le bec pour avaler les proies qu'elles ont rencontrées.

     

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    Photo: Jean-Pierre Robert, Ijsermonding - Reservaat, 17 Novembre 2011

     

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    Photo: Werner Priels, Uitkerkse Polder, 2 Juin 2012


    Toutefois, l'Avocette peut  se rencontrer à l'intérieur des terres, dans les eaux douces, en général peu profondes et pourvue de plages de boues ou de vases, le sel ne semblant pas lui être indispensable. De plus la palmure développée de ses doigts lui permet de nager sans contrainte, flottant avec la poitrine enfoncée et l'arrière du corps relevé. A l'occasion, nous dit P. Géroudet (1982), elle cherche aussi sa nourriture sous l'eau, en immergeant tout l'avant du corps, tandis que l'arrière-train pointe à la verticale.

     

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    Photo: J.P Paris - http://www.baladeornithologique.com


    Mais revenons à l'observation du 10 mars. L'avocette exprime maintenant de l'inquiétude. L'arrivée d'un goéland pontique en est peut-être la cause. Les mouvements de sa tête et un balancement nerveux de l'avant du corps indiquent son départ imminent. C'est parti ! L'oiseau s'envole en répétant un "klut" assez flûté et sonore. Il passe près de la berge où je me trouve, vire vers l'île, revient et finit par se poser à nouveau au large. Au vol, la silhouette de l'avocette est typique: ailes assez larges, cou à demi tendu et longues pattes dépassant largement la queue courte. Le dessous de son corps est entièrement blanc, à l'exception des rémiges primaires qui sont noires.

     

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    Photo: Werner Priels, Uitkerke Weiden - Velduilweiden Uitkerke (VWUK), 30 Avril 2012.

     

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    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    L'Avocette est un oiseau de passage régulier dans notre pays, principalement sur le littoral. Au cours de leurs migrations diurnes ou nocturnes, les Avocettes franchissent, dans une moindre mesure, les terres intérieures. Toutefois, bien peu s'y arrêtent, les observations ne concernant rarement plus d'une dizaine d'oiseaux ensemble. Ainsi, en Wallonie, celles-ci sont bien moins fréquentes. Le plus souvent notés lors du passage printanier, de mars à juin, les oiseaux migrateurs stationnent sur toutes sortes de milieux pourvu qu'il y ait présence d'eau et de vasières: étangs, marais avec eaux libres peu profondes, bassins de décantation de sucreries, bassins d'orage et mares temporaires se formant dans des prairies ou des cultures, suite à des pluies abondantes en fin d'hiver ou au printemps.

     

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    L'Avocette élégante, aux hautes jambes bleuâtres, arpente, à pas mesurés, les plages et les eaux peu profondes.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    L'Avocette élégante est un limicole* nicheur du Paléarctique qui englobe l'Europe, le nord de l'Afrique et une grande partie de l'Asie non tropicale. L'aire européenne comprend, d'une part, le sud du continent et d'autre part, les régions côtières situées entre la France et le sud de la Baltique (M. Derume, 2010). D'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie (J.-P. Jacob et al., 2010), la reproduction dans la région a pu être prouvée pratiquement chaque année. La population nicheuse y est cependant marginale, comptant 1 à 3 couples par an. Les premiers cas de nidification de l'espèce en Wallonie seront découverts en 1984 et 1985, dans les bassins de décantation de la sucrerie de Warcoing (Hainaut) (D. Hubaut, 1984).

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    P. Géroudet (1982) nous dit qu'aussitôt l'élevage des jeunes terminés, les vasières des côtes atlantiques voient affluer des troupes d'Avocettes de plus en plus nombreuses. Ce sont surtout celles de la mer du Nord, du Waddenzee en particulier, qui deviennent le principal secteur de rassemblement et de mue pour les populations du nord-ouest de l'Europe; les arrivées se précisent dès mi-juillet et des dizaines de milliers d'Avocettes y séjournent d'août à mi-octobre, avant de repartir plus au sud. Certaines d'entre elles s'y attardent même jusqu'en décembre. Toujours d'après cet auteur, la plupart des oiseaux d'Europe occidentale hivernent du sud de la Bretagne au Sénégal et à la Gambie, dont près du tiers au Portugal (environ 11.000).

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

    * Le cri habituel de l'Avocette élégante, un "klut" assez flûté et sonore, est à l'origine de son appellation néerlandaise. Kluut désigne cette espèce dans cette langue.

    * Limicole: Le terme vient du latin limus (limon, boue) et -cola (qui habite ou exploite). Les Limicoles (Ordre des Charadriiformes) comprennent plusieurs Familles, dont deux riches en espèces: Les Charadriidés (pluviers, vanneaux, gravelots, ...) et les Scolopacidés (bécassines, courlis, barges, chevaliers, ...).



    Littérature consultée:

    Derume M.: "Avocette élégante, Recurvirostra avosetta", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie", Publication d'Aves et du Département de l'Etude du Milieu Naturel et Agricole (Service Public de Wallonie - DGNRE), Gembloux, 2010.

    Géroudet P.: "Limicoles, Gangas et Pigeons d'Europe", Ed. Delachaux&Niestlé, Paris, 1982.

    Hubaut D.: "Premier cas de nidification de l'Avocette (Recurvirostra avosetta) en Wallonie et statut régional de l'espèce", in Bulletin Aves, Vol.21 n°4, 1984.

    Svensson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, Paris 2010.