Cicindèle (Cicindela hybrida)

  • La Cicindèle champêtre (Cicindela campestris): un Coléoptère prédateur redoutable !

    Par une journée chaude de ce début du mois de mai, j'herborise le long d'un large sentier bien exposé au soleil. Le sol sec est caillouteux, argilo-sablonneux à certains endroits et suffisamment drainé. De chaque côté, c'est la chênaie sessiliflore qui s'arrête brusquement par des talus ocres, abruptes, où affleurent des grès, des psammites et des schistes. Ceux-ci sont envahis par une végétation herbacée et arbustive clairsemée. De petites oseilles (Rumex acetosella) tapissent une zone schisteuse, le genêt à balais (Cytisus scoparius) et le sureau à grappes (Sambucus racemosa) fleurissent. En ces lieux, mon intérêt se porte sur plusieurs luzules en fleurs. La luzule printanière (Luzula pilosa), la luzule multiflore (Luzula multiflora), la luzule des bois (Luzula sylvatica) et la luzule blanche (Luzula luzuloides) font mon bonheur. Alors que j'examine attentivement ces plantes, je suis surpris par le vol bruissant d'un insecte, si vif que je ne perçois au premier abord qu'une ombre verte retombant presque aussitôt dans la rocaille. Je m'approche doucement et je reconnais aisément l'élégante silhouette de la Cicindèle champêtre. Mais, ma parole, c'est un accouplement !

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 5 Mai 2013


    Ces Coléoptères sont superbes. Leurs élytres vert mat, cuivrés, présentent chacun six taches blanc ivoire. Le dessous de leurs corps est vert bleuâtre, brillant, rehaussé de pourpre. Leurs pattes luisantes sont violettes et leurs antennes sont cuivrées à la base. Quelle merveille !

     

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    Photo: Fr. Hela, Houyet (Celles), 28 Avril 2013.


    L'activité des Cicindèles est étroitement liée à l'ensoleillement. Privées du rayonnement solaire et de sa bienfaisante chaleur, elles perdent toute vivacité. Ce sont des Coléoptères carnassiers, redoutables prédateurs, qui s'observent habituellement dans des habitats ouverts. Ils montrent une attirance pour les sols sablonneux. Ainsi, dans l'ancienne sablière située à Celles (Houyet), ils abondent. En marchant lentement dans ces lieux magnifiques, on peut les voir courir souplement et vivement, leurs pattes longues et grêles paraissant à peine effleurer le sol.

     

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    Houyet (Celles): Vue sur la sablière Jean Marcaux.

    Photo: Fr. Hela, 28 Avril 2013


    Ce sont les plus vifs coursiers du monde des insectes, d'après M. Chinery (1993). La plupart des espèces volent bien, en faisant de longs bonds pour chasser moucherons et autres petits invertébrés sur le sol. Les Cicindèles s'envolent comme des mouches !

     

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    Cicindela hybrida courant au sol.

    Photo: Fr. Hela, Houyet (Celles), 28 Avril 2013


    Les mandibules puissantes et dentées de ces insectes retiennent l'attention. Les Cicindèles sont bien des chasseresses performantes ! Au niveau de la tête, on peut remarquer les yeux composés bien développés, très efficaces pour la chasse à vue. Les antennes sont implantées sur la face antérieure de la tête, juste sous les yeux.

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    Le corps des Cicindèles est quelque peu aplati et les taches couleur ivoire sur les élytres et à la base des mandibules semblent participer au camouflage de ces insectes.

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    Cicindela hybrida: Les zones des élytres marquées de blanc ivoire semblent casser la silhouette de l'insecte et lui assurent un excellent camouflage.

    Photo: Fr. Hela, Houyet (Celles) 28 Avril 2013.


    Prédatrices au stade adulte, les Cicindèles le sont également au stade larvaire. La larve de la Cicindèle champêtre vit dans un puits vertical, creusé dans le sol et, au fond duquel, elle aménage une petite chambre. Ce puits, situé le plus souvent au fond d'une légère dépression en forme d'entonnoir, a un diamètre de 3 à 6 mm, et une profondeur de 10 à 15 cm. A la surface du sol, celui-ci s'ouvre par un orifice parfaitement circulaire. La larve présente une morphologie assez particulière. Ses pattes, insérées latéralement, permettent un déplacement rapide sur les parois du puits. La partie supérieure de sa tête est aplatie et fortement chitinisée, de même que le premier segment thoracique (pronotum). Ses mandibules puissantes sont recourbées vers le haut.

    La larve de la Cicindèle chasse à l'affût, ancrée à la partie supérieure de son puits. L'ancrage est réalisé à la fois latéralement par les pattes et, dorsalement, par deux crochets situés au sommet d'une protubérance du cinquième segment abdominal.

     

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    La tête et le pronotum de la larve affleurent à la surface du sol, obturant le puits. Lorqu'un insecte ou un autre petit invertébré vient à passer au-dessus du piège, il est happé par les mandibules et prestement entraîné au fond du puits pour y être dévoré. Les proies dont la taille excède le demi-centimètre sont dédaignées, la larve préférant alors se terrer au fonds de son puits, par mesure de sécurité. Pour repérer et apprécier la taille de ses proies, la larve de Cicindèle dispose, sur chaque côté de la tête, de six stemmates, c'est-à-dire douze "yeux simples" (ceux-ci permettraient une vision efficace dans un rayon d'environ 5 cm). Après son repas, elle rejette les restes chitineux non digérés.

    Sauf lors d'accidents ou de dérangements, la Cicindèle ne change pas de terrier au cours de sa vie larvaire. A la fin de l'été, la larve se retire dans la chambre aménagée, au fond de son puits, après en avoir obturé l'entrée. C'est là qu'elle s'y métamorphose en nymphe. Celle-ci passera un hiver ou deux sous terre avant de se transformer finalement en un insecte parfait (l'imago).

     

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    La Cicindèle champêtre (Cicindela campestris)

    Photo: Nadine Pirlot, Houyet (Celles), 28 Avril 2013


    Dans notre région, la Cicindèle champêtre n'est pas un insecte rare, mais toujours localisé. Du fait de ses moeurs particulières, il ne peut prospérer que dans les endroits bien exposés, au sol suffisamment drainé et dont la compacité permet tant à la larve qu'à l'adulte, d'y creuser leurs terriers. On peut le rencontrer, d'avril à juin, dans les carrières, sur les sentiers forestiers bien exposés, à végétation limitée, dans les anciennes argilières ou sablières et, même, près des voies ferrées désaffectées ou non, comme à Yvoir, à proximité de la Maison des Jeunes. 

    En Belgique, existent d'autres espèces. Cicindela hybrida est assez commune, d'avril à août, dans les zones sablonneuses de tout le pays.

     

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    Photo: Nadine Pirlot, Houyet (Celles), 28 Avril 2013


    Cicindela sylvatica fréquente, de mai à juillet, les bois des régions aux affleurements sablonneux (Campine, Lorraine, Hainaut) et gréseux. Cette espèce plus grande que Cicindela hybrida est devenue très rare.

     

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    Cicindela sylvatica

    Photo: Lex Peeters, Hamont (Dg), 4 Août 2012


    Cicindela maritima, inféodée aux dunes du littoral et aux sables de la campine anversoise, est considérée comme très rare dans notre pays.


    Bibliographie:

    Auber L.: "Atlas des Coléoptères de France, Belgique, Suisse" Tome 1, Ed. Boubée, 1976

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1993.

    Evans G.: "The life of beetles", Ed. G. Allenaud, Unwin-London, 1975.

    Houvenaghe G.: "Les Cicindèles", in Naturalistes Belges 41-3, 1960.

    Paulian R.: "Atlas des larves d'insectes de France", Ed. Boubée, 1971.