Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus)

  • Un Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus) à Spontin: un évènement ornithologique !

    Le 22 mai dernier, venant de l'Airbois, je rejoins le petit hameau de Tricointe. La journée est radieuse en ce printemps particulèrement ensoleillé. Au dessus des pâtures, un imposant rapace apparaît. Il semble venir de la vallée du Bocq et des carrières. Son vol assez bas est lent et majestueux, entrecoupé de planées. De temps en temps, il vire et fait presque du surplace, à la recherche d'une probable proie. Je n'en crois pas mes yeux, il s'agit bien du Circaète Jean-le-Blanc. Malgré son allure légère, il est imposant. J'estime son envergure à 160 ou 170 cm, a peu près celle d'un grand balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus). Après environ une minute trente, l'oiseau s'élèvera au-dessus de la forêt domaniale pour disparaître définitivement. Pendant un moment non définissable, je resterai ébahi par cette observation que je n'attendais pas.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Le brun clair de la tête et des épaules de l'oiseau observé contraste avec le brun foncé des rémiges primaires et secondaires. La queue est barrée de trois bandes noirâtres. Lorsqu'il vire, le dessous de son corps est d'un blanc éclatant parsemé, sur la poitrine et aux flancs, de mouchetures beiges à marron. Sous ses ailes, on peut deviner des taches délimitant de fines lignes parallèles. Le plastron est assez pâle avec quelques marques foncées dans le bas.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Fin juillet, un circaète immature fréquente la carrière "La Rochette" à Spontin. Le 25 de ce mois, Charlotte Mathelart et Robin Gailly observent ce rapace, très rare chez nous, posé au sommet d'une paroi rocheuse de la carrière. Thierry Kynet prendra des photos de l'oiseau posé et en vol. Le 26 juillet, l'oiseau sera revu et photographié par Mariage. Les photos montrent l'oiseau posé au sommet d'un mélèze, au même endroit. Enfin, les 27 et 29 juillet, Geoffrey Raison, Nicolas Pierard et Robin Gailly verront une dernière fois le circaète.

     

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    Photos: Robin Gailly, Spontin, 29-07-11 - www.Observations.be

     

    Comme le souligne justement Paul Géroudet, le caractère morphologique le plus surprenant chez le circaète est sa grosse tête ronde qui évoque celle d'une chouette. La ressemblance est accentuées par la grandeur des yeux lesquels sont situés presque en position faciale (ce qui permet une bonne vision binoculaire, donc une perception du relief), et par la brièveté du bec. La couleur des yeux varie du jaune citron au jaune orangé. Le bec, gris foncé et bleuté à la base est bordé d'une cire également grisâtre.

     

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    Photo: Roland Ripoli - www.oiseaux.net

     

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Les tarses du circaète sont nus et revêtus d'une peau écailleuse de couleur gris jaunâtre. Ses doigts courts et trapus constituent des outils efficaces pour le maintien de proies minces, d'où son nom anglais: Short-toad Eagle. Bernard Joubert, auteur d'une remarquable monographie sur le Circaète Jean-le-Blanc, nous indique que l'oiseau de proie tire son nom scientifique du grec Kirkos-aetos: l'aigle qui plane décrivant des cercles, et du latin gallicus: de France, car décrit pour la première fois dans ce pays en 1788 par Gmelin. Il nous dit encore que l'appellation française fait allusion à la coloration claire, sinon complètement blanche, des parties inférieures du corps, à l'instar du nom italien Biancone.

     

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    Cet oiseau pris en photo dans la région Rhône-Alpes (F) est particulièrement pâle.

    Photo: R. Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    D'après B. Joubert (2001), le circaète est le seul oiseau d'Europe dont l'alimentation est basée essentiellement sur les reptiles (87 à 100 % du régime alimentaire) et, plus particulièrement, sur les serpents, y compris les vipères (70 à 96 % des proies). Les noms vernaculaires "Schlangenadler" (en allemand) et "Slangenarend" (en néerlandais) signifient "aigle des serpents". Dans les pays anglo-saxons, il a été baptisé Short-toed (Snake -) Eagle, autrement dit l'aigle des serpents à orteils courts.

    Le pourcentage des proies autres que des reptiles s'échelonne de 3,1 à 12,8 %. Il comprend surtout des Vertébrés: des mammifères comme le belette, le lièvre, le lapin, la taupe, ... des batraciens (crapaud commun) et grenouilles et, à titre anecdotique, quelques passereaux.

    La visite de ce magnifique rapace dans notre région est un évènement rare. Il faut dire que la nourriture ne manque pas dans la vallée du Bocq où carrières, éboulis, escarpements rocheux et l'ancienne voie ferrée sont autant de milieux fréquentés notamment par le lézard des murailles (Podarcis muralis), l'orvet (Anguis fragilis fragilis), la coronelle lisse (Coronella austriaca) et la couleuvre à collier (Natrix natrix).