Coléoptères

  • La Cicindèle champêtre (Cicindela campestris): un Coléoptère prédateur redoutable !

    Par une journée chaude de ce début du mois de mai, j'herborise le long d'un large sentier bien exposé au soleil. Le sol sec est caillouteux, argilo-sablonneux à certains endroits et suffisamment drainé. De chaque côté, c'est la chênaie sessiliflore qui s'arrête brusquement par des talus ocres, abruptes, où affleurent des grès, des psammites et des schistes. Ceux-ci sont envahis par une végétation herbacée et arbustive clairsemée. De petites oseilles (Rumex acetosella) tapissent une zone schisteuse, le genêt à balais (Cytisus scoparius) et le sureau à grappes (Sambucus racemosa) fleurissent. En ces lieux, mon intérêt se porte sur plusieurs luzules en fleurs. La luzule printanière (Luzula pilosa), la luzule multiflore (Luzula multiflora), la luzule des bois (Luzula sylvatica) et la luzule blanche (Luzula luzuloides) font mon bonheur. Alors que j'examine attentivement ces plantes, je suis surpris par le vol bruissant d'un insecte, si vif que je ne perçois au premier abord qu'une ombre verte retombant presque aussitôt dans la rocaille. Je m'approche doucement et je reconnais aisément l'élégante silhouette de la Cicindèle champêtre. Mais, ma parole, c'est un accouplement !

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 5 Mai 2013


    Ces Coléoptères sont superbes. Leurs élytres vert mat, cuivrés, présentent chacun six taches blanc ivoire. Le dessous de leurs corps est vert bleuâtre, brillant, rehaussé de pourpre. Leurs pattes luisantes sont violettes et leurs antennes sont cuivrées à la base. Quelle merveille !

     

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    Photo: Fr. Hela, Houyet (Celles), 28 Avril 2013.


    L'activité des Cicindèles est étroitement liée à l'ensoleillement. Privées du rayonnement solaire et de sa bienfaisante chaleur, elles perdent toute vivacité. Ce sont des Coléoptères carnassiers, redoutables prédateurs, qui s'observent habituellement dans des habitats ouverts. Ils montrent une attirance pour les sols sablonneux. Ainsi, dans l'ancienne sablière située à Celles (Houyet), ils abondent. En marchant lentement dans ces lieux magnifiques, on peut les voir courir souplement et vivement, leurs pattes longues et grêles paraissant à peine effleurer le sol.

     

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    Houyet (Celles): Vue sur la sablière Jean Marcaux.

    Photo: Fr. Hela, 28 Avril 2013


    Ce sont les plus vifs coursiers du monde des insectes, d'après M. Chinery (1993). La plupart des espèces volent bien, en faisant de longs bonds pour chasser moucherons et autres petits invertébrés sur le sol. Les Cicindèles s'envolent comme des mouches !

     

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    Cicindela hybrida courant au sol.

    Photo: Fr. Hela, Houyet (Celles), 28 Avril 2013


    Les mandibules puissantes et dentées de ces insectes retiennent l'attention. Les Cicindèles sont bien des chasseresses performantes ! Au niveau de la tête, on peut remarquer les yeux composés bien développés, très efficaces pour la chasse à vue. Les antennes sont implantées sur la face antérieure de la tête, juste sous les yeux.

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    Le corps des Cicindèles est quelque peu aplati et les taches couleur ivoire sur les élytres et à la base des mandibules semblent participer au camouflage de ces insectes.

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    Cicindela hybrida: Les zones des élytres marquées de blanc ivoire semblent casser la silhouette de l'insecte et lui assurent un excellent camouflage.

    Photo: Fr. Hela, Houyet (Celles) 28 Avril 2013.


    Prédatrices au stade adulte, les Cicindèles le sont également au stade larvaire. La larve de la Cicindèle champêtre vit dans un puits vertical, creusé dans le sol et, au fond duquel, elle aménage une petite chambre. Ce puits, situé le plus souvent au fond d'une légère dépression en forme d'entonnoir, a un diamètre de 3 à 6 mm, et une profondeur de 10 à 15 cm. A la surface du sol, celui-ci s'ouvre par un orifice parfaitement circulaire. La larve présente une morphologie assez particulière. Ses pattes, insérées latéralement, permettent un déplacement rapide sur les parois du puits. La partie supérieure de sa tête est aplatie et fortement chitinisée, de même que le premier segment thoracique (pronotum). Ses mandibules puissantes sont recourbées vers le haut.

    La larve de la Cicindèle chasse à l'affût, ancrée à la partie supérieure de son puits. L'ancrage est réalisé à la fois latéralement par les pattes et, dorsalement, par deux crochets situés au sommet d'une protubérance du cinquième segment abdominal.

     

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    La tête et le pronotum de la larve affleurent à la surface du sol, obturant le puits. Lorqu'un insecte ou un autre petit invertébré vient à passer au-dessus du piège, il est happé par les mandibules et prestement entraîné au fond du puits pour y être dévoré. Les proies dont la taille excède le demi-centimètre sont dédaignées, la larve préférant alors se terrer au fonds de son puits, par mesure de sécurité. Pour repérer et apprécier la taille de ses proies, la larve de Cicindèle dispose, sur chaque côté de la tête, de six stemmates, c'est-à-dire douze "yeux simples" (ceux-ci permettraient une vision efficace dans un rayon d'environ 5 cm). Après son repas, elle rejette les restes chitineux non digérés.

    Sauf lors d'accidents ou de dérangements, la Cicindèle ne change pas de terrier au cours de sa vie larvaire. A la fin de l'été, la larve se retire dans la chambre aménagée, au fond de son puits, après en avoir obturé l'entrée. C'est là qu'elle s'y métamorphose en nymphe. Celle-ci passera un hiver ou deux sous terre avant de se transformer finalement en un insecte parfait (l'imago).

     

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    La Cicindèle champêtre (Cicindela campestris)

    Photo: Nadine Pirlot, Houyet (Celles), 28 Avril 2013


    Dans notre région, la Cicindèle champêtre n'est pas un insecte rare, mais toujours localisé. Du fait de ses moeurs particulières, il ne peut prospérer que dans les endroits bien exposés, au sol suffisamment drainé et dont la compacité permet tant à la larve qu'à l'adulte, d'y creuser leurs terriers. On peut le rencontrer, d'avril à juin, dans les carrières, sur les sentiers forestiers bien exposés, à végétation limitée, dans les anciennes argilières ou sablières et, même, près des voies ferrées désaffectées ou non, comme à Yvoir, à proximité de la Maison des Jeunes. 

    En Belgique, existent d'autres espèces. Cicindela hybrida est assez commune, d'avril à août, dans les zones sablonneuses de tout le pays.

     

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    Photo: Nadine Pirlot, Houyet (Celles), 28 Avril 2013


    Cicindela sylvatica fréquente, de mai à juillet, les bois des régions aux affleurements sablonneux (Campine, Lorraine, Hainaut) et gréseux. Cette espèce plus grande que Cicindela hybrida est devenue très rare.

     

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    Cicindela sylvatica

    Photo: Lex Peeters, Hamont (Dg), 4 Août 2012


    Cicindela maritima, inféodée aux dunes du littoral et aux sables de la campine anversoise, est considérée comme très rare dans notre pays.


    Bibliographie:

    Auber L.: "Atlas des Coléoptères de France, Belgique, Suisse" Tome 1, Ed. Boubée, 1976

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1993.

    Evans G.: "The life of beetles", Ed. G. Allenaud, Unwin-London, 1975.

    Houvenaghe G.: "Les Cicindèles", in Naturalistes Belges 41-3, 1960.

    Paulian R.: "Atlas des larves d'insectes de France", Ed. Boubée, 1971.

  • Le Carabe des bois (Carabus nemoralis) un Coléoptère carnassier à l'Airbois (Yvoir)

    Profitant de cette belle journée printanière de ce 6 mars 2013,  je ratisse les feuilles de hêtres dans les pelouses de la ferme de l'Airbois, avant le retour du temps froid annoncé. Au pied d'une haie, un insecte terrestre apparaît, sans doute dérangé par mon activité. Ses déplacements sont extrêmement rapides et il n'est pas aisé de l'observer dans le détail. Malgré sa course rapide, je parviens à le capturer à la main et je le dépose dans une bassine vide à ma portée. Il se calme et je peux ainsi l'examiner et le photographier. Il s'agit d'un Carabe et, plus précisément, du Carabe des bois (Carabus nemoralis). Belle découverte !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 6 Mars 2013


    La détermination de ces Coléoptères repose en partie sur les côtes qui ornent les élytres, ainsi que sur les petites impressions punctiformes qui les marquent. Notre Carabe présente une couleur générale brune bronzée et un thorax violacé sur les bords. Ses élytres sont marquées de stries confuses et de rangées de petits points très superficiels.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 6 Mars 2013

     

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    Les élytres convexes du Carabe des bois (Carabus nemoralis) présentent des stries à peines indiquées et des points enfoncés régulièrement alignés.

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    Tête du Carabe des bois (Carabus nemoralis): antennes sur les côtés, entre les yeux composés et les mandibules, ainsi que les pièces bucales

    Photos: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 18 Juillet 2012


    Le Carabe des bois est un prédateur nocturne chassant, entre autres, limaces et vers. Le jour, il se met à l'abri sous les pierres, les tas de feuilles ou le bois pourri au sol. Les bois et forêts humides constituent ses habitats principaux.

    Les Carabes sont des Coléoptères carnassiers terrestres dont la taille varie entre 13 et 38 mm. Ils chassent leurs proies à la course, tant à l'état larvaire qu'à l'état adulte. Ils se reconnaissent immédiatement à leur corps ovale et convexe, à leurs longues antennes amincies attachées sur les côtés de la tête, entre les yeux composés et les mandibules, ainsi qu'à leur thorax élégamment découpé en coeur.

     

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    Le Carabe violet (Carabus violaceus), espèce plus grande, habitant aussi les bois et les forêts.

    Photo: Olivier Deplus, Morhet, 29 Juillet 2012


    Leurs élytres sont lisses ou, plus souvent, striés en long, rugueux, chagrinés. Ils sont noirs ou ternes et, plus fréquemment, d'un vif éclat métallique coloré. Chez ces insectes, il n'est pas rare de constater que les ailes menbraneuses, cachées au repos par les élytres et servant au vol chez d'autres Coléoptères, soient réduites ou absentes. Leurs élytres sont souvent soudées ensemble.

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    Le Carabe à reflets dorés ou cuivrés (Carabus auronitens) est une espèce spectaculaire. Ses pattes robustes indiquent une adaptation à la course pour chasser ses proies.

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    Carabus auronitens: tête et thorax

    Photos: Ludwig Jansen, Mol, 14 Novembre 2008.


    Les larves carnassières, protégées par une armure de couleur foncée, sont animées de mouvements rapides et adroits. Elles vivent dans le sol ou les souches d'arbres morts. Elles se nymphosent dans des logettes et les adultes éclosent généralement avant l'hiver pour ne quitter l'abri nymphal qu'au premier printemps.

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    La larve d'un carabe non identifié, prédatrice comme l'adulte.

    Photo: Arnaud Ville


    Les Carabes chassent en solitaire, surtout la nuit et par temps pluvieux, courant avec agilité sur les sentiers, entre les graminées, sur les talus, ... où abondent larves, vers et mollusques. Armés de leurs puissantes mandibules, ce sont de redoutables prédateurs, très utiles pour l'agriculteur ou le jardinier. Dans les lieux cultivés et les jardins, ils jouent un rôle indéniable en limitant les populations d'invertébrés indésirables.

     

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    Carabus granulatus est une espèce que l'on peut rencontrer de mars à septembre, dans les forêts, les bois, les marais, les prairies humides, sous les écorces des troncs abattus et les mousses, généralement à proximité d'eaux stagnantes.

    Photo: Marianne Horemans, Balen, 9 Juillet 2011


    D'après G. Boosten et G. Coulon, quatorze espèces de Carabes (Genre Carabus) sont présentes dans notre pays. Certaines d'entre elles sont très communes, d'autres sont rares ou extrêmement localisées.


    Bibliographie:

    Auber L.: "Atlas des Coléoptères de France, Belgique, Suisse", Tome I, Ed. Boubée, 1976

    Bootsen G. et Coulon G.: "Regards sur les insectes: les Carabidés", in Feuille de contact du C.R.A.S.E.N.

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1988.

    du Chatenet G.: "Guide des coléoptères d'Europe", Ed. Delachaux & Niestlé, 1986.

    Grootaert P., Baert L. et Dessart P.: "Une introduction à l'entomologie", Guide Exposition Insectes, Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, 1989.

    Paulian R. : "Atlas des larves d'insectes de France" Ed. Boubée, 1971.

    Robert P.-A.: "Les Insectes", Tome I, Ed. Delachaux & Niestlé, 1960.



     

     



  • Un Prione tanneur (Prionus coriarius) à Tricointe (Yvoir).

    Le prione tanneur est un Coléoptère vraiment impressionnant, puisqu'il peut mesurer jusqu'à 45 mm. Le 10 août dernier, un mâle est observé sur un vieux tronc de sureau noir (Sambucus nigra), en bordure d'une pinède.

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    Photo: Michaëla De Zolt-Sappadina, Yvoir (Tricointe), 10 août 2012.


    En 1767, Linné le nomme Prionus coriarius, en raison de l'aspect de son exosquelette de chitine rappelant la couleur et la texture du cuir. Le terme coriarius attribué à l'espèce provient du latin "corium" signifiant, en effet, la couche profonde de la peau qui donne le cuir, par tannage, chez les vertébrés. L'autre nom vernaculaire de l'espèce que l'on trouve parfois dans certains ouvrages, "prione coriace", viendrait d'une francisation erronée de corium. Dans le "Petit Robert", on peut lire que "coriace" du latin coriaceus (XVème siècle: corias) est un adjectif qualifiant une chair, une viande qui est dure comme du cuir !

     

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    Photo: Michaëla De Zolt-Sappadina, Yvoir (Tricointe), 10 Août 2012.


    Notre Coléoptère fait partie de la Famille des Cérambycidés, insectes élégants, aux formes sveltes et aux coloris variés. Appelés "longicornes" ou "capricornes", ils sont généralement reconnaissables à leurs antennes très développées.

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    Stenocorus meridianus est un très élégant Cérambycidé, aux antennes aussi longues que l'ensemble du corps.

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    Photos: Nadine Thonnard, Godinne, 26 Mai 2011.


    Ils vivent souvent dans les régions boisées. Les larves, du type éruciforme (1), se nourrissent exclusivement de matières végétales et sont principalement xylophages (2). Elles peuvent creuser leurs galeries dans le coeur des arbres, dans l'aubier ainsi qu'entre celui-ci et l'écorce. Elles s'attaquent le plus souvent aux arbres morts ou malades.

    Beaucoup de longicornes sont diurnes. Par temps ensoleillé, on les trouve sur les fleurs, surtout celles des Apiacées (Ombellifères), des Asteracées (Composées) et des Rosacées.

     

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    Dans notre région, la lepture tachetée (Leptura maculata) est fréquement observée sur les Ombellifères, par beau temps. Voici un accouplement.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Redeau), 21 Mai 2011


    Les espèces nocturnes restent cachées tout le jour et ne prennent leur essor qu'à la tombée de la nuit. C'est le cas du prione tanneur. Celui-ci peut occasionnellement être observé dans la journée, se reposant, à l'ombre, sur un tronc ou une vieille souche. Un certain nombre d'espèces stridulent, surtout lorsqu'on les saisit. Ce bruit est produit par le frottement de la base du pronotum (3) contre la partie médiane du mésonotum (4).


    Le prione tanneur, par sa taille et sa corpulence, est un des plus grands insectes de notre faune. Son corps robuste, brun foncé ou noir, est assez luisant. Le mâle possède de longues antennes composées de 12 articles (5), à bords externes saillants, en lames de scie. Sa face ventrale montre une pubescence courte et peu dense.

     

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    Prione tanneur mâle

    Photo: Michaëla De zolt-Sappadina, Yvoir (Tricointe), 10 Août 2012.


    La femelle, beaucoup plus grande, a des antennes plus minces et finement dentées. Sa face ventrale est glabre et dispose d'un oviscapte (6) qu'elle sort de son abdomen pour la ponte. Le pronotum présente des excroissances pointues chez les deux sexes.

     

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    Excroissances pointues du pronotum

    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 15 Juillet 2011.


    Le prione tanneur est une espèce active surtout au crépuscule, dans les bois et forêts. En vol, le mâle surprend par son aisance et sa rapidité.

     

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    Un accouplement

    Photo: Wilfried Van Heddegem, Opbrakel (Brakelbos) - Oost-Vlaanderen, 21 Juillet 2012.


    Après l'accouplement, la femelle pond ses oeufs dans du bois mort dépérissant ou dans de vieilles souches plus ou moins pourries, souvent dessous lorsque cela est possible. La larve se développe dans le bois mort et est xylophage. Au bout de 3 ou 4 ans, après avoir mué quatorze fois, elle mesure 5 à 6 cm de long et se construit alors une sorte de coque très résistante, constituée de particules de bois agglomérés et de terre mêlée. C'est dans celle-ci, qu'elle se nymphose et donnera, l'été suivant, un adulte parfait.

     

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    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 15 Juillet 2011.


    Dans nos forêts, il fut un  temps où des souches et des troncs d'arbres restaient le plus souvent au sol et y pourrissaient. Le prione était alors bien plus abondant. De nos jours, la mécanisation aidant, on nettoie beaucoup trop le sol de nos bois. Sur les sols forestiers, bois morts et souches dépérissantes sont pourtant insispensables au développement de notre Coléoptère et de certaines espèces de Cérambycidés devenues bien plus rares.


    (1) éruciforme (latin: eruca, chenille): en forme de chenille

    (2) xylophage: qui mange du bois

    (3) pronotum ou protothorax: pièce dorsale du premier segment thoracique, chez les insectes

    (4) mésonotum ou mésothorax: partie dorsale du segment du milieu du thorax, chez les insectes

    (5) articles: différentes parties des antennes des Arthropodes

    (6) oviscapte ou ovipositeur: organe de ponte


    Bibliographie:

    Auber L.: "Atlas des Coléoptères de France, Belgique, Suisse" Tome II, Ed. Boubée,   Paris 1976.

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, Paris, 1998.

    du Chatenet G.: "Coléoptères phytophages d'Europe", NAP Ed., Vitry-sur-Seine, 2000.

    Le Garff B.: "Dictionnaire étymologique de zoologie", Ed. Delachaux et Niestlé,         Paris, 1998.

    Reichholf-Riehm H.: "Insekten", Ed. Mosaik Verlag, Munich, 1983.


     

  • Splendides Coléoptères !

    Coléoptère remarquable par la beauté et l'éclat de son exosquelette de chitine, la Cétoine dorée (Cetonia aurata) apprécie les fleurs. Entre autres, celles des aubépines, des églantiers, du sorbier des oiseleurs, de la viorne obier et du sureau noir ont sa préférence. Cette année, elle est particulièrement abondante dans les jardins, les vergers et les clairières de bois de notre commune.

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, Mai 2011.

     

    La larve, dont le cycle s'étend sur deux ans, se développe dans les matières végétales en décomposition: terreau des arbres creux, compost des jardins, fumier et déchets organiques accumulés dans les grandes fourmilières en dôme...

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2011.

     

    Lors des journées chaudes de mai à août, la Trichie fasciée (Trichius fasciatus) visite jardins, prés et clairières, à la recherche de matières sucrées. Elle se pose sur diverses fleurs, notamment celles des marguerites, des Apiacées (Ombellifères) et des ronces, dont elle apprécie le nectar.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2011.

     

    Lors de journées plus fraîches ou nuageuses, cette petite cétoine s'enfonce plus avant dans les fleurs et reste immobile. Son revêtement pileux, léger sur les élytres mais très dense sur le thorax, lui donne l'allure d'un bourdon.

    La larve de ce Coléoptère vit deux ans et se nourrit de matières végétales en décomposition et, en particulier, du terreau des arbres creux. Pour se métamorphoser, elle se confectionne une coque dure avec des débris de bois agglomérés.

     

    Les Hannetons apparaissent aussi en mai et début juin. Le plus connu est, sans nulle doute, le Hanneton commun (Melolontha melolontha).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2011

    Long de 2 à 3 cm, le hanneton commun est recouvert de deux élytres brunes (ailes extérieures durcies) et a un "ventre" noir bordé de petits triangles blancs. Ses antennes se terminent par une superposition de lamelles.

    Les larves de cet insecte se développent sous la surface du sol durant trois ans. Après leur métamorphose, surgissent les adultes qui prendront leur envol au mois de mai. La vie de l'adulte est brève (entre une semaine et un mois). Son activité est crépusculaire et nocturne. Aussi, ces insectes, au vol lourd et maladroit, servent-il souvent de proies à la Chevêche d'Athéna (Athene noctua) ou aux chauves-souris (Grand murin Myotis myotis, sérotine commune Eptesicus serotinus, noctule Nyctalus noctula,...).

    Le hanneton des jardins (Phyllopertha horticola), beaucoup plus petit (environ 1 cm), apparaît lors des chaudes soirées de mai et de juin. Les femelles sont rapidement détectées et fécondées par les mâles qui volent très près du sol. La larve se développe sous terre durant deux ou trois ans avant de donner naissance à l'insecte parfait (imago).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 17 mai 2011.

     

     

     

  • Une rencontre avec le méloé, un Coléoptère original.

    Ce matin du 28 mars, sous l'action chauffante du soleil, le sol fume. Par cette belle journée qui s'annonce, plusieurs reines de bourdons, des abeilles solitaires et divers Diptères s'affairent autour d'un saule en fleurs. C'est un véritable ronronnement de bruissements d'ailes digne d'une journée d'été. Les pissenlits et les violettes odorantes fleurissent déjà. Au pied de la haie, des centaines de ficaires forment un tapis de corolles jaunes étoilées. Dans les hautes herbes, une grosse tête bleu foncé portant deux antennes renflées et coudées se faufile. Ah ! Voici une patte et une seconde qui amènent un thorax un peu plus étroit que la tête. La seconde paire de pattes passée, il y a un temps d'arrêt, ... Après quelques mouvements des antennes, l'insecte saisit sans empressement l'une des brindilles pour en commencer l'ascension. Il possède des élytres ! Mais, ceux-ci sont très courts, croisés à la base et baillés au sommet, laissant voir cinq à six segments abdominaux bleu métallique comme tout le reste du corps. Quel abdomen, cela n'en finit pas ! Est-ce un Coléoptère dont la brisure des antennes et les élytres atrophiées annonceraient un accident dans l'éclosion ? Pas le moins du monde, c'est une femelle de Meloe proscarabeus ou violaceus en parfait état.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), le 28 Mars 2011.

     

    Pour l'examiner de plus près, je prends en main cette femelle de méloé, à la démarche apathique malgré sa grande taille (36 mm). Elle se roule sur elle-même et de ses articulations suinte un liquide orangé qui a la même odeur que celui sécrété par les coccinelles ou le "crache-sang" (Timarcha tenebricosa), grande chrysomèle bien connue déambulant à cette saison le long des chemins, où poussent les gaillets dont elle se nourrit.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), le 28 Mars 2011.

     

    Original par sa forme, le méloé, Coléoptère que l'on rencontre peu souvent, est encore plus spécial de moeurs.

    Notre femelle cherche sans doute un mâle. Ses pattes et sa forte constitution ne lui permettent guère de parcourir de grandes distances. Elle ne s'écartera donc pas de l'endroit où elle a vu le jour. Lors de ses courtes pérégrinations, elle finira par s'accoupler avec un mâle qui lui sera inférieur par la taille et dont les élytres recouvriront un peu plus son abdomen.

    Une fois fécondée notre femelle va choisir pour pondre un endroit bien exposé au soleil où des abeilles solitaires établissent leurs galeries. Dans l'herbe, à proximité de fleurs printanières comme les pissenlits, elle creuse dans le sol quelques trous dans lesquels elle va déposer ses oeufs. Elle les recouvre ensuite d'un peu de terre. Au total, elle aura pondu trois à quatre mille oeufs ! Ces pontes se déroulent au printemps et les oeufs éclosent rapidement pour donner de minuscules larves jaunes pourvues de fortes griffes, les triongulins. Ces larves primaires grimpent alors sur les têtes des pissenlits ou d'autres fleurs printanières et attendent l'arrivée d'une abeille solitaire. Seul un petit nombre d'entre elles trouvent un hôte adéquat et les autres meurent. S'accrochant avec leurs pattes munies de griffes à la toison d'abeilles sauvages, les triongulins se font transporter jusqu'aux nids de celles-ci, où ils se laissent choir et cherchent un oeuf à manger. Ensuite, les larves de méloé se mettent  à dévorer les réserves de pollen et de nectar des abeilles. Après une série de mues, devenant de plus en plus semblables à un ver, avec un corps mou et des pattes réduites, les larves passent l'hiver en léthargie, sous forme de pseudo-chrysalide. 

     

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    Au printemps suivant, une nouvelle mue se réalise donnant un nouveau stade larvaire. Ensuite, après une courte nymphose, l'insecte parfait (l'imago) verra le jour en avril-mai.

     

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    Hypermétamorphose: les quatres stades dans le développement d'un Coléoptère Meloidae, d'après Fabre.

    A. Triongulin B. Larve secondaire C.Pseudo-chrysalide D. larve tertiaire