Coronelle lisse (Coronella austriaca)

  • Rencontre avec la couleuvre à collier (Natrix natrix).

    Spontin, le 30 juillet 2011.

    A partir du cimetière, j'emprunte un petit sentier ombragé qui me mène sur une sorte de plateau rocailleux parsemé d'un tapis de nombreuses plantes en fleurs et d'où je peux contempler l'ancienne carrière, au lieu-dit "La Rochette" ou "Les Roches". A ma droite, mon attention se porte sur une petite zone humide où croissent deux petits joncs: le jonc à tige comprimée (Juncus compressus) et le jonc à fruits luisants (Juncus articulatus). Je m'en approche doucement et, accroupis, je prends quelques photos de près de ces deux espèces. Là, à moins de cinq mètres de moi, une forme foncée allongée m'attire. A pas mesurés comme si je marchais avec des pattes de velours, j'arrive lentement sur les lieux. Quelle surprise ! Une couleuvre à collier de belle taille, lovée, me fixe de son oeil rond.

     

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 30 Juillet 2011.

     

    Elle bouge la tête dans ma direction et, mâchoires serrées, elle projette vers l'avant sa langue bifide plusieurs fois pour me sentir ou éventuellement me toucher. Celle-ci n'a évidemment pas pour fonction de piquer et est régulièrement sortie puis ramenée dans la bouche. A l'intérieur de celle-ci, les deux pointes touchent un appareil olfactif et gustatif, l'organe de Jacobson, dont les ouvertures sont situées dans le palais, et qui transmet les informations au cerveau.

     

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 30 Juillet 2011.

     

    Soudain, voyant que je me rapproche pour la photographier, elle bluffe pour m'intimider en dressant la tête, l'aplatissant et l'élargissant en triangle. A présent, elle souffle bruyamment et se met à donner des coups de museau sur l'appareil photo, sans ouvrir la gueule pour mordre. Se rendant compte probablement que ses postures ne m'impressionnent guère, elle se déroule entèrement et, comme un long ruban, disparaît rapidement dans la végétation (1). Sa taille voisine sûrement le mètre. D'ailleurs, c'est le plus grand de nos serpents, à l'âge adulte. Les mâles atteignent en général 90 cm de longueur, tandis que les femelles atteignent 120 cm. Des serpents de taille exceptionnelle (150 à 170 cm) ont été observé en Wallonie (E. Graitson, 2007).

     

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 31 Juillet 2011.

     

    La couleuvre à collier se reconnaît au premier coup d'oeil par la présence sur la nuque de deux croissants latéraux jaunes pâles, parfois blancs, rarement oranges. Ils sont bordés vers l'arrière par deux taches noires et se rejoignent habituellement pour former un collier clair, d'où le nom vernaculaire donné à ce serpent.

    La teinte générale de notre serpent est assez uniforme, mais varie d'un individu à l'autre. Le plus souvent, c'est le gris ou le vert olive qui domine; parfois aussi le brun jaune ou brun orange. On remarque assez souvent des taches diffuses foncées sur le dos et de petits traits verticaux noirâtres sur les flancs.

     

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 31 Juillet 2011.

     

    Son cou est bien marqué, le museau est court et légèrement tronqué. Des barres verticales noires sont présentes sur les écailles labiales, en-dessous de l'oeil qui est rond, ainsi que la pupille.

     

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    Photo: Michel Gijsemberg, Crupet, Avril 2010.

     

    La couleuvre à collier est tout-à-fait inoffensive pour l'homme ! Comme la coronelle lisse (Coronella austriaca), elle est dépourvue de dents spécialisées pour inoculer le venin (serpent aglyphe). Certaines couleuvres à collier, plus agressives, peuvent mordre, mais sans conséquences majeures.

    La couleuvre à collier se différencie de la coronelle par sa taille adulte nettement plus grande, par l'absence de trait foncé en travers de l'oeil et par la présence presque constante du collier clair sur la nuque, ainsi que les écailles carénées.

     

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    Coronella austriaca

    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), Juillet 2011.

     

    Elle se distingue de la vipère péliade (Vipera berus) par sa taille adulte très supérieure, par l'absence de bande sombre en zigzag sur le dos ainsi que par des caractères visibles de près, comme la pupille ronde et la présence de grandes plaques sur la tête.

     

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    Vipera berus

    Photo: J. Bultot.

     

    (1) Il arrive aussi que la couleuvre à collier simule à la perfection l'apparence d'un serpent mort. Elle se met alors sur le dos, ventre en l'air, la tête couchée sur le côté, la gueule ouverte et la langue pendante. C'est une attitude cataleptique qu'elle adopte parfois lorsque toutes ses postures d'intimidation sont épuisées. Au bout d'un moment, s'il ne s'est rien passé, elle se remet promptement sur le ventre et, profitant de l'effet de surprise, fuit rapidement sans demander son reste.

     

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    Photo: Y. Brunelli

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • La Coronelle lisse ou Couleuvre coronelle (Coronella austriaca), un serpent totalement inoffensif !

    Des trois serpents de notre faune, la coronelle lisse est la plus typique des coteaux secs. Elle recherche des endroits variés secs et ensoleillés, notamment les milieux rocheux, les carrières et les anciennes voies ferrées. Elle fréquente aussi les pelouses sèches, en particulier leurs lisières.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    Pour qui ne connaît pas cette couleuvre, elle ressemble de loin à la vipère péliade (Vipera berus) devenue extrêmement rare en Wallonie. Elle n'en a, en fait, que la taille et la couleur brune ou grise. La coronelle lisse est un petit serpent de 50 à 70 cm à l'âge adulte, atteignant rarement 80 cm. Son cou est mal défini et sa tête plutôt petite. Son dos est orné de deux rangées de petites taches foncées en général disposées par paires. Par comparaison, le dos de la vipère péliade présente une bande longitudinale caractéristique en zigzag continu. Les écailles dorsales de notre couleuvre sont lisses et non carénées d'où le qualificatifs "lisse" de son nom vernaculaire.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    Le critère le plus sûr de reconnaissance de l'espèce, outre son oeil typique de couleuvre (oeil rond et pupille ronde), c'est le trait sombre au niveau de la tête qui va du museau au cou, en traversant l'oeil.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    On remarque aussi, sur la nuque, une large tache foncée dessinant un croissant, une selle ou un "U".

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    La couleuvre coronelle est diurne. Assez lente, elle vit principalement au sol, mais elle peut grimper parfois aux buissons. Son observation à découvert est plus fréquente par temps assez couvert et lorsque l'humidité est élevée. Evitant de s'exposer aux heures les plus chaudes, le serpent est plus visible au début ou en fin des journées chaudes, ou bien lorsque le soleil réapparaît après une période de temps frais. Capturée, la coronelle se défend en sifflant et en mordant mais sans faire mal, vu la petite taille de sa tête. Elle est absolument inoffensive !!!

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    Sa présence est liée à celles des lézards et de l'orvet (Anguis fragilis fragilis) qui constituent sa nourriture principale. Son régime alimentaire se complète de petits rongeurs, d'insectes, de jeunes oiseaux au sol et de petits serpents, y compris ceux de sa propre espèce. Elle rentre en hibernation en octobre jusqu'au mois d'avril. La coronelle est la seule couleuvre européenne à être ovovivipare (les petits restent dans les conduits génitaux jusqu'à terme).

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    Dépassons nos peurs ! Si l'on parvient à poser un regard serein sur nos serpents, avec une envie de les connaître sans préjugés, on apprend qu'ils participent à la richesse de nos écosystèmes. En les observant attentivement et en les respectant, on découvre un monde fascinant et plein de surprises !

    Pour en savoir plus:

    * "Les Couleuvres et les Vipères" Ed. AtlasVisuels Payot Lausanne 1989.                    Série "Comment vivent-ils ?" Volume 22.

    * "Guide des Serpents d'Europe" U. Gruber Ed. Delachaux et Niestlé, Paris 1992.

    * "Amphibiens et Reptiles de Wallonie" J.-P. Jacob, Ch. Percsy et al. Ed. Aves-Raînne 2007

    * "Les Batraciens et Reptiles" (pour les plus jeunes) Ch. Guilleaume Guide de terrain à complèter et à colorier Reconnaître... Ed. de boek 2004.

    * "Réhabiliter les serpents"  Isère Conseil Général (F) Avril 2003 Conseil Général de l'Isère Service prospective et environnement Rue Jean Bocq 9 38000 Grenoble.