Euphraise raide (Euphrasia stricta)

  • Des plantes hémiparasites !

    Certaines plantes croissant dans notre région vivent en partie aux dépens d'autres espèces végétales. Si elles assurent une grande part de leur nutrition carbonée par la photosynthèse (elles sont vertes et possèdent des feuilles bien développées), elles prélèvent cependant l'eau et les sels minéraux présents dans les vaisseaux du xylème d'autres plantes. Ce sont des hémiparasites (à demi parasites). Le détournement des matières premières est réalisé par des suçoirs appelés haustoria (haustorium, au singulier).

    Celle qui nous est la plus familière est le Gui (Viscum album) qui se développe sur les branches de nombreux arbres, surtout celles des peupliers et des pommiers. Ses rameaux verts à feuilles persistantes, tant appréciés à la période du "Gui l'an neuf", montrent que cette plante parasite a gardé sa capacité de photosynthèse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Octobre 2011.

     

    Le Gui est donc partiellement autotrophe, c'est-à-dire qu'il ne dépend pas entièrement d'autres êtres vivants pour se nourrir. Par contre, il n'a pas de racines et vit obligatoirement ancré sur un arbre-hôte par un suçoir inséré dans une branche. Par l'intermédiaire de celui-ci, il prélève la sève brute de l'hôte nécessaire à une partie de sa nutrition. Il est hémiparasite, car il ne tire pas toute sa nourriture de son hôte, puisqu'il pratique la photosynthèse.

    Ce qui est moins connu, c'est que d'autres plantes vertes, aux feuilles bien développées et bien enracinées dans le sol, sont également hémiparasites. Elles semblent avoir une biologie normale, mais leurs racines établissent des connexions, par l'intermédiaire de suçoirs, avec celles des plantes voisines auxquelles elles prélèvent une part de leur nutrition.

    Chez nous, c'est le cas des Genres Euphrasia (Euphraises), Melampyrum (Mélampyres), Rhinanthus (Rinanthes ou crêtes-de-coq) et Odontites (Odontites), tous réunis dans la Famille des Scrophulariacées. Voici quelques espèces que l'on rencontre dans notre commune, avec des commentaires.

     

    De nos jours, il est moins fréquent de trouver l'Euphraise raide (Euphrasia stricta). C'est une petite plante de 10 à 30 cm de haut qui fleurit de juin à octobre, dans les pelouses sèches, les friches rocailleuses proches des carrières et dans la rocaille de certains chemins secs.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Juin 2011.

     

    On l'appelle aussi "casse-lunette". Le célèbre médecin et botaniste italien Matthiole (1501-1577) écrivait qu'elle était "singulière pour ôter tous les empêchements contraire à la vue" et que "si son usage se généralisait, cela gâterait par moitié le commerce des marchands de lunettes ..." Les études pharmacologiques ont effectivement confirmé l'action des Euphraises (notamment Euphrasia officinalis subsp. rostkoviana) sur les conjonctivites, le larmoiement, les ophtalmies légères et les orgelets.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne, 21 Août 2011.

     

    Euphrasia signifie en grec "joie", probablement la joie d'avoir recouvré la vue ! Les Euphraises sont des plantes hémiparasites sur les racines des Graminées et des Cypéracées.

     

    L'Odontite rouge (Odontites vernus), peu commune, fleurit de juin à octobre, au bord des chemins, dans certaines prairies ou pelouses fraîches, dans les friches et sur les chemins de halage, en bord de Meuse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne (chemin de halage en bord de Meuse), Août 2011.

     

    D'après François Couplan (2000), le nom scientifique Odontites viendrait du grec odontos, dent. Les plantes de ce Genre, d'après cet auteur, étaient censées aider à soulager les maux de dents.

    La Rhinanthe à petites fleurs (Rhinanthus minor) est appelée aussi "crête-de-coq", en raison de ses bractées vert sombre, à dents triangulaires. Assez rare dans notre région, elle fleurit de mai à septembre, dans les pelouses calcaires ni trop sèches, ni trop humides (espèce mésophile), les prairies fraîches à sèches, généralement non amendées, et en bord de chemins. Une belle station de cette plante peut être admirée dans un pré, à Tricointe.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Les espèces du Genre Rhinanthus sont des hémiparasites sur les racines des graminées et de diverses plantes herbacées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Juin 2011.

     

    Le Mélampyre des prés (Melampyrum pratense) est une espèce assez commune des forêts, des coupes et lisières forestières, des clairières, des landes ..., sur sols secs et siliceux. Son nom vernaculaire semble assez mal choisi, vu qu'il n'est pas fréquent de le trouver dans un pré ! Néanmoins, sur le site des Rochers de Champalle à Yvoir, j'ai pu l'observer en bordure d'une pelouse mésophile sur calcaire.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juin 2011.

     

    Normalement espèce de demi-ombre, le Mélampyre des prés fleurit de juin à août et est hémiparasite sur les racines de diverses plantes ligneuses. Les graines des Mélampyres, allongées et noires, ont à peu près la forme d'un grain de blé; rien d'étonnant donc à ce que melampyrum se décompose étymologiquement en melanos, noir et puros, blé (le blé noir).

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Juillet 2011.

     

    De juin à août, dans une friche argilo-calcaire bien exposée, au milieu d'un tapis dense de graminées, de gros épis pourpres violacés, lacérés de jaune vif, se dressent çà et là, à 30 cm au-dessus du sol. Ces inflorescences hautes en couleurs, à la fois vives et nuancées, sont celles des Mélampyres des champs (Melampyrum arvense). Devenue rare, cette Scrophulariacée s'observe encore en quelques endroits de notre région. C'est dans les friches, les pelouses sèches, voire sur les rochers calcaires comme à Champalle et, parfois, aux abords de cultures et de moissons, que ce magnifique Mélampyre pousse. Les sols riches en calcaire ont sa préférence.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Champalle), Juin 2011.

     

    Ses bractées florales, dans leur exubérance de forme et de couleur, font de loin passer l'épi pour une grosse fleur, ce qui permet, peut-être, à la plante d'attirer les insectes et lui a valu les noms de "rougeotte" et "queue de vache", dans certaines campagnes. Mais les fleurs sont à rechercher à la base de chaque bractée; leurs corolles généralement purpurines à gorges jaunes, parfois entièrement jaunâtres, sont enfoncées dans des calices pourpres, à dents à peu près égales entre elles.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Ce Mélampyre est hémiparasite sur les racines de diverses plantes herbacées. Celui-ci abondait jadis, surtout dans les champs de céréales. L'épandage d'herbicides est certainement la cause de sa rareté actuelle. On le retrouve aujourd'hui en marge de ces milieux. Sa répartition est devenue très discontinue.

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 2 Juin 2011.