Collybie à pied velouté (Flammulina velutipes)

  • La collybie à pied velouté (Flammulina velutipes), une espèce hivernale robuste.

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses renvoient le lecteur au petit glossaire, en fin de note.


    Pas de gelée, pas de neige, en ce mois de janvier 2012, mais une température anormalement douce et une humidité atmosphérique prenante. Tout suinte et, dans cette grisaille, seules, quelques fougères et mousses donnent, de-ci de-là, une touche de couleur verte au sous-bois. J'arpente le chemin de pierre qui monte à la ferme de l'Airbois, à partir du hameau de Tricointe. Au bout d'une certaine distance, à ma droite, celui-ci domine un bois en pente. Soudain, plusieurs sons forts crèvent le silence des lieux: "krukrukrukru" ! Un gros oiseau noir au bec jaunâtre, de la taille d'une corneille, passe entre les arbres. Il se pose sur un tronc tout proche et je peux entendre le bruit de ses griffes sur l'écorce. Ainsi, il se met à émettre plusieurs fois des sons plaintifs, à forte tonalité. C'est le pic noir, notre plus grand pic, qui exerce toujours sur moi un attrait particulier. Voilà qu'il s'envole et disparaît en reprenant cette fois les cris sonores qu'ils poussaient à son arrivée. Une petite bande de bouvreuils pivoines poussent de petits sifflements mélancoliques et, dans les cimes des arbres, quelques grosbecs cassenoyaux agités lancent leurs cris durs, brefs et perçants qui claquent comme de petites explosions. Mais, là, sur ce tronc, une lueur jaune orangé brille. Allons voir de plus près ! Ce sont des collybies à pied velouté, pardi !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 12 Janvier 2012.


    Détaillons à présent ce petit chef d'oeuvre de la nature ! Ce champignon possède un chapeau de consistance élastique. Il est d'abord convexe ou bombé, puis s'aplani avec l'âge. Il est lisse, visqueux, d'un jaune orangé extraordinaire et plus foncé au centre.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, Janvier 2011.


    Les lamelles blanc crème, maculées de roussâtre, sont arrondies, échancrées et peu serrées.

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    Le pied court et creux est un peu radicant (1). Il est jaune citrin, devient brun noirâtre à partir de la base et est velouté dans sa partie inférieure. 

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 12 Février 2011.


    La collybie à pied velouté a la particularité d'être typiquement hivernale, puisqu'on la trouve de décembre à mars. Ne pourrissant pratiquement pas, elle résiste aux grands froids et serait même capable de croître sous la neige ! C'est une espèce cespiteuse (2) venant sur le bois mort de divers arbres à feuilles. Elle apparaît souvent sur des vieilles souches, sur les troncs morts encore debouts, à plusieurs mètres du sol, sur le bois pourrissant enfoui et, parfois, sur des racines, au pied des arbres. Dans ce dernier cas, le sporophore (3) est relié aux racines par de longues "radicelles" ramifiées (rhizomorphes) ou croît à partir d'un "stolon" persistant et souterrain jouant le rôle de sclérote (4) (R. Heim, 1984).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 2 Janvier 2012.


    La classification des champignons est pour le moins complexe. En effet, les progrès dans ce domaine sont incessants. Les classifications traditionnelles sont, pour la plupart, largement périmées, voire erronées, en fonction de nouveaux acquis (découvertes en biologie moléculaire et approche phylogénétique du monde vivant). La collybie à pied velouté a été longtemps une espèce difficile à classer, d'après H. Romagnesi (1971). Quélet (1888) la range dans le Genre Pleurotus, ensuite, celle-ci se retrouvera dans le Genre Collybia. Enfin, Karsten et Singer (1962) créent pour elle des groupes spéciaux: les Sous-Genres Flammulina et Myxocollybia. Si, en langue française, cette espèce garde le nom de collybie, le nom scientifique de Flammulina velutipes semble être actuellement admis. Le genre Flammulina comprend des champignons collyboïdes, à stipes (ou pieds) souvent radicants, aux revêtements velus ou visqueux et à cystides (5) et spores particuliers. D'après R. Heim (1984), la coloration du chapeau de la collybie à pied velouté peut être fort variable, allant du blanc crème (variété lactea) au roux orangé (type rubescens). H. Romagnesi (1971) précise qu'on rencontre la variété lactea, dès la fin septembre, en touffes au pied des arbres.

     

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    Flammulina velutipes var. lactea.


    Considérée comme comestible médiocre en Europe occidentale, la collybie à pied velouté  fait pourtant l'objet d'une culture intensive au Japon (Enoki) ainsi qu'en Extrême-Orient. La consistance élastique du chapeau (après l'avoir nettoyé de sa viscosité) peut agrémenter un plat de riz (voir à ce propos le site www.lecoprin.ca/culture_fr.htm concernant les champignons de culture).

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, Janvier 2011.


    (1) Radicant: indique que le champignon est plus ou moins profondément enfoncé dans le sustrat par un prolongement de sa base (pseudorhize).

    (2) Cespiteux: se dit de champignons qui poussent en touffes.

    (3) Sporophore (du grec spora, ensemencement) est le terme adéquat pour nommer l'ensemble pied-chapeau. Par extension, ce terme est utilisé pour tous les mycètes développant un organe, le plus souvent aérien, émettant des spores à maturité (S. Claerebout, 2002).

    (4) Sclérote: Forme de résistance de certaines espèces se présentant comme une masse dure sclérifiée, souvent immergée dans le substrat. Dans certains cas, le sporophore se dévellope sur un sclérote.

    (5) Cystides: éléments stériles se trouvant au sein de l'hyménium (6) des Basidiomycotina. Les cystides du genre Flammulina ont la forme de bouteilles ou de cylindres ventrus, à parois minces.

    (6) Hyménium: On désigne sous ce mot la partie fertile du champignon, son assise formée par les organes produisant des spores (asques ou basides) et par les cellules stériles (paraphyses ou cystides) qui les accompagnent (J. Guillot, 1993).


    Bibliographie

    Bon M. - "Champignons d'Europe occidentale" - Editions Arthaud, 1988.

    Courtecuisse R. - Les champignons de France" - Editions Eclectis, 1994. 

    Gerhardt E. - "Champignons" - Editions Vigot, 2004.

    Guillot J. - "Dictionnaire des champignons" - Editions Nathan, 2003.

    Heim R. - "Champignons d'Europe" - Editions Boubée, 1984.

    Lange J.E. et M. - "Guide des champignons" - Editions Delachaux & Niestlé, 1983.

    Phillips R. - "Les champignons" - Editions Solar, 1981.

    Romagnesi H. - "Petit atlas des champignons" Tome 2 - Editions Bordas, 1971. 









     


  • Quelques merveilles mycologiques de ce mois de janvier 2011.

    Même lors des jours sombres où on a l'impression que le soleil a totalement disparu, sous la grisaille et la bruine, il y a des merveilles colorées à découvrir. Ce sont de véritables petites lumières qui vous réchauffent le coeur!

    La collybie à pied velouté (Flammulina velutipes) est l'une de celles-la. Resplendissante et survivant souvent au gel, cette collybie pousse en touffes parfois importantes sur le bois mort des feuillus, du printemps à l'automne.

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, le 21 janvier 2011.

     

    L'oreille de Judas (Hirneola auricula-judae) aime particulièrement les branches et le tronc des vieux sureaux noirs (Sambucus nigra). C'est un champignon gélatineux au sporophyte lobé, presque en forme d'oreille.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), le 27 janvier 2011.

     

    Le tramète versicolore (Trametes versicolor), dont le chapeau mince présente des zones concentriques claires et foncées d'un plus bel effet, croît en colonie sur le bois mort de feuillus.

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, le 21 janvier 2011.

     

    La trémelle mésentérique (Tremella mesenterica) garnit les vieilles branches d'un noisetier de ses sporophytes jaune d'or presque orangés.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), le 27 janvier 2011.

     

    L'amadouvier des pins, appelé aussi unguline marginée (Fomitopsis pinicola) est un très beau polypore. Il est commun surtout sur les résineux vivants ou morts. Ici, il pousse sur une souche de conifère.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), le 21 janvier 2011.