Frelon (Vespa crabro)

  • En cette fin d'été, si on parlait des Guêpes ...

    Depuis environ trois semaines, de nombreuses Guêpes visitent le seau dans lequel je dépose les déchets de légumes et de fruits. Ce sont des ouvrières en fin de vie qui errent çà et là, à la recherche de matières sucrées.

     

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    Des Guêpes communes (Vespula vulgaris) se nourrissant de matières sucrées.

    Photo: Marianne Horemans, Mol, 30 Juillet 2013


    Il faut dire que, sous nos latitudes, le déclin naturel des sociétés de Guêpes, en fin d'été et en automne, est inéluctable. En effet, après avoir abrité tout l'été des milliers d'ouvrières (femelles stériles), voilà que ce sont maintenant des mâles et des femelles qui éclosent en nombre, et peu d'ouvrières ! Alors que les accouplements ont lieu, les larves, dans les alvéoles, sont affamées et maigrissent, car la diminution du nombre d'ouvrières a une incidence négative sur l'élevage du couvain. Celles-ci ne peuvent plus alimenter toutes les larves, ou bien elles ne les nourrissent plus suffisamment. A l'intérieur du nid, beaucoup de larves périssent ou tombent hors des alvéoles, devenues trop grandes pour elles. Les ouvrières les prenant pour des déchets, les transportent hors du guêpier. C'est l'hécatombe ! Ensuite, la vieille reine, les ouvrières et les mâles meurent misérablement, ainsi que de nombreuses femelles fécondées ou non. Seules, quelques femelles vigoureuses ou chanceuses arrivent à trouver un abri pour l'hiver où elles viveront dans un état d'engourdissement. Ce sont elles, les reines, qui, au printemps, se metteront en quête d'un grenier abrité, d'un espace vide et bien sec sous quelques tuiles, d'un tronc d'arbre creux, d'une simple branche ou d'un trou dans la terre, afin d'y fonder une nouvelle colonie.

     

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    Guêpe germanique (Vespula germanica): une jeune reine.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 11 Septembre 2011


    Des Guêpes ! Voilà certes des insectes soi-disant connus de tous ! Malheureusement la réputation qui leur est faites partout est peu enviable. Cependant, si, comme des milliers de gens le font pour les abeilles domestiques, on renonce à la crainte qu'inspire leur aiguillon, si on les approche avec douceur et intérêt pour les observer, on constate alors que les guêpes sociales sont des insectes superbes, aux couleurs vives et tranchées !

     

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    La beauté d'une Guêpe commune (Vespula vulgaris).

    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 9 Janvier 2012


    Leurs moeurs sont des plus intéressantes, tout autant que celles de l'abeille domestique et des fourmis ! Les guêpes n'ont-elles pas employé bien avant nous la pâte de bois pour faire du papier ? Le grand naturaliste Réaumur (1683-1757), observateur si consciencieux des insectes, fut le premier, en Occident, à suggérer l'utilisation du bois pour la fabrication du papier. Celui-ci disait, en 1752: "Les guêpes nous apprennent à substituer le bois aux chiffons dans la fabrication du papier.".

     

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    Une reine de Guêpe moyenne (Dolichovespula media)

    Au printemps, une reine construit un nouveau nid, appelé aussi "guêpier". Le matériel utilisé est le bois, sec ou pourri, dont elle arrache les fragments aux troncs, aux piquets de clôture, aux poteaux et vieilles palissades en bois, ... Elle mélange ensuite ceux-ci à de la salive jusqu'à en faire une pâte à papier. C'est avec cette pâte qu'elle façonne les alvéoles et l'enveloppe externe du nid.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Avril 2011

     

     

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    Une Guêpe saxonne (Dolichovespula saxonica), en ouvrant et fermant alternativement ses mandibules, détache une lanière verticale et très mince de bois qui s'enroule, sous sa bouche, en une pelote grise, au fur et à mesure qu'elle descend.

    Photo: Luc Clarysse, Treignes, 30 Mai 2011


    Les Guêpes appartiennent à l'Ordre des Hyménoptères (2 paires d'ailes membraneuses), au Sous-ordre des Apocrites (abdomen et thorax finement resserrés à leur jonction), au groupe des Aculéates (ovipositeur transformé en aiguillon). Avec les polistes (Polistinea), les Guêpes forment la Famille des Vespidae qui compte 14 espèces en Belgique. Il est question ici des Guêpes dites "sociales" qui, comme l'abeille domestique, vivent en colonies. Parmi celles-ci, citons notamment la Guêpe germanique (Vespula germanica), la Guêpe commune (Vespula vulgaris), la Guêpe saxonne (Dolichovespula saxonica), ainsi que le Frelon (Vespa crabro), la plus grande espèce européenne. L'identification des différentes espèces repose sur la morphologie faciale (longueur des joues par exemple) et les motifs colorés du corps et de la tête.

     

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    La Guêpe germanique (Vespula germanica) est l'espèce la plus commune des zones tempérées, Amérique du Nord incluse. En Europe, on peut la rencontrer presque partout. L'ouvrière (10 à 19 mm) possède trois taches noires sur la face et quatre taches jaunes sur le thorax brun noir; l'abdomen est tigré de jaune. Les reines apparaissent dès la mi-mars et les ouvrières peuvent voler jusqu'à la mi-novembre. Le nid de couleur grise peut atteindre un diamètre de 30 cm et renfermer plus de 10.000 individus. Cette guêpe est une active prédatrice d'autres insectes, notamment des Diptères (mouches et moustiques) et de chenilles. En été, elle se nourrit aussi du nectar des fleurs et de la pulpe de fruits mûrs. C'est somme toute l'espèce la plus agressive.

     

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    Une reine de Guêpe germanique (Vespula germanica)

    Photo: J.-S. Rousseau-Piot, Strée, 15 Mai 2013


    La Guêpe commune (Vespula vulgaris), aux moeurs semblables à l'espèce précédente, s'en différencie toutefois par la bande noire en forme d'ancre sur la face. Le nid, jaunâtre, est construit dans le sol ou dans les habitations.

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    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 9 Janvier 2012

     

    La Guêpe saxonne (Dolichovespula saxonica) est surtout répandue dans les régions de collines boisées. La reine choisit pour édifier son nid un endroit abrité de la pluie, du vent et de la chaleur du soleil. Son choix n'est pas toujours heureux, en particulier lorsque le nid est exposé au regard de l'homme. En général, on trouve les "guêpiers" dans les toits ou les charpentes des maisons forestières, appentis, granges et autres édifices en bois. Ils sont parfois installés dans les tas de bois ou supendus à une grosse branche d'un arbre.

     

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    Photo: Marianne Horemans, Mol, 27 Juin 2013


    Avec ses 30 mm, le Frelon (Vespa crabro) est la plus grande et la plus impressionnante des guêpes européennes. Moins abondant que les autres guêpes, il fréquente surtout la campagne. Jusqu'en 1850, il n'était présent qu'en Europe. Grâce aux activités humaines, on le retrouve aux Etats-Unis et au Canada. Ses ailes sont rousses, son abdomen, pétiolé, est jaune orangé tigré de brun  et son thorax est foncé. Les reines volent à partir de la mi-avril, et les ouvrières sont actives jusqu'à la mi-septembre. Le nid mesure de 30 à 40 cm de diamètre et abrite quelques centaines d'individus. Le frelon est essentiellement un prédateur d'autres insectes qui chasse également la nuit. A la fin de l'été, on peut souvent l'observer sur des fruits tombés ou des composts, se nourrissant d'aliments liquides et sucrés. Une grosse population (500-600 individus) nourrit ses larves avec près d'un demi kilo d'insectes (parfois nuisibles et considérés comme indésirables par les humains) par jour ! Cela correspond à la consommation journalière de 5 à 6 familles de mésanges !

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 11 Mai 2011


    Le Frelon a une très mauvaise réputation. Pourtant moins agressif que ses congénères de petite taille, il ne pique que lorsqu'il se sent fortement menacé, près de son nid ou lorsqu'il pénètre, la nuit, dans les habitations, attiré par la lumière. Dans ce dernier cas, on peut se demander si son agressivité n'augmente pas à cause de l'agitation et la panique des humains ! Il est plus craintif et choisi toujours la fuite pour éviter un conflit. Dans beaucoup de régions du centre de l'Europe, il est en voie de disparition. En Allemagne, le Frelon est protégé par la loi, depuis le 1er janvier 1987.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 29 Avril 2011


    Rappelons ici la différence principale entre les Abeilles et les Guêpes. Celle-ci réside dans la nourriture que ces insectes donnent à leurs larves. Les Abeilles les nourrissent de nectar et de pollen. La matière première du miel, produit par l'Abeille domestique (Apis mellifera), en est le nectar sucré de végétaux, concentré par évaporation et chimiquement modifié par l'action des sucs digestifs incorporés lors des nombreux passages successifs dans les jabots des abeilles butineuses et des préparatrices de la ruche; en outre, les grains de pollen y sont toujours mélangés en quantité plus ou moins grande.

     

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    Abeilles domestiques (Apis mellifera)

    Photo: www.fr.wikipedia.org


    Si elles sont aussi friandes de liquides sucrés, les Guêpes nourrissent essentiellement la génération future de proies, telles que chenilles et autres larves, mouches (90% chez le Frelon) ou divers insectes. Dans une certaine période de leur vie, ce sont donc des insectes bien utiles !

     

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    Photo: www.commons.wikimedia.org


    Les guêpes réagissent très vite à un geste brusque. Cependant, si vous avez les nerfs solides, vous pouvez impunément en laisser une se poser, par exemple, sur votre main. Elle lèchera votre peau de sa longue langue, en vous titillant de ses antennes ! Si vous restez calme, elle s'en ira sans vous piquer. Henri de Saussure écrivait: " Si les guêpes piquent, c'est toujours par voie de représailles; tantôt c'est pour leur défense personnelle, tantôt c'est par vengeance. Dans ce dernier cas, elles poussent l'ire jusqu'à prendre l'offensive et à poursuivre leur ennemi. Mais tant qu'on ne les agace pas, on peut en toute sécurité, leur permettre même de se promener sur son visage ou sur ses mains. Elles ne piquent jamais, tant qu'on se tient immobile ou qu'on se meut avec lenteur; mais au moindre mouvement qui les effraie, elle réponde par un coup d'aiguillon. Les gens chez qui la vue de ces insectes excite une terreur ridicule, et qui cherchent à les chasser loin d'eux par des mouvements provocateurs, sont précisément ceux qui se font piquer, tandis que ceux qui leur laissent la liberté de se mouvoir autour de leur personne ne le sont jamais, au grand étonnement des premiers."

    Il faut, cependant, rester prudent. Le véritable danger, avec les abeilles et les guêpes, ce sont les réactions anaphyllactiques: certaines personnes, après une première piqûre, deviennent très sensibles au venin de ces insectes au point qu'une seconde piqûre peut les plonger dans le coma ou entraîner leur mort. Des attaques massives, avec piqûres nombreuses à la tête, peuvent être également fatales. Le danger est réel, mais il ne faut ni l'exagérer, ni en ressentir une peur panique. Aux Etats-Unis, on compte en moyenne 50 victimes par an, pour une population d'environ 200 millions d'habitants ! Le danger est donc infiniment moindre que celui de se faire renverser par une voiture en traversant une rue ! (P. Dessart - 1981)

    En conclusion, les Guêpes méritent un respect raisonné. Il ne faut donc les combattre que lorsque c'est absolument nécessaire !