Germandrée petit chêne (Teucrium chamaedrys)

  • Des Orobanches du genêt (Orobanche rapum-genistae) à Evrehailles (Bauche) !

    Le 15 mai 2014, je choisis un chemin creux, boisé et assez frais, qui me mènera dans une partie du Bois de Ronchinne. Après une montée assez forte, celui-ci rencontre un sentier entretenu par la Compagnie des eaux, assez large et caillouteux. Sur ma gauche, il part vers un point de vue sur le hameau de Bauche, mais reste en hauteur, à flanc de colline. Il est bordé de part et d'autre par une chênaie sessiflore très lumineuse. Le caractère thermophile du lieu est indéniable, le soleil chauffe et je sue ! Le versant exposé que traverse le sentier est occupé principalement par le Chêne rouvre (Quercus petraea) et le Bouleau verruqueux (Betula pendula). La dominance du Chêne rouvre est caractéristique  des sols forestiers secs et caillouteux dans la région. La présence du Sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), de la Bourdaine (Frangula alnus), de quelques Néfliers (Mespilus germanica), de Pommiers sauvages (Malus sylvestris), ainsi que de quelques herbacées typiques m'indiquent le caractère acide du substrat. Sur ma gauche, là où le versant s'arrête à cause du sentier, je remarque de petites "falaises" abruptes, de plus ou moins 70 à 90 cm de haut, montrant une roche mère composée de schistes et de psammites. A la lisière de la chênaie, sur le dessus de ces "falaises", de nombreux Genêts à balais (Cytisus scoparius) sont en fleurs et, parmi eux, se dressent d'étranges épis de couleur brun rougeâtre, parfois assez haut (70 à 80 cm). Intrigué, je m'approche et je découvre une station magnifique d'Orobanches du genêt (Orobanche rapum-genistae).

    Orobanche rapum-genistae Evrehailles (Bauche) 15-05-14 U.JPG

    Photos: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 15 Mai 2014

     

    Cette espèce, en régression dans nos régions, est devenue rare ! Elle parasite le Genêt à balais et, parfois, d'autres petits genêts du Genre Genista et des Ajoncs (Ulex sp.), dans les landes, les friches ou en lisières forestières, sur des sols acides. Elle fleurit en mai et juin.

    Cytisus scoparius Yvoir 18-4-11.jpg

    Le Genêt à balais (Cytisus scoparius), l'espèce préférée de notre Orobanche

    Cytisus scoparius C.jpg

    Photos: Fr. Hela, Mai 2014

    Les Orobanches sont dépourvues de chlorophylle. Ce sont des plantes holoparasites, c'est-à-dire parasites au sens strict. Leurs feuilles sont réduites à des écailles blanches ou colorées diversement. Elles enfoncent des suçoirs dans les racines de plantes hôtes chlorophylliennes détournant à leur profit l'eau, des ions minéraux et des substances organiques contenues dans la sève brute et la sève élaborée de leur victime. "L'organisation florale de ces plantes hétérotrophes révèle pourtant leur parenté avec des plantes autotrophes, ce qui conduit à penser que ces végétaux ont perdu la faculté de synthétiser la chlorophylle à un moment de leur évolution. Ces plantes sont- elles devenues parasites à la suite de la perte de chlorophylle, ou bien le fait pour elles d'être parasites aurait- il permis (ou provoqué) cette transformation ? " Tel est la question sans réponses que se posent M. Bournérias et Ch. Bock (2006) et d'ajouter que les descendants d'une plante verte perdant leur autotrophie sont condamnés s'ils ne sont pas assurés d'une autre source de nourriture !

    Orobanche teucrii Fonds de Leffe 25-06-13.JPG

    Voici une Orobanche de la Germandrée (Orobanche teucrii), plante hétérotrophe, consommant les substances organiques élaborées par la Germandrée petit chêne (Teucrium chamaedrys), plante autotrophe, puisant directement dans le milieu environnant les éléments nécessaires à sa nutrition. L'assimilation chlorophyllienne effectuée par les plantes vertes à partir du CO2 de l'air et de l'eau est l'exemple le plus évident de l'autotrophie.

    Teucrium chamaedrys Feuilles S.jpg

    Photos: Fr. Hela, Dinant (Fonds de Leffe), 25 Juin 2014

     

    Beaucoup d'Angiospermes parasites s'attaquent à une large gamme d'hôtes. C'est le cas de nombreuses Cuscutes (Cuscuta div.) ou de l'Orobanche du trèfle (Orobanche minor), très ubiquistes. Par contre, l'Orobanche du Gaillet (Orobanche caryophyllacea) ne peut se fixer que sur des Rubiacées et l'Orobanche du lierre (Orobanche hederae) est étroitement inféodée à un hôte déterminé, Hedera helix (le lierre).

    Orobanche caryophyllacea Lustin 8-04-14 B.JPG

    L'Orobanche du Gaillet (Orobanche caryophyllacea) ne peut se fixer que sur les Rubiacées, ici le Gaillet mollugine ou "caille-lait blanc" (Galium mollugo).

    Photo: Fr. Hela, Lustin (Profondeville), 8 Avril 2014

    Orobanche hederae Lustin 10-05-14 A.JPG

    L'Orobanche du lierre (Orobanche hederae) est étroitement liée au Lierre (Hedera hélix)

    Photo: Fr. Hela, Lustin (Profondeville), 10 Mai 2014

     

    M. Bournérias et Ch. Bock (2006) se pose à nouveau la question suivante: Comment le parasite peut-il rencontrer sa "victime" ? Ces auteurs, dans un ouvrage intitulé "Le Génie des Végétaux - Des conquérants fragiles" expliquent que seules ont quelque chance de réussite les plantes produisant un nombre considérable de graines. Ces graines (moins de 0,5 mm) sont généralement très légères. et, chez les orobanches, elles forment une poudre impalpable disséminée par le vent. Une fois au sol, ces graines ne germent qu'en présence de substances chimiques sécrétées par les racines de l'hôte; encore faut-il que la distance de ces dernières avec la graine du parasite ne soit pas trop grande,  c'est-à-dire de l'ordre du centimètre.  C'est donc, concluent M. Bournérias et Ch. Bock, essentiellement l'abondance des semences qui permet la survie de ces parasites !

     

    Orobanche rapum-genistae Evrehailles  (Bauche) 15-05-14 V.JPG

    L'Orobanche du genêt (Orobanche rapum-genistae)

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 15 Mai 2014

     

    La détermination des orobanches n'est pas toujours aisée. Il est important, surtout lorsque l'on ne connaît pas l'identité de la plante parasitée, de regarder attentivement la couleur de la tige, de la corolle et des stigmates, le niveau d'insertion des étamines et la forme des lèvres de la corolle. Notre Orobanche du genêt est pérennante. Elle passe l'hiver à l'état d'organe souterrain tubérisé, un bulbe qui contient des réserves notamment sous forme d'amidon. Sa tige pâle et plus ou moins charnue est recouverte de feuilles réduites à des écailles alternes.

    Orobanche rapum-genistae Evrehailles (Bauche) 15-05-14 Z.JPG

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 15 Mai 2014

     

    L'inflorescence en épi est composée de corolles campanulées, plus ou moins régulièrement arquées, longues de 17 à 25 cm, de couleur rouge brun ou, parfois, jaunâtre. La lèvre inférieure de celles-ci est ciliée et glanduleuse, parfois de façon éparse. Le filet des étamines est inséré à moins de 2 mm au-dessus de la base de la corolle et les stigmates sont jaunesIMG.jpg

    Orobanche du genêt : corolle et insertion des étamines

    Dessin extrait de l'ouvrage à propos des Orobanches de C.A.J. Kreutz (1989)