Citron (Gonepteryx rhamni)

  • Apparitions remarquées de Grandes Tortues (Nymphalys polychloros)

    Au début de ce printemps, lors des premières journées plus chaudes, quelques papillons apparaissent. La plupart d'entre eux ont passé l'hiver au stade imago (terme scientifique désignant l'insecte à l'état parfait). Ainsi, le Citron (Gonepteryx rhamni) hiberne en plein air, sur un rameau, proche du sol, dans un fouillis de ronces ou dans un épais tapis de lierre, au pied d'un arbre. Il est, en général, le premier "papillon diurne" que l'on voit, parfois dès le mois de février, par temps doux.

     

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    Photo: Fr. Hela, Arbre, 24 Mars 2012.

     

    Lors de journées ensoleillées, le Paon-du-jour (Aglais io) vole fin février et en mars, après avoir vécu la mauvaise saison dans la cavité d'un arbre ou d'un rocher, sous la charpente d'une grange ou dans le grenier d'une vieille bâtisse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, 23 mars 2012.

     

    Le Robert-le-Diable (Polygonia c-album) se met à voler en bordure des lisières couvertes de buissons, le long des chemins forestiers et dans les clairières.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 16 Mars 2012.

     

    Au début du mois d'avril, alors que les cardamines des prés (Cardamine pratensis) et les alliaires (Alliaria petiolata) montrent leurs premières fleurs, l'Aurore (Anthocaris cardamines) émerge de sa chrysalide et parcourt ensuite les endroits ouverts et fleuris.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 6 Avril 2012.

     

    C'est durant cette période que l'on peut aussi observer les "Tortues" ! Si la Petite Tortue (Aglais urticae) est un papillon assez bien connu et certainement bien répandu, il n'en est pas de même pour la Grande tortue (Nymphalis polychloros), en forte régression sur notre territoire. En ce début de printemps 2012, l'apparition régulière de ce Nymphalide est remarquable ! C'est surtout dans la vallée du Bocq qu'il est observé, notamment à Evrehailles (Bauche), à Durnal, à Purnode et à Spontin. 

    La Petite Tortue, assez commune, ressemble à la Grande Tortue, mais est toujours nettement plus petite (envergure: 44 à 50 mm) et d'un brun orange plus vif. Elle possède en outre une tache blanche à la pointe des ailes antérieures et des taches marginales bleues sur les quatre ailes. Lorsqu'elle plie ses ailes à la verticale, le dessous de celles-ci est brun foncé avec une zone jaunâtre vers la marge. La Petite Tortue, visite assidûment les premières fleurs, ce que la Grande Tortue ne fait pratiquement jamais.

     

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    Les premières chaudes journées de février et mars, chassent la Petite Tortue (Aglais urticae) de son refuge hivernal (dans des cavités diverses, des hangars, des caves, sous des avant-toits, ...). Au début, elle suce le sol humide, puis, un peu plus tard, profite du tussilage (Tussilago farfara) et d'autres plantes précoces.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 18 mars 2012.

     

    La Grande Tortue (Nymphalis polychloros) est sensiblement plus grande (envergure: 50 à 63 mm), a des taches bleues seulement sur les ailes postérieures et ne possède pas une tache blanche à la pointe des ailes antérieures. Le dessous des ailes est brun foncé avec une bordure gris bleu. Le papillon paraît plus terne et moins contrasté.

     

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    Photo: Jean-François Pinget, Spontin, 22 Mars 2012.

     

    Les moeurs de la Grande Tortue ressemblent beaucoup à ceux du Morio (Nymphalis antiopa), devenu aussi très rare chez nous. Les adultes des deux espèces hibernent dans les grottes, dans les granges à foin et dans les greniers des maisons de campagne. Dans la littérature, on trouve aussi d'autres lieux d'hibernation: sous des tas de branches et des troncs d'arbres en voie de décomposition, gisant au sol, ou dans des souches pourries surplombant des talus.

     

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    Le dessin de la Grande Tortue est extrait d'un ouvrage à propos des papillons, paru aux éditions Grund (1986)

    La photo du Morio (Nymphalis antiopa) provient du site Wikipedia - The Free Encyclopedia.

    Chez ces deux espèces, les sexes sont semblables.

     

    La Grande Tortue apparaît souvent dès le milieu du mois de mars. Elle vole toujours non loin des forêts feuillues. Elle fréquente les trouées et coupes forestières, les prés enclavés, ainsi que les carrières proches des bois. Elle aime s'exposer aux premiers rayons du soleil, les ailes étalées, posée sur un tronc d'arbre, un rocher, une butte de taupinière ou sur le sol d'un chemin caillouteux.

     

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    Photo: Jean-François Pinget, Dinant (Réserve naturelle de Devant-Bouvignes), 21 Mars 2012. 

     

    D'après certains auteurs, elle visite aussi les vergers où, en automne, elle suce les fruits blets. L'observation de ce papillon sur les fleurs est occasionnelle. Toutefois, au printemps, elle semble apprécier les chatons de fleurs du saule marsault (Salix caprea).

     

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    Photo: Fr. Hela, Annevoie, 17-03-12

     

    La femelle choisit, entre autres, l'écorce de rameaux anciens de ce saule pour pondre 70 à 80 oeufs à la fois (exceptionnellement 120). Les chenilles sont grégaires. Dans les clairières et le long des lisières, on les trouve sur le saule marsault (Salix caprea) et le merisier (Prunus avium). On les a également observées sur des cerisiers, des pommiers, des poiriers et des ormes. Dans le sud de l'Europe, elles se tiennent sur le charme houblon (Ostrya carpinifolia) et le micocoulier (Celtis australis). A la fin de leur croissance, les chenilles quittent l'arbre nourricier et se fixent généralement près du sol, sur des branches sèches, des clôtures ou, parfois, sur les saillies d'un bâtiment. La métamorphose dure deux à trois semaines.

    Alors que ses plantes hôtes sont partout présentes (c'est le cas notamment du saule marsault), la Grande Tortue, jadis assez commune, s'est considérablement raréfiée. Le traitement par les pesticides des cerisiers et autres arbres fruitiers ainsi que, dans une moindre mesure, le manque de quartiers d'hiver favorables dans certaines région de Wallonie, semblent être les causes de ce déclin. 

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Le citron (Gonepteryx rhamni), un papillon robuste !

    A présent, le citron fréquente nos lisières, nos forêts claires et nos fourrés à proximité des bois. C'est un pollinisateur zèlé qui vient volontiers dans les jardins.

    La vie de ce papillon peut durer presqu'une année. En hiver et en été, il réduit ses fonctions vitales au minimum. Il passe l'hiver en plein air, par exemple, dans un épais tapis de lierre, au pied d'un arbre. Il se protège du gel en se déshydratant. Certains auteurs disent même qu'il sécréterait une sorte d'anti-gel durant cette période !

    Au printemps, avec le paon du jour (Inachis io) et la petite tortue (Aglais urticae), le citron est un des premiers papillons à apparaître, parfois dès la fin du mois de février, par temps doux. Il est très robuste face aux intempéries.

    L'accouplement se déroule après l'hiver. Il est précédé d'un vol nuptial. Voici une femelle qui butine les fleurs d'une corydale solide (Corydalis solida). Celle-ci est convoitée par trois mâles pratiquant en commun un vol dansant à proximité.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Evrehailles), Mars 2011.

    La femelle délimite un territoire de ponte composé de un à trois buissons de bourdaines (Frangula alnus) ou de nerpruns purgatifs (Rhamnus cathartica). Elle marque, paraît-il, les bourgeons à l'aide de glandes odoriférantes, afin de retrouver ses arbustes. Le mâle est jaune citron vif, tandis que la femelle est blanchâtre, teintée de verdâtre.

     

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    Gonepteryx rhamni - Mâle

    Photo: Nadine Thonnard, Godinne, Juillet 2011.