Héron cendré (Ardea cinerea)

  • Spectacle annoncé dans la petite héronnière de l'île d'Yvoir, en Meuse !

    C'est encore l'hiver, en cette mi-février et il peut encore être rude ! Pourtant, sur l'île d'Yvoir, en Meuse, le spectacle annoncé va prendre forme au fur et à mesure que l'on se rapproche des beaux jours. La héronnière, silencieuse à la mauvaise saison, va s'animer à nouveau ! Je suis prêt afin d'assister, aux premières loges, à cette représentation que les Hérons cendrés (Ardea cinerea) donnent chaque année, à pareille époque. Les journées se rallongent, ce qui déclenche chez ces grands oiseaux des comportements prénuptiaux. En général, à partir du 15 février, les hérons reviennent de temps à autre se reposer sur les nids des années précédentes ou à proximité, surtout par temps ensoleillé et peu venteux.

    Ardea cinerea Jambes 10-02-15 A.JPG

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Février 2015

     

    Le nombre de silhouettes immobiles se renfrognant, têtes et becs entre les épaules, augmentent de jour en jour sur les aires de nidification et leurs abords. D'autre oiseaux, ressemblant à de longues formes pétrifiées, la plupart en équilibre sur une jambe, sont bien visibles sur les gros cailloux qui affleurent, au bord de l'île. Rien ne bouge !

    Ardea cinerea Barrages de l'Eau d'Heure (Lac de Falemprise) 17-01-15.JPG

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Février 2015

     

    Cette fois,une des formes immobiles a le cou dressé. Un héron se penche lentement vers l'eau, cou à demi replié. Pendant plus de deux minutes, il demeure dans cette position. Je peux voir son œil fixe. A t'il repéré une petite proie ? Brusquement, il a un petit poisson frétillant au bout du bec. Son harponnage a été si vif qu'il m'a complètement échappé ! La proie avalée, il ouvre ses larges ailes grises et noires et, à grands coups de rames, il va rejoindre la compagnie plus en hauteur, non sans s'annoncer avec des cris rauques.

    Ardea cinerea R. Dumoulin A.jpg

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Petit à petit, les mâles adultes prennent possession des nids existants les plus élevés et les plus grands. Ils s'y installent alors en permanence. Peu à peu, l'occupation se complète et les retardataires, les plus jeunes, n'ont parfois plus de vieux nids à disposition et doivent essayer de construire à neuf, mais les bonnes places manquent. A partir du mois de mars, la cité des Hérons cendrés devient un théâtre fantastique. Les acteurs aux parures flottantes se livrent avec frénésie à d'étranges postures ponctuées de sons gutturaux. Les plumes de la crête et celles, ornementales, du dos s'allongent nettement en une dizaine de jours  (J.-Y. Berthelot, 1991). Les pattes, le bec et l'iris deviennent rouge orangé et les lores bleuissent.

    Ardea cinerea R. Dumoulin B.jpg

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Encore solitaire sur son perchoir, le héron mâle cherche inlassablement par ses cris et ses gestes a attirer une femelle sur le nid. J.-Y. Berthelot (1991) distingue deux postures d'appel du mâle. Dans la première (Fig. 1), il tend lentement le cou vers le ciel, bec plus ou moins vertical, corps dressé, pattes raidies, crête et plumes aplaties. L'oiseau, grandi à l'extrême, se tient comme une flèche dressée au centre du nid. Puis, il s'accroupit en râlant, fléchissant les pattes, recourbant le cou en arrière pour que le bec, ventral, reste bien central lors de l'abaissement. Ce rituel, effectué fréquemment et répété après une pause, semble être le plus caractéristique de la parade nuptiale du Héron cendré. 

    Ardea cinerea Parades Dessins.jpg

    Figure 1.

    L'autre posture d'appel (Fig. 2), cou tendu vers le bas avec clappement bref des mandibules, s'accomplit généralement vers le bas (a), parfois à l'horizontale(b) ou plus rarement vers le haut (c). Dans le cas de la posture vers le bas (80% des cas), l'oiseau semble fixer un point sous lui, tend lentement le cou en fléchissant les pattes et décoche soudain, complètement tendu, un cou de bec terminal avec clappement, gorge et crête bien ébouriffées.

    IMG 7.jpg

    Les Figures 1 et 2 sont extraites d'un article à propos de l'évolution de la parade nuptiale des Ardéidés, par J.-Y. Berthelot, dans les Cahiers d'Ethologie appliquée, 11(4),1991, pages 401 à 407, Travaux de l'Institut de Zoologie de l'Université de Liège (Service d'Ethologie et Psychologie animale - Musée de Zoologie - Aquarium.

     

    Lorsqu'un autre héron s'approche, cessant d'appeler, le mâle va réagir agressivement, huppe levée, ailes entr'ouvertes et plumes gonflées. Il projette le cou dans sa direction et ouvre le bec en poussant un "gooo..." menaçant. S'il s'agit d'un mâle intrus, il s'enfuirait ou menacerait aussi ! Par contre, si c'est une femelle intéressée, elle insistera pour venir à ses côtés et révèlera ainsi son sexe. Aussitôt, le mâle ajoute à ses démonstrations une parade de révérence: courbette des jambes avec cou tendu abaissé et huppe hérissée avec des claquettes de mandibules pour conclusion (P. Géroudet, 1978) . Il pique des branchettes, son agressivité diminue et accepte finalement la femelle sur le nid.

    101369140.jpg

    Photo: David de Boisvilliers - www.daviddbphotos.canalblog.com

     

    Le début des noces commence. Désormais, tous deux prennent contact, se tâtent du bec, saisissent des matériaux, ce qui hausse leur excitation mutuelle jusqu'à l'accouplement: le mâle saute sur le dos de la femelle, où il se maintient avec les ailes ouvertes et une prise du bec derrière son cou.

    Ardea cinerea R. Dumoulin C.jpg

    Photos: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    En alternance avec ces rites, vous pourrez observer encore de brèves envolées circulaires autour de la héronnière, des bagarres criardes, rarement des rixes sérieuses entre rivaux ainsi que diverses expressions vocales. Sitôt le couple formé, l'activité de construction ou d'aménagement des nids se précipite et, d'après P. Géroudet (1978), elle se poursuit même durant la nuit. La recherche et le transport des matériaux incombent avant tout au mâle, la femelle se contentant de les recevoir et de les arranger. Enfin, d'habitude en mars, le premier œuf bleu verdâtre est pondu et la couvaison peut commencer. La génération future est annoncée !

    Ardea cinerea Adulte au nid Yvoir (île) 12-04-13.jpg

    Femelle couvant

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (île sur la Meuse), 12 Avril 2013

     

    Pour assister à ce spectacle fascinant, munissez-vous de jumelles ou d'une lunette d'approche ! A partir d'un tronçon du chemin de halage, entre l'avenue Doyen Roger Woine et l'embouchure du Bocq, en face de l'île d'Yvoir, vous serez aux premières loges.

     

    Ardea cinerea Camargue (Parc ornithologique de Pont de Gau) (F), Mai 2014 Carole Fourmarier.jpg

    Adulte et grands jeunes au nid

    Photo: Carole Fourmarier, Parc ornithologique du Pont de Gau (F), Mai 2014

     

    Les Hérons cendrés bâtissent leurs grands nids au vu de tous, dans les cimes des arbres, bien avant la repousse des feuilles. Ils s'y accouplent et nourrissent leurs jeunes. Il est donc spectaculaire d'observer le va-et-vient et les cris de ces grands oiseaux, mais à bonne distance, car une intrusion trop proche ou sous les nids provoque des envols effrayés souvent néfastes pour les couvées. Observer et respecter, voilà la devise du naturaliste ! Qu'on se le dise !

     

    Ardea cinerea R. Dumoulin.jpg

    Le Héron cendré, un oiseau fascinant, qui mérite notre respect !

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Les hérons blancs explorent notre région

    Non, vous n'êtes pas victime d'une hallucination. Vous avez bien vu un héron blanc, aux mouvements gracieux et mesurés, qui survole le village, qui arpente une prairie à la recherche de quelques campagnols ou qui fréquente régulièrement les bords d'un étang, la rivière ou les îles de la Meuse ! Celui-ci n'est pas un individu albinos, mais une espèce qui est de plus en plus observée dans notre région, du mois de septembre au mois de mars. C'est la Grande Aigrette (Ardea alba*), apparentée à notre Héron cendré (Ardea cinerea).

     

    grande.aigrette.dico.8g.jpg

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Ce superbe oiseau ne cherche pas à se cacher, n'ayant d'ailleurs aucune possibilité de se camoufler. Très visible, mais de tempérament farouche, la Grande Aigrette est une prédatrice qui aime avoir autour d'elle des espaces dégagés faciles à surveiller. Totalement blanche en tous plumages, elle a la taille à peu près aussi forte que celle du héron cendré. En vol, sa silhouette immaculée est prolongée, à l'arrière, par le dépassement bien visible des pattes foncées aux doigts noirs. La lenteur de ses battements d'ailes donne une impression de légèreté. Son cou replié, étroit et anguleux, est un caractère typique des hérons en vol, bien différent des cigognes et des grues qui volent avec le cou tendu en avant. A l'extémité de sa petite tête effilée, son bec en poignard est jaune en hiver. Celui-ci devient noir au printemps, à l'exception de sa base qui reste jaune.

     

    grande.aigrette.redu.6g.jpg

    La Grande Aigrette (Ardea alba) a une taille de 95 cm et une envergure de 150 à 165 cm.

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    heron.cendre.dico.1g.jpg

    Le Héron cendré (Ardea cinerea) est un peu plus grand que la Grande Aigrette (Taille: 84-102 cmet envergure: 155-175 cm)

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Un autre héron blanc, plus petit de taille, pourrait apparaître occasionnellement dans notre région. Il s'agit de l'Aigrette garzette (Egretta garzetta), au bec toujours brun noirâtre. Ses pieds jaunes tranchent avec les pattes sombres. En période nuptiale, on peut remarquer quelques longues plumes effilées dans sa nuque. Les observations notées de cette espèce, également en progression,  proviennent surtout de Flandre et de la vallée de la Haine (Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul notamment).

     

    aigrette.garzette.dico.2g.jpg

    L'Aigrette garzette (Egretta garzetta) a une taille variant de 50 à 67 cm et une envergure de 90 à 110 cm.

    aigrette.garzette.dico.4g.jpg

    L'aigrette garzette en période nuptiale.

    Photos: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Je me souviens de ma première rencontre avec la Grande Aigrette et de mon enthousiasme d'alors. Cet instant de pur bonheur se déroulait au début des années 1980, dans le Brabant flamand, entre Wavre et Leuven, plus particulièrement au bord d'un vaste plan d'eau à Sint Agatha-Rhode. A cette époque, les observations, concernant surtout des individus isolés, n'étaient pas fréquentes et il fallait les soumettre à la Commission d'homologation pour valider celles-ci. Depuis 1991 (J. Godin, 2004), une augmentation spectaculaire de nombre de Grandes Aigrettes migratrices ou hivernantes est constatée et concerne presque toutes les régions de notre pays. Autrefois confinée dans les grands marais de l'Europe centrale et orientale (Delta du Danube notamment, Roumanie, Ukraine, ...), la Grande Aigrette montre un dynamisme remarquable dans le deuxième tiers du XXième siècle (Th. Tancrez, M. Windels et al., 2012). Celui-ci est accompagné d'une forte augmentation de l'hivernage de l'espèce dans le centre et l'ouest de l'Europe qui a précédé l'installation d'oiseaux nicheurs dans plusieurs pays d'Europe occidentale. Ainsi, on compte 180 couples en France, essentiellement localisés sur la facade atlantique, en 2008 et 143 couples aux Pays-bas entre 2002 et 2006 (J. Simar, 2010). A la faveur d'hiver doux, la population semble progresser et se répandre. Ainsi, 10 couples ont été découverts en Baie de Somme, en 2007 et une tentative de nidification a eu lieu en Flandre, en 2006.

     

    grande.aigrette.dico.2g.jpg

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    En Wallonie, un couple a tenté de nicher dans le complexe des Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul, en 2009, mais le nid a été abandonné après une semaine (J. Simar, 2010). Il faut dire que cette zone humide est fréquentée régulièrement par l'espèce et que, depuis 2006, quelques Grandes Aigrettes estivent (2009: 4 à 6 oiseaux fréquentent le site). Ce qui était attendu, arriva. L'été 2012, une première nidification réussie de notre héron blanc est découverte dans le Hainaut occidental. Le site occupé sont les anciennes argilières de Ploegsteert, situé au sud-ouest de l'entité Comines-Warneton. Le nid sera construit dans une rangée de jeunes saules de moins de 4 mètres de haut (Th. Tancrez, M. Windels et al., 2012).

     

    grande.aigrette.mila.1g.jpg

    Photo: Michel Lamarche - FindNature.com


    L'expansion naturelle de cette espèce semble difficile à expliquer. Quoi qu'il en soit, il nous faut nous réjouir de sa présence régulière dans nos contrées !


    Littérature consultée:

    Benmergui M.: "Premier cas de reproduction de la Grande Aigrette Egretta alba* en Dombes (Ain), in Revue Ornithos Vol.4 n°9.

    Géroudet P.: "Grands échassiers, Gallinacés, Râles d'Europe" Ed. Delachaux&Niestlé, 1978.

    Godin J.: "Nos hérons", in Aves-Contact 2/2004.

    Legrain B.: "Les hérons s'installent", in "le magazine couleurs nature" - Natagora, juillet-août 2012.

    Simar J.:  " Grande Aigrette, Casmerodius albus*", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie 2001 -2007, Ed. Aves et Région Wallonne, 2010.

    Svensson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, 2010.

    Tancrez Th., Windel M. et al.: "Première nidification réussie de la Grande Aigrette Casmerodius albus* en Belgique", in Bulletin Aves 49/3, 2012.

    Voisin Cl.: "La protection des hérons de France: les résultats", in Bulletin "Le Courrier de la Nature" n°151 - mai-juin 1995.

     


    * Le nom scientifique de la Grande Aigrette que j'ai retenu est Ardea alba (voir L. Svensson, "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, 2010). Egretta alba et Casmerodius albus semblent devenus des synomymes pour désigner l'espèce.

     


  • Un héron dans la rivière.

    Le jour s'est levé depuis environ une heure. Je regarde la rivière de ma fenêtre. Un grand oiseau au manteau gris bleu et au long cou mince, souligné de traits sombres, semble à l'affût. Son bec harpon plus ou moins orangé est impressionnant. Il pénètre, à pas mesurés, dans l'eau peu profonde du cours d'eau. Quelles longues pattes !

    Il se penche progressivement en avant, le cou oblique, la tête et le bec à l'horizontale. Il scrute l'eau claire de son oeil fixe. Pendant au moins dix minutes, il reste dans cette position, se redressant de temps en temps, mais toujours avec une extrême lenteur.

    Ardea cinerea Yvoir Bocq 8-2-11 E.jpg

    Ardea cinerea Yvoir Bocq 8-2-11 A.jpg

    Ardea cinerea Adulte Yvoir Bocq 8-2-11.jpg

     

     

    Ardea cinerea Yvoir Bocq 8-2-11 C.jpg

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Bocq), le 8 février 2011.

     

    Après quinze minutes, avec un élan maladroit et plutôt comique, il prend son envol. Gagnant de l'altitude, son cou tendu vers l'avant se courbe et ses pattes se tendent vers l'arrière. Avec des battements d'ailes amples, le héron cendré (Ardea cinerea) disparaît en silence derrière les arbres.

  • L'hiver est encore bien là, mais la nature se réveille petit à petit.

    L'hiver est encore bien là, il est vrai. Le froid piquant nous enveloppe ces derniers jours. Cependant ceux-ci s'allongent progressivement et l'hypophyse, glande endocrine située à la base du crâne et rattachée au cerveau, commence à travailler en sécrètant plusieurs hormones. Ce processus déclenche, parmi la gente ailée, des comportements pré-nuptiaux.

    C'est ainsi que la grive draine (Turdus viscivorus), omniprésente cet hiver dans les arbres couverts de guis de la région, entonne son chant mélancolique dans le silence hivernal de la forêt. Les notes mélodieuses et limpides émises par l'oiseau sont d'une grande douceur et apaisent l'âme de celui qui prend le temps de les écouter. Chaque année, à partir de la fin du mois de janvier, j'attends cette musique avec impatience et elle me surprend toujours.

    grive_draine_dico_1g.jpg

     Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Lors des rares moments ensoleillés de ces dernières semaines, on pouvait entendre les premiers chants des mésanges charbonnières, bleues et noires, ainsi que ceux de l'accenteur mouchet, du rouge-gorge, du troglodyte et du grimpereau des jardins.

    A l'île d'Yvoir, les hérons cendrés (Ardea cinerea), très agités, sont de retour aux nids, depuis une dizaine de jours. Allez les voir et vous assisterez à un spectacle impressionnant qui va s'accroître de jour en jour! Cris divers, parades, transports de branches et délimitations de territoire sont les prémices d'une grande aventure qui s'annonce.

    Ardea cinerea A.jpg

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

    Ardea cinerea.jpg

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net