Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis var. pratensis)

  • L'Hygrophore perroquet (Hygrocybe psittacina), un lutin mycologique aux multiples couleurs

    A Tricointe (Yvoir), le chemin herbeux qui mène à l'entrée de la forêt domaniale, traverse d'abord des prés pâturés, où croissent quelques arbres ou arbustes, notamment une aubépine couverte de guis, dans laquelle émerge un églantier. Avant de pénétrer dans la forêt, un point de vue très condruzien s'offre au regard. Le paysage vallonné et les collines boisées aux couleurs automnales m'émerveillent chaque fois.

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    Paysage automnal à Tricointe (Yvoir)

    Photo: Fr. Hela, 7 Octobre 2012

     

    En cette fin du mois d'octobre 2013, le vert pâturage présente de loin, de-ci de-là, de petites taches jaunes luisantes. Intrigué, je franchis la clôture pour examiner ces curiosités. Magnifique ! Ce sont des Hygrophores perroquets, lilliputiens mycologiques, de 2 à 6 cm de hauteur, qui, malheureusement, deviennent rares dans nos prairies trop amendées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013


    Cette observation présente un intérêt non négligeable. En effet, les espèces d'hygrophores apparaissant dans les prairies sont très sensibles à la dégradation du substrat sur lequel ils poussent. Ce sont les hôtes des pelouses et prairies semi-naturelles, non ou peu amendées, en général, sur calcaire. Ils apprécient les températures fraîches, à la fin de la belle saison et jusqu'au début de l'hiver. Cette station d'Hygrophores perroquets confirme la grande richesse naturelle des différentes prairies, aux abords du hameau de Tricointe. Une note à propos de la flore et de l'entomofaune de certaines d'entre elles sera publiée  prochainement sur ce site. L'espèce traitée ici croît souvent en compagnie d'autres hygrophores, entre autres l'Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis var. pratensis), découvert aussi à cet endroit et le même jour.

     

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    Je vous invite à rechercher sur ce site une note, parue le 26 janvier 2013, et qui est consacrée à l'Hygrophore des prés.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013

     

    Mais revenons à nos Hygrophores perroquets, champignons saprophytes, se nourrissant de débris végétaux herbacés! Le sporophore (partie fertile visible) a un aspect visqueux. La chair est gorgée d'eau, caractéristique partagée avec d'autres espèces et à la base de leur regroupement sous le nom d'hygrophores ou "porteurs d'eau". Avec le temps, le chapeau campanulé s'étale progressivement tout en gardant un mamelon central et, sous l'effet du refroidissement, s'assèche et perd son aspect détrempé.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013

     

    Les lames assez espacées, adnées ou échancrées, sont jaunes ou verdâtres et le pied, très visqueux, est jaunâtre et à sommet longtemps vert.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013

     

    Le changement le plus spectaculaire dans la maturation de l'Hygrocybe perroquet concerne sa couleur puisque le nain, au début vert, tourne au jaune, à l'orangé et au rouge, voire même au bleu ou au gris violacé ! L'étonnante diversité de couleurs que présente cette espèce justifie amplement son nom. Ses teintes successives rappellent le plumage bariolé des célèbres oiseaux exotiques.

     

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    Photos: Ralph Vandiest, La Hulpe, Octobre 2011

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    Photo: Jean-Pierre Dechaume - www.mycodb.fr

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    Photo: Daniel Réaudin - www.mycodb.fr

     

     

    Les Hygrocybes sont des bio-indicateurs. Dans le Bulletin du Cercle de Mycologie de Bruxelles (tome 22, fascicule 4, page 14)), on peut lire: "Les prés non amendés constituent un élément important du paysage. Malheureusement, ils se raréfient. Les protecteurs de la nature s'en inquiètent. Certains, parmi les mycologues réputés, ont imaginé d'évaluer la "qualité d'habitat" d'un pré par la présence des Hygrocybes. Ceux-ci sont utilisés comme organismes indicateurs de la valeur biologique de l'espace vert considéré." Dans le Magazine couleurs nature (Natagora) de novembre-décembre 2012 (pages 26 et 27), Jean Rommes écrit: "La présence de l'Hygrophore perroquet et de ses cousins permet de localiser des prairies maigres, peu ou pas amendées. Cette fonction d'indicateurs de milieux rares et de grande valeur biologique leur ont valu d'être considérés par certains botanistes comme les "orchidées" des champignons. Pour éviter que leur existence soit mise en péril par la croissance de la végétation environnante, celle-ci doit être maintenue rase par le bétail, les lapins ou le fauchage, ... "

     

     

     

     

     

     

     

  • L'Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis var. pratensis), une espèce devenue assez rare.

    Au début du mois de décembre dernier, une belle surprise m'attendait dans le bas de la prairie, au dessus de la Ferme d'An Wez, à Tricointe (Yvoir). Mon regard est alors attiré par quelques taches orangées émergeant des herbes vertes. Des Hygrophores des prés étaient rassemblés cà et là, non loin de la lisière forestière. Cette espèce au chapeau abricot ou rosé saumon à orange croît dans les prairies moussues, plus ou moins humides, et, en forêt, dans les clairières herbeuses.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 1 Décembre 2012


    L'Hygrophore des prés est devenu assez rare, probablement à cause des pratiques de l'agriculture moderne. Pour certains auteurs, l'utilisation intensive d'engrais serait préjudiciable au maintien des pelouses ou prairies à hygrocybes ou à hygrophores. Ainsi, depuis 1900, ce type de milieu a diminué fortement aux Pays-bas, du fait de la modernisation de l'agriculture. Quelques espèces y auraient presque complètement disparu (D. Sugny et D. Labarre, 2002) ! La prairie où j'ai trouvé les Hygrophores ne semble plus amendée depuis quelques années. Le pâturage par du bétail a cessé depuis un certain temps. Cette zone est utilisée essentiellement comme prairie de fauche. Ces conditions locales pourraient expliquer le retour de nos champignons.

    L'hygrophore des prés, entièrement ochracé à orangé, ne présente pas de viscosité. Le pied blanchâtre ou teinté de la couleur du chapeau est sec et assez mince. Il est d'ordinaire plein, de consistance plus ou moins ferme. Sa chair est opaque et les lamelles crèmes, souvent reliées à leur base, sont décurrentes. Le chapeau mesure de 3 à 7 cm.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 1 Décembre 2012


    En consultant divers ouvrages mycologiques, je me suis aperçu qu'il n'est pas toujours aisé de s'y retrouver au niveau taxonomique. Notre champignon a porté ou porte encore de nombreux noms définissant son Genre: Hygrocybe pratensis, Hygrophorus pratensis, Camarophyllus pratensis, Cuphophyllus pratensis, ... Du moins, certains spécialistes semblent actuellement rattaché l'espèce au Genre Hygrocybe.

    La Famille des Hygrophoracées (actuellement Tricholomatacées), de l'Ordre des Agaricales à sporées blanches, regroupe des champignons nommés Hygrophores ("porteurs d'humidité"). Elle comprend des espèces attrayantes. Certaines d'entre elles sont remarquables pour leurs couleurs (jaune, blanc, rouge sang, rouge sombre, rouge orangé, vert olive, vert pomme, ...). Espèces tardives, voire hivernales, beaucoup d'Hygrophores colorent de leurs tonalités éclatantes les prairies et autres lieux où les graminées dominent. D'autres, par contre, sont moins visibles et se confondent assez bien avec la couleur des prés. Certaines espèces crèvent parfois les tapis d'aiguilles de pins et de mélèzes, en forêt.

     

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    Hygrocybe chlorophana, espèce trouvée à Champalle (Yvoir)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 31 Août 2011.


    Les champignons inclus dans la Famille des Hygrophoracées (actuellement Tricholomatacées) sont surtout caractérisés par leurs lames bien distinctes, souvent espacées et épaisses. Elles sont céracées (consistance cireuse et grasse). L'insertion de celles-ci est variable. on trouvera des lamelles ascendantes, adnées, échancrées ou décurrentes. Le pied et le chapeau ne sont, en général, pas séparables. Enfin, signalons que des représentants de cette Famille sont visqueux.

    Pour P. Heinemann (1952), la Famille des Hygrophoracées ne comprend, dans nos régions, que le genre Hygrophorus, divisé en trois Sous-Genres qui, disait-il, pourraient cependant être considérés comme des Genres autonomes.

    Dans le Sous-genre Hygrocybe, on trouve des champignons fragiles, aux couleurs souvent vives, aux chapeaux se gorgeant d'eau, visqueux ou humides et aux pieds creux. La trame des lames est régulière. La plupart de ceux-ci croissent dans les lieux herbeux.

     

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    L'Hygrophore conique (Hygrocybe conica)

    Photo: Fr. Hela, Dorinne, 21 Août 2011


    Le Sous-genre Camarophyllus est souvent assimilé au Genre Hygrocybe par certains auteurs. Les champignons montrent un chapeau et un pied secs. Ils sont fermes, charnus, sans teintes rouges. Les lamelles sont décurrentes ou émarginées à trame enmêlée. La plupart des espèces s'observent dans les prairies. C'est le cas de l'Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis, syn. Camarophyllus pratensis).

     

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    Dans le Sous-Genre Limacium, les champignons ont une taille moyenne à grande. Ils sont visqueux. Le pied est parfois muni d' un anneau gelatineux. Les lamelles sont horizontales ou arquées-décurrentes, à trame bilatérale. Les différentes espèces sont forestières.

     

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    L'Hygrophore des bois (Hygrophorus nemoreus)


    Littérature consultée:

    Bon M.: "Champignons d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1988

    Courtecuisse R.: "Les champignons de France", Ed. Eclectis, 1994

    Corriol G.: "Clé d'orientation des Hygrocybes de pelouses sèches", Janvier 2009

    Gerhardt E.: "Champignons": Guide Vigot, 2004

    Guillot J.: "Dictionnaire des champignons", Ed. Nathan, 2003

    Heim R.: "Champignons d'Europe", Ed. Boubée, 1984

    Heinemann P.: "Les Hygrophores", in "Les Naturalistes Belges" T. 33 n° 9-12, 1952 et T. 34 n° 1 et 2, 1953

    Phillips R.: "Les Champignons", Ed. Solar, 1981

    Sugny D. et Labarre D.: "Ecologie et répartition de 30 espèces d'Hygrophores sl", Société Mycologique du Pays de Montbéliard, 2002