Hyménoptères

  • Le Xylocope violet (Xylocopa violacea), espèce plutôt méridionale, observé dans la vallée du Bocq, entre Purnode et Dorinne (Yvoir), en 2014 et 2015 !

    Le Xylocope violet, Hyménoptère de la Famille des Apidés et de la Sous-Famille des Xylocopinés, est la plus grande et la plus trapue des abeilles solitaires d'Europe. Elle mesure de 2 à 2,5 cm de long et ressemble un peu à un bourdon très foncé, courbant les fleurs sous son poids en butinant. Le fait qu'elle creuse des galeries de ponte dans le bois mort lui a valu les noms vernaculaires d' "abeille charpentière" ou de "perce-bois". Réaumur (1683-1757), dans la description de sa nidification, l'appelait "la mouche perce-bois" et Linné (1707-1778) décrivait brièvement les moeurs d'Apis violacea en ces termes: "Habitat in Truncus exsiccatis". Inspiré par ce comportement, Latreille (1762-1833) donna au Genre le nom de Xylocopa (du grec "xylon", le bois et de "copè" désignant un ciseau de sculpteur et, de là la signification "tailleur de bois"). C'est dans la vallée du Bocq, entre Purnode et Dorinne que j'ai pu admiré plusieurs fois, en juin et juillet 2014 et 2015, le vol assez bruyant et le comportement très vif de cette impressionnante abeilles velues, d'un noir de jais et portant des ailes ornées de superbes reflets irisés de couleur violette.Xylocopa violacea Saint-Hippolyte-Alsace 26-10-13 A.JPG

    Photo: Fr. Hela, Saint-Hippolyte (Alsace -Haut-Rhin - F), 26 Octobre 2013

     

    Je l'ai rencontrée en des lieux ouverts et bien ensoleillés de ce tronçon du Bocq, soit dans les quelques zones alluvionnaires non boisées et bien fleuries, soit dans les friches caillouteuses des carrières désaffectées. Les individus butinaient, entre autres, les fleurs des Compagnons rouges et blancs (Silene dioica et Silene latifolia subsp. alba), de la Lysimaque commune (Lysimachia vulgaris), de l'Epilobe hérissé (Epilobium hirsutum), de la Reine-des-prés (Filipendula ulmaria), de divers Cirses (Cirsium sp.), ainsi que celles de l'Origan (Origanum vulgare), du Lotier corniculé (Lotus corniculatus) et de la Vesce des haies (Vicia sepium).

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    Xylocopa violacea visitant les fleurs d'une Hypéricacée

    Photo: Cl. Pauwels, Avelgem 11 juillet 2011

     

    Espèce thermophile, cette abeille peuple essentiellement le Sud de l'Europe et c'est, en principe, au centre du continent que se situerait la limite septentrionale de son aire de répartition. Elle serait erratique dans les régions situées plus au nord (M. Chinery, 2005). D'après M. Terzo, St. Iserbyt et P. Rasmont (2007), l'espèce est très répandue dans toute la zone méditerranéenne. Elle serait plus rare en général, mais localement abondante, dans tout le reste de la France. Toujours d'après ces auteurs, elle serait la seule espèce du Genre Xylocopa qui atteigne la Belgique vers le Nord, la côte atlantique et la manche vers l'Ouest, en empruntant les couloirs de colonisations que sont les fleuves et rivières.

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    Carte de distribution de Xylocopa violacea pour la Belgique et la France (Corse comprise), d'après M. Terzo et al. (2007)

     

    Personnellement, je connais bien l'espèce grâce à des observations nombreuses en Dordogne (F) où elle butinait en particulier les fleurs de la Sauge des prés (Salvia pratensis), en Alsace (Haut-Rhin), à Saint-Hippolyte, où des insectes visitaient assidûment les fleurs de Phacélie (Phacelia tanacetifolia) et, plus récemment, dans le Languedoc-Roussillon (Gard), à Fons-sur-Lussan et Lussan où, en septembre, les Xylocopes étaient présents sur le Calament à petites fleurs (Calamintha nepeta), la Centaurée rude (Centaurea aspera) et la Sarriette des montagnes (Satureja montana).

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    Photo: Fr. Hela, Lussan (Languedoc-Roussillon/Gard), 26 Septembre 2015

     

    Dans le nord de la France et surtout en Belgique, notre abeille charpentière serait rare. Elle n'apparaîtrait qu'occasionnellement les années de forte chaleur et sa nidification n'aurait été observée qu'une seule fois (M. Terzo et al., 2007). Toutefois, ces dernières années, des observations régulières sont faites en Belgique. Il semblerait aussi que cette espèce ne puisse s'installer durablement, au-delà de la latitude de Paris, que dans des sites aux microclimats plus doux. Chez nous, les apparitions de plus en plus fréquentes seraient-elles dues à une montée sensible de l'espèce plus au nord, causée par les changements climatiques (douceur des derniers hivers, canicules plus longues et plus prononcées lors de la belle saison des années récentes) ? En tous cas, les propos de Martine Rebetez, climatologue à l'Institut fédéral de recherches WSL (Suisse), semble aller dans ce sens: "Depuis deux ans, on observe de plus en plus, au nord des Alpes, jusqu'à près de 700 mètres d'altitude, une grosse abeille noire, avec des ailes violacées. Cette augmentation sensible de Xylocopes violets serait due au réchauffement climatique ! "

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    Photo: Paul Gailly, Saint-Servais (Namur), 21 Octobre 2015

     

    D'après M. Terzo et al. (2007), les premiers imagos à quitter le nid, mâles et femelles, apparaissent dès février et mars. Les mâles seraient plus abondants en avril et mai. Ceux-ci présentent deux articles oranges ou roses près de l'extrémité des antennes.

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    Photo: Rachel Poppe-Delmelle, Profondeville, 17 Septembre 2014

     

    Les accouplements se déroulent, en général, pendant que les femelles butinent. Ces dernières seraient plus abondantes par la suite. Sans quitter les lieux ensoleillés, elles se mettent en quête de bois mort: troncs et grosses branches vermoulues, souvent dépourvus d'écorce, vieux poteaux, tas de bois abandonnés, vieilles souches, mais aussi anciennes palissades et poutres, ...

    Après avoir erré d'un vol bruyant pour trouver un endroit propice, la femelle se pose et, à l'aide de ses fortes mandibules, creuse lentement dans le bois une galerie de près de 2 cm de diamètre qui peut atteindre une trentaine de centimètres de longueur. Parfois, avec un même trou d'entrée comme point de départ, l'abeille creuse deux ou même trois galeries parallèles, mais moins profondes.

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    Illustration tirée du site http//fr.wikipedia.org/wiki/Xylocopa_violacea

     

    Une fois le travail de forage achevé, le Xylocope dépose au fond de la galerie un amas de pollen et de miel mélangés, il y pond un oeuf, puis construit une cloison transversale avec de la sciure de bois agglutinée, de façon à clore complètement la cellule. Cette activité se perpétue jusqu'au moment où la galerie est entièrement peuplée.

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    Illustration provenant du site aublede.blogspot.be/2010/02/les_insectes_sont_de_sortie

     

    Il semblerait que l'espèce est univoltine, c'est-à-dire que le nombre de générations (période s'étendant de l'oeuf à l'adulte) dans une année est de un. Duhayon et Rasmont (1993) ont démontré cela en étudiant les populations du Var (F).

    Les espèces de Xylocopinés du monde entier sont réputées polylectiques. Ces abeilles butinent de nombreux Genres de plantes à fleur de manière non spécialisée (polylectisme). Ainsi, lors de leurs observations, M. Terzo, St. Iserbyt et P.Rasmont ont constaté que près de 81 espèces de plantes réparties dans 25 Familles, sont visitées par notre "Abeille charpentière" ! Elle manifeste cependant une préférence pour, entre autres, la Vipérine (Echium vulgare), la Lavande (Lavendula xintermedia), le Genre Salvia comme la Sauge des prés (Salvia pratensis), les Fabacées (notamment les Genres Trifolium et Lathyrus), ...

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    Xylocopa violacea butinant des fleurs de la Phacélie (Phacelia tanacetifolia)

    Photo: Fr. Hela, Saint-Hippolyte (Alsace - Haut-Rhin - F), 26 Octobre 2013

     

    Documents consultés

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale" - Ed. Flammarion, 2005

    d'Aguilar J. et Fraval A.: "Glossaire entomologique" - Ed. Delachaux et Niestlé, 2004

    Fabre J.-H.: "Souvenirs entomologiques: études sur l'instinct et les moeurs des insectes" - Ed. Robert Laffont, Coll. Bouquins, Tome I (1989), pages 800 à 802

    Rebetez M.: " S'installe chez nous" (Climatologue à l'Institut de recherches WSL - CH)

    Robert P.-A.: "Les Insectes", Tome II: Lépidoptères, Diptères, Hyménoptères, Hémiptères, page 217 - Ed. Delachaux et Niestlé, 1974

    Terzo M., Iserbyt St. et Rasmont P.: "Révision des Xylocopinae (Hymenoptera : Apidae) de France et Belgique", in Annales de la Société Entomologique de France - 2007, 43 (4), pages 445 à 491

    Zahradnik J.: "Guide des abeilles, guêpes et fourmis (Les Hyménoptères d'Europe)" -  Ed. Hatier, 1991.

     

     

     

     

     

     

     

     

     


     

  • En cette fin d'été, si on parlait des Guêpes ...

    Depuis environ trois semaines, de nombreuses Guêpes visitent le seau dans lequel je dépose les déchets de légumes et de fruits. Ce sont des ouvrières en fin de vie qui errent çà et là, à la recherche de matières sucrées.

     

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    Des Guêpes communes (Vespula vulgaris) se nourrissant de matières sucrées.

    Photo: Marianne Horemans, Mol, 30 Juillet 2013


    Il faut dire que, sous nos latitudes, le déclin naturel des sociétés de Guêpes, en fin d'été et en automne, est inéluctable. En effet, après avoir abrité tout l'été des milliers d'ouvrières (femelles stériles), voilà que ce sont maintenant des mâles et des femelles qui éclosent en nombre, et peu d'ouvrières ! Alors que les accouplements ont lieu, les larves, dans les alvéoles, sont affamées et maigrissent, car la diminution du nombre d'ouvrières a une incidence négative sur l'élevage du couvain. Celles-ci ne peuvent plus alimenter toutes les larves, ou bien elles ne les nourrissent plus suffisamment. A l'intérieur du nid, beaucoup de larves périssent ou tombent hors des alvéoles, devenues trop grandes pour elles. Les ouvrières les prenant pour des déchets, les transportent hors du guêpier. C'est l'hécatombe ! Ensuite, la vieille reine, les ouvrières et les mâles meurent misérablement, ainsi que de nombreuses femelles fécondées ou non. Seules, quelques femelles vigoureuses ou chanceuses arrivent à trouver un abri pour l'hiver où elles viveront dans un état d'engourdissement. Ce sont elles, les reines, qui, au printemps, se metteront en quête d'un grenier abrité, d'un espace vide et bien sec sous quelques tuiles, d'un tronc d'arbre creux, d'une simple branche ou d'un trou dans la terre, afin d'y fonder une nouvelle colonie.

     

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    Guêpe germanique (Vespula germanica): une jeune reine.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 11 Septembre 2011


    Des Guêpes ! Voilà certes des insectes soi-disant connus de tous ! Malheureusement la réputation qui leur est faites partout est peu enviable. Cependant, si, comme des milliers de gens le font pour les abeilles domestiques, on renonce à la crainte qu'inspire leur aiguillon, si on les approche avec douceur et intérêt pour les observer, on constate alors que les guêpes sociales sont des insectes superbes, aux couleurs vives et tranchées !

     

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    La beauté d'une Guêpe commune (Vespula vulgaris).

    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 9 Janvier 2012


    Leurs moeurs sont des plus intéressantes, tout autant que celles de l'abeille domestique et des fourmis ! Les guêpes n'ont-elles pas employé bien avant nous la pâte de bois pour faire du papier ? Le grand naturaliste Réaumur (1683-1757), observateur si consciencieux des insectes, fut le premier, en Occident, à suggérer l'utilisation du bois pour la fabrication du papier. Celui-ci disait, en 1752: "Les guêpes nous apprennent à substituer le bois aux chiffons dans la fabrication du papier.".

     

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    Une reine de Guêpe moyenne (Dolichovespula media)

    Au printemps, une reine construit un nouveau nid, appelé aussi "guêpier". Le matériel utilisé est le bois, sec ou pourri, dont elle arrache les fragments aux troncs, aux piquets de clôture, aux poteaux et vieilles palissades en bois, ... Elle mélange ensuite ceux-ci à de la salive jusqu'à en faire une pâte à papier. C'est avec cette pâte qu'elle façonne les alvéoles et l'enveloppe externe du nid.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Avril 2011

     

     

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    Une Guêpe saxonne (Dolichovespula saxonica), en ouvrant et fermant alternativement ses mandibules, détache une lanière verticale et très mince de bois qui s'enroule, sous sa bouche, en une pelote grise, au fur et à mesure qu'elle descend.

    Photo: Luc Clarysse, Treignes, 30 Mai 2011


    Les Guêpes appartiennent à l'Ordre des Hyménoptères (2 paires d'ailes membraneuses), au Sous-ordre des Apocrites (abdomen et thorax finement resserrés à leur jonction), au groupe des Aculéates (ovipositeur transformé en aiguillon). Avec les polistes (Polistinea), les Guêpes forment la Famille des Vespidae qui compte 14 espèces en Belgique. Il est question ici des Guêpes dites "sociales" qui, comme l'abeille domestique, vivent en colonies. Parmi celles-ci, citons notamment la Guêpe germanique (Vespula germanica), la Guêpe commune (Vespula vulgaris), la Guêpe saxonne (Dolichovespula saxonica), ainsi que le Frelon (Vespa crabro), la plus grande espèce européenne. L'identification des différentes espèces repose sur la morphologie faciale (longueur des joues par exemple) et les motifs colorés du corps et de la tête.

     

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    La Guêpe germanique (Vespula germanica) est l'espèce la plus commune des zones tempérées, Amérique du Nord incluse. En Europe, on peut la rencontrer presque partout. L'ouvrière (10 à 19 mm) possède trois taches noires sur la face et quatre taches jaunes sur le thorax brun noir; l'abdomen est tigré de jaune. Les reines apparaissent dès la mi-mars et les ouvrières peuvent voler jusqu'à la mi-novembre. Le nid de couleur grise peut atteindre un diamètre de 30 cm et renfermer plus de 10.000 individus. Cette guêpe est une active prédatrice d'autres insectes, notamment des Diptères (mouches et moustiques) et de chenilles. En été, elle se nourrit aussi du nectar des fleurs et de la pulpe de fruits mûrs. C'est somme toute l'espèce la plus agressive.

     

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    Une reine de Guêpe germanique (Vespula germanica)

    Photo: J.-S. Rousseau-Piot, Strée, 15 Mai 2013


    La Guêpe commune (Vespula vulgaris), aux moeurs semblables à l'espèce précédente, s'en différencie toutefois par la bande noire en forme d'ancre sur la face. Le nid, jaunâtre, est construit dans le sol ou dans les habitations.

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    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 9 Janvier 2012

     

    La Guêpe saxonne (Dolichovespula saxonica) est surtout répandue dans les régions de collines boisées. La reine choisit pour édifier son nid un endroit abrité de la pluie, du vent et de la chaleur du soleil. Son choix n'est pas toujours heureux, en particulier lorsque le nid est exposé au regard de l'homme. En général, on trouve les "guêpiers" dans les toits ou les charpentes des maisons forestières, appentis, granges et autres édifices en bois. Ils sont parfois installés dans les tas de bois ou supendus à une grosse branche d'un arbre.

     

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    Photo: Marianne Horemans, Mol, 27 Juin 2013


    Avec ses 30 mm, le Frelon (Vespa crabro) est la plus grande et la plus impressionnante des guêpes européennes. Moins abondant que les autres guêpes, il fréquente surtout la campagne. Jusqu'en 1850, il n'était présent qu'en Europe. Grâce aux activités humaines, on le retrouve aux Etats-Unis et au Canada. Ses ailes sont rousses, son abdomen, pétiolé, est jaune orangé tigré de brun  et son thorax est foncé. Les reines volent à partir de la mi-avril, et les ouvrières sont actives jusqu'à la mi-septembre. Le nid mesure de 30 à 40 cm de diamètre et abrite quelques centaines d'individus. Le frelon est essentiellement un prédateur d'autres insectes qui chasse également la nuit. A la fin de l'été, on peut souvent l'observer sur des fruits tombés ou des composts, se nourrissant d'aliments liquides et sucrés. Une grosse population (500-600 individus) nourrit ses larves avec près d'un demi kilo d'insectes (parfois nuisibles et considérés comme indésirables par les humains) par jour ! Cela correspond à la consommation journalière de 5 à 6 familles de mésanges !

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 11 Mai 2011


    Le Frelon a une très mauvaise réputation. Pourtant moins agressif que ses congénères de petite taille, il ne pique que lorsqu'il se sent fortement menacé, près de son nid ou lorsqu'il pénètre, la nuit, dans les habitations, attiré par la lumière. Dans ce dernier cas, on peut se demander si son agressivité n'augmente pas à cause de l'agitation et la panique des humains ! Il est plus craintif et choisi toujours la fuite pour éviter un conflit. Dans beaucoup de régions du centre de l'Europe, il est en voie de disparition. En Allemagne, le Frelon est protégé par la loi, depuis le 1er janvier 1987.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 29 Avril 2011


    Rappelons ici la différence principale entre les Abeilles et les Guêpes. Celle-ci réside dans la nourriture que ces insectes donnent à leurs larves. Les Abeilles les nourrissent de nectar et de pollen. La matière première du miel, produit par l'Abeille domestique (Apis mellifera), en est le nectar sucré de végétaux, concentré par évaporation et chimiquement modifié par l'action des sucs digestifs incorporés lors des nombreux passages successifs dans les jabots des abeilles butineuses et des préparatrices de la ruche; en outre, les grains de pollen y sont toujours mélangés en quantité plus ou moins grande.

     

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    Abeilles domestiques (Apis mellifera)

    Photo: www.fr.wikipedia.org


    Si elles sont aussi friandes de liquides sucrés, les Guêpes nourrissent essentiellement la génération future de proies, telles que chenilles et autres larves, mouches (90% chez le Frelon) ou divers insectes. Dans une certaine période de leur vie, ce sont donc des insectes bien utiles !

     

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    Photo: www.commons.wikimedia.org


    Les guêpes réagissent très vite à un geste brusque. Cependant, si vous avez les nerfs solides, vous pouvez impunément en laisser une se poser, par exemple, sur votre main. Elle lèchera votre peau de sa longue langue, en vous titillant de ses antennes ! Si vous restez calme, elle s'en ira sans vous piquer. Henri de Saussure écrivait: " Si les guêpes piquent, c'est toujours par voie de représailles; tantôt c'est pour leur défense personnelle, tantôt c'est par vengeance. Dans ce dernier cas, elles poussent l'ire jusqu'à prendre l'offensive et à poursuivre leur ennemi. Mais tant qu'on ne les agace pas, on peut en toute sécurité, leur permettre même de se promener sur son visage ou sur ses mains. Elles ne piquent jamais, tant qu'on se tient immobile ou qu'on se meut avec lenteur; mais au moindre mouvement qui les effraie, elle réponde par un coup d'aiguillon. Les gens chez qui la vue de ces insectes excite une terreur ridicule, et qui cherchent à les chasser loin d'eux par des mouvements provocateurs, sont précisément ceux qui se font piquer, tandis que ceux qui leur laissent la liberté de se mouvoir autour de leur personne ne le sont jamais, au grand étonnement des premiers."

    Il faut, cependant, rester prudent. Le véritable danger, avec les abeilles et les guêpes, ce sont les réactions anaphyllactiques: certaines personnes, après une première piqûre, deviennent très sensibles au venin de ces insectes au point qu'une seconde piqûre peut les plonger dans le coma ou entraîner leur mort. Des attaques massives, avec piqûres nombreuses à la tête, peuvent être également fatales. Le danger est réel, mais il ne faut ni l'exagérer, ni en ressentir une peur panique. Aux Etats-Unis, on compte en moyenne 50 victimes par an, pour une population d'environ 200 millions d'habitants ! Le danger est donc infiniment moindre que celui de se faire renverser par une voiture en traversant une rue ! (P. Dessart - 1981)

    En conclusion, les Guêpes méritent un respect raisonné. Il ne faut donc les combattre que lorsque c'est absolument nécessaire !





  • Le Poliste gaulois (Polistes dominula) à Evrehailles.

    Evrehailles, Haie aux Faulx, le 27 mars 2012.

    Entre deux averses, les rayons du soleil chauffent l'abri de jardin où l'on range les outils. Sur le point d'ouvrir la porte, je me trouve soudain nez à nez avec une très belle guêpe, posée sur l'avant-toit.

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    Le Poliste gaulois (Polistes dominula) se chauffe aux premiers rayons du soleil printanier.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 27 Mars 2012


    Ce début de printemps est assez froid et je suis assez surpris de la présence de cet insecte thermophile qui, dans notre pays, atteint souvent la limite nord de son aire de distribution.

    Nous sommes donc face à face. La guêpe, plus svelte que les guêpes sociales habituelles, m'examine de ses yeux à facettes, mais aussi en remuant régulièrement ses longues antennes orangées. Malgré ma très grande proximité, son comportement est calme et elle ne montre aucune agressivité. Je lui présente alors mon doigt sur lequel elle grimpe délicatement. Ses pattes jaunes sont fort longues. Elle possède le costume jaune et noir de la plupart des guêpes sociales. Son corps allongés est plus svelte. Contrairement aux autres Vespidés, son abdomen se rétrécit progressivement vers l'avant, mais aussi vers l'arrière. Enfin, si on la compare aux guêpes communes, elle porte ses ailes de manière un peu différente.

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 27 Mars 2012.


    Au bout d'un certain temps, elle s'envole et tourne autour de ma tête. Elle va et vient gracieusement, se balançant dans l'air, ses pattes postérieures pendantes, puis disparaît sous la toiture. Tiens, la revoilà ! Mais, il y en a maintenant quatre qui prennent un bain de soleil ! Quelle découverte ! Ce sont des guêpes sociales appelées polistes et, plus précisément, des polistes gaulois (Polistes dominula) !

    Les polistes sont des Hyménoptères de la famille des Vespidae qui regroupe les guêpes sociales. Les individus appartiennent à trois castes différentes: reines, ouvrières et mâles. Seules les reines fécondées survivent à l'hiver et ce sont elles qui construisent les nouveaux nids au printemps. La Famille des Vespidae est divisée en deux sous-familles: les Polistinae et les Vespinae. Les Polistinae élaborent des nids peu populeux qui ne sont pas recouverts d'une enveloppe protectrice, contrairement aux autres guêpes sociales.

     

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    Nids de Polistes dominula non recouverts d'une enveloppe protectrice.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Haie aux Faulx), 26 Mars 2012.


    Les Vespinae regroupent, entre autres, les guêpes les plus connues chez nous: la guêpe germanique (Vespula germanica), la guêpe commune (Vespula vulgaris) et le frelon (Vespa crabro).

     

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    Une reine de Frelon (Vespa crabro) se nourrissant du nectar de fleurs d'un cotonéaster. Le frelon fait partie de la sous-famille des Vespinae.

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 29 Avril 2011


    Les reines initient, au début du printemps, des nids faits de carton qui vont abriter pusieurs centaines d'individus au cours de la belle saison. Ceux-ci sont entourés d'une enveloppe protectrice percée d'un orifice basal.

     

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    Une reine de guêpe moyenne (Dolichovespula media) construisant son nid. On remarque bien l'enveloppe protectrice.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Redeau), Avril 2011.


    Nettement moins courants chez nous, les Polistes sont des insectes thermophiles. Ils sont beaucoup plus abondants à mesure qu'on se rapproche des pays méridionaux. La plupart atteignent, dans nos pays d'Europe occidentale, la limite nord de leur aire de distribution.

     

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    Polistes dominula sur une feuille de Nymphaea.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 5 Juillet 2011.


    Le poliste gaulois, guêpe sociale très commune dans les régions méridionales de l'Europe, est en expansion brutale en Belgique et dans les régions limitrophes. Yves Barbier, Jean-Yves Baugnée et Pierre Rasmont (1995) émettent l'hypothèse que les étés chauds successifs de la fin des années '80 et du début des années '90 sont une des causes principales de sa progression. Celle-ci serait probablement facilitée par le fait que cette espèce possède de grosses populations méridionales qui peuvent servir de "réservoir" de peuplement. De plus, Polistes dominula semble aimer les lieux occupés par les hommes. Assez anthropique, il s'accomode fort bien de substrats artificiels pour construire son nid.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dinant (Fonds de Leffe), Juin 2012.


    Bref, une très belle guêpe à respecter et à observer près de chez vous !

     


     

     



     

     

     

     

     


     

     


     

     






  • L'osmie cornue (Osmia cornuta), une abeille solitaire précoce.

    Les abeilles solitaires ne fabriquent pas de miel et ne piquent pas. Si les femelles possèdent  un aiguillon, il n'y a cependant rien à craindre. Elles ne sont jamais agressives. Si vous vous placez devant les nids, elles vous contourneront en attendant que vous soyez parti. Elles se poseront même sur vous, si vous êtes éclairés par les chauds rayons du soleil ! En outre, elles sont plutôt petites et notre peau est trop épaisse pour que l'aiguillon la transperce.

    Sans ouvrières, ni ruches, ni cire, les femelles des abeilles solitaires se débrouillent toutes seules pour assurer leurs descendances, en mettant en oeuvre des moyens très variés: creusement, terrassement, découpage de feuilles, maçonnerie, poterie, tissage, filage, ... Chacune de ces méthodes correspondent à des espèces ou à des familles différentes.

    Il leur faut néanmoins s'accoupler avec un mâle avant de commencer leur travail de nidification. Ces derniers, dont le développement est plus court, se tiennent aux aguets à la sortie des nids, dès les premières journées ensoleillées de mars. L'accouplement a lieu aux alentours ou sur des fleurs. C'est la seule fonction de ces mâles qui meurent peu de temps après.

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    Osmia cornuta (accouplement), Yvoir, Mars 2011 - Photo: Fr. Hela

     

    Au printemps, on peut observer de véritables "bourgades" d'abeilles solitaires, notamment, sur les vieux murs exposés au soleil, remplis de minuscules cavités. Elles y sont parfois très nombreuses. dans ces circonstances, on pourrait alors croire que l'on est en présence d'une colonie. En fait, chaque individu s'occupe de sa tâche sans s'occuper de ses voisins.

    L'osmie cornue est une abeille solitaire qui cherche des petits trous dans ces vieux murs pour assurer sa descendance. Elle est appelée "maçonne" car, dans chaque trou, elle construit des cloisons de terre qui séparent les cellules contenant un oeuf pondu sur une réserve de nourriture (nectar et pollen). Lorsqu'elle arrive finalement à remplir la cavité, elle en ferme l'entrée avec un gros bouchon de terre.

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    Une femelle d'Osmie cornue (Osmia cornuta), achève la construction du bouchon de fermeture d'un de ses nids - Photo: M. Paquay

     

    Les osmies rousses (Osmia rufa) et cornues (Osmia cornuta), communes au printemps, installent aussi leurs cellules dans les conduits d'écoulement d'eau des châssis de fenêtre ou dans d'autres cavités originales de nos habitations.

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    Osmia cornuta (Accouplement) - Yvoir, Mars 2011- Photo: Fr. Hela.