Yvoir Nature Faune et Flore - Page 2

  • Le Souci (Colias crocea), un papillon migrateur présent en nombre cette année

    Cette année, du mois d'août au mois d'octobre, la présence de nombreux Soucis dans toute la région est remarquée. Ce magnifique papillon aux ailes orange vif marquées de bandes marginales noires fait partie de la Famille des Piéridés comme, entre autres, le Citron (Gonepteryx rhamni), l'Aurore (Anthocharis cardamines) ou les Piérides (Pieris brassicae, napi et rapae).

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    Le souci se pose rarement avec les ailes étalées. La plupart du temps, on remarque les couleurs de la face supérieure de ses ailes lorsqu'il est en vol.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois, plateau rocailleux dominant les carrières), 27 Juin 2013


    On pouvait l'observer, en vol, rasant les cultures ou les prairies ou, posé, butinant trèfles, luzernes, lotiers et diverses Astéracées. Le 21 septembre, j'ai dénombré au moins une vingtaine de Soucis, dans les prairies de Tricointe (Yvoir), principalement sur divers trèfles, sur des lotiers corniculés (Lotus corniculatus), des pissenlits (Taraxacum sp.) et des léontodons hispides (Leontodon hispidus).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 21 Septembre 2013


    Chez le mâle, le noir du bord des ailes de la face supérieure est continu, alors que celui de la femelle s'orne de petites taches jaune pâle, variables en grandeur et en nombre.  Chez certaines femelles (environ 10%), la couleur orange est remplacée par du blanc, parfois légèrement crème (forme helice).

     

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    Illustrations d'après les aquarelles de Vlastimil Choc: mâle en haut, femelle en bas.


    La femelle pond ses oeufs sur les plantes nourricières de la chenille, c'est-à-dire diverses Fabacées dont les lotiers, les trèfles, la luzerne commune (Medicago sativa) et le Sainfoin ou Esparcette (Onobrychis viciifolia).

     

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    Le Lotier corniculé (Lotus corniculatus) à Yvoir (Airbois)

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    La Luzerne commune (Medicago sativa) à Crupet (Velnatte)

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    Le Trèfle hybride (Trifolium hybridum), à Yvoir (Tricointe)

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    L'Esparcette ou Sainfoin (Onobrychis viciifolia) à Dinant (Abords de la carrière des Fonds de Leffe)

    Photos: Fr. Hela, 2013


    Le Souci est répandu surtout dans la région méditerranéenne. Chaque année, il traverse les Alpes en quantité variable et va loin vers le Nord où la plupart de ses descendants meurent en hiver. C'est un migrateur typique qui se déplace seul ou en petits groupes, d'un vol rapide et rectiligne, de préférence lorsqu'un vaste anticyclone maintient une pression atmosphérique stable. Au mois d'août de cette année et jusqu'à mi-septembre, cette condition météorologique a régné sur une bonne partie de l'Europe occidentale. La cause ou le motif de cette migration à l'évidence contraire à la conservation de l'espèce est peu claire.

     

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    Le souci sur une Astéracée à Evrehailles (petite route menant au site de Poilvache)

    Photo: Fr. Hela, 3 Août 2013


    Dans nos régions, le Souci apparaît irrégulièrement et est même parfois occasionnel. Certaines années, il est abondant et, ensuite, il redevient assez rare pendant un certain temps. Pour certains auteurs, ce comportement migratoire surprenant serait le résultat d'un net abaissement vers le sud de l'extrême limite de son aire de répartition et, cela, à une époque récente. Pour d'autres, l'absence ou la disponibilité réduite des plantes nourricières pour les chenilles en Europe du Sud et en Afrique du Nord, résultant de certaines sécheresses des mois d'été, serait une explication. D'après M. Gillard (1997), ce serait le cas pour le Vulcain (Vanessa atalanta) et la Belle-Dame (Vanessa cardui) dont les chenilles se nourrissent respectivement d'orties et de chardons.

     

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    Vanessa cardui Awagne 19-08-13.jpg

    Il y a des migrateurs parmi les insectes ! Ainsi, plusieurs espèces de papillons quittent le Sud de l'Europe au printemps et se dirigent vers le nord de ce continent pour y arriver en été. Ils produisent une ou deux générations et ensuite disparaissent. Mais, pas tous ! Certains imagos effectuent, en automne, une migration de retour peu évidente. Le Vulcain (en haut) et la Belle-Dame (en bas) sont des exemples parmi les migrateurs à long cours.

    Photos: Fr. Hela, Awagne (Dinant), 19 Août 2013


    Les raisons essentielles de ces phénomènes migratoires sont encore très mal connues. On admet actuellement que certaines espèces réagissent aux diverses circonstances extérieures (changements de température, offre d'aliments, intensité de la lumière du jour) par un processus migratoire (M. Gillard, 1997).

    Pour en savoir plus à propos des papillons migrateurs en Belgique, je vous invite à visiter le site http://users.skynet.be/pap.mig/










  • Le Grand Corbeau (Corvus corax) hante la basse vallée du Bocq, à Yvoir

    Une balade dans une prairie pâturée par des ânes, voilà qui est original ! C'est ce que j'étais occupé à faire le 21 octobre dernier, dans les Fonds d'Ahinvaux, à Yvoir. En fait, je longeais les lisières forestières afin d'y découvrir quelques passereaux de passage. L'après-midi était radieuse et j'étais aux aguets. Rrok ! Rrok ! Rrock ! ... Des croassements brefs et sourds emplissent soudain l'espace ! Ces sons raisonnants, rauques et à la forte tonalité, je les ai déjà entendus ! Ils retentissaient, maintes fois, contre le flanc abrupt des pentes rocheuses dans les gorges du Flumen (massif du Jura) et ,en montagne plus élevée, dans les Hautes-Alpes, ou encore, contre les falaises rocheuses battues par les flots de l'île de Caldey, au Pays de Galles. Là-bas, au-dessus de la chênaie, un grand oiseau noir, presque de la taille d'une buse variable, plane en tournoyant, les ailes tendues et la queue étalée. Cet excellent voilier, c'est le Grand Corbeau !

     

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    Photo: Robin Gailly


    Ce passereau géant m'impressionne par la puissance qu'il dégage. Il suscite, chez moi, une sorte d'admiration, difficile à définir, pour son caractère primitif et sauvage, sensation que j'éprouve également en observant un Pic noir, une Cigogne noire, un vol de Grues cendrées ou d'oies sauvages.

     

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    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    Le 11 novembre, alors qu'une chasse est en cours à Tricointe (Yvoir), deux oiseaux sortent d'un bois en lançant leurs cris, survolent le hameau et se dirigent vers la vallée du Bocq. Durant cette période, le Grand Corbeau  est aussi signalé à Lustin (Profondeville) et à Lisogne (Dinant). Nos deux Corvidés manifesteraient-ils un intérêt pour les activités cynégétiques ? On pourrait le croire ! En effet, on m'a confirmé la présence de dépouilles ou de restes de sangliers abandonnés dans certains bois, notamment dans la zone forestière dominant les Fonds d'Ahinvaux. Sachant que les moeurs charognardes du Grand Corbeau sont bien connues, les oiseaux observés ont probablement profité de l'occasion pour faire bombance, non sans avoir des conflits avec des buses variables !

     

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    Photo: Ch. Farinelle, Buzenol, 13 Juin 2009


    Outre la taille et les cris assez sourds, plus brefs et nettement plus graves que les croassements de la Corneille noire (Corvus corone) et du Corbeau freux (Corvus frugilegus), notons le très gros bec du Grand Corbeau et, au vol, son long cou saillant, sa gorge parfois ébouriffée, ses longues ailes longues étroites et, surtout, la forme de sa queue, nettement cunéiforme. Il plane volontiers dans les ascendances, comme la buse et divers grands voiliers. Il est peu observé en grand groupe. Le Grand Corbeau est, en effet, sédentaire et très territorial. Seuls les jeunes célibataires forment parfois de petits groupes errants. Il reste très méfiant à l'égard de l'homme et ne se rencontre guère chez nous en dehors des grands massifs forestiers, ou de leurs abords.

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    Photos: J.-S. Rousseau-Piot, Stoumont, 3 Juillet 2012


    Oui, il a bien des Grands Corbeaux en Wallonie ! Disparue de notre pays depuis le début du XXième siècle à la suite de persécutions systématiques, cette espèce s'est réinstallée en Wallonie grâce à une réintroduction menée entre 1973 et 1980. C'est surtout dans le sud de la Province du Luxembourg qu'une petite population s'est développée. Depuis, l'espèce fait preuve d'un dynamisme remarquable et progresse sensiblement, mais reste toutefois une rareté, assez localisée, d'autant plus que les adultes sont très sédentaires et liés essentiellement aux grands massifs forestiers. Des observations de plus en plus fréquentes dans notre région sont encourageantes. Nos forêts et nos milieux rocheux pourraient être attractifs. Dans notre ciel, j'imagine déjà être le témoin des jeux aériens de Grands Corbeaux !

     

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    Photos: S. Lambay, Han-sur-Lesse, 17 Septembre 2011


     



  • Allons voir ce qui se cache dans la pinède !

    Dans la Forêt domaniale de Tricointe (Yvoir), certaines zones sont consacrées aux Pins sylvestres (Pinus sylvestris). Cet automne, allons explorer une de ces pinèdes ! Par temps ensoleillé, ce qui frappe d'emblée, c'est l'ambiance particulièrement lumineuse de ces boisements. Les troncs écailleux et élancés, brun grisâtre à brun orangé, portent, au sommet, un feuillage formé d'aiguilles vert bleuâtre, courtes et persistantes, qui cache mal la couleur rouge orangé de la cime à l'aspect tordu de ces conifères.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


    En s'approchant de la base d'un Pin sylvestre, on peut toucher l'écorce creusée de fissures profondes séparant des plaques écailleuses longitudinales, irrégulières et lâches.

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    Au sol, les frondes des Fougères aigles (Pteridium aquilinum) se parent d'une couleur ocre aux nuances subtiles.

    Ces lieux sont fréquemment visités, entre autres, par l'Ecureuil roux (Sciurus vulgaris), par la Mésange huppée (Lophophanes cristatus), la Mésange noire (Periparus ater), par nos deux roitelets (Regulus regulus et Regulus ignicapilla), ou encore, par les Becs-croisés des sapins (Loxia curvirostra) assez nombreux cette année.

     

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    La Mésange huppée (Lophophanes cristatus)

    Photo: Rachel Delmelle-Poppe, Profondeville, 14 Avril 2013

     

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    La Mésange noire (Periparus ater

    Photo: Francis Pattyn


    Voilà, parmi les aiguilles au sol, quelques chapeaux arrondis de champignons. Ceux-ci sont brun rouille, brillants et un peu visqueux.

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    Des bolets granuleux (Suillus granulatus)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Octobre 2013


    Examinons un sporophore ! La face inférieure du chapeau présente des pores blanchâtres à jaune pâle, à l'extrémité des tubes. Des gouttes laiteuses exsudent de celui-ci. La cuticule se détache facilement et, à l'air, la chair épaisse et tendre ne change pas de couleur, restant blanc jaunâtre ou jaune.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 2 Octobre 2013


    Le pied ferme, plus ou moins cylindrique, est jaune blanchâtre et sa surface est ponctuée, surtout dans le haut, de fines granulations crèmes, jaunâtres à brunâtres. Pas de doute, il s'agit de Bolets granuleux (Suillus granulatus), appelés aussi Cèpes jaunes des pins ou Nonnettes pleureuses ! Cette espèce pousse, associée ici au Pin sylvestre, en lisière ou dans les bois clairs, du printemps à l'automne.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe) Octobre 2013


    Dans le sous-bois, un peu plus loin, une autre surprise mycologique m'attend. Maintenant, ce sont des champignons à lamelles. Les chapeaux convexes, non séparables du pied, sont lisses, visqueux, mamelonnés, avec la marge enroulée. Ils sont brun cuivré ou teintés d'une couleur lie de vin. Certains sont brun jaunâtre. 

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    Photo: Jean-pierre Dechaume


    La chair épaisse et rigide est jaune, surtout à la base du pied qui est atténué en pointe et de couleur générale brun rougeâtre ou brun cuivré. On dirait des Hygrophores en examinant les lames épaisses, espacées et très décurrentes, mais celles-ci sont molles et séparables de la chair comme les tubes des bolets. A maturité, elles sont teintées de brun noirâtre par la sporée.

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    Le Gomphide visqueux (Chroogomphus rutilus)

    Photo: Gérard Girod


    Je suis en présence de gomphides et, plus précisément, de Gomphides visqueux (Chroogomphus rutilus). En automne, c'est une espèce qui apparaît aussi sous les pins, dont Pinus sylvestris.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 17 Octobre 2013


    Certains bolets et les gomphides, comme de nombreuses espèces forestières, présentent en commun la particularité de vivre en symbiose avec les racines des arbres, par l'intermédiaire de manchons mycéliens appelés mycorhizes dont le caractère obligatoire et la signification physiologique sont établis. De telles relations expliquent la constance des proximités entre essences déterminées et certains champignons qui en constituent l'habituel cortège. Tels sont les cas, par exemple, du Bolet élégant (Suillus grevillei) venant toujours sous les mélèzes ou du Bolet rude (Leccinum scabrum) lié aux bouleaux.

     

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    Le bolet élégant (Suillus grevillei), une espèce liée aux mélèzes

    Photo: Fr. Hela, Spontin, 27 Juillet 2011


    Terminons cette petite incursion automnale dans la pinède par l'observation d'un sporophore en forme de chou-fleur ou de chicorée frisée, aux éléments issus d'un tronc commun foliacés et crépus, unicolores, ondulés et cassants. Le Sparassis crépu ou la Clavaire crépue (Sparassis crispa) croît, d'août à novembre, sur l'humus des bois de conifères (surtout de pins), près des troncs ou des souches, avec les racines desquels il est en relation.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


    L'ensemble forme une masse crépue volumineuse pouvant atteindre 40 cm de diamètre, blanchâtre à crème jaunâtre, roussissant par place.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


    La chair blanche de ce curieux champignon dégage une odeur aromatique spéciale qui, paraît-il, attire les chevreuils. Sa saveur rappelle la noisette.



     

     




     


     

     

     

  • "Colchiques dans les prés fleurissent, fleurissent...c'est la fin de l'été ..."

    * Les termes marqués d'un astérisque sont définis brièvement en bas de note.

    Quel plaisir que de voir, au détour du chemin, une prairie ou la litière d'un sous-bois parsemée d'une multitude de fleurs roses ou un peu lilacées, s'épanouissant au soleil de septembre et ne montrant aucunes feuilles ! On pourrait croire être en présence de crocus printaniers, mais les couleurs générales de la saison ne laisse pas de doute: il s'agit bien de Colchiques d'automne (Colchicum autumnale).

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    Photo: Fr. Hela, Roly, 29 Septembre 2013


    Dans notre région, ce spectacle automnal est devenu malheureusement assez rare, surtout dans nos prés. Lorsque que l'on me contacte parce que des chevaux sont malades ou des poulains sont morts, les propriétaires se demandent si les animaux n'ont pas mangé des Colchiques. Sur place, point de cette Liliacée, mais bien des Séneçons jacobées (Senecio jacobaea), très toxiques pour le bétail ou des Porcelles enracinées (Hypochaeris radicata) qui peuvent parfois causer des problèmes de santé chez certains équidés.

     

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    Le Séneçon jacobée (Senecio jacobaea) est une Astéracée toxique pouvant provoquer des empoisonnements graves du bétail. Cette espèce, assez commune dans certaines prairies pâturées de notre région, fleurit de juillet à octobre.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 5 Juillet 2013


    Après fécondation, les fleurs des Colchiques, assez éphémères, disparaissent. Le repos hivernal s'installe. Au printemps, apparaissent alors les longues feuilles, bien vertes et luisantes, des plantes. Celles-ci forment un écrin pour le gros fruit du Colchique qui mûrira et dispersera ses graines durant l'été (juin-juillet).

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode (Vallée du Bocq), 27 Avril 2013

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    Photo: Fr. Hela, Willerzie (Vallée de la Hulle), 6 Juin 2013


    D'après Fr. Couplan (2000), le Colchique est l'Herbe de la Colchide (du grec Kolchikon), contrée de la côte est de la mer Noire, où résidait la magicienne Médée.

     

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    Photo: Fr. Hela, Willerzie (Vallée de la Hulle), 23 Septembre 2013

     

    Le Colchique contient dans toutes ses parties, et surtout dans les graines, un alcaloïde très toxique, la colchicine.Tous les animaux montrent une grande sensibilité envers cette substance, mais ce sont les bovins qui sont le plus fréquemment atteints. La plupart des intoxications se produisent par la consommation des feuilles et des capsules. D'après la littérature, le comportement des bovins envers le Colchique est très variable. Souvent dédaignée, la plante va être, à la suite de circonstances mal définies, consommée en grandes quantités. On signale aussi des empoisonnements accidentels du chien, d'où le nom de "tue-chien" donné quelquefois à la plante. Par contre, la chèvre et le mouton seraient immunisés contre le poison, mais leur lait deviendrait toxique, contenant une partie de la colchicine dissoute. Chez l'homme, 70 à 80 mg de cet alcaloïde constitue une dose mortelle.

     

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    Derrière cette belle apparence, se cache un alcaloïde très toxique, la colchicine.

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2013


    La colchicine, à très faible dose, est cependant utilisée pour traiter les rhumatismes et la goutte. D'après J.-B. de Vilmorin (1991), cet alcaloïde permet notamment de provoquer le doublement chromosomique de certaines fleurs et d'augmenter les rendements de la betterave sucrière ou de céréales, comme le seigle.

    De nombreux ouvrages classent encore le Colchique d'automne dans la Famille des Liliacées. Dans la classification phylogénétique moléculaire récente, le Genre Colchicum est placé dans une Famille à part, les Colchicacées. A la mauvaise saison, le Colchique d'automne subsiste grâce à un organe souterrain tubérisé (géophyte bulbeux). Cependant, pour A. Raynal Roques (1994), cet organe souterrain est en fait un corme (de cormos, en grec, signifiant tronc, souche), formé d'une tige courte, épaisse, massive, hypertrophiée, chargée de réserves nutritives et protégée par des feuilles écailleuses ou réduites à des fibres. Le colchique et les crocus ont des cormes ! Le langage populaire (et horticole) parle à tort d' "oignons de crocus".

     

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    Coupe longitudinale d'un bulbe de colchique, d'après J.-L. Guignard (1996)


     

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    Photo: Fr. Hela, Willerzie (Vallée de la Hulle), 23 Septembre 2013


    La fleur du Colchique présente six (parfois 7 ou 8) tépales * lilacés ou violet clair, soudés entre eux à la base en un tube long et étroit (la partie libre est longue de 4 à 12 cm). On peut y voir six étamines, dont trois sont attachées plus haut que les trois autres. La capsule * septicide (de septum, cloison et de caedo, briser), pouvant atteindre la taille d'une noix, s'ouvre à maturité par des fentes suturales (les fentes de déhiscence apparaissent le long des lignes de suture des carpelles*). La déhiscence aboutit à séparer les carpelles*, chaque valve correspondant à l'un d'eux.

     

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Juin 2013

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    1. Bulbe enveloppé de tuniques noirâtres

    2. Feuilles dressées et lancéolées apparaissant au printemps

    3. Fleurs à six tépales

    4. Capsules apparaissant au printemps (graines libérées en juillet)

    Dessins d'après J.-C. Rameau et al. (1993)


    Dans notre pays, le Colchique d'automne est présent dans les prairies, les frênaies riveraines et forêts fraîches occupant des sols argileux, ainsi que dans les dunes. On le trouve souvent sur des substrats riches en calcaire (J. Lambinon et F. Verloove, 2012). D'après J.-C. Rameau et al. (1993), c'est une espèce héliophile ou de demi-ombre croissant dans des conditions moyennes de sécheresse et d'humidité.

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    Photo: Fr. Hela, Roly, 29 Septembre 2013


    Le Colchique d'automne est aussi une espèce d'altitude. Dans les Hautes-Alpes, celui-ci se rencontre dans les prairies, les pelouses mésophiles et les clairières, de l'étage collinéen à l'étage subalpin, de 500 à 2500 mètres ( Ed. Chas, 1994).


    * un tépale: enveloppe florale où il n'est pas possible de distinguer un calice et une corolle

    * une capsule: fruit sec, déhiscent, s'ouvrant par des fentes en deux ou plusieurs valves ou par des dents ou des pores, contenant plusieurs graines

    * un carpelle: chacun des éléments de base du gynécée ou pistil (ensemble des organes femelles d'une fleur). Chaque carpelle comprend en principe trois parties: ovaire, style et stigmate


    Bibliographie:

    de Vilmorin J.-B.: "Le Jardin des Hommes" - Ed. Belfond - Le Pré aux Clercs, 1991

    Favarger Cl. et Robert P.-A.: "Flore et Végétation des Alpes" - Tome 2 (Etage subalpin) - Ed. delachaux&niestlé, 1995

    Guignard J.-L.: "Botanique" - Ed. Masson (dixième édition), Paris 1996

    Lambinon J. et Verloove F.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines" - Ed. du Jardin botanique national de Belgique (sixième édition), Meise, 2012

    Parc national des Ecrins (F) - ouvrage collectif: "A la découverte des fleurs des Alpes" - Ed. Libris 2002

    Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" - Tome 2: Montagne - Ed. Institut pour le développement forestier (F), 1993

    Raynal-Roques A.: "La botanique redécouverte" - Ed. Belin, 1994






     



  • Un passage remarqué de Traquets motteux (Oenanthe oenanthe), sur les plateaux entre Evrehailles et Houx-sur-Meuse

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Les plateaux entre Evrehailles, Purnode et Houx-sur-Meuse sont constitués principalement de grandes cultures et de quelques prairies pâturées, piquetées çà et là de petits espaces boisés, de haies et de fourrés. Ces paysages ouverts sont souvent assez monotones mais offrent des points de vue assez vastes sur la région. On y voit loin ! Pour l'observateur de l'avifaune, ce sont des endroits privilégiés pour suivre certaines migrations automnales ou vernales. En outre, il est fréquent d'y observer les évolutions de certains oiseaux de proie. Plusieurs buses variables planent en "miaulant" ou se tiennent à l'affût sur des piquets de clôture et le faucon crécerelle, en chasse, pratique son vol sur place, face au vent. Le faucon hobereau apparaît subitement, à grande vitesse, provoquant la panique parmi les passereaux et le milan royal, en migration, scrute, à une certaine hauteur, le champ récemment moissonné. Enfin, des busards, en passage, volent en louvoyant, au ras des éteules, à la recherche d'un rongeur. Ces plateaux sont aussi fréquentés par des passereaux, nicheurs ou en halte migratoire, qui affectionnent les espaces ouverts ou les zones de cultures. Citons, entre autres, l'alouette des champs, les bergeronnettes grises et printanières, le pipit farlouse, le rouge-queue noir, le tarier des prés, la linotte mélodieuse ou le bruant jaune.

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    Le Tarier des pré (Saxicola rubetra) hiverne en Afrique tropicale. Lors des passages du mois de septembre, on peut l'observer sur les piquets de clôture ou au sommet d'une haute plante, dans une friche, entre Evrehailles et Houx-sur-Meuse.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Septembre ! C'est le moment d'explorer les campagnes et de fixer du regard les piquets de clôtures ou les blocs de pierre qui émergent d'une parcelle vouée à la culture et qui vient d'être travaillée. Là ! Une tache blanche surgit d'une grosse pierre, dans le champ récemment hersé, puis disparaît derrière celle-ci ! Elle réapparaît sur cet autre bloc. Un Traquet motteux, bien en vue !

     

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    Photo: René Dumoulin - www. oiseaux.net


    Après deux ou trois courbettes, il s'envole à ras de terre, étalant son enseigne: le blanc du croupion et de la queue, où se détache un "T" foncé renversé. Le plumage, est très déroutant lors des passages de fin d'été et d'automne. Avec leurs teintes assez brunes ou rousses, les oiseaux des deux sexes, ainsi que les jeunes venant de muer, se ressemblent. Mais cette marque très visible attire vite l'attention de l'observateur.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    La taille du Traquet motteux est à peu près celle d'un moineau, mais l'oiseau est plus élancé. Sa silhouette dressée, sa queue relativement courte et ses différentes attitudes sont très caractéristiques. Il est sans cesse en mouvement et, lorsqu'il se poste un instant sur quelques points élevés, tête dressée et poitrine bombée, il n'arrête pas de plier et de tendre ses longues pattes par saccades. Il balance aussi rapidement son corps de haut en bas, tandis que sa queue se déploie, s'élève et s'abaisse lentement.

     

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    Une femelle, très attentive et inquiète.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Lors d'une sortie sur les lieux, je l'ai vu parcourir quelques mètres sur la petite route menant à Blocmont, allant de droite à gauche, à grands sauts pressés. Il capturait des petites proies dans la végétation du bord de la voirie.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    M'ayant repéré, il a fait volte-face sur une éminence proche, comme pour me surveiller. C'est un passereau nerveux et assez farouche ! Ensuite, d'un vol rasant, rapide et onduleux, il s'est éloigné quelque peu, puis sa trajectoire s'est relevée brusquement avant d'atteindre un perchoir, en l'occurrence un piquet de clôture. C'est à ce moment-là que je me rends compte que les autres piquets sont occupés par d'autres oiseaux. Cinq Traquets motteux et deux Tariers des prés ! Les oiseaux quittent régulièrement les perchoirs pour capturer un insecte, par un habile essor papillonnant ou en volant sur place. Ils descendent au sol, entre les hautes herbes ou sur la terre nue, courant et sautillant en tous sens pour piquer des proies (Coléoptères, Diptères, criquets ou sauterelles, petits mollusques, chenilles, myriapodes ou araignées , ...). Pas de doute, ces oiseaux de passage se ravitaillent abondamment avant de reprendre leurs périples vers l'Afrique !

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    En migration, notre Traquet motteux montre une nette prédilection pour les champs labourés et leurs grosses mottes, dont il tire son qualificatif de "motteux". Voyageant de nuit, les oiseaux, parfois en nombre important, atterrissent au petit jour. Ils se disséminent alors sur nos plateaux cultivés, isolés ou par groupes lâches. A l'occasion, ils se concentrent sur un secteur très réduit comme ce labour caillouteux, près du lieu-dit "Chirmont".

    A l'instar du rouge-gorge, des rouges-queues, des grives et des merles, ... les Traquets et les Tariers appartiennent à une vaste Famille, celle des Turdidés. Les Traquets, dont la queue est blanche et noire, se cantonnent dans les régions de steppes caillouteuses et désertiques, en plaine comme en altitude. Les Tariers fréquentent les espaces à hautes herbes ou couverts d'une végétation basse. D'après L. Yeatman (1980), le centre de dispersion des Traquets est situé sur les terrains arides s'étendant du Sénégal à la Mongolie. Le seul qui a su se dégager des climats chauds pour s'adapter aux climats tempérés et même froids, c'est le Traquet motteux. Celui-ci peuple les rivages portuguais à ceux de Mandchourie ! Traversant l'océan, les oiseaux d'Europe se sont installés au Groenland et au Labrador, tandis que ceux de Sibérie ont gagné l'Alaska !

     

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    En Europe tempérée et du nord, le Traquet motteux est resté fidèle aux espaces dénudés rappelant un peu les déserts. Les espaces ouverts à végétation rase ont sa préférence: dunes du bord de mer, landes, pelouses alpines parsemées de rochers jusqu'à 2.800 mètres, ...

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    En Belgique, les nidifications de Traquets motteux sont sporadiques et l'espèce semble même en déclin total. En 2006-2007, on comptait seulement 7 à 8 couples nicheurs en Flandre et aucune reproduction en Wallonie n'a été établie depuis 1997 (J.-P. Jacob, 2010). Chez nous, on observe encore ce beau passereau lors de la migration postnuptiale qui débute en août, culmine à la fin du mois et jusqu'à la mi-septembre pour décroître rapidement en octobre. Au printemps, il est à nouveau de passage dans nos campagnes, dès la mi-mars et surtout en avril-mai. C'est un grand migrateur et il est remarquable de constater sa fidélité à l'Afrique, berceau de ses ancêtres. Tous les Traquets motteux vont hiverner au sud du Sahara, même ceux venant de l'Alaska qui traversent en diagonale l'Asie pour atteindre la Somalie. Ceux du Groenland et du Canada franchissent l'océan pour retrouver les chaleurs du Sénégal !

     

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    Un mâle adulte au printemps.

    Photo: René Dumoulin - www. oiseaux.net

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    Une femelle

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net






  • En cette fin d'été, si on parlait des Guêpes ...

    Depuis environ trois semaines, de nombreuses Guêpes visitent le seau dans lequel je dépose les déchets de légumes et de fruits. Ce sont des ouvrières en fin de vie qui errent çà et là, à la recherche de matières sucrées.

     

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    Des Guêpes communes (Vespula vulgaris) se nourrissant de matières sucrées.

    Photo: Marianne Horemans, Mol, 30 Juillet 2013


    Il faut dire que, sous nos latitudes, le déclin naturel des sociétés de Guêpes, en fin d'été et en automne, est inéluctable. En effet, après avoir abrité tout l'été des milliers d'ouvrières (femelles stériles), voilà que ce sont maintenant des mâles et des femelles qui éclosent en nombre, et peu d'ouvrières ! Alors que les accouplements ont lieu, les larves, dans les alvéoles, sont affamées et maigrissent, car la diminution du nombre d'ouvrières a une incidence négative sur l'élevage du couvain. Celles-ci ne peuvent plus alimenter toutes les larves, ou bien elles ne les nourrissent plus suffisamment. A l'intérieur du nid, beaucoup de larves périssent ou tombent hors des alvéoles, devenues trop grandes pour elles. Les ouvrières les prenant pour des déchets, les transportent hors du guêpier. C'est l'hécatombe ! Ensuite, la vieille reine, les ouvrières et les mâles meurent misérablement, ainsi que de nombreuses femelles fécondées ou non. Seules, quelques femelles vigoureuses ou chanceuses arrivent à trouver un abri pour l'hiver où elles viveront dans un état d'engourdissement. Ce sont elles, les reines, qui, au printemps, se metteront en quête d'un grenier abrité, d'un espace vide et bien sec sous quelques tuiles, d'un tronc d'arbre creux, d'une simple branche ou d'un trou dans la terre, afin d'y fonder une nouvelle colonie.

     

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    Guêpe germanique (Vespula germanica): une jeune reine.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 11 Septembre 2011


    Des Guêpes ! Voilà certes des insectes soi-disant connus de tous ! Malheureusement la réputation qui leur est faites partout est peu enviable. Cependant, si, comme des milliers de gens le font pour les abeilles domestiques, on renonce à la crainte qu'inspire leur aiguillon, si on les approche avec douceur et intérêt pour les observer, on constate alors que les guêpes sociales sont des insectes superbes, aux couleurs vives et tranchées !

     

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    La beauté d'une Guêpe commune (Vespula vulgaris).

    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 9 Janvier 2012


    Leurs moeurs sont des plus intéressantes, tout autant que celles de l'abeille domestique et des fourmis ! Les guêpes n'ont-elles pas employé bien avant nous la pâte de bois pour faire du papier ? Le grand naturaliste Réaumur (1683-1757), observateur si consciencieux des insectes, fut le premier, en Occident, à suggérer l'utilisation du bois pour la fabrication du papier. Celui-ci disait, en 1752: "Les guêpes nous apprennent à substituer le bois aux chiffons dans la fabrication du papier.".

     

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    Une reine de Guêpe moyenne (Dolichovespula media)

    Au printemps, une reine construit un nouveau nid, appelé aussi "guêpier". Le matériel utilisé est le bois, sec ou pourri, dont elle arrache les fragments aux troncs, aux piquets de clôture, aux poteaux et vieilles palissades en bois, ... Elle mélange ensuite ceux-ci à de la salive jusqu'à en faire une pâte à papier. C'est avec cette pâte qu'elle façonne les alvéoles et l'enveloppe externe du nid.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Avril 2011

     

     

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    Une Guêpe saxonne (Dolichovespula saxonica), en ouvrant et fermant alternativement ses mandibules, détache une lanière verticale et très mince de bois qui s'enroule, sous sa bouche, en une pelote grise, au fur et à mesure qu'elle descend.

    Photo: Luc Clarysse, Treignes, 30 Mai 2011


    Les Guêpes appartiennent à l'Ordre des Hyménoptères (2 paires d'ailes membraneuses), au Sous-ordre des Apocrites (abdomen et thorax finement resserrés à leur jonction), au groupe des Aculéates (ovipositeur transformé en aiguillon). Avec les polistes (Polistinea), les Guêpes forment la Famille des Vespidae qui compte 14 espèces en Belgique. Il est question ici des Guêpes dites "sociales" qui, comme l'abeille domestique, vivent en colonies. Parmi celles-ci, citons notamment la Guêpe germanique (Vespula germanica), la Guêpe commune (Vespula vulgaris), la Guêpe saxonne (Dolichovespula saxonica), ainsi que le Frelon (Vespa crabro), la plus grande espèce européenne. L'identification des différentes espèces repose sur la morphologie faciale (longueur des joues par exemple) et les motifs colorés du corps et de la tête.

     

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    La Guêpe germanique (Vespula germanica) est l'espèce la plus commune des zones tempérées, Amérique du Nord incluse. En Europe, on peut la rencontrer presque partout. L'ouvrière (10 à 19 mm) possède trois taches noires sur la face et quatre taches jaunes sur le thorax brun noir; l'abdomen est tigré de jaune. Les reines apparaissent dès la mi-mars et les ouvrières peuvent voler jusqu'à la mi-novembre. Le nid de couleur grise peut atteindre un diamètre de 30 cm et renfermer plus de 10.000 individus. Cette guêpe est une active prédatrice d'autres insectes, notamment des Diptères (mouches et moustiques) et de chenilles. En été, elle se nourrit aussi du nectar des fleurs et de la pulpe de fruits mûrs. C'est somme toute l'espèce la plus agressive.

     

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    Une reine de Guêpe germanique (Vespula germanica)

    Photo: J.-S. Rousseau-Piot, Strée, 15 Mai 2013


    La Guêpe commune (Vespula vulgaris), aux moeurs semblables à l'espèce précédente, s'en différencie toutefois par la bande noire en forme d'ancre sur la face. Le nid, jaunâtre, est construit dans le sol ou dans les habitations.

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    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 9 Janvier 2012

     

    La Guêpe saxonne (Dolichovespula saxonica) est surtout répandue dans les régions de collines boisées. La reine choisit pour édifier son nid un endroit abrité de la pluie, du vent et de la chaleur du soleil. Son choix n'est pas toujours heureux, en particulier lorsque le nid est exposé au regard de l'homme. En général, on trouve les "guêpiers" dans les toits ou les charpentes des maisons forestières, appentis, granges et autres édifices en bois. Ils sont parfois installés dans les tas de bois ou supendus à une grosse branche d'un arbre.

     

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    Photo: Marianne Horemans, Mol, 27 Juin 2013


    Avec ses 30 mm, le Frelon (Vespa crabro) est la plus grande et la plus impressionnante des guêpes européennes. Moins abondant que les autres guêpes, il fréquente surtout la campagne. Jusqu'en 1850, il n'était présent qu'en Europe. Grâce aux activités humaines, on le retrouve aux Etats-Unis et au Canada. Ses ailes sont rousses, son abdomen, pétiolé, est jaune orangé tigré de brun  et son thorax est foncé. Les reines volent à partir de la mi-avril, et les ouvrières sont actives jusqu'à la mi-septembre. Le nid mesure de 30 à 40 cm de diamètre et abrite quelques centaines d'individus. Le frelon est essentiellement un prédateur d'autres insectes qui chasse également la nuit. A la fin de l'été, on peut souvent l'observer sur des fruits tombés ou des composts, se nourrissant d'aliments liquides et sucrés. Une grosse population (500-600 individus) nourrit ses larves avec près d'un demi kilo d'insectes (parfois nuisibles et considérés comme indésirables par les humains) par jour ! Cela correspond à la consommation journalière de 5 à 6 familles de mésanges !

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 11 Mai 2011


    Le Frelon a une très mauvaise réputation. Pourtant moins agressif que ses congénères de petite taille, il ne pique que lorsqu'il se sent fortement menacé, près de son nid ou lorsqu'il pénètre, la nuit, dans les habitations, attiré par la lumière. Dans ce dernier cas, on peut se demander si son agressivité n'augmente pas à cause de l'agitation et la panique des humains ! Il est plus craintif et choisi toujours la fuite pour éviter un conflit. Dans beaucoup de régions du centre de l'Europe, il est en voie de disparition. En Allemagne, le Frelon est protégé par la loi, depuis le 1er janvier 1987.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 29 Avril 2011


    Rappelons ici la différence principale entre les Abeilles et les Guêpes. Celle-ci réside dans la nourriture que ces insectes donnent à leurs larves. Les Abeilles les nourrissent de nectar et de pollen. La matière première du miel, produit par l'Abeille domestique (Apis mellifera), en est le nectar sucré de végétaux, concentré par évaporation et chimiquement modifié par l'action des sucs digestifs incorporés lors des nombreux passages successifs dans les jabots des abeilles butineuses et des préparatrices de la ruche; en outre, les grains de pollen y sont toujours mélangés en quantité plus ou moins grande.

     

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    Abeilles domestiques (Apis mellifera)

    Photo: www.fr.wikipedia.org


    Si elles sont aussi friandes de liquides sucrés, les Guêpes nourrissent essentiellement la génération future de proies, telles que chenilles et autres larves, mouches (90% chez le Frelon) ou divers insectes. Dans une certaine période de leur vie, ce sont donc des insectes bien utiles !

     

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    Photo: www.commons.wikimedia.org


    Les guêpes réagissent très vite à un geste brusque. Cependant, si vous avez les nerfs solides, vous pouvez impunément en laisser une se poser, par exemple, sur votre main. Elle lèchera votre peau de sa longue langue, en vous titillant de ses antennes ! Si vous restez calme, elle s'en ira sans vous piquer. Henri de Saussure écrivait: " Si les guêpes piquent, c'est toujours par voie de représailles; tantôt c'est pour leur défense personnelle, tantôt c'est par vengeance. Dans ce dernier cas, elles poussent l'ire jusqu'à prendre l'offensive et à poursuivre leur ennemi. Mais tant qu'on ne les agace pas, on peut en toute sécurité, leur permettre même de se promener sur son visage ou sur ses mains. Elles ne piquent jamais, tant qu'on se tient immobile ou qu'on se meut avec lenteur; mais au moindre mouvement qui les effraie, elle réponde par un coup d'aiguillon. Les gens chez qui la vue de ces insectes excite une terreur ridicule, et qui cherchent à les chasser loin d'eux par des mouvements provocateurs, sont précisément ceux qui se font piquer, tandis que ceux qui leur laissent la liberté de se mouvoir autour de leur personne ne le sont jamais, au grand étonnement des premiers."

    Il faut, cependant, rester prudent. Le véritable danger, avec les abeilles et les guêpes, ce sont les réactions anaphyllactiques: certaines personnes, après une première piqûre, deviennent très sensibles au venin de ces insectes au point qu'une seconde piqûre peut les plonger dans le coma ou entraîner leur mort. Des attaques massives, avec piqûres nombreuses à la tête, peuvent être également fatales. Le danger est réel, mais il ne faut ni l'exagérer, ni en ressentir une peur panique. Aux Etats-Unis, on compte en moyenne 50 victimes par an, pour une population d'environ 200 millions d'habitants ! Le danger est donc infiniment moindre que celui de se faire renverser par une voiture en traversant une rue ! (P. Dessart - 1981)

    En conclusion, les Guêpes méritent un respect raisonné. Il ne faut donc les combattre que lorsque c'est absolument nécessaire !





  • Le Tarier pâtre (Saxicola rubicola), jadis compagnon du berger, est de retour à Tricointe (Yvoir)

    Sur ce site, si je fais la part belle aux oiseaux, c'est qu'ils représentent à mes yeux bien plus qu'eux-mêmes. Ils témoignent de la richesse écologique d'un terroir rural. Lorsque j'aperçois le Tarier pâtre, c'est tout un monde pratiquement révolu qui réapparaît: celui des prairies de fauches, des pelouses ouvertes et sèches, des landes, des lieux au couvert ras et pierreux ... Cet oiseau était autrefois le compagnon du berger, sur la colline rocailleuse et couvertes de broussailles clairsemées !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Il faut se méfier du concept de nature, utilisé de nos jours à tort et à travers, et entaché d'équivoque. Si l'on entend par nature l'antithèse absolue de la civilisation, le monde inviolé par l'espèce humaine, il n' y a plus de nature en Wallonie depuis au moins 4000 ans ! Chez nous, il convient de chercher autre chose: des espaces non seulement influencés par l'Homme, mais même créés par lui ! Les pratiques agropastorales de jadis ont ouvert nos paysages. Le pâturage de printemps par les moutons, dans les friches, limitait la prolifération des broussailles. Les milieux ouverts, biologiquement riches en plantes, insectes, oiseaux ..., voient le jour. De nombreux passereaux vont y trouver une nourriture abondante et des lieux propices à la nidification. C'est le cas de notre Tarier pâtre, le seul oiseau, à ma connaissance, que la nomenclature ornithologique ait consacré comme homonyme du berger ! Le drame de la seconde moitié du XX ième siècle est, chez nous, la disparition progressive des espèces végétales et animales que nous avions involontairement favorisées en établissant nos champs et nos parcours. Nous les éliminons depuis, en laissant l'homme des champs à son tragique monologue, obnubilé par la machine et le rendement.

     

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    Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net

     

    La découverte fortuite d'un couple de Tarier pâtre à Tricointe (Yvoir), en période de nidification, s'est déroulée le 30 juin dernier. Ce jour-là, j'examine les bords du chemin caillouteux filant droit entre deux prairies de fauche, depuis le point de vue sur les carrières de la vallée du Bocq jusqu'à la drève de la forêt domaniale. Le temps est doux et lumineux.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe)

     

    Quelques papillons butinent surtout sur les fleurs des origans (Origanum vulgare), des vesces à épis (Vicia cracca) et des lotiers corniculés (Lotus corniculatus) . Deux bondrées apivores (Pernis apivorus) planent là-bas, en sifflant. Au sommet d'un petit sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), un petit passereau coloré de noir et de brun rouge, à l'attitude dressée, s'agite et jette l'alarme. C'est une série de "ouis trac...ouis trac trac" répétés sans cesse. Un beau Tarier pâtre mâle m'a repéré et, inquiet, il émet ces sons hachés, en battant nerveusement de la queue.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 30 Juin 2013

     

    Un autre oiseau, cette fois plus terne, apparaît sur un piquet de clôture. C'est la femelle ! Elle aussi, insectes au bec, me fait comprendre, de la même manière, qu'une nichée est proche. Au fur et à mesure que j'avance lentement, sans avoir la possibilité d'être plus discret, les sons deviennent plus forts et les oiseaux se déplacent continuellement, se posent, changeant de postes de guet régulièrement (piquets de clôtures ou branches émergentes d'un arbuste). J'arrive à la hauteur d'un petit buisson et les oiseaux s'envolent en criant, au ras du pré. Le mâle fait même du surplace, toujours en m'invectivant. Je continue ma progression et le calme semble revenir. Les oiseaux, rassurés, sont maintenant posés derrière moi, sur leurs perchoirs. Le danger que je représentais est passé. Je m'éloigne encore un peu pour les observer sans les déranger outre mesure. Un couple de Tarier pâtre s'est donc installé ici, à Tricointe ! Le comportement des oiseaux et les insectes au bec de la femelle m'indiquent que des jeunes sont nés. Le nid est probablement dissimulé dans les herbes sèches, sous ce petit buisson. Le 18 juillet, j'observerai trois jeunes à l'envol et je reverrai la famille le 29 juillet, le 3 et le 5 août.

     

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    Paraissant sombre de loin, le mâle porte un plumage bien contrasté. Sa tête noire est soulignée de côté par un bout de col blanc. Son habit foncé, presque noir, est relevé de blanc sur les ailes et au croupion. Sa poitrine est vivement colorée de rouge brun orangé.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

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    La femelle est plus modeste et plutôt brune. Son masque est grisâtre et des taches claires sont présentent aux côtés du cou. Sa poitrine a une teinte roussâtre et les miroirs blancs des ailes sont bien visibles.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

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    Le juvénile, en été, ressemble assez bien à la femelle, mais semble plus sombre. Les miroirs blancs aux ailes sont souvent plus restreints et la poitrine est tachetée de brun.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

     

     

  • Une attention toute particulière pour le Tabac d'Espagne (Argynnis paphia)

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    François Hela examine, de très près, un Tabac d'Espagne (Argynnis paphia) sondant de sa trompe les fleurs d'une Eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) !

    Photo: Marc Dewez, Dinant (Fonds de Leffe), 11 août 2013

     

    On aurait pu croire que le printemps particulièrement froid et humide annonçait une année pauvre en papillons. Heureusement, les journées du mois de juillet et du début du mois d'août furent clémentes et chaudes. Soudainement, de nombreux Lépidoptères apparurent, pour notre plus grande joie !

     

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    Le Tabac d'Espagne (Argynnis paphia)

    Photo: Fr. Hela, Dinant (Fonds de Leffe), 11 Août 2013

     

    De mémoire de naturaliste, je ne me souviens pas d'avoir vu autant d'individus de certaines espèces habituellement moins communes ! C'est le cas du Tabac d'Espagne. S'il est vrai que son apparition dépend beaucoup des conditions météorologiques, sa présence dans notre région, absolument partout, est un fait remarquable. On dirait que la population de ce magnifique et grand nacré a subitement explosé ! On peut le voir, en nombre, en forêt, sur les chemins, dans les clairières, dans les coupes et le long des lisières, mais aussi dans les prairies plus ou moins humides ou sèches, remplies de ses fleurs préférées. Dans les friches et les jardins, il se jette littéralement sur les grappes de fleurs des Buddléas ou "Arbres à papillons".

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 4 Août 2013

     

    A cette période, il n'est pas rare d'observer de deux à six Tabacs d'Espagne à la fois sondant de leurs trompes les fleurs d'Astéracées, d'Apiacées, de Dipsacacées ou d'autres plantes sauvages au nectar abondant. Actuellement, la plante favorite de notre papillon est, sans conteste, l'Eupatoire chanvrine, mais je l'ai surpris, entre autres, sur les Cardères (Dipsacus fullonum et pilosus), sur l'Origan (Origanum vulgare), les Cirses et Chardons, la Centaurée jacée (Centaurea jacea s.l.) ou sur les Scabieuses colombaires (Scabiosa columbaria) et la Knautie des champs (Knautia arvensis).

     

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    L'Eupatoire chanvrine, actuellement la plante favorite de notre papillon.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2013

     

    En Wallonie, le Tabac d'Espagne est la plus grande espèce (envergure: 54 à 70 mm) du groupe des Argynnes au sens strict, faisant partie d'une importante Famille, celle des Nymphalidés. Comme les autres représentants de cette Famille, les pattes antérieures, finement poilues, des mâles et des femelles sont atrophiées. Si elles sont inutilisables pour se fixer ou se déplacer, elles servent néanmoins au nettoyage des antennes et de la tête. On peut d'emblée caractériser les Argynnes ou Nacrés par leur coloration générale très souvent fauve ou orangée. Le dessus des ailes de ces papillons porte des dessins divisés en traits et en taches. Sous les ailes postérieures, on peut fréquemment admirer des plages brillantes et argentées. Le nom vernaculaire donné à plusieurs espèces fait référence à cette caractéristique (Nacrés, Colliers argentés, ...).

     

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    Le dessous d'une aile postérieure du Petit Nacré (Issoria lathonia) montrant des plages brillantes et argentées.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 31 juillet 2010

     

    Chez les Argynnes ou Nacrés, la cellule des ailes postérieures est toujours fermée par une nervure, quelque fois très fine, et les ailes antérieures du mâle portent parfois des bandes d'écailles odorantes ou androconies (écailles particulières des ailes des papillons mâles, sécrétant des phéromones destinées à la recherche du partenaire sexuel).

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    Ailes d'un Tabac d'Espagne (Argynnis paphia) mâle (d'après Ph. Georges):

    a. écailles odorantes ou androconies sur l'aile antérieure

    c. cellule des ailes postérieures fermées par une nervure

     

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    Sur cette photo d'un Tabac d'Espagne mâle, on remarque très bien les androconies sur les ailes antérieures.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 15 août 2013

     

    Les chenilles de ces papillons sont couvertes d'épines barbelées. Elles sont très difficiles à découvrir. Durant le jour, elles se tiennent immobiles et dissimulées sous les feuilles des violettes qui sont leurs principales plantes nourricières. D'après Georges Ph., les Lépidoptères du groupe des Argynnes sont présents dans presque toutes les parties du globe. Ils manquent dans le Sud de l'Afrique et de l'Amérique, ainsi que dans certaines régions de l'Australie. Dans notre région, d'autres Nacrés peuvent être observés, notamment le Petit Nacré (Issoria lathonia) et le Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino).

     

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    Sans être abondant, le Petit Nacré (Issoria lathonia) est observé lors des années chaudes, principalement en juillet et en août. La chenille vit, en principe, sur les Violacées (violettes et pensées), mais a été vue sur le Sainfoin (Onobrychis viciifolia) et la Bourrache (Borago officinalis).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 31 Juillet 2010

     

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    Le Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino) affectionne les clairières et les prairies humides, ainsi que les zones alluvionnaires ouvertes des ruisseaux ou des rivières, là où croît la Reine-des-Prés (Filipendula ulmaria), plante nourricière de la chenille. Certains auteurs indiquent que celle-ci peut se rencontrer sur les ronces, les framboisiers et les orties. Cette espèce est relativement abondante dans les biotopes favorables, durant les mois de juin et juillet. Certains tronçons de la vallée du Bocq, entre Purnode et Spontin, sont particulièrement appréciés par la Grande Violette.

    Première photo: J. De Muynck, Purnode, 2 Juillet 2013.

    Deuxième photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 6 Juin 2011.

     

    Le Tabac d'Espagne est assez répandu dans le sud de notre pays, où il est parfois abondant en juillet et août, dans les bois et clairières. Il se reconnaît facilement. La face inférieure des ailes postérieures brille d'un éclat métallique verdâtre, avec des stries argentées, chez les individus des deux sexes.

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 4 Août 2013

     

    Le dessus des ailes du mâle est d'un fauve vif avec des taches noires et des stries. Les taches androconiales saillantes sont bien visibles, le long des nervures 1 à 4.

     

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    Argynnis paphia mâle

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 31 Juillet 2011

     

    La femelle, un peu plus grande, a le dessus des ailes moins vif avec de grosses taches noires. La forme plus sombre, à coloration brun olive avec des reflets verdâtres (f. valesina) existe aussi.

     

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    Argynnis paphia femelle

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 20 août 2013

     

    Un fait remarquable est à signaler. La femelle ne pond pas sur la plante hôte, mais dans les fentes de l'écorce de divers arbres, en lisière d'un bois ! En juillet, elle vole en spirale autour du tronc et y dépose ses oeufs. Ceux-ci sont pondus un par un, en maintenant un espace entre eux variant de 50 cm à 1 m, à une hauteur pouvant atteindre quatre mètres ! Isolés, les oeufs se trouvent donc dans les anfractuosités de l'écorce et l'éclosion des chenilles a lieu une quinzaine de jours plus tard. Après avoir dévoré le chorion de l'oeuf, la jeune chenille entre en hibernation sur le tronc, là où l'oeuf a été pondu. Au printemps, elle redevient active et descend chercher sa plante nourricière, une violette de préférence. Elle se nourrit de jour et parvient au terme de sa croissance vers la fin du mois de mai. La chrysalide est suspendue à la plante-hôte et, après 2 à 3 semaines, l'adulte parfait (l'imago) émerge.

     

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    Ce magnifique Tabac d'Espagne supporte mal les perturbations occasionnées par les engins, parfois énormes, utilisés pour le débardage. La rectification des lisières ou la gestion forestière hostile aux herbes hautes et buissons sont préjudiciables pour l'espèce.

     

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    Photo: Fr. Hela, Awagne, 3 Juillet 2011

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Une remarquable population d'Ophrys abeilles (Ophrys apifera), espèce autogame, dans une prairie à fromental

    Chaque année, de la mi-juin à la fin du mois de juillet, je trouve mon bonheur dans les quelques prairies fleuries de notre commune. A cette époque de l'année, lors de belles journées, on peut voir ma longue silhouette, ornée d'un chapeau, arpentant les formations végétales des milieux ouverts de notre région (talus fleuris du bord des routes et chemins, prairies de fauche peu amendées, moyennement humides ou sèches ...). C'est en ces lieux que je redeviens enfant pour un temps, absorbé par la beauté du monde végétal et par le petit peuple des lieux herbeux qui s'affaire. Il y a une petite prairie à fromental que j'affectionne tout particulièrement, notamment pour sa diversité en papillons. Elle se situe non loin du hameau de Tricointe (Yvoir), à la lisière de la forêt domaniale. Quel bonheur d'y contempler les capitules des marguerites, des cirses, des centaurées jacées et des knauties des champs ou les gracieuses ombelles des carottes sauvages, des berces communes, des grands boucages et des angéliques des bois ! Les inflorescences des lotiers, de diverses espèces de vesces et de trèfles, de l'érythrée petite centaurée, des campanules, du salsifis des prés et de bien d'autres espèces produisent des harmonies de couleurs toujours changeantes, dès le mois d'avril jusque fin juillet.

     

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    Yvoir (Tricointe): prairie mésophile à fromental

    Photo: Fr. Hela, Juillet 2013


    Cette année, au mois de juin, accroupi dans les hautes herbes, j'observe un Demi-Deuil (Melanargia galathea), élégant papillon, butinant les fleurs d'une knautie des champs.

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    Photo: Fr. Hela, 29 Juin 2013


    Au bout d'un moment, je m'aperçois qu'une petite merveille croît à mes pieds. L'Ophrys abeille est bien là, en pleine floraison. Ce n'est pas une hallucination ! En regardant plus attentivement autour de moi, j'en découvre au moins une trentaine ! Je n'ose plus faire un pas de plus dans les hautes herbes, de peur de mettre le pied sur une de ces petites orchidées, rares et protégées par la loi.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 29 Juin 2013

     

    De loin, j'ai l'impression de voir de gros insectes posés sur des fleurs. De près, le labelle, le pétale le plus grand, des Ophrys, d'une hauteur de 20 à 50cm, semble simuler un insecte par sa forme !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 29 Juin 2013


    Les observations faites sur les Ophrys montrent que la forme, la pilosité, la couleur et même l'odeur de ce pétale trilobé original attirent certains insectes mâles en quête de femelles.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 29 Juin 2013


    Certains observateurs ont assisté à une pseudocopulation ! Le visiteur mâle, prenant le labelle pour une femelle de son espèce, se positionne sur la fleur et tente de s'accoupler. Dans son agitation, il heurte des poches plus ou moins hémisphériques (les bursicules) qui libèrent instantanément les pollinies (amas de grains de pollen, chacun prolongés par un pédicelle (caudicule) et portant à la base une petite pièce visqueuse, appelée rétinacle. Ces pollinies se collent alors sur la tête ou l'extrémité de l'abdomen de l'insecte. Les masses de pollen peuvent ainsi être véhiculées et déposées finalement sur les stigmates d'autres fleurs, car l'insecte tombera à nouveau dans le piège de la ressemblance un peu plus loin.

    D'une façon générale, on constate que la pollinisation par "pseudo-accouplements" de la grande majorité des espèces d'Ophrys est effectuée principalement par des Hyménoptères (Abeilles, bourdons, guêpes). Néanmoins, gardons-nous de généraliser trop hâtivement les interprétations des phénomènes naturels ! Paradoxalement, notre Ophrys abeille, au large labelle accueillant, n'a apparemment nul besoin du concours des insectes pour sa reproduction qui est autogame ! Si J.-L. Clément (1978) dit que la fleur d'Ophrys abeille pratique l'autofécondation, si elle n'est pas pollinisée par les insectes, M. Bournérias, M. Démares et al. (1998) soulignent que l'autopollinisation chez cette espèce semble la règle, malgré la présence de rétinacles fonctionnels. On observe que les masses polliniques se rabattent spontanément sur le stigmate, provoquant l'autofécondation de la plante. Les apparences sont parfois trompeuses et les conclusions que l'on en tire peuvent être hasardeuses !

     

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    Très peu de temps après l'épanouissement de la fleur, les caudicules (pédicelles portant les amas de pollen) s'infléchissent jusqu'à déposer directement le pollen sur le stigmate. L'étrange labelle velouté attire peut-être les insectes, mais ici c'est un leurre superflu !

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 29 Juin 2013


    Bien que convaincu de la plus grande efficacité de la fécondation croisée (allogamie), Charles Darwin (1862) ayant vérifié minutieusement, durant plusieurs années et sur des centaines de fleurs, l'efficacité reproductrice de l'autogamie chez cet Ophrys, souvent plus commun que bien d'autres espèces allogames du même Genre, considère que "le cas est aussi embarrassant que possible ".

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 29 Juin 2013


    En règle générale, les Ophrys préfèrent les milieux ouverts, sur substrats essentiellement calcaires. Dans le centre et le nord de l'Europe, ainsi que dans les régions montagneuses, le nombre d'espèces tend à se réduire et la date de floraison est plus tardive. L'Ophrys abeille, dont la forme des pétales et la couleur du labelle présentent de nombreuses variations, à une aire qui occupe une notable partie des régions situées autour de la Méditerranée (circumméditerranéene), mais aussi le territoire biogéographique de la façade ouest de l'Europe (domaine atlantique). Si, en France, cette espèce est largement répandue, elle est disséminée et rare en Belgique et au Grand-Duché de Luxembourg. Sa présence sur certains sites aux sols récemment remaniés est souvent éphémère. Ses habitats sont les pelouses et prairies sèches à un peu humides, parfois à la lisière d'un bois, mais toujours sur des substrats riches en calcaire. En Belgique, l'Ophrys abeille semble fleurir plus tardivement que les autres espèces, à savoir de la mi-juin au début juillet.

     

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    Photo: Jacky De Muynck, Yvoir (Champalle), 3 Juillet 2013


    Bien que rares, deux autres espèces d'Ophrys pourraient être observées dans notre région.

    L'Ophrys mouche (Ophrys insectifera), sans doute le plus nordique des Ophrys, se rencontre dans les pelouses calcaires et fleurit de la mi-mai à la mi-juin.

     

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    L'Ophris frelon (Ophrys fuciflora)* est une espèce méditerranéene atteignant chez nous sa limite de distribution. Il fleurit de la mi-mai jusqu'au début juillet, dans les mêmes milieux que l'espèce précédente.

    * D'après la dernière édition (2012) de la Nouvelle Flore de Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines, le nom scientifique retenu de cette espèce est Ophrys holosericea.

     

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    Photo: Dominique Testaert, 11 Juin 2013


    Bibliographie:


    Bournérias M. et al.: "Les Orchidées de France, Belgique et Luxembourg", Ed. Collection Parthénope, Paris, 1998.

    Bournérias M. et Bock Ch.: "Le génie des végétaux, des conquérants fragiles", Ed. Belin, Paris 2006.

    Clément J.-L.: "Connaissance des orchidées sauvages" Ed. La Maison rustique, Paris, 1978.

    Delforge P. "Guide des Orchidées d'Europe, d'Afrique du Nord et du Proche-Orient", Ed. Delachaux et Niestlé, Paris, 1994.

    Démares M.: "A propos de la pollinisation", in "L'Orchidophile", n°146, Avril 2001.

    Lagrange H.: "La fécondation des Orchidées", in "Le Courrier de la nature" - Spécial Orchidées n°189, Janvier 2001 - Ed. Société nationale de protection de la nature et d'acclimatation de France asbl (snpn).

    Lambinon J. et Verloove F.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines (Ptéridophytes et Spermatophytes), Edition du Jardin botanique national de Belgique - Meise, 2012 (Sixième édition).

    Raynal-Roques A.: "La botanique redécouverte", Ed. Belin, 1994. 

    Tyteca D.: "Les Orchidées des pelouses calcaires", in "Réserves naturelles", revue bimestrielle des R.N.O.B., n°2, Avril 1983.







     



  • Les aventures d'un jeune Grand-duc d'Europe (Bubo bubo) qui se terminent mal.

    Le 10 juin dernier, je suis contacté, vers 17h30, par le chef de la Carrière HLW (Carrière de Haut-le-Wastia - Colas Belgium), située rue du Redeau, à Yvoir. Celui-ci est préoccupé de la présence d'un jeune Grand-duc d'Europe, à proximité des installations de l'exploitation (concasseurs, presse à boue, tapis roulants, ...). De plus, l'oiseau se trouve à un endroit où le passage de gros véhicules est important. Sans attendre, je me rends sur les lieux et je découvre, en effet, notre jeune oiseau âgé probablement de sept à huit semaines.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Carrière de Haut-le-Wastia), 10 Juin 2013

     

    Il possède encore un duvet bien fourni, mais les plumes des ailes et de la queue sont bien apparentes. A première vue, il paraît vif et en bonne santé. 

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    Plumes d'une aile (rémiges)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Carrière de Haut-le-Wastia), 10 Juin 2013

     

    Je ne suis pas surpris de sa présence sur le site. Depuis déjà plusieurs années, un couple s'est établi dans la falaise calcaire dominant les installations bruyantes de l'exploitation. 

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    Depuis 1987, le site est occupé par le plus grand oiseau de proie d'Europe (D. Vangeluwe, comm. pers.)

     

    Au moment de sa capture, notre jeune Grand-duc d'Europe émet des soufflements chuintants et des claquements avec le bec, me fixant de ses grands yeux aux iris orange brillant. Entourés des ouvriers et du chef de la carrière ébahis et émerveillés, je l'examine attentivement pour m'assurer de son bon état de santé et qu'il ne présente pas de blessures. Notre jeune rapace, au bec déjà fort et aux serres impressionnantes, ne semble pas en danger, hormis le fait qu'il se trouve dans un endroit risqué. 

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    Photo: Emilien Pesché, Yvoir (Carrière de Haut-le-Wastia), 10 Juin 2013

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    Les serres du jeune Grand-duc d'Europe déjà impressionnantes.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Carrière de Haut-le-Wastia), 10 Juin 2013

     

    Dans cette situation, il est préférable de simplement le déplacer et de le déposer parmi les gros blocs de grès, au pied de la falaise, à 250 mètres du lieu de sa découverte. En effet, les années précédentes, j'ai eu maintes fois l'occasion d'observer des jeunes à cet endroit, poussant des sons rêches, à la fin du jour. Les parents, sortant de leurs abris diurnes, les survolaient et disparaissaient pour chercher probablement des proies afin de les nourrir. Voir les évolutions du plus grand oiseau de proie d'Europe est un spectacle émouvant et impressionnant ! 

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    Photo: Grégoire Trunet - www.oiseaux.net

     

    La décision prise, voilà que j'escalade un terril pierreux couvert d'une végétation éparse, mon protégé contre la poitrine. Puis, me faufilant entre les blocs rocheux, j'arrive sur le lieu choisi, plus tranquille et plus sûr. Je trouve un endroit propice pour le déposer. Au crépuscule, du moins je l'espère, l'oiseau lancera des sons pour signaler sa présence et recevoir de la nourriture.

    Il est toujours préférable de laisser la Nature agir ! Dans le cas où l'oiseau ne présente pas des signes de faiblesse, ni de blessures, il vaut mieux le laisser dans son milieu. Les adultes sont à même de le nourrir de la manière la plus adéquate. Bien sûr, il y a toujours des risques. Celui-ci peut être une bonne proie pour un renard roux ou pour un oiseau de proie diurne. Etant peut-être le cadet d'une nichée, il est possible que les parents ne le nourrissent plus et l'abandonnent. Telles sont les dures lois de la Nature !

    Le lendemain, vers 11h00, je me rends à la carrière pour la suite des évènements. A ma grande surprise, le jeune Grand-duc est posté, tel une vigie, au sommet du terril surplombant l'exploitation en pleine activité. Je ne peux le laisser là et j'entreprends la même démarche que la veille. Je le capture pour le poser, à nouveau, dans les éboulis, lieu plus tranquille et moins dangereux.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Carrière de Haut-le-Wastia), 11 Juin 2013

     

    A 22h00, me voilà de retour sur le site. Il est toujours à la même place. Je me retire et je me poste à une cinquantaine de mètres, bien caché derrière un gros bloc de grès ocre, afin de m'assurer que les adultes s'en occupent. Là, j'ai une vue excellente sur la falaise. Immobile, j'attends, en espérant que le jeune émettra des sons. Le soir tombe doucement, mais il fait encore bien clair. Silence total ! De son abri diurne, un adulte, magnifique et impressionnant, apparaît sans faire de bruit et se pose au-dessus des éboulis, sur une corniche de la falaise. Ce moment est inoubliable et une grande émotion m'envahit ! 

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    Photo: Xavier Libert - www. oiseaux.net

     

    Vers 23h00, la nuit tombe pour de bon et un deuxième adulte vole au-dessus de moi et va se percher là-bas, au sommet d'un buisson rabougri. Je commence à ne plus voir distinctement ce qui se passe. 

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    Photo: Jean-Louis Corsin - www.oiseaux.net

     

    Sur le trajet du retour vers ma demeure, je ne suis pas rassuré sur le sort du jeune oiseau de proie. Le lendemain, on me téléphonera de la carrière pour me signaler que celui-ci à été trouvé sans vie, au pied de la falaise.

    Le Grand-duc d'Europe adulte est un super prédateur, perché au sommet de la pyramide alimentaire. Il n'a pas d'ennemis naturels, mais la sélection se joue surtout lors de la période d'élevage des jeunes qui est fort longue et pleine de situations dangereuses. Si les adultes semblent assez robustes et vivent assez longtemps (18 ans et 11 mois pour un oiseau bagué en Suède), la mortalité précoce chez les jeunes est importante.

    En automne déjà, le mâle adulte chante pour affirmer sa possession territoriale et les ardeurs nuptiales se réveillent au milieu de l'hiver, en décembre et janvier, où les chants deviennent réguliers, jusqu'au mois de mars. Lié pour la vie et fidèle à un territoire, le couple installe le nid dans une simple dépression du sol, sur une vire rocheuse, souvent à l'abri d'un surplomb qui forme ainsi une cavité. Dans notre région, les escarpements rocheux ne manquent pas et les carrières désaffectées ou en exploitation sont souvent occupées par le grand oiseau de proie.

     

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    Photo: Marc Fasol - www.oiseaux

     

    En général, la ponte composée de 2 ou 3 oeufs se déroule de la mi-mars à la mi-avril. Ceux-ci sont couvés en moyenne pendant 35 jours par la femelle. 

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    Photo: Marc Fasol - www.oiseaux.net

     

    Les jeunes restent au nid environ deux mois, nourris par les parents. Si la journée, ceux-ci se tiennent cois et sont silencieux, la nuit, ils sont beaucoup plus agités. Ils bougent, crient et se bousculent. C'est alors qu'il arrive que l'un deux se tue en tombant des rochers ou qu'il meurt en cours d'élevage (le plus jeune ou le plus chétif est souvent sous-alimenté). Puis arrive la période d'émancipation durant laquelle les jeunes circulent, se livrent à une gymnastique des ailes, sautent ... Ils se retrouvent finalement en contrebas, dans les éboulis. Les parents continueront le nourrissage hors du nid. 

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    Photo: Marc Fasol - www.oiseaux.net

     

    A ce moment, les jeunes sont exposés à de multiples dangers et, souvent, un ou deux oiseaux périront. Vers l'âge de six mois, chassés du territoire par les adultes, les jeunes sont alors contraints à rechercher un nouveau territoire. Le jeune découvert dans la carrière à Yvoir était âgé d'environ 7 à 8 semaines. Il s'est retrouvé en bas de la falaise sans blessures fatales, mais il était probablement sous-alimenté. Les adultes ne le nourrissaient peut-être plus, se concentrant sur les autres oiseaux de la nichée plus enclin à survivre.

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    La journée, le Grand-duc se tient dans une retraite escarpée. Il paraît inerte et somnolent, les yeux à peine entrouverts, mais il est sur ses gardes !

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

     

     

  • Le Cordulégastre bidenté (Cordulegaster bidentata), une libellule forestière, rare et discrète, en forêt domaniale à Tricointe (Yvoir)

    L'après-midi de ce 8 juin 2013 est radieux et bien ensoleillé. Le ciel bleu piqueté de nuages floconneux et bien blancs, la douceur de l'air et le vent modéré m'invitent à observer particulièrement les insectes. Allons donc dans la forêt domaniale de Tricointe ! J'emprunte la grande drève menant à la maison forestière. De part et d'autre de celle-ci, croît une végétation herbacée bien fournie, tantôt à l'ombre, tantôt en pleine lumière. C'est de bons endroits pour découvrir des arthropodes ailés ou non ! Le Tircis (Pararge aegeria) se chauffe au soleil, en étalant ses ailes à l'horizontale, un mâle d'Aurore (Anthocharis cardamines) explore les fleurs, un charançon noir traverse le chemin, une Misumène (Misumena vatia), "araignée crabe", est à l'affût sur une ombellifère ... Le Pipit des arbres (Anthus trivialis) chante au sommet d'un grand conifère, la Grive musicienne (Turdus philomelos) donne de la voix, un Pic épeiche (Dendrocopos major) alarme à mon passage, en poussant des cris secs et, là-bas, le Bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula) émet des sons plaintifs. Voilà, à présent, deux grandes libellules qui vont et qui viennent sans cesse, au-dessus de la drève. Elles chassent probablement des moucherons ! Lorsqu'elles passent à ma hauteur, je peux voir le jaune et le noir du corps, ainsi que le long abdomen cylindrique. Sapristi ! Ce sont des Cordulégastres ! Ces libellules étant assez rares dans notre région, je décide de rester sur place et d'attendre que l'une d'entre elles se pose, afin de prendre des photos et de déterminer l'espèce. Pendant une bonne vingtaine de minutes, si pas plus, je les observe. Elles volent tout le temps, à gauche, à droite, à grande hauteur ou à un mètre du sol. Je deviens fou, car le vol est si rapide et imprévisible. A certains moments, je les perds de vue lorsqu'elles passent de l'ombre à la lumière ou vice versa. Mon attention se relâche. Non loin de moi, j'entends alors un froissement d'ailes caractéristique. Les deux libellules se sont touchées et, à ma grande surprise, un Cordulégastre est accroché à une branche basse, le corps en position verticale, à quelques mètres de mes yeux. Je m'approche lentement et je suis récompensé pour ma persévérance. Je peux enfin contempler cette superbe libellule et examiner, en détail, son corps noir et jaune. C'est un Cordulégastre bidenté (Cordulegaster bidentata), le plus rare des deux espèces présentes dans notre pays.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale à Tricointe), 8 Juin 2013


    Odonates des petites eaux courantes assez froides et bien oxygénées, à faible débit, ou des cours supérieurs des ruisseaux et rivières, dans un environnement forestier clair et lumineux, les Cordulégastres appartiennent au Sous-Ordre des Anisoptères. Celui-ci regroupe des libellules assez grandes et plus massives que l'on désigne souvent sous le nom de "Libellules" pour les distinguer des "Demoiselles" (Sous-Ordre des Zygoptères). Les ailes postérieures de celles-ci sont plus larges que les antérieures (Anisoptère signifie "ailes inégales"). Au repos, elles les maintiennent dans une position horizontale de chaque côté du corps.

     

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    Un Anisoptère (Libellula depressa) au repos, les ailes inégales à l'horizontale, de chaque côté du corps


    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 11 Juin 2013


    Leurs têtes sont généralement globuleuses et leurs yeux, souvent très grands, se rejoignent fréquemment sur le dessus de la tête. Elles chassent soit à l'affût, à partir d'un perchoir (Libellulidae), soit à la poursuite, comme les Aeschnes, qui se posent rarement. Les libellules de la Famille des Cordulégastridés ont un grand corps, à l'abdomen cylindrique. Elles montrent une coloration noir et jaune contrastée. Leurs yeux composés, plus allongés, ne se touchent qu'en un seul point, au-dessus de la tête, ce qui les distingue des Aeschnes (Aeshnidae), espèces des eaux stagnantes à faiblement courantes, dont les gros yeux globuleux sont collés l'un contre l'autre.

     

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    Tête et thorax d'un Cordulégastre annelé (Cordulegaster boltonii)

    Photo: P. Falatico - http://aramel.free.fr

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    Yeux d'une Aeschne bleue femelle (Aeshna cyanea). Cette espèce chasse souvent loin des plans d'eau et, notamment, dans la drève où le Cordulégastre bidenté a été observé.

    Photo: Fr. Hela, Crupet, 30 Septembre 2012


    Les femelles de Cordulégastres ressemblent aux mâles, mais sont plus grandes. Celles-ci possèdent un ovipositeur (organe destiné à la ponte, appelé également tarière ou oviscapte) très long, dépassant nettement l'extrémité de l'abdomen.

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    Ovipositeur noir, avec une tache jaune à la base, d'une femelle de Cordulegaster boltonii

    La femelle de ce Cordulégastre, non accompagnée du mâle, pond dans la vase des rivières et ruisseaux à eaux vives. La femelle du Cordulégastre bidenté survole une petite anse d'eau peu profonde, abaisse verticalement son abdomen et enfonce rythmiquement son oviscapte dans le limon et, cela, de très nombreuses fois.  

    Photo: P. Falatico - http://aramel.free.fr


    Vivant dans des eaux assez froides, les larves ont un développement très lent, pouvant atteindre trois à quatre ans, en plaine (cinq ans et plus, en altitude), ce qui constitue un record de longévité pour les espèces d'Odonates de nos régions. Elles vivent enfouies dans la vase ou les graviers, en des endroits où le courant est très faible. Seules, l'extrémité de l'abdomen, la tête et les pattes antérieures émergent. Elles sont presque invisibles.

     

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    Larve de Cordulegaster boltonii

    Photo: Lars L. Iversen - http://flickr.com/photos/liversen


    Deux espèces de Cordulégastres sont présentes dans notre pays. Le Cordulégastre bidenté (Cordulegaster bidentata) est considéré comme une espèce extrêmement rare chez nous. Il est connu en Haute-Belgique, soit au sud du sillon Sambre-et-Meuse (Goffart Ph., De Knijf G. et al., 2006). D'après ces auteurs, les observations récentes proviennent essentiellement des zones forestières de Gaume, de la marge septentrionale de l'Ardenne et du Condroz (Godinne, Colonster). Il faut cependant tenir compte de la grande discrétion de cette libellule, rendant sa détection fort aléatoire.

     

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    Cordulegaster bidentata: tête, thorax et la partie supérieure de l'abdomen

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 8 Juin 2013


    Le Cordulégastre bidenté ressemble beaucoup à l'autre espèce, le Cordulégastre annelé (Cordulegaster boltonii) qui est plus commun dans notre pays (Ardenne, Campine, Vallée de la Dyle dans la région de Leuven, ...).

     

    Cordulegaster boltonii Oignies-en-Thiérache 4 juillet 2012 Jean-Sébastien Rousseau-Piot.jpg

    Le Cordulégastre annelé (Cordulegaster boltonii)

    Photo: Jean-Sébastien Rousseau-Piot, Oignies-en-Thiérache, 4 Juillet 2012


    En présence de ces libellules, il convient d'utiliser des jumelles et, si, par chance, celles-ci se posent, d'essayer de prendre quelques photos, ce qui n'est pas évident. Dans le cas où le Cordulégastre est posé, il faut s'approcher avec précaution, afin d'examiner certains détails qui permettront de distinguer l'espèce. On pourra alors observer attentivement l'abdomen et, particulèrement, les segments 4 à 8 (voir la fig.1) qui montrent une paire de tache jaune chez le Cordulégastre bidenté et deux chez le Cordulégastre annelé. Dans la mesure du possible, on pourra remarquer le triangle occipital (voir la fig.1) plat, de couleur noire de la première espèce et convexe à la coloration jaune (parfois brun) pour la deuxième. Enfin, si c'est une femelle, la base de l'ovipositeur est dépourvu de tache claire (bidentata) ou marqué d'une tache jaune ou brun rougeâtre (boltonii).

     

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    Dessin extrait d'une clé de détermination des libellules de Belgique, par Christine Devillers et Serge Bertrand, édité par Jeunes et Nature asbl.


    Le Cordulégastre bidenté est limité à l'Europe moyenne et méridionale où il se rencontre surtout dans les régions montagneuses, depuis le nord de l'Espagne, le sud et l'est de la France (Pyrénées, Languedoc, Alpes, ...) jusqu'en Pologne, en Roumanie et en Grèce, en passant par la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie (Apennins et Sicile), la Tchèquie, la Slovaquie, la Hongrie et les Balkans (Goffart Ph. et al., 2006).

     

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    Le Cordulégastre bidenté

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 8 Juin 2013

    Le Cordulégastre bidenté vole, chez nous, de la mi-mai à la fin août. Certaines zones de la forêt domaniale de Tricointe semblent lui être favorable. Cette forêt regorgent de petits ruisseaux frais, de sources et de suintements. A certains endroits, on se croirait en Ardenne ou à l'étage montagnard, dans les Alpes, excepté l'altitude! Il ne serait pas étonnant de découvrir cette magnifique espèce dans d'autres lieux forestiers de notre région, où sourdent de petits rus frais et oxygénés.

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, 23 Mars 2012


    Littérature consultée:

     

    d'Aguilar J., Dommanget J.-L., Préchac R.: "Guide des Libellules d'Europe et d'Afrique du Nord", Ed. Delachaux & Niestlé, 1985.

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1988.

    Devillers Ch. et Bertrand S.: "Clé de détermination des Libellules de belgique", Ed. Jeunes et Nature asbl.

    Fédaration des clubs CPN (Boult-aux-Bois - France): "A la rencontre des Libellules", Cahier technique de la Gazette des Terriers n°104 (Conception/rédaction: Ch. Bernier), 2003.

    Goffart Ph.: "Les Libellules: Témoins privilégiés de la dégradation des milieux aquatiques", in la revue bimestrielle "Réserves Naturelles" (R.N.O.B.) n° 3-4, Mai-Août, 1988.

    Goffart Ph., De Knijf G., Anselin A. et Tailly M.: "Les Libellules (Odonata) de Belgique: Répartition, tendances et habitats ", Publication du Groupe de travail Libellules Gomphus et du Centre de Recherche de la Nature, des Forêts et du Bois (Ministère de la Région wallonne - DGRNE), Série "Faune-Flore-Habitats", n°I, Gembloux, 2006.

    Jurzitza G.: "Libellules d'Europe (Europe centrale et méridionale)", Ed. Delachaux et Niestlé, 1993.

    Wildermuth H. (Chappuis J.-B. pour la version française): "Les Libellules: Merveilles des lieux humides", in "Protection de la nature", Numéro spécial I/1981, Ed. Ligue Suisse pour la Protection de la Nature (LSPN).


     

     

     


     

     


     

  • Le Canard souchet (Anas clypeata), un canard original, au bec particulier.

    Voilà deux printemps consécutifs durant lesquels quelques Canards souchets font une courte halte sur la Meuse, à la hauteur de l'île d'Yvoir. Le 18 avril 2012, deux mâles, en plumage de noce fortement bariolé, nagent au large et, ce 3 mai 2013, un beau mâle se repose sur une grosse pierre émergeante du bord de l'île.

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Au printemps, le mâle exhibe un plumage rutilant qui brille au soleil: tête d'un vert bouteille presque noir, poitrine d'une blancheur éclatante, flanc et ventre d'un roux acajou foncé, sans oublier le dos noir et blanc, ni les scapulaires qui s'effilent et frangent ses bords. Ce canard de surface, très original, possède aussi un bec particulier, unique dans le monde des canards. Celui-ci est plus long que la tête, épais et aplati en large spatule à l'extrémité. Cet outil disproportionné donne à cet oiseau une silhouette caractéristique.

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net


    Lors des passages en mars et avril, de petits rassemblements de canards souchets sont remarqués ici et là, surtout dans les eaux douces à fonds vaseux et bordées d'une végétation (étangs, marais, ...), mais aussi dans les prés inondés au printemps, sur les plans d'eau et cours d'eau très lents, aux eaux plus profondes. C'est le retour printanier ! 

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    En couple !

    Photo: Michel Lamarche - FindNature.com


    Si certains de ces canards hivernent en petit nombre en Belgique, ceux-ci stationnent, lors de la mauvaise saison, en nombre beaucoup plus important, en France, en Grande-Bretagne et aux Pays-bas. Actuellement, certains oiseaux reviennent de plus loin, notamment d'Espagne, du Portugal, d'Italie et du nord-ouest de l'Afrique, mais aussi du delta du Sénégal, du lac Tchad et du bassin du Niger. En hiver, les oiseaux rencontrés dans le nord-ouest de l'Europe sont originaires d'Islande, de Finlande, de Suède, de Norvège, des Pays Baltes, de l'ouest de la Pologne et du centre de la Russie occidentale.

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    Canard souchet (Anas clypeata) mâle: Un bruissement sonore des ailes accompagne son essor brusque. En vol, on le reconnaît aisément à la proéminence de son bec. Sur ses ailes, s'étend un large triangle bleu ciel à l'avant, séparé du miroir vert par une barre blanche. 

    Photo: Yvon Toupin - www. oiseaux.net


    A présent, revenons au bec particulier du canard souchet. Celui-ci, un peu carnavalesque, est bien utile ! Non seulement, c'est un organe du toucher délicat, avec sa souplesse et ses fibres nerveuses, mais c'est aussi une drague, un tamis, une pompe filtrante, nous dit P. Géroudet (1999). La mandibule supérieure est garnie de lamelles très fines et serrées, comme les dents d'un peigne ou les fanons d'une baleine, qui sont visibles hors du bec et recouvrent les lamelles des mandibules inférieures. Comme les deux mandibules ne se joignent pas exactement, il reste toujours un vide entre elles, lorsque le bec est fermé.

     

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    Canard souchet femelle.

    Photo: Michel Lamarche- FindNature.com


    Le canard souchet promène son bec dans l'eau d'un côté à l'autre, aspirant par un mouvement incessant de la langue et des mandibules, retenant les particules comestibles dans les lamelles et rejetant de côté l'eau filtrée.

     

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    Photo: Julien Daubignard - www.oiseaux.net


    De cette manière, il peut se nourrir du plancton minuscule en suspension dans l'eau et la vase, et profiter d'une quantité de petites proies, qu'il capture en masse. Il mange des graines, des pousses et des bourgeons de plantes aquatiques, des algues, des mollusques, des petits crustacés et des insectes.

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Ce canard filtreur des eaux de surface niche aux bords des zones humides peu profondes, riches en végétation et en plancton, ceinturées de roselières, de prés ou de bois humides. Il est très répandu dans la moitié nord de l'Europe. La Russie, la Finlande et les Pays-bas hébergent le gros de la population nicheuse. Cette espèce se reproduit aussi, entre autres, en France et en Allemagne. En Belgique, ce canard de surface niche principalement en Flandre. En Wallonie, le canard souchet reste un nicheur très rare, localisé et fluctuant (J.-P. Jacob et M. Derume, 2010).

     

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    Photo: Michel Lamarche - FindNature.com






     





  • La Cicindèle champêtre (Cicindela campestris): un Coléoptère prédateur redoutable !

    Par une journée chaude de ce début du mois de mai, j'herborise le long d'un large sentier bien exposé au soleil. Le sol sec est caillouteux, argilo-sablonneux à certains endroits et suffisamment drainé. De chaque côté, c'est la chênaie sessiliflore qui s'arrête brusquement par des talus ocres, abruptes, où affleurent des grès, des psammites et des schistes. Ceux-ci sont envahis par une végétation herbacée et arbustive clairsemée. De petites oseilles (Rumex acetosella) tapissent une zone schisteuse, le genêt à balais (Cytisus scoparius) et le sureau à grappes (Sambucus racemosa) fleurissent. En ces lieux, mon intérêt se porte sur plusieurs luzules en fleurs. La luzule printanière (Luzula pilosa), la luzule multiflore (Luzula multiflora), la luzule des bois (Luzula sylvatica) et la luzule blanche (Luzula luzuloides) font mon bonheur. Alors que j'examine attentivement ces plantes, je suis surpris par le vol bruissant d'un insecte, si vif que je ne perçois au premier abord qu'une ombre verte retombant presque aussitôt dans la rocaille. Je m'approche doucement et je reconnais aisément l'élégante silhouette de la Cicindèle champêtre. Mais, ma parole, c'est un accouplement !

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 5 Mai 2013


    Ces Coléoptères sont superbes. Leurs élytres vert mat, cuivrés, présentent chacun six taches blanc ivoire. Le dessous de leurs corps est vert bleuâtre, brillant, rehaussé de pourpre. Leurs pattes luisantes sont violettes et leurs antennes sont cuivrées à la base. Quelle merveille !

     

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    Photo: Fr. Hela, Houyet (Celles), 28 Avril 2013.


    L'activité des Cicindèles est étroitement liée à l'ensoleillement. Privées du rayonnement solaire et de sa bienfaisante chaleur, elles perdent toute vivacité. Ce sont des Coléoptères carnassiers, redoutables prédateurs, qui s'observent habituellement dans des habitats ouverts. Ils montrent une attirance pour les sols sablonneux. Ainsi, dans l'ancienne sablière située à Celles (Houyet), ils abondent. En marchant lentement dans ces lieux magnifiques, on peut les voir courir souplement et vivement, leurs pattes longues et grêles paraissant à peine effleurer le sol.

     

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    Houyet (Celles): Vue sur la sablière Jean Marcaux.

    Photo: Fr. Hela, 28 Avril 2013


    Ce sont les plus vifs coursiers du monde des insectes, d'après M. Chinery (1993). La plupart des espèces volent bien, en faisant de longs bonds pour chasser moucherons et autres petits invertébrés sur le sol. Les Cicindèles s'envolent comme des mouches !

     

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    Cicindela hybrida courant au sol.

    Photo: Fr. Hela, Houyet (Celles), 28 Avril 2013


    Les mandibules puissantes et dentées de ces insectes retiennent l'attention. Les Cicindèles sont bien des chasseresses performantes ! Au niveau de la tête, on peut remarquer les yeux composés bien développés, très efficaces pour la chasse à vue. Les antennes sont implantées sur la face antérieure de la tête, juste sous les yeux.

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    Le corps des Cicindèles est quelque peu aplati et les taches couleur ivoire sur les élytres et à la base des mandibules semblent participer au camouflage de ces insectes.

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    Cicindela hybrida: Les zones des élytres marquées de blanc ivoire semblent casser la silhouette de l'insecte et lui assurent un excellent camouflage.

    Photo: Fr. Hela, Houyet (Celles) 28 Avril 2013.


    Prédatrices au stade adulte, les Cicindèles le sont également au stade larvaire. La larve de la Cicindèle champêtre vit dans un puits vertical, creusé dans le sol et, au fond duquel, elle aménage une petite chambre. Ce puits, situé le plus souvent au fond d'une légère dépression en forme d'entonnoir, a un diamètre de 3 à 6 mm, et une profondeur de 10 à 15 cm. A la surface du sol, celui-ci s'ouvre par un orifice parfaitement circulaire. La larve présente une morphologie assez particulière. Ses pattes, insérées latéralement, permettent un déplacement rapide sur les parois du puits. La partie supérieure de sa tête est aplatie et fortement chitinisée, de même que le premier segment thoracique (pronotum). Ses mandibules puissantes sont recourbées vers le haut.

    La larve de la Cicindèle chasse à l'affût, ancrée à la partie supérieure de son puits. L'ancrage est réalisé à la fois latéralement par les pattes et, dorsalement, par deux crochets situés au sommet d'une protubérance du cinquième segment abdominal.

     

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    La tête et le pronotum de la larve affleurent à la surface du sol, obturant le puits. Lorqu'un insecte ou un autre petit invertébré vient à passer au-dessus du piège, il est happé par les mandibules et prestement entraîné au fond du puits pour y être dévoré. Les proies dont la taille excède le demi-centimètre sont dédaignées, la larve préférant alors se terrer au fonds de son puits, par mesure de sécurité. Pour repérer et apprécier la taille de ses proies, la larve de Cicindèle dispose, sur chaque côté de la tête, de six stemmates, c'est-à-dire douze "yeux simples" (ceux-ci permettraient une vision efficace dans un rayon d'environ 5 cm). Après son repas, elle rejette les restes chitineux non digérés.

    Sauf lors d'accidents ou de dérangements, la Cicindèle ne change pas de terrier au cours de sa vie larvaire. A la fin de l'été, la larve se retire dans la chambre aménagée, au fond de son puits, après en avoir obturé l'entrée. C'est là qu'elle s'y métamorphose en nymphe. Celle-ci passera un hiver ou deux sous terre avant de se transformer finalement en un insecte parfait (l'imago).

     

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    La Cicindèle champêtre (Cicindela campestris)

    Photo: Nadine Pirlot, Houyet (Celles), 28 Avril 2013


    Dans notre région, la Cicindèle champêtre n'est pas un insecte rare, mais toujours localisé. Du fait de ses moeurs particulières, il ne peut prospérer que dans les endroits bien exposés, au sol suffisamment drainé et dont la compacité permet tant à la larve qu'à l'adulte, d'y creuser leurs terriers. On peut le rencontrer, d'avril à juin, dans les carrières, sur les sentiers forestiers bien exposés, à végétation limitée, dans les anciennes argilières ou sablières et, même, près des voies ferrées désaffectées ou non, comme à Yvoir, à proximité de la Maison des Jeunes. 

    En Belgique, existent d'autres espèces. Cicindela hybrida est assez commune, d'avril à août, dans les zones sablonneuses de tout le pays.

     

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    Photo: Nadine Pirlot, Houyet (Celles), 28 Avril 2013


    Cicindela sylvatica fréquente, de mai à juillet, les bois des régions aux affleurements sablonneux (Campine, Lorraine, Hainaut) et gréseux. Cette espèce plus grande que Cicindela hybrida est devenue très rare.

     

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    Cicindela sylvatica

    Photo: Lex Peeters, Hamont (Dg), 4 Août 2012


    Cicindela maritima, inféodée aux dunes du littoral et aux sables de la campine anversoise, est considérée comme très rare dans notre pays.


    Bibliographie:

    Auber L.: "Atlas des Coléoptères de France, Belgique, Suisse" Tome 1, Ed. Boubée, 1976

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1993.

    Evans G.: "The life of beetles", Ed. G. Allenaud, Unwin-London, 1975.

    Houvenaghe G.: "Les Cicindèles", in Naturalistes Belges 41-3, 1960.

    Paulian R.: "Atlas des larves d'insectes de France", Ed. Boubée, 1971.

  • Potentille faux-fraisier (Potentilla sterilis) ou fraisier sauvage (Fragaria vesca) ?

    En ce début du mois d'avril, la température est encore bien basse pour la saison. Je suis à la recherche de quelques plantes vernales qui devraient commencer à fleurir. Quelques Corydales solides (Corydalis solida) tentent une apparition, une dizaine de Tussilages (Tussilago farfara) éclairent de jaune un endroit où le sol est dénudé et de belles populations de dorines à feuilles alternes (Chrysosplenium alternifolium) colorent de vert tendre et de jaune la berge de la rivière. C'est pénible cette année, la végétation semble encore engourdie ! Sur le talus bien éclairé par les rayons du soleil, au pied des broussailles, de petites fleurs aux pétales blancs, légèrement échancrés, attirent mon attention. Les premières Potentilles faux-fraisiers (Potentilla sterilis) sont enfin en fleurs !

     

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    La Potentille faux-fraisier (Potentilla sterilis): On peut remarquer ici que les pétales, légèrement échancrés, ne se touchent pas et ne se recouvrent donc pas par les bords. Si on examine le réceptacle (axe de la fleur sur lequel sont fixées les pièces florales), on constate qu'il est velu.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Avril 2013

     

    D'ordinaire je les observe déjà à la fin du mois de février ou au début de mars, à proximité d'un bois, d'une haie ou dans une coupe forestière. Cette potentille précoce, aux feuilles toutes à trois folioles, ressemblent à s'y méprendre au Fraisier sauvage (Fragaria vesca), espèce plus connue pour son faux-fruit rouge, la fraise des bois. Celui-ci fleurit normalement d'avril à juin et, à cette période, les deux espèces peuvent fleurir en même temps.

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    Le fraisier sauvage (Fragaria  vesca): Les pétales se touchent ou même souvent se recouvrent par les bords. Le réceptacle est glabre et présente un anneau de poils à la base.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Avril 2012


    Nos deux espèces appartiennent à la Famille des Rosacées. Elles possèdent des fleurs à cinq pétales blancs, libres entre eux, et un calice (cinq sépales) doublé extérieurement d'un calicule formé de cinq petites pièces vertes. Leurs feuilles, composées de trois folioles, sont velues et dentées.

     

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    Feuille à trois folioles de Potentilla sterilis: La face inférieure de celle-ci est glauque et munie de poils dressés obliquement. Les dents sont larges et plus ou moins obtuses.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 15 Avril 2013.

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    Feuille à trois folioles de Fragaria vescaLa face inférieure est vert grisâtre à un peu glauque-argenté, munie de poils soyeux apprimés. Les dents, plus nombreuses, sont aiguës.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 17 Avril 2013.


    L'ancien nom scientifique de la Potentille faux-fraisier Fragaria sterilis ("fraisier stérile") avait été donné par Carl von Linné (1707-1778). Celui-ci, constatant probablement que cette espèce ne donnait pas à maturité un faux-fruit rouge (la fraise), conclut qu'il s'agissait d'une espèce de fraisier stérile. De nos jours, on a gardé l'épithète spécifique sterilis pour désigner cette potentille. Cela ne veut pourtant pas dire qu'elle est stérile. Elle donne bien, à maturité, un groupe de petits fruits secs (akènes) ! Chez le Fraisier sauvage, ces akènes sont portés par un faux-fruit rouge.

     

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    La fraise des bois est, en fait, un faux-fruit, résultant de la croissance du réceptacle qui se poursuit après la floraison. Un fruit est, par contre, un organe contenant des graines, provenant de la transformation d'un ou de plusieurs ovaires après la fécondation.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2012.

     

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    La fraise est un faux-fruit. Le réceptacle saillant, charnu et juteux, porte les petits akènes (fruits secs indéhiscents) qui dérivent des carpelles.

    Dessin extrait de l'ouvrage "La botanique redécouverte" par Aline Raynal-Roques, aux éditions Belin INRA, 1994.

      

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    Une fleur de Potentille stérile visitée par une abeille solitaire, probablement du Genre Andrena.

    Photo: Fr. Hela, Warnant, 14 Avril 2013.



     



     

     



  • Une observation surprenante: l'Avocette élégante (Recurvirostra avosetta) nage en pleine eau sur la Meuse, à Yvoir !

    Le 10 mars dernier, je me rends sur les bords de la Meuse, à Yvoir, pour observer les oiseaux d'eau, comme je le fais régulièrement. L'île d'Yvoir et la Meuse à cet endroit sont fortement artificialisés, ce qui n'empêche pas d'y faire quelques fois des observations inhabituelles, surtout en hiver et lors des migrations. Cinq hérons cendrés sont posés sur les anciens nids des années précédentes et lancent leurs cris gutturaux. Un couple de cygne tuberculé entame une parade qui se termine par un accouplement. Deux grèbes huppés dans leurs habits de noce sillonnent la zone. Là, sur un gros bois mort sortant de l'eau du fleuve, deux goélands pontiques adultes se reposent avec quelques mouettes rieuses. Un quinzaine de grands cormorans font de même sur les grosses pierres qui émergent, au bord de l'île. Un peu en retrait, une silhouette blanche de la taille d'une mouette flotte au large. Je n'en crois pas mes yeux ! Non, je ne rêve pas, il s'agit bien d'une Avocette élégante (Recurvirostra avosetta) qui nage là-bas et qui bascule de temps en temps comme un canard ! De près, l' identification de l'Avocette est facile: le plumage blanc bariolé de noir et, surtout, le bec noir, fin, à pointe relevée sont caractéristiques de l'espèce.

     

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    L'apparition de cet oiseau sur la Meuse est surprenante. En effet, ce limicole fréquente d'ordinaire des milieux saumâtres ou salés, auxquels il est largement inféodé. Pendant une grande partie de l'année, les avocettes ne visitent que les vasières des estuaires et des baies maritimes soumises aux marées. C'est là qu'elles trouvent une alimentation abondante: petits crustacés, larves d'insectes et vers notamment. Avec leur bec original, à la sensibilité tactile très développée, elles sabrent à l'aveuglette la vase fluide et l'eau trouble. A la recherche de leurs nourritures, elles se courbent vers la boue liquide ou l'eau peu profonde et plongent l'extrémité entr'ouverte des mandibules, en fauchant alternativement d'un côté à l'autre. Après chaque mouvement, elles relèvent le bec pour avaler les proies qu'elles ont rencontrées.

     

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    Photo: Jean-Pierre Robert, Ijsermonding - Reservaat, 17 Novembre 2011

     

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    Photo: Werner Priels, Uitkerkse Polder, 2 Juin 2012


    Toutefois, l'Avocette peut  se rencontrer à l'intérieur des terres, dans les eaux douces, en général peu profondes et pourvue de plages de boues ou de vases, le sel ne semblant pas lui être indispensable. De plus la palmure développée de ses doigts lui permet de nager sans contrainte, flottant avec la poitrine enfoncée et l'arrière du corps relevé. A l'occasion, nous dit P. Géroudet (1982), elle cherche aussi sa nourriture sous l'eau, en immergeant tout l'avant du corps, tandis que l'arrière-train pointe à la verticale.

     

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    Photo: J.P Paris - http://www.baladeornithologique.com


    Mais revenons à l'observation du 10 mars. L'avocette exprime maintenant de l'inquiétude. L'arrivée d'un goéland pontique en est peut-être la cause. Les mouvements de sa tête et un balancement nerveux de l'avant du corps indiquent son départ imminent. C'est parti ! L'oiseau s'envole en répétant un "klut" assez flûté et sonore. Il passe près de la berge où je me trouve, vire vers l'île, revient et finit par se poser à nouveau au large. Au vol, la silhouette de l'avocette est typique: ailes assez larges, cou à demi tendu et longues pattes dépassant largement la queue courte. Le dessous de son corps est entièrement blanc, à l'exception des rémiges primaires qui sont noires.

     

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    Photo: Werner Priels, Uitkerke Weiden - Velduilweiden Uitkerke (VWUK), 30 Avril 2012.

     

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    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    L'Avocette est un oiseau de passage régulier dans notre pays, principalement sur le littoral. Au cours de leurs migrations diurnes ou nocturnes, les Avocettes franchissent, dans une moindre mesure, les terres intérieures. Toutefois, bien peu s'y arrêtent, les observations ne concernant rarement plus d'une dizaine d'oiseaux ensemble. Ainsi, en Wallonie, celles-ci sont bien moins fréquentes. Le plus souvent notés lors du passage printanier, de mars à juin, les oiseaux migrateurs stationnent sur toutes sortes de milieux pourvu qu'il y ait présence d'eau et de vasières: étangs, marais avec eaux libres peu profondes, bassins de décantation de sucreries, bassins d'orage et mares temporaires se formant dans des prairies ou des cultures, suite à des pluies abondantes en fin d'hiver ou au printemps.

     

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    L'Avocette élégante, aux hautes jambes bleuâtres, arpente, à pas mesurés, les plages et les eaux peu profondes.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    L'Avocette élégante est un limicole* nicheur du Paléarctique qui englobe l'Europe, le nord de l'Afrique et une grande partie de l'Asie non tropicale. L'aire européenne comprend, d'une part, le sud du continent et d'autre part, les régions côtières situées entre la France et le sud de la Baltique (M. Derume, 2010). D'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie (J.-P. Jacob et al., 2010), la reproduction dans la région a pu être prouvée pratiquement chaque année. La population nicheuse y est cependant marginale, comptant 1 à 3 couples par an. Les premiers cas de nidification de l'espèce en Wallonie seront découverts en 1984 et 1985, dans les bassins de décantation de la sucrerie de Warcoing (Hainaut) (D. Hubaut, 1984).

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    P. Géroudet (1982) nous dit qu'aussitôt l'élevage des jeunes terminés, les vasières des côtes atlantiques voient affluer des troupes d'Avocettes de plus en plus nombreuses. Ce sont surtout celles de la mer du Nord, du Waddenzee en particulier, qui deviennent le principal secteur de rassemblement et de mue pour les populations du nord-ouest de l'Europe; les arrivées se précisent dès mi-juillet et des dizaines de milliers d'Avocettes y séjournent d'août à mi-octobre, avant de repartir plus au sud. Certaines d'entre elles s'y attardent même jusqu'en décembre. Toujours d'après cet auteur, la plupart des oiseaux d'Europe occidentale hivernent du sud de la Bretagne au Sénégal et à la Gambie, dont près du tiers au Portugal (environ 11.000).

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

    * Le cri habituel de l'Avocette élégante, un "klut" assez flûté et sonore, est à l'origine de son appellation néerlandaise. Kluut désigne cette espèce dans cette langue.

    * Limicole: Le terme vient du latin limus (limon, boue) et -cola (qui habite ou exploite). Les Limicoles (Ordre des Charadriiformes) comprennent plusieurs Familles, dont deux riches en espèces: Les Charadriidés (pluviers, vanneaux, gravelots, ...) et les Scolopacidés (bécassines, courlis, barges, chevaliers, ...).



    Littérature consultée:

    Derume M.: "Avocette élégante, Recurvirostra avosetta", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie", Publication d'Aves et du Département de l'Etude du Milieu Naturel et Agricole (Service Public de Wallonie - DGNRE), Gembloux, 2010.

    Géroudet P.: "Limicoles, Gangas et Pigeons d'Europe", Ed. Delachaux&Niestlé, Paris, 1982.

    Hubaut D.: "Premier cas de nidification de l'Avocette (Recurvirostra avosetta) en Wallonie et statut régional de l'espèce", in Bulletin Aves, Vol.21 n°4, 1984.

    Svensson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, Paris 2010.







     

     




     

     



     

     



  • Le Carabe des bois (Carabus nemoralis) un Coléoptère carnassier à l'Airbois (Yvoir)

    Profitant de cette belle journée printanière de ce 6 mars 2013,  je ratisse les feuilles de hêtres dans les pelouses de la ferme de l'Airbois, avant le retour du temps froid annoncé. Au pied d'une haie, un insecte terrestre apparaît, sans doute dérangé par mon activité. Ses déplacements sont extrêmement rapides et il n'est pas aisé de l'observer dans le détail. Malgré sa course rapide, je parviens à le capturer à la main et je le dépose dans une bassine vide à ma portée. Il se calme et je peux ainsi l'examiner et le photographier. Il s'agit d'un Carabe et, plus précisément, du Carabe des bois (Carabus nemoralis). Belle découverte !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 6 Mars 2013


    La détermination de ces Coléoptères repose en partie sur les côtes qui ornent les élytres, ainsi que sur les petites impressions punctiformes qui les marquent. Notre Carabe présente une couleur générale brune bronzée et un thorax violacé sur les bords. Ses élytres sont marquées de stries confuses et de rangées de petits points très superficiels.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 6 Mars 2013

     

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    Les élytres convexes du Carabe des bois (Carabus nemoralis) présentent des stries à peines indiquées et des points enfoncés régulièrement alignés.

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    Tête du Carabe des bois (Carabus nemoralis): antennes sur les côtés, entre les yeux composés et les mandibules, ainsi que les pièces bucales

    Photos: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 18 Juillet 2012


    Le Carabe des bois est un prédateur nocturne chassant, entre autres, limaces et vers. Le jour, il se met à l'abri sous les pierres, les tas de feuilles ou le bois pourri au sol. Les bois et forêts humides constituent ses habitats principaux.

    Les Carabes sont des Coléoptères carnassiers terrestres dont la taille varie entre 13 et 38 mm. Ils chassent leurs proies à la course, tant à l'état larvaire qu'à l'état adulte. Ils se reconnaissent immédiatement à leur corps ovale et convexe, à leurs longues antennes amincies attachées sur les côtés de la tête, entre les yeux composés et les mandibules, ainsi qu'à leur thorax élégamment découpé en coeur.

     

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    Le Carabe violet (Carabus violaceus), espèce plus grande, habitant aussi les bois et les forêts.

    Photo: Olivier Deplus, Morhet, 29 Juillet 2012


    Leurs élytres sont lisses ou, plus souvent, striés en long, rugueux, chagrinés. Ils sont noirs ou ternes et, plus fréquemment, d'un vif éclat métallique coloré. Chez ces insectes, il n'est pas rare de constater que les ailes menbraneuses, cachées au repos par les élytres et servant au vol chez d'autres Coléoptères, soient réduites ou absentes. Leurs élytres sont souvent soudées ensemble.

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    Le Carabe à reflets dorés ou cuivrés (Carabus auronitens) est une espèce spectaculaire. Ses pattes robustes indiquent une adaptation à la course pour chasser ses proies.

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    Carabus auronitens: tête et thorax

    Photos: Ludwig Jansen, Mol, 14 Novembre 2008.


    Les larves carnassières, protégées par une armure de couleur foncée, sont animées de mouvements rapides et adroits. Elles vivent dans le sol ou les souches d'arbres morts. Elles se nymphosent dans des logettes et les adultes éclosent généralement avant l'hiver pour ne quitter l'abri nymphal qu'au premier printemps.

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    La larve d'un carabe non identifié, prédatrice comme l'adulte.

    Photo: Arnaud Ville


    Les Carabes chassent en solitaire, surtout la nuit et par temps pluvieux, courant avec agilité sur les sentiers, entre les graminées, sur les talus, ... où abondent larves, vers et mollusques. Armés de leurs puissantes mandibules, ce sont de redoutables prédateurs, très utiles pour l'agriculteur ou le jardinier. Dans les lieux cultivés et les jardins, ils jouent un rôle indéniable en limitant les populations d'invertébrés indésirables.

     

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    Carabus granulatus est une espèce que l'on peut rencontrer de mars à septembre, dans les forêts, les bois, les marais, les prairies humides, sous les écorces des troncs abattus et les mousses, généralement à proximité d'eaux stagnantes.

    Photo: Marianne Horemans, Balen, 9 Juillet 2011


    D'après G. Boosten et G. Coulon, quatorze espèces de Carabes (Genre Carabus) sont présentes dans notre pays. Certaines d'entre elles sont très communes, d'autres sont rares ou extrêmement localisées.


    Bibliographie:

    Auber L.: "Atlas des Coléoptères de France, Belgique, Suisse", Tome I, Ed. Boubée, 1976

    Bootsen G. et Coulon G.: "Regards sur les insectes: les Carabidés", in Feuille de contact du C.R.A.S.E.N.

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1988.

    du Chatenet G.: "Guide des coléoptères d'Europe", Ed. Delachaux & Niestlé, 1986.

    Grootaert P., Baert L. et Dessart P.: "Une introduction à l'entomologie", Guide Exposition Insectes, Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, 1989.

    Paulian R. : "Atlas des larves d'insectes de France" Ed. Boubée, 1971.

    Robert P.-A.: "Les Insectes", Tome I, Ed. Delachaux & Niestlé, 1960.



     

     



  • Les hérons blancs explorent notre région

    Non, vous n'êtes pas victime d'une hallucination. Vous avez bien vu un héron blanc, aux mouvements gracieux et mesurés, qui survole le village, qui arpente une prairie à la recherche de quelques campagnols ou qui fréquente régulièrement les bords d'un étang, la rivière ou les îles de la Meuse ! Celui-ci n'est pas un individu albinos, mais une espèce qui est de plus en plus observée dans notre région, du mois de septembre au mois de mars. C'est la Grande Aigrette (Ardea alba*), apparentée à notre Héron cendré (Ardea cinerea).

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Ce superbe oiseau ne cherche pas à se cacher, n'ayant d'ailleurs aucune possibilité de se camoufler. Très visible, mais de tempérament farouche, la Grande Aigrette est une prédatrice qui aime avoir autour d'elle des espaces dégagés faciles à surveiller. Totalement blanche en tous plumages, elle a la taille à peu près aussi forte que celle du héron cendré. En vol, sa silhouette immaculée est prolongée, à l'arrière, par le dépassement bien visible des pattes foncées aux doigts noirs. La lenteur de ses battements d'ailes donne une impression de légèreté. Son cou replié, étroit et anguleux, est un caractère typique des hérons en vol, bien différent des cigognes et des grues qui volent avec le cou tendu en avant. A l'extémité de sa petite tête effilée, son bec en poignard est jaune en hiver. Celui-ci devient noir au printemps, à l'exception de sa base qui reste jaune.

     

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    La Grande Aigrette (Ardea alba) a une taille de 95 cm et une envergure de 150 à 165 cm.

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

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    Le Héron cendré (Ardea cinerea) est un peu plus grand que la Grande Aigrette (Taille: 84-102 cmet envergure: 155-175 cm)

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Un autre héron blanc, plus petit de taille, pourrait apparaître occasionnellement dans notre région. Il s'agit de l'Aigrette garzette (Egretta garzetta), au bec toujours brun noirâtre. Ses pieds jaunes tranchent avec les pattes sombres. En période nuptiale, on peut remarquer quelques longues plumes effilées dans sa nuque. Les observations notées de cette espèce, également en progression,  proviennent surtout de Flandre et de la vallée de la Haine (Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul notamment).

     

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    L'Aigrette garzette (Egretta garzetta) a une taille variant de 50 à 67 cm et une envergure de 90 à 110 cm.

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    L'aigrette garzette en période nuptiale.

    Photos: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Je me souviens de ma première rencontre avec la Grande Aigrette et de mon enthousiasme d'alors. Cet instant de pur bonheur se déroulait au début des années 1980, dans le Brabant flamand, entre Wavre et Leuven, plus particulièrement au bord d'un vaste plan d'eau à Sint Agatha-Rhode. A cette époque, les observations, concernant surtout des individus isolés, n'étaient pas fréquentes et il fallait les soumettre à la Commission d'homologation pour valider celles-ci. Depuis 1991 (J. Godin, 2004), une augmentation spectaculaire de nombre de Grandes Aigrettes migratrices ou hivernantes est constatée et concerne presque toutes les régions de notre pays. Autrefois confinée dans les grands marais de l'Europe centrale et orientale (Delta du Danube notamment, Roumanie, Ukraine, ...), la Grande Aigrette montre un dynamisme remarquable dans le deuxième tiers du XXième siècle (Th. Tancrez, M. Windels et al., 2012). Celui-ci est accompagné d'une forte augmentation de l'hivernage de l'espèce dans le centre et l'ouest de l'Europe qui a précédé l'installation d'oiseaux nicheurs dans plusieurs pays d'Europe occidentale. Ainsi, on compte 180 couples en France, essentiellement localisés sur la facade atlantique, en 2008 et 143 couples aux Pays-bas entre 2002 et 2006 (J. Simar, 2010). A la faveur d'hiver doux, la population semble progresser et se répandre. Ainsi, 10 couples ont été découverts en Baie de Somme, en 2007 et une tentative de nidification a eu lieu en Flandre, en 2006.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    En Wallonie, un couple a tenté de nicher dans le complexe des Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul, en 2009, mais le nid a été abandonné après une semaine (J. Simar, 2010). Il faut dire que cette zone humide est fréquentée régulièrement par l'espèce et que, depuis 2006, quelques Grandes Aigrettes estivent (2009: 4 à 6 oiseaux fréquentent le site). Ce qui était attendu, arriva. L'été 2012, une première nidification réussie de notre héron blanc est découverte dans le Hainaut occidental. Le site occupé sont les anciennes argilières de Ploegsteert, situé au sud-ouest de l'entité Comines-Warneton. Le nid sera construit dans une rangée de jeunes saules de moins de 4 mètres de haut (Th. Tancrez, M. Windels et al., 2012).

     

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    Photo: Michel Lamarche - FindNature.com


    L'expansion naturelle de cette espèce semble difficile à expliquer. Quoi qu'il en soit, il nous faut nous réjouir de sa présence régulière dans nos contrées !


    Littérature consultée:

    Benmergui M.: "Premier cas de reproduction de la Grande Aigrette Egretta alba* en Dombes (Ain), in Revue Ornithos Vol.4 n°9.

    Géroudet P.: "Grands échassiers, Gallinacés, Râles d'Europe" Ed. Delachaux&Niestlé, 1978.

    Godin J.: "Nos hérons", in Aves-Contact 2/2004.

    Legrain B.: "Les hérons s'installent", in "le magazine couleurs nature" - Natagora, juillet-août 2012.

    Simar J.:  " Grande Aigrette, Casmerodius albus*", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie 2001 -2007, Ed. Aves et Région Wallonne, 2010.

    Svensson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, 2010.

    Tancrez Th., Windel M. et al.: "Première nidification réussie de la Grande Aigrette Casmerodius albus* en Belgique", in Bulletin Aves 49/3, 2012.

    Voisin Cl.: "La protection des hérons de France: les résultats", in Bulletin "Le Courrier de la Nature" n°151 - mai-juin 1995.

     


    * Le nom scientifique de la Grande Aigrette que j'ai retenu est Ardea alba (voir L. Svensson, "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, 2010). Egretta alba et Casmerodius albus semblent devenus des synomymes pour désigner l'espèce.

     


  • Bientôt, ce sera le moment d'observer nos primevères !

    Les termes marqués d'un astérisque sont définis dans le petit glossaire, en fin de note.


    Du mois de mars au mois de mai, nos sous-bois, nos lisières et le pied de nos haies vont s'illuminer de jaune. Ce sera le moment d'admirer nos primevères ! L'adjectif latin "primulus" veut dire "tout premier" et indique le caractère précoce de la floraison de celles-ci. Dans certaines régions, on nomme la primevère "coucou des bois", "herbe de Saint-Pierre". En néerlandais et en allemand on l'appelle "sleutelbloem" et "Schlüsselblüme", sleutel et Schlüssel signifiant la clef (du paradis). On raconte que Saint-Pierre, admiratif devant la splendeur du printemps, laissa tomber une des clefs du "Paradis" et celle-ci prit racine au milieu des anémones et des ficaires ! Ce serait ainsi que la primevère apparu.

     

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    La primevère officinale (Primula veris)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 22 Avril 2012.


    Outre les primevères, la Famille des Primulacées comprend notamment des espèces comme les lysimaques avec leurs belles fleurs jaunes, les cyclamens délicats, le mouron rouge (Anagallis arvensis subsp. arvensis) de nos cultures et potagers ou encore la trientale (Trientalis europaeus), espèce rare des landes tourbeuses ou des bois clairs à bouleaux pubescents (Betula alba) de la Haute Ardenne.

     

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    Le mouron rouge (Anagallis arvensis subsp. arvensis) de vos potagers fait partie de la même famille que les primevères.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Juin 2011.

     

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    La lysimaque commune (Lysimachia vulgaris) est une primulacée assez fréquente en bord de Meuse.

    Photo: Fr. Hela, Anhée (bord de Meuse), 30 Juin 2012


    Chez nous, nous pouvons distinguer deux espèces.

    La primevère élevée (Primula elatior), assez commune, est présente dans les aulnaies*, les frênaies* ainsi que dans les chênaies* et prairies fraîches à humides. Ses feuilles sont toutes en rosette à la base, progressivement rétrécies en pétiole*, inégalement dentées, ridées, à nervation fortement réticulées*. Sa corolle* jaune pâle, inodore, possède une couronne orange clair au sommet du tube*. Le calice* à dents aiguës est appliqué sur le tube* de la corolle. Elle fleurit de mars au mois de mai.

     

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    Photos: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche, vallée du Bocq), Avril 2012


    La primevère officinale (Primula veris) a des feuilles brusquement rétrécies en un pétiole* ailé. Sa corolle* jaune foncé possède cinq taches oranges au sommet du tube*. Le calice*, à dents obtuses et uniformément vert pâle, n'est pas appliqué sur le tube* de la corolle. Cette plante est odorante et certains auteurs notent une odeur de miel, un faible parfum citronné; d'autres encore évoquent une senteur suave semblable à celle du lait ! A vous de sentir ... La primevère officinale fleurit d'avril à mai et préfère un sol sec à très sec, sur calcaire. Chez nous, cette espèce est assez commune dans les prairies sèches, les pelouses calcaires, les bois clairs et les talus.

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 6 Avril 2012


    En Belgique, nous devons mentionner une autre espèce bien plus rare à l'état sauvage. Il s'agit de la primevère acaule (Primula vulgaris). La plupart du temps, cette espèce est parfois subspontanée* ou naturalisée*. De nombreux cultivars* et hybrides de cette plante à corolle rouge, rose, violette, blanche, ... sont cultivés pour l'ornement des jardins et s'observent parfois en dehors de ceux-ci.

     

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    Primula vulgaris et un cultivar de cette plante à fleurs roses violacées


    Les primevères se multiplient par division des racines en automne et par semis. Les minuscules graines sont enfermées dans une capsule s'ouvrant par des dents. Ces plantes sont mellifères. Les marques oranges des corolles conduiraient les visiteurs ailés aux nectaires* où ils peuvent se sustenter.


    Il est une particularité intéressante chez les primevères qu'on appelle hétérostylie (voir la figure ci-dessous). On rencontre deux sortes d'individus: les uns ont un long style* et leurs étamines chargées de pollen sont dissimulées dans le fond du tube de la corolle; les étamines des  autres sont disposées en haut du tube et leur style est beaucoup plus court. L'existence de ces deux types de fleurs permet la pollinisation croisée. La nature évite ainsi la consanguinité et favorise le formation de couples. A vos loupes !

     

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    L'hétérostylie chez la primevère: Style et stigmate (1), Etamines (2)


    Dans le guide du Musée pharmaceutique et du Jardin des Plantes médicinales de l'Abbaye d'Orval, on peut lire: "La primevère officinale se caractérise par la présence, dans la plante entière, de saponosides* acides. La racine contient deux hétérosides*: le primevéroside et le primulavéroside. Les fleurs et les racines contiennent en outre une huile essentielle à odeur d'anis. Les feuilles quant à elles, sont riches en vitamine C et en flavonoïdes*. En usage interne, la racine de primevère est expectorante, diurétique* et laxative. Elle augmente les sécrétions salivaires et bronchiques. En usage externe, les propriété hémolytiques* des saponines* sont mises à profit dans le traitement des ecchymoses."

     

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    La primevère officinale (Primula veris) à Yvoir (Tricointe)

    Photo: Fr. Hela, Avril 2012


    Petit glossaire

    Aulnaie: bois d'aulnes ou riches en aulnes. Se dit aussi aunaie.

    Calice: enveloppe extérieure de la fleur, formée de sépales libres ou soudés.

    Chênaie: forêt de chênes ou riche en chênes.

    Corolle: enveloppe interne de la fleur, située entre le calice et les étamines, à divisions (pétales) libres ou soudées.

    Cultivar: variété d'une espèce de plante, inconnue à l'état spontané, sélectionnée par l'homme et propagée par celui-ci parce qu'elle présente un intérêt ornemental dans ce cas-ci.

    Dépuratif: qui élimine les déchets et les toxines de l'organisme en stimulant l'action des organes excréteurs.

    Diurétique: qui active l'élimination de l'urine.

    Flavonoides: Les drogues à hétérosides flavoniques sont souvent diurétiques, antispasmodiques et possèdent des propriétés vitaminiques P (augmentation de la résistance des capillaires sanguins et diminution de leur perméabilité). Ces propriétés trouvent leur intérêt aussi en diététique (fruits de Citrus).

    Frênaie: forêt de frênes ou riche en frênes.

    Hémolytique: qui détruit les globules rouges.

    Hétérosides: Les hétérosides sont des produits fréquemment rencontrés chez les plantes. Sous l'action de certains enzymes ou en présence d'acides, ils se décomposent en un ou plusieurs glucides (glucose souvent) et en une partie non glucidique appelée aglycone ou génine. L'action médicamenteuse est due à l'aglycone, qui peut appartenir à des classes chimiques extrêmement différentes. La partie glucidique augmente la solubilité de l'aglycone dans l'eau et par là, la résorption dans le corps.

    Naturalisé(e): se dit d'une plante originaire d'une région située en dehors du territoire étudié, introduite à l'origine fortuitement ou volontairement (dans ce cas-ci, il s'agit d'une plante cultivée pour l'ornement) et persistante.

    Nectaires: organes glanduleux de certaines fleurs sécrétant un liquide sucré nommé nectar.

    Nervation réticulée: disposition des nervures d'une feuille, marquée de lignes en réseau, comme les mailles d'un filet.

    Pétiole: partie amincie de la feuille reliant le limbe (partie élargie de la feuille) à la tige.

    Saponines: voir saponosides.

    Saponosides: Hétérosides (hétérosides saponisides) caractérisés par leurs propriétés moussantes et leur amertume. Ils provoquent l'hémolyse des globules rouges et sont très toxiques pour les animaux à sang froid. La nielle, la saponaire, mais aussi des espèces alimentaires telles que la luzerne, le soja et les betteraves contiennent ces substances. En usage interne, ce sont des expectorants (thés et sirops pectoraux) agissant par réflexe, après irritation des muqueuses stomacales (comme l'Ipéca); ils sont aussi diurétiques, sudorifiques* et dépuratifs*. Enfin, ils facilitent la mobilisation du calcium et du silicium. Ils augmentent l'efficacité des tisanes qui en contiennent.

    Subspontané(e): se dit d'une plante cultivée, échappée des jardins, des parcs ou des champs, ne persistant souvent que peu de temps dans ses stations ou du moins ne se propageant pas en se mêlant à la flore indigène.

    Sudorifique: qui provoque la transpiration.

    Tube: partie inférieure d'une corolle ou d'un calice, formée par la soudure des pétales ou des sépales.


    Bibliographie

    Anonyme: "Guide du Musée pharmaceutique et du jardin des plantes de l'Abbaye d'Orval ", Ed. Abbaye d'Orval, 1975.

    Clesse B.: "Glossaire botanique illustré", Ed. ENPN, 1998.

    Lambinon J. et al.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines" Cinquième édition (2004), Patrimoine du jardin botanique national de Belgique.

    Moens P.: "Introduction botanique à la pharmacognosie", Ed. UCL 1991 et 1992 (2 tomes).

    Poelaert M. et Woué L.: "Notions de chimie organique", Ed. CNB, 1996.

    Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" 1. Plaines et collines, Ed. Institut pour le développement forestier (France), 1989.

    Vlietinck A.-J. et Totte J.: "Plantes médicinales", Ed. Jardin botanique national de belgique, Meise, 1985.

     

     


  • Heureusement, il y les Tarins des aulnes ...

    L'hiver 2012-2013 est assez pauvre en ce qui concerne les observations ornithologiques un peu particulières. Pour trouver des passereaux hivernants dans notre région, il faut chercher assidûment. Il faut dire que les fruits secs ou charnus de nos arbres et arbustes indigènes sont peu abondants. Heureusement, des bandes de Tarins des aulnes (Carduelis spinus) semblent actuellement apprécier les aulnes glutineux (Alnus glutinosa) croissant près de nos cours d'eau et sont l'objet de toute mon attention.

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    Tarin des aulnes (Carduelis spinus): Mâle.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

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    Tarin des aulnes (Carduelis spinus): Femelle

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net


    Les journées de ce début du mois de février sont, en général, peu lumineuses. Au Redeau (Yvoir), tout semble figé, dans cette atmosphère sombre et humide. A l'aube, il me faut être très attentif pour repérer quelques sons. Aucuns bruits, si ce n'est celui de la rivière qui coule inlassablement à mes pieds ! Le jour se lève péniblement et la torpeur ambiante finit par m'envahir. Est-ce que le jour va naître ? Les silhouettes noirâtres des aulnes sortent progressivement de la brume. Un cincle plongeur rase l'eau à grande vitesse, en poussant des cris hachés, quelques mésanges bleues et charbonnières émettent des sons, un pinson des arbres crie, un troglodyte s'irrite dans les fourrés et, dans la pénombre, je devine la silhouette d'un merle noir qui retourne du bec les feuilles, avec violence. Ouf ! Le réveil est lent, mais perceptible !

    Tout à coup, une petite troupe de passereaux, en essaim, surgit du brouillard. Des Tarins des aulnes ! Les oiseaux lancent sans cesse des appels clairs et aigus, accompagnés de chuchotements ténus. L'essaim s'élève, descend, s'éloigne, puis revient. Le déplacement en formation serrée de ces petits fringilles est rapide. Les Tarins des aulnes sont rarement solitaires et il est habituel d'observer des groupes de 10 à 50 oiseaux, en automne et en hiver. Ils finissent par s'abattre dans un aulne tout proche de moi. Je ne bouge plus, je suis tarin !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Février 2013


    A présent, nos oiseaux se suspendent aux extrémités des rameaux et aux fruits sombres qui les garnissent. Ils se mettent à éplucher activement les "cônes" en miniature. Trop affairés, ils deviennent silencieux et, de temps en temps, certains d'entre eux descendent à terre pour récupérer les akènes tombés.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013


    Sans raison apparente, voilà qu'ils s'envolent soudainement, en émettant à nouveau leurs appels, reprennent la formation en essaim, s'éloignent, puis reviennent sur l'arbre. Cette fois, certains oiseaux sont bien plus près. Ainsi, je peux remarquer le petit bec effilé et conique, ainsi que la queue bien fourchue de ce mâle.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013


    La taille d'un tarin est faible, presque celle d'une mésange bleue (11 à 12 cm). Sur l'aile fermée, je note une barre jaune encadrée de noir, ainsi que le croupion et les cötés de la queue jaunes.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 février 2013


    Il me semble que les femelles au plumage vert grisâtre flammé de brun noir sont plus nombreuses.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013


    Les mâles se distinguent par leurs teintes vives, à leur dessous jaune à peine rayé, à leur calotte noire et à leur minuscule bavette noire.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Ma présence ne les effarouche pas et je suis assez surpris de l'agilité de ces petits fringilles. La tête en bas, ces petits acrobates se balancent comme les mésanges, n'interrompant leur repas que pour babiller.

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves- Natagora


    Dans notre région, c'est en octobre que les tarins s'imposent à la vue et à l'ouïe. Des groupes, plus ou moins importants selon les années, patrouillent alors surtout les aulnes le long du Bocq et de la Meuse. Ils restent parfois jusqu'au mois d'avril, puis disparaissent. En hiver, ils peuvent fréquenter les mangeoires.

     

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    En ce mois de février, au Redeau, une trentaine d'oiseaux viennent régulièrement se nourrir au pied de la mangeoire.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 février 2013



    Les migrateurs et les hivernants de Belgique et des Pays-bas semblent originaires de Norvège, de Suède, de Finlande, d'Allemagne du Nord, et probablement, de Russie (P. Géroudet et M. Cuisin, 1998). Durant la majeure partie de l'année, les tarins sont granivores. Les aulnes exercent sur eux une attraction particulière, mais ils visitent aussi les bouleaux. C'est au voisinage de l'eau qu'on a le plus de chances de les rencontrer. Les conifères jouent aussi un grand rôle dans leur alimentation. L'épicéa commun (Picea abies) et les mélèzes dans une moindre mesure, attirent ces passereaux en période de nidification.

     

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    Un tarin des aulnes mâle décortique ici un cône de mélèze.

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Le bec de ceux-ci est parfaitement adapté à l'extraction des graines des cônes. Les oiseaux se cantonnent aussi dans les boisements clairs de conifères, en lisière des fagnes et des landes, avec la présence de bouleaux et d'aulnes disséminés (D. van der Elst et D. Vieuxtemps, 2010).

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves-Natagora

     

    Dans les régions montagneuses de Suisse, le tarin se reproduit dans la zone des résineux, de préférence entre 1200 et 1700 mètres (P. Géroudet et M. Cuisin, 1998). En Belgique, le bastion de l'espèce comprend l'est de la Province de Liège et le nord de celle du Luxembourg. C'est essentiellement dans les massifs forestiers, en périphérie des plateaux des Hautes-Fagnes et des tailles, tous deux situés à plus de 500 mètres d'altitude, que les tarins se reproduisent. En Wallonie, le tarin des aulnes est un nicheur peu répandu et reste sujet à de très importantes fluctuations, liées à la fructification des conifères (D. Van der Elst et D. Vieuxtemps, 2010).

     

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    Un couple (Femelle au-dessus, mâle en-dessous)

    Photo: Jules Fouarge, Aves-Natagora







     


     

     

     

     

     

     

  • L'Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis var. pratensis), une espèce devenue assez rare.

    Au début du mois de décembre dernier, une belle surprise m'attendait dans le bas de la prairie, au dessus de la Ferme d'An Wez, à Tricointe (Yvoir). Mon regard est alors attiré par quelques taches orangées émergeant des herbes vertes. Des Hygrophores des prés étaient rassemblés cà et là, non loin de la lisière forestière. Cette espèce au chapeau abricot ou rosé saumon à orange croît dans les prairies moussues, plus ou moins humides, et, en forêt, dans les clairières herbeuses.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 1 Décembre 2012


    L'Hygrophore des prés est devenu assez rare, probablement à cause des pratiques de l'agriculture moderne. Pour certains auteurs, l'utilisation intensive d'engrais serait préjudiciable au maintien des pelouses ou prairies à hygrocybes ou à hygrophores. Ainsi, depuis 1900, ce type de milieu a diminué fortement aux Pays-bas, du fait de la modernisation de l'agriculture. Quelques espèces y auraient presque complètement disparu (D. Sugny et D. Labarre, 2002) ! La prairie où j'ai trouvé les Hygrophores ne semble plus amendée depuis quelques années. Le pâturage par du bétail a cessé depuis un certain temps. Cette zone est utilisée essentiellement comme prairie de fauche. Ces conditions locales pourraient expliquer le retour de nos champignons.

    L'hygrophore des prés, entièrement ochracé à orangé, ne présente pas de viscosité. Le pied blanchâtre ou teinté de la couleur du chapeau est sec et assez mince. Il est d'ordinaire plein, de consistance plus ou moins ferme. Sa chair est opaque et les lamelles crèmes, souvent reliées à leur base, sont décurrentes. Le chapeau mesure de 3 à 7 cm.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 1 Décembre 2012


    En consultant divers ouvrages mycologiques, je me suis aperçu qu'il n'est pas toujours aisé de s'y retrouver au niveau taxonomique. Notre champignon a porté ou porte encore de nombreux noms définissant son Genre: Hygrocybe pratensis, Hygrophorus pratensis, Camarophyllus pratensis, Cuphophyllus pratensis, ... Du moins, certains spécialistes semblent actuellement rattaché l'espèce au Genre Hygrocybe.

    La Famille des Hygrophoracées (actuellement Tricholomatacées), de l'Ordre des Agaricales à sporées blanches, regroupe des champignons nommés Hygrophores ("porteurs d'humidité"). Elle comprend des espèces attrayantes. Certaines d'entre elles sont remarquables pour leurs couleurs (jaune, blanc, rouge sang, rouge sombre, rouge orangé, vert olive, vert pomme, ...). Espèces tardives, voire hivernales, beaucoup d'Hygrophores colorent de leurs tonalités éclatantes les prairies et autres lieux où les graminées dominent. D'autres, par contre, sont moins visibles et se confondent assez bien avec la couleur des prés. Certaines espèces crèvent parfois les tapis d'aiguilles de pins et de mélèzes, en forêt.

     

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    Hygrocybe chlorophana, espèce trouvée à Champalle (Yvoir)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 31 Août 2011.


    Les champignons inclus dans la Famille des Hygrophoracées (actuellement Tricholomatacées) sont surtout caractérisés par leurs lames bien distinctes, souvent espacées et épaisses. Elles sont céracées (consistance cireuse et grasse). L'insertion de celles-ci est variable. on trouvera des lamelles ascendantes, adnées, échancrées ou décurrentes. Le pied et le chapeau ne sont, en général, pas séparables. Enfin, signalons que des représentants de cette Famille sont visqueux.

    Pour P. Heinemann (1952), la Famille des Hygrophoracées ne comprend, dans nos régions, que le genre Hygrophorus, divisé en trois Sous-Genres qui, disait-il, pourraient cependant être considérés comme des Genres autonomes.

    Dans le Sous-genre Hygrocybe, on trouve des champignons fragiles, aux couleurs souvent vives, aux chapeaux se gorgeant d'eau, visqueux ou humides et aux pieds creux. La trame des lames est régulière. La plupart de ceux-ci croissent dans les lieux herbeux.

     

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    L'Hygrophore conique (Hygrocybe conica)

    Photo: Fr. Hela, Dorinne, 21 Août 2011


    Le Sous-genre Camarophyllus est souvent assimilé au Genre Hygrocybe par certains auteurs. Les champignons montrent un chapeau et un pied secs. Ils sont fermes, charnus, sans teintes rouges. Les lamelles sont décurrentes ou émarginées à trame enmêlée. La plupart des espèces s'observent dans les prairies. C'est le cas de l'Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis, syn. Camarophyllus pratensis).

     

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    Dans le Sous-Genre Limacium, les champignons ont une taille moyenne à grande. Ils sont visqueux. Le pied est parfois muni d' un anneau gelatineux. Les lamelles sont horizontales ou arquées-décurrentes, à trame bilatérale. Les différentes espèces sont forestières.

     

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    L'Hygrophore des bois (Hygrophorus nemoreus)


    Littérature consultée:

    Bon M.: "Champignons d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1988

    Courtecuisse R.: "Les champignons de France", Ed. Eclectis, 1994

    Corriol G.: "Clé d'orientation des Hygrocybes de pelouses sèches", Janvier 2009

    Gerhardt E.: "Champignons": Guide Vigot, 2004

    Guillot J.: "Dictionnaire des champignons", Ed. Nathan, 2003

    Heim R.: "Champignons d'Europe", Ed. Boubée, 1984

    Heinemann P.: "Les Hygrophores", in "Les Naturalistes Belges" T. 33 n° 9-12, 1952 et T. 34 n° 1 et 2, 1953

    Phillips R.: "Les Champignons", Ed. Solar, 1981

    Sugny D. et Labarre D.: "Ecologie et répartition de 30 espèces d'Hygrophores sl", Société Mycologique du Pays de Montbéliard, 2002


     



  • Violettes et pensées de notre région.

    Pourquoi parler, en plein hiver, de plantes printanières ?  C'est pour nous donner du courage et pour rêver au printemps qui n'est pas très loin ! Déjà, les jours se rallongent lentement, mais sûrement. La grive draine chante déjà et les mésanges charbonnières se mettent parfois à lancer quelques strophes. Préparons-nous à découvrir nos violettes et nos pensées !

    Le printemps est là et il fait radieux. Les violettes parsèment le pied des haies, les sous-bois ou encore les endroits herbeux de certains jardins. La foule silencieuse semble en attente d'un évènement inconnu et je m'interroge en silence quand, apparu de derrière un terricule de ver de terre, de jeunes beautés parfumées me confient en rougissant: "C'est le printemps que nous attendions toutes et qui revient enfin !"

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    La violette odorante (Viola odorata)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 17 Mars 2012.


    Heureuses de cette nouvelle et ivres de soleil, les premières abeilles solitaires entreprennent de donner, sur le champ, l'accolade à tout le monde !

     

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    Accouplement de deux osmies cornues (Osmia cornuta)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 8 Mars 2011.


    Pour notre plus grand plaisir, au sortir de l'hiver, les violettes sont partout. Depuis la fin de février au mois de mai et juin, elles épanouissent leurs corolles bleu clair à violet foncé dans des milieux les plus variés et sur divers types de sols: haies, buissons et broussailles, taillis et bois clairs, coteaux, prairies et bords de chemins, pelouses calcaires et jardins.

     

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    Violettes odorantes (Viola odorata).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 4 Avril 2012.


    Quant aux pensées sauvages, leurs pétales muticolores apparaissent en avril jusqu'en octobre, dans les moissons, les friches, les cultures, le long de chemins et, même, sur le ballast des voies ferrées.

     

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    La pensée sauvage (Viola tricolor).

    Photo: Fr. Hela, Awagne, 24 Juin 2010.


    Ces plantes herbacées discrètes mais bien connues de tous appartiennent, tout au moins chez nous, à l'unique Genre Viola constituant la famille des Violacées. Elles possèdent une enveloppe florale complète et à pétales libres entre eux. Les fleurs solitaires bâties sur le plan cinq (5 sépales, 5 pétales et 5 étamines), à l'exception du gynécée (ensemble des organes femelles d'une fleur), présentent une symétrie bilatérale. Examinons les caractères généraux des Violacées de chez nous.

    En ce qui concerne les termes en italique, veuillez consulter les figures.


    La tige: Elle peut être dressée, couchée ou ascendante.

    Les feuilles: Pourvues d'un pétiole, souvent simples, dentées ou crénelées, elles sont alternes ou toutes situées à la base de la plante. Elles possèdent des stipules entières et persistantes, foliacées, libres ou soudées au pétiole à la base, dentées et incisées.

    Le calice: Il est persistant sur le fruit et constitué de cinq sépales prolongés inférieurement par un lobe élargi.

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    La corolle: Elle est formée de cinq pétales libres et inégaux, dont quatre sont dirigés vers le haut (les deux latéraux étant redressés vers les deux supérieurs) chez les pensées, alors qu'ils ne sont que deux dans ce cas chez les violettes. Notons que les violettes possèdent deux pétales latéraux généralement barbus à la base, étalés à angle droit ou plus ou moins dirigés vers le bas. Le pétale inférieur, plus grand, est pourvu d'un éperon dépassant les appendices des sépales.

     

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    1. Pétales 2. Sépales 3.Eperon

     

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    Vue de profil d'un violette de Rivin (Viola riviniana). L'éperon est ici bien visible.

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 4 Avril 2012.


    L'androcée (ensemble des organes mâles d'une fleur): Il comporte cinq étamines présentant chacune un filet court et aplati contre lequel sont accolées les deux loges de l'anthère (extrémité renflée de l'étamine où se forment les grains de pollen). Elles sont dépassées par une pointe triangulaire et aplatie correspondant à l'extrémité du filet. De plus, les deux étamines inférieures se prolongent dans l'éperon par un curieux appendice en forme de lame, de longueur variable et inséré différemment selon les espèces.

     

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    A gauche, fleur de Viola odorata: Appendice d'une étamine inférieure (app.), logé dans l'éperon (ep.).

    A droite, étamine inférieure chez Viola alba: 1. Anthères  2. Appendice en forme de lame  3. Pointe triangulaire.

    Le gynécée (ensemble des organes femelles d'une fleur): L'ovaire est libre et supère, surmonté par un style plus ou moins fortement plié (genouillé), portant un seul stigmate élargi au sommet, non terminé par un crochet (Type Pensées) ou crochu à élargi en disque au sommet (Type Violettes).

    Le fruit: Une capsule à une seule loge s'ouvrant par trois valves et contenant de nombreuses graines.

     

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    Quatre violettes et deux pensées sauvages sont présentent près de chez vous. Comment les reconnaître ?

    1. La violette hérissée (Viola hirta) fleurit de mars à mai dans les bois, les pelouses, les coteaux, les prairies, sous les haies, aux bords des chemins, de préférence sur sols calcaires. Vous la trouverez notamment sur les pelouses sèches du site de Champalle, mais aussi dans les bois caillouteux et en lisière, sur substrats calcaires, entre le rocher de Fidevoye et Tricointe.

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    1. Souche sans stolons ni rejets rampants

    2. Feuilles et pédoncules floraux tous à la base; feuilles ovales, cordées, crénelées, velues surtout à leur face inférieure

    3. Stipules lancéolées, à bords entiers ou frangés

    4. Fleurs violet bleuâtre clair inodores, à pédoncules velus à poils étalés (rarement glabres)

    5. Capsules velues

     

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    Viola hirta Yvoir (Tricointe) 6-04-12.jpg

    La violette hérissée (Viola hirta)

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 6 Avril 2012


    2. La violette odorante (Viola odorata): C'est la seule violette qui dégage un parfum. On la trouve sous les haies et buissons, dans les taillis ou jardins, souvent en des sites plus ou moins rudéralisés (fortement transformés par une activité humaine non ordonnée: décombres, terrains vagues, ...). Elle fleurit chez nous de mars à mai. Des fleurs à corolles blanches (f. albiflora), souvent échappées de culture, se rencontre çà et là.

     

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    1. Rhizome émettant des rejets radicants

    2. Feuilles et pédoncules floraux tous à la base

    3. Stipules ovales et lancéolées, à bords frangés et glanduleux

    4. Fleurs odorantes violet foncé, munies d'un éperon violacé

    5. Capsules pubescentes

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 17 Mars 2012

     

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    Violettes odorantes aux fleurs blanches (Viola odorata f. albiflora). Cette forme est souvent cultivée pour l'ornement, notamment des cultivars à fleurs blanches, doubles, ...

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mars 2012


    3. La violette des bois (Viola reichenbachiana) fleurit d'avril à mai avec une reprise en septembre et octobre. Elle est abondante dans nos bois, sous les haies et broussailles, sur des sols riches.

     

      

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    1. Tige feuillée, plus ou moins dressée; rosette de feuilles à la base

    2. Feuilles ovales en coeur, plus longues que larges

    3. Stipules étroites, à franges fines et longues

    4. Fleurs violacées ou bleuâtres; éperon étroit et violacé; sépales lancéolés et aigus

    5. Pétales relativement étroits et allongés

    6. Capsules glabres

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    Viola reichenbachiana Yvoir 8-04-12.jpg

    Photos: Fr. Hela, Yvoir, 8 Avril 2012


    4. La violette de Rivin (Viola riviniana): En avril et mai, elle apparaît dans les bois ou à leurs lisières, sous les haies et les broussailles.

     

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    0. Tige feuillée; rosette de feuilles à la base

    1. Feuilles largement ovales à réniformes et cordées; le limbe est aussi large que long

    2. Stipules larges et courtes, à franges peu nombreuses

    3. Pétales largement ovales et étalés, d'un bleu clair à base blanche, se recouvrant partiellement sur les bords

    4. Eperon blanc jaunâtre parfois lavé de bleu, épaissi au sommet

    5. Capsules glabres

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 5 Avril 2012

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 18 Avril 2011


    Les violettes sont autogames (fécondation des fleurs d'un individu assurée par son propre pollen) ou pollinisée par les insectes. Les graines sont dispersées par les fourmis.

    Le nom de Genre "Viola" signifie "violette" en latin et vient du grec "ion": violet. Le nom d'espèce "reichenbachiana" pour la violette des bois est donné en honneur de H.G.L. Reichenbach (1793-1879), botaniste allemand et celui de "riviniana" pour la violette de Rivin, pour honorer un autre professeur de botanique allemand, A.Q. Rivinus (1652-1723). Le nom d'espèce "hirta" pour la violette hérissée signifie hirsute (en raison des poils raides couvrant cette violette et de ses feuilles velues surtout à la base inférieure).

    D'après J.-C. Rameau et al. (1989), les fleurs des différentes espèces de violettes traitées ici ont des propriétés émollientes, expectorantes et sudorifiques. Viola odorata serait mellifère (nectar des fleurs récolté par les abeilles). Cette espèce est cultivée comme plante à parfum sous le nom de "Violette de Toulouse".


    Deux espèces de pensées sauvages

    1. La pensée des champs (Viola arvensis): Cette petite pensée fleurit d'avril à octobre dans les champs, les cultures et les friches. On la rencontre aussi dans les jardins plus ou moins sauvages et sur le ballast de la voie ferrée à Yvoir.

     

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    Photos: Fr. Hela, Evrehailles, Juin 2012


    2. La pensée sauvage (Viola tricolor) est une espèce devenue rare. On la trouve çà et là dans les moissons, les friches et les bords de chemins. Elle fleurit d'avril à octobre.

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    Photo: H. et M. Lauvrys, Turnhouts, 12 Juin 2012

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    Photo: Fr. Hela, Thommen (Ulf, Réserve naturelle), 22 Juillet 2011


    Les pensées à grandes fleurs cultivées dans les jardins sont principalement des hybrides complexes dérivés de Viola tricolor par croisement avec, probablement, Viola lutea, Viola altaica, ...; on les désigne généralement sous le nom de V. x wittrockiana (syn. Viola hortensis). On cultive d'autres espèces du même groupe, entre autres Viola cornuta et surtout des hybrides auxquels participe cette espèce. Certains de ces taxons s'observent quelquefois à l'état subspontané (J. Lambinon et al., 1992).

     

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    Photos: Fr. Hela, Mai 2012


    Ph. Jauzein (1995) indique la pensée des champs comme une sous-espèce (Viola tricolor subsp. arvensis). Il explique que certaines de ces plantes sont d'origine hybride mais gardent leur totale fertilité: les passages de Viola arvensis vers Viola tricolor ne sont ainsi pas rares, lorqu'on parcourt les champs, malgré le nombre de chromosomes indiqué comme différent (variabilité de ce nombre à vérifier).

     

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    Violacontempta, hybride de Viola tricolor et de Viola arvensis

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 10 Avril 2011


    Bibliographie:

    Clesse B.: "Glossaire botanique illustré à l'intention des naturalistes ", Ed. Entente Nationale pour la Protection de la Nature, 1998.

    De Langhe J.-E.: "Les Violacées de Belgique et des régions limitrophes", in "Les Naturalistes Belges" Tome 43, n°5, 1962.

    Déom P.: "Le petit guide des fleurs des bois", "La Hulotte" n°65, Ed. Passerage, Boult-aux-bois, 1991.

    Jauzein Ph.: "Flore des champs cultivés", Ed. INRA, Paris 1995.

    Lambinon J. et al.: "Nouvelle Flore de la belgique, du grand-Duché de Luxembourg, du nord de la France et des Régions voisines", Ed. Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, Meise, 1992.

    Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" Tome 1 "Plaines et collines", Ed. Institut pour le développement forestier, 1989.







     


     

     

     

     

     

  • J'ai vu l'hermine danser !

    " J'ai vu le loup, le renard et la belette. J'ai vu le loup, le renard danser ". Ce refrain traditionnel me vient en tête, lorsque j'observe ce petit carnivore et ne me demandez pas pourquoi. En cette lumineuse journée du mois de mars de cette année, les odeurs printanières m'inondent. Ce jour-là, point de loup, ni de renard, mais une hermine et une belette m'ont fait danser !

    A Evrehailles, la petite route menant aux ruines de Poilvache débute près du nouveau cimetière. Celle-ci, d'abord ombragée et parallèle à la grande route assez bruyante, prend de l'indépendance en traversant des prairies où haies et bosquets ne manquent pas. Je m'arrête un instant pour scruter les alentours. Tiens, un petit piquet de quelques centimètres que je n'avais pas remarqué, au milieu de la pâture ! Je fixe l'objet avec mes jumelles. Juste ciel ! C'est une hermine aux aguets, dressée de toute sa hauteur !

     

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    Photo: J.M. Poncelet, Remagne, 24 Août 2009.


    Ce petit carnivore, au corps mince et allongé, ne me remarque pas. J'approche avec précaution et me retrouve au milieu du pré. L'hermine est toujours là.  Elle me regarde !

     

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    Photo: Geoffrey Raison, Lantin, 4 0ctobre 2011.


    Elle court maintenant en tous sens, revient sur ses pas, suit la clôture sous le museau des vaches étonnées. A tout moment, elle se dresse ou s'assied pour mieux voir. De ses petits yeux noirs et brillants, elle m'observe avec effronterie puis disparaît brusquement derrière une taupinière pour reparaître de façon inattendue à quelques mètres de moi.

     

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    Photo: Pierre Melon, Houtain-Le-Val, 4 Septembre 2008.


    Pendant plus de vingt minutes, sa vivacité, ses mouvements décidés, son agilité, sa souplesse et son activité débordante me déconcertent. Elle file au ras du sol comme une flèche au vol saccadé. Ses quatre pattes touchent terre en même temps et se jettent en arrière parallèlement pour la propulser, tandis que la queue au bout noir fouette l'air nerveusement.


     

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    L'hermine file au ras du sol.

    Dessin de Robert Hainard (1906-1999)


    Tout à coup, elle n'est plus là ! Le petit fantôme est entré dans une galerie souterraine et, tel un diablotin, sort sa tête parmi les herbes à un endroit imprévu. J'ai cru devenir à moitié fou, car la suivre aux jumelles relève de l'exploit !

    Un peu plus loin, une petite bête surgit des fourrés, s'arrête quelques instants sur la petite route et se fond dans les hautes herbes. Sa tête émerge de temps en temps et, dans des ouvertures, je peux alors bien la détailler. Il s'agit cette fois d'une belette (Mustela nivalis) !

     

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    La belette (Mustela nivalis)

    Photo: René Dumoulin, Harzé, 13 Avril 2012.


    Ses attitudes, son corps tout en longueur, doté de courtes pattes, sa petite tête triangulaire et assez plate, ses oreilles petites et rondes, ainsi que ses yeux noirs brillants, légèrement saillants, montrent une grande similitude avec l'hermine (Mustela erminea). D'ailleurs, celle-ci est souvent confondue avec la belette.

     

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    Les attitudes de la belette sont très semblables à celles de l'hermine.

    Photo: Pierre Melon, Mellet, 9 Septembre 2012


    L'hermine et la belette font partie de la Famille des Mustélidés, comme le putois (Mustela putorius), la martre (Martes martes), la fouine (Martes foina), la loutre (Lutra lutra) ou encore le blaireau (Meles meles). La majorité de ces carnivores sont nocturnes ou crépusculaires. Nos deux petits mammifères observés sont aussi actifs de jour. Les termes "Mustela" et "Mustelidés" sont issus du latin "mustela" ou "mustella" qui signifie "belette". Le nom latin d'espèce de la belette "nivalis" signifie "de la neige". Cela vient du fait qu'elle a été décrite pour la première fois à partir d'un spécimen provenant du Västerbotten, au nord de la Suède. En effet, dans ces contrée froides, elle peut devenir presque blanche comme neige en hiver (Saint Girons et Moutou, 1998). Chez nous, ce changement de couleur du pelage n'est pas connu. Le mot "belette" vient de "bel", "beau" auquel on a adjoint un diminutif. Cette idée de beau se retrouve dans plusieurs langues. En vieil anglais, la belette se nomme "fairy" (jolie et fée), "Schöntierlein" (belle petite bête) en bavarois, "den kjoenne" (la belle) en danois, ...Michel Desfayes (2000) note les racines bel (blanc) dans le mot français "belette", animal devenant blanc en hiver et r-m, arm (roux) dans "ermine" ou "hermine", animal ainsi nommé pour son pelage roux, mais qui devient blanc en hiver ! On peut se rendre compte ici que le contenu sémantique des mots montre bien la confusion ancienne qui existe entre les deux espèces. La différence est donc plutôt taxinomique.

     

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    Dans nos régions, seule l'hermine peut devenir toute blanche en hiver.

    Photo: Didier Vieuxtemps, Nassogne, 29 Janvier 2011.


    L'hermine et la belette sont les plus petits animaux de l'Ordre des Carnivores qui se ressemblent beaucoup. Bas sur pattes, ils ont en commun un corps allongé et une petite tête triangulaire, assez plate. Les oreilles rondes sont petites et les yeux noirs brillants sont légèrement saillants. Chez les deux espèces, la queue est courte ou n'excède guère la moitié de la longueur du corps (tête comprise). A la belle saison, le ventre blanc à jaunâtre pâle contraste avec le pelage brunâtre clair ou plus ou moins foncé du dos.

    La reconnaissance des deux espèces n'est pas toujours commode sur le terrain. Voici quelques indications morphologiques pour les distinguer.

    L'hermine mesure de 30 à 42 cm (10 à 12 cm pour la queue) et son poids varie de 100 à 300 gr. Les femelles sont plus petites que les mâles. La belette a une longueur totale du corps de 17 à 25 cm (4 à 6,5 cm pour la queue) et son poids varie de 70 à 130 gr (femelle: 40 à 75 gr). Chez l'hermine, les individus ont tendance à être plus petits au sud de l'aire de répartition, tandis que chez les belettes, c'est le contraire: elles y sont plus grandes qu'au nord. A âge égal, le poids des hermines est donc de deux à trois fois supérieur à celui des belettes !

     

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    La belette possède une courte queue sans poils noirs en pinceau à l'extrémité

    Gravure: Robert Hainard (1906-1999)


    La queue d'une hermine est plus longue (une douzaine de centimètres) et est toujours terminée par un pinceau de poils noirs, que ce soit en pelage d'été ou d'hiver !

    Les taches brunes des joues de la belette n'existent pas chez l'hermine.

    En pelage d'été, la ligne de séparation entre la partie dorsale et ventrale du corps est sinueuse chez les belettes de nos régions et rectiligne pour l'hermine.

    Le crâne de la belette paraît minuscule: L = 3,1 à 3,5 cm et l = 1,8 à 2 cm, en moyenne. Celui de l'hermine est un peu plus grand: L = 4,3 à 5,3 cm et l = 2,6 à 3 cm. Si on trouve un crâne, la taille de celui-ci est donc déterminante pour distinguer les deux espèces.

     

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    Les crânes d'une belette (4) et d'une hermine (5), parmi d'autres crânes de Mustélidés de nos contrées, d'après  Ph. Nihoul (Forêt Wallonne, n°34, Janvier- Février, 1998).


    Du point de vue physiologique, la différence la plus notable concerne la reproduction. Chez l'hermine, l'accouplement a lieu de mai à juillet mais la mise bas n'intervient que 7 à 12 mois plus tard en raison d'une implantation différée de l'embryon. Elle n'a donc qu'une portée par an. Ce phénomène n'existe pas chez la belette. Lorsque les proies sont abondantes, elle peut mettre bas une seconde portée.

     

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    Une hermine dans une friche.

    Photo: Pierre Melon, Houtain-Le-Val, 4 Septembre 2008.


    Les deux espèces occupent une grande diversité de milieux, depuis les bords de mer jusqu'à la haute montagne. On les rencontre dans les dunes colonisées par la végétation, à la lisière des bois, dans les paysages entourés de haies ou de broussailles (champs, vergers, prairies, friches, ...). Elles visitent les fossés, les talus, les murets, les parcs boisés et même certains jardins. Les zones boisées sont aussi occupées, de préférence par l'hermine. Les boisements caducifoliés, les forêts mixtes ou les ensembles de conifères sont particulièrement utilisés à condition qu'une végétation herbacée ou un sous-bois même faible y croisse (Th. Lode, 2000). L'hermine semble avoir un goût particulier pour les zones humides (les roselières des marécages, les berges des ruisseaux, rivières et étangs), tandis que la belette les évite.

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    L'hermine chasse souvent près des cours d'eau et des étangs

    Photo: Pierre Melon, Houtain-Le-Val, 4 Septembre 2008.


    La belette est pratiquement le seul carnivore sauvage de nos régions à survivre dans les grandes étendues cultivées sans aucune végétation naturelle, mis à part certains talus herbeux. Les remembrements sévères lui ont été moins défavorables, ce qui n'est pas le cas de l'hermine qui est absente de ces plaines de cultures intensives, véritables aberrations écologiques. La belette se maintient dans ces "déserts", profitant de son aptitude à se glisser dans les galeries de rongeurs des champs ouverts, pullulant véritablement certaines années. Elle passe une bonne partie de son temps sous terre, y chasse, s'y réfugie à la moindre alerte et y établit même son gîte, en l'absence des abris fournis par les haies et les murets (Saint Girons et Moutou, 1998).

     

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    La belette sortant d'une galerie de rongeur.

    Photo: Pierre Melon, Mellet, 9 Septembre 2012.


    Aux endroits où ils ne sont pas persécutés idiotement, les deux Mustélidés s'enhardissent et s'approchent des habitations humaines, fréquentant alors les jardins et occupant parfois un trou dans un vieux mur, un monticule de pierres ou un tas de bois; Leur fréquence en ces lieux est souvent déterminée par la présence ou non du chat domestique, très nuisible pour l'ensemble de la petite faune sauvage !

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    L'hermine s'approche parfois des habitation.

    Photo: Philippe Piron, Ciney, 13 Septembre 2012.


    Les deux espèces sont présentes depuis le niveau de la mer jusqu'aux altitudes élevées des montagnes (la belette monte jusqu'à 2700 mètres et l'hermine est encore abondante à 2000 mètres). Leur répartition se chevauche en beaucoup de régions. L'hermine a une distribution nordique dans le monde. Elle est présente au Canada, dans le nord des Etats-Unis, au Groenland et dans la plus grande partie de l'Asie septentrionale. En Europe, son aire de répartition descend vers le sud jusqu'au nord de l'Espagne, du Portugal et de l'Italie. En France, on note son absence sur la frange méditerranéenne et en Corse.

    La belette a une répartition naturelle très vaste et englobe toute la région holarctique. C'est ainsi que l'on nomme les régions froides et tempérées de tout l'hémisphère nord. On trouve ce petit mustélidé dans le nord de l'Asie, depuis le Japon jusqu'à l'Oural et à la Méditerranée, en Afrique du Nord, ainsi qu'en Egypte. Elle est présente dans presque toute l'Europe, à l'exception de l'Irlande et de l'Islande. En Amérique du Nord, elle s'observe depuis le Canada septentrional jusqu'au centre des Etats-Unis. L'espèce a été introduite en Océanie (Nouvelle Zélande).

     

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    Une des habitudes commune aux deux espèces est la manie d'explorer toutes les cavités et galeries qu'elles rencontrent sur leur domaine vital: terriers, tas de pierres et de branchages, galeries de taupes ou de rongeurs, canalisations artificielles diverses (drains, caniveaux, ...).

    Leurs manières de se déplacer et leurs allures sont fort proches. Les deux Mustélidés nerveux, rapides et prompts à disparaître dans un trou à la moindre alerte, se déplacent au sol à petite vitesse ou à la course de manière assez semblable. A allure rapide, l'hermine effectue des bonds caractéristiques, les deux paires de pattes se rabattant simultanément en arrière.

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    A allure rapide, l'hermine effectue des bonds caractéristiques.

    Photo: Jules Fouarge, Remagne, 4 Mars 2012.


    La position du "chandelier" qui consiste à se dresser assez fréquemment à la verticale pour examiner les alentours s'observe également chez ces deux mammifères. Grimpant parfaitement bien sur les murets et les éboulis, l'hermine sait nager et paraît capable de plonger, d'après Thierry Lode (2000).

     

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    Gravure de Robert Hainard (1906-1999).


    Nos deux Mustélidés sont aussi diurnes que nocturnes, cependant le temps passé hors du gîte par la belette est influencé par la température et l'humidité atmosphérique. Elle n'aime ni le froid, ni la pluie. L'utilisation du vocable "puants" pour désigner notamment les Mustélidés est du au fait que ces animaux possèdent des glandes anales qui secrètent un liquide dont l'odeur est assez forte, surtout lorsque ceux-ci sont en rut ou en situation de stress. On a fortement exagéré les descriptions de ces odeurs dans les milieux cynégétiques. L'odeur émise par l'hermine rappelle de loin celle de l'ail et n'a rien d'insoutenable ! Dans les zones exploitées pour les ressources alimentaires, celle-ci dépose quantité de traces olfactives. Le domaine vital est donc structuré par ces bornes odorantes.

     

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    Photo: Jules Fouarge, Tillet, 20 Août 2011.


    Le rôle indéniable que jouent ces redoutables chasseresses en réduction dans la régulation des populations de rongeurs, qui peuvent pulluler certaines années, doit être souligné. Ce sont, entre autres, d'excellentes auxiliaires pour le cultivateur ou le jardinier ! Qu'on se le dise !

     

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    Littérature consultée:

    Bouchardy Ch. et Moutou Fr.: "Observer les Mammifères sauvages" Ed. Bordas, 1989.

    Bouchner M.: "Guide des traces d'animaux", Ed. Hatier, 1988.

    Desfayes M.: "Origine des noms des oiseaux et des mammifères d'Europe", Ed. Pillet, 2000.

    Frechkop S.: "Faune de Belgique: Mammifères", Ed. patrimoine de l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, 1981.

    Hainard R.: "Mammifères sauvages d'Europe" Tome 1, Ed. Delachaux & Niestlé, 1989.

    Lode Th.: "L'hermine", in "Le Courrier de la Nature" n°186, Juillet-Août 2000.

    Mayot R.: "Petit guide de reconnaisssance de 30 crânes de mammifères" Ed. La Gazette des Terriers, 1994.

    Nihoul Ph.: "Vues insolites sur nos Mustélidés", in "Forêt Wallonne" N°34, Janvier-Février 1998.

    Rommes J.: "Belles chasseresses", in Magazine Natagora 24, Juillet-Août 2012.

    Saint Girons M.-CH. et Moutou Fr.: "La Belette", Ed. Eveil Nature, 1998.

    Schilling D. Singer D. et Diller H.: "Guide des Mammifères d'Europe", Ed. Delachaux & Niestlé, 1986.


     

     





     





     



     


  • L'élégante Pie-grièche grise (Lanius excubitor) de passage à Yvoir (Tricointe)

    Le 30 octobre dernier, je décide d'explorer les alentours à proximité du "Chêne à l'Image". Il fait serein et j'espère observer quelques oiseaux de passage, dans des milieux plus ouverts. A la sortie de la forêt, le chemin caillouteux apparaît, au milieu des prairies, bordés çà et là de quelques buissons et arbustes. Au sommet de l'un d'entre eux, une sentinelle pâle se détache. Quel bonheur ! Une pie-grièche grise, de passage, a choisi ces lieux pour y trouver quelques proies. Ma rencontre avec cet oiseau provoque toujours chez moi un enthousiasme débordant. Je ne bouge plus, je l'observe attentivement et je me tapis derrière un buisson pour ne pas l'effaroucher, sachant qu'elle veille et voit tout de son poste de guet.

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    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    Quelle élégance se dégage de cette pie-grièche, au beau plumage contrasté ! La poitrine blanche éclatante au soleil d'octobre, agitant latéralement sa longue queue, elle est vigie au bord du chemin.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    De la taille d'un merle, avec une grosse tête grise et blanche, terminée par un bec crochu, foncé et fort, elle a fière prestance. Elle porte au visage des bandeaux noirs passant sur les yeux, ce qui lui donne un air de petit bandit. De dos et de profil, elle montre à présent son manteau gris perle et ses ailes assez courtes, obtuses et noires, avec une tache blanche bien visible. Sa longue queue arrondie est noire, bordée de blanc.

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    Photo: René dumoulin - www.oiseaux.net


    En observant cette merveille ailée, je ne peux m'empêcher de songer que ce passereau prédateur, et les pies-grièches en général, ne jouissait pas, par le passé, d'une bonne réputation, ce qui me désole. Certains comportements de ces oiseaux ont conduit à présenter les pies-grièches comme des animaux sanguinaires, cruels, féroces ... Il faut dire que les pies-grièches ont l'habitude d'empaler leurs proies sur des épines ou un rameau d'arbuste épineux (parfois aussi sur un fil barbelé d'une clôture) soit pour les dépecer, soit pour les mettre en réserve en attendant de les consommer.

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    Photo: Marek Szczepanek (Pologne)


    Le terme "Laniidés" désignant la Famille qui regroupe ces oiseaux viendrait du latin laniarius signifiant "boucher" et laniatus, "déchirer". Leurs cris aigus et discordants (le nom anglais pour nommer ces oiseaux est "shrike", "qui pousse des cris aigus") participent encore à cette connotation sinistre, depuis le Moyen-Age. Le terme "grièche" datant du 13ème siècle est également péjoratif ("grièche d'hiver" de Ruteboeuf). Celui-ci est le féminin du vieux français "grieu" qui a le sens de méchant, mauvais, d'après Cabard P. et Chauvet B. (1997). L'Homme se trouve partout des miroirs, sans songer que l'être animal ne choisit pas sa voie, nous dit Paul Géroudet (1998). Cessons donc de juger d'après nos critères et renonçons à voir la Nature comme l'on voudrait qu'elle soit ! La Nature est et sera, sans plus, et est, malgré sa complexité, extrêmement bien organisée !

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    Photo: Pierre Melon, Houtain-Le-Val, 21 Octobre 2011


    Mais revenons à présent sur ce chemin où je me suis accroupi, au pied d'un buisson touffu. La pie-grièche grise, après un moment d'inquiétude, reprend ces activités. Se penchant légèrement vers l'avant, la queue animée d'un lent battement vertical, on dirait qu'elle scrute le sol.

     

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    Photo: Joris Everaert, Durmemeersen, 10-03-12


    Ensuite, de son perchoir favori, le corps dressé et la queue cette fois pendante, elle reprend la surveillance des alentours. Soudain, elle fond obliquement dans l'herbe. A-t'elle repérer une proie ? Non! Elle est à nouveau de faction, sur la même branche. C'est alors que le bruit d'un moteur se fait entendre. Un petit tracteur remonte lentement le chemin. La pie-grièche ne tarde pas à s'envoler. Je suis sa trajectoire onduleuse, à faible hauteur. Celle-ci s'achève par une remontée presque verticale pour se terminer à la cime d'un arbre de la lisière.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    L'évènement passé, elle est de retour sur sa branche. Lors d'un moment d'inattention de ma part, je la perd de vue. Les membres endormis, je me relève pour bouger un peu et je la retrouve un peu plus loin, sur le piquet d'une clôture. De là, à l'instar du faucon crécerelle, elle explore la prairie en volant sur place, battant rapidement des ailes, à quelques mètres de hauteur, puis elle plonge en piqué. Son manège se répètera jusqu'à ce qu'elle s'envole finalement vers la lisière, un rongeur bien dodu au bec. Quel spectacle !

     

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    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    L'affût n'est pas le seul mode de chasse de notre pie-grièche. En hiver, il n'est pas rare de l'observer, poursuivant de petits passereaux, avec un acharnement et une habilité dignes d'un épervier ! "Ses ailes courtes et arrondies lui permettent d'évoluer aisément et très vite entre les branches et buissons, serrant de près sa victime qu'elle plaque au sol ou cherche à saisir au cours d'un renversement ." (P. Géroudet, 1998).

    La pie-grièche grise est la seule de sa Famille qui reste chez nous en hiver, de novembre à mars. A cette saison, elle s'installe parfois plusieurs semaines en des endroits où ses proies sont assez abondantes (rongeurs, petits mammifères insectivores ou passereaux). Depuis 1995, j'ai eu la chance de la voir, en hiver, dans des zones plus ou moins dégagées de notre commune. Le plus souvent, ce sont des prairies bordées de haies ou piquetées d'arbres fruitiers en bon ou mauvais état et des lisières forestières, pourvues de points de guet, qui l'attirent: à Houx-sur-Meuse, posée dans un arbre fruitier, derrière le château et à Evrehailles (haies et buissons dans une prairie bordant la petite route menant à Blocmont, à Niersant, au sommet d'une haie, aux abords de la Ferme du Harnoy, en lisière forestière ou au lieu-dit "Luchelet", au sommet d'un vieil arbre fruitier).

    L'oiseau régurgite régulièrement, après la digestion, des boulettes, oblongues et dures, d'une longueur de 20 à 30 mm sur 10 à 13 mm de large, constituées de fragments de chitine, d'os et d'autres particules indigestes. L'examen de ces pelotes de réjection permet de se faire une idée de son régime alimentaire. En hiver, ses proies de prédilection sont surtout des rongeurs (campagnols, mulots,...), des insectivores (musaraignes, taupes) et des petits passereaux (moineaux, linottes, pinsons, bruants, mésanges, ...).

     

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    Pelote de réjection de la pie-grièche grise

    Photo: Didier Vieuxtemps, Nassogne, 22 Février 2012

     

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    La pie-grièche grise (Lanius excubitor), à Yvoir (Tricointe), le 30 Octobre 2012

    Photo: Fr. Hela




     


  • Le Polystic à aiguillons (Polystichum aculeatum) et le Polystic à soies (Polystichum setiferum), fougères de nos forêts de ravin ombragées.

    Les forêts de ravin ombragées, sur éboulis calcaires ou gréso-schisteux sont des associations forestières assez caractéristiques du bassin de la Meuse et de ses affluents. Elles y occupent les éboulis et colluvions, dans les ravins et pentes abruptes des vallées encaissées. Dans ces sites, elles bénéficient, à l'abri des vents, d'une atmosphère fraîche et humide où les écarts de température sont atténués.

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    Forêt de pente où croissent des Polystics à soies (Polystichum setiferum)

    Photo: Fr. Hela, Vallée du Crupet, 3 Mars 2012


    Dans la vallée du Bocq, on peut admirer, à divers endroits, de magnifiques érablières de ravin. Celles-ci sont bien adaptées aux sols incomplètement stabilisés qu'elles contribuent à fixer par leur enracinement oblique et profond.

     

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    Le Bocq, entre Spontin et Yvoir, à creusé une vallée qui, à certains endroits, est très encaissée. On peut y observer de belles érablières de ravin à Langues de cerf ou Scolopendres (Asplenium scolopendrium). Les deux Polystics y sont fréquents.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), Octobre 2012.

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    Forêt de ravin sur éboulis calcaires avec des Langues de cerf (Asplenium scolopendrium).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mars 2012.


    Les essences typiques de ces formations sont l'érable plane (Acer platanoides), l'orme des montagnes (Ulmus glabra) et, dans les pentes calcaires, le tilleul à larges feuilles (Tilia platyphyllos) et le frêne (Fraxinus excelsior). La flore herbacée du sous-bois tolère un ombrage important et comporte diverses espèces de fougères, certaines à frondes persistantes en hiver. C'est surtout en ces lieux que vous rencontrerez nos deux Polystics.

     

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    Le Polystic à aiguillons (Polystichum aculeatum)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 13 Février 2011


    Les Polystics possèdent des feuilles composées (frondes) rapprochées en touffes, au sommet d'une tige souterraine (rhizome) plus ou moins dressée et courte.

     

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    Frondes en touffes de Polystics à soies (Polystichum setiferum)

    Photos: Fr. Hela, Yvoir, Septembre 2012

     

    La face inférieure de celles-ci présente, de juillet à octobre, des indusies peltées, c'est-à-dire des membranes recouvrant des amas de sporanges ou sores, en forme de cercle et plus ou moins fixées par le centre. Chez les deux espèces, les dents des feuilles sont prolongées par une arête bien marquée.

     

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    Indusies orbiculaires et peltées à la face inférieure d'une fronde d'un Polystic à aiguillons (Polystichum aculeatum).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Septembre 2012.


    Le Polystic à aiguillons, plante vivace, a des frondes pouvant atteindre 80 cm. Le limbe de celles-ci est très luisant, glabre, coriace et progressivement réduit à la base. Le pétiole est plus court que celui du Polystic à soies. Les pinnules sont attachées obliquement sur les axes et ne présentent pas de pétiolules distincts.

     

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    1. Souche courte et épaisse, avec la base des pétioles des feuilles.

    2. Rachis du limbe couvert d'écailles rousses.

    3. Fronde (feuille composée) entière à limbe glabre à la face supérieure, vert sombre, assez coriace et rétréci progressivement à la base (persistante en hiver).

    4. Premières divisions (pennes) arquées vers le haut.

    5. Segments des pennes (pinnules).

    6. Segments supérieures (pinnules) de la base des pennes plus grands que les voisins.

    7. Ceux-ci son insérés à la base sur toute la largeur (non pétiolulés).

    Dessins extraits de la Flore forestière française, par Rameau J.-C. et al., Institut pour le développement forestier (1. Plaine et colline), 1989.


    Son développement se déroule au printemps et ses feuilles persistent en hiver jusqu'à la fin du printemps suivant.

     

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    Frondes au début de leur développement.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Printemps 2011.


    Le polystic à aiguillons recherche fraîcheur et humidité. Il pousse indifféremment sur sols calcaires ou siliceux. Il se rencontre dans les sous-bois humides, souvent parmi des blocs rocheux ou dans des ravins encaissés, en bord de ruisseaux. Cette fougère colonise parfois la base de rochers ou de vieux murs. Elle est considérée comme assez rare en Wallonie.

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    Le Polystic à aiguillons aux frondes vert sombre et luisantes, persistantes en hiver.

    Photo: Fr. Hela, Hun-sur-Meuse, 17 Mars 2012


    Le Polystic à soies, plante vivace, est beaucoup plus rare. C'est une grande fougère à feuilles souvent étalées et retombantes, atteignant parfois 1 mètre de longueur. Le limbe de celles-ci est mat, peu coriace et très peu réduit à la base.

     

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    1. Pétiole plus long que Polystichum aculeatum.

    2. Rachis écailleux.

    3. Fronde (feuille composée) entière, peu rétrécie à la base, glabre, assez molle, disparaissant normalement en hiver. Elle peut persister quelquefois à cette saison, en des stations plus protégées.

    4. Pennes aigues, en général arquées vers le haut.

    5. Segments des pennes (pinnules) pétiolulés, à lobes dentés, insérés perpendiculairement au rachis des pennes (costa).

    6. Lobe basiliaire extérieur d'une pinnule légèrement plus développé que les autres.

    7. Penne avec pinnules.

    Dessins extraits de la Flore forestière française, par J.-C. Rameau et al., Institut pour le développement forestier (1. Plaine et colline), 1989.


     

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    Frondes du Polystic à soies apparaissant au printemps.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 2011


    Le Polystic à soies requiert l'ombre, la fraîcheur et l'humidité atmosphérique (climat océanique). C'est une fougère des vallons et ravins encaissés, des bois de pente et des bords de ruisseaux. Indifférente aux substrats, elle préfère néanmoins des terrains siliceux et des sols à acidité modérée.

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    Le Polystic à soies (Polysticum setiferum).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 30 Mai 2011.


    Lorsque les deux Polystics coexistent à un endroit, des plantes hybrides sont parfois observées (P. xbicknelii). Celles-ci se reconnaissent surtout à leurs spores au moins en partie avortées, mais il n'est pas toujours facile de les distinguer, sans examen microscopique, des individus robustes de Polystichum aculeatum.


    Littérature consultée:

    Clesse B.: "Initiation à la reconnaissance des fougères de nos sous-bois, vieux murs, rochers et éboulis" - Entente nationale pour la protection de la nature a.s.b.l., 2006.

    Lambinon J. et al.: "Nouvelle Flore de la belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines" (Cinquième Edition) - Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, Meise, 2004.

    Noirfalise A.: " Forêts et stations forestières de Belgique" - Ed. Les Presses Agronomiques de Gembloux, 1984.

    Prelli R.: "Guide des fougères et plantes alliées" (Deuxième édition) - Ed. Lechevalier, Paris 1990.

    Prelli R. et Boudrie M.: "Atlas écologique des fougères et plantes alliées" - Ed. Lechevalier, Paris 1992.

    Rameau J.-C. et al. : "Flore forestière française" Tome 1: "Plaine et colline", Institut pour le développement forestier, 1989.

     












     



     



  • La chenille du Sphinx du pin (Sphinx pinastri)

    Crupet, rue de Venalte.

    Le 2 septembre dernier, j'examine les rameaux d'un épicéa commun (Picea abies), afin de montrer à Guillaume les protubérances saillantes sur lesquelles sont insérées les aiguilles. En tournant la tête, je me trouve nez à nez avec une splendide chenille d'au moins 7 à 8 cm. Elle est allongée sur un rameau, à la hauteur de mes yeux. Quelle belle surprise !

     

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    Photo: Fr. Hela, Crupet (Venalte), 2 Septembre 2012


    La chenille est verte, luisante et présente des bandes latérales blanc jaunâtre interrompues, une ligne dorsale brun rouge et des stigmates rouges. Sa tête est brune orangée et elle possède surtout une sorte de corne noirâtre recourbée sur la partie dorsale du onzième segment. Pas de doute, cette corne à l'arrière du corps m'indique qu'il s'agit de la chenille d'un Sphinx et, plus précisément, celle du Sphinx du pin.

     

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    Photo: Fr. Hela, Crupet (Venalte), 2 Septembre 2012


    Après l'éclosion, cette chenille dévore une partie de la membrane de l'oeuf dont elle est issue. A ce moment là, elle mesure environ 5 mm et est de couleur jaune mat. Sa tête est plus foncée et disproportionnée. Sa corne abdominale fourchue est déjà foncée. Ensuite, elle devient verte ou brune, avec des bandes longitudinales jaune blanchâtre et une capsule céphalique verte. La chenille observée est au stade terminal de son développement. Elle se nymphosera  au sol, à proximité de l'arbre sur lequel elle a vécu, sous les aiguilles tombées, la mousse ou en terre peu profonde. C'est sous forme de chrysalide que l'espèce passera l'hiver.

    De mai à août, le Sphinx du pin vole au crépuscule et visite les fleurs riches en nectar, en plongeant sa trompe assez longue dans les corolles, sans se poser.

     

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    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 23 Juin 2012.


    Il apprécie les fleurs des Troènes (Ligustrum vulgare et ovalifolium), de la Saponaire officinale (Saponaria officinalis), des Corydales (Corydalis) ou des Chèvrefeuilles (Lonicera).

     

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    Les fleurs très odorantes du chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum) sont souvent visitées par le Sphinx du pin.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 6 Juin 2012


     

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    La Saponaire officinale (Saponaria officinalis) n'est pas rare dans notre région. On la trouve sur les berges et les graviers, le long des cours d'eau, au bord des chemins et sur certains talus.

    Photo: Fr. Hela, Godinne (Bord de Meuse), Juillet 2012.

     


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    La Corydale solide (Corydalis solida) fleurit en mars et avril, dans les bois frais de la vallée du Bocq, sur colluvions ou alluvions, au pied des haies et dans nos vergers.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Haie aux Faulx), 20 Mars 2012.


    Le soir, le Sphinx du pin est parfois attiré par des sources lumineuses. Son vol nuptial commence tard dans la nuit et l'accouplement a souvent lieu sur des troncs de conifères. Au petit matin, on peut parfois le surprendre, posé sur un tronc. Cependant, il passe le plus souvent inaperçu. En effet, au repos, ses ailes antérieures grises, marquées de courts traits transversaux noirâtres ainsi que des bandes et des taches brunes, lui assurent un parfait camouflage.

     

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    Photo: Vic Van Dyck, Veerle, 1 Juillet 2009.


    Notre papillon fréquente les lisières des forêts de conifères et des forêts mixtes, mais également les parcs et jardins où diverses espèces de conifères à aiguilles sont plantés.

    Il possède un corps fuselé assez épais. Ses ailes antérieures sont très allongées, étroites et pointues, alors que ses ailes postérieures sont proportionnellement petites. Son thorax, très développé, abrite une puissante musculature alaire. Comme la plupart des sphinx, il chauffe ses muscles en faisant vibrer ses ailes, avant de s'envoler. 

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    Photo: Philippe Vanmerbeeck, Couthuin, 7 Juillet 2012.


    Hétérocère ("papillon de nuit"), Sphinx pinastri (syn. Hyloicus pinastri) a une envergure de 7,5 à 9 cm. Il fait partie de la Famille des Sphingidae dans laquelle on trouve des papillons de moyenne à très grande taille. Le Sphinx gazé (Hemaris fuciformis) est l'un des plus petits de nos régions. La plus grande espèce est sans nulle doute le Sphinx tête-de-mort (Acherontia atropos), avec son envergure de 9 à 13 cm et son corps long de 5 à 6 cm. Une espèce de seulement 2 cm d'envergure vit à Madagascar et une autre de 22 cm au Vénézuela.

    La couleur du Sphinx du pin peut fortement varier. On observe parfois des papillons présentant une couleur de fond blanchâtre ou noire.

     

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    Ce papillon plus clair a été photographié par Irène Volont, à Aische-en-Refail,

    le 30 Mai 2011. 







  • Observations de l'Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta) en 2012, à Yvoir et Godinne

    Cette année, du 24 mai à la fin du mois de juin, j'ai pu observer plusieurs fois l'Hypolaïs polyglotte. A Yvoir (site de l'Airbois), c'est dans une zone de recolonisation forestière qu'un couple s'était installé et, à Godinne, le milieu choisi par les oiseaux était une friche piquetée de buissons et d'arbustes, en bord de Meuse. A chacune de mes visites des sites concernés, c'est le chant de cet oiseau, proche parent des fauvettes et des rousserolles, qui m'a permis de le repérer.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    En effet, celui-ci s'entend très bien à une soixantaine de mètres. Il est très volubile, très vif, mélodieux et changeant. A mon approche, l'oiseau cesse tout à coup son bavardage, disparaît en envoyant plusieurs cris surprenants... on dirait un moineau en colère ! Je m'immobilise et, à ce moment, une petite silhouette brunâtre s'envole d'un fourré tout proche et se pose au sommet d'un buisson bas, bien en vue.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Il commence alors par émettre quelques sons simples et détachés évoquant les appels de moineaux, d'hirondelles ou du merle noir. Puis, le bec grand ouvert, la gorge déployée, il déverse un torrent de notes précipitées dont la tonalité est étonnante. Parmi celles-ci, je peux reconnaître des sons émis d'ordinaire par la fauvette grisette, le rouge-queue à front blanc, le rossignol philomèle, le pinson des arbres ou l'hirondelle rustique ! Il chante maintenant de manière assidue. Notre oiseau est un imitateur hors pair, d'où son nom ancien de contrefaisant à ailes courtes ou celui de polyglotte (nom de l'espèce).

    L'Hypolaïs polyglotte fait partie de la Famille des Sylviidés dans laquelle nous trouvons, entre autres, les fauvettes, les pouillots ou les rousserolles. Celle-ci regroupe de petits oiseaux grisâtres-olivâtres à brunâtres dont les caractéristiques physiques sont souvent peu marquées, ce qui peut poser des problèmes d'identification pour l'observateur débutant. Heureusement, il y a  les voix qui, avec un peu d'habitude, nous indiquent, dans un milieu donné, la présence d'une espèce ou d'une autre. En Belgique deux espèces d'Hypolaïs sont présentes à la période de reproduction: l'Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina) et l'Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta). Les deux espèces sont très semblables, à l'exception de quelques détails. Elles ont le dessus du corps brun olivâtre et le dessous est jaune plus ou moins vif (parfois blanchâtre). De fort près, on peut remarquer le cercle orbital jaune et un petit sourcil jaunâtre peu distinct. Les rémiges et les rectrices sont brun foncé, les pattes montrent une teinte gris bleuâtre et le bec large, aplati, est souvent long et fort.

     

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    Dessin: Charles-Hubert Born

    Extrait de la revue Natagora n°1, mai-juin 2004


    La voix est donc un excellent critère pour différencier les deux espèces, du moins du mois de mai jusqu'au début du mois d'août. En fin d'été, les chants ne s'entendent plus et les cris caractéristiques se font plus rares. En ce qui concerne les cris, l'Hypolaïs ictérine a un appel caractéristique: un "tchetevoui" sonore, explosif et mélodieux et, parfois un "tek tek" dur de fauvette. L'Hypolaïs polyglotte, par contre, lance un cri bas et roulé de moineau en colère. Le chant de l'Hypolais ictérine est puissant, véhément et varié, extrêmement sonore, assez haché, avec des passages mélodieux, des notes discordantes, des imitations, accompagnées de fréquents "tevoui". Celui de l'Hypolaïs polyglotte est un bavardage beaucoup plus faible et moins véhément, plus musical et changeant, rapide et soutenu, sans passages durs.

     

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    L'Hypolaïs polyglotte est en progression en Wallonie. Elle est assez répandue au sud du sillon Sambre-et-Meuse, d'après l'Atlas des Oiseaux nicheurs de Wallonie 2001-2007.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    L'Hypolaïs polyglotte se montre volontiers à découvert, sur un perchoir: extrémité d'un rameau, sur un buisson ou à la pointe d'un petit arbre, parfois même sur des fils électriques ou téléphoniques. Querelleuse, elle se chamaille en particulier avec la Fauvette grisette (Sylvia communis) qui habite les mêmes milieux (P. Géroudet, 1998). J'ai constaté ce comportement avec cette fauvette dans les deux sites (Yvoir et Godinne).

     

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    La Fauvette grisette (Sylvia communis)

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net 


    L'Hypolaïs polyglotte aime les expositions ensoleillées et des habitats le plus souvent secs. Une strate ligneuse assez basse composée de buissons généralement épineux et de jeunes arbres, pas trop serrés et séparés par des zones à hautes herbes riches en insectes, semble être son milieu favori, mais pas exclusivement. On peut la trouver dans des buissons sur pelouses calcaires, dans des haies épaisses ou discontinues, dans la végétation de coupes forestières, dans des friches broussailleuses, ...


     

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    L'Hypolais ictérine (Hippolais icterina) est devenue plus rare en Wallonie. Les oiseaux nicheurs sont en diminution et pratiquement limités à la Région limoneuse. Elle semble avoir disparu du Condroz. De temps en temps on y note des observations qui concerne probablement des migrateurs en halte.

    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Braives, 29 Mai 2008.


    Littérature consultée

    Bronne L.: "Dupond s'en vient, Dupond s'en va", in Revue Natagora n°1, mai-juin 2004.

    Burnel A. et Clotuche E.: "Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina)", in "Atlas des Oiseaux nicheurs de Wallonie 2001-2007" pp. 346-347, Aves 2010.

    Devillers P.: "Identification 1: Les Hypolaïs ictérine et polyglotte", in Bulletin Aves Vol. 3, Février 1964.

    Jacob J.-P.: "Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta)", in "Atlas des Oiseaux nicheurs de wallonie 2001-2007" pp. 348-349, Aves 2010.

    Jacob J.-P. et Paquay M.: "L'Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta) en 1983 en Wallonie, in Bulletin Aves Vol.21 n°2, 1984.

    Géroudet P. et Cuisin M.: "Les Passereaux d'Europe" Tome 2, pp.53 à 60, Ed. Delachaux et Niestlé, 1998.

    Svenson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux et Niestlé, 2010.


     

     

     

     


     


  • Les orpins, plantes rupestres et succulentes.

    Sur le territoire de notre commune, les éléments rocheux du paysage (escarpements, carrières et vieux murs) sont autant de milieux de vie pour de nombreuses espèces végétales spécialisées qui se répartissent en fonction du type de substrat, de l'exposition, de la pente, ...

    A la belle saison, les roches calcaires et siliceuses se parent d'une variété de plantes à fleurs, véritables petites merveilles ! Leurs couleurs et leurs différentes particularités anatomiques et physiologiques méritent toute notre attention. Ainsi, dans de minces substrats meubles, germent les semences des orpins. Ces plantes succulentes de la Famille des Crassulacées exploitent çà et là un volume de terre très réduit et résistent à de longues périodes de sécheresse. On les appelle des xérophytes (de xeros, sec). Elles croissent sur les rochers, les vieux murs et les lieux rocailleux bien exposés, où l'évaporation est intense du fait du vent, de l'ensoleillement et de la chaleur. Elles résistent en accumulant des réserves d'eau dans leurs organes charnus, notamment les feuilles. Les Cactées des semi-déserts américains et certaines euphorbes répandues dans les régions sèches de l'Afrique sont des plantes succulentes. Les orpins et les joubarbes de la flore européenne relèvent également de cette catégorie de plantes.

     

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    L'orpin réfléchi (Sedum rupestre)

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 23 Mars 2011.

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    La joubarbe des toits (Sempervivum tectorum)

    Photo: Fr. Hela, Roly, 9 Avril 2012


    Dans notre commune, quatre espèces d'orpins sont facilement reconnaissables

    En mai et juin (parfois juillet), les fleurs jaunes et étoilées de l'orpin âcre ou "poivre des murailles" (Sedum acre) se remarquent de loin. Il croît sur les murs anciens où s'est accumulée de la matière organique, sur les rochers et les rocailles et, même, sur de vieux toits de hangars ou de granges.

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 22 Juillet 2012.


    Je l'ai vu dans les Hautes Alpes où il fréquente les rochers et pierriers de l'étage collinéen à l'étage subalpin (500 à 2000 m) ! Je l'ai aussi trouvé dans les dunes fixées de notre littoral. L'orpin âcre y est présent parmi les mousses qui recouvrent le sol, en compagnie de la laîche des sables (Carex arenaria), du rosier pimprenelle (Rosa spinosissima) ou de la fléole des sables (Phleum arenarium).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2012


    Si vous mâchez, sans avaler, un petit morceau de la tige abondamment feuillues, vous comprendrez sûrement pourquoi l'orpin âcre est aussi appelé "poivre des murailles" ou "orpin brûlant" !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Redeau), 28 Mars 2012.


    En juin et juillet, l'orpin blanc (Sedum album), avec ses petites fleurs blanches ou parfois rosées, est la lumière de nos vieux murs, des éboulis stabilisés ou des petites barres rocheuses, comme sur les rochers de Champalle.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 26 Juin 2011.


    Ses feuilles alternes plus ou moins cylindriques et sa tige sont vertes ou rougeâtres.

     

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    Photo: Fr. Hela, Anseremme (Moniat), 16 Mai 2012.


    Dans les Hautes Alpes, je l'ai observé sur les rochers, dans les rocailles ou sur de gros blocs rocheux éparpillés dans les prairies alpines. Là-bas, on trouve l'orpin blanc de l'étage collinéen à l'étage subalpin, dans des situations bien exposées (de 600 à 2.300 m). Dans certaines contrées alpines, il est la plante nourricière de la chenille du célèbre Apollon (Parnassius apollo), beau papillon blanc ponctué de noir et de rouge.

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    L'Apollon (Parnassius apollo) et sa chenille sur Sedum album.


    L'orpin réfléchi ou "trique-madame" (Sedum rupestre) est moins fréquent, mais certaines stations sont bien fournies. Ses fleurs sont jaunes et ses feuilles à section circulaire sont longues de 8 à 20 mm, terminées par une courte pointe raide. D'une hauteur de 15 à 30 cm, il fleurit de juin à août, sur les rochers, sur les vieux murs, dans les pelouses sèches et, même, sur les digues, en bord de Meuse. Dans les Hautes Alpes, il monte jusqu'à 2000m, sur les versants sud (Adret).

     

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    Feuilles mucronulées de Sedum rupestre.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2012.

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    L'orpin réfléchi en fleurs

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juillet 2012.


    L'orpin reprise ou Herbe à la coupure (Sedum telephium) est le moins thermophile de nos orpins. On le rencontre, de juin à août, dans les bois clairs, sur des talus rocheux, en bord de chemins ou de routes. La sous-espèce fabaria, plus rare, aime les rochers frais et ombragés et, même, les berges des cours d'eau. Il y aura toujours des exceptions à la règle!

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    Photo: Fr. Hela, Durnal, 21 Août 2011.


    Il peut atteindre une hauteur de 30 à 50 cm. Le limbe de ses feuilles ovales est denté irrégulièrement et son inflorescence, en corymbe dense, porte des fleurs rosées ou purpurines. Celles-ci attirent de nombreux Diptères (Eristales diverses et autres Syrphidés), mais aussi des Hyménoptères et des papillons. Comme les autres orpins, l'herbe à la coupure est mellifère.

     

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    Tige et feuilles de l'orpin reprise

    Photo: Fr. Hela, Crupet, 13 Mai 2012


    L'orpin reprise monte moins haut en altitude. Dans les Hautes-Alpes, il est observé jusqu'à 1.700 m. On le trouve sur les rochers moins exposés, sur des pierriers près des torrents et dans les broussailles, de l'étage collinéen à l'étage montagnard.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 1 Juillet 2011.


     


    Ouvrages et littératures consultées

    Chas Ed.: Atlas de la flore des Hautes-Alpes

    Hidvegi Fr.: Les Escarpements rocheux : Brochure technique n°5, éditée par le Ministère de la Région Wallonne (Direction de la Conservation de la Nature et des Espaces verts), Jambes, 1995. 

    Lambinon J., Delvosalle L. et Duvigneaud J.: Nouvelle Flore de la Belgique, du G-D de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines Ed. Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, Meise, 2004.

    Lauber K. et Gerhart W.: Flora Helvetica (Flore illustrée de Suisse) Ed. Belin, Paris 2000.

    Raynal-Roques Al.: La botanique redécouverte Ed. Belin, 1994.

    Vanden Berghen C.: La végétation terrestre du littoral d'Europe occidentale Ed. Les Naturalistes Belges, 1964.

    Whalley P.: Papillons Ed. Arthaud, Paris 1989.

















     










     

     


     




     




     

  • Un Prione tanneur (Prionus coriarius) à Tricointe (Yvoir).

    Le prione tanneur est un Coléoptère vraiment impressionnant, puisqu'il peut mesurer jusqu'à 45 mm. Le 10 août dernier, un mâle est observé sur un vieux tronc de sureau noir (Sambucus nigra), en bordure d'une pinède.

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    Photo: Michaëla De Zolt-Sappadina, Yvoir (Tricointe), 10 août 2012.


    En 1767, Linné le nomme Prionus coriarius, en raison de l'aspect de son exosquelette de chitine rappelant la couleur et la texture du cuir. Le terme coriarius attribué à l'espèce provient du latin "corium" signifiant, en effet, la couche profonde de la peau qui donne le cuir, par tannage, chez les vertébrés. L'autre nom vernaculaire de l'espèce que l'on trouve parfois dans certains ouvrages, "prione coriace", viendrait d'une francisation erronée de corium. Dans le "Petit Robert", on peut lire que "coriace" du latin coriaceus (XVème siècle: corias) est un adjectif qualifiant une chair, une viande qui est dure comme du cuir !

     

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    Photo: Michaëla De Zolt-Sappadina, Yvoir (Tricointe), 10 Août 2012.


    Notre Coléoptère fait partie de la Famille des Cérambycidés, insectes élégants, aux formes sveltes et aux coloris variés. Appelés "longicornes" ou "capricornes", ils sont généralement reconnaissables à leurs antennes très développées.

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    Stenocorus meridianus est un très élégant Cérambycidé, aux antennes aussi longues que l'ensemble du corps.

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    Photos: Nadine Thonnard, Godinne, 26 Mai 2011.


    Ils vivent souvent dans les régions boisées. Les larves, du type éruciforme (1), se nourrissent exclusivement de matières végétales et sont principalement xylophages (2). Elles peuvent creuser leurs galeries dans le coeur des arbres, dans l'aubier ainsi qu'entre celui-ci et l'écorce. Elles s'attaquent le plus souvent aux arbres morts ou malades.

    Beaucoup de longicornes sont diurnes. Par temps ensoleillé, on les trouve sur les fleurs, surtout celles des Apiacées (Ombellifères), des Asteracées (Composées) et des Rosacées.

     

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    Dans notre région, la lepture tachetée (Leptura maculata) est fréquement observée sur les Ombellifères, par beau temps. Voici un accouplement.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Redeau), 21 Mai 2011


    Les espèces nocturnes restent cachées tout le jour et ne prennent leur essor qu'à la tombée de la nuit. C'est le cas du prione tanneur. Celui-ci peut occasionnellement être observé dans la journée, se reposant, à l'ombre, sur un tronc ou une vieille souche. Un certain nombre d'espèces stridulent, surtout lorsqu'on les saisit. Ce bruit est produit par le frottement de la base du pronotum (3) contre la partie médiane du mésonotum (4).


    Le prione tanneur, par sa taille et sa corpulence, est un des plus grands insectes de notre faune. Son corps robuste, brun foncé ou noir, est assez luisant. Le mâle possède de longues antennes composées de 12 articles (5), à bords externes saillants, en lames de scie. Sa face ventrale montre une pubescence courte et peu dense.

     

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    Prione tanneur mâle

    Photo: Michaëla De zolt-Sappadina, Yvoir (Tricointe), 10 Août 2012.


    La femelle, beaucoup plus grande, a des antennes plus minces et finement dentées. Sa face ventrale est glabre et dispose d'un oviscapte (6) qu'elle sort de son abdomen pour la ponte. Le pronotum présente des excroissances pointues chez les deux sexes.

     

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    Excroissances pointues du pronotum

    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 15 Juillet 2011.


    Le prione tanneur est une espèce active surtout au crépuscule, dans les bois et forêts. En vol, le mâle surprend par son aisance et sa rapidité.

     

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    Un accouplement

    Photo: Wilfried Van Heddegem, Opbrakel (Brakelbos) - Oost-Vlaanderen, 21 Juillet 2012.


    Après l'accouplement, la femelle pond ses oeufs dans du bois mort dépérissant ou dans de vieilles souches plus ou moins pourries, souvent dessous lorsque cela est possible. La larve se développe dans le bois mort et est xylophage. Au bout de 3 ou 4 ans, après avoir mué quatorze fois, elle mesure 5 à 6 cm de long et se construit alors une sorte de coque très résistante, constituée de particules de bois agglomérés et de terre mêlée. C'est dans celle-ci, qu'elle se nymphose et donnera, l'été suivant, un adulte parfait.

     

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    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 15 Juillet 2011.


    Dans nos forêts, il fut un  temps où des souches et des troncs d'arbres restaient le plus souvent au sol et y pourrissaient. Le prione était alors bien plus abondant. De nos jours, la mécanisation aidant, on nettoie beaucoup trop le sol de nos bois. Sur les sols forestiers, bois morts et souches dépérissantes sont pourtant insispensables au développement de notre Coléoptère et de certaines espèces de Cérambycidés devenues bien plus rares.


    (1) éruciforme (latin: eruca, chenille): en forme de chenille

    (2) xylophage: qui mange du bois

    (3) pronotum ou protothorax: pièce dorsale du premier segment thoracique, chez les insectes

    (4) mésonotum ou mésothorax: partie dorsale du segment du milieu du thorax, chez les insectes

    (5) articles: différentes parties des antennes des Arthropodes

    (6) oviscapte ou ovipositeur: organe de ponte


    Bibliographie:

    Auber L.: "Atlas des Coléoptères de France, Belgique, Suisse" Tome II, Ed. Boubée,   Paris 1976.

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, Paris, 1998.

    du Chatenet G.: "Coléoptères phytophages d'Europe", NAP Ed., Vitry-sur-Seine, 2000.

    Le Garff B.: "Dictionnaire étymologique de zoologie", Ed. Delachaux et Niestlé,         Paris, 1998.

    Reichholf-Riehm H.: "Insekten", Ed. Mosaik Verlag, Munich, 1983.


     

  • Un couple de Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) à l'Airbois (Tricointe) !

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à prendre connaissance des informations complémentaires, en fin de note.

    Depuis 2007, le paysage a bien changé autour de la Ferme de l'Airbois. La pente de la colline, exposée au nord, qui domine le hameau de Tricointe, est devenue un milieu plus ouvert et lumineux, diversifié et plus favorable à l'avifaune des sites ouverts ou semi-ouverts. La tempête du 17 janvier 2007 rase 8ha de conifères et la coupe à blanc, en 2008 et 2009, fait disparaître définitivement de l'endroit les épicéas communs et les sapins de Douglas. Il y a cinq ans déjà que les derniers engins de débardage ont rendu le silence à ces lieux et de nombreux passereaux ont trouvé la zone accueillante pour s'y reproduire (1), s'y arrêter lors des migrations (2) ou, simplement, s'y nourrir (3). L'ancienne coupe forestière est devenue aussi le terrain de chasse idéal pour de nombreux rapaces. Le faucon crécerelle (Falco tinnunculus), l'épervier d'Europe (Accipiter nisus), la buse variable(Buteo buteo), la bondrée apivore (Pernis apivorus) ou le busard Saint-Martin (Circus cyaneus) y sont observés régulièrement. C'est aussi le lieu de parade favori pour les bécasses des bois (Scolopax rusticola).

    Le 6 juin dernier, une fauvette grisette (Sylvia communis), s'élève de quelques mètres au-dessus des broussailles, émettant une série de strophes précipitées, puis se pose au sommet de la branche morte d'un arbuste en produisant ses phrases volubiles. A ma gauche, à partir d'un arbre de la lisière, le pipit des arbres (Anthus trivialis) pratique son vol chanté toujours surprenant. Le bruant jaune (Emberiza citrinella) passe avec de la nourriture au bec. Là, à la pointe d'un rejet de frêne dénudé, un oiseau paraissant plus costaud, ayant la taille d'un gros moineau (4), est perché. Sur son poste d'affût, il semble guetter, prêt à plonger sur une proie. Il s'éclipse soudain et reparaît bien en vue, sur un rameau, dix mètres plus loin. La calotte gris pâle, le bandeau noir en travers de l'oeil, le manteau et les ailes brun roux, la poitrine rosée, la queue assez longue, noire et blanche, sont les caractéristiques de la pie-grièche écorcheur mâle.

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Hier soir, Alain m'a annoncé la présence d'un couple à l'Airbois. Quelle joie ! La pie-grièche écorcheur est bien présente. Elle choisira peut-être le site pour se reproduire. De magnifiques observations en perpective se préparent !

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    Un couple de pie-grièche écorcheur à l'Airbois (femelle à gauche et mâle à droite).

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Les pies-grièches (Laniidae) sont des passereaux de taille moyenne faisant figure de petits rapaces avec leur bec crochu. La longue queue, les beaux plumages en partie bariolés de noir et de blanc et la tête assez grosse marquée généralement d'un large bandeau sombre (souvent noir) à travers l'oeil ou derrière celui-ci sont autant de caractéristiques de la Famille.

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net


    Ces passereaux ont l'habitude de se tenir bien en vue, de préférence sur des postes dominants, souvent en terrain découvert, pour guetter leurs proies. Selon l'habitat, celles-ci sont très variées: insectes, araignées, larves et vers, escargots, petits reptiles (lézards, orvets, ...) et amphibiens (grenouilles, tritons), jeunes rongeurs ou musaraignes, petits oiseaux pris au nid ou peu après leur sortie. Les invertébrés (insectes surtout) constituent une part importante du régime alimentaire des pies-grièches. Soulignons aussi la manie de la Famille d'empaler le butin sur les épines d'arbustes, comme les aubépines et les prunelliers, ou sur des fils barbelés, en des points précis du territoire.

     

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    Le mâle de pie-grièche écorcheur au lardoir.

    Photo: A. Saunier, Eschert (CH), août 2002.


    L'utilité de ces "lardoirs" serait de fixer la proie afin de mieux la dépecer. Cependant, de nombreux oiseaux se contentent de maintenir la proie dans les doigts d'une patte, qu'ils portent souvent au bec. Ce comportement spécialisé n'est pas remarqué chez tous les oiseaux et serait plus régulier dans les régions à climat humide et froid, où la chasse aux insectes est de durée réduite. Cette hypothèse est à vérifier !

    Tous les Laniidés d'Europe (cinq espèces) sont en forte régression depuis la deuxième moitié du XXème siècle. Celle-ci coïncide avec l'apparition de l'agriculture intensive et industrielle. En Belgique, la pie-grièche rose (Lanius minor) n'a plus niché depuis 1930. La pie-grièche à tête rousse (Lanius senator) est devenue un oiseau nicheur occasionnel (un seul cas de nidification lors des prospections pour l'atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, de 2001 à 2007). La pie-grièche grise (Lanius excubitor) et la pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) restent donc les seuls Laniidés qui se reproduisent encore en Wallonie.

     

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    La pie-grièche grise (Lanius excubitor)

    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    La cause principale de la régression des pies-grièches, toutes espèces confondues, est la disparition de leurs habitats. L'emploi des pesticides et l'impact de ceux-ci sur l'entomofaune doit aussi avoir un effet très néfaste sur ces oiseaux particuliers.

    Revenons maintenant à la pie-grièche écorcheur. La femelle, plus discrète, a la poitrine barrée de gris et un léger bandeau brun sur l'oeil. Les juvéniles ressemblent aux femelles et portent un manteau écailleux.

     

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    Pie-grièche écorcheur: la femelle

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    La silhouette dressée de la pie-grièche écorcheur est typique. Sur son poste d'affût, elle voit tout. Que l'intrus approche, les battements nerveux de sa queue s'intensifient et, d'un vol ondulé, elle disparaît pour reparaître un peu plus loin, sur un autre support. Elle émet alors des cris d'alarme assez forts et grinçants.

     

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    Pose typique d'une pie-grièche écorcheur inquiète

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Dès le mois de mai, le mâle prend possession de son territoire et le défend hardiment. Lorsqu'une femelle le rejoint, il chante (5), en faisant vibrer ses ailes, fait le beau, montrant tour à tour le rose de sa poitrine ou les contrastes de son dos.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    En général, c'est lui qui construira le gros oeuvre du nid, caché au coeur d'un buisson touffu, laissant à la femelle le soin de le parachever. Celle-ci couvera ses 5 ou 6 oeufs, ravitaillée régulièrement par son compagnon. L'envol des jeunes aura lieu vers deux semaines. La petite famille restera longtemps unie.

    Dès la fin août, les pies-grièches écorcheurs quittent notre pays pour un long voyage de nuit qui les mènera dans les savanes et steppes boisées de l'Afrique orientale et méridionale, au sud de l'Equateur. La migration (6) des oiseaux d'Europe occidentale et centrale a ceci de particulier qu'elle concentre le flot des voyageurs d'automne vers les Balkans et la Grèce, d'où ils gagnent directement l'Egypte. De là, les oiseaux progressent vers leurs quartiers d'hiver (P. Géroudet, 1998). Au retour, les pies-grièches écorcheurs suivent une route un peu différente: du Soudan, elles passent en Arabie, en Palestine, en Syrie et en Asie Mineure, sur un front étroit, puis se dispersent en éventail sur l'Europe. Chez nous, le retour de l'espèce a lieu fin avril et début mai, plus ou moins tard selon les années.

     

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    Les habitats typiques de la pie-grièche écorcheur sont les campagnes ouvertes, les prairies parsemées de haies denses, riches en buissons épineux (aubépines et prunelliers surtout). Elle fréquente aussi les landes, les coteaux calcaires et les coupes forestière en repousse.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

    (1) Les oiseaux nicheurs sont notamment le bruant jaune (Emberiza cirtinella), la fauvette des jardins (Sylvia borin), la fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), la fauvette grisette (Sylvia communis), l'accenteur mouchet (Prunella modularis), le troglodyte (Troglodytes troglodytes), le pouillot véloce (Phylloscopus collybita), le pouillot fitis (Phylloscopus trochilus) et l'hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta).

    (2) La zone est parfois une halte migratoire pour le tarier pâtre (Saxicola torquatus), la locustelle tachetée (Locustella naevia), la grive litorne (Turdus pilaris), la grive mauvis (Turdus iliacus), le pinson du nord (Fringilla montifringilla), le sizerin cabaret (Carduelis flammea), ...

    (3) Outre les rapaces, de nombreux passereaux viennent s'y nourrir: pic noir (Dryocopus martius), pic vert (Picus viridis), coucou gris (Cuculus canorus), pinson des arbres (Fringilla coelebs), pigeon ramier (Columba palumbus), linotte mélodieuse (Carduelis cannabina), verdier d'Europe (Carduelis chloris), rougegorge (Erithacus rubecula), bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula), grive musicienne (Turdus philomelos), ...

    (4) La taille de la pie-grièche écorcheur est intermédiaire entre celles du moineau et du merle (Longueur: 16,5 à 18 cm; poids moyen: 26 à 38 g).

    (5) Le chant du mâle relativement discret s'étend surtout de l'arrivée de l'oiseau à l'éclosion des petits, avec quelques reprises estivales occasionnelles. Il est composé d'imitations de chants d'autres oiseaux constituant un babil agréable et varié, quoique peu sonore.

    (6) Ce type de migration est appelé "migration en boucle", d'après certains auteurs.


    Bibliographie:

    Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie - 2001-2007 (Publication d'Aves  et du Département de l'étude du Milieu Naturel et Agricole - Service Public de Wallonie) -Gembloux 2010:

    Dehem Ch.: Pie-grièche grise Lanius excubitor

    Jacob J.-P.: Pie-grièche à tête rousse Lanius senator et Pie-grièche à poitrine rose Lanius minor

    Titeux N., van der Elst D. et Van Nieuwenhuyse Dr.: Pie-grièche écorcheur Lanius collurio


    Géroudet P. et Cuisin M.: "Les Passereaux d'Europe" Tome 2 - Delachaux et Niestlé, Paris 1998.

    Jacob J.-P.: "La situation des Pies-grièches écorcheurs (Lanius collurio) et grise (Lanius excubitor) en Wallonie (Belgique)", in Aves (Bulletin de la Société d'études ornithologiques Aves), 36 (1-3) - 1999.

    Svensson L., Mullarney K. et Zetterström D.: "Le guide Ornitho" - Delachaux et Niestlé, Paris 2010.

    Zollinger J.-L.: "Evolution de l'habitat et des effectifs d'une population de Pie-grièche écorcheur Lanius collurio sur le Plateau vaudois", in Nos Oiseaux (Revue de la Société romande pour l'étude et la protection des oiseaux), Volume 53/1 - Mars 2006 - N°483.

     



  • Le Poliste gaulois (Polistes dominula) à Evrehailles.

    Evrehailles, Haie aux Faulx, le 27 mars 2012.

    Entre deux averses, les rayons du soleil chauffent l'abri de jardin où l'on range les outils. Sur le point d'ouvrir la porte, je me trouve soudain nez à nez avec une très belle guêpe, posée sur l'avant-toit.

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    Le Poliste gaulois (Polistes dominula) se chauffe aux premiers rayons du soleil printanier.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 27 Mars 2012


    Ce début de printemps est assez froid et je suis assez surpris de la présence de cet insecte thermophile qui, dans notre pays, atteint souvent la limite nord de son aire de distribution.

    Nous sommes donc face à face. La guêpe, plus svelte que les guêpes sociales habituelles, m'examine de ses yeux à facettes, mais aussi en remuant régulièrement ses longues antennes orangées. Malgré ma très grande proximité, son comportement est calme et elle ne montre aucune agressivité. Je lui présente alors mon doigt sur lequel elle grimpe délicatement. Ses pattes jaunes sont fort longues. Elle possède le costume jaune et noir de la plupart des guêpes sociales. Son corps allongés est plus svelte. Contrairement aux autres Vespidés, son abdomen se rétrécit progressivement vers l'avant, mais aussi vers l'arrière. Enfin, si on la compare aux guêpes communes, elle porte ses ailes de manière un peu différente.

    Polistes dominula Evrehailles (Haie d'Al Faulx) 27-03-12.jpg

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 27 Mars 2012.


    Au bout d'un certain temps, elle s'envole et tourne autour de ma tête. Elle va et vient gracieusement, se balançant dans l'air, ses pattes postérieures pendantes, puis disparaît sous la toiture. Tiens, la revoilà ! Mais, il y en a maintenant quatre qui prennent un bain de soleil ! Quelle découverte ! Ce sont des guêpes sociales appelées polistes et, plus précisément, des polistes gaulois (Polistes dominula) !

    Les polistes sont des Hyménoptères de la famille des Vespidae qui regroupe les guêpes sociales. Les individus appartiennent à trois castes différentes: reines, ouvrières et mâles. Seules les reines fécondées survivent à l'hiver et ce sont elles qui construisent les nouveaux nids au printemps. La Famille des Vespidae est divisée en deux sous-familles: les Polistinae et les Vespinae. Les Polistinae élaborent des nids peu populeux qui ne sont pas recouverts d'une enveloppe protectrice, contrairement aux autres guêpes sociales.

     

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    Nids de Polistes dominula non recouverts d'une enveloppe protectrice.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Haie aux Faulx), 26 Mars 2012.


    Les Vespinae regroupent, entre autres, les guêpes les plus connues chez nous: la guêpe germanique (Vespula germanica), la guêpe commune (Vespula vulgaris) et le frelon (Vespa crabro).

     

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    Une reine de Frelon (Vespa crabro) se nourrissant du nectar de fleurs d'un cotonéaster. Le frelon fait partie de la sous-famille des Vespinae.

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 29 Avril 2011


    Les reines initient, au début du printemps, des nids faits de carton qui vont abriter pusieurs centaines d'individus au cours de la belle saison. Ceux-ci sont entourés d'une enveloppe protectrice percée d'un orifice basal.

     

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    Une reine de guêpe moyenne (Dolichovespula media) construisant son nid. On remarque bien l'enveloppe protectrice.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Redeau), Avril 2011.


    Nettement moins courants chez nous, les Polistes sont des insectes thermophiles. Ils sont beaucoup plus abondants à mesure qu'on se rapproche des pays méridionaux. La plupart atteignent, dans nos pays d'Europe occidentale, la limite nord de leur aire de distribution.

     

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    Polistes dominula sur une feuille de Nymphaea.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 5 Juillet 2011.


    Le poliste gaulois, guêpe sociale très commune dans les régions méridionales de l'Europe, est en expansion brutale en Belgique et dans les régions limitrophes. Yves Barbier, Jean-Yves Baugnée et Pierre Rasmont (1995) émettent l'hypothèse que les étés chauds successifs de la fin des années '80 et du début des années '90 sont une des causes principales de sa progression. Celle-ci serait probablement facilitée par le fait que cette espèce possède de grosses populations méridionales qui peuvent servir de "réservoir" de peuplement. De plus, Polistes dominula semble aimer les lieux occupés par les hommes. Assez anthropique, il s'accomode fort bien de substrats artificiels pour construire son nid.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dinant (Fonds de Leffe), Juin 2012.


    Bref, une très belle guêpe à respecter et à observer près de chez vous !