Yvoir Nature Faune et Flore - Page 3

  • Le Poliste gaulois (Polistes dominula) à Evrehailles.

    Evrehailles, Haie aux Faulx, le 27 mars 2012.

    Entre deux averses, les rayons du soleil chauffent l'abri de jardin où l'on range les outils. Sur le point d'ouvrir la porte, je me trouve soudain nez à nez avec une très belle guêpe, posée sur l'avant-toit.

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    Le Poliste gaulois (Polistes dominula) se chauffe aux premiers rayons du soleil printanier.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 27 Mars 2012


    Ce début de printemps est assez froid et je suis assez surpris de la présence de cet insecte thermophile qui, dans notre pays, atteint souvent la limite nord de son aire de distribution.

    Nous sommes donc face à face. La guêpe, plus svelte que les guêpes sociales habituelles, m'examine de ses yeux à facettes, mais aussi en remuant régulièrement ses longues antennes orangées. Malgré ma très grande proximité, son comportement est calme et elle ne montre aucune agressivité. Je lui présente alors mon doigt sur lequel elle grimpe délicatement. Ses pattes jaunes sont fort longues. Elle possède le costume jaune et noir de la plupart des guêpes sociales. Son corps allongés est plus svelte. Contrairement aux autres Vespidés, son abdomen se rétrécit progressivement vers l'avant, mais aussi vers l'arrière. Enfin, si on la compare aux guêpes communes, elle porte ses ailes de manière un peu différente.

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 27 Mars 2012.


    Au bout d'un certain temps, elle s'envole et tourne autour de ma tête. Elle va et vient gracieusement, se balançant dans l'air, ses pattes postérieures pendantes, puis disparaît sous la toiture. Tiens, la revoilà ! Mais, il y en a maintenant quatre qui prennent un bain de soleil ! Quelle découverte ! Ce sont des guêpes sociales appelées polistes et, plus précisément, des polistes gaulois (Polistes dominula) !

    Les polistes sont des Hyménoptères de la famille des Vespidae qui regroupe les guêpes sociales. Les individus appartiennent à trois castes différentes: reines, ouvrières et mâles. Seules les reines fécondées survivent à l'hiver et ce sont elles qui construisent les nouveaux nids au printemps. La Famille des Vespidae est divisée en deux sous-familles: les Polistinae et les Vespinae. Les Polistinae élaborent des nids peu populeux qui ne sont pas recouverts d'une enveloppe protectrice, contrairement aux autres guêpes sociales.

     

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    Nids de Polistes dominula non recouverts d'une enveloppe protectrice.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Haie aux Faulx), 26 Mars 2012.


    Les Vespinae regroupent, entre autres, les guêpes les plus connues chez nous: la guêpe germanique (Vespula germanica), la guêpe commune (Vespula vulgaris) et le frelon (Vespa crabro).

     

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    Une reine de Frelon (Vespa crabro) se nourrissant du nectar de fleurs d'un cotonéaster. Le frelon fait partie de la sous-famille des Vespinae.

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 29 Avril 2011


    Les reines initient, au début du printemps, des nids faits de carton qui vont abriter pusieurs centaines d'individus au cours de la belle saison. Ceux-ci sont entourés d'une enveloppe protectrice percée d'un orifice basal.

     

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    Une reine de guêpe moyenne (Dolichovespula media) construisant son nid. On remarque bien l'enveloppe protectrice.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Redeau), Avril 2011.


    Nettement moins courants chez nous, les Polistes sont des insectes thermophiles. Ils sont beaucoup plus abondants à mesure qu'on se rapproche des pays méridionaux. La plupart atteignent, dans nos pays d'Europe occidentale, la limite nord de leur aire de distribution.

     

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    Polistes dominula sur une feuille de Nymphaea.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 5 Juillet 2011.


    Le poliste gaulois, guêpe sociale très commune dans les régions méridionales de l'Europe, est en expansion brutale en Belgique et dans les régions limitrophes. Yves Barbier, Jean-Yves Baugnée et Pierre Rasmont (1995) émettent l'hypothèse que les étés chauds successifs de la fin des années '80 et du début des années '90 sont une des causes principales de sa progression. Celle-ci serait probablement facilitée par le fait que cette espèce possède de grosses populations méridionales qui peuvent servir de "réservoir" de peuplement. De plus, Polistes dominula semble aimer les lieux occupés par les hommes. Assez anthropique, il s'accomode fort bien de substrats artificiels pour construire son nid.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dinant (Fonds de Leffe), Juin 2012.


    Bref, une très belle guêpe à respecter et à observer près de chez vous !

     


     

     



     

     

     

     

     


     

     


     

     






  • Le Merle à plastron (Turdus torquatus), une espèce boréo-alpine de passage à Tricointe (Yvoir)

    Le 12 avril 2012, j'emprunte le chemin des meuniers pour me rendre à Tricointe. Là où le sentier en pente se termine, des cris d'alarme, durs et saccadés, rappelant un peu la grive litorne (Turdus pilaris), proviennent de la lisière forestière. Un merle assez sombre surgit tout d'un coup, se pose dans la prairie quelques instants, puis va se poser, bien en évidence, sur une branche d'un pin sylvestre. Pas de doute, voilà l'oiseau que je recherche à chaque printemps, au mois d'avril ! Un merle à plastron (Turdus torquatus torquatus) !

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Un large croissant blanc sur la poitrine me permet de déterminer cet oiseau. C'est un mâle. De passage, au printemps, il paraît très sombre en dessous du plastron, d'un brun foncé à noirâtre presque uniforme. Ses ailes fermées dessinent au-dessus des flancs une zone plus pâle, argentée, parfois peu apparente chez cette sous-espèce nordique. La femelle est plutôt brune et son plastron frappe moins le regard, parce que plus petit et brunâtre. Son allure et son plumage sombre font ressortir sa parenté avec notre merle noir (Turdus merula). Tous deux, par exemple, ont le même "tic" de relever la queue en se posant. Cependant, le merle à plastron me paraît un peu plus svelte et robuste, endurci au climats rudes. Son naturel farouche et nerveux, sa voix rocailleuse, son attitude dressée et toujours sur le qui-vive, le rapproche davantage de la grive litorne (P. Géroudet, 1998).

     

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    La grive litorne (Turdus pilaris) pour comparaison.

    Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net


    En observant attentivement notre oiseau, de passage au printemps, je remarque son bec jaune à pointe brune, ses pattes brun clair et l'iris brun noirâtre.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Le merle à plastron est une espèce à distribution boréo-alpine typique (D. van der Elst, 1984). Sa répartition géographique est disjointe, sans être tout à fait celle des véritables reliques glaciaires comme le lalopède alpin (Lagopus muta) ou le pic à dos blanc (Dendrocopos leucotos). Paul Géroudet (1998) nous dit dans son ouvrage à propos des Passereaux d'Europe: "La dislocation de l'espèce après les glaciations a constitué des populations isolées dans les systèmes montagneux d'Europe moyenne et méridionale". Pour expliquer cette curieuse répartition, il nous faut remonter dans le temps. Le quaternaire a vu apparaître des phénomènes climatiques particuliers et notamment la dernière invasion glaciaire, dite de Würm. L'Europe de l'ouest est demeurée longtemps sous un climat rigoureux très froid et sec, des calottes de glace couvrant les régions septentrionales du continent. Les  plaines fertiles d'aujourd'hui étaient composées de steppes et la taïga couvrait la Provence ainsi qu'une partie de la péninsule ibérique.


    L'Europe lors de la dernière glaciation dite de Würm, débutant vers 70.000 ans et se terminant vers 12.000 ans, du moins sous nos latitudes.

     

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    La glaciation de Würm est une manifestation d'un refroidissement qui a concerné plus ou moins directement toute la planète. Ce refroidissement a notamment eu pour conséquence une baisse du niveau des mers d'une centaine de mètres (régression marine) et l'établissement d'un climat périglaciaire dans nos régions, aboutissant à de profondes modifications de la faune et de la flore (voir à ce propos les pages concernant la Glaciation de Würm, sur le site http://fr.wikipedia.org).


    A cette époque, il ne devait y exister que des oiseaux de la faune boréale qui, lors du refroidissement, migrèrent plus au sud. Quant à la plupart des espèces européennes actuelles, il semblerait qu'elles habitaient les plaines russes et d'Asie centrale, qui jouissaient alors d'un climat un peu moins rigoureux. Lors du retrait des glaciers, la faune arctique remonta progressivement vers le nord et, quelques-uns de ses représentants, trouvèrent refuge en altitude, dans les Alpes, les Pyrénées ou d'autres sommets, là où les conditions climatiques se rapprochent le plus de celles des régions froides du nord de l'Europe (J.-F. Dejonghe, 1984). C'est le cas du lagopède alpin, du pic à dos blanc, mais aussi du lièvre variable (Lepus timidus). Par ailleurs, on constate le même phénomène chez certaines plantes présentes dans les régions septentrionales de l'Europe et dans les Alpes. Ainsi la dryade à huit pétales, appelée aussi Thé des Alpes, Thé suisse ou Chênette (Dryas octopetala) est un arbuste en espalier doué d'un remarquable pouvoir de colonisation. Cette espèce calcicole des Alpes croît dans presque toutes les montagnes d'Europe, des Pyrénées au Caucase et dans les régions arctiques. Elle a donné son nom à la période de la fin du dernier épisode glaciaire, le Dryas.

     

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    Photo: Fr. Hela, Nationalpark Hohe Tauern (Alpes autrichiennes), Juillet 1989.


    La répartition actuelle de notre merle à plastron semblerait donc bien pouvoir, en partie, s'expliquer par ces phénomènes glaciaires. La sous-espèce alpestris niche dans les montagnes du sud de l'Europe, des Pyrénées aux Balkans. Dans les Alpes, l'espèce est présente en lisière des forêts de résineux et dans les aulnaies de l'étage subalpin, de préférence sur les versants exposés au nord (Ubac) (Dejonghe J.-F., 1984). Elle occupe, entre autres, l'Auvergne, les Vosges et la Forêt Noire. En Wallonie, cette sous-espèce est liée à la sylviculture de l'épicéa (Picea abies), aux altitudes les plus élevées, surtout au-delà de 600 mètres. D'après L. Schmitz (2010), le merle à plastron serait un nicheur très rare et fort localisé, dans les Hautes-Fagnes et les forêts périphériques. Pour cet auteur, des informations fragmentaires ne permettent pas d'écarter une possible présence sur les autres crêtes ardennaises (plateaux des Tailles, de Saint-Hubert, de Libramont - Libin et de la Croix-Scaille) (Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, L. Schmitz - 2010). 

     

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    Photo: Alain Chappuis@Naturissima(2011)


    La sous-espèce torquatus (celle observée à Tricointe) niche dans le nord et l'ouest de la Grande-Bretagne et sur le plateau scandinave. Les deux sous-espèces hivernent principalement dans le sud-ouest de l'Europe et au Magreb. 

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    Turdus torquatus torquatus, sous-espèce nordique de passage chez nous.

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Au cours de ses migrations, la sous-espèce torquatus se rencontre en petit nombre dans tous les pays d'Europe occidentale. La migration printanière de celle-ci se déroule en moyenne du 1 avril au 2 mai, en Belgique. Le passage des mâles est plus important et précoce que celui des femelles (décalage en général d'une dizaine de jours). D'après D. van der Elst (1984), le schéma des migrations peut être sensiblement influencé par les conditions météorologiques. A plusieurs reprises, un passage du merle à plastron simultané à celui de traquets, de rougequeues à front blanc (Phoenicurus phoenicurus), de grives musiciennes (Turdus philomelos), de gobemouches noirs (Ficedula hypoleuca) et d'autres passereaux rejoignant la Scandinavie, a coincidé avec un vent d'est soutenu.  


    Ouvrages et documents consultés:

    Dejonghe J.-F.- "Les oiseaux de montagne" Edition du Point vétérinaire, 1984.

    Favarger Cl. et Robert P.-A. "Flore et Végétation des Alpes" (Tomes I et II) Ed. Delachaux et Niestlé, 1995.

    Géroudet P.- "Les Passereaux d'Europe" Edition mise à jour par M. Cuisin, Delachaux et Niestlé, Paris 1998.

    Schmitz L. - "Merle à plastron, Turdus torquatus", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie" (pp. 320-321) Ed. Aves et Région wallonne, 2010.

    Schmitz L. - "Le Merle à plastron (Turdus torquatus) d'avril 2006 à Stockay n'était pas un alpestris", in Bulletin Aves Vol. 44/2, juin 2007.

    Schmitz L.et Michel J. - "Identité subspécifique, distribution et habitat des Merles à plastron (Turdus torquatus) nicheurs en Belgique", in Bulletin Aves Vol. 37/1-2, décembre 2000.

    Svensson L.- "Le guide ornitho" Ed. Delachaux et Niestlé, Paris 2010.

    van der Elst D.- "Le statut du Merle à plastron (Turdus torquatus) en Wallonie et en Brabant", in Bulletin Aves Vol. 21/2, 1984.






     

  • A la découverte de quelques champignons printaniers.

    Si la poussée fongique la plus exubérante se réalise au cours de certains automnes doux et humides, il existe néanmoins quelques champignons dont le mycélium produit des sporophores (organes visibles chez certaines espèces) en hiver, au printemps et en été ! Les champignons printaniers sont très typiques. En effet, ils appartiennent, en général, aux Ascomycètes, alors que la plupart des champignons charnus de l'automne sont des Basidiomycètes.

    Rappelons ici que le sporophore, c'est-à-dire la structure qui porte des cellules sporogènes et des spores, appelé "champignon" par le grand public, naît généralement à des époques déterminées et ne persiste souvent que durant un temps limité. L'élément le plus permanent est représenté par des filaments, nommés "mycélium", vivant dans le sol, le bois, le fumier ou d'autres substrats. Les Mycètes englobent, entre autres, les unicellulaires microscopiques (moisissures, rouilles, charbons, ...) et les pluricellulaires macroscopiques (Ascomycètes et Basidiomycètes), dont certaines espèces sont recherchées par le mycophage. Leur particularité est leur mode de vie hétérotrophe dû à l'absence de plastes chlorophylliens, ce qui les différencie des algues. Chez les Ascomycètes, les spores, éléments de dissémination du champignon, sont formées à l'intérieur d'une cellule allongée, nommée asque. Les spores des Basidiomycètes naissent sur de petits pédicelles, les stérigmates, terminant une cellule généralement en forme de massue, la baside.

    Parmi les Ascomycètes que l'on peut rencontrer au cours d'excursions printanières, les morilles, apparaissant en avril et en mai, sont les plus connues et les plus estimées. Celles-ci sont caractérisées par un pied creux assez irrégulier, surmonté d'un chapeau plus ou moins globuleux ou conique et recouvert de nombreux alvéoles (surfaces sporifères).

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    La Morille commune (Morchella esculenta).

    Photo: Robin Gailly, Crupet, 16 Avril 2012


    S'il est aisé de reconnaître qu'un champignon est une morille, il est beaucoup plus difficile de se prononcer sur certaines espèces. En effet, la systématique du genre Morchella est une des plus complexes parmi les Macromycètes. Cette particularité tient à la variabilité de la forme et de la couleur, ainsi qu'à l'altération de celle-ci sous l'influence de l'humidité ou de la sécheresse. Certains mycologues distinguent plusieurs espèces, en se basant, entre autres, sur la variation de couleur. La diversité des noms français l'exprime également: morilles blondes ou jaunes, grises, noires ou brunes, pourpres, vertes et blanches ! En vérité, les distinctions de couleurs, très différentes d'un individu à l'autre, sont souvent délicates à saisir. R. Heim (1984) propose de répartir ces champignons selon le mode d'attache du pied au chapeau. D'après cet auteur, on pourrait distinguer les morilles adnées, les morilles distantes et les morilles au chapeau à moitié libre. Dans le premier groupe, le chapeau est adné, ce qui signifie que celui-ci est soudé et adhère totalement au pied. Il est de forme arrondie et les alvéoles, sans ordre, ne sont pas limités par des côtes longitudinales régulières. C'est le cas de la morille commune, grise ou noire (Morchella esculenta syn. M. vulgaris) qui se développe au début du printemps, le plus souvent en avril et en mai, dans les bosquets, les haies, les vergers et dans les forêts riveraines, sous les ormes et les frênes. Elle croît aussi sous les pommiers, les peupliers et les noisetiers. Le chapeau est marqué de côtes longitudinales, mais peu régulières, épaisses et accompagnées d'appendices transversaux courts et inégaux.

     

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    Morchella esculenta

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 14 Avril 2010.


    La Morille blonde (Morchella rotunda syn. Morchella esculenta var. rotunda), au chapeau jaune ocré, semble actuellement considérée comme une simple variété de Morchella esculenta. Je n'ai pas encore trouvé celle-ci sur le territoire de notre commune.

     

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    Photo: Gérard Girod - www.mycodb.fr


    La Morille conique (Morchella costata syn. M. elata var. costata) fait partie du groupe "morilles distantes". Le chapeau est séparé du pied par un sillon ou vallécule. Il est oblong ou souvent conique. Les alvéoles sont limités par des côtes longitudinales régulières et des cloisons secondaires qui en émanent. Cette morille est souvent présente dans les zones boisées de conifères, surtout en montagne. Cà et là, on la découvre dans les vergers, les décombres et les broussailles. Espèce plutôt rare chez nous, elle est à rechercher. Son chapeau fauve olivâtre foncé, presque aussi long que le pied, conique et pointu, est sillonné longitudinalement de côtes foncées bien dessinées.

     

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    Photo: Thierry Duchemin - www.mycodb.fr


    Parmi les morilles au chapeau à moitié libre, on trouve le Morillon (Mitrophora semilibera syn. Morchella hybrida). Celui-ci apparaît au printemps, dans les jardins et autres endroits frais (taillis de noisetiers, sous les aulnes et dans les bois humides de peupliers), souvent en compagnie de la ficaire (Ranunculus ficaria).

     

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    Photo: Michel Gijsemberg, Houx-sur-Meuse, Avril 2010.

     

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    Le morillon croît souvent en compagnie de la ficaire fausse-renoncule (Ranunculus ficaria).

    Photo: Fr. Hela, Rivière, 11 Mars 2012.


    Le chapeau du morillon est conique, brun jaune, mais beaucoup plus court que le pied. Il est séparé de celui-ci par un profond sillon (vallécule). D'après J. Guillot (2003), cette espèce est, parmi les Morchellacées, la plus précoce, apparaissant certaines années, dès le mois de mars.


    Les morilles sont considérées comme d'excellents champignons comestibles, moyennant malgré tout certaines précautions ! Il convient de signaler que certains champignons, habituellement comestibles, peuvent être toxiques, s'ils sont crus ou mal cuits. C'est le cas des morilles ! Les toxines, thermolabiles, sont généralement éliminées par une cuisson suffisante (il est conseillé, paraît-il, de faire bouillir les morilles fraîches pendant une quinzaine de minutes et de jeter alors l'eau de cuisson). La symptomatologie (syndrome hémolytique) est souvent d'ordre digestif (nausées, vomissements), mais la cause profonde, une destruction des globules rouges, peut entraîner de sérieuses conséquences en cas d'intoxication massive (R. Courtecuisse, 1994). Il est donc recommandé de consommer les morilles sans excès et parfaitement cuites !

    D'autres Ascomycètes peuvent être rencontrer au printemps. Parmi ceux-ci, citons le Gyromitre (Gyromitra esculenta), espèce occasionnelle chez nous. Appelé aussi "morille brune" ou "fausse-morille", le gyromitre se caractérise par un chapeau irrégulier, presque globuleux, veiné, plissé et dont la marge est soudée au pied. Celui-ci de couleur brun châtain nuancé d'olivâtre, offre des circonvolutions accusées lui donnant l'aspect d'une cervelle (cérébriforme).

     

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    Photo: Robin Gailly, Grez-Doiceau, 6 Avril, 2012.


    Cette espèce croît généralement sous les conifères, dans les friches et les landes à bruyères. Dans des conditions particulières, ce champignon comestible peut causer des troubles graves, voire mortels ! Il vaut donc mieux s'abstenir de le consommer !

    La Verpe en forme de dé (Verpa digitaliformis) n'est pas rare, au début du printemps, dans les bois de hêtres, les haies et les lieux sablonneux (elle se rencontre même dans les dunes littorales). On la trouve aussi en des endroits humides et frais, sous les frênes et au voisinage des saules.

     

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    Photo: Michel Gijsemberg, Houx-sur-Meuse, Avril 2010.


    Le chapeau ocre à brun rougeâtre, en forme de dé à coudre, ne présente pas d'alvéoles. Toute sa hauteur est libre. Son pied cylindrique et légèrement marqué de lignes horizontales est allongé. Ce dernier, rempli d'une moelle cotonneuse, devient creux avec le temps.


    Deux helvelles printanières méritent aussi toute notre attention. L'Helvelle à pied blanc (Helvella monachella)  a le pied lisse, creux et de couleur blanc sale. Elle se reconnaît à son chapeau, brun noirâtre dessus et blanchâtre dessous, formé de 3 à 4 lobes soudés au pied et rabattus. C'est une helvelle des substrats meubles argilo-sablonneux. On la trouve sur les sentiers et dans les allées des bois, mais aussi sous les peupliers. Le sporophore dégage une odeur désagréable.

     

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    Photo: Jacques Gouraud - www. mycodb.fr


    L' Helvelle en gobelet (Helvella acetabulum) présente un sporophore supporté par un pied blanc sale, assez épais, sillonné et offrant des côtes qui se prolongent en se ramifiant sur la partie inférieure et externe du chapeau. Celui-ci, en forme de coupe profonde qui lui donne l'aspect d'une pézize, est brun foncé, plus pâle et poudreux à l'extérieur. C'est une espèce courante dans les lieux calcaires, surtout dans les bois de chênes, ainsi qu'aux abords des allées et des routes.

     

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    Photo: Jean-Pierre Dechaume - www.mycodb.fr


    Deux pezizes vernales sont également à rechercher. Le sporophore ou ascoma de ces Ascomycètes, en forme de coupe plus ou moins irrégulière, est fixé au sol ou sur le bois mort. Outre la magnifique Pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea)*, citons notamment  la Pézize veinée (Disciotis venosa) qui se reconnaît aisément à sa chair mince et fragile, ainsi qu'à sa forte odeur d'eau de Javel disparaissant totalement à la cuisson. Ce champignon est comestible, mais il contient une substance toxique analogue à celle des morilles ! Sa consommation réclamera dès lors les mêmes précautions indiquées pour celles-ci.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Mai 2010


    La croissance de cette pézize précèderait un peu celle des morilles. Son habitat est d'ailleurs assez semblable: forêts sur sols riches, le plus souvent calcaires, bosquets, vergers et bords de chemins.

    Une autre petite pezize, appelée aussi sclérotinie tubéreuse (Dumontinia tuberosa syn. Sclerotinia tuberosa) ) apparaît dans les bois, aux mois de mars et avril, sur les rhizomes morts de l'anémone sylvie (Anemona nemorosa) Les pézizes du genre, aux réceptacles en forme de cupules et portés par un long pied, on des asques qui bleuissent au sommet sous l'action de l'iode. Elles naissent à partir d'un petit tubercule (le sclérote) formé de filaments mycéliens remplis de matières nutritives de réserve (R. Heim, 1984). Le sclérote de notre espèce est noir.

     

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    Photo: Thierry Duchemin - www.mycodb.fr


    Pour conclure, il nous faut encore parler d'un Basidiomycète printanier recherché par les mycophages: le Tricholome ou Mousseron de la Saint-Georges (Calocybe gambosa). Lorsque se termine la saison des morilles, commence généralement celle des mousserons. C'est donc de la fin du mois d'avril au début du mois de juin que l'on rencontrera ce champignon qui affectionne les bois de feuillus ou les haies, sur des sols riches, souvent calcarifères (riches en calcaire).

     

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    Photo: Michel Gijsemberg.


    Le tricholome de la Saint-Georges se reconnaît à son mode de croissance, en ronds de sorcières comprenant souvent de nombreux individus, ainsi qu'à sa forte odeur de farine fraîche. Sa saveur est également farineuse. Si on le consomme, on peut le confondre avec un champignon dangereux. Il s'agit de l'Entolome livide (Entoloma lividum), à forte odeur, lui aussi, de farine, mais dont les lamelles, d'abord jaunâtres, deviennent rose brunâtre avec l'âge. Fort heureusement, c'est là une espèce estivale et automnale, qui ne se rencontre pas au printemps. Le chapeau du mousseron de printemps est très épais, ferme, hémisphérique, puis convexe, à bord enroulé en dessous. Sa couleur est blanchâtre, crème ocre, plus rarement grisâtre ou ocre brun terne. Sa surface est sèche et mate. Le pied est blanc ou un peu roussâtre et la chair est blanche. Les lamelles sont au début remarquablement serrées et étroites, de couleur blanc crème.

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Mai 2010.


    Très appréciée des mycophages, cette espèce est localement abondante, à une période de l'année où peu de champignons comestibles croissent.

    * Voir la note du 28/01/12 dans la rubrique "Mycologie": "Une petite merveille mycologique: la Pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea).


    Bibliographie:


    Bon M.: "Champignons de France et d'Europe occidentale"  Editions Arthaud, 1988.

    Courtecuisse R.: "Les champignons de France" Editions Eclectis, 1994.

    Gerhardt E.: "Champignons" (Guide Vigot), Editions Vigot, 2004.

    Guillot J.: "Dictionnaire des champignons" Editions Nathan, 2003.

    Heim R.: "Champignons d'Europe", Editions Boubée, 1984.

    Phillips R.: "Les Champignons" Editions Solar, 1981.

    Romagnesi H.: "Petit atlas des champignons" (3 tomes) Editions Bordas, 1971.















     






     

     


  • L'orvet (Anguis fragilis fragilis), un "lézard" vraiment original !

    Généralement, on distingue aisément les lézards des serpents. Les premiers sont munis de deux paires de pattes, les autres, sans membres visibles et fonctionnels, ont la forme d'une anguille. Mais, n'est pas serpent tout animal rampant, long et dépourvu de pattes. En Wallonie, l'orvet est l'exception à la règle !

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, 23 Mars 2012.


    Beaucoup de personnes non averties l'affublent encore immanquablement du nom de serpent. Il faut dire qu'il en a toutes les apparences et que les convergences sont nombreuses. L'étude comparée de l'anatomie montre clairement que l'orvet est bien un lézard sans pattes. Il n'a plus de membres, mais, au niveau du squelette, des restes de ceintures pelvienne et scapulaire subsistent. La réduction des membres allant jusqu'à la disparition est liée à une élongation du corps et de la queue. L'ensemble de son corps, allongé et cylindrique, est couvert de petites écailles très lisses et brillantes. A ce propos, les serpents présentent à la face ventrale une seule rangée d'écailles larges. Chez l'orvet, les écailles sont petites et semblables sur tout le corps.

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 30 Juillet 2011.


    La couleur brune de ce lézard sans pattes varie du clair au foncé, en passant par le fauve, le cuivré ou le noirâtre. Ses flancs sont ornés de bandes longitudinales plus sombres et son dos présente une ligne vertébrale foncée. Son ventre est en général grisâtre. Certains affirme que le mâle est "bronzé" avec une ligne dorsale noire. Il peut occasionnellement porter des points bleus, ce qui rappelle une particularité plus fréquente dans les Balkans, où elle caractérise une sous-espèce. Cette pigmentation a été observée quelquefois en Belgique (G.H. Parent, 1992). La femelle serait plus sombre et plus grosse, avec les flancs bruns et la face ventrale gris sale. Les jeunes à la naissance, sont vivement colorés d'or, de cuivre ou d'argent. Leurs côtés, la ligne vertébrale et le ventre de ceux-ci sont très sombres, parfois noir de jais.

     

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    Cet orvet, particulièrement foncé, présentait sur les flancs des reflets bleuâtres.

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Mai 2011.


    Sa queue, au moins aussi longue que le corps, possède une extrémité arrondie et non effilée comme la couleuvre à collier (Natrix natrix). Comme tous les lézards européens, l'orvet a également la faculté de rompre volontairement sa queue (autotomie caudale). Ce phénomène n'existe pas chez les serpents. C'est ce caractère qui lui a valu d'ailleurs le nom, en français, de "serpent de verre" et , en latin, d'Anguis fragilis.

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    Cet orvet vient probablement d'échapper à un prédateur. Pris par l'arrière, il lui a laissé sa queue et a eu ainsi la vie sauve.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), Mai 2010.


    La petite tête de l'orvet, portée par un cou peu marqué, se termine par un museau de forme conique et arrondie. Comme la plupart des lézards, il possède des paupières mobiles, alors que les serpents ont, en général, deux yeux couverts d'une membrane transparente et fixe, la "lunette". Chez l'orvet, l'oeil peut donc se fermer et il ne donne pas l'impression de "regard fixe" des serpents.

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    La tête de l'orvet.

    Photo: Fr. Hela, Durnal, 21 Août 2011.

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    La tête d'une d'une couleuvre (Coronella austriaca), pour comparaison.

    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.


    Les milieux de vie et les moeurs de l'orvet sont différents de ceux des lézards. Ces derniers fréquentent, pour la plupart, les endroits secs et ensoleillés. Ils ne sont actifs qu'aux heures les plus chaudes de la journée, tandis que l'orvet s'abrite et se nourrit dans les milieux semi-humides et ombragés: en lisière de forêts feuillues, dans des bois pas trop frais, à proximité de mares ou de fossés humides, dans les broussailles sous les haies vives ou couvrant les talus des voies ferrées, sur les chemins forestiers, ... Sa nourriture se compose surtout de larves d'insectes, d'araignées, de cloportes, de vers annélides, mais aussi de limaces dont il fait une grande consommation.

     

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    Le plus souvent, l'orvet saisit sa proie par la tête et la déglutit comme les serpents. Ses dents coniques à pointues, recourbées un peu en crochet, lui permettent de la saisir et de la retenir.

    Dessin de Cl. Poivre (1972).


    Animal assez lent et discret, c'est généralement à l'aube ou au crépuscule, mais aussi la journée, après la pluie, qu'on a plus de chance de le rencontrer. Il se déplace sans hâte et pourtant se coule, pour s'échapper, avec aisance. Quand on le retient in extremis, il révèle une force insoupçonnée. Le jour, c'est sous les pierres, les décombres, les stères de bois abandonnés, les tas de feuilles mortes ou les galeries de rongeurs, qu'il se réfugie. Il est également capable de s'enterrer dans le sol meuble, en utilisant sa tête et sa queue.

     

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    Face au danger, l'orvet s'échappe sous les feuilles et les tiges de ronces. On peut remarquer ici sa queue à l'extrémité arrondie et non effilée comme les couleuvres.

    Photo: Fr. Hela, Purnode, 23-03-12.


    Comme le lézard vivipare (Zootoca vivipara) et la vipère péliade (Vipera berus), notre reptile est ovovivipare. Les oeufs sont incubés ("couvés") dans les voies génitales de la femelle, mais il n'y a pas de relations nutritionnelles avec les embryons comme chez les mammifères. Au moment de la ponte, les jeunes orvets déchirent immédiatement l'enveloppe des oeufs et sortent déjà formés. L'accouplement a lieu en mai-juin et la mise-bas en août-septembre. 

    Chez nous, l'orvet entre en hibernation fin octobre ou début novembre. Les terriers de rongeurs abandonnés, les cavités sous de grosses racines ou un trou plus ou moins profond dans la terre meuble (jusqu'à 70 cm), ... sont choisis pour cette période de vie au ralenti. L'orvet hiberne seul ou en compagnie de quelques congénères, parfois même avec d'autres reptiles et des batraciens. On a observé des groupes de 20 à 30 orvets dans le même abri !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 15 Mai 2011.


    La longévité potentielle des orvets est très élevée. Certains auteurs mentionnent des âges de plus de 30 ans (en captivité)! Elle est sûrement moindre dans les milieux naturels. En effet, l'orvet est la proie de divers rapaces, mais aussi d'autres oiseaux (Gallinacés, Corvidés, pies-grièches, ...). Il est consommé également par des couleuvres et des mammifères (sanglier, hérisson, blaireau, ...). Les très jeunes individus peuvent être la nourriture des grives, du merle noir, des musaraignes et de la taupe, ... 

    Dans notre région, l'orvet est encore bien présent. Pourtant, de nombreux dangers le menacent: l'emploi des insecticides et des herbicides sélectifs sur les talus, sur certains chemins agricoles ou dans les jardins, la multiplication excessive du faisan de Colchide (Phasianus colchicus) et du sanglier, les chats domestiques, la circulation automobile, la pratique qui consiste à faucher les talus avec des engins mécaniques, les tondeuses à gazon, ... La liste est longue et on se demande comment il parvient à se maintenir ! 

    Avec son allure de serpent qui fait peur, il est encore souvent victime du coup de bêche ou de fourche ! Après avoir éclairci certains points de sa biologie, j'espère que vous éviterez dès lors cette attitude et, si malgré tout, vous avez trop peur, n'hésitez pas à me contacter avant de commettre l'irréparable !

     

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    Les jeunes ont au début une longueur de 7 à 8 cm. Les adultes atteignent 30 à 45 cm, avec un  maximum de 50 cm.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 15 avril 2012.


     

     


  • Apparitions remarquées de Grandes Tortues (Nymphalys polychloros)

    Au début de ce printemps, lors des premières journées plus chaudes, quelques papillons apparaissent. La plupart d'entre eux ont passé l'hiver au stade imago (terme scientifique désignant l'insecte à l'état parfait). Ainsi, le Citron (Gonepteryx rhamni) hiberne en plein air, sur un rameau, proche du sol, dans un fouillis de ronces ou dans un épais tapis de lierre, au pied d'un arbre. Il est, en général, le premier "papillon diurne" que l'on voit, parfois dès le mois de février, par temps doux.

     

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    Photo: Fr. Hela, Arbre, 24 Mars 2012.

     

    Lors de journées ensoleillées, le Paon-du-jour (Aglais io) vole fin février et en mars, après avoir vécu la mauvaise saison dans la cavité d'un arbre ou d'un rocher, sous la charpente d'une grange ou dans le grenier d'une vieille bâtisse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, 23 mars 2012.

     

    Le Robert-le-Diable (Polygonia c-album) se met à voler en bordure des lisières couvertes de buissons, le long des chemins forestiers et dans les clairières.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 16 Mars 2012.

     

    Au début du mois d'avril, alors que les cardamines des prés (Cardamine pratensis) et les alliaires (Alliaria petiolata) montrent leurs premières fleurs, l'Aurore (Anthocaris cardamines) émerge de sa chrysalide et parcourt ensuite les endroits ouverts et fleuris.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 6 Avril 2012.

     

    C'est durant cette période que l'on peut aussi observer les "Tortues" ! Si la Petite Tortue (Aglais urticae) est un papillon assez bien connu et certainement bien répandu, il n'en est pas de même pour la Grande tortue (Nymphalis polychloros), en forte régression sur notre territoire. En ce début de printemps 2012, l'apparition régulière de ce Nymphalide est remarquable ! C'est surtout dans la vallée du Bocq qu'il est observé, notamment à Evrehailles (Bauche), à Durnal, à Purnode et à Spontin. 

    La Petite Tortue, assez commune, ressemble à la Grande Tortue, mais est toujours nettement plus petite (envergure: 44 à 50 mm) et d'un brun orange plus vif. Elle possède en outre une tache blanche à la pointe des ailes antérieures et des taches marginales bleues sur les quatre ailes. Lorsqu'elle plie ses ailes à la verticale, le dessous de celles-ci est brun foncé avec une zone jaunâtre vers la marge. La Petite Tortue, visite assidûment les premières fleurs, ce que la Grande Tortue ne fait pratiquement jamais.

     

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    Les premières chaudes journées de février et mars, chassent la Petite Tortue (Aglais urticae) de son refuge hivernal (dans des cavités diverses, des hangars, des caves, sous des avant-toits, ...). Au début, elle suce le sol humide, puis, un peu plus tard, profite du tussilage (Tussilago farfara) et d'autres plantes précoces.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 18 mars 2012.

     

    La Grande Tortue (Nymphalis polychloros) est sensiblement plus grande (envergure: 50 à 63 mm), a des taches bleues seulement sur les ailes postérieures et ne possède pas une tache blanche à la pointe des ailes antérieures. Le dessous des ailes est brun foncé avec une bordure gris bleu. Le papillon paraît plus terne et moins contrasté.

     

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    Photo: Jean-François Pinget, Spontin, 22 Mars 2012.

     

    Les moeurs de la Grande Tortue ressemblent beaucoup à ceux du Morio (Nymphalis antiopa), devenu aussi très rare chez nous. Les adultes des deux espèces hibernent dans les grottes, dans les granges à foin et dans les greniers des maisons de campagne. Dans la littérature, on trouve aussi d'autres lieux d'hibernation: sous des tas de branches et des troncs d'arbres en voie de décomposition, gisant au sol, ou dans des souches pourries surplombant des talus.

     

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    Le dessin de la Grande Tortue est extrait d'un ouvrage à propos des papillons, paru aux éditions Grund (1986)

    La photo du Morio (Nymphalis antiopa) provient du site Wikipedia - The Free Encyclopedia.

    Chez ces deux espèces, les sexes sont semblables.

     

    La Grande Tortue apparaît souvent dès le milieu du mois de mars. Elle vole toujours non loin des forêts feuillues. Elle fréquente les trouées et coupes forestières, les prés enclavés, ainsi que les carrières proches des bois. Elle aime s'exposer aux premiers rayons du soleil, les ailes étalées, posée sur un tronc d'arbre, un rocher, une butte de taupinière ou sur le sol d'un chemin caillouteux.

     

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    Photo: Jean-François Pinget, Dinant (Réserve naturelle de Devant-Bouvignes), 21 Mars 2012. 

     

    D'après certains auteurs, elle visite aussi les vergers où, en automne, elle suce les fruits blets. L'observation de ce papillon sur les fleurs est occasionnelle. Toutefois, au printemps, elle semble apprécier les chatons de fleurs du saule marsault (Salix caprea).

     

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    Photo: Fr. Hela, Annevoie, 17-03-12

     

    La femelle choisit, entre autres, l'écorce de rameaux anciens de ce saule pour pondre 70 à 80 oeufs à la fois (exceptionnellement 120). Les chenilles sont grégaires. Dans les clairières et le long des lisières, on les trouve sur le saule marsault (Salix caprea) et le merisier (Prunus avium). On les a également observées sur des cerisiers, des pommiers, des poiriers et des ormes. Dans le sud de l'Europe, elles se tiennent sur le charme houblon (Ostrya carpinifolia) et le micocoulier (Celtis australis). A la fin de leur croissance, les chenilles quittent l'arbre nourricier et se fixent généralement près du sol, sur des branches sèches, des clôtures ou, parfois, sur les saillies d'un bâtiment. La métamorphose dure deux à trois semaines.

    Alors que ses plantes hôtes sont partout présentes (c'est le cas notamment du saule marsault), la Grande Tortue, jadis assez commune, s'est considérablement raréfiée. Le traitement par les pesticides des cerisiers et autres arbres fruitiers ainsi que, dans une moindre mesure, le manque de quartiers d'hiver favorables dans certaines région de Wallonie, semblent être les causes de ce déclin. 

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Des sizerins cabarets (Carduelis flammea cabaret) en visite à l'Airbois.

    Une matinée ensoleillée du 15 mars 2012.

    Du hameau de Tricointe, le chemin monte et serpente dans la coupe forestière vers la Ferme de l'Airbois. Le dernier tronçon, plus boisé, débouche sur une ouverture où apparaissent les bâtiments. De part et d'autre de la sente, de nombreux passereaux animent les lieux de leurs chants. Dans les bouleaux et dans la zone broussailleuse, à proximité d'un compost, piquetée d'aubépines, de prunelliers, de sureaux noirs et de viornes obiers, retentissent les voix nuptiales des pinsons des arbres, d'un bouvreuil pivoine, d'un accenteur mouchet, de chardonnerets, d'un bruant jaune et, surtout, de nombreux verdiers d'Europe. Pas facile de s'y retrouver lorsque les différentes espèces chantent de concert ! Mais, avec de l'expérience et une bonne oreille, je perçois bien les différentes phrases et tonalités. Au milieu de cette cacophonie de sons, des appels parviennent à tout instant, tantôt détachés, tantôt répétés à un rythme saccadé, avec une consonnance métallique particulière. Ceux-ci ressemblent, par moments, à ceux des verdiers présents en nombre à cet endroit, mais les sons sont différents et plus nasillards. Ce sont des sizerins ! Ces petits fringilles granivores n'arrêtent pas de circuler dans les ramures, des bouleaux à la fruticée et, il n'est pas aisé de les suivre, d'autant plus  que je les observe à contre-jour. Là, dans le bouleau, un petit groupe de sizerins s'affaire ! Suspendus aux ramilles, à la manière des tarins des aulnes dont ils sont fort proches par la silhouette, la taille et les allures, certains oiseaux sont assez sombres, brun gris et assez ternes.

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    Les sizerins, de passage ou hivernants, apprécient tout particulièrement les akènes des bouleaux.

    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    De plus près, ils présentent des teintes chaudes, plus brunes ou brun roux que beige. Les flancs et le manteau des oiseaux sont marqués de rayures. Quelques uns d'entre eux montrent une bavette noire et, même, une petite tache rouge carmin sur le front. Il semble que je suis en présence de sizerins cabarets.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Un peu plus tard, je peux observer en détail ces petits passereaux remuants, en me cachant dans les épineux. En effet, trois à six sizerins viennent régulièrement s'abreuver, en se perchant sur les bords d'une grande poubelle en plastique, remplie, à ras bords, d'eau de pluie. J'ai alors la chance d'admirer un mâle arborant un beau rose cramoisi sur sa poitrine et son croupion. Son plumage coloré de printemps annonce de futures noces ! La tête des sizerins cabarets est ronde et colorée de brun (surtout les joues). Le petit bec, bien conique et pointu, est de couleur jaunâtre. Lorsque les conditions pour l'observation sont bonnes, on peut remarquer également le cercle oculaire blanc bien marqué. Les flancs et le dos sont teintés de roux et assez fortement striés.

     

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    Un sizerin cabaret (Carduelis flammea cabaret) typique.

    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    Les sizerins (Carduelis flammea et hornemanni), ainsi que les sous-espèces ont une répartition boréo-alpine. Ils sont présents en Eurasie et en Amérique du Nord.

     

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    Le sizerin blanchâtre (Carduelis hornemanni) est un oiseau très pâle, avec le croupion et le ventre blancs. Certains auteurs le considèrent comme une simple race de Carduelis flammea. Cet oiseau de l'extrême nord aurait été observé quelque fois en Belgique. 

    Photo: E.-L. Vuonnala, Salla (Finlande), 14 Mars 2007


    L'identification des espèces et sous-espèces n'est pas facile. De plus, les différentes propositions taxonomiques à leur sujet reflètent bien cette difficulté. Reprenons ici les propos de J.-S. Rousseau-Piot (2011): ...Selon les écoles, entre 1 et 7 espèces sont reconnues... Si le nombre de taxons est relativement bien établi aujourd'hui, il n'y a aucune unanimité par contre sur le nombre de ces taxons à élever au rang d'espèce." Pour simplifier notre propos, nous nous baserons sur la position actuelle de la Commission pour l'Avifaune de Belgique (De Smet et al., 2006). Le sizerin flammé Carduelis flammea comprend deux sous-espèces régulièrement observées en Belgique. Le sizerin boréal (Carduelis flammea flammea) occupe toute la zone boréale (essentiellement la taïga). On le trouve de la Scandinavie à l'est de la Sibérie, en Alaska et au Canada. Sa présence hivernale dans notre pays est exrêmement fluctuante avec parfois de véritables invasions (J.-S. Rousseau-Piot, 2011).

     

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    Le sizerin boréal (Carduelis flammea flammea) a des teintes nettement plus froides. Il est plus costaud que le sizerin cabaret. Sa nuque est plus épaisse, son bec plus fort et le sommet de sa tête plus plat. Son sourcil blanchâtre est bien marqué, parfois jusque derrière les joues. Cependant, la distinction des deux sous-espèces se complique lorsqu'on est en présence d'oiseaux atypiques.

    Photo prise au Canada (Québec): Michel Lamarche - FindNature.com


    Le sizerin cabaret (Carduelis flammea cabaret), observé à Tricointe, est présent dans les Alpes, où il fréquente surtout les forêts clairsemées de mélèzes, les aulnaies et saulaies, ainsi que les vergers. Il s'y reproduit jusque 2200 m d'altitude. En hiver, il descend dans les plaines (marais, friches à graminées, ...) (J.-F. Dejonghe, 1984). En outre, ce sizerin se rencontre dans une grande partie des îles britanniques, sur une longue bande côtière qui s'étend de la Normandie jusqu'au Danemark, dans le sud de la Scandinavie, mais aussi, en Allemagne et dans le Jura, dans l'est des Pays-bas et de la Belgique. Il est intéressant de noter la répartition disjointe du sizerin cabaret, à savoir une zone continentale (Alpes, Allemagne) et une zone atlantique (îles britanniques, côtes de la Normandie à la Norvège).

     

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    Répartition des sizerins cabaret et boréal en période de reproduction. En vert, zones de nidification du sizerin cabaret, en violet, zones de nidification du sizerin boréal et en orange, zone de sympatrie des deux taxons.

    Carte résultant d'une compilation de diverses sources, extraite du Bulletin ornithologique Aves-Natagora, Volume 48/3 - septembre 2011 (page 135).


    Chez nous, le sizerin cabaret est un hivernant régulier (de mi-septembre à avril) avec une présence variable qui connaît parfois des afflux. Ces oiseaux proviendraient des îles britanniques, des Pays-Bas, du Danemark et du sud de la Scandinavie, peut-être aussi de l'est (Allemagne, Suisse et France) (J.-S. Rousseau-Piot, 2011).

    En Wallonie, le sizerin cabaret est un nicheur rare et localisé. Sa répartition actuelle est fragmentée et presque exclusivement ardennaise: le plateau des Hautes Fagnes, sa périphérie et le bassin de la Warche, le plateau des Tailles et la région de Vielsalm ainsi que celle de Libin-Libramont-Bertrix-Neufchâteau, en Ardenne méridionale. La population wallonne compterait 66 à 110 territoires dont plus du tiers dans les Hautes-Fagnes (J.-P. Jacob et al., 2010).



    Littérature consultée

    Dejonghe J.-F.: "Les oiseaux de montagne" (pp. 284-285) - Editions du Point Vétérinaire, Maison-Alfort, 1984.

    Géroudet P.: "Les Passereaux d'Europe" Tome 2 (pp. 386 à 391) - Editions delachaux et niestlé, Lausanne, 1998.

    Jacob J.-P. et al.: "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie 2001-2007" (pp. 434-435) - Editions Aves et Région wallonne, 2010.

    Rousseau-Piot J.-S.: "Qui sont nos Sizerins ? Statut et identification sur le terrain du Sizerin boréal Carduelis (flammea) flammea et du Sizerin cabaret Carduelis (flammea) cabaret en Belgique", in Bulletin Aves-Natagora Volume 48/3-septembre 2011, pp. 133 à 151).

    Svenson L.: " Le guide ornitho" - Editions delachaux et niestlé, Paris, 2010.




     


     

  • La vie surtout nocturne de la salamandre tachetée (Salamandra salamandra)

    L'histoire débute une nuit de fin septembre ou début octobre, dans un sous-bois humide, aux odeurs de mousses, de feuilles mortes et de champignons. Un ruisseau frais et torrentueux coule dans un ravin tout proche. En ces lieux, une salamandre tachetée recherche activement une femelle pour s'accoupler. Lors de ses pérégrinations nocturnes, grâce à son sens de l'odorat particulièrement développé et à ses émissions odorantes, ce mâle croise enfin le chemin d'une femelle âgée au moins de quatre ans.

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, 24 Septembre 2010.


    Après quelques préliminaires, il se glisse sous elle jusqu'à pouvoir la saisir de ses pattes antérieure. A présent, il frotte du museau la gorge et, de sa queue, le cloaque de sa compagne. Il dépose finalement sur le sol un spermatophore (sorte de petite capsule contenant les cellules mâles) et libère en partie la femelle en écartant latéralement son train postérieur. Il se tient tranquille pendant que la femelle saisit de son cloaque la masse du spermatophore. Après 15 à 30 minutes environ, les animaux se séparent. Dans le corps de la femelle, la fécondation des ovules, stockés dans un réceptacle (spermathèque), aura lieu plus tard. Elle sera différée. Les naissances des larves débuteront à la fin de l'hiver suivant (souvent en mars, parfois plus tôt). A cette époque, la femelle mettra bas, souvent dans l'eau d'un petit ruisseau, quelques dizaines de larves déjà bien développées, pourvues de branchies très rameuses et de quatre pattes. La salamandre est donc ovovivipare. A la sortie du cloaque de la femelle, les oeufs se romperont aussitôt et l'éclosion se produira en quelques secondes.

     

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    "La pichelotte" dans la forêt domaniale de Tricointe, à Yvoir.

    Photo: Fr. Hela, Octobre 2011.


    Entretemps, il y aura l'hiver ! Notre femelle, après s'être nourrie abondamment, va progressivement gagner son lieu d'hivernage auquel elle est très fidèle.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 2 Mars 2012.


    Poïkilotherme, celle-ci craint en effet le gel et les températures froides de l'hiver. C'est pourquoi, elle se retire à présent dans des trous (terriers, galeries abandonnées de petits rongeurs ...), sous  des souches ou des troncs d'arbres au sol, dont la décomposition est déjà bien avancée, sous des amas de pierres ou de bois ... pour entrer dans un état d'engourdissement plus ou moins grand. C'est l'hibernation durant laquelle notre batracien va vivre au ralenti, dans sa cachette, en général jusqu'au début du printemps.

    Le mois de mars est là. Lors d'une nuit, la femelle sort progressivement de sa torpeur, fait quelques mouvements et sort de son abri hivernal. La forte humidité ambiante et la température comprise entre 6 et 8° sont les conditions idéales pour se mettre en route et se diriger, à l'odorat, vers le ruisselet, la source, la mare ou l'ornière inondée, ... afin d'y déposer sa progéniture déjà bien développée.

     

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    Après 4 ou 5 mois de vie aquatique, cette larve deviendra une jeune salamandre ayant l'aspect et la coloration d'un adulte, aux moeurs essentiellement terrestres. Celle-ci ressemble à une larve de triton. Elle possède à la base de la face supérieure des pattes une tache blanchâtre (jaune pâle lorsqu'elle est proche de la métamorphose) qui permet toujours de l'identifier à coup sûr.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Avril 2011.


    Notre femelle pourra ensuite reprendre des forces, en se nourrissant de petits invertébrés terrestres, surtout des arthropodes (insectes, myriapodes, arachnides ...), des mollusques, des annélides (vers de terre notamment), ...

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Mars 2012.


    La méconnaissance de la faune sauvage remarquée chez de nombreuses personnes me rend souvent perplexe. Pourtant, celles ci lui montrent un certain intérêt, puiqu'elles m'invitent régulièrement à venir dans leurs propriétés afin d'y observer leurs découvertes. C'est ainsi que, durant la belle saison, je reçois plusieurs appels à propos de la présence de salamandres dans des jardins. En fait, il s'agit, dans bien des cas, de tritons ! La quasi totalité des observations de tritons et de salamandres concernent des animaux déjà métamorphosés. Ils sont trouvés au sol ou dans l'eau de mares. Dans ce dernier cas, ce sont toujours des tritons en période de reproduction. La salamandre tachetée est essentiellement terrestre et ne se rencontre jamais dans l'eau. Tout au plus, on pourrait la surprendre, occupée à déposer ses larves, au bord d'une petite zone humide. Néanmoins, cette observation est rare et se déroule généralement de nuit. Si l'identification des tritons peut être source de difficultés si l'on n'est pas expérimenté, aucune confusion n'est cependant possible lors de la découverte d'une salamandre tachetée, la seule espèce du Genre Salamandra dans notre pays.

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, Septembre 2009.


    Menant une vie nocturne, la salamandre tachetée se déplace occasionnellement le jour, après des pluies orageuses faisant suite à plusieurs jours de canicules, ou pendant les journées humides de l'automne. Elle vagabonde alors sur certaines routes forestières, ce qui lui coûte souvent la vie, au bord des chemins, dans la pénombre des sous-bois ou au fond des vallons obscures. En ces circonstances, elle peut aussi déambuler dans des jardins proches de massifs forestiers. On a toujours le loisir alors de l'examiner, car elle se déplace avec lenteur. Mesurant 15 à 20 cm, la salamandre tachetée se reconnaît au premier coup d'oeil, à ses tâches jaunes tranchant sur le fond noir lustré du reste du corps. On remarque deux bandes jaunes longitudinales plus ou moins continues (cela peut varier d'un animal à l'autre) sur les zones latérales du dos. La face ventrale est noir bleuâtre piquetée ou non de jaune. A la base de la face supérieure des pattes, on note la présence de taches jaunes (celles ci, de couleur blanchâtre, sont déjà visibles chez les larves). Notre amphibien est remarquable par sa corpulence, son aspect boudiné, sa tête amplifiée par les deux bourrelets que forment en arrière des yeux les fortes glandes parotoïdes.

     

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    Des glandes parotoïdes, situées derrière les yeux, suinte un abondant venin laiteux très irritant, lorsque la salamandre est importunée.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 2 Mars 2012.


    Sa robe voyante paraît tout le contraire d'un camouflage. Toutefois, dans les sous-bois où la lumière du soleil atteint le sol par taches amoindries, la salamandre, immobile, avec ses macules jaunes sur fond obscur, est difficile à repérer ! Le vif contraste de ses couleurs pourrait être un avertissement pour des agresseurs éventuels. Dans la littérature, on cite des exemples d'animaux divers qui ont tous donné des signes de détresse pour avoir éprouvé les effets de l'abondant venin laiteux que la salamandre émet lorsqu'on l'importune. Ses quatre doigts et ses cinq orteils sont libres. Sa queue est arrondie, ce qui la distingue des tritons qui ont une queue aplatie verticalement, et ses flancs sont marqués de sillons verticaux.

     

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    Voici deux tritons en période de reproduction. Celui du dessus est un mâle de triton alpestre (Ichthyosaura alpestris) et celui du dessous est un mâle de triton palmé (Lissotriton helveticus). Remarquez les couleurs, la queue aplatie verticalement et la présence d'une crête dorsale, totalement absente chez la salamandre !

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 17 Mai 2010.

     

     

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    Sur ce document, on peut bien voir les flancs de la salamandre marqués de sillons verticaux et les taches jaunes se détachant bien sur le fond noir lustré du reste de son corps.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 2 Mars 2012.


    La salamandre tachetée est intégralement protégée en Wallonie.







     














  • Plaidoyer pour le lierre (Hedera helix).

    Il grimpe vers la lumière, enserre doucement l'arbre, abrite tout un monde d'insectes et d'oiseaux. Il ne laisse personne indifférent ... Rencontre avec ce mal-aimé, le lierre.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 29 février 2012.


    Les lianes occupent une place originale dans le règne végétal. Pour s'élever vers la lumière,  elles ont besoin de supports, ce qui les rendent dépendantes des rochers, des vieux murs mais aussi, et surtout, des autres plantes. Contrairement à ce que beaucoup d'êtres humains pensent (ceux-ci ont souvent cette fâcheuse tendance à projeter le fonctionnement des sociétés humaines sur celui de la nature), cette cohabitation imposée avec d'autres végétaux affecte peu la vitalité des hôtes. Aussi, il est temps de réviser notre manière de voir les choses et de s'abstenir, désormais, d'intervenir dans les rapports intimes des lianes et de leurs tuteurs ! Maintes fois, j'ai entendu dire que le lierre est un odieux parasite et qu'il étouffe les arbres (on l'appelle "bourreau des arbres" dans certaines régions de France). Pourquoi, alors qu'il assure parfaitement sa propre synthèse chorophyllienne, affaiblirait-il l'hôte qui le mène obligeamment vers la lumière ? Et par quel mécanisme? Il ne puise absolument pas sa nourriture aux dépens de celui-ci et ses racines adventives ne possèdent pas de suçoirs. Etouffe-t-il les arbres ? Cela arrive parfois, mais dans la quasi totalité des cas, lierre ou pas lierre, l'arbre aurait dépéri complètement. D'ailleurs, on constate que le lierre limite sa croissance en hauteur et que tant que son tuteur est en bonne santé, il ne le colonise jamais au-delà des premières ramifications de la couronne, ce qui permet à ce dernier d'assurer largement la photosynthèse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 29 février 2012.


    Le lierre s'enroule généralement en spirale autour d'un support pour porter ses bourgeons d'hiver à plus de 50 cm de hauteur (phanérophyte lianeux). Cette liane ligneuse, à tige sarmenteuse pourvue de racines crampons, peut atteindre une hauteur de 30 mètres et plus de 35 cm de diamètre à la base du tronc. Elle grimpe mais peut aussi s'étaler sur le sol des forêts et y former des peuplements étendus.

     

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    Les racines crampons du lierre.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, le 29 Février 2012.


    Ses feuilles persistantes, luisantes et coriaces sont pétiolées et disposées alternativement sur la tige et les rameaux. On distingue souvent deux sortes de feuilles sur une même plante. Certaines ont un limbe palmé à 3 ou 5 lobes sur les tiges et rameaux stériles et, d'autres, sont entières, ovales à rhombiques sur les rameaux florifères.

     

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    Feuilles palmatilobées des tiges et rameaux stériles.

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    Feuilles entières, ovales à rhombiques des rameaux florifères.

    Photos: Fr. Hela, Yvoir, 29 Février 2012.


    Le lierre passe l'hiver comme les arbres à l'abri de son bois. Chaque année, il ajoute quelques millimètres au diamètre de son tronc et de ses branches, quelques rameaux à sa charpente. Cette faculté de grandir peu à peu, enraciné dans le sol, en accompagnant vers la lumière l'arbre qui le soutient, lui permet de vivre en pleine forêt. Son feuillage peut s'épanouir jusque dans la canopée. Le lierre et son arbre forment un véritable petit milieu où le naturaliste pourra passer bien des journées en patientes observations. Insectes, araignées, oiseaux, petits mammifères s'y côtoient, s'y cachent momentanément, s'y nourrissent et s'y reproduisent ou y passent toute leur vie. Le lierre est une véritable aubaine pour la faune qui le fréquente. Non content de passer l'hiver en vert, il est la dernière espèce ligneuse indigène à fleurir. De la mi-septembre au début du mois de novembre, ses fleurs jaune verdâtre, en bouquets globuleux, exhalent une douce senteur et des centaines d'abeilles, de guêpes, de syrphes, ainsi que quelques papillons, les butinent, en cette période pré-hivernale.

     

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    Photos: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 5 Novembre 2011.


    Le lierre est aussi la premier à porter des fruits. Ceux-ci mûrissent alors que la grande partie du monde végétal est encore au repos. En février et en mars, de nombreux oiseaux viennent se nourrir de ses drupes noir bleuâtre mûres.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir, 29 Février 2012.


    Lors de la vague de froid de ce début d'année, les lierres étaient visités par des bandes de grives mauvis (Turdus iliacus), de grives litornes (Turdus pilaris), de merles noirs (Turdus merula), d'étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris) et par quelques pigeons ramiers (Columba palumbus). C'était un vrai spectacle !

     

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    Grive litorne (Turdus pilaris)

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

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    Grive mauvis (Turdus iliacus)

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

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    Merle noir (Turdus merula)

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Le lierre toujours vert sert d'abri à toute une petite faune, lors des intempéries ou durant la nuit. Beaucoup de passereaux s'y rassemblent sous ses feuilles, se reposent sur ses lacis de branches ou y construisent leur nid. C'est le cas, entre autres, de la mésange à longue queue (Aegithalos caudatus), du rouge-gorge (Erithacus rubecula) ou du merle noir. De petits mammifères comme le lérot (Eliomys quercinus), le muscardin (Muscardinus avellanarius), l'écureuil roux (Sciurus vulgaris), ... visitent aussi cette liane originale de part sa physiologie particulière et son cycle de vie décalé.

    Notre liane se rencontre dans les haies et les bois, sur des sols riches et assez frais, basiques ou légèrement acides. Elle colonise aussi les rochers et les vieux murs. C'est une espèce de demi-ombre ou d'ombre qui ne fleurit et fructifie qu'en pleine lumière.

    Les noms scientifiques du Genre et de l'espèce, Hedera helix, viennent du latin haedere, s'attacher et helix, spirale. Le Genre Hedera fait partie de la Famille des Araliacées (Araliaceae) qui comprend environ 700 espèces d'arbres et d'arbustes, ainsi que quelques lianes, dont la majorité croissent dans les régions tropicales, avec de fortes concentrations en Indo-Malaisie, en Océanie et en Amérique tropicale (R.-E. Spichiger et al., 2000). Dans notre pays, le lierre est le seul représentant indigène de cette Famille.

    De nombreuses variantes du lierre sont cultivées pour l'ornement. Elles diffèrent par la découpure profonde du limbe des feuilles des rameaux stériles, leur taille, le nombre de lobes, la coloration (parfois panaché de jaune ...). D'autres espèces du genre Hedera sont plus rarement cultivées. Hedera colchica d'Asie occidentale, à feuilles toutes à limbe entier ou superficiellement trilobé, atteignant 20 cm de longueur, se rencontre çà et là, surtout, dans ou aux abords de certaines grandes propriétés ayant l'allure d'un petit parc.

    Pour conclure, je reprends ici cet appel, légèrement modifié, lancé par Gérard Lacoumette, auteur d'un plaidoyer pour les lianes: " S'il vous plaît, forestiers, propriétaires privés ou simples promeneurs, ne tranchez plus, dans la mesure du possible, tout ce qui grimpe !"

     

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 5 Novembre 2011.


    Bibliographie:

    Brosse J. - Larousse des arbres et arbustes - Larousse, 2001.

    Lacoumette G. - Plaidoyer pour les lianes - La Garance voyageuse N°63 -  St Germain-de-Calberte (F), Automne 2003.

    Lambinon J. et al. - Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines - Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique (Cinquième édition), Meise (B), 2004.

    Lieutaghi P. - La plante compagne - Actes Sud, 1998.

    Rameau J.-C. et al. - Flore forestière française (Tome 1: Plaines et collines) - Institut pour le développement forestier, France 1989.

    Spichiger R.-E. et al. - Botanique systématique des plantes à fleurs (Une approche phylogénétique nouvelle des Angiospermes des régions tempérées et tropicales) - Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2000.





  • Des harles piettes (Mergus albellus) à Godinne et à Anseremme.

    Lors de la vague de froid de ce mois de février, les eaux de la Meuse sont prises par la glace, à certains endroits, surtout avant les écluses. Les eaux libres après les barrages sont alors fréquentées par de belle petites bandes de harles bièvres (Mergus merganser). Pour mon plus grand plaisir, les mâles et femelles volent, nagent et plongent sur le tronçon du fleuve entre Godinne et Houx-sur-Meuse. Du 1 au 21 février, des harles isolés ou des groupes comptant jusqu'à vingt oiseaux me donnent des ailes pour affronter la froid piquant*.

    Sur le fleuve, les abords des îles de Godinne et de Moniat (Anseremme) reçoivent, cette fois, la visite de quelques harles piettes. Ces petits harles au dos gris, coiffés d'un bonnet brun foncé qui contraste avec le blanc des joues et de la gorge, nagent bas sur l'eau, le cou engoncé.

     

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    Harle piette (Mergus albellus): une femelle ou un immature.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Plongeurs très actifs, ils se nourrisent de tout petits poissons. Ils les poursuivent dans les eaux peu profondes (1 à 4 mètres), où leurs immersions ne dépassent guère 15 à 30 secondes. La plongée oblique, d'une grande vivacité, les entraîne à ressortir assez loin du point de disparition. Il suffit alors que l'attention de l'observateur se porte ailleurs quelques instants pour ne plus les retrouver ensuite. A Anseremme, quatre oiseaux se plaisaient à plonger simultanément et à émerger en rapides successions. Le harle piette se montre sensible aux dérangements. Il est très prompt à l'essor et d'une légèreté de vol comparable à celle des sarcelles.

     

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    Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net


    Les oiseaux observés à Anseremme (4), le 7 février et à Godinne (2), les 16 et 17 de ce mois, sont tous des femelles ou des immatures. Ces derniers gardent longtemps leur plumage juvénile semblable à la femelle adulte et rien ne permet de les différencier.

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    Photo: Nadine Thonnard, Godinne, 17 février 2012.


    Les mâles adultes sont, par contre, moins fréquents. Il y a plusieurs années, lors d'un hiver très rigoureux, j'ai eu l'occasion d'en observer sur la Meuse à Jambes. Ma surprise fut grande ! A l'oeil nu et à distance, le mâle adulte semble tout blanc, mais aux jumelles, son extraordinaire parure nuptiale captive le regard par ses détails.

     

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    Mergus albellus mâle adulte.

    Photo: Yves Thonnerieux - www.oiseaux.net


    Le blanc ne serait pas si éclatant s'il n'était rehaussé de parements noirs: une tache arrondie en lunette entre l'oeil et le petit bec gris bleu, une bande soulignant la huppe saillante, deux filets traversant le bas du cou et la poitrine, un troisième longeant les scapulaires, plus un long triangle dorsal. Le croupion et la queue tirent sur le gris foncé et de fines stries gis pâle ornent les flancs... une merveille !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Mais d'où viennent-ils, ces petits harles ? L'origine de ces oiseaux pourrait se situer dans le nord de la Finlande et de la Russie ou même dans l'ouest de la Sibérie occidentale. Lors de vagues de froid atteignant l'Europe centrale, il semble que les observations de harles piettes dans nos régions soient plus nombreuses. La plupart sont des femelles ou immatures, les mâles adultes étant moins fréquents. Comme le garrot à oeil d'or (Bucephala clangula) et d'autres espèces de harles, le harle piette niche dans les cavités des arbres et les nichoirs mis à sa disposition, à proximité des lacs et cours d'eau lents, bordés de forêts. Il se reproduit dans la zone forestière du nord de la Scandinavie, de la Finlande, de la Russie et de la Sibérie jusqu'aux îles Sakhaline (P. Géroudet, 1999).


    * A propos du harle bièvre: voir la note du 6/12/11 "Trois harles bièvres (Mergus merganser) à Godinne", dans la rubrique Avifaune.




  • La collybie à pied velouté (Flammulina velutipes), une espèce hivernale robuste.

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses renvoient le lecteur au petit glossaire, en fin de note.


    Pas de gelée, pas de neige, en ce mois de janvier 2012, mais une température anormalement douce et une humidité atmosphérique prenante. Tout suinte et, dans cette grisaille, seules, quelques fougères et mousses donnent, de-ci de-là, une touche de couleur verte au sous-bois. J'arpente le chemin de pierre qui monte à la ferme de l'Airbois, à partir du hameau de Tricointe. Au bout d'une certaine distance, à ma droite, celui-ci domine un bois en pente. Soudain, plusieurs sons forts crèvent le silence des lieux: "krukrukrukru" ! Un gros oiseau noir au bec jaunâtre, de la taille d'une corneille, passe entre les arbres. Il se pose sur un tronc tout proche et je peux entendre le bruit de ses griffes sur l'écorce. Ainsi, il se met à émettre plusieurs fois des sons plaintifs, à forte tonalité. C'est le pic noir, notre plus grand pic, qui exerce toujours sur moi un attrait particulier. Voilà qu'il s'envole et disparaît en reprenant cette fois les cris sonores qu'ils poussaient à son arrivée. Une petite bande de bouvreuils pivoines poussent de petits sifflements mélancoliques et, dans les cimes des arbres, quelques grosbecs cassenoyaux agités lancent leurs cris durs, brefs et perçants qui claquent comme de petites explosions. Mais, là, sur ce tronc, une lueur jaune orangé brille. Allons voir de plus près ! Ce sont des collybies à pied velouté, pardi !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 12 Janvier 2012.


    Détaillons à présent ce petit chef d'oeuvre de la nature ! Ce champignon possède un chapeau de consistance élastique. Il est d'abord convexe ou bombé, puis s'aplani avec l'âge. Il est lisse, visqueux, d'un jaune orangé extraordinaire et plus foncé au centre.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, Janvier 2011.


    Les lamelles blanc crème, maculées de roussâtre, sont arrondies, échancrées et peu serrées.

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    Le pied court et creux est un peu radicant (1). Il est jaune citrin, devient brun noirâtre à partir de la base et est velouté dans sa partie inférieure. 

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 12 Février 2011.


    La collybie à pied velouté a la particularité d'être typiquement hivernale, puisqu'on la trouve de décembre à mars. Ne pourrissant pratiquement pas, elle résiste aux grands froids et serait même capable de croître sous la neige ! C'est une espèce cespiteuse (2) venant sur le bois mort de divers arbres à feuilles. Elle apparaît souvent sur des vieilles souches, sur les troncs morts encore debouts, à plusieurs mètres du sol, sur le bois pourrissant enfoui et, parfois, sur des racines, au pied des arbres. Dans ce dernier cas, le sporophore (3) est relié aux racines par de longues "radicelles" ramifiées (rhizomorphes) ou croît à partir d'un "stolon" persistant et souterrain jouant le rôle de sclérote (4) (R. Heim, 1984).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 2 Janvier 2012.


    La classification des champignons est pour le moins complexe. En effet, les progrès dans ce domaine sont incessants. Les classifications traditionnelles sont, pour la plupart, largement périmées, voire erronées, en fonction de nouveaux acquis (découvertes en biologie moléculaire et approche phylogénétique du monde vivant). La collybie à pied velouté a été longtemps une espèce difficile à classer, d'après H. Romagnesi (1971). Quélet (1888) la range dans le Genre Pleurotus, ensuite, celle-ci se retrouvera dans le Genre Collybia. Enfin, Karsten et Singer (1962) créent pour elle des groupes spéciaux: les Sous-Genres Flammulina et Myxocollybia. Si, en langue française, cette espèce garde le nom de collybie, le nom scientifique de Flammulina velutipes semble être actuellement admis. Le genre Flammulina comprend des champignons collyboïdes, à stipes (ou pieds) souvent radicants, aux revêtements velus ou visqueux et à cystides (5) et spores particuliers. D'après R. Heim (1984), la coloration du chapeau de la collybie à pied velouté peut être fort variable, allant du blanc crème (variété lactea) au roux orangé (type rubescens). H. Romagnesi (1971) précise qu'on rencontre la variété lactea, dès la fin septembre, en touffes au pied des arbres.

     

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    Flammulina velutipes var. lactea.


    Considérée comme comestible médiocre en Europe occidentale, la collybie à pied velouté  fait pourtant l'objet d'une culture intensive au Japon (Enoki) ainsi qu'en Extrême-Orient. La consistance élastique du chapeau (après l'avoir nettoyé de sa viscosité) peut agrémenter un plat de riz (voir à ce propos le site www.lecoprin.ca/culture_fr.htm concernant les champignons de culture).

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, Janvier 2011.


    (1) Radicant: indique que le champignon est plus ou moins profondément enfoncé dans le sustrat par un prolongement de sa base (pseudorhize).

    (2) Cespiteux: se dit de champignons qui poussent en touffes.

    (3) Sporophore (du grec spora, ensemencement) est le terme adéquat pour nommer l'ensemble pied-chapeau. Par extension, ce terme est utilisé pour tous les mycètes développant un organe, le plus souvent aérien, émettant des spores à maturité (S. Claerebout, 2002).

    (4) Sclérote: Forme de résistance de certaines espèces se présentant comme une masse dure sclérifiée, souvent immergée dans le substrat. Dans certains cas, le sporophore se dévellope sur un sclérote.

    (5) Cystides: éléments stériles se trouvant au sein de l'hyménium (6) des Basidiomycotina. Les cystides du genre Flammulina ont la forme de bouteilles ou de cylindres ventrus, à parois minces.

    (6) Hyménium: On désigne sous ce mot la partie fertile du champignon, son assise formée par les organes produisant des spores (asques ou basides) et par les cellules stériles (paraphyses ou cystides) qui les accompagnent (J. Guillot, 1993).


    Bibliographie

    Bon M. - "Champignons d'Europe occidentale" - Editions Arthaud, 1988.

    Courtecuisse R. - Les champignons de France" - Editions Eclectis, 1994. 

    Gerhardt E. - "Champignons" - Editions Vigot, 2004.

    Guillot J. - "Dictionnaire des champignons" - Editions Nathan, 2003.

    Heim R. - "Champignons d'Europe" - Editions Boubée, 1984.

    Lange J.E. et M. - "Guide des champignons" - Editions Delachaux & Niestlé, 1983.

    Phillips R. - "Les champignons" - Editions Solar, 1981.

    Romagnesi H. - "Petit atlas des champignons" Tome 2 - Editions Bordas, 1971. 









     


  • Le Fuligule morillon (Aythya fuligula), un plongeur émérite !

    Une matinée de janvier, là où les eaux du Bocq se mélangent à celles de la Meuse, cinq petits canards alertes nagent et plongent, sans se soucier de ma présence. C'est tout un spectacle que de voir les fuligules morillons disparaître dans les flots ! L'un après l'autre, parfois en succession rapide, ils basculent en avant avec une vigoureuse poussée des pattes et descendent rapidement vers le fond.


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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.

     

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    Photo: Marc Fasol - www.oiseaux.net


    Paul Géroudet explique que, là, ils explorent le limon, fouillent du bec la vase molle, retournent les pierres, la tête en bas, le corps très incliné. D'après cet auteur, ils godillent vigoureusement par un mouvement des pattes étalées, pour se maintenir et se diriger au fond. Les fuligules morillons consomment sous l'eau les aliments qu'ils y ont trouvés. Le régime alimentaire est composé surtout de toutes sortes de mollusques, de petits crustacés (gamares, aselles, ...), de larves d'insectes (chironomes, phryganes, ...), ainsi que de diverses graines de plantes aquatiques ou non. Ceux-ci sont capturés à une profondeur oscillant en moyenne entre deux et cinq mètres (moins souvent sept ou huit mètres). L'immersion dure, en général, 20 à 30 secondes et, parfois même, jusqu'à 50 secondes.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    L'un après l'autre, voilà qu'ils remontent à la surface, comme des bulles d'air. Très vifs et éveillés, ces plongeurs émérites m'ont vu. Aussitôt rassemblés, ils s'éloignent d'abord à la nage, le cou dressé, puis décollent bruyamment. Au vol, les fuligules morillons déploient des ailes noires que traverse une longue bande blanche effilée. Leur ventre blanc est fort visible.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Depuis la fin du mois d'octobre, je ne cesse de contempler les diverses attitudes de ces fuligules attachants. Sur la Meuse, de petits groupes circulent à Yvoir et Godinne. Le fuligule morillon est une petit canard plongeur mesurant 40 à 70 cm de longueur et pesant un peu moins d'1 kg. Avec son plumage noir brillant et ses flancs blanc pur, nettement découpés, le mâle est superbe.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    De près, on peut admirer les reflets pourpres ou verdâtres de la tête, sa huppe bien développée qui retombe derrière celle-ci, son oeil jaune et son bec gris bleu terminé par une pointe noire. Adulte, le mâle porte cette livrée nuptiale dès octobre ou novembre.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    La femelle, très différente, a un plumage beaucoup moins voyant. La tête brune marquée d'une courte huppe, les yeux jaunes, le bec gris avec une vague bande pâle à l'avant et terminé par une pointe noire, ainsi que le dos brun-noir sont les caractéristiques d'une femelle typique.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    Certaines femelles peuvent présenter une tache blanche variable autour du bec. On pourrait alors les confondre avec la femelle du Fuligule milouinan (Aythya marila), espèce rare en Wallonie. Cette dernière porte une zone blanche à la racine du bec, mais celle-ci est plus étendue et plus large, allant souvent jusqu'au front. En outre, la tête brune et ronde sans huppe, le dos et les flancs bien plus clairs, brun grisâtre, et le petit onglet noir terminant le bec, sont des indices qui permettent d'identifier cette espèce.

     

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    Fuligule milouinan (Aythya marila): Une femelle.

    Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net


    On constate un accroissement des populations de fuligules morillons dans une grande partie de l'Europe occidentale et septentrionale. Ce canard plongeur se rencontre en Islande, en Irlande et en Grande-Bretagne. Sur le continent, son aire de nidification s'étend depuis la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande juqu'aux pays Baltes et la Russie. Plus loin, on le retrouverait en Sibérie, en Mongolie et au Japon !

     

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    Fuligule morillon (Aythya fuligula) mâle s'ébrouant.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Durant la mauvaise saison, lors d'hivers plus ou moins rigoureux, plusieurs milliers de ces canards son recensés (d'après les comptages hivernaux d'oiseaux d'eau effectués en janvier). Au cours d'hivers doux, ils apparaissent aussi régulièrement, mais en nombre plus restreint. Les fuligules morillons hivernants dans notre pays proviennent principalement du nord de l'Europe orientale et de Scandinavie. En comparant la situation aux Pays-Bas, nos populations en hiver sont assez faibles. L. Benoy (1994) indique à ce propos que l'Ijsselmeer hollandais, entre autres, abrite chaque hiver plus de 100.000 fuligules morillons. La tête toujours tournée face au vent, ils y formeraient des files de plusieurs kilomètres le long des digues !

     

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    Un couple.

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    La population hivernante dans le nord-ouest de l'Europe est estimée à plus de 500.000 oiseaux et, environ 300.000 passerait l'hiver de la Méditerranée à la Mer noire.

    En Belgique, le fuligule morillon est un nicheur assez répandu, en progression. La population wallonne comprendrait de 200 à 260 couples au moins, principalement dans le bassin de la Haine, en Brabant, en Hesbaye et dans l'ouest de l'Entre-Sambre-et-Meuse (d'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, 2001-2007 par J.-P. Jacob et al., 2010). D'après cet ouvrage, la nidification a été prouvée en Basse-Meuse et sur certains étangs ardennais. En général, le fuligule morillon se reproduit sur des étangs peu profonds, à végétation assez fournie. Les sites tranquilles pourvus d'îlots, de roselières ou d'autres ceintures de végétaux palustres, avec une faune riche en invertébrés aquatiques, ont sa préférence pour l'installation de son nid. La nidification tardive de l'espèce coïnciderait avec le développement estival des petits mollusques d'eau douce, consommés en nombre.

     

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    "Le fuligule morillon se soucie beaucoup du bon état de son plumage, qui doit être bien serré, lissé et graissé soigneusement. Il se baigne en plongeant d'abord la tête dans l'eau, la rejette en arrière et inonde tout le dessus du corps; puis les ailes frappent l'eau et la queue frétille joyeusement. Alors commence la mise en ordre, dont le bec est le principal instrument; pour atteindre les plumes de la poitrine, il est obligé de nager sur le flanc et se retourne même complètement dans l'eau, n'y gardant qu'une seule patte pour se maintenir en équilibre." Extrait de l'ouvrage "Les Palmipèdes d'Europe", par Paul Géroudet, Editions Delachaux et Niestlé, 1999.

     

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    "La toilette de l'oiseau se termine par un battement d'ailes qui soulève l'oiseau au-dessus de l'eau, afin de chasser les gouttelettes égarées dans les plumes. Enfin, les ailes sont cachées dans les poches des flancs." Extrait de l'ouvrage "Les Palmipèdes d'Europe", par Paul Géroudet.

     

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    Un fuligule morillon mâle, la huppe au vent !

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 7 Mars 2010.









  • Une petite merveille mycologique: la Pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea)

    En cette fin du mois de janvier assez maussade, j'emprunte un large sentier s'ouvrant entre deux habitations, rue du Redeau, à Yvoir. Plus loin, celui-ci, devenant un petit sentier, contourne, sur la gauche, une maison isolée et nous mène dans le hameau de Tricointe. D'emblée, dès le début, on passe de la pleine lumière à une atmosphère sombre et humide. De part et d'autre du chemin, c'est la forêt ! A ma gauche, le versant est frais. Il est envahi par la sylve de pente. Elle couvre les éboulis rocheux et calcaires qui affleurent çà et là. Les Bryophytes, principalement des mousses, donnent au sous-bois une couleur verte aux nombreuses nuances. Celles-ci couvrent les blocs de rochers, les troncs d'arbre et les branches tombées au sol. Les scolopendres ou langues-de-cerf (Asplenium scolopendrium), en grand nombre, étalent leurs frondes entières d'un vert luisant.

     

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    La forêt de pente sur éboulis calcaires, à Asplenium scolopendrium.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Janvier 2012.


    Dans le bas de la pente boisée, des feuilles mortes et autres débris ligneux jonchent le sol. Sur de moyennes et grosses branches en voie de décomposition, les mousses se sont installées et, parmi elles, des taches rouge vif m'intriguent. Magnifique ! Des Pézizes écarlates colonisent aussi les vieilles branches moussues. Il y en a au moins une trentaine ! Certaines sont ouvertes et d'autres commencent à peine à s'étaler. 

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    Ces petites merveilles mycologiques, munies d'un pied ou stipe, en forme de coupe de 1 à 6 cm de diamètre qui s'étale à maturité, apparaissent souvent en hiver et au début du printemps, dans les sous-bois humides riches en humus, sur les bois morts enfouis en partie dans la terre. 

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mars 2011.


    La face interne (hyménium) est d'un magnifique rouge écarlate et la face externe est rosâtre. Le pied cylindrique ou atténué à la base, floconneux et souvent très petit, fixe la coupe aux branches enfouies.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    La Pézize écarlate est un champignon de la Classe des Ascomycètes (voir en fin de note), de l'Ordre des Pezizales et de la Famille des Sarcoscyphacées. On désigne sous le nom de pézizes des champignons typiquement en forme de coupe ou de disque. Le mot "pézize" vient du grec "pezis", "pezios", signifiant "champignon dépourvu de stipe ou pied". Toutefois, le réceptacle ou apothécie de certaines espèces est porté par un petit pied ou pédicelle, atteignant parfois 1 à 2 cm de longueur.

     

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    La pézize vésiculeuse (Peziza vesiculosa), dont le sporophore est sessile.

    Photo: Michel Gijsemberg, Godinne, Novembre 2010.


    L'intérieur de la coupe est tapissé par l'hyménium, constitué de cellules fertiles (asques) mêlées à des cellules stériles (paraphyses). Ces dernières renferment des pigments responsables de la couleur quelquefois très vive de ces champignons dont l'un des plus beaux est sans doute la pézize écarlate.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    Le Genre Sarcoscypha est l'objet de diverses recherches et les travaux en cours tendent à distinguer plusieurs espèces européennes, presque identiques extérieurement. Leur détermination, en dehors de certaines caractéristiques écologiques, ne peut se faire qu'à l'aide d'un microscope. En Belgique, deux espèces semblent présentes. Il s'agit de Sarcoscypha coccinea et Sarcoscypha austriaca (espèce d'altitude, venant sur les aulnes). Je ne sais si l'espèce Sarcoscypha jurana a été observée sur notre territoire. Elle est présente en Europe centrale, sur des branches de tilleuls. L'espèce décrite ici concerne vraisemblablement Sarcoscypha coccinea s.l. (au sens large).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mars 2011.


    La Classe des Ascomycètes comprend des champignons dont les spores se forment dans un sporange appelé asque (du grecs askos, outre) et y restent jusqu'au moment de leur émission. L'asque a l'aspect d'un cylindre arrondi au sommet, aminci et coudé à la base en un pédicelle (pied de courte taille) se raccordant aux filaments sous-jacents. L'asque s'ouvre à maturité et libère ses spores. La "fumée" obtenue en portant un léger choc au sporophore d'une pézize correspond à l'émission de spores mûres.

     

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    L'asque est la cellule fertile des Ascomycètes dans laquelle se forment les ascospores après caryogamie, méiose et mitose.

    Dessin d'après H. Bruge, 1977.


    Il y aurait environ 15 à 25.000 espèces d'Ascomycètes (chiffres variant selon les auteurs), en majorité microscopiques. Parmi leurs représentants, on compte de nombreux parasites de végétaux et d'animaux (y compris l'espèce humaine), des agents de fermentation alimentaire et industrielle, des producteurs de toxines ou d'antibiotiques... Cependant, la plupart des espèces sont saprophytes, c'est-à-dire qu'elles tirent les éléments nécessaires à leur vie de substances organiques mortes. Quelques Ascomycètes produisent des organes aériens émettant des spores à maturité (des sporophores, du grec spora, ensemencement) visibles et parfois comestibles. Ce sont les "champignons" au sens où vous l'entendez généralement: Pézizes, helvelles, morilles, truffes...).

     

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    La morille (Morchella esculenta) est un Ascomycète.

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 10 Avril 2010.


     

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    Le Genre Helvella fait aussi partie de la Classe des Ascomycètes. Ici, une hevelle crépue (Helvella crispa).

    Photo: Fr. Hela, Lustin, Septembre 2010.


    Enfin, un certain nombre d'Ascomycètes vivent en symbiose avec des algues (lichens). D'après Ch. Van Haluwyn et M. Lerond, ce sont bien les Ascomycotina les champignons les plus importants pour l'association lichénique, puisqu'ils représentent 99% des champignons lichénisés.

     

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    Les lichens ne constituent pas un groupe systématique comme les autres mais un groupe biologique réunissant des champignons (surtout des Ascomycètes) et des algues vivant en symbiose. Ce beau lichen, Xanthoria parietina, croissant ici sur l'écorce d'une branche, a été photographié à Yvoir (Airbois, Tricointe), le 2 janvier 2012.

    Photo: Fr. Hela.

     















  • La Doradille noire (Asplenium adiantum-nigrum) dans la vallée du Bocq.

    Dans la vallée du Bocq, la Doradille noire croît dans les fissures de rochers, sur des vieux murs de grès, dans les talus ombragés où affleure la roche siliceuse et sur les assises caillouteuses de l'ancienne voie ferrée Ciney-Spontin-Yvoir.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    On la découvre souvent en des stations ombragées à forte humidité atmosphérique, mais pas exclusivement. Cette Aspléniacée préfère les substrats siliceux. Cependant, on la rencontre parfois sur des rochers calcaires. La basse vallée du Bocq est un lieu privilégié pour de nombreuses espèces de fougères. Certaines sont considérées comme rares pour l'ensemble de la Belgique. C'est le cas de la Doradille noire qui est bien représentée dans la vallée à Yvoir, Durnal, Dorinne, Evrehailles et Purnode.

    Plante vivace de 15 à 40 cm, aux bourgeons de renouvellement situés au niveau du sol (hémicryptophyte), la Doradille noire présente un rhizome poilu et écailleux. Ses frondes (feuilles composées chez les fougères) sont souvent vert foncé, plus ou moins luisantes à la face supérieure et un peu coriaces. 

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    La partie plate et élargie de la feuille composée (le limbe) est ovale à largement triangulaire. Le pétiole brun noirâtre sur une grande partie de sa longueur est épaissi à la base et égale pratiquement le limbe.

     

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    Photo: Fr. Hela, Annevoie-Rouillon, Mars 2011.


    Les divisions secondaires des feuilles (pinnules) possèdent des dents aiguës ou de petites pointes étroites, régulièrement effilées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    Les sores (amas de sporanges, organes renfermant les spores) sont allongés et rapprochés.

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, Septembre 2011.


     

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    1. Le rhizome poilu et écailleux.

    2. Le pétiole brun-noir.

    3. La fronde triangulaire.

    4. Divisions secondaires à dents aiguës.

    5. Sores allongés et rapprochés.

    Dessin extrait de la Flore forestière française (1. Plaines et collines), par J.C. Rameau et al.


     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    Je termine cette note par une citation d'un auteur dont je ne connais plus le nom:

    " Tombée du ciel, l'eau qui circule dans les anfractuosités de la roche gréseuse est l'élément salvateur et propagateur de la fougère. "










  • Des goélands en Haute-Meuse ...

    L'observation régulière de goélands sur la Meuse, surtout de la fin de l'été au printemps suivant, peut surprendre. Le vol et l'allure de ces oiseaux impressionnants, parfois même leurs cris, donnent à notre vallée une atmosphère de rivages marins. En vol, les goélands adultes, de taille souvent importante, se distinguent des mouettes rieuses, plus petites et plus légères, par l'envergure plus forte et l'extrémité noire des ailes marquées de taches blanches.

     

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    Un goéland leucophée (Larus michahellis) adulte.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Posés, les adultes ont un plumage entièrement blanc (tête, gorge, poitrine, ventre et queue). Le manteau et les couvertures alaires (dessus ou dos de l'oiseau) ont une couleur grise ou noire uniforme. Leurs pattes palmées peuvent être jaunes, verdâtres ou rosées et le bec, souvent fort, est jaune ou jaune verdâtre, marqué ou non, à l'angle inférieur de la mandibule, d'une tache rouge. C'est vers celle-ci que les poussins affamés donnent de petits coups de bec afin que l'adulte leur régurgite de la nourriture.

     

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    Un goéland argenté (Larus argentatus) adulte.

    Photo: Fr. Hela, Nieuwpoort, 22 Juin 2011


    Les goélands immatures présentent des plumages variables tachetés de gris et de brun-noirâtre. On les surnomme parfois "grisards". Ces plumages de jeunesse (premier, deuxième ou troisième hiver ...) sont communs, à quelques nuances près, aux différentes espèces de goélands. Chez ces oiseaux, le bec est, dans la plupart des cas, foncé (noir ou brun noirâtre) et les pattes sont rosées ou rose pâle.

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    Goéland argenté (Larus argentatus) immature.

    Photos: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Je me limiterai ici à présenter quelques goélands à l'âge adulte, en plumage internuptial ou nuptial. L'identification des juvéniles et immatures est souvent difficile, vu la grande variabilité du plumage de ces oiseaux en fonction de l'âge. Ces espèces fréquentent plus ou moins régulièrement la Meuse et, notamment, les îles d'Yvoir ou de Godinne.

    Une vingtaine d'espèces de Laridés (Mouettes et Goélands) sont observées en Belgique, dont au moins une dizaine d'oiseaux du Genre Larus. En Haute-Meuse, on peut observer jusqu'à cinq espèces.


    Le Goéland cendré (Larus canus) est le plus petit de nos goélands, un peu plus grand que la mouette rieuse (Chroicocephalus ridibundus) Sa longueur est plus ou moins de 40 à 42 cm et son envergure varie de 110 à 120 cm. Adulte, il a le dos gris, un bec assez fin et uniformément jaune verdâtre (parfois gris bleuâtre). Ses pattes sont aussi de cette coloration.

     

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    Goéland cendré (Larus canus) adulte, en plumage nuptial.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

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    Goéland cendré (Larus canus) immature.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net


    En hiver, les oiseaux adultes ont la tête blanche striée de gris et le bec semble plus terne, avec une étroite barre sombre. Si la taille est difficile à évaluer, il faut alors noter le bec petit et mince, ainsi que la tête arrondie. L' allure du goéland cendré est moins lourde que les autres goélands et ses mouvements sont plus vifs. Voici quelques photos afin de bien distinguer la mouette rieuse et le goéland cendré:

     

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    Parmi ces mouette rieuses, deux goélands cendrés (un adulte en plumage d'hiver et un immature) se reposent l'un à côté de l'autre.

    Photo: Fr. Hela, Jambes, 22 Décembre 2010.

     

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    Deux mouettes rieuses: A l'avant plan, un oiseau adulte en plumage d'hiver et, à l'arrière, un immature.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Décembre 2010.

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    Au printemps, la mouette rieuse adulte en plumage nuptial arbore un capuchon facial brun chocolat. Cette mouette au nid couve.

    Photo: Fr. Hela, Harchies-Hensies, 9 Mai 2011.


    Le goéland cendré affectionne des côtes rocheuses et herbeuses du littoral, mais il niche aussi à l'intérieur des terres. En Wallonie, il s'installe dans d'anciennes carrières plus ou moins inondées, sur certains canaux et étangs marécageux. D'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie (J.-P. Jacob et al., 2010), ce petit goéland niche dans un petit nombre de sites de Moyenne-Belgique, surtout dans le Hainaut. En 2006 surtout, la population nicheuse wallonne était estimée à 82-94 couples.


    Le Goéland argenté (Larus argentatus) est le plus commun de nos grands goélands. Il a une assez grande taille (54 à 60 cm de longueur et une envergure de 123 à 148 cm), assez proche d'une buse variable (Buteo buteo). Adulte, l'oiseau a le dos gris clair, une tête blanche en été, mais fortement striée de brun-gris en automne et en hiver (de septembre à janvier). Son bec est jaune avec une tache rouge orangé. Son oeil jaune au cercle orbital de la même couleur paraît pâle de loin. Ses pattes sont couleur chair (rose clair), à tout âge. Le goéland a une allure assez ramassée et "massive".

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net


    Répandu et commun dans le nord de l'Europe, il est souvent abondant sur les côtes ou non loin de celles-ci, mais aussi à l'intérieur des terres. Les goélands argentés se réunissent en colonie pouvant atteindre des centaines, voire des milliers de couples, nichant sur des îlots rocheux à maigre végétation (Bretagne), dans les dunes (Pays-Bas) et même sur les bâtiments des villes portuaires (Grande-bretagne).

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Le Goéland brun (Larus fuscus) apparaît de temps en temps sur la Meuse, mais beaucoup moins que les autres espèces décrites dans cette note. Les observations de ce goéland se situent, en général, d'août à octobre. Celui-ci développe un vol superbe quand il déploie ses longues ailes souples aux battements lents et mesurés. D'allure plus svelte, il évolue aussi aisément sur terre et sur l'eau.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Le goéland brun adulte possède le même plumage blanc et noir que le goéland marin (Larus marinus), espèce bien plus grande, au bec fort et aux pattes roses.

     

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    Le Goéland marin (Larus marinus) est le plus grand de nos goélands (Longueur: 61 à 74 cm - Envergure: 144 à 166 cm). Il s'éloigne peu des côtes marines et son apparition en Wallonie reste exceptionnelle.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

     

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    Un goéland marin (Larus marinus): La grande taille, le bec fort et les pattes roses sont caractéristiques.

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Le goéland brun est plutôt la réplique du goéland argenté par la taille (Longueur: 48 à 56 cm - Envergure: entre 117 et 134 cm) et les moeurs presque identiques. Il s'en différencie par son dos et ses ailes gris très foncé, voire presque noirs, les pattes jaunes et le bout des ailes noir avec très peu de blanc.

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    Goéland brun (Larus fuscus) adulte.

    Photo: Yvon Toupin- www.oiseaux.net


    Si le goéland argenté est souvent sédentaire, le goéland brun s'affirme très nettement migrateur ou migrateur partiel. Il voyage solitairement ou en petits groupes (jusqu'à 10 oiseaux en général). Les reprises d'oiseaux anglais ont montré que les goélands bruns vont hiverner sur les côtes de France, d'Espagne, du Portugal et du nord-ouest de l'Afrique. Quelques uns atteindraient même de golfe de Guinée ! D'autres pénètrent en Méditerranée et séjournent sur le littoral du Maroc et de l'Algérie, où les arrivées se produisent fin septembre-début octobre. Les oiseaux du nord de l'Allemagne traverseraient l'Europe pour gagner les côtes est de l'Afrique et même la région des Grands Lacs. Ce comportement migratoire varie cependant selon les régions. Dans certains pays d'Europe occidentale, on observe aussi une augmentation d'oiseaux adultes qui demeurent sur place (P. Géroudet et M. Cuisin, 1999).

    Les goélands bruns recherchent particulièrement les îles rocheuses comme sites privilégiés de reproduction. Les parties plates de celles-ci sont occupées par d'importantes colonies, alors que les falaises et les zones escarpées sont dédaignées. C'est le cas, entre autres, en Bretagne et en Grande-Bretagne. Alors que les goélands argentés nichent sur les pourtours et les grèves des îles, les goélands bruns, en revanche, occupent la partie centrale, riche en végétation haute (fougères aigles, dactyles agglomérés, berces commnunes, ...).

     

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    Les cris du goéland brun sont particulièrement assourdissants.

    Photo: Fr. Hela, Flat Holm Island (GB), Mai 2002.


    Ainsi, au Pays de Galles, sur la petite île de Flat Holm dans le chenal de Bristol, située seulement à 5 miles au sud-est de Cardiff, j'ai pu me plonger, en 2002 et 2008, dans une colonie de plusieurs milliers de goélands bruns. C'est une expérience que l'on oublie pas. Le spectacle est hallucinant, fait de cris et de vols acrobatiques. A quelques mètres de ma tête, voire moins, les oiseaux hurlent littéralement et me rasent en m'aspergeant de fientes. Il valait mieux porter un chapeau pour éviter les coups de bec sur le crâne. Sur les chemins, de nombreux jeunes déambulaient dans tous les sens !

     

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    La petite île de Flat Holm (GB).

     

    Il me reste maintenant à vous présenter deux autres goélands qui sont observés régulièrement en Haute-Meuse, depuis quelques années. Longtemps considérés comme deux sous-espèces du goéland argenté, ces oiseaux sont l'objet de nombreuses publications ornithologiques, ce qui ne rend pas ma tâche très facile. J'essaierai ici de vous livrer ce que j'ai compris, en étant bien conscient que je n'ai sûrement pas fait le tour de la question.

    Parmi le complexe "goélands argentés", avec sa légion de races géographiques, on s'est rendu compte, depuis assez longtemps, qu'il y avait des goélands à pattes roses dans le Nord-Ouest de l'Europe et des oiseaux à pattes jaunes dans le Sud et l'Est, puis, de là, jusqu'en Asie centrale. De nos jours, les investigations éthologiques (comportements, émissions vocales) et les analyses génétiques ou autres ont révélé qu'il s'agit bien d'espèces à part entière.

    La plupart des populations de grands goélands explosent et sont en expansion en Europe occidentale. Le Goéland leucophée (Larus michahellis) ne fait pas exception à la règle. Originaire du Bassin méditerranéen, cette espèce a dépassé cette limite et est en expansion vers le nord. D'après Didier Vangeluwe (2000), il niche à présent sur la facade Atlantique jusqu'au Morbihan et a atteint, par la vallée du Rhône, le Jura et l'Alsace.

     

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    Un goéland leucophée (Larus michahellis) en Meuse.

    Photo: Fr. Hela, Leffe (Dinant), 31 août 2010.


    Toujours d'après cet auteur, les travaux de révision  taxonomique corroborés par les observations de terrain ont permis de conclure à la présence estivale chez nous du goéland leucophée. Entretemps, celui-ci est observé à d'autres saisons. Certains oiseaux errent, entre juillet et octobre, voire novembre ou décembre, dans la vallée de la Meuse !

    Le goéland leucophée adulte a un manteau et le dessus des ailes gris cendré plus sombre que le goéland argenté, d'où un contraste plus net avec le bord postérieur blanc de l'aile. En hiver, la tête et la nuque sont toutes blanches  (faiblement rayées en automne), d'où le nom d'espèce "leucophée" signifiant "tête blanche". Les pattes sont jaune orangé, parfois jaune pâle en automne, et le cercle orbital est rouge vif, bien visible à une certaine distance et dans de bonnes conditions d'observation. Le bec est fort, à bout bien crochu, et l'angle  formé par les incurvations de la mandibule inférieure (gonys) est saillant. La tache rouge de celle-ci est grande, gagnant souvent la mandibule supérieure.

     

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    Photo: Yvon Toupin- www.oiseaux.net


    Très proche des goélands bruns et leucophées, le Goéland pontique (Larus cachinnans), originaire d'Europe orientale et d'Asie centrale, devient, lui aussi, un visiteur plus régulier de la Baltique et du Nord-Ouest de l'Europe.

     

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    Photo: Hervé Michel - www.oiseaux.net


    C'est surtout en hiver que plusieurs de ces goélands hantent la vallée de la Meuse. Le mot "pontique" nous indique la région où se reproduit cet oiseau. Le Royaume du Pont a été instauré en 300 avant J.C., sur le bord de la Mer noire ! D'après Didier Vangeluwe (2000), les colonies de goélands pontiques sont en croissance en Ukraine, amenant probablement les oiseaux à chercher de nouvelles sources de nourriture et donc à s'étendre vers de nouvelles régions.

     

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    Photo: Marc Fasol - www.oiseaux.net


    Par rapport au goéland leucophée, le goéland pontique est plus élancé, possède une tête plus plate, des pattes et des ailes plus longues. Posé, il se tient plus droit avec le cou étiré ou la poitrine avancée, les ailes assez basses. Son bec est long et d'étroitesse constante. L'angle de la mandibule inférieure (gonys) n'est pas fort marqué. En dehors de la période de reproduction, le bec de l'adulte est assez vert-jaune pâle et les pattes sont ordinairement rose chamois clair, plus pâles que celles du goéland argenté. Son oeil paraît souvent sombre.

     

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    Photo: Fr. Hela, Leffe (Dinant), 19 Janvier 2012.


    Pour en savoir plus:

    * Le Guide Ornitho (Nouvelle édition, 2010), par Lars Svensson, Killian Mullarney et Dan Zetterström - Editions Delachaux et Niestlé (Les guides du naturaliste).

    * Identifier les oiseaux (Comment éviter les confusions ?), par A. Harris, L. Tucker et K. Vinicombe - Editions Delachaux et Niestlé, 1992.

    * Les Palmipèdes d'Europe, par Paul Géroudet (mise à jour par Michel Cuisin) -Editions Delachaux et Niestlé, 1999.

    * Vous avez dit: Goéland à pattes jaunes ?, par Didier Vangeluwe, Aves Contact N°5/2000 (pages 2 à 6).

    * Identification des mouettes et goélands en Wallonie (I. Les plumages les moins délicats), par Valéry Schollaert, Aves Contact N°4/2002 (pages 3 à 5).

    * Identification des mouettes et goélands en Wallonie (II. Les plumages immatures), par Valéry Schollaert, Aves Contact N°5/2002 (pages 2 à 5).

    * Identification des mouettes et goélands en Wallonie (III. L'évolution du plumage avec l'âge), par Didier Vangeluwe, Aves Contact N°1/2003 (pages 2 à 7).

    * Du Goéland argenté au Goéland leucophée: où en sommes-nous aujourd'hui ?, par Paul Géroudet, Bulletin de la Société romande pour l'étude et la protection des oiseau (Suisse) "Nos Oiseaux" N° 38/1986, pages 307 à 314.

    * Nos oiseaux de mer (2): Les mouettes et goélands, synthèse rédigée par Christophe Offredo, Revue Penn Ar Bed (Bretagne) N° 130 - Volume 18 - Fascicule 3/1989 (pages 93 à 121).

    * Les oiseaux de mer d'Europe, par Georges Dif - Editions Arthaud, 1982.










     











     




  • Les pérégrinations d'une Cynoglosse officinale (Cynoglossum officinale).

    Fin juin 2009, je me trouve sur le quai de la voie 6, en gare de Namur. J'attends le train pour Dinant. Un végétal, en bord de voie, m'attire. Là, à la limite du quai couvert et de sa continuation à ciel ouvert, une grande plante en fleurs (au moins 90 cm de hauteur), un peu grisâtre, croît dans le ballast composé de grosses pierres concassées. Une Cynoglosse officinale !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2010.

     

    Comment cette plante peut-elle pousser dans un endroit pareil ? Elle n'a aucunes chances de perdurer. Il faut que je trouve une solution. Après m'être assuré qu'aucuns trains n'étaient en vue, je m'agenouille sur le bord du quai. Je prends la plante en son milieu et exerce une traction lente et progressive vers le haut, en priant qu'elle ne casse pas en deux. Au bout de quelques instants, je parviens à l'extraire entièrement, racine comprise. La température du jour étant assez élevée, ma plante, aux racines nues et ayant subi un stress important, risque de ne pas survivre. Fort heureusement, une dame, intriguée par mon comportement, s'approche. Je lui conte l'aventure et lui explique qu'il me faudrait un grand sac en plastique et de l'eau pour pouvoir maintenir en vie la cynoglosse, avant de la replanter chez moi. Qu'à cela ne tienne ! La dame, pleine d'admiration et d'intérêt, me fournit non seulement un sac adéquat, mais aussi sa bouteille d'eau minérale qu'elle venait d'acheter. La cynoglosse officinale est momentanément hors de danger !

    Arrivé chez moi, à Yvoir, je creuse immédiatement un trou dans un parterre caillouteux, bien exposé, où de nombreuses plantes sauvages, sauvées par mes soins, sont en pleine forme. Après avoir ajouté au sol quelques poignées de terreau et de l'eau, je transplante cette énorme cynoglosse en fleurs, avec délicatesse. Pour la stabiliser, j'installe un tuteur et, finalement, je m'en remets à sa capacité de reprendre des forces. Les premiers jours qui suivent furent assez durs pour la plante, mais j'avais bon espoir. Le cinquième jour, elle s'est redressée et ses fleurs aux corolles brun rouge à violet purpurin, bien ouvertes, accueillent déjà quelques bourdons.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 28 mai 2011.

     

    A la fin de la belle saison, ses fruits secs, appelés akènes, arrivent à maturité. La génération future est assurée ! Mais, sachant ma plante bisannuelle, je ne dois pas, en principe, m'attendre à observer d'autres plantes en fleurs, à la fin du printemps suivant. Par contre, en 2010, je trouverai sûrement, dans mon parterre, quelques rosettes de feuilles basiliaires. Ce fut le cas. Quatre rosettes robustes, aux feuilles pubescentes sur les deux faces et atteignant 30 cm de longueur, persisteront en hiver 2010-2011.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2010.

     

    De mai à juillet 2011, j'ai eu le grand plaisir d'admirer quatre grandes et magnifiques cynoglosses officinales en fleurs, visitées continuellement par de nombreux Hyménoptères. La plante de la gare de namur a survécu et, de plus, la génération suivante est bien présente au Redeau, à Yvoir !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.

     

    Cette aventure mérite quelques réflexions et commentaires concernant la Cynoglosse officinale. Sa présence en gare de Namur, en ce lieu hostile et insolite, peut-être expliquée de la manière suivante. Sachant la cynoglosse bisannuelle, on peut supposer qu'une graine contenue dans un akène (fruit sec indéhiscent) a germé et donné naissance, en 2008, à une rosette de feuilles. Dans ce substrat composé de gros graviers, celle-ci, étonnamment, n'a pas subi une destruction par l'épandage d'herbicides, par des travaux fréquents entrepris pour entretenir la voie ou par d'autres activités. Les akènes de la cynoglosse officinale, munis densément d'épines terminées en hameçon, s'accrochent aux poils des animaux, mais également aux chaussures, chaussettes ou vêtements de voyageurs qui se sont balladés en un endroit où la plante en graines étaient présentes. On ne peut s'empêcher d'y voir une explication plausible concernant l'apparition de cette plante dans ce lieu inattendu.

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    Akènes non mûrs de la cynoglosse officinale.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.

     

    En 2009, année de sa découverte à Namur, la plante mesurait presque un mètre de hauteur et était en pleine floraison. Là aussi, il est surprenant de constater qu'elle n'a pas été arrachée ou écrasée par des trains en passage.

    La cynoglosse officinale fait partie de la famille des Boraginacées, comme, entre autres, la bourrache (Borago officinalis), la vipérine (Echium vulgare), la grande consoude (Symphytum officinale) ou les pulmonaires (Pulmonaria sp.). Elle présente une pubescence marquée assez molle et son inflorescence est composée de cymes unipares, d'abord enroulées en crosse ou en queue de scorpion. La plante a été observée dans des friches, dans les dunes, aux bords de chemins, dans le ballast de voies ferrées, sur des vieux murs et sur des déblais de carrières. C'est une espèce thermophile, végétant exclusivement sur des substrats contenant du calcaire et un peu nitrophile. Elle est répandue au littoral. Dans le Westhoek (De Panne), je l'ai observée maintes fois dans les zones bien ensoleillées des dunes riches en calcaire et en composés azotés, au milieu des fourrés épineux et denses dans lesquels les argousiers (Hippophae rhamnoides) dominent. Elle est parfois présente dans les dunes mobiles et est fréquente dans les friches des alentours.

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    Photo: Fr. Hela, De Panne, 21 Juin 2011.

     

    Dans le Condroz, la cynoglosse officinale semble assez rare. Personnellement, je ne l'ai rencontrée qu'à Modave. Il n'est pas impossible qu'elle soit présente dans notre région. Une prospection dans les milieux calcaires et bien exposés de la commune d'Yvoir est prévue dans les prochaines années. Cynoglosse signifie, en grec, "langue de chien" et évoque la forme et le toucher râpeux des feuilles de la cynoglosse d'Allemagne (Cynoglossum germanicum), espèce rare, qui fera bientôt l'objet d'une note particulière sur ce site*. 

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    La cynoglosse d'Allemagne, espèce rare des bois à humus riche et des coupes forestières.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Mai 2011.

     

    * Une très belle station de Cynoglossum germanicum a été récemment redécouverte, à la limite des communes d'Yvoir et d'Assesse. 

     

     

     

     

     

     

  • A propos du Houx (Ilex aquifolium) ...

    Parmi les plantes évoquant à nos yeux les fêtes de fin d'année, le Houx figure en bonne place à côté du gui (Viscum album), du "sapin", qui est en fait l'épicéa commun (Picea abies), et, aujourd'hui, du sapin de Nordmann (Abies nordmanniana), originaire des montagnes du Caucase. Son emploi fréquent dans les parcs et jardins comme plante ornementale (différentes variétés sont cultivées) fait oublier que cette espèce vit à l'état indigène dans nos régions où elle est apparue au Tertiaire (1) !

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, Novembre 2011.

     

    Le Houx, relique d'une flore thermophile du Tertiaire.

    Sur le territoire qui forme aujourd'hui l'Europe occidentale, la végétation de l'Eocène (2) (plus ou moins 50 millions d'années) a un caractère tropical. Le climat y est à la fois chaud et humide. Mais, la présence de restes fossiles de Juglandacée (Famille de notre noyer) et de Fagacée (Famille de nos hêtres et chênes) dans les shistes bitumeux de Messel, dans la région de Darmstadt (Allemagne), amène à nuancer le caractère tropical de cette époque. Il faut donc supposer l'existence probable de saisons bien marquées (J.-Cl. Gall, 1994). De plus en plus apparaissent les ancêtres de nos forêts actuelles alors mélangées à tout un cortège de plantes tropicales. C'est l'apogée de la forêt européenne qui ne retrouvera jamais une telle densité ni une telle luxuriance. Au Miocène (3) (plus ou moins 25 millions d'années) s'amorce un refroidissement général de l'hémisphère boréal. Les espèces tropicales abandonnent notre aire européenne et descendent vers le sud où elles resteront. Certaines espèces appartenant à des Familles vivant aujourd'hui dans les régions chaudes n'ont cependant pas émigré: c'est le cas notamment du houx. Dans un livre magnifique consacré aux plantes fossiles d'Australie, Mary E. White nous indique que le premier pollen fossile d'Angiosperme recensé jusqu'à maintenant sur ce continent est celui du Genre Ilex, membre des Aquifoliacées (Famille des Houx) du Crétacé (4), soit plus ou moins 66 millions d'années !

    (1) L'ère Tertiaire ou Cénozoïque, d'une durée de 65 millions d'années environ, précède l'ère Quaternaire. Elle est subdivisée en Paléocène, Eocène, Oligocène, Miocène et Pliocène. C'est l'Age des mammifères, avec l'expansion des primates et des singes dans les milieux forestiers tropicaux. Cette ère se termine avec les Ages glaciaires qui réduisent la biodiversité de nombreuses lignées.

    (2) L'Eocène, système de l'ère Tertiaire, est marqué par la diversification des mammifères et le début de la formation des Alpes.

     

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    Notharctus, primate arboricole de l'Eocène.

    Photo: Fr. Hela, Institut Royal des Sciences Naturelles à Bruxelles, Novembre 2010.

    (3) Le Miocène, troisième système de l'ère Tertiaire, entre l'Oligocène et le Pliocène, voit l'apparition des mammifères évolués (singes, ruminants, mastodontes, ...)

    (4) Le Crétacé, système de l'ère Secondaire ou Mézozoïque, s'étend de 135 à 65 millions d'années. Ce système est nommé ainsi d'après le latin creta, "craie", se référant aux vastes dépôts crayeux marins datant de cette époque et présents en grande quantité dans certains  sous-sols de l'Europe. C'est à cette période que se développent, entre autres, les plantes à fleurs (Angiospermes). Datant de cette époque, les fossiles les plus célèbres, trouvés chez nous, sont les Iguanodons de Bernissart ainsi que deux reptiles marins: le Hainausure du bassin de Mons et le Mosasaure de Hesbaye. Le Crétacé se termine avec la disparition des dinosaures et de nombreuses formes de vie.

     

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    Tête d'un iguanodon de Bernissart (Iguanodon bernissartensis) datant du Crétacé inférieur (110 à 135 millions d'années).

    Photo: Fr. Hela, Institut Royal des Sciences Naturelles à Bruxelles, Novembre 2010.

     

    Un peu d'étymologie

    Quelle est la signification du nom scientifique de houx ? "Ilex" est le nom latin de l'Yeuse ou chêne vert (Quercus ilex), espèce méridionale dont les feuilles sont aussi coriaces, brillantes, persistantes et dentées.

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    Feuilles et fruits du Chêne vert ou Yeuse (Quercus ilex)

     

    Le terme "aquifolium" vient du latin "acus", aiguille et de "folium", feuille, c'est-à-dire à feuilles piquantes. Quant au mot "houx", il proviendrait du francique "hulis" et, d'après Jacques Brosse, il a donné le verbe houspiller (maltraiter, tourmenter), primitivement "houspigner" signifiant peigner avec un rameau de houx. Selon Michel Carmanne, son nom: "hu", puis "hou" et enfin "houx", vient également du francique, langue des Francs, occupants de la Gaule où le houx ("kelen") était connu et utilisé depuis longtemps. En wallon, toujours suivant cet auteur, on le nomme "hou" à Liège, "hu" à Verviers et à Spa, "heû" à Jalhay et "heûz'rê" à Sart ou Solwaster. Le terme "heûzi" de la région de stavelot  a donné "Heusy" qui, originellement  devait  compter de nombreux houx. En serait-il ainsi pour Houx-sur-Meuse ?

     

    Répartition du Houx en Belgique et écologie

    Le houx est une espèce de type océanique qui recherche des conditions d'humidité atmosphériques favorables. Il résiste plutôt mal aux fortes gelées tardives, ce qui explique son absence dans la partie orientale de l'Ardenne. Il croît en forêt, dans les hêtraies et chênaies, mais aussi dans les clairières semi-ombragées et les haies, sur des sols généralement acides. Dans la Forêt domaniale de Tricointe (Yvoir), on peut trouver de beaux sujets en sous-bois. En Belgique, sa distribution est plus importante au sud du sillon Sambre et Meuse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Mars 2011.

     

    Caractéristiques de l'espèce

    De l'Ordre des Celastrales, avec les Fusains (Célastracées), le houx fait partie des Aquifoliacées, Famille qui comprend environ 450 espèces dans le monde. Dans nos régions, il est l'unique espèce indigène. C'est un arbuste à croissance lente d'environ dix centimètres par an. Néanmoins, il atteint parfois la taille respectable d'une dizaine de mètres et dépasse rarement l'âge de trois cents ans. Ses feuilles persistent durant deux ans, tombent le plus souvent en début d'été de leur troisième année, ce qui permet à la plante de réaliser une économie énergétique non négligeable. Souvent, les branches inférieures portent des feuilles très épineuses tandis que plus haut, celles-ci perdent progressivement leurs dents piquantes au profit d'un limbe au bord lisse. 

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Octobre 2010.

    Ce phénomène appelé "hétérophyllie" est probablement une adaptation de défense contre les herbivores, les feuilles étant piquantes et rébarbatives dans la partie de la plante accessible aux animaux.

    Les fleurs, apparaissant en mai ou juin, sont petites, parfumées, de couleur blanc rosé, groupées en petits bouquets.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.

    En les observant, on remarque que les étamines sont stériles ou que le pistil est atrophié dans toutes les fleurs d'un même pied.

     

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    B: Fleurs unisexuées du houx. En haut, fleur femelle dont le pistil est fonctionnel et dont les étamines sont atrophiées et non fonctionnelles. En bas, fleur mâle dont les étamines sont fonctionnelles. Le pistil est vestigial et non fonctionnel.

    Illustration extraite de l'ouvrage intitulé "La botanique redécouverte" par Aline Raynal-Roques, Ed. Belin 1994.

     

    Cette constatation amène à considérer le houx comme une plante dioïque (fleurs mâles et femelles sont distinctes sur des pieds différents. Le fruit est une drupe à quatre noyaux (contenant généralement une seule graine), rouge écarlate et mûrissant à la fin de l'automne.

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, Novembre 2011.

    Lors d'hiver doux, les fruits persistent jusqu'au printemps suivant. Ils peuvent tomber si l'hiver est trop rude ou être avalés par les oiseaux qui apprécient leur pulpe charnue et favorisent ainsi la dispersion de l'espèce.

     

    Le bois du Houx et son utilisation

    Le bois du houx est homogène avec des cernes peu visibles. Il a une couleur blanc nacré et est assez lourd. Les tourneurs et sculpteurs de "petits bois" l'ont toujours recherché. Les marqueteries, les jeux d'échecs sont des exemples de son utilisation. D'après certains auteurs, on en faisait les cannes, les manches d'outils, les barreaux d'échelles et, de ses baguettes tressées, des battoirs à linge. Ces baguettes, les "houssines" servirent aussi de fouets à chevaux. Dès le XVe siècle, les brosses à balayer de houx se nommaient "houssoirs". De là, naquit l'expression "houspigner" (peigner avec un balais) qui devint "houspiller". Le cambium et le liber entraient dans la préparation de la glu. L'ilixanthine présente dans l'écorce fournissait une belle teinture jaune. Pour éviter les maléfices des sorcières, à qui le bois de houx fait le plus grand mal, les charretiers ne manquaient jamais, lors de la construction d'un char, de réserver une broche ou un rai qui était taillé en bois de houx et protégeait l'attelage.

     

    Traditions

    Il y a longtemps que le houx est associé aux fêtes, qu'elles soient religieuses ou païennes. Le feuillage et les fruits du Houx, nous dit Jacques Brosse, ont depuis la plus haute Antiquité symbolisé la persistance de la vie végétale au coeur même de l'hiver. Pour les Romains, il était associé aux Saturnales qui avait lieu en janvier. Les tribus germaniques célébraient les esprits sylvestres, à l'entrée de l'hiver, en parant leurs habitations de branches de houx. Cet usage a persisté particulièrement dans les pays anglo-saxons, le houx y jouant un rôle important dans la décoration de Noël. Au Moyen âge déjà, comme de nos jours, les tables des logis en fête étaient agrémentées de couronnes et de guirlandes aux fruits vermeils. nfin, jusqu'à la fin du XIXe siècle, dans diverses régions, on reconnaissait, paraît-il, un estaminet au bouquet de houx pendu à son enseigne.

     

    Autres utilisations et plante médicinale

    D'après Michel Carmanne, au XIXe siècle, lorsque le café était à la fois fort prisé et très cher, on torréfia les feuilles de houx pour en obtenir un breuvage qui n'eut qu'un succès fort relatif... L'inspiration venait peut-être du Paraguay. En effet, les feuilles d'un houx du Paraguay ou maté (Ilex paraguariensis), contenant de la caféine, fournissent une infusion, le maté, très apprécié dans tous les pays d'Amérique latine. Cette espèce de houx croît également au Brésil et en Argentine.

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    Le maté (Ilex paraguariensis)

    Les fruits du houx sont violemment purgatifs et peuvent même provoquer des nausées et des vomissements. On se servait autrefois de ses feuilles, qui contiennent un principe actif amer, l'ilicine, car elles étaient diurétiques, fébrifuges et résolutives contre la bronchite chronique, les rhumatismes et l'arthrite. De plus, la théobromine, présente aussi dans les feuilles, a une action sur le coeur.

     

    Incroyable ce que l'on peut raconter à propos de cette espèce et nous n'avons sûrement pas fait le tour de la question ! En tous cas, le houx est, dans la haie, le sous-bois, un milieu de vie à privilégier. Ses fleurs sont nectarifères; il attire bon nombre d'insectes butineurs et particulièrement les abeilles. Ses drupes, toxiques pour l'homme, constituent une alimentation recherchée par le merle noir, les grives et autres frugivores. Au printemps, les oiseaux sont bien à l'abri dans son feuillage impénétrable et, plus tard, il demeure un refuge de choix pour les hivernants. Les paysans "d'avant les barbelés" plantaient le houx dans les haies pour les rendre plus efficaces, plus dissuasives. Une haie, avec quelques houx, au feuillage vert brillant portant des fruits écarlates, est une véritable merveille. Qu'on se le dise !

     

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    Ouvrages consultés pour la réalisation de cette note.

    Brosse J., "Larousse des arbres et arbustes", Ed. Larousse 2001.

    Brosse J., "Les arbres de France", Ed. Christian De Bartillat 1990.

    Brosse J., "Mythologie des arbres", Ed. Payot et Rivages 1993.

    Carmanne M., "Petites histoires des arbres et arbustes de chez nous", Ed. nos r'prindans rècène 1993.

    Couplan Fr., "Dictionnaire étymologique de botanique", Ed. Delachaux&Niestlé 2000.

    Gall J.-Cl., "Paléoécologie: paysages et environnements disparus" Ed. Masson 1994.

    Lambinon J., Delvosalle L. et Duvigneaud J., "Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines", Ed. Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique Cinquième édition 2004.

    Noirfalise A., "Forêts et stations forestières en Belgique", Ed. Les presses agronomiques de Gembloux 1984.

    Rameau J.-C. etal., "Flore forestière française" Tome 1. Plaines et Collines, Ed. Institut pour le développement forestier 1989.

    White Mary E., "L'odyssée des plantes: du Gondwana à l'Australie, 400 millions d'années d'évolution", Ed. Flammariuon 1988.

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Trois harles bièvres (Mergus merganser), à Godinne.

    Lundi 28 novembre 2011: Godinne, la Meuse et son île, par une belle journée un peu fraîche.

     

    Plusieurs foulques macroules plongent brièvement en faisant des bonds, quelques poules d'eau côtoient un instant la rive de l'île avec quatre grèbes castagneux assez farouches. Des grèbes huppés, à demi cachés, somnolent et des fuligules morillons s'immergent régulièrement. Les oiseaux d'eau ont du charme et le spectacle qu'ils m'offrent est toujours fascinant. Là, mon regard est attiré par trois longues silhouettes, assez basses sur les flots, qui glissent rapidement sur l'eau, sans s'éloigner des rives. Elles se suivent à la queue leu leu, scrutant sans relâche les profondeurs du fleuve, en immergeant la tête jusqu'au dessus des yeux. Elles relèvent de temps en temps la tête, comme pour reprendre haleine. Les voilà qui disparaissent, s'enfoncent tranquillement. Un moment après, je les aperçois beaucoup plus loin, elles plongent à nouveau et ainsi de suite ... Des harles bièvres femelles !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Soudain, la scène s'interrompt. Arrivés à la pointe de l'île, les harles sont alertés: le bruit et les remous annoncent l'arrivée d'une imposante péniche. Battant des ailes et des pattes pour décoller, les trois harles s'ébranlent et s'envolent vers le large. Quel vol rapide! Il est vrai qu'ils peuvent atteindre parfois 70 km à l'heure! Le cou tendu, ils filent en vol direct, au ras de l'eau, à quelques mètres de hauteur. Les ailes noires et grises, marquées d'un carré blanc, à l'arrière, contre le corps, sont les caractéristiques des femelles en vol. Plus tard, un peu avant le pont de Godinne, je les retrouverai. Une femelle me fit même le cadeau d'être plus proche, ce qui me permettra de la détailler, dans une belle lumière.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne (Meuse), 28 Novembre 2011.

     

    Grand canard plongeur, le harle bièvre mesure de 58 à 66 cm de longueur et pèse de 900 g à 2,160 kg. La femelle présente un dos gris clair bleuté. Sa tête brun roux, ornée d'une huppe fournie qui retombe en arrière comme une crinière, lui donne une allure originale. Celle-ci présente un menton blanc pur et forme une limite très tranchée avec le cou gris. Mais ce qui est encore plus frappant chez ce harle, c'est son bec mince, effilé, terminé par un crochet et, surtout, garni de "dents" aiguës, qui lui a valu le nom populaire de "bec-en-scie". Grâce à celui-ci, il se fait un jeu de saisir un poisson et de le maintenir fermement.

    Le harle bièvre est un pêcheur spécialisé comme les plongeons et les grèbes. Après avoir explorer du regard les profondeurs, il plonge et reparaît à quelques distances du lieu de plongée, car il poursuit ses proies dans l'eau avec aisance et rapidité. Le corps allongé, la position des pattes sous le ventre, terminées par de larges palmures, sont les caractéristiques de ce plongeur piscivore diurne. Il aime les eaux claires, libres et de certaines étendues. Il se nourrit, en règle générale, de poissons d'assez petite taille, la plupart n'excédant pas 12 à 15 cm de longueur; il semble gêné pour avaler de grosses et larges proies (P. Géroudet, 1987). Il s'enfonce dans l'eau, le plus souvent, à une profondeur de 2 à 5 mètres (M. Cuisin, 1999).

    Le harle bièvre est un oiseau sociable, vivant volontiers en compagnie comptant jusqu'à une douzaine d'individus ou davantage et voisinant avec les grèbes et d'autres canards plongeurs. Les populations nordiques de harles bièvres sont en partie contrainte à l'émigration par les rigueurs hivernales. Les mâles, arborant un magnifique plumage très contrasté, tendent à s'éloigner le moins possible des lieux de nidification, sauf en période de très grands froids.

     

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    Un harle bièvre mâle.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

     

    Les femelles et les jeunes voyagent davantage et atteignent même le nord de la Méditerranée, exceptionnellement l'Afrique du Nord. Les oiseaux d'Europe occidentale hivernent dans la Baltique, sur les côtes de Suède, du Danemark, de l'Allemagne et des Pays-bas. En Belgique, le harle bièvre est un hôte assez irrégulier et peu commun d'octobre à avril. Ils y sont plus nombreux lorsque l'hiver est rigoureux. En Mars, le retour des harles coïncide, en général, avec la débâcle des glaces, dans les régions septentrionales.

    A la belle saison, le harle bièvre fréquente les lacs et cours d'eau calmes des régions boisées. Il s'installe, pour nicher, près des eaux assez profondes et poissonneuses. Pour son nid, il  recherche une cavité spacieuse d'un grand arbre (jusqu'à 12 mètres de hauteur), pas trop loin du rivage. Ce grand oiseau est donc cavernicole ! En Suède, il adopte volontiers un nichoir de grande taille qu'on dispose à son intention.

     

    Mergus merganser Ron Niebrugge WildNatureImages.com.jpg

    Une femelle et ses grands poussins, quelque part en Alaska.

    Photo: Ron Niebrugge / www.Wildnatureimages.com

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Des plantes hémiparasites !

    Certaines plantes croissant dans notre région vivent en partie aux dépens d'autres espèces végétales. Si elles assurent une grande part de leur nutrition carbonée par la photosynthèse (elles sont vertes et possèdent des feuilles bien développées), elles prélèvent cependant l'eau et les sels minéraux présents dans les vaisseaux du xylème d'autres plantes. Ce sont des hémiparasites (à demi parasites). Le détournement des matières premières est réalisé par des suçoirs appelés haustoria (haustorium, au singulier).

    Celle qui nous est la plus familière est le Gui (Viscum album) qui se développe sur les branches de nombreux arbres, surtout celles des peupliers et des pommiers. Ses rameaux verts à feuilles persistantes, tant appréciés à la période du "Gui l'an neuf", montrent que cette plante parasite a gardé sa capacité de photosynthèse.

     

    Viscum album 22-1-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Octobre 2011.

     

    Le Gui est donc partiellement autotrophe, c'est-à-dire qu'il ne dépend pas entièrement d'autres êtres vivants pour se nourrir. Par contre, il n'a pas de racines et vit obligatoirement ancré sur un arbre-hôte par un suçoir inséré dans une branche. Par l'intermédiaire de celui-ci, il prélève la sève brute de l'hôte nécessaire à une partie de sa nutrition. Il est hémiparasite, car il ne tire pas toute sa nourriture de son hôte, puisqu'il pratique la photosynthèse.

    Ce qui est moins connu, c'est que d'autres plantes vertes, aux feuilles bien développées et bien enracinées dans le sol, sont également hémiparasites. Elles semblent avoir une biologie normale, mais leurs racines établissent des connexions, par l'intermédiaire de suçoirs, avec celles des plantes voisines auxquelles elles prélèvent une part de leur nutrition.

    Chez nous, c'est le cas des Genres Euphrasia (Euphraises), Melampyrum (Mélampyres), Rhinanthus (Rinanthes ou crêtes-de-coq) et Odontites (Odontites), tous réunis dans la Famille des Scrophulariacées. Voici quelques espèces que l'on rencontre dans notre commune, avec des commentaires.

     

    De nos jours, il est moins fréquent de trouver l'Euphraise raide (Euphrasia stricta). C'est une petite plante de 10 à 30 cm de haut qui fleurit de juin à octobre, dans les pelouses sèches, les friches rocailleuses proches des carrières et dans la rocaille de certains chemins secs.

     

    Euphrasia stricta Yvoir 30-06-11 A.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Juin 2011.

     

    On l'appelle aussi "casse-lunette". Le célèbre médecin et botaniste italien Matthiole (1501-1577) écrivait qu'elle était "singulière pour ôter tous les empêchements contraire à la vue" et que "si son usage se généralisait, cela gâterait par moitié le commerce des marchands de lunettes ..." Les études pharmacologiques ont effectivement confirmé l'action des Euphraises (notamment Euphrasia officinalis subsp. rostkoviana) sur les conjonctivites, le larmoiement, les ophtalmies légères et les orgelets.

     

    Euphrasia stricta Dorinne 21-08-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Dorinne, 21 Août 2011.

     

    Euphrasia signifie en grec "joie", probablement la joie d'avoir recouvré la vue ! Les Euphraises sont des plantes hémiparasites sur les racines des Graminées et des Cypéracées.

     

    L'Odontite rouge (Odontites vernus), peu commune, fleurit de juin à octobre, au bord des chemins, dans certaines prairies ou pelouses fraîches, dans les friches et sur les chemins de halage, en bord de Meuse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne (chemin de halage en bord de Meuse), Août 2011.

     

    D'après François Couplan (2000), le nom scientifique Odontites viendrait du grec odontos, dent. Les plantes de ce Genre, d'après cet auteur, étaient censées aider à soulager les maux de dents.

    La Rhinanthe à petites fleurs (Rhinanthus minor) est appelée aussi "crête-de-coq", en raison de ses bractées vert sombre, à dents triangulaires. Assez rare dans notre région, elle fleurit de mai à septembre, dans les pelouses calcaires ni trop sèches, ni trop humides (espèce mésophile), les prairies fraîches à sèches, généralement non amendées, et en bord de chemins. Une belle station de cette plante peut être admirée dans un pré, à Tricointe.

     

    Rhinanthus minor De Panne (Westhoek) 21-06-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Les espèces du Genre Rhinanthus sont des hémiparasites sur les racines des graminées et de diverses plantes herbacées.

     

    Rhinanthus minor Yvoir 2-6-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Juin 2011.

     

    Le Mélampyre des prés (Melampyrum pratense) est une espèce assez commune des forêts, des coupes et lisières forestières, des clairières, des landes ..., sur sols secs et siliceux. Son nom vernaculaire semble assez mal choisi, vu qu'il n'est pas fréquent de le trouver dans un pré ! Néanmoins, sur le site des Rochers de Champalle à Yvoir, j'ai pu l'observer en bordure d'une pelouse mésophile sur calcaire.

     

    Melampyrum pratense Willerzie (Vallée de La Hulle) 6-6-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juin 2011.

     

    Normalement espèce de demi-ombre, le Mélampyre des prés fleurit de juin à août et est hémiparasite sur les racines de diverses plantes ligneuses. Les graines des Mélampyres, allongées et noires, ont à peu près la forme d'un grain de blé; rien d'étonnant donc à ce que melampyrum se décompose étymologiquement en melanos, noir et puros, blé (le blé noir).

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Juillet 2011.

     

    De juin à août, dans une friche argilo-calcaire bien exposée, au milieu d'un tapis dense de graminées, de gros épis pourpres violacés, lacérés de jaune vif, se dressent çà et là, à 30 cm au-dessus du sol. Ces inflorescences hautes en couleurs, à la fois vives et nuancées, sont celles des Mélampyres des champs (Melampyrum arvense). Devenue rare, cette Scrophulariacée s'observe encore en quelques endroits de notre région. C'est dans les friches, les pelouses sèches, voire sur les rochers calcaires comme à Champalle et, parfois, aux abords de cultures et de moissons, que ce magnifique Mélampyre pousse. Les sols riches en calcaire ont sa préférence.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Champalle), Juin 2011.

     

    Ses bractées florales, dans leur exubérance de forme et de couleur, font de loin passer l'épi pour une grosse fleur, ce qui permet, peut-être, à la plante d'attirer les insectes et lui a valu les noms de "rougeotte" et "queue de vache", dans certaines campagnes. Mais les fleurs sont à rechercher à la base de chaque bractée; leurs corolles généralement purpurines à gorges jaunes, parfois entièrement jaunâtres, sont enfoncées dans des calices pourpres, à dents à peu près égales entre elles.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Ce Mélampyre est hémiparasite sur les racines de diverses plantes herbacées. Celui-ci abondait jadis, surtout dans les champs de céréales. L'épandage d'herbicides est certainement la cause de sa rareté actuelle. On le retrouve aujourd'hui en marge de ces milieux. Sa répartition est devenue très discontinue.

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 2 Juin 2011.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Le Cystoptéris (Cystopteris fragilis), une fougère délicate et discrète.

    Cette fougère peu commune est surtout présente dans la vallée du Bocq. Elle croît de préférence sur des substrats contenant du calcaire (calciphile), mais on la rencontre parfois en zones siliceuses. Chez nous, elle affectionne les fissures de rochers, les vieux murs et les vieux puits (Site de Poilvache notamment) en moellons calcaires, les ponts de pierre enjambant les cours d'eau, souvent en sites ombragés, exposés au nord ou sous couvert forestier (forêts de ravins sur éboulis grossiers).

     

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    Le Cystoptéris sur un rocher humide et ombragé.

    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 24 Mai 2010.

     

    Parfois, elle pousse à découvert, sur des pentes ensoleillées, mais alors toujours à proximité de zones humides (suintements, cascatelles de petits ruisseaux frais ...).

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Vallée du Bocq), Mai 2011.

     

    Plante vivace, le Cystoptéris se développe au printemps et répand ses spores en été. Les frondes se déssèchent généralement en automne, mais aussi dès l'été, en cas de sécheresse.

     

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    Le Cystoptéris sur un vieux muret, à l'ombrage et à l'exposition nord.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Propriété Dapsens), 28 Mai 2011.

     

    Les feuilles ou frondes de cette fougère (15 à 30 cm) sont rapprochées en touffes au sommet d'un rhizome court et dressé. Le limbe est délicatement ciselé et les nervures se terminent, en majorité, dans les dents des pinnules. Le pétiole verdâtre, grèle, un peu plus court que le limbe, est glabre et possèdent quelques petites écailles à sa base.

     

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    Une fronde de Cystoptéris.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Propriété Dapsens), Mai 2011.

     

    Le Cystoptéris ressemble beaucoup à une jeune Fougère femelle (Athyrium filix-femina), mais se distingue aisément par ses sores arrondis, à indusies latérales ovales et aiguës rapidement caduques.

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Vallée du Bocq), 28 Mai 2011.

     

    Voici une illustration, avec détails, du Cystoptéris, d'après la Flore forestière française (2 Montagnes) par J.-C. Rameau, D. Mansion et G. Durné (Institut pour le développement forestier - 1993):

     

    Cystopteris fragilis Graphique 24-11-11_0001.jpg

    1. Souche courte, fibreuse, écailleuse et roussâtre.

    2. Pétiole grêle, vert, plus court que le limbe, un peu écailleux à la base.

    3. Limbe plus long que large, rétréci à la base.

    4. Penne: foliole de la feuille composée (fronde), chez les fougères.

    5. Pinnule: subdivision de la penne, aussi appelée "foliolule".

    6. Sores (groupes de sporanges dans lesquels se forment les spores) de petite taille; indusies fixées par leur bord.

     

     

     

     

     

     

     

  • L'Argus brun (Aricia agestis), un papillon des pentes herbeuses ensoleillées.

    Cette note est un complément aux trois notes précédentes intitulées "Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés..." des 16,22 et 29 octobre 2011.

    L'Argus brun est un Lycénidé qui présente plusieurs générations par an (espèce polyvoltine). Le dessus des ailes, chez le mâle comme chez la femelle, est de couleur brune avec des lunules submarginales oranges bien marquées. Ce papillon est très actif par beau temps. Il vole rapidement au-dessus des prairies en pente, fleuries et maigres, bien exposées. C'est une espèce thermophile.

     

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    Photo: Fr. Hela, Falmagne, 10 Juillet 2011.

     

    La période de vol de ce papillon s'étale de juin à septembre, voire début octobre. A Yvoir, il fréquente les pelouses sèches du site de Champalle, quelques prairies de fauches pentues bien ensoleillées, situées notamment à Tricointe, mais aussi des talus du bords de chemins et de pâturages, ainsi que des friches sèches à proximité des carrières désaffectées ou non.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Août 2011.

     

    La chenille de l'Argus brun vit sur diverses Géraniacées, don le Géranium des prés (Geranium pratense) et le bec-de-cigogne commun (Erodium cicutarium). D'après certains auteurs, les femelles déposent aussi leurs oeufs sous les feuilles et sur les sépales de l'hélianthème jaune (Helianthemum nummularium).

     

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    Le Géranium des prés (Geranium pratense), une plante visitée par la chenille de l'Argus brun.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 25 Mai 2011.

     

    L'Argus brun est probablement menacé dans tous ses habitats. Il faut absolument conserver les prairies maigres où on rencontre régulièrement l'espèce et les exploiter de manière appropriée, en ne fauchant tardivement qu'une fois par an et en ne répandant pas d'engrais.

    Erodium cicutarium Beez 17 Avril 2011.jpg

    Le Bec-de-cigogne commun (Erodium cicutarium), espèce des pelouses et chemins secs.

    Photo: Fr. Hela, Beez (Namur), 17 Avril 2011.

     

     

     

     

     

  • L'Amanite tue-mouches (Amanita muscaria): un champignon remarquable!

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à se référer au bas de la note.

    L'Amanite tue-mouches est sans aucun doute l'un des plus spectaculaires champignons de nos contrées. Son chapeau rouge vif ponctué de blanc a toujours suscité la curiosité du promeneur automnal. Mais sous cette parure attrayante se cache un champignon très toxique pour celui qui tenterait de le consommer. C'est une espèce commune, largement répandue dans les régions tempérées et froides. Cette amanite mycorrhizique (1), appelée aussi Fausse oronge, apparaît en automne, dans les bois de feuillus, dans les parcs et jardins, toujours au voisinage des bouleaux ou des conifères, en terrain acide.

     

    Amanita muscaria Yvoir 2-11-11 A.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Novembre 2011.

     

    Son bulbe, sans volve, est typiquement surmonté d'un rebord sculpté. Le pied, dont la hauteur peut atteindre 20 cm, et les lamelles sont blancs, comme la chair qui est seulement orange sous la cuticule (2) du chapeau. Celle-ci dégage une très fine odeur de rave. L'anneau est ample, un peu strié, blanc ou bordé de jaunâtre. Le chapeau, de 5 à 15 cm de diamètre, est d'un rouge éclatant ponctué de fines mèches floconneuses blanches. L'absence de celles-ci est parfois remarquée et est due au lessivage du chapeau par la pluie.

     

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    Chez cet exemplaire, les squames floconneuses blanches sont absentes.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2010.

     

     

    Coupées, les très jeunes amanites sont reconnaissables à la ligne jaune-orange sous la cuticule du chapeau.

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    Photo: Fr. Hela, Lustin, Octobre 2010.

     

    La seule confusion possible, en présence de ce champignon, est cclle que certains mycologues débutants pourraient faire avec l'Amanite des Césars ou Oronge vraie (Amanita caesarea), espèce méridionale comestible d'excellente qualité. Cette dernière espèce est très rare dans notre pays, mais des observations sont cependant possibles. L'Amanite des Césars  possède un pied et des lamelles jaunes, un chapeau orange et une volve blanche.

     

    Amanita caesarea Blog du Guit.JPG

    L'Oronge ou Amanite des Césars (Amanita caesarea).

    Photo: Blog du Guit.

     

    L'amanite tue-mouches est considérée comme un champignon dangereux, bien que son effet soit rarement mortel. Cette réputation vient de ses propriétés, soit prétendues aphrodisiaques (en réalité, elles provoquent un gai délire), soit toxiques, selon les régions et la partie du champignon consommé. Les substances agissantes, irrégulièrement réparties dans le champignon, seraient plus concentrées sous le revêtement rouge du chapeau. 

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    Photo: Michel Gijsemberg, Profondeville, Automne 2010.

     

    On note les muscarines, responsables du ralentissement du coeur, de la contraction des pupilles, des troubles digestifs et sécrétoires (syndrome muscarinien), mais sont sans action sur le système nerveux central. La présence de muscarine ne se limite d'ailleurs pas aux seules amanites, nombreuses sont d'autres espèces qui lui doivent leur toxicité, principalement les Inocybes (notamment l'Inocybe de Patouillard Inocybe erubescens) et les Clitocybes blancs. D'autres substances possèdent une action psychotonique; on peut citer la bufoténine (isolée aussi du venin de crapaud), les dérivés de l'isoxazol, dont le muscimol, aux propriétés hallucinogènes potentialisées par la muscazone et l'acide iboténique (R. Heim, 1984 - J. Guillot et al., 1993).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2010.

     

    En conclusion, il vaut mieux ne pas consommer cette belle espèce. Le mycelium (le champignon proprement dit) est bien utile pour la bonne santé de nos bouleaux et de nos conifères (voir ci-dessous le commentaire à propos des mycorhizes). Admirez ses sporophores, organes reproducteurs, ne les cueillez-pas et ne les détruisez pas du pied !

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 6 Novembre 2011.

     

    (1) On sait depuis 1850 que de nombreux arbres (chênes, hêtre, bouleaux, la plupart des conifères...) sont associés à des mycéliums qui s'agglomèrent en manchons cylindriques à la surface, ou immédiatement sous la surface, de leurs racines. Aux "racines-champignons" ainsi constituées on donne le nom de mycorhizes (H. Bruge, 1977). Parmi les champignons en cause, dont les sporophores s'observent dans nos forêts, on trouve notamment les Amanites. Il est établi que les arbres dont les racines présentent ces mycorhizes se développent beaucoup mieux que ceux dont les racines en sont dépourvues. Je vous invite à lire un excellent ouvrage intitulé "La Symbiose, structure et fonctions, rôle écologique et évolutif" par Marc-André Selosse (154 pages), aux Editions Vuibert, 2000, Paris. L'auteur y indique que la physiologie et l'écologie de ces associations mycorhiziques ont été bien étudiées, et revêtent un rôle majeur dans les écosystèmes terrestres.

    (2) La cuticule est la couche superficielle du revêtement du chapeau du champignon, plus ou moins facilement séparable de la chair.

     

     

  • Une famille d'arbres !

    Il est vrai que les groupes d'arbres tortueux ou non m'ont toujours attiré. Les charmes et les hêtres ont souvent ma préférence. Ils ne manquent pas dans notre merveilleux Condroz. Ils sont parfois les vestiges d'anciennes haies que nos ancêtres entretenaient. Ces ensembles d'arbres se rencontrent un peu partout dans nos campagnes, mais aussi dans nos bois.

     

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    Groupes de charmes entrelacés

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Les Gayolles.

     

    D'abord, je les contemple de loin, puis je m'en approche doucement, de peur qu'ils ne disparaissent. Je peux enfin toucher les troncs droits ou sinueux. Alors, je m'assied auprès d'eux, en silence. Je les écoute et, à ces instants, je suis rempli de quiétude et de bonheur.

     

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    Alignement de hêtres.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Rue du Blacet

     

    Voici un texte de Jules Renard (1864-1919)*, intitulé "Une famille d'arbres" qui me parle et correspond à ce que j'éprouve auprès d'elle.

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    Une famille de charmes.

    Photo: Fr. Hela, Godinne, Croix d'Al Faux.

     

    " C'est après avoir traversé une plaine brûlée de soleil que je les rencontre. Ils ne demeurent pas au bord de la route, à cause du bruit. Ils habitent les champs incultes, sur une source connue des oiseaux seuls. De loin, ils semblent impénétrables. Dès que j'approche, leurs troncs se desserrent. Ils m'accueillent avec prudence. Je peux me reposer, me rafraîchir, mais je devine qu'ils m'observent et se défient.

    Ils vivent en famille, les plus âgés au milieu et les petits, ceux dont les premières feuilles viennent de naître, un peu partout, sans jamais s'écarter.

    Ils mettent longtemps à mourir, et ils gardent les morts debout jusqu'à la chute en poussière.

    Ils se flattent de leurs longues branches, pour s'assurer qu'ils sont tous là, comme les aveugles. Ils gesticulent de colère si le vent s'essoufle à les déraciner. Mais entre eux aucune dispute. Ils ne murmurent que d'accord.

    Je sens qu'ils doivent être ma vraie famille. J'oublierai vite l'autre. Ces arbres m'adopteront peu à peu, et pour le mériter j'apprends ce qu'il faut savoir:

    Je sais déjà regarder les nuages qui passent.

    Je sais aussi rester en place.

    Et je sais presque me taire. "

     

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    Charmes.

    Photo: Fr. Hela, Awagne (Dinant), Chemin des Massennes.

     

    * Ecrivain lucide, précis et plein d'ironie, Jules Renard était maire de son village. Il vivait à la campagne. C'était un fin observateur des animaux dans "Histoires naturelles" (1894), et des humains dans "Poil de Carotte" (1894) ou "L'Ecornifleur" (1892). 

     

     

  • Des grives mauvis (Turdus iliacus), originaires des régions nordiques, dans nos haies, nos bois et nos prés.

    En ce matin de novembre, la brume enveloppe les bosquets et les haies. Petit à petit, les rayons du soleil éclairent les aubépines chargées de cenelles, les prunelliers et leurs prunelles, les églantiers et leurs cynorhodons, ... De ces arbustes, des oiseaux s'échappent soudain, avec une rapidité déconcertante. A mon passage, des passereaux fuient dans tous les sens, l'un après l'autre, en émettant des cris fins, étirés et pénétrants: "ssiiih ... tsiiih ... sisss". Ils disparaissent dans la frondaison toute proche, mais quelques uns se perchent au sommet d'un frêne. Ce sont des grives mauvis. Ces grives nordiques, en halte migratoire, paraissent fines et délicates. De taille un peu inférieure à celle de la grive musicienne (Turdus philomelos), la grive mauvis s'en distingue surtout par un sourcil crème bien marqué et par le roux vif dont sont colorés les flancs et le dessous des ailes. La poitrine et les flancs sont rayés et non grivelés.

     

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    La grive mauvis (Turdus iliacus). A l'arrière plan, une grive litorne (Turdus pilaris).

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Ses lieux de nidification se situent dans les régions septentrionales de l'Eurasie. En Scandinavie, l'abondance de cette grive s'accroît du sud au nord, à travers les forêts de conifères, d'aulnes, de saules et surtout de bouleaux où elle est fortement répandue. La grive mauvis niche en Novège, dans le nord de la Suède, en Islande, en Finlande, en Russie, dans les pays baltes, au nord-est de la Pologne et en Sibérie (P. Géroudet, 1998). Les premiers migrateurs de cette espèce touchent l'Europe Occidentale dès mi-septembre parfois, et plutôt en octobre. Du milieu de ce mois à la mi-novembre, le passage bat son plein. Il est surtout nocturne. De jour, des bandes de mauvis font halte dans les bois, les haies et broussailles, pour se nourrir de fruits sauvages ou de divers invertébrés.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Farouche, la grive mauvis se montre peu et cherche davantage à se cacher dans les couverts. En novembre, elle fréquente aussi les prés et les champs, en compagnie d'étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris), de grives draines (Turdus viscivorus) et de grives litornes (Turdus pilaris), mais la présence, à proximité, de buissons touffus, de haies et de bosquets, pour se réfugier à la moindre alerte, lui sont indispensables. A l'intérieur d'un bois, j'ai observé des bandes de ces grives, parfois très nombreuses, fouillant les feuilles mortes, avec des merles noirs (Turdus merula). D'après P. Géroudet, elles passent la nuit en troupes dans les taillis, les fourrés et les jeunes plantations de conifères.

     

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    Photo prise en Islande: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Les quartiers d'hiver principaux des grives mauvis s'étendent sur les îles britanniques, la France, et le nord de l'Italie. Elles vont rarement plus au sud, jusqu'en Espagne, en Sicile, parfois même en Afrique du Nord. En Belgique, les hivernantes sont peu nombreuses et erratiques. Les vagues de froid les chassent de nos régions. Il faudra alors attendre les mois de mars et d'avril pour les revoir dans nos haies, lors de la migration de retour.

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves - Natagora

     

    Michel Cuisin (1998) nous donne des indications concernant le kilomètrage effectué par des grives mauvis baguées: 340 km en un jour, 2500 km en quatre jours. Les oiseaux islandais parcourent de 800 à 1000 km au-dessus de la mer pour atteindre l'Ecosse, d'après le même auteur.

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves -Natagora.

     

     

     

     

     

     

  • Le Néflier (Mespilus germanica), un arbuste qui n'est pas si rare dans notre région.

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à prendre connaissance des informations complémentaires, en fin de note.

     

    Le néflier (1) se rencontre çà et là dans les haies, les fourrés et en lisière, souvent bien exposée, de certaines zones boisées. Parfois, on le trouve aussi près des villages, à l'emplacement d'anciens vergers. C'est une espèce méditerranéo-atlantique. Il serait réparti naturellement dans les Balkans ainsi qu'au Proche-Orient. Il est présent en Europe méridionale et orientale ainsi que dans le Sud-Ouest de l'Asie. En Europe occidentale et médiane, il est considéré, par certains auteurs, comme une relique d'anciennes cultures.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 17 Novembre 2011.

     

    Pour A. Noirfalise (1984), le néflier est lié à la chênaie sessiflore à luzule blanche (Luzulo-Quercetum) avec climat atlantique marqué (ph du sol compris entre 4,5 et 5,7). Un sol sec ou à drainage ralenti peut lui convenir. Il supporte un faible ombrage. Dans notre région, la chênaie sessiflore à luzule blanche peut constituer, par endroits, la forêt semi-naturelle sur les terrains gréseux ou gréso-schisteux, sur des sols superficiels, caillouteux et secs. Cette formation forestière est assez répandue dans les forêts rurales et communales du grand Yvoir. Le chêne rouvre ou sessile (Quercus petraea) y est souvent l'essence dominante. Le chêne pédonculé (Quercus robur)  y est irrégulièrement représenté. Celui-ci est plus abondant dans des stations plus humides, où coexistent souvent des populations hybrides des deux chênes (Quercus xrosacea). C'est aux endroits les plus lumineux ou en lisière de ces forêts qu'on a le plus de chance de rencontrer le néflier et le pommier sauvage (Malus sylvestris subsp. sylvestris). D'autres essences accompagnatrices y croissent, comme le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), le peuplier tremble (Populus tremula) ou la bourdaine (Rhamnus frangula).

     

    Arbuste à feuilles caduques, de taille modeste (2 à 4 m), le néflier croît sur des sols plus ou moins acides. Son tronc est souvent peu marqué et ses branches sont tordues, étalées, portant des épines (2). Ses grandes feuilles alternes elliptiques sont entières et duveteuses à la face inférieure. Elles ont une teinte s'approchant du vert mat.

     

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    Photo: Fr. Hela, Profondeville, Mai 2010.

     

    En mai et juin, l'extrémité de ses rameaux courts arbore de grandes et jolies fleurs blanches (3-4 cm de diamètre) à cinq pétales.

     

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    Photo: Fr. Hela, Annevoie-Rouillon, Juin 2011.

     

    Les fruits toniques et astringents, appelés nèfles, couronnés par le calice persistant, sont comestibles. Les nèfles se récoltent blettent, après les premières gelées (3).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe: Forêt domaniale), Octobre 2011.

     

    De nos jours, on mange de moins en moins de nèfles, même à la campagne, et on ne cultive plus guère le néflier qui avait pourtant le mérite de fournir en hiver des fruits riches en tanins, mucilages et matières grasses, ainsi qu'en acide citrique et malique. Ils étaient utilisés jadis, en raison de leur astringence, pour combattre les diarrhées. On  préparait des décoctions de feuilles pour soigner les aphtes et les inflammations de la gorge (J. Brosse, 2001). Le mot nèfle, anciennement nesfle, s'écrivit d'abord mesple ou mesle selon l'étymologie. A Evrehailles, il paraît qu'il y a un lieu nommé  "terre au mespelier" ou "mesplier" (G.H. Parent,2003). Le néflier y poussait-il dans le temps ou le cultivait-on?

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 29 Octobre 2011.

     

    (1) Le néflier fait partie de la Famille des Malacées (Malaceae) comme les pommiers, les poiriers, les aubépines, les sorbiers ... Les Malacées sont parfois réunies aux Rosacées (Rosaceae) avec rang de Sous-Famille.

    (2) Certains néfliers cultivés aux fruits plus gros sont inermes, c'est-à-dire sans épines.

    (3) Jadis, le néflier était cultivé pour ses fruits. On en faisait des gelées, des confitures, des pâtes de fruits, du sirop et même une petite boisson légèrement alcoolisée.

     

     

     

     

     

  • Des Grues cendrées (Grus grus) de passage à Yvoir.

    Ce jeudi 27 octobre 2011, un groupe de 160 Grues cendrées passent en vol sud-ouest, au-dessus de la maison forestière, dans la forêt domaniale de Tricointe, vers 10h42. Visiblement, les grues cherchent la bonne direction, car le vent de face est soutenu.

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    Photo: Pierre Goffioul, Yvoir (Tricointe), 27 Juillet 2011.

     

    Une heure plus tard, vers 11h45, 180 grues très bruyantes passent en vol sud-ouest au-dessus de l'Airbois, à Tricointe.

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    Photo: Pierre Goffioul, Yvoir (Tricointe), 27 Juillet 2011.

     

    Spectacle toujours émouvant que ces vols de grues cendrées ! Regardez en l'air, ce n'est qu'un début ! Si, dans les prochaines semaines, le vent de nord-est se met à souffler, il est possible que plusieurs vols bruyants emplissent le ciel, le jour comme la nuit. A vos jumelles !! N'oubliez pas de me faire part de vos observations.

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    Photo: Pierre Goffioul, Yvoir (Tricointe), 27 Juillet 2011.

  • Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Troisième partie)

    L'Argus Bleu Nacré (Polyommatus coridon) est une espèce représentative des prairies maigres. Il fréquente les prés et pelouses sèches à herbes rases, les coteaux exposés au soleil, surtout ceux constitués d'un substrat calcaire. Dans le milieu préservé du site des Rochers de Champalle, il peut être très abondant en plein été.

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    Un mâle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 25 Juillet 2011.

     

    La face supérieure du mâle est bleu gris argenté, parcourue de nervures sombres. Le bord des ailes est brunâtre, ourlé de longues franges blanches avec des taches foncées. La femelle est brune souvent saupoudrée de bleu. Deux petites taches plus foncées marquent les ailes antérieures et de petites lunules submarginales oranges sont, en général, nettes.

     

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    Une  femelle.

    Photo: Fr. Hela, Sosoye, 30 Juillet 2011.

     

    L'Argus Bleu Nacré est une espèce monovoltine, c'est-à-dire qui présente une seule génération annuelle. Il commence à voler au début juillet et disparaît normalement en septembre. On l'a vu rechercher le nectar de la centaurée scabieuse (Centaurea scabiosa), de la scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria), de l'origan (Origanum vulgare), du serpolet commun (Thymus pulegioides), de cirses (Cirsium div.) et de diverses Fabacées (Papilionacées). Sa chenille vit en mai et juin sur l'Hippocrépide en ombelle ou fer-à-cheval (Hippocrepis comosa), les vesces et les trèfles ... Elle est souvent accompagnée de fourmis.

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    L'Hippocrépide en ombelle ou fer-à-cheval (Hippocrepis comosa), une des plantes préférées de la chenille de l'Argus Bleu Nacré.

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Mai 2011.

     

    Si l'Argus Bleu Nacré peut être abondant sur les pelouses sèches des Rochers de Champalle, il est cependant en très net recul. Dans nos régions, les causes de sa relative rareté sont nombreuses: l'intensification de l'agriculture, la fumure des dernières prairies maigres, le boisement de milieux ouverts et l'urbanisation.

     

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    L'Argus Bleu Nacré: détail de la face inférieure des ailes d'un mâle.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Juillet 2011.

     

    L'Argus myope (Lycaena tityrus), appelé aussi Cuivré fuligineux, était assez répandu dans les prairies à hautes herbes avec beaucoup de fleurs et des oseilles sauvages. C'est une espèce bivoltine (deux générations par an) qui vole d'avril à juin et de juillet à septembre. Le mâle à la face supérieure des ailes brun foncé uni avec des points noirs, ourlée de blanc. La femelle présente une couleur plus vive. Les ailes antérieures sont orangées ponctuées de taches foncées et ses lunules submarginales oranges sont plus marquées.

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    Lycaena tityrus: Une femelle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    L'Argus myope visite toutes sortes de fleurs dont le serpolet commun (Thymus pulegioides), l'origan (Origanum vulgare) et la grande marguerite (Leucanthemum vulgare). Sa chenille vit sur l'oseille sauvage (Rumex acetosa) et la petite oseille (Rumex acetosella). Il n'est pas impossible qu'on la trouve aussi sur l'oseille ronde (Rumex scutatus) qui abonde, à certains endroits, sur les éboulis des carrières, le long de la voie désaffectée Ciney-Spontin-Yvoir et sur certains murets. Certains auteurs de Suisse la renseignent sur cette espèce, dans les Alpes.

     

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    La petite oseille (Rumex acetosella), une plante visitée par la chenille de l'Argus myope.

    Photo: Fr. Hela, Thommen, 22 Juillet 2011.

     

    Pour stimuler la présence de ce papillon, on ne devrait ni fumer, ni détruire les prairies maigres et les prés humides. Il serait avantageux pour l'espèce de conserver des îlots non cultivés dans les campagnes, par exemple sur les talus et les remblais, où des plantes sauvages variées peuvent croître librement.

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    Face inférieure des ailes du mâle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

     

     

     

     

     

     

  • Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Deuxième partie)

    La Thécla du Bouleau (Thecla betulae) est un papillon de fin d'été et d'automne typique. Elle éclôt déjà à la fin juillet. Cependant, on ne l'observe la plupart du temps que de la mi-août à mi-octobre, en raison d'une diapause (1) estivale. Le mâle est observé plus rarement que la femelle.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 10 août 2011

     

    Cette espèce sédentaire habite les lisières, les vergers et les jardins, même dans les grandes villes. Elle séjourne volontiers dans les cimes des arbres où elle passe inaperçue. Le papillon se pose souvent sur des feuilles, au soleil, pour sucer le miellat des pucerons. Il sonde aussi les fruits blets, notamment les prunes, et butine plus rarement sur des fleurs d'Ombellifères ou de ronces. Le nom d'espèce de ce Thécla (betulae, du bouleau), désigne plus le lieu de séjour de ce papillon que la plante nourricière de la chenille. En effet, d'avril à juin, celle-ci consomme le feuillage de divers arbres et arbustes du Genre Prunus, dont le prunellier (Prunus spinosa). Certains auteurs indiquent d'autres essences: le cerisier à grappe (Prunus padus), le merisier (Prunus avium), les aubépines, les bouleaux, le hêtre (Fagus sylvatica) et les chênes. 

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 10 Août 2011.

     

    La Thécla du Bouleau fait partie des espèces en voie d'extinction; en maints endroits, elle est devenue une rareté. Aussi, il conviendrait de conserver absolument les prunelliers le long des lisières et dans les haies. Il serait bon pour l'espèce de prévoir, dans vos jardins, des buissons composés d'arbustes indigènes !

     

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    Photo: Nadine Thonnard, Godinne, 10 Août 2011.

    (1) Diapause: Phase pendant laquelle l'évolution de l'oeuf, de la chenille, de la chrysalide ou du papillon subit un arrêt. Elle est le plus souvent déclenchée par les conditions climatiques du milieu, telles que l'hiver ou l'été, mais elle peut aussi être programmée héréditairement suivant l'espèce.

     

    L'Azuré de la Bugrane (Polyommatus icarus) est le plus commun de nos Lycénidés. Assurément, cette espèce a mieux résisté à l'intensification de la culture des sols et à l'urbanisation. Le mâle (1 et 6) a une face supérieure bleu violet clair ourlée de blanc. La femelle a une face supérieure brun foncé assez souvent lavée de bleu (2). On peut distinguer facilement cet Azuré des espèces voisines grâce aux dessins de la face inférieure des ailes. Celle-ci est brune et marquée d'une ponctuation complète avec des lunules submarginales oranges (3).

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    Illustration: Fr. Severa dans "Papillons" aux Editions Gründ, Paris 1986.

     

    Chez nous, l'Azuré de la Bugrane fréquente les bords de chemins et de routes, les accotements des voies ferrées, les pelouses sèches ou les prairies fleuries, les friches ... Il pénètre occasionnellement dans les villes et on l'observe souvent dans les jardins ou dans les cultures et les pâturages envahis par différentes espèces de trèfles. Présentant deux à trois générations durant la belle saison, on le voit voler d'avril à septembre-octobre. Il butine volontiers l'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum), l'origan (Origanum vulgare), le clinopode (Clinopodium vulgare), les menthes (Mentha sp.) et bien d'autres plantes fleuries riches en nectar.

     

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    L'Azuré de la bugrane, un mâle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 27 Avril 2011.

     

    La chenille, accompagnée en général de fourmis (voir les commentaires en fin de note), se nourrit de diverses Fabacées (Papilionacées). La bugrane rampante (Ononis repens), la luzerne lupuline (Medicago lupulina), le trèfle rampant (Trifolium repens), le trèfle des prés (Trifolium pratense), la vesce cultivée (Vicia sativa), la vesce à épis (Vicia cracca) ... sont quelques plantes citées par divers auteurs.

     

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    La bugrane rampante (Ononis repens), une des Fabacées visitées par la chenille.

    Photo: Fr. Hela, Falmagne, 10 Juillet 2011.

     

    On peut favoriser l'espèce en maintenant dans les grands jardins des zones naturelles où croissent diverses espèces de Fabacées, en renonçant à un fauchage trop fréquent des accotements de routes ou de chemins et en privilégiant les friches.

     

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    Une femelle butinant les fleurs du trèfle rampant (Trifolium repens).

    Photo: Fr. Hela, Thommen, Juillet 2011.

     

    * Les chenilles et les fourmis: Beaucoup de chenilles d'Argus ou d'Azurés observées sur le terrain sont entourées en permanence de fourmis isolées ou en grand nombre. La plupart des chenilles des Lycénidés sont fusiformes, comme des cloportes, et en général vertes, quelquefois jaunes ou brunes. Elles possèdent des organes cutanés spéciaux dont une glande mellifère sur le dos du septième segment abdominal. Celle-ci produit une solution aqueuse sucrée analogue au miellat des pucerons.

     

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    Dessin extrait de l'ouvrage "Les papillons de jour et leurs biotopes" Divers auteurs. Editions de La Ligue Suisse pour la Protection de la Nature, 1987.

    Les attouchements ou les morsures des fourmis incitent la chenille à en céder une goutte qui est lèchée avec avidité. En présence de pucerons, ce comportement des fourmis est bien connu. Celles-ci ont un régime alimentaire varié, avec une nette préférence pour les substances sucrées, comme le miellat des pucerons et des cochenilles.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Première partie)

    Les Lycénidés (Lycaenidae) sont de petits papillons Rhopalocères ou "papillons de jour" à dimorphisme sexuel en général très marqué (les mâles et les femelles sont de couleur différente). Une centaine d'espèces existent en Europe et leur détermination est souvent délicate. Ces papillons sont en diminution dans notre pays et méritent toute notre attention.

     

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    L' Argus bleu-nacré (Polyommatus coridon, syn: Lysandra coridon) butinant les fleurs du serpolet commun (Thymus pulegioides).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juillet 2011.

     

    Dans cette Famille, on trouve les Théclas, à la teinte dominante brune et dont la plupart possèdent une petite queue au bord des ailes postérieures. Les chenilles de ceux-ci vivent en majorité sur des arbres feuillus et des arbustes. Les Cuivrés ont des couleurs pigmentaires et structurales se combinant pour donner des colorations superbes. L'or rouge et le violet prédominent. Leurs chenilles vivent surtout sur les Polygonacées du Genre Rumex (Oseilles et patiences). Enfin, les mâles des Argus ou Azurés sont, en général, de couleur bleue et les femelles brunes. Les chenilles de ce groupe se nourrissent principalement de légumineuses (Fabacées ou Papilionacées).

    Voici quelques espèces observées en 2010 et 2011, dans notre région.

    Le Cuivré commun (Lycaena phlaeas), appelé aussi Le Bronzé ou l'Argus bronzé, est facilement reconnaissable. Ses ailes antérieures sont oranges, marquées de taches foncées et bordées largement de noirâtre. L'envers des ailes postérieures est presque gris uni. Selon les régions, l'espèce donne deux ou trois générations. Le papillon apparaît en avril (parfois mars) et vole souvent tard en automne, parcourant le bord des champs ou des prairies, lorsque le soleil se montre. A cette époque de l'année, il se pose volontiers sur le sol pour s'y réchauffer. Le Cuivré commun fréquente les biotopes richement fleuris des contrées découvertes: bords de chemin, pelouses sèches et prairies de fauche, où croissent notamment des Lamiacées, comme l'origan (Origanum vulgare), le serpolet commun (Thymus pulegioides) ou la menthe des champs (Mentha arvensis), dont il apprécie le nectar. D'après la littérature, sa chenille vit sur les oseilles (Rumex acetosa et acetosella).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Août 2011.

     

    L'Azuré des Nerpruns (Celastrina argiolus) est le premier Azuré à se montrer au printemps, époque où il vole le long des lisières, des haies et des bosquets. Lorsqu'il se pose, on remarque la face inférieure des ailes blanc argent à fines taches dont certaines manquent parfois.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    La face supérieure des ailes du mâle est bleu ciel, bordée d'un étroit ourlet foncé. Les femelles ont une bordure foncées plus larges, surtout celles de la deuxième génération.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2011

     

    La chenille de cet Azuré vit de préférence sur la bourdaine (Rhamnus frangula) et le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) dont elle ronge les fleurs et les fruits. Elle se nourrirait aussi de plantes appartenant à une vingtaine de Genres et à 9 Familles; on cite notamment le nerprun purgatif (Rhamnus cathartica), la callune (Calluna vulgaris), les fleurs du lierre (Hedera helix), ...

     

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    La bourdaine (Rhamnus frangula), une des espèces appréciée par la chenille de l'Azuré des Nerpruns.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe: Forêt domaniale), 10 Septembre 2011.

     

    L'Azuré des Nerpruns est une espèce bivoltine. Elle présente deux générations, l'une de fin mars à juin et l'autre de juillet à début septembre. Il occupe les milieux suivants: lisières, haies vives, trouées avec beaucoup de buissons, aussi bien en terrain humide que très sec. D'après un auteur, les papillons d'été recherchent spécialement le nectar de l'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) et du sureau yèble (Sambucus ebulus). Ils aiment se poser sur des feuilles, se nourrissent aussi du miellat des pucerons et descendent au sol pour sucer l'humidité du sable ou de pierres mouillées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 7 Juillet 2011.

     

     

  • Le Cétérach (Ceterach officinarum), petite fougère reviviscente !

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à se référer au petit glossaire, en fin de note.

    Cette petite fougère (18 à 25 cm) assez rare croît sur les vieux murs, les fentes de rochers et les éboulis rocheux, surtout sur des substrats calcaires. Elle est très bien adaptée à la chaleur estivale par ses remarquables facultés de reviviscence. En effet, cette plante vivace, aux feuilles persistantes, est capable de supporter de longues périodes de sécheresse. Le limbe de la feuille, en partie déshydraté, s'enroule et "attend" en vie ralentie, sous la protection des écailles sèches de sa face inférieure, le retour de l'humidité suffisante pour s'épanouir à nouveau et reprendre sa vie active. Dans un livre consacré aux fleurs du Parc National des Ecrins, j'ai trouvé cette surprenante anecdote: "Daubeny, professeur d'anglais, raconte qu'un pied de Cétérach, oublié pendant deux ans dans un herbier, a repris vie après quelques jours de replantation" !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rue du Redeau), Octobre 2011.

     

    Les frondes (1) du Cétérach sont rapprochées en touffes. Les pétioles (2) très écailleux de celles-ci sont plus courts que le limbe (3). Celui-ci est épais, une seule fois divisé, à pennes (4) de longueur décroissante vers le bas de la feuille et soudées au rachis (5) par toute leur largeur. La face supérieure du limbe est verte et l'inférieure est couverte d'écailles d'abord argentées puis brun roux cachant les sores (6).

     

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    Ceterach officinarum: épanouissement de nouvelles frondes.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rue du Redeau), Mai 2011.

     

    Dans certains ouvrages, le nom scientifique utilisé pour désigner cette espèce est Asplenium ceterach. Les opinions divergent entre sa séparation en un Genre distinct (Ceterach) et son maintien dans le Genre Asplenium, positions qui se justifient l'une et l'autre (R. Prelli et M. Boudrie, 1992). Cette fougère était autrefois utilisée en médecine contre les inflammations de la rate en particulier, comme diverses espèces d'Asplenium (du grec splen, rate). Le nom "cétérach" serait d'origine arabe (cetrack). Au Moyen-âge, notre fougère semble être un remède contre "l'obstruction" de la rate et du foie. Elle contiendrait aussi des substances (tanin et acides organiques) bénéfiques pour la guérison de blessures. Le pouvoir cicatrisant de celles-ci stopperait les hémorragies, désinfecterait et ferait évoluer favorablement les plaies.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    (1) Fronde: Ce terme désigne la feuille des fougères et comprend donc le pétiole et le limbe.

    (2) Pétiole: Partie amincie de la feuille reliant le limbe à la tige. Celui-ci est souvent écailleux chez les fougères.

    (3) Limbe: Partie élargie de la feuille.

    (4) Penne: Chez les fougères, foliole d'une feuille composée.

    (5) Rachis: Axe principal chez une feuille composée et pennée, prolongeant le pétiole et correspondant ainsi à la nervure principale du limbe.

    (6) Sore: Chez les fougères, groupe de sporanges (organes dans lesquels se forment les spores), chez les Ptéridophytes (plantes herbacées se reproduisant par des spores).

     

     

     

     

  • Le chevalier guignette (Actitis hypoleucos), un visiteur régulier de la vallée de la Meuse.

    Il est sept heures du matin. En cette journée de fin juillet qui débute sous un léger manteau de brouillard, je traverse le petit parc du centre d'Yvoir pour me rendre à la gare. Je frissonne un peu, mais la journée commence bien. Au milieu des canards colverts en plumage d'éclipse, barbotant dans l'eau sombre du Bocq, un martin-pêcheur plonge et capture un petit poisson. Sur la rampe du petit pont, il secoue énergiquement sa proie qui frétille. En la maintenant fermement dans le bec, il l'assomme en la frappant à gauche puis à droite, sur son perchoir. Il la retourne ensuite plusieurs fois dans ses mandibules et l'avale finalement la tête la première. Arrivé sur la route, je la traverse du côté Meuse. Des bernaches du canada emplissent les lieux de leurs clameurs et sortent soudain de la brume. En raison de leur origine américaine, certains les dénigrent. Il n'empêche qu'elles sont impressionnantes et magnifiques. Il y en a au moins vingt qui volent avec grâce au ras de l'eau pour se poser ensuite sur l'île d'Yvoir. Soudain, des cris sifflés percent le silence tout relatif à cette heure. Ces appels composés de notes flûtées, avec l'accent sur la première, portent loin et se succèdent à intervalles plus ou moins brefs: voici les chevaliers guignettes !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    En examinant les notes de ces dernières années concernant mes observations en Haute-Meuse, je m'aperçois que j'ai eu des contacts réguliers avec ce limicole, surtout de mars à mai avec un pic vers le milieu de ce mois et de juillet à octobre (passage marqué fin juillet et début du mois d'août). Il y a quelques observations, peu nombreuses il est vrai, effectuées les mois de janvier et février. Les hivers concernés étaient particulièrement doux et, dans ce cas, certains oiseaux sont susceptibles d'hiverner dans nos régions. On peut dire que le chevalier guignette est un visiteur régulier, en Meuse !

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

     

    En Wallonie, aucune tentative de nidification n'a été établie de 2001 à 2007 (J.-P. Jacob -Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, 2010). Cet oiseau est la seule espèce de chevalier qui s'est reproduite jusqu'à présent dans cette région. La nidification a peut-être été irrégulière au XIXème siècle, à une époque où la Meuse au lit caillouteux, ressemblait encore à un vrai fleuve et non à un canal navigable ! Aucune preuve formelle ne nous est cependant parvenue. Depuis, les cas prouvés de reproduction de cette espèce sont excessivement rares ... et très malaisés à repérer (P. Devillers, W. Roggeman, ..., 1988). En effet, la présence d'un de ces oiseaux au mois de mai, voire de juin, doit le plus souvent être attribuée à un migrateur ou à un oiseau d'un an en errance.

    La technique de baguage à montré que les chevaliers guignettes de passage en Belgique vont nicher en Scandinavie (Norvège, Suède et Danemark) et, dans une moindre mesure, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Ils semblent très fidèles à leurs lieux de reproduction, d'hivernage et même de halte migratoire.

     

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    Chevalier guignette et gallinule poule d'eau.

    Photo: Fr. Hela, Complexe des Marais d'Harchies-Hensies, Mai 2011.

     

    Paul Géroudet indique que cette espèce migratrice atteint l'Afrique du Sud jusqu'au Cap et, plus à l'est, jusqu'au Sri Lanka et le sud de l'Australie pour les oiseaux d'Asie du Nord et de l'Asie tempérée. Il nous dit aussi que la limite septentrionale de l'aire d'hivernage dépend apparemment du gel, puisqu'elle passe en gros par la Grande-Bretagne, le nord de la Méditerranée, la Mésopotamie, le nord de l'Inde et la Chine. Toutefois, lors d'hivers doux, quelques chevaliers sont observés au-delà de cette limite. Pour les chevaliers guignettes du Nord, ces voyages, toujours de nuit, représentent un effort considérable (vol moyen estimé à 60 km à l'heure), dépassant 10.000 kilomètres de vol, comme le prouvent certaines reprises de bagues, entre le sud de l'Afrique et la Russie !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    De la taille d'un étourneau sansonnet ou, pour d'autres, d'une grosse alouette, notre chevalier est un limicole atypique, semblant être un intermédiaire entre un bécasseau et un chevalier. Il est relativement bas sur pattes pour un chevalier, avec un bec à peine plus long que la tête. Ce qui doit attirer l'attention de l'observateur, lorsque l'oiseau est posé, c'est le contraste net entre le dessous blanc de son corps et son manteau gris brun olive, finement tacheté de près et paraissant uniforme de loin. Cette couleur foncée du dos lui permet de se confondre aisément avec son environnement.

    C'est un oiseau vigilant que l'on n'approche pas facilement. A l'instar de quelques autres limicoles, le chevalier guignette balance vivement l'arrière-train dès qu'il s'arrête de marcher, de même qu'il hoche verticalement la tête lorsqu'il se sent observé ou qu'il est inquiet. Le vol particulier de l'espèce effleurant la surface de l'eau est caractérisé par l'alternance de brèves séries de battements courts et de très courtes planées, les ailes incurvées vers le bas. Ce vol typique court et rythmé, les longues barres alaires blanches sur les ailes déployées et les cris caractéristiques sont d'excellents indices de reconnaissance de l'espèce.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    En déambulant, le chevalier guignette happe à peu près toutes les bestioles qu'il aperçoit sur l'étroite bande riveraine qu'il explore. Sa vue excellente repère les insectes, dont il s'approche avec précaution, repliant les jambes et abaissant la tête, prêt à projeter le bec avant qu'ils ne s'envolent: il est d'ailleurs capable de les attraper en l'air quand ils passent à sa portée ou de bondir contre un mur pour les cueillir avec adresse (P. Géroudet, 1983). Parfois, il lave ses proies avant de les avaler. Entre et sous les pierres, il ne néglige pas d'inspecter les recoins, tout comme il explore les crevasses des rochers, les amas de débris échoués, mais il est rare qu'il sonde la vase comme les autres chevaliers au bec plus long. Les prises les plus fréquentes sont les Coléoptères, les Diptères et les Lépidoptères. Viennent ensuite les Hémiptères (punaises), des Orthoptères (criquets et sauterelles), des phryganes, des fourmis ou d'autres insectes. Il ne dédaigne pas les araignées, les myriapodes, les petits crustacés et les mollusques. A l'occasion, des vers, des têtards, de minuscules batraciens et de très petits poissons complètent son menu. Les éléments végétaux sont ingérés en quantité insignifiante.

     

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    Photo: Patrick Marques www.oiseaux.net

     

    En ce qui concerne son habitat, le chevalier guignette a un besoin essentiel, en toute saison, de disposer d'une certaine longueur de rive nue, plutôt étroite et souvent dominée par un relief assez proche. Pour cette espèce, si la berge peut être ombragée ou dégagée, composée de limon humide, de gravier ou de grosses pierres, voire de béton, l'eau doit être toujours libre, courante ou dormante, douce ou salée. Elle évite les marais à hautes plantes ou constitués de roselières, les grandes vasières plates, préférant de beaucoup les rigoles et canaux qui les précèdent. En migration, lors de ses escales, le chevalier guignette s'arrête dans une telle variété de sites qu'il serait fastidieux de les énumérer. Mentionnons toutefois sa prédilection pour les digues et brise-lames ainsi que pour les enrochements de protection. L'observation en bord de Meuse de ce petit chevalier est toujours un moment inoubliable pour l'ornithologue attentif qui sait admirer et se réjouir !

     

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    Photo: Michel Tellia - www.oiseaux.net