Avifaune

  • Le Garrot à oeil d'or (Bucephala clangula) sur la Meuse à Godinne (B) !

     

    Le 16 janvier 2017, je me ballade sur le chemin de halage, sur la rive droite de la Meuse, d'Yvoir à Godinne. Au loin, je devine maintenant le bout de l'île de Godinne et, sur l'eau, je remarque une tache blanche qui s'immerge dans les flots, puis émerge continuellement ! Je m'approche de l'île et je découvre un magnifique canard, plus précisément un Garrot à œil d'or (Bucephala clangula) mâle !

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2017

     

    Ce canard est une plongeur actif. Sans cesse, il bascule et disparaît sous l'eau. Après environ trente secondes, il réapparaît à quelque distance du point d'immersion. Voilà qu'il replonge et ainsi de suite pendant cinq minutes. Enfin, il a décidé de cesser temporairement son activité et fait la toilette de son plumage. Instants magiques pour bien l'observer ! La plongée dure 25 à 35 secondes, ou même jusqu'à 55 secondes, par des fonds de 1 à 7 mètres, d'après P. Géroudet (1999). Sa nourriture est composée surtout de mollusques divers dont les Moules zébrées (Dreissena polymorpha) invasives et abondantes en Meuse, puis de petits crustacés, d'insectes et de larves, de vers, de frai et de petits poissons; les matières végétales sont moins importantes dans leur régime: algues, bourgeons, pousses et graines de plantes aquatiques.

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    Photo: Fr. Hela

    Moules zébrées (Dreissena polymorpha) photographiées lors du chômage de la Haute-Meuse, à Godinne, le 17 septembre 2012.

    La Moule zébrée, bivalve invasif, est originaire de la Mer Noire et de la Caspienne. Fixée aux coques des bateaux ou transportée dans les ballast de ceux-ci, elle a envahi progressivement les écosystèmes d'eau douce d'Europe et d'Amérique du Nord (notamment au Canada: bassin inférieur des Grands lacs et du Saint-Laurent). On assiste localement, parallèlement à l'expansion de ce mollusque, à un accroissement de nombreuses espèces d'oiseaux aquatiques plongeurs se nourrissant de la moule, cueillie jusqu'à 9 mètres de profondeur (notamment Foulques macroules, Fuligules morillons et milouins et, probablement, d'autres espèces en hiver). Il semblerait malheureusement que ces prédations n'affectent pas son développement !

     

    Le Garrot à oeil d'or est répandu comme nicheur dans toute la zone des forêts septentrionales d'Europe et d'Asie. On le trouve en Russie, dans les pays Scandinaves et Baltes, dans le nord de la Pologne et de l'Allemagne, ainsi qu'en Ecosse. C'est donc un oiseau du Nord et de l'Est de l'Europe. En hivernage, ce canard plongeur est plus abondant chez nous par temps froid, sur les cours d'eau lents et autres zones d'eau stagnante non prises par la glace. Une particularité de cette espèce est de construire son nid dans une cavité d'un arbre, de 2,5 à 5 mètres du sol. En Scandinavie, on installe des nichoirs pour la favoriser !

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    Aire de répartition de la population européenne du Garrot à œil d'or (Bucephala clangula): zones de nidification en orange foncé et limite de la zone de migration en rouge (d'après Scott et Rose, 1996)

     

    En décembre 2010, j'observais une femelle, sur la Meuse, à proximité de l'île d'Yvoir. Celle-ci à la tête et le haut du cou brun chocolat et présente un mince collier blanc. Le dos  est brun foncé avec des lisérés pâles, la poitrine et les flancs gris sont séparés du dos par un trait blanc plus ou moins continu. Son bec noir possède une pointe jaune et un onglet noir.

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    Photo: Fr. Hela, Bernissart (Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul), décembre 2015

     

    Dès le mois de décembre et, surtout, à partir de fin janvier, les mâles, éclatants de blancheur aux flancs et à la poitrine, portant une volumineuse tête polygonale noire frappée d'une pastille blanche entre le petit bec et l'œil, s'adonnent alors à de singuliers pantomimes !

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    Le mâle à l'avant plan est atypique: il est probablement en plumage de transition.

    Photo: Nadine Pirlot, Froidchapelle (Plate Taille - Barrages de l'Eau d'Heure), 18 mars 2015

     

    Sur les sites d'hivernage où se réunissent parfois plusieurs individus, il n'est pas rare d'assister à un spectacle cocasse. Les parades et les accouplements commencent déjà ! A tout instant, l'un ou l'autre mâle renverse la tête sur le dos et la ramène à l'avant, en émettant un curieux son mécanique.

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    Dessins de Paul Géroudet, extrait de l'ouvrage "Les Oiseaux du Lac Léman"

     

    Ensuite, le retour à une attitude normale s'exagère parfois avec une cambrure et une forte poussée des pattes oranges faisant rejaillir l'eau; ou encore, l'oiseau abaisse la tête et arrondit le dos. Pendant ces manèges, les femelles, d'habitude peu démonstrative, commencent à s'émouvoir, dressent le cou et se cambrent également. L'une d'elles, immobile, s'étend au ras de l'eau, mais son invite semble d'abord infructueuse, les mâles poursuivant leurs parades. Soudain, l'un d'entre eux fonce et aborde la cane par derrière, la couvre en pinçant sa nuque avec le bec, noyant presque sa tête. C'est l'accouplement !

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    Documents consultés:

    Géroudet P.: "Les Palmipèdes d'Europe" Ed. Delachaux et Niestlé, Paris 1999 (quatrième édition revue et augmentée par Michel Cuisin), pages 261 à 266.

    Géroudet P.: "Les Oiseaux du Lac Léman" Ed. Delachaux et Niestlé, Neuchâtel - Paris, 1987, pages 189 à 191.

    Morard E.: "Le Garrot à œil d'or (Bucephala clangula) dans la Région de Saint-Sulpice-Préverenges (Lac Léman, Vaud, Suisse): suivi 1997-2004", in "Nos Oiseaux" Revue de la Société Romande pour l'étude et la protection des oiseaux, Volume 52/3 - Septembre 2005 - N°481 (pages 131 à 140).

     

     

     

  • Un Gobemouche noir (Ficedula hypoleuca) en halte migratoire postnuptiale, du 19 au 22 août 2016, à Durnal (Yvoir - B) !

     Photo Fr. Hela: Gobemouche noir (Ficedula hypoleuca), Durnal, 22 août 2016

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  • Spectacle annoncé dans la petite héronnière de l'île d'Yvoir, en Meuse !

    C'est encore l'hiver, en cette mi-février et il peut encore être rude ! Pourtant, sur l'île d'Yvoir, en Meuse, le spectacle annoncé va prendre forme au fur et à mesure que l'on se rapproche des beaux jours. La héronnière, silencieuse à la mauvaise saison, va s'animer à nouveau ! Je suis prêt afin d'assister, aux premières loges, à cette représentation que les Hérons cendrés (Ardea cinerea) donnent chaque année, à pareille époque. Les journées se rallongent, ce qui déclenche chez ces grands oiseaux des comportements prénuptiaux. En général, à partir du 15 février, les hérons reviennent de temps à autre se reposer sur les nids des années précédentes ou à proximité, surtout par temps ensoleillé et peu venteux.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Février 2015

     

    Le nombre de silhouettes immobiles se renfrognant, têtes et becs entre les épaules, augmentent de jour en jour sur les aires de nidification et leurs abords. D'autre oiseaux, ressemblant à de longues formes pétrifiées, la plupart en équilibre sur une jambe, sont bien visibles sur les gros cailloux qui affleurent, au bord de l'île. Rien ne bouge !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Février 2015

     

    Cette fois,une des formes immobiles a le cou dressé. Un héron se penche lentement vers l'eau, cou à demi replié. Pendant plus de deux minutes, il demeure dans cette position. Je peux voir son œil fixe. A t'il repéré une petite proie ? Brusquement, il a un petit poisson frétillant au bout du bec. Son harponnage a été si vif qu'il m'a complètement échappé ! La proie avalée, il ouvre ses larges ailes grises et noires et, à grands coups de rames, il va rejoindre la compagnie plus en hauteur, non sans s'annoncer avec des cris rauques.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Petit à petit, les mâles adultes prennent possession des nids existants les plus élevés et les plus grands. Ils s'y installent alors en permanence. Peu à peu, l'occupation se complète et les retardataires, les plus jeunes, n'ont parfois plus de vieux nids à disposition et doivent essayer de construire à neuf, mais les bonnes places manquent. A partir du mois de mars, la cité des Hérons cendrés devient un théâtre fantastique. Les acteurs aux parures flottantes se livrent avec frénésie à d'étranges postures ponctuées de sons gutturaux. Les plumes de la crête et celles, ornementales, du dos s'allongent nettement en une dizaine de jours  (J.-Y. Berthelot, 1991). Les pattes, le bec et l'iris deviennent rouge orangé et les lores bleuissent.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Encore solitaire sur son perchoir, le héron mâle cherche inlassablement par ses cris et ses gestes a attirer une femelle sur le nid. J.-Y. Berthelot (1991) distingue deux postures d'appel du mâle. Dans la première (Fig. 1), il tend lentement le cou vers le ciel, bec plus ou moins vertical, corps dressé, pattes raidies, crête et plumes aplaties. L'oiseau, grandi à l'extrême, se tient comme une flèche dressée au centre du nid. Puis, il s'accroupit en râlant, fléchissant les pattes, recourbant le cou en arrière pour que le bec, ventral, reste bien central lors de l'abaissement. Ce rituel, effectué fréquemment et répété après une pause, semble être le plus caractéristique de la parade nuptiale du Héron cendré. 

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    Figure 1.

    L'autre posture d'appel (Fig. 2), cou tendu vers le bas avec clappement bref des mandibules, s'accomplit généralement vers le bas (a), parfois à l'horizontale(b) ou plus rarement vers le haut (c). Dans le cas de la posture vers le bas (80% des cas), l'oiseau semble fixer un point sous lui, tend lentement le cou en fléchissant les pattes et décoche soudain, complètement tendu, un cou de bec terminal avec clappement, gorge et crête bien ébouriffées.

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    Les Figures 1 et 2 sont extraites d'un article à propos de l'évolution de la parade nuptiale des Ardéidés, par J.-Y. Berthelot, dans les Cahiers d'Ethologie appliquée, 11(4),1991, pages 401 à 407, Travaux de l'Institut de Zoologie de l'Université de Liège (Service d'Ethologie et Psychologie animale - Musée de Zoologie - Aquarium.

     

    Lorsqu'un autre héron s'approche, cessant d'appeler, le mâle va réagir agressivement, huppe levée, ailes entr'ouvertes et plumes gonflées. Il projette le cou dans sa direction et ouvre le bec en poussant un "gooo..." menaçant. S'il s'agit d'un mâle intrus, il s'enfuirait ou menacerait aussi ! Par contre, si c'est une femelle intéressée, elle insistera pour venir à ses côtés et révèlera ainsi son sexe. Aussitôt, le mâle ajoute à ses démonstrations une parade de révérence: courbette des jambes avec cou tendu abaissé et huppe hérissée avec des claquettes de mandibules pour conclusion (P. Géroudet, 1978) . Il pique des branchettes, son agressivité diminue et accepte finalement la femelle sur le nid.

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    Photo: David de Boisvilliers - www.daviddbphotos.canalblog.com

     

    Le début des noces commence. Désormais, tous deux prennent contact, se tâtent du bec, saisissent des matériaux, ce qui hausse leur excitation mutuelle jusqu'à l'accouplement: le mâle saute sur le dos de la femelle, où il se maintient avec les ailes ouvertes et une prise du bec derrière son cou.

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    Photos: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    En alternance avec ces rites, vous pourrez observer encore de brèves envolées circulaires autour de la héronnière, des bagarres criardes, rarement des rixes sérieuses entre rivaux ainsi que diverses expressions vocales. Sitôt le couple formé, l'activité de construction ou d'aménagement des nids se précipite et, d'après P. Géroudet (1978), elle se poursuit même durant la nuit. La recherche et le transport des matériaux incombent avant tout au mâle, la femelle se contentant de les recevoir et de les arranger. Enfin, d'habitude en mars, le premier œuf bleu verdâtre est pondu et la couvaison peut commencer. La génération future est annoncée !

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    Femelle couvant

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (île sur la Meuse), 12 Avril 2013

     

    Pour assister à ce spectacle fascinant, munissez-vous de jumelles ou d'une lunette d'approche ! A partir d'un tronçon du chemin de halage, entre l'avenue Doyen Roger Woine et l'embouchure du Bocq, en face de l'île d'Yvoir, vous serez aux premières loges.

     

    Ardea cinerea Camargue (Parc ornithologique de Pont de Gau) (F), Mai 2014 Carole Fourmarier.jpg

    Adulte et grands jeunes au nid

    Photo: Carole Fourmarier, Parc ornithologique du Pont de Gau (F), Mai 2014

     

    Les Hérons cendrés bâtissent leurs grands nids au vu de tous, dans les cimes des arbres, bien avant la repousse des feuilles. Ils s'y accouplent et nourrissent leurs jeunes. Il est donc spectaculaire d'observer le va-et-vient et les cris de ces grands oiseaux, mais à bonne distance, car une intrusion trop proche ou sous les nids provoque des envols effrayés souvent néfastes pour les couvées. Observer et respecter, voilà la devise du naturaliste ! Qu'on se le dise !

     

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    Le Héron cendré, un oiseau fascinant, qui mérite notre respect !

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus), un passereau étonnant.

    Si d'aventure l'attrait de la découverte vous pousse à pérégriner dans la vallée du Bocq, entre Spontin et Yvoir, vous avez quelque chance, avec un peu de patience et de perspicacité, de repérer un passereau de la taille d'un merle et dont la silhouette rappelle un troglodyte géant. Posé sur une pierre près d'un rapide de la rivière, il surveille le courant. Mais il vous guette, tout agité de rapides courbettes sur ses pattes à ressort, "clignant" des yeux à tout instant. Le seul passereau nageur et plongeur est alors prompt à s'envoler ou à disparaître dans l'eau limpide. Si vous êtes bien immobile et patient, derrière quelques branches de la rive, vous finirez par admirer son cou brun fauve, son dos ardoisé à bords noirs et sa poitrine de satin blanc.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Le Cincle plongeur ou "merle d'eau" est l'âme du Bocq, gracieuse rivière, bordée de taillis et de belles zones boisées, passant, sans s'étonner, sous les ponts de l'ancienne voie de chemin de fer et privée, malheureusement, des vieilles roues moussues de nos moulins d'antan.

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    Photo: Fr. Hela, Octobre 2012

    Là, où le Bocq a ses rapides, ses affleurement de roches, le cincle jaillit brusquement d'un trou de la rive ou d'une cascatelle bruyante, effleurant l'eau d'un vol rasant et rapide, en suivant toutes les sinuosités de la rivière sur deux ou trois cents mètres.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    L'instant d'après le voit posé sur une pierre surplombante faisant clapoter le courant, sur une grosse racine d'aulne rugueuse et contorsionnée ou sur un chicot vermoulu qui achève de pourrir sur la berge. Parfois, il sautille de pierre en pierre comme une grenouille; puis, subitement, entre dans l'onde jusqu'à mi-tarses, jette la panique au passage parmi les tipules ou disperse la troupe saccadée de ces infatigables rameurs, les gerris ou punaises coureuses des eaux. Souvent, il plonge comme une balle empennée dans le bouillonnement d'une cascade, indifférent à la violence des rapides et parcourt le lit en tous sens pendant près d'une minute. Il s'accroche aux mousses du fond, puis émerge quelques mètres plus loin, en plein vol, faisant gicler l'eau en un remous de vaguelettes argentées. Sur les rocs saillants fouettés d'écume, son plastron blanc est d'un effet mimétique remarquable, tout  autant que la teinte foncée de son dos.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Le cincle passe de l'air à l'eau comme si les deux éléments n'étaient qu'un seul et même milieu. Il semble ainsi défier les lois de la densité. Sa nourriture est au fond du cours d'eau: mollusques, coléoptères, vairons, larves, entre autres les phryganes engoncées dans leurs fourreaux de fines rocailles ou de brindilles. Il n'a pour s'immerger et atteindre ses proies que ses pattes non palmées et ses ailes courtes de passereau qui lui font office de rames: il vole sous l'eau pour ainsi dire !

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    Si son cri assez vif décèle sa présence, son chant est un gazouillement agréable que l'on peut déjà entendre en hiver.

    Photo: René Dumoulin - www-oiseaux.net

     

    Son nid, placé derrière une cascade, sous une souche ou un ponceau rustique est fait de mousses garnies de feuilles et de graminées entremêlées. La femelle y déposera, à partir de mars, quatre ou six oeufs d'un blanc émail très pur, qu'elle couvera avec ardeur.

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 2 Avril 2012

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    Un oiseau juvénile

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Sédentaire, fidèle à l'habitat natal, le cincle résiste aux plus durs frimas. Il se laisse parfois dériver sur un glaçon, au fil de l'eau, et plonge résolument dans l'onde la plus froide.

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    Le Bocq en hiver

    Photo: Fr. Hela, 11 Février 2012

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    Photo: Robin Gailly

     

    Dans cette belle nature, souvent menacée, le cincle plongeur est une merveille à découvrir et à défendre comme une rareté typique de nos cours d'eau rapides. Il nous indique, par sa présence, que les eaux du Bocq sont encore de bonnes qualités biologiques et qu'il est indispensable, dans l'avenir, de préserver cette vallée d'un haut intérêt écologique et paysager !

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    Photos: René Dumoulin - www.oiseaux.net

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    Photo: Fr. Hela, 11 Septembre 2012

     

     

  • Le retour d'Oriolus

    En cette matinée du 22 mai 2014, l'idée me prit de rejoindre la vallée du Bocq par le "Bas Sties". Un besoin de quiétude, de lumière, de chaleur, de ciel et d'eau m'envahissait. La seule façon, pour moi, de rejoindre ma nature profonde et de faire le vide, c'est le non-humain ! Ainsi, à partir de la petite route qui traverse des terres vouées à la culture intensive, je me dirige à présent vers la forêt de chênes. A son approche, dans une clairière, j'observe un pouillot fitis qui chante à gorge déployée et les évolutions sonores d'un pipit des arbres. Ce dernier s'élève dans l'azur, puis redescend en vol parachuté pour se poser finalement sur une branche de la lisière, tout en chantant avec conviction. Là ! Des sifflements mélodieux me parviennent de la chênaie: "didelio...didlio...didelio..."! Pas de doute ! Pour mon grand bonheur, le soleil a engendré Oriolus ! L'astre du jour joue dans l'enchevêtrement des feuilles, assez mobiles grâce à la légère brise. Dans les cimes chaudes, Oriolus, fils du soleil, lance, en cette matinée prometteuse, ses modulations musicales, limpides et flûtées. Sa musique me remplit d'une joie indéfinissable mais, pour le voir quelques instants, il faudra m'armer de patience ! Mais, à propos, qui est Oriolus ? C'est un être de lumière et d'ombre, un oiseau lumineux et invisible, de la taille d'une grosse grive draine, appelé Loriot d'Europe (Oriolus oriolus). Son chant, avec un peu d'habitude, est assez facile à imiter et notre conversation durera une bonne vingtaine de minutes. Là-bas ! Il est là maintenant sur cette branche morte, devant moi !

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Je peux enfin admirer ce magnifique mâle au plumage d'or contrastant avec le noir des ailes. Cette rencontre durera moins d'une minute, mais quel instant inoubliable !

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    Photo: Niraj V. Mistry - www.oiseaux.net

     

    Le Loriot est l'oiseau du feuillage. Sa "naissance", son retour coïncide avec le développement de celui-ci, au beau mois de mai. Invisible et insaisissable la plupart du temps, on pourra, avec un peu de chance, l'apercevoir lorsqu'il traverse soudainement, d'un vol rapide, un espace libre entre les arbres ou lorsqu'il se poste furtivement en lisière de forêt. L'éclat de sa voix lui a valu, dans certaines langues, des noms originaux: Golden Oriole en anglais, Pirol en allemand, Rigogolo en italien, Oropendola en espagnol, ... Le chant du mâle est composé souvent de quatre notes flûtées avec certaines variantes. Il émet aussi de temps en temps des sons nasillards, sans harmonie, qui surprennent l'observateur. Ceux-ci, paraît-il, sont poussés par les deux sexes, surtout dans l'inquiétude.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Le Loriot d'Europe fait partie de la Famille des Oriolidés, comprenant des espèces qui habitent, pour la plupart, l'Ancien Monde, et surtout l'Afrique. En Europe, il est le seul représentant de cette Famille. S'il est difficile de repérer le mâle dans la verdure de la sylve, il est encore plus aléatoire d'y chercher une femelle verte et jaunâtre dessus, avec des ailes brunes et le dessous clair. Les jeunes sont revêtus de couleurs aussi sobres et n'attirent guère l'attention.

     

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    Une femelle

    Photo: Marie-Andrée et Thierry Bécret - www.oiseaux.net 

     

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    Voici un Loriot juvénile

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    D'après P. Géroudet, le Loriot passe sa vie dans les arbres et descend rarement au sol, où il se déplace par bonds.

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    Lorsque le Loriot passe d'un massif forestier à un autre, c'est d'un vol rapide, marqué par de longues ondulations.

    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora

     

    En Wallonie, le Loriot s'installe d'habitude dans les forêts de feuillus plus ou moins humides. D'après B. Gauquie et J.-P. Jacob, il recherche des boisements à la canopée assez continue et bien développée, dans lesquels il chasse la plupart du temps. Les formations alluviales naturelles devenues rares, on va trouver notre oiseau dans des peupleraies, des chênaies sur sols frais, des bandes boisées au bord de rivières ou de marais; la présence de grands saules blancs (Salix alba) et de peupliers trembles (Populus tremula) semble attractive, pour ces deux auteurs. Dans la vallée de la Haine, les boulaies colonisant les terrils sont également occupées par l'espèce, surtout si elles sont proches de milieux humides. En Wallonie, le Loriot d'Europe est une espèce assez rare qui montre une certaine diminution depuis quelques années.

     

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    En Wallonie, le Loriot d'Europe est un nicheur assez rare. D'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie (Aves, 2010), plus de la moitié de l'effectif se situe en région limoneuse où sont localisées près de 70% des peupleraies. Les plus fortes densités sont atteintes dans le bassin de la Haine, spécialement dans le complexe marécageux d'Harchies- Hensies-Pommeroeul (Bernissart - Hainaut) et bois voisins. Ici, un plan d'eau de ce complexe avec roselière et, dans le fond, une peupleraie.

    Photo: Fr. Hela, Bernissart (Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul), 4 Septembre 2013

     

    Les insectes fournissent au Loriot la majeure partie de sa nourriture, au printemps: hannetons et autre Coléoptères, chenilles et papillons, Orthoptères, Hyménoptères, ... Il se nourrirait aussi d'araignées et de petits mollusques. Dès que les cerises mûrissent, il cherche des vergers et se délecte de la chair de ces fruits, laissant souvent le noyau à la queue (P. Géroudet, 1998). D'autres fruits sucrés et des baies sont consommés en été, dont les mûres et framboises chez nous et les figues ou dattes en Grèce et en Arabie. En de très rares occasions, le Loriot pratiquerait le vol sur place au-dessus des prairies pour chasser. Il aime boire et se baigner, n'hésitant pas à plonger, les ailes closes, d'un arbre dans l'eau d'une rivière !

     

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    Toute intrusion dans son territoire ou à proximité, déclenche une réaction violente du Loriot. L'écureuil qui s'approche, l'épervier, le geai ou la pie bavarde ou tout autres ennemis possibles sont poursuivis avec acharnement et doivent supporter des cris véhéments, pareils à ceux du faucon crécerelle.

    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora

     

    A la fin de juillet, de nombreux Loriots nous quittent déjà. Ils s'en vont, et la plupart désertent nos bois humides dans la première moitié du mois d'août. Seuls des isolés s'attardent encore çà et là en septembre et exceptionnellement en octobre. Ils voyagent surtout de nuit, se dirigeant vers le sud et, certains d'entre eux, traversent les hautes cimes des Alpes (d'après P. Géroudet (1998), un oiseau mort a été découvert à 4275 m sur le Finsteraarhorn, point culminant du massif des Alpes bernoises, lors des passages) !

    D'après les observations et les reprises d'oiseaux bagués, les Loriots d'Europe occidentale et centrale prennent la direction sud-est par l'Italie orientale et les Balkans. Ils se concentrent alors dans la péninsule et les îles grecques. Là, de fin juillet à septembre, ils s'attardent pour se régaler de figues et acquièrent des réserves de graisse suffisantes pour le reste du voyage. En septembre, ils arrivent en Egypte et en Lybie, d'où ils gagnent, en octobre, leurs quartiers d'Afrique orientale, surtout le Kenya et l'Ouganda; certains atteignent même le Transvaal et le Natal ! Au printemps suivant, ils empruntent, semble t'il, un itinéraire différent: ils abordent la Méditerranée sur toute la largeur des côtes africaines, beaucoup ayant franchi le Sahara en direction du nord-ouest. Progressant sur un large front, ils rallient par échelons leurs lieux de nidification, au mois de mai.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Ouvrages consultés:

    Gauquie B. et Jacob J.-P.: "Loriot d'Europe, Oriolus oriolus", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie" Edition Aves et Région wallonne, 2010

    Géroudet P. et Cuisin M. : "Les Passereaux d'Europe" Tome 2: "De la Bouscarle aux Bruants", Ed. delachaux et Niestlé, Paris, 1998.

    Svensson L.: "Le guide Ornitho", Ed. delachaux et Niestlé, Paris, 2010

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Des Cigognes blanches (Ciconia ciconia) en passage à Durnal (Yvoir) !

    Durnal (Yvoir), ce 16 mars 2014.

    Il est 8h30, lorsque j'emprunte, à la sortie du village, la petite route qui conduit au point de vue sur Maillen et Jassogne (Assesse).  La lumière rasante éclaire ce doux  paysage que j'affectionne particulièrement et qui est composé de prés déjà bien verts et de haies.

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    Photo: Fr. Hela, Durnal, le 16 Mars 2014

     

    Quatre hérons cendrés volent ensemble, avec d'amples battements d'ailes, puis, une grande aigrette solitaire, blanche dans le bleu du ciel, se dirige vers le nord-est. Arrivé au point de vue, à la lisière de la forêt, des grives litornes, en halte migratoire, parcourent un pré à la recherche de quelques vers, en compagnie d'étourneaux sansonnets. Le bruant jaune chante à ma droite au sommet d'un buisson. La grive draine et la musicienne font de même dans la forêt proche. Quatre geais des chênes vont vers le bois en poussant des cris rauques !

    Tout-à-coup, venant de je ne sais où, cinq Cigognes blanches silencieuses tournent dans l'azur, au-dessus de ma tête. Visiblement, les grands oiseaux sont en quête d'une ascendance thermique, un "ascenseur aérien" sans lequel elle ne pourrait voyager sur de longues distances sans trop se fatiguer. Ma journée débute fort bien ! Que du bonheur !

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    Photo: Fr. Hela, Durnal, 16 Mars 2014

     

    Comme les oiseaux de proies, les cigognes pratiquent le vol à voile, lors de leurs déplacements. Elles s'efforcent au plus vite de planer. Dans le groupe, des éclaireuses essaient de repérer une bulle d'air chaud, un bon "thermique" qui puisse faire monter la troupe jusqu'au ras des nuages.

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    Photo: Fr. Hela, Durnal, 31 Août 2006

     

    Imaginez le magnifique panorama que l'on peut observer de la petite route et que le soleil commence à réchauffer à cette heure !

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    Photo: Fr. Hela, 16 Mars 2014

     

    Après plusieurs tentatives pendant cinq bonnes minutes, nos cigognes ne vont pas prendre cette fois beaucoup d'altitude. Elles tournoient au-dessus de moi, les grandes ailes rectangulaires tendues, comme celles des planeurs. Le thermique  ne semble pas assez efficace. Voilà qu'elles s'en vont maintenant vers le nord-est ! Sur leur route, elles feront fort probablement d'autres essais plus porteurs !

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    Photo: Michel Gillard, Habay-la-Neuve, 15 Mars 2013

     

    Les différents éléments du paysage ne profitent pas de façon identique des rayons du soleil. Certains absorbent tout, d'autres renvoient, un peu à la manière d'un miroir, une grande partie des rayons vers le ciel. Au-dessus de ces derniers éléments, l'air se réchauffe. Si bien que, juste à la verticale d'un champ bien exposé, d'une carrière, de rochers, d'une friche bien sèche, de toits écrasés de soleil d'un petit village, ... voici une immense cloque d'air chaud qui se forme bientôt. Cette bulle transparente, capable, dans certains cas, d'atteindre un ou deux kilomètres de diamètre, enfle de minute en minute. Soudain, l'énorme globe d'air chaud se détache du sol et commence à monter dans le ciel, comme une montgolfière. Il est devenu ce qu'on appelle un thermique, ou encore, une ascendance.

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    Photos: Fr. Hela, Durnal, 16 Mars 2014

     

    Arrivées à une grande hauteur, nos cigognes venant d'Afrique, quitteront ce thermique et se laisseront glisser sur des kilomètres. Au bout d'un temps variable, elles devront retrouver une nouvelle colonne d'air chaud pour continuer leur voyage, et ainsi de suite, pendant parfois plus de 6000 kilomètres, du Cameroun jusqu'aux Pays-Bas, au Danemark ou, peut-être, jusqu'en Allemagne, où l'effectif des populations d'oiseaux nicheurs a régulièrement augmenté depuis 1975, grâce à des programmes de protection et de réintroduction.

     

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    Photo: Didier Vieuxtemps, Saint-Hubert, 6 Août 2013

     

    Actuellement, l'observation de ces cigognes blanches à Durnal correspond à la migration prénuptiale. Fin de l'été, elles repasseront au-dessus de nos têtes, lors de la migration postnuptiale qui débute  en juillet et atteint son maximum dans la seconde quinzaine d'août et se poursuit quelque peu en septembre. Sur leur trajet aller et retour, elles font des haltes pour reprendre des forces ou lorsque les conditions météorologiques sont moins favorables. C'est ainsi qu'elles apparaissent çà et là dans nos régions, lors de ces migrations, dans une prairie ou un terrain agricole, mais aussi sur le toit d'une maison ou sur les lampadaires routiers ou autoroutiers !

     

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    Photo: Didier Vieuxtemps, Saint-Hubert, 6 Août 2013

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    Photo: Patrick Evrard, Sart-Bernard, 28 Août 2010

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    Photos: Didier Vieuxtemps, Saint-Hubert, 6 Août 2013

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    Photo: Fr. Hela, Chassepierre, 20 Mai 2013

     

    Pour passer d'un continent à l'autre, les cigognes blanches des régions occidentales de notre continent passent par le détroit de Gibraltar, tandis que celles de l'Est de l'Europe, beaucoup plus nombreuses, migrent par le Bosphore. Elles hivernent en Afrique occidentale, entre la zone désertique et celle des forêts tropicales, du Sénégal au Soudan (Géroudet, 1978).

     

     

     

     

  • L'automne des Becs-croisés des sapins (Loxia curvirostra)

     

    "Tout animal sauvage est une valeur en soi, avec ses mœurs et ses particularités propres."

    J. Hurdebise


    Ces derniers mois, l'invasion de Becs-croisés des sapins un peu partout dans notre région est évidente. Là-bas, dans le Nord ou l'Est de l'Europe, les épicéas n'ont-ils pas fructifiés assez, cette année ? On pense que ces déplacements seraient souvent liés à un appauvrissement passager en cônes, consécutif à une période riche, et, par conséquent, à un accroissement des effectifs. Quoiqu'il en soit, ce phénomène m'a permis d'étudier plus attentivement les mœurs étonnantes de ces oiseaux originaux ! C'est particulièrement dans un bois de mélèzes en pente, sous l'Airbois à Tricointe (Yvoir) que mes observations comportementales se sont déroulées. Le choix de cet endroit est idéal pour l'observation de ces passereaux, car on peut dominer du regard les houppiers chargés de cônes de ces résineux, à partir d'un chemin de crête entretenu pour la chasse. Durant cet automne, des bandes de 40, 80 à 150 oiseaux ne sont pas rares et jettent leur dévolu, la plupart du temps, sur les mélèzes et, occasionnellement sur des pins. Pourtant, ces nomades ailés sont reconnus pour se nourrir des graines de cônes d'épicéas. Certains les considèrent même comme des spécialistes de cette essence ! Dans notre région, les épicéas n'étaient-ils pas assez porteurs de cônes nourriciers ? C'est bien possible !Loxia curvirostra Mâle adulte R. Dumoulin .jpg

    Un Bec-Croisé des sapins rouge brique: un mâle adulte

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    En Condroz, la présence de Becs-croisé des sapins est fluctuante. Certaines années, ils sont pratiquement absents de nos massifs forestiers. Puis, soudain, dès les mois de juin et juillet, jusqu'en décembre et janvier, les cris de ralliement sonores et rudes, que les oiseaux émettent sans cesse en vol, retentissent partout. Des trilles, des ritournelles et des gazouillis se mêlent fréquemment aux "khip ! khip ! khip !" lancés sur un ton élevé. Les voilà qui traversent le ciel d'un vol assez rapide et onduleux ! Une volée d'oiseaux, les uns rouges, les autres verts ou orangés s'abattent sur les petits cônes sombres des mélèzes.

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    Une volée de Becs-croisés des sapins, Averbode, Bos en Heide, 29 septembre 2013

    Photo: Dieder Plu


    Le calme est revenu au sein du petit groupe et, dans le silence, on entend le bruit mat de certains cônes qui tombent au sol. Très actifs, les becs-croisés se livrent maintenant à leurs évolutions parfois acrobatiques. Rien n'est plus comique que de les observer suspendus aux grappes de cônes, se balançant, affairés à l'extraction des graines ailées !

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    Une femelle sur un rameau de mélèze chargé de cônes

    Photo: René Dumoulin - ww.oiseaux.net


    Un mâle, dans son beau plumage rouge, décortique un cône. Il le maintient d'une patte, tandis que de son bec puissant et curieusement croisé, il en fend les écailles.

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    Tête, en gros plan, d'un mâle adulte montrant ce curieux bec croisé

    Photo: Yves Thonnerieux - www.oiseaux.net


    Voici une femelle qui s'envole avec son butin, en le maintenant dans le bec par son pédoncule. Un juvénile court littéralement sur une grosse branche, un cône au bec, pendant que des adultes, en se nourrissant, se suspendent, la tête en bas. Il arrive de temps en temps que certains s'isolent pour une activité particulière. 

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    Cet immature chercherait-il des insectes ou des larves ?

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Tout-à-coup, la bande de Becs-croisés s'envolent avec une rapidité déconcertante et leurs cris emplissent à nouveau les lieux. Mais, après quelques rondes au-dessus de la forêt, ils reviennent progressivement à leurs occupations favorites. A présent, ils paraissent apaisés. Cet envol bruyant et inattendu a-t'il été provoqué par un prédateur ailé rodant dans les parages ? Bref, l'observation de ces oiseaux est un spectacle inoubliable !

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    Perchés au sommet d'un petit chêne proche des mélèzes, ces trois Becs-croisés semblent vigilants.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 9 Novembre 2013


    L'ingestion de graines de conifères très oléagineuses, obligent nos passereaux à descendre régulièrement au sol, à proximité d'une petite pièce d'eau, située dans une prairie proche de la Ferme de l'Airbois. Ils  s'y désaltèrent et s'y baignent souvent avec délices.

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    Photos: R. Pieters, Averbode, Bos en Heide, 26 Novembre 2013


    Le bec-croisé des sapins préfère souvent les cônes d'épicéas. Au sol, ils se reconnaissent à leurs écailles fendues longitudinalement.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 17 Février 2012



  • Le Grand Corbeau (Corvus corax) hante la basse vallée du Bocq, à Yvoir

    Une balade dans une prairie pâturée par des ânes, voilà qui est original ! C'est ce que j'étais occupé à faire le 21 octobre dernier, dans les Fonds d'Ahinvaux, à Yvoir. En fait, je longeais les lisières forestières afin d'y découvrir quelques passereaux de passage. L'après-midi était radieuse et j'étais aux aguets. Rrok ! Rrok ! Rrock ! ... Des croassements brefs et sourds emplissent soudain l'espace ! Ces sons raisonnants, rauques et à la forte tonalité, je les ai déjà entendus ! Ils retentissaient, maintes fois, contre le flanc abrupt des pentes rocheuses dans les gorges du Flumen (massif du Jura) et ,en montagne plus élevée, dans les Hautes-Alpes, ou encore, contre les falaises rocheuses battues par les flots de l'île de Caldey, au Pays de Galles. Là-bas, au-dessus de la chênaie, un grand oiseau noir, presque de la taille d'une buse variable, plane en tournoyant, les ailes tendues et la queue étalée. Cet excellent voilier, c'est le Grand Corbeau !

     

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    Photo: Robin Gailly


    Ce passereau géant m'impressionne par la puissance qu'il dégage. Il suscite, chez moi, une sorte d'admiration, difficile à définir, pour son caractère primitif et sauvage, sensation que j'éprouve également en observant un Pic noir, une Cigogne noire, un vol de Grues cendrées ou d'oies sauvages.

     

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    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    Le 11 novembre, alors qu'une chasse est en cours à Tricointe (Yvoir), deux oiseaux sortent d'un bois en lançant leurs cris, survolent le hameau et se dirigent vers la vallée du Bocq. Durant cette période, le Grand Corbeau  est aussi signalé à Lustin (Profondeville) et à Lisogne (Dinant). Nos deux Corvidés manifesteraient-ils un intérêt pour les activités cynégétiques ? On pourrait le croire ! En effet, on m'a confirmé la présence de dépouilles ou de restes de sangliers abandonnés dans certains bois, notamment dans la zone forestière dominant les Fonds d'Ahinvaux. Sachant que les moeurs charognardes du Grand Corbeau sont bien connues, les oiseaux observés ont probablement profité de l'occasion pour faire bombance, non sans avoir des conflits avec des buses variables !

     

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    Photo: Ch. Farinelle, Buzenol, 13 Juin 2009


    Outre la taille et les cris assez sourds, plus brefs et nettement plus graves que les croassements de la Corneille noire (Corvus corone) et du Corbeau freux (Corvus frugilegus), notons le très gros bec du Grand Corbeau et, au vol, son long cou saillant, sa gorge parfois ébouriffée, ses longues ailes longues étroites et, surtout, la forme de sa queue, nettement cunéiforme. Il plane volontiers dans les ascendances, comme la buse et divers grands voiliers. Il est peu observé en grand groupe. Le Grand Corbeau est, en effet, sédentaire et très territorial. Seuls les jeunes célibataires forment parfois de petits groupes errants. Il reste très méfiant à l'égard de l'homme et ne se rencontre guère chez nous en dehors des grands massifs forestiers, ou de leurs abords.

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    Photos: J.-S. Rousseau-Piot, Stoumont, 3 Juillet 2012


    Oui, il a bien des Grands Corbeaux en Wallonie ! Disparue de notre pays depuis le début du XXième siècle à la suite de persécutions systématiques, cette espèce s'est réinstallée en Wallonie grâce à une réintroduction menée entre 1973 et 1980. C'est surtout dans le sud de la Province du Luxembourg qu'une petite population s'est développée. Depuis, l'espèce fait preuve d'un dynamisme remarquable et progresse sensiblement, mais reste toutefois une rareté, assez localisée, d'autant plus que les adultes sont très sédentaires et liés essentiellement aux grands massifs forestiers. Des observations de plus en plus fréquentes dans notre région sont encourageantes. Nos forêts et nos milieux rocheux pourraient être attractifs. Dans notre ciel, j'imagine déjà être le témoin des jeux aériens de Grands Corbeaux !

     

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    Photos: S. Lambay, Han-sur-Lesse, 17 Septembre 2011


     



  • Un passage remarqué de Traquets motteux (Oenanthe oenanthe), sur les plateaux entre Evrehailles et Houx-sur-Meuse

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Les plateaux entre Evrehailles, Purnode et Houx-sur-Meuse sont constitués principalement de grandes cultures et de quelques prairies pâturées, piquetées çà et là de petits espaces boisés, de haies et de fourrés. Ces paysages ouverts sont souvent assez monotones mais offrent des points de vue assez vastes sur la région. On y voit loin ! Pour l'observateur de l'avifaune, ce sont des endroits privilégiés pour suivre certaines migrations automnales ou vernales. En outre, il est fréquent d'y observer les évolutions de certains oiseaux de proie. Plusieurs buses variables planent en "miaulant" ou se tiennent à l'affût sur des piquets de clôture et le faucon crécerelle, en chasse, pratique son vol sur place, face au vent. Le faucon hobereau apparaît subitement, à grande vitesse, provoquant la panique parmi les passereaux et le milan royal, en migration, scrute, à une certaine hauteur, le champ récemment moissonné. Enfin, des busards, en passage, volent en louvoyant, au ras des éteules, à la recherche d'un rongeur. Ces plateaux sont aussi fréquentés par des passereaux, nicheurs ou en halte migratoire, qui affectionnent les espaces ouverts ou les zones de cultures. Citons, entre autres, l'alouette des champs, les bergeronnettes grises et printanières, le pipit farlouse, le rouge-queue noir, le tarier des prés, la linotte mélodieuse ou le bruant jaune.

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    Le Tarier des pré (Saxicola rubetra) hiverne en Afrique tropicale. Lors des passages du mois de septembre, on peut l'observer sur les piquets de clôture ou au sommet d'une haute plante, dans une friche, entre Evrehailles et Houx-sur-Meuse.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Septembre ! C'est le moment d'explorer les campagnes et de fixer du regard les piquets de clôtures ou les blocs de pierre qui émergent d'une parcelle vouée à la culture et qui vient d'être travaillée. Là ! Une tache blanche surgit d'une grosse pierre, dans le champ récemment hersé, puis disparaît derrière celle-ci ! Elle réapparaît sur cet autre bloc. Un Traquet motteux, bien en vue !

     

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    Photo: René Dumoulin - www. oiseaux.net


    Après deux ou trois courbettes, il s'envole à ras de terre, étalant son enseigne: le blanc du croupion et de la queue, où se détache un "T" foncé renversé. Le plumage, est très déroutant lors des passages de fin d'été et d'automne. Avec leurs teintes assez brunes ou rousses, les oiseaux des deux sexes, ainsi que les jeunes venant de muer, se ressemblent. Mais cette marque très visible attire vite l'attention de l'observateur.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    La taille du Traquet motteux est à peu près celle d'un moineau, mais l'oiseau est plus élancé. Sa silhouette dressée, sa queue relativement courte et ses différentes attitudes sont très caractéristiques. Il est sans cesse en mouvement et, lorsqu'il se poste un instant sur quelques points élevés, tête dressée et poitrine bombée, il n'arrête pas de plier et de tendre ses longues pattes par saccades. Il balance aussi rapidement son corps de haut en bas, tandis que sa queue se déploie, s'élève et s'abaisse lentement.

     

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    Une femelle, très attentive et inquiète.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Lors d'une sortie sur les lieux, je l'ai vu parcourir quelques mètres sur la petite route menant à Blocmont, allant de droite à gauche, à grands sauts pressés. Il capturait des petites proies dans la végétation du bord de la voirie.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    M'ayant repéré, il a fait volte-face sur une éminence proche, comme pour me surveiller. C'est un passereau nerveux et assez farouche ! Ensuite, d'un vol rasant, rapide et onduleux, il s'est éloigné quelque peu, puis sa trajectoire s'est relevée brusquement avant d'atteindre un perchoir, en l'occurrence un piquet de clôture. C'est à ce moment-là que je me rends compte que les autres piquets sont occupés par d'autres oiseaux. Cinq Traquets motteux et deux Tariers des prés ! Les oiseaux quittent régulièrement les perchoirs pour capturer un insecte, par un habile essor papillonnant ou en volant sur place. Ils descendent au sol, entre les hautes herbes ou sur la terre nue, courant et sautillant en tous sens pour piquer des proies (Coléoptères, Diptères, criquets ou sauterelles, petits mollusques, chenilles, myriapodes ou araignées , ...). Pas de doute, ces oiseaux de passage se ravitaillent abondamment avant de reprendre leurs périples vers l'Afrique !

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    En migration, notre Traquet motteux montre une nette prédilection pour les champs labourés et leurs grosses mottes, dont il tire son qualificatif de "motteux". Voyageant de nuit, les oiseaux, parfois en nombre important, atterrissent au petit jour. Ils se disséminent alors sur nos plateaux cultivés, isolés ou par groupes lâches. A l'occasion, ils se concentrent sur un secteur très réduit comme ce labour caillouteux, près du lieu-dit "Chirmont".

    A l'instar du rouge-gorge, des rouges-queues, des grives et des merles, ... les Traquets et les Tariers appartiennent à une vaste Famille, celle des Turdidés. Les Traquets, dont la queue est blanche et noire, se cantonnent dans les régions de steppes caillouteuses et désertiques, en plaine comme en altitude. Les Tariers fréquentent les espaces à hautes herbes ou couverts d'une végétation basse. D'après L. Yeatman (1980), le centre de dispersion des Traquets est situé sur les terrains arides s'étendant du Sénégal à la Mongolie. Le seul qui a su se dégager des climats chauds pour s'adapter aux climats tempérés et même froids, c'est le Traquet motteux. Celui-ci peuple les rivages portuguais à ceux de Mandchourie ! Traversant l'océan, les oiseaux d'Europe se sont installés au Groenland et au Labrador, tandis que ceux de Sibérie ont gagné l'Alaska !

     

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    En Europe tempérée et du nord, le Traquet motteux est resté fidèle aux espaces dénudés rappelant un peu les déserts. Les espaces ouverts à végétation rase ont sa préférence: dunes du bord de mer, landes, pelouses alpines parsemées de rochers jusqu'à 2.800 mètres, ...

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    En Belgique, les nidifications de Traquets motteux sont sporadiques et l'espèce semble même en déclin total. En 2006-2007, on comptait seulement 7 à 8 couples nicheurs en Flandre et aucune reproduction en Wallonie n'a été établie depuis 1997 (J.-P. Jacob, 2010). Chez nous, on observe encore ce beau passereau lors de la migration postnuptiale qui débute en août, culmine à la fin du mois et jusqu'à la mi-septembre pour décroître rapidement en octobre. Au printemps, il est à nouveau de passage dans nos campagnes, dès la mi-mars et surtout en avril-mai. C'est un grand migrateur et il est remarquable de constater sa fidélité à l'Afrique, berceau de ses ancêtres. Tous les Traquets motteux vont hiverner au sud du Sahara, même ceux venant de l'Alaska qui traversent en diagonale l'Asie pour atteindre la Somalie. Ceux du Groenland et du Canada franchissent l'océan pour retrouver les chaleurs du Sénégal !

     

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    Un mâle adulte au printemps.

    Photo: René Dumoulin - www. oiseaux.net

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    Une femelle

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net






  • Le Tarier pâtre (Saxicola rubicola), jadis compagnon du berger, est de retour à Tricointe (Yvoir)

    Sur ce site, si je fais la part belle aux oiseaux, c'est qu'ils représentent à mes yeux bien plus qu'eux-mêmes. Ils témoignent de la richesse écologique d'un terroir rural. Lorsque j'aperçois le Tarier pâtre, c'est tout un monde pratiquement révolu qui réapparaît: celui des prairies de fauches, des pelouses ouvertes et sèches, des landes, des lieux au couvert ras et pierreux ... Cet oiseau était autrefois le compagnon du berger, sur la colline rocailleuse et couvertes de broussailles clairsemées !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Il faut se méfier du concept de nature, utilisé de nos jours à tort et à travers, et entaché d'équivoque. Si l'on entend par nature l'antithèse absolue de la civilisation, le monde inviolé par l'espèce humaine, il n' y a plus de nature en Wallonie depuis au moins 4000 ans ! Chez nous, il convient de chercher autre chose: des espaces non seulement influencés par l'Homme, mais même créés par lui ! Les pratiques agropastorales de jadis ont ouvert nos paysages. Le pâturage de printemps par les moutons, dans les friches, limitait la prolifération des broussailles. Les milieux ouverts, biologiquement riches en plantes, insectes, oiseaux ..., voient le jour. De nombreux passereaux vont y trouver une nourriture abondante et des lieux propices à la nidification. C'est le cas de notre Tarier pâtre, le seul oiseau, à ma connaissance, que la nomenclature ornithologique ait consacré comme homonyme du berger ! Le drame de la seconde moitié du XX ième siècle est, chez nous, la disparition progressive des espèces végétales et animales que nous avions involontairement favorisées en établissant nos champs et nos parcours. Nous les éliminons depuis, en laissant l'homme des champs à son tragique monologue, obnubilé par la machine et le rendement.

     

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    Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net

     

    La découverte fortuite d'un couple de Tarier pâtre à Tricointe (Yvoir), en période de nidification, s'est déroulée le 30 juin dernier. Ce jour-là, j'examine les bords du chemin caillouteux filant droit entre deux prairies de fauche, depuis le point de vue sur les carrières de la vallée du Bocq jusqu'à la drève de la forêt domaniale. Le temps est doux et lumineux.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe)

     

    Quelques papillons butinent surtout sur les fleurs des origans (Origanum vulgare), des vesces à épis (Vicia cracca) et des lotiers corniculés (Lotus corniculatus) . Deux bondrées apivores (Pernis apivorus) planent là-bas, en sifflant. Au sommet d'un petit sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), un petit passereau coloré de noir et de brun rouge, à l'attitude dressée, s'agite et jette l'alarme. C'est une série de "ouis trac...ouis trac trac" répétés sans cesse. Un beau Tarier pâtre mâle m'a repéré et, inquiet, il émet ces sons hachés, en battant nerveusement de la queue.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 30 Juin 2013

     

    Un autre oiseau, cette fois plus terne, apparaît sur un piquet de clôture. C'est la femelle ! Elle aussi, insectes au bec, me fait comprendre, de la même manière, qu'une nichée est proche. Au fur et à mesure que j'avance lentement, sans avoir la possibilité d'être plus discret, les sons deviennent plus forts et les oiseaux se déplacent continuellement, se posent, changeant de postes de guet régulièrement (piquets de clôtures ou branches émergentes d'un arbuste). J'arrive à la hauteur d'un petit buisson et les oiseaux s'envolent en criant, au ras du pré. Le mâle fait même du surplace, toujours en m'invectivant. Je continue ma progression et le calme semble revenir. Les oiseaux, rassurés, sont maintenant posés derrière moi, sur leurs perchoirs. Le danger que je représentais est passé. Je m'éloigne encore un peu pour les observer sans les déranger outre mesure. Un couple de Tarier pâtre s'est donc installé ici, à Tricointe ! Le comportement des oiseaux et les insectes au bec de la femelle m'indiquent que des jeunes sont nés. Le nid est probablement dissimulé dans les herbes sèches, sous ce petit buisson. Le 18 juillet, j'observerai trois jeunes à l'envol et je reverrai la famille le 29 juillet, le 3 et le 5 août.

     

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    Paraissant sombre de loin, le mâle porte un plumage bien contrasté. Sa tête noire est soulignée de côté par un bout de col blanc. Son habit foncé, presque noir, est relevé de blanc sur les ailes et au croupion. Sa poitrine est vivement colorée de rouge brun orangé.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

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    La femelle est plus modeste et plutôt brune. Son masque est grisâtre et des taches claires sont présentent aux côtés du cou. Sa poitrine a une teinte roussâtre et les miroirs blancs des ailes sont bien visibles.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

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    Le juvénile, en été, ressemble assez bien à la femelle, mais semble plus sombre. Les miroirs blancs aux ailes sont souvent plus restreints et la poitrine est tachetée de brun.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

     

     

  • Les aventures d'un jeune Grand-duc d'Europe (Bubo bubo) qui se terminent mal.

    Le 10 juin dernier, je suis contacté, vers 17h30, par le chef de la Carrière HLW (Carrière de Haut-le-Wastia - Colas Belgium), située rue du Redeau, à Yvoir. Celui-ci est préoccupé de la présence d'un jeune Grand-duc d'Europe, à proximité des installations de l'exploitation (concasseurs, presse à boue, tapis roulants, ...). De plus, l'oiseau se trouve à un endroit où le passage de gros véhicules est important. Sans attendre, je me rends sur les lieux et je découvre, en effet, notre jeune oiseau âgé probablement de sept à huit semaines.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Carrière de Haut-le-Wastia), 10 Juin 2013

     

    Il possède encore un duvet bien fourni, mais les plumes des ailes et de la queue sont bien apparentes. A première vue, il paraît vif et en bonne santé. 

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    Plumes d'une aile (rémiges)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Carrière de Haut-le-Wastia), 10 Juin 2013

     

    Je ne suis pas surpris de sa présence sur le site. Depuis déjà plusieurs années, un couple s'est établi dans la falaise calcaire dominant les installations bruyantes de l'exploitation. 

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    Depuis 1987, le site est occupé par le plus grand oiseau de proie d'Europe (D. Vangeluwe, comm. pers.)

     

    Au moment de sa capture, notre jeune Grand-duc d'Europe émet des soufflements chuintants et des claquements avec le bec, me fixant de ses grands yeux aux iris orange brillant. Entourés des ouvriers et du chef de la carrière ébahis et émerveillés, je l'examine attentivement pour m'assurer de son bon état de santé et qu'il ne présente pas de blessures. Notre jeune rapace, au bec déjà fort et aux serres impressionnantes, ne semble pas en danger, hormis le fait qu'il se trouve dans un endroit risqué. 

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    Photo: Emilien Pesché, Yvoir (Carrière de Haut-le-Wastia), 10 Juin 2013

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    Les serres du jeune Grand-duc d'Europe déjà impressionnantes.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Carrière de Haut-le-Wastia), 10 Juin 2013

     

    Dans cette situation, il est préférable de simplement le déplacer et de le déposer parmi les gros blocs de grès, au pied de la falaise, à 250 mètres du lieu de sa découverte. En effet, les années précédentes, j'ai eu maintes fois l'occasion d'observer des jeunes à cet endroit, poussant des sons rêches, à la fin du jour. Les parents, sortant de leurs abris diurnes, les survolaient et disparaissaient pour chercher probablement des proies afin de les nourrir. Voir les évolutions du plus grand oiseau de proie d'Europe est un spectacle émouvant et impressionnant ! 

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    Photo: Grégoire Trunet - www.oiseaux.net

     

    La décision prise, voilà que j'escalade un terril pierreux couvert d'une végétation éparse, mon protégé contre la poitrine. Puis, me faufilant entre les blocs rocheux, j'arrive sur le lieu choisi, plus tranquille et plus sûr. Je trouve un endroit propice pour le déposer. Au crépuscule, du moins je l'espère, l'oiseau lancera des sons pour signaler sa présence et recevoir de la nourriture.

    Il est toujours préférable de laisser la Nature agir ! Dans le cas où l'oiseau ne présente pas des signes de faiblesse, ni de blessures, il vaut mieux le laisser dans son milieu. Les adultes sont à même de le nourrir de la manière la plus adéquate. Bien sûr, il y a toujours des risques. Celui-ci peut être une bonne proie pour un renard roux ou pour un oiseau de proie diurne. Etant peut-être le cadet d'une nichée, il est possible que les parents ne le nourrissent plus et l'abandonnent. Telles sont les dures lois de la Nature !

    Le lendemain, vers 11h00, je me rends à la carrière pour la suite des évènements. A ma grande surprise, le jeune Grand-duc est posté, tel une vigie, au sommet du terril surplombant l'exploitation en pleine activité. Je ne peux le laisser là et j'entreprends la même démarche que la veille. Je le capture pour le poser, à nouveau, dans les éboulis, lieu plus tranquille et moins dangereux.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Carrière de Haut-le-Wastia), 11 Juin 2013

     

    A 22h00, me voilà de retour sur le site. Il est toujours à la même place. Je me retire et je me poste à une cinquantaine de mètres, bien caché derrière un gros bloc de grès ocre, afin de m'assurer que les adultes s'en occupent. Là, j'ai une vue excellente sur la falaise. Immobile, j'attends, en espérant que le jeune émettra des sons. Le soir tombe doucement, mais il fait encore bien clair. Silence total ! De son abri diurne, un adulte, magnifique et impressionnant, apparaît sans faire de bruit et se pose au-dessus des éboulis, sur une corniche de la falaise. Ce moment est inoubliable et une grande émotion m'envahit ! 

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    Photo: Xavier Libert - www. oiseaux.net

     

    Vers 23h00, la nuit tombe pour de bon et un deuxième adulte vole au-dessus de moi et va se percher là-bas, au sommet d'un buisson rabougri. Je commence à ne plus voir distinctement ce qui se passe. 

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    Photo: Jean-Louis Corsin - www.oiseaux.net

     

    Sur le trajet du retour vers ma demeure, je ne suis pas rassuré sur le sort du jeune oiseau de proie. Le lendemain, on me téléphonera de la carrière pour me signaler que celui-ci à été trouvé sans vie, au pied de la falaise.

    Le Grand-duc d'Europe adulte est un super prédateur, perché au sommet de la pyramide alimentaire. Il n'a pas d'ennemis naturels, mais la sélection se joue surtout lors de la période d'élevage des jeunes qui est fort longue et pleine de situations dangereuses. Si les adultes semblent assez robustes et vivent assez longtemps (18 ans et 11 mois pour un oiseau bagué en Suède), la mortalité précoce chez les jeunes est importante.

    En automne déjà, le mâle adulte chante pour affirmer sa possession territoriale et les ardeurs nuptiales se réveillent au milieu de l'hiver, en décembre et janvier, où les chants deviennent réguliers, jusqu'au mois de mars. Lié pour la vie et fidèle à un territoire, le couple installe le nid dans une simple dépression du sol, sur une vire rocheuse, souvent à l'abri d'un surplomb qui forme ainsi une cavité. Dans notre région, les escarpements rocheux ne manquent pas et les carrières désaffectées ou en exploitation sont souvent occupées par le grand oiseau de proie.

     

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    Photo: Marc Fasol - www.oiseaux

     

    En général, la ponte composée de 2 ou 3 oeufs se déroule de la mi-mars à la mi-avril. Ceux-ci sont couvés en moyenne pendant 35 jours par la femelle. 

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    Photo: Marc Fasol - www.oiseaux.net

     

    Les jeunes restent au nid environ deux mois, nourris par les parents. Si la journée, ceux-ci se tiennent cois et sont silencieux, la nuit, ils sont beaucoup plus agités. Ils bougent, crient et se bousculent. C'est alors qu'il arrive que l'un deux se tue en tombant des rochers ou qu'il meurt en cours d'élevage (le plus jeune ou le plus chétif est souvent sous-alimenté). Puis arrive la période d'émancipation durant laquelle les jeunes circulent, se livrent à une gymnastique des ailes, sautent ... Ils se retrouvent finalement en contrebas, dans les éboulis. Les parents continueront le nourrissage hors du nid. 

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    Photo: Marc Fasol - www.oiseaux.net

     

    A ce moment, les jeunes sont exposés à de multiples dangers et, souvent, un ou deux oiseaux périront. Vers l'âge de six mois, chassés du territoire par les adultes, les jeunes sont alors contraints à rechercher un nouveau territoire. Le jeune découvert dans la carrière à Yvoir était âgé d'environ 7 à 8 semaines. Il s'est retrouvé en bas de la falaise sans blessures fatales, mais il était probablement sous-alimenté. Les adultes ne le nourrissaient peut-être plus, se concentrant sur les autres oiseaux de la nichée plus enclin à survivre.

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    La journée, le Grand-duc se tient dans une retraite escarpée. Il paraît inerte et somnolent, les yeux à peine entrouverts, mais il est sur ses gardes !

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

     

     

  • Le Canard souchet (Anas clypeata), un canard original, au bec particulier.

    Voilà deux printemps consécutifs durant lesquels quelques Canards souchets font une courte halte sur la Meuse, à la hauteur de l'île d'Yvoir. Le 18 avril 2012, deux mâles, en plumage de noce fortement bariolé, nagent au large et, ce 3 mai 2013, un beau mâle se repose sur une grosse pierre émergeante du bord de l'île.

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Au printemps, le mâle exhibe un plumage rutilant qui brille au soleil: tête d'un vert bouteille presque noir, poitrine d'une blancheur éclatante, flanc et ventre d'un roux acajou foncé, sans oublier le dos noir et blanc, ni les scapulaires qui s'effilent et frangent ses bords. Ce canard de surface, très original, possède aussi un bec particulier, unique dans le monde des canards. Celui-ci est plus long que la tête, épais et aplati en large spatule à l'extrémité. Cet outil disproportionné donne à cet oiseau une silhouette caractéristique.

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net


    Lors des passages en mars et avril, de petits rassemblements de canards souchets sont remarqués ici et là, surtout dans les eaux douces à fonds vaseux et bordées d'une végétation (étangs, marais, ...), mais aussi dans les prés inondés au printemps, sur les plans d'eau et cours d'eau très lents, aux eaux plus profondes. C'est le retour printanier ! 

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    En couple !

    Photo: Michel Lamarche - FindNature.com


    Si certains de ces canards hivernent en petit nombre en Belgique, ceux-ci stationnent, lors de la mauvaise saison, en nombre beaucoup plus important, en France, en Grande-Bretagne et aux Pays-bas. Actuellement, certains oiseaux reviennent de plus loin, notamment d'Espagne, du Portugal, d'Italie et du nord-ouest de l'Afrique, mais aussi du delta du Sénégal, du lac Tchad et du bassin du Niger. En hiver, les oiseaux rencontrés dans le nord-ouest de l'Europe sont originaires d'Islande, de Finlande, de Suède, de Norvège, des Pays Baltes, de l'ouest de la Pologne et du centre de la Russie occidentale.

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    Canard souchet (Anas clypeata) mâle: Un bruissement sonore des ailes accompagne son essor brusque. En vol, on le reconnaît aisément à la proéminence de son bec. Sur ses ailes, s'étend un large triangle bleu ciel à l'avant, séparé du miroir vert par une barre blanche. 

    Photo: Yvon Toupin - www. oiseaux.net


    A présent, revenons au bec particulier du canard souchet. Celui-ci, un peu carnavalesque, est bien utile ! Non seulement, c'est un organe du toucher délicat, avec sa souplesse et ses fibres nerveuses, mais c'est aussi une drague, un tamis, une pompe filtrante, nous dit P. Géroudet (1999). La mandibule supérieure est garnie de lamelles très fines et serrées, comme les dents d'un peigne ou les fanons d'une baleine, qui sont visibles hors du bec et recouvrent les lamelles des mandibules inférieures. Comme les deux mandibules ne se joignent pas exactement, il reste toujours un vide entre elles, lorsque le bec est fermé.

     

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    Canard souchet femelle.

    Photo: Michel Lamarche- FindNature.com


    Le canard souchet promène son bec dans l'eau d'un côté à l'autre, aspirant par un mouvement incessant de la langue et des mandibules, retenant les particules comestibles dans les lamelles et rejetant de côté l'eau filtrée.

     

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    Photo: Julien Daubignard - www.oiseaux.net


    De cette manière, il peut se nourrir du plancton minuscule en suspension dans l'eau et la vase, et profiter d'une quantité de petites proies, qu'il capture en masse. Il mange des graines, des pousses et des bourgeons de plantes aquatiques, des algues, des mollusques, des petits crustacés et des insectes.

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Ce canard filtreur des eaux de surface niche aux bords des zones humides peu profondes, riches en végétation et en plancton, ceinturées de roselières, de prés ou de bois humides. Il est très répandu dans la moitié nord de l'Europe. La Russie, la Finlande et les Pays-bas hébergent le gros de la population nicheuse. Cette espèce se reproduit aussi, entre autres, en France et en Allemagne. En Belgique, ce canard de surface niche principalement en Flandre. En Wallonie, le canard souchet reste un nicheur très rare, localisé et fluctuant (J.-P. Jacob et M. Derume, 2010).

     

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    Photo: Michel Lamarche - FindNature.com






     





  • Une observation surprenante: l'Avocette élégante (Recurvirostra avosetta) nage en pleine eau sur la Meuse, à Yvoir !

    Le 10 mars dernier, je me rends sur les bords de la Meuse, à Yvoir, pour observer les oiseaux d'eau, comme je le fais régulièrement. L'île d'Yvoir et la Meuse à cet endroit sont fortement artificialisés, ce qui n'empêche pas d'y faire quelques fois des observations inhabituelles, surtout en hiver et lors des migrations. Cinq hérons cendrés sont posés sur les anciens nids des années précédentes et lancent leurs cris gutturaux. Un couple de cygne tuberculé entame une parade qui se termine par un accouplement. Deux grèbes huppés dans leurs habits de noce sillonnent la zone. Là, sur un gros bois mort sortant de l'eau du fleuve, deux goélands pontiques adultes se reposent avec quelques mouettes rieuses. Un quinzaine de grands cormorans font de même sur les grosses pierres qui émergent, au bord de l'île. Un peu en retrait, une silhouette blanche de la taille d'une mouette flotte au large. Je n'en crois pas mes yeux ! Non, je ne rêve pas, il s'agit bien d'une Avocette élégante (Recurvirostra avosetta) qui nage là-bas et qui bascule de temps en temps comme un canard ! De près, l' identification de l'Avocette est facile: le plumage blanc bariolé de noir et, surtout, le bec noir, fin, à pointe relevée sont caractéristiques de l'espèce.

     

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    L'apparition de cet oiseau sur la Meuse est surprenante. En effet, ce limicole fréquente d'ordinaire des milieux saumâtres ou salés, auxquels il est largement inféodé. Pendant une grande partie de l'année, les avocettes ne visitent que les vasières des estuaires et des baies maritimes soumises aux marées. C'est là qu'elles trouvent une alimentation abondante: petits crustacés, larves d'insectes et vers notamment. Avec leur bec original, à la sensibilité tactile très développée, elles sabrent à l'aveuglette la vase fluide et l'eau trouble. A la recherche de leurs nourritures, elles se courbent vers la boue liquide ou l'eau peu profonde et plongent l'extrémité entr'ouverte des mandibules, en fauchant alternativement d'un côté à l'autre. Après chaque mouvement, elles relèvent le bec pour avaler les proies qu'elles ont rencontrées.

     

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    Photo: Jean-Pierre Robert, Ijsermonding - Reservaat, 17 Novembre 2011

     

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    Photo: Werner Priels, Uitkerkse Polder, 2 Juin 2012


    Toutefois, l'Avocette peut  se rencontrer à l'intérieur des terres, dans les eaux douces, en général peu profondes et pourvue de plages de boues ou de vases, le sel ne semblant pas lui être indispensable. De plus la palmure développée de ses doigts lui permet de nager sans contrainte, flottant avec la poitrine enfoncée et l'arrière du corps relevé. A l'occasion, nous dit P. Géroudet (1982), elle cherche aussi sa nourriture sous l'eau, en immergeant tout l'avant du corps, tandis que l'arrière-train pointe à la verticale.

     

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    Photo: J.P Paris - http://www.baladeornithologique.com


    Mais revenons à l'observation du 10 mars. L'avocette exprime maintenant de l'inquiétude. L'arrivée d'un goéland pontique en est peut-être la cause. Les mouvements de sa tête et un balancement nerveux de l'avant du corps indiquent son départ imminent. C'est parti ! L'oiseau s'envole en répétant un "klut" assez flûté et sonore. Il passe près de la berge où je me trouve, vire vers l'île, revient et finit par se poser à nouveau au large. Au vol, la silhouette de l'avocette est typique: ailes assez larges, cou à demi tendu et longues pattes dépassant largement la queue courte. Le dessous de son corps est entièrement blanc, à l'exception des rémiges primaires qui sont noires.

     

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    Photo: Werner Priels, Uitkerke Weiden - Velduilweiden Uitkerke (VWUK), 30 Avril 2012.

     

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    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    L'Avocette est un oiseau de passage régulier dans notre pays, principalement sur le littoral. Au cours de leurs migrations diurnes ou nocturnes, les Avocettes franchissent, dans une moindre mesure, les terres intérieures. Toutefois, bien peu s'y arrêtent, les observations ne concernant rarement plus d'une dizaine d'oiseaux ensemble. Ainsi, en Wallonie, celles-ci sont bien moins fréquentes. Le plus souvent notés lors du passage printanier, de mars à juin, les oiseaux migrateurs stationnent sur toutes sortes de milieux pourvu qu'il y ait présence d'eau et de vasières: étangs, marais avec eaux libres peu profondes, bassins de décantation de sucreries, bassins d'orage et mares temporaires se formant dans des prairies ou des cultures, suite à des pluies abondantes en fin d'hiver ou au printemps.

     

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    L'Avocette élégante, aux hautes jambes bleuâtres, arpente, à pas mesurés, les plages et les eaux peu profondes.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    L'Avocette élégante est un limicole* nicheur du Paléarctique qui englobe l'Europe, le nord de l'Afrique et une grande partie de l'Asie non tropicale. L'aire européenne comprend, d'une part, le sud du continent et d'autre part, les régions côtières situées entre la France et le sud de la Baltique (M. Derume, 2010). D'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie (J.-P. Jacob et al., 2010), la reproduction dans la région a pu être prouvée pratiquement chaque année. La population nicheuse y est cependant marginale, comptant 1 à 3 couples par an. Les premiers cas de nidification de l'espèce en Wallonie seront découverts en 1984 et 1985, dans les bassins de décantation de la sucrerie de Warcoing (Hainaut) (D. Hubaut, 1984).

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    P. Géroudet (1982) nous dit qu'aussitôt l'élevage des jeunes terminés, les vasières des côtes atlantiques voient affluer des troupes d'Avocettes de plus en plus nombreuses. Ce sont surtout celles de la mer du Nord, du Waddenzee en particulier, qui deviennent le principal secteur de rassemblement et de mue pour les populations du nord-ouest de l'Europe; les arrivées se précisent dès mi-juillet et des dizaines de milliers d'Avocettes y séjournent d'août à mi-octobre, avant de repartir plus au sud. Certaines d'entre elles s'y attardent même jusqu'en décembre. Toujours d'après cet auteur, la plupart des oiseaux d'Europe occidentale hivernent du sud de la Bretagne au Sénégal et à la Gambie, dont près du tiers au Portugal (environ 11.000).

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

    * Le cri habituel de l'Avocette élégante, un "klut" assez flûté et sonore, est à l'origine de son appellation néerlandaise. Kluut désigne cette espèce dans cette langue.

    * Limicole: Le terme vient du latin limus (limon, boue) et -cola (qui habite ou exploite). Les Limicoles (Ordre des Charadriiformes) comprennent plusieurs Familles, dont deux riches en espèces: Les Charadriidés (pluviers, vanneaux, gravelots, ...) et les Scolopacidés (bécassines, courlis, barges, chevaliers, ...).



    Littérature consultée:

    Derume M.: "Avocette élégante, Recurvirostra avosetta", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie", Publication d'Aves et du Département de l'Etude du Milieu Naturel et Agricole (Service Public de Wallonie - DGNRE), Gembloux, 2010.

    Géroudet P.: "Limicoles, Gangas et Pigeons d'Europe", Ed. Delachaux&Niestlé, Paris, 1982.

    Hubaut D.: "Premier cas de nidification de l'Avocette (Recurvirostra avosetta) en Wallonie et statut régional de l'espèce", in Bulletin Aves, Vol.21 n°4, 1984.

    Svensson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, Paris 2010.







     

     




     

     



     

     



  • Les hérons blancs explorent notre région

    Non, vous n'êtes pas victime d'une hallucination. Vous avez bien vu un héron blanc, aux mouvements gracieux et mesurés, qui survole le village, qui arpente une prairie à la recherche de quelques campagnols ou qui fréquente régulièrement les bords d'un étang, la rivière ou les îles de la Meuse ! Celui-ci n'est pas un individu albinos, mais une espèce qui est de plus en plus observée dans notre région, du mois de septembre au mois de mars. C'est la Grande Aigrette (Ardea alba*), apparentée à notre Héron cendré (Ardea cinerea).

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Ce superbe oiseau ne cherche pas à se cacher, n'ayant d'ailleurs aucune possibilité de se camoufler. Très visible, mais de tempérament farouche, la Grande Aigrette est une prédatrice qui aime avoir autour d'elle des espaces dégagés faciles à surveiller. Totalement blanche en tous plumages, elle a la taille à peu près aussi forte que celle du héron cendré. En vol, sa silhouette immaculée est prolongée, à l'arrière, par le dépassement bien visible des pattes foncées aux doigts noirs. La lenteur de ses battements d'ailes donne une impression de légèreté. Son cou replié, étroit et anguleux, est un caractère typique des hérons en vol, bien différent des cigognes et des grues qui volent avec le cou tendu en avant. A l'extémité de sa petite tête effilée, son bec en poignard est jaune en hiver. Celui-ci devient noir au printemps, à l'exception de sa base qui reste jaune.

     

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    La Grande Aigrette (Ardea alba) a une taille de 95 cm et une envergure de 150 à 165 cm.

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

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    Le Héron cendré (Ardea cinerea) est un peu plus grand que la Grande Aigrette (Taille: 84-102 cmet envergure: 155-175 cm)

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Un autre héron blanc, plus petit de taille, pourrait apparaître occasionnellement dans notre région. Il s'agit de l'Aigrette garzette (Egretta garzetta), au bec toujours brun noirâtre. Ses pieds jaunes tranchent avec les pattes sombres. En période nuptiale, on peut remarquer quelques longues plumes effilées dans sa nuque. Les observations notées de cette espèce, également en progression,  proviennent surtout de Flandre et de la vallée de la Haine (Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul notamment).

     

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    L'Aigrette garzette (Egretta garzetta) a une taille variant de 50 à 67 cm et une envergure de 90 à 110 cm.

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    L'aigrette garzette en période nuptiale.

    Photos: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Je me souviens de ma première rencontre avec la Grande Aigrette et de mon enthousiasme d'alors. Cet instant de pur bonheur se déroulait au début des années 1980, dans le Brabant flamand, entre Wavre et Leuven, plus particulièrement au bord d'un vaste plan d'eau à Sint Agatha-Rhode. A cette époque, les observations, concernant surtout des individus isolés, n'étaient pas fréquentes et il fallait les soumettre à la Commission d'homologation pour valider celles-ci. Depuis 1991 (J. Godin, 2004), une augmentation spectaculaire de nombre de Grandes Aigrettes migratrices ou hivernantes est constatée et concerne presque toutes les régions de notre pays. Autrefois confinée dans les grands marais de l'Europe centrale et orientale (Delta du Danube notamment, Roumanie, Ukraine, ...), la Grande Aigrette montre un dynamisme remarquable dans le deuxième tiers du XXième siècle (Th. Tancrez, M. Windels et al., 2012). Celui-ci est accompagné d'une forte augmentation de l'hivernage de l'espèce dans le centre et l'ouest de l'Europe qui a précédé l'installation d'oiseaux nicheurs dans plusieurs pays d'Europe occidentale. Ainsi, on compte 180 couples en France, essentiellement localisés sur la facade atlantique, en 2008 et 143 couples aux Pays-bas entre 2002 et 2006 (J. Simar, 2010). A la faveur d'hiver doux, la population semble progresser et se répandre. Ainsi, 10 couples ont été découverts en Baie de Somme, en 2007 et une tentative de nidification a eu lieu en Flandre, en 2006.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    En Wallonie, un couple a tenté de nicher dans le complexe des Marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul, en 2009, mais le nid a été abandonné après une semaine (J. Simar, 2010). Il faut dire que cette zone humide est fréquentée régulièrement par l'espèce et que, depuis 2006, quelques Grandes Aigrettes estivent (2009: 4 à 6 oiseaux fréquentent le site). Ce qui était attendu, arriva. L'été 2012, une première nidification réussie de notre héron blanc est découverte dans le Hainaut occidental. Le site occupé sont les anciennes argilières de Ploegsteert, situé au sud-ouest de l'entité Comines-Warneton. Le nid sera construit dans une rangée de jeunes saules de moins de 4 mètres de haut (Th. Tancrez, M. Windels et al., 2012).

     

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    Photo: Michel Lamarche - FindNature.com


    L'expansion naturelle de cette espèce semble difficile à expliquer. Quoi qu'il en soit, il nous faut nous réjouir de sa présence régulière dans nos contrées !


    Littérature consultée:

    Benmergui M.: "Premier cas de reproduction de la Grande Aigrette Egretta alba* en Dombes (Ain), in Revue Ornithos Vol.4 n°9.

    Géroudet P.: "Grands échassiers, Gallinacés, Râles d'Europe" Ed. Delachaux&Niestlé, 1978.

    Godin J.: "Nos hérons", in Aves-Contact 2/2004.

    Legrain B.: "Les hérons s'installent", in "le magazine couleurs nature" - Natagora, juillet-août 2012.

    Simar J.:  " Grande Aigrette, Casmerodius albus*", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie 2001 -2007, Ed. Aves et Région Wallonne, 2010.

    Svensson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, 2010.

    Tancrez Th., Windel M. et al.: "Première nidification réussie de la Grande Aigrette Casmerodius albus* en Belgique", in Bulletin Aves 49/3, 2012.

    Voisin Cl.: "La protection des hérons de France: les résultats", in Bulletin "Le Courrier de la Nature" n°151 - mai-juin 1995.

     


    * Le nom scientifique de la Grande Aigrette que j'ai retenu est Ardea alba (voir L. Svensson, "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux&Niestlé, 2010). Egretta alba et Casmerodius albus semblent devenus des synomymes pour désigner l'espèce.

     


  • Heureusement, il y les Tarins des aulnes ...

    L'hiver 2012-2013 est assez pauvre en ce qui concerne les observations ornithologiques un peu particulières. Pour trouver des passereaux hivernants dans notre région, il faut chercher assidûment. Il faut dire que les fruits secs ou charnus de nos arbres et arbustes indigènes sont peu abondants. Heureusement, des bandes de Tarins des aulnes (Carduelis spinus) semblent actuellement apprécier les aulnes glutineux (Alnus glutinosa) croissant près de nos cours d'eau et sont l'objet de toute mon attention.

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    Tarin des aulnes (Carduelis spinus): Mâle.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

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    Tarin des aulnes (Carduelis spinus): Femelle

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net


    Les journées de ce début du mois de février sont, en général, peu lumineuses. Au Redeau (Yvoir), tout semble figé, dans cette atmosphère sombre et humide. A l'aube, il me faut être très attentif pour repérer quelques sons. Aucuns bruits, si ce n'est celui de la rivière qui coule inlassablement à mes pieds ! Le jour se lève péniblement et la torpeur ambiante finit par m'envahir. Est-ce que le jour va naître ? Les silhouettes noirâtres des aulnes sortent progressivement de la brume. Un cincle plongeur rase l'eau à grande vitesse, en poussant des cris hachés, quelques mésanges bleues et charbonnières émettent des sons, un pinson des arbres crie, un troglodyte s'irrite dans les fourrés et, dans la pénombre, je devine la silhouette d'un merle noir qui retourne du bec les feuilles, avec violence. Ouf ! Le réveil est lent, mais perceptible !

    Tout à coup, une petite troupe de passereaux, en essaim, surgit du brouillard. Des Tarins des aulnes ! Les oiseaux lancent sans cesse des appels clairs et aigus, accompagnés de chuchotements ténus. L'essaim s'élève, descend, s'éloigne, puis revient. Le déplacement en formation serrée de ces petits fringilles est rapide. Les Tarins des aulnes sont rarement solitaires et il est habituel d'observer des groupes de 10 à 50 oiseaux, en automne et en hiver. Ils finissent par s'abattre dans un aulne tout proche de moi. Je ne bouge plus, je suis tarin !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Février 2013


    A présent, nos oiseaux se suspendent aux extrémités des rameaux et aux fruits sombres qui les garnissent. Ils se mettent à éplucher activement les "cônes" en miniature. Trop affairés, ils deviennent silencieux et, de temps en temps, certains d'entre eux descendent à terre pour récupérer les akènes tombés.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013


    Sans raison apparente, voilà qu'ils s'envolent soudainement, en émettant à nouveau leurs appels, reprennent la formation en essaim, s'éloignent, puis reviennent sur l'arbre. Cette fois, certains oiseaux sont bien plus près. Ainsi, je peux remarquer le petit bec effilé et conique, ainsi que la queue bien fourchue de ce mâle.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013


    La taille d'un tarin est faible, presque celle d'une mésange bleue (11 à 12 cm). Sur l'aile fermée, je note une barre jaune encadrée de noir, ainsi que le croupion et les cötés de la queue jaunes.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 février 2013


    Il me semble que les femelles au plumage vert grisâtre flammé de brun noir sont plus nombreuses.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013


    Les mâles se distinguent par leurs teintes vives, à leur dessous jaune à peine rayé, à leur calotte noire et à leur minuscule bavette noire.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Ma présence ne les effarouche pas et je suis assez surpris de l'agilité de ces petits fringilles. La tête en bas, ces petits acrobates se balancent comme les mésanges, n'interrompant leur repas que pour babiller.

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves- Natagora


    Dans notre région, c'est en octobre que les tarins s'imposent à la vue et à l'ouïe. Des groupes, plus ou moins importants selon les années, patrouillent alors surtout les aulnes le long du Bocq et de la Meuse. Ils restent parfois jusqu'au mois d'avril, puis disparaissent. En hiver, ils peuvent fréquenter les mangeoires.

     

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    En ce mois de février, au Redeau, une trentaine d'oiseaux viennent régulièrement se nourrir au pied de la mangeoire.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 février 2013



    Les migrateurs et les hivernants de Belgique et des Pays-bas semblent originaires de Norvège, de Suède, de Finlande, d'Allemagne du Nord, et probablement, de Russie (P. Géroudet et M. Cuisin, 1998). Durant la majeure partie de l'année, les tarins sont granivores. Les aulnes exercent sur eux une attraction particulière, mais ils visitent aussi les bouleaux. C'est au voisinage de l'eau qu'on a le plus de chances de les rencontrer. Les conifères jouent aussi un grand rôle dans leur alimentation. L'épicéa commun (Picea abies) et les mélèzes dans une moindre mesure, attirent ces passereaux en période de nidification.

     

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    Un tarin des aulnes mâle décortique ici un cône de mélèze.

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Le bec de ceux-ci est parfaitement adapté à l'extraction des graines des cônes. Les oiseaux se cantonnent aussi dans les boisements clairs de conifères, en lisière des fagnes et des landes, avec la présence de bouleaux et d'aulnes disséminés (D. van der Elst et D. Vieuxtemps, 2010).

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves-Natagora

     

    Dans les régions montagneuses de Suisse, le tarin se reproduit dans la zone des résineux, de préférence entre 1200 et 1700 mètres (P. Géroudet et M. Cuisin, 1998). En Belgique, le bastion de l'espèce comprend l'est de la Province de Liège et le nord de celle du Luxembourg. C'est essentiellement dans les massifs forestiers, en périphérie des plateaux des Hautes-Fagnes et des tailles, tous deux situés à plus de 500 mètres d'altitude, que les tarins se reproduisent. En Wallonie, le tarin des aulnes est un nicheur peu répandu et reste sujet à de très importantes fluctuations, liées à la fructification des conifères (D. Van der Elst et D. Vieuxtemps, 2010).

     

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    Un couple (Femelle au-dessus, mâle en-dessous)

    Photo: Jules Fouarge, Aves-Natagora







     


     

     

     

     

     

     

  • L'élégante Pie-grièche grise (Lanius excubitor) de passage à Yvoir (Tricointe)

    Le 30 octobre dernier, je décide d'explorer les alentours à proximité du "Chêne à l'Image". Il fait serein et j'espère observer quelques oiseaux de passage, dans des milieux plus ouverts. A la sortie de la forêt, le chemin caillouteux apparaît, au milieu des prairies, bordés çà et là de quelques buissons et arbustes. Au sommet de l'un d'entre eux, une sentinelle pâle se détache. Quel bonheur ! Une pie-grièche grise, de passage, a choisi ces lieux pour y trouver quelques proies. Ma rencontre avec cet oiseau provoque toujours chez moi un enthousiasme débordant. Je ne bouge plus, je l'observe attentivement et je me tapis derrière un buisson pour ne pas l'effaroucher, sachant qu'elle veille et voit tout de son poste de guet.

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    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    Quelle élégance se dégage de cette pie-grièche, au beau plumage contrasté ! La poitrine blanche éclatante au soleil d'octobre, agitant latéralement sa longue queue, elle est vigie au bord du chemin.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    De la taille d'un merle, avec une grosse tête grise et blanche, terminée par un bec crochu, foncé et fort, elle a fière prestance. Elle porte au visage des bandeaux noirs passant sur les yeux, ce qui lui donne un air de petit bandit. De dos et de profil, elle montre à présent son manteau gris perle et ses ailes assez courtes, obtuses et noires, avec une tache blanche bien visible. Sa longue queue arrondie est noire, bordée de blanc.

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    Photo: René dumoulin - www.oiseaux.net


    En observant cette merveille ailée, je ne peux m'empêcher de songer que ce passereau prédateur, et les pies-grièches en général, ne jouissait pas, par le passé, d'une bonne réputation, ce qui me désole. Certains comportements de ces oiseaux ont conduit à présenter les pies-grièches comme des animaux sanguinaires, cruels, féroces ... Il faut dire que les pies-grièches ont l'habitude d'empaler leurs proies sur des épines ou un rameau d'arbuste épineux (parfois aussi sur un fil barbelé d'une clôture) soit pour les dépecer, soit pour les mettre en réserve en attendant de les consommer.

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    Photo: Marek Szczepanek (Pologne)


    Le terme "Laniidés" désignant la Famille qui regroupe ces oiseaux viendrait du latin laniarius signifiant "boucher" et laniatus, "déchirer". Leurs cris aigus et discordants (le nom anglais pour nommer ces oiseaux est "shrike", "qui pousse des cris aigus") participent encore à cette connotation sinistre, depuis le Moyen-Age. Le terme "grièche" datant du 13ème siècle est également péjoratif ("grièche d'hiver" de Ruteboeuf). Celui-ci est le féminin du vieux français "grieu" qui a le sens de méchant, mauvais, d'après Cabard P. et Chauvet B. (1997). L'Homme se trouve partout des miroirs, sans songer que l'être animal ne choisit pas sa voie, nous dit Paul Géroudet (1998). Cessons donc de juger d'après nos critères et renonçons à voir la Nature comme l'on voudrait qu'elle soit ! La Nature est et sera, sans plus, et est, malgré sa complexité, extrêmement bien organisée !

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    Photo: Pierre Melon, Houtain-Le-Val, 21 Octobre 2011


    Mais revenons à présent sur ce chemin où je me suis accroupi, au pied d'un buisson touffu. La pie-grièche grise, après un moment d'inquiétude, reprend ces activités. Se penchant légèrement vers l'avant, la queue animée d'un lent battement vertical, on dirait qu'elle scrute le sol.

     

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    Photo: Joris Everaert, Durmemeersen, 10-03-12


    Ensuite, de son perchoir favori, le corps dressé et la queue cette fois pendante, elle reprend la surveillance des alentours. Soudain, elle fond obliquement dans l'herbe. A-t'elle repérer une proie ? Non! Elle est à nouveau de faction, sur la même branche. C'est alors que le bruit d'un moteur se fait entendre. Un petit tracteur remonte lentement le chemin. La pie-grièche ne tarde pas à s'envoler. Je suis sa trajectoire onduleuse, à faible hauteur. Celle-ci s'achève par une remontée presque verticale pour se terminer à la cime d'un arbre de la lisière.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    L'évènement passé, elle est de retour sur sa branche. Lors d'un moment d'inattention de ma part, je la perd de vue. Les membres endormis, je me relève pour bouger un peu et je la retrouve un peu plus loin, sur le piquet d'une clôture. De là, à l'instar du faucon crécerelle, elle explore la prairie en volant sur place, battant rapidement des ailes, à quelques mètres de hauteur, puis elle plonge en piqué. Son manège se répètera jusqu'à ce qu'elle s'envole finalement vers la lisière, un rongeur bien dodu au bec. Quel spectacle !

     

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    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    L'affût n'est pas le seul mode de chasse de notre pie-grièche. En hiver, il n'est pas rare de l'observer, poursuivant de petits passereaux, avec un acharnement et une habilité dignes d'un épervier ! "Ses ailes courtes et arrondies lui permettent d'évoluer aisément et très vite entre les branches et buissons, serrant de près sa victime qu'elle plaque au sol ou cherche à saisir au cours d'un renversement ." (P. Géroudet, 1998).

    La pie-grièche grise est la seule de sa Famille qui reste chez nous en hiver, de novembre à mars. A cette saison, elle s'installe parfois plusieurs semaines en des endroits où ses proies sont assez abondantes (rongeurs, petits mammifères insectivores ou passereaux). Depuis 1995, j'ai eu la chance de la voir, en hiver, dans des zones plus ou moins dégagées de notre commune. Le plus souvent, ce sont des prairies bordées de haies ou piquetées d'arbres fruitiers en bon ou mauvais état et des lisières forestières, pourvues de points de guet, qui l'attirent: à Houx-sur-Meuse, posée dans un arbre fruitier, derrière le château et à Evrehailles (haies et buissons dans une prairie bordant la petite route menant à Blocmont, à Niersant, au sommet d'une haie, aux abords de la Ferme du Harnoy, en lisière forestière ou au lieu-dit "Luchelet", au sommet d'un vieil arbre fruitier).

    L'oiseau régurgite régulièrement, après la digestion, des boulettes, oblongues et dures, d'une longueur de 20 à 30 mm sur 10 à 13 mm de large, constituées de fragments de chitine, d'os et d'autres particules indigestes. L'examen de ces pelotes de réjection permet de se faire une idée de son régime alimentaire. En hiver, ses proies de prédilection sont surtout des rongeurs (campagnols, mulots,...), des insectivores (musaraignes, taupes) et des petits passereaux (moineaux, linottes, pinsons, bruants, mésanges, ...).

     

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    Pelote de réjection de la pie-grièche grise

    Photo: Didier Vieuxtemps, Nassogne, 22 Février 2012

     

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    La pie-grièche grise (Lanius excubitor), à Yvoir (Tricointe), le 30 Octobre 2012

    Photo: Fr. Hela




     


  • Observations de l'Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta) en 2012, à Yvoir et Godinne

    Cette année, du 24 mai à la fin du mois de juin, j'ai pu observer plusieurs fois l'Hypolaïs polyglotte. A Yvoir (site de l'Airbois), c'est dans une zone de recolonisation forestière qu'un couple s'était installé et, à Godinne, le milieu choisi par les oiseaux était une friche piquetée de buissons et d'arbustes, en bord de Meuse. A chacune de mes visites des sites concernés, c'est le chant de cet oiseau, proche parent des fauvettes et des rousserolles, qui m'a permis de le repérer.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    En effet, celui-ci s'entend très bien à une soixantaine de mètres. Il est très volubile, très vif, mélodieux et changeant. A mon approche, l'oiseau cesse tout à coup son bavardage, disparaît en envoyant plusieurs cris surprenants... on dirait un moineau en colère ! Je m'immobilise et, à ce moment, une petite silhouette brunâtre s'envole d'un fourré tout proche et se pose au sommet d'un buisson bas, bien en vue.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Il commence alors par émettre quelques sons simples et détachés évoquant les appels de moineaux, d'hirondelles ou du merle noir. Puis, le bec grand ouvert, la gorge déployée, il déverse un torrent de notes précipitées dont la tonalité est étonnante. Parmi celles-ci, je peux reconnaître des sons émis d'ordinaire par la fauvette grisette, le rouge-queue à front blanc, le rossignol philomèle, le pinson des arbres ou l'hirondelle rustique ! Il chante maintenant de manière assidue. Notre oiseau est un imitateur hors pair, d'où son nom ancien de contrefaisant à ailes courtes ou celui de polyglotte (nom de l'espèce).

    L'Hypolaïs polyglotte fait partie de la Famille des Sylviidés dans laquelle nous trouvons, entre autres, les fauvettes, les pouillots ou les rousserolles. Celle-ci regroupe de petits oiseaux grisâtres-olivâtres à brunâtres dont les caractéristiques physiques sont souvent peu marquées, ce qui peut poser des problèmes d'identification pour l'observateur débutant. Heureusement, il y a  les voix qui, avec un peu d'habitude, nous indiquent, dans un milieu donné, la présence d'une espèce ou d'une autre. En Belgique deux espèces d'Hypolaïs sont présentes à la période de reproduction: l'Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina) et l'Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta). Les deux espèces sont très semblables, à l'exception de quelques détails. Elles ont le dessus du corps brun olivâtre et le dessous est jaune plus ou moins vif (parfois blanchâtre). De fort près, on peut remarquer le cercle orbital jaune et un petit sourcil jaunâtre peu distinct. Les rémiges et les rectrices sont brun foncé, les pattes montrent une teinte gris bleuâtre et le bec large, aplati, est souvent long et fort.

     

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    Dessin: Charles-Hubert Born

    Extrait de la revue Natagora n°1, mai-juin 2004


    La voix est donc un excellent critère pour différencier les deux espèces, du moins du mois de mai jusqu'au début du mois d'août. En fin d'été, les chants ne s'entendent plus et les cris caractéristiques se font plus rares. En ce qui concerne les cris, l'Hypolaïs ictérine a un appel caractéristique: un "tchetevoui" sonore, explosif et mélodieux et, parfois un "tek tek" dur de fauvette. L'Hypolaïs polyglotte, par contre, lance un cri bas et roulé de moineau en colère. Le chant de l'Hypolais ictérine est puissant, véhément et varié, extrêmement sonore, assez haché, avec des passages mélodieux, des notes discordantes, des imitations, accompagnées de fréquents "tevoui". Celui de l'Hypolaïs polyglotte est un bavardage beaucoup plus faible et moins véhément, plus musical et changeant, rapide et soutenu, sans passages durs.

     

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    L'Hypolaïs polyglotte est en progression en Wallonie. Elle est assez répandue au sud du sillon Sambre-et-Meuse, d'après l'Atlas des Oiseaux nicheurs de Wallonie 2001-2007.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    L'Hypolaïs polyglotte se montre volontiers à découvert, sur un perchoir: extrémité d'un rameau, sur un buisson ou à la pointe d'un petit arbre, parfois même sur des fils électriques ou téléphoniques. Querelleuse, elle se chamaille en particulier avec la Fauvette grisette (Sylvia communis) qui habite les mêmes milieux (P. Géroudet, 1998). J'ai constaté ce comportement avec cette fauvette dans les deux sites (Yvoir et Godinne).

     

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    La Fauvette grisette (Sylvia communis)

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net 


    L'Hypolaïs polyglotte aime les expositions ensoleillées et des habitats le plus souvent secs. Une strate ligneuse assez basse composée de buissons généralement épineux et de jeunes arbres, pas trop serrés et séparés par des zones à hautes herbes riches en insectes, semble être son milieu favori, mais pas exclusivement. On peut la trouver dans des buissons sur pelouses calcaires, dans des haies épaisses ou discontinues, dans la végétation de coupes forestières, dans des friches broussailleuses, ...


     

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    L'Hypolais ictérine (Hippolais icterina) est devenue plus rare en Wallonie. Les oiseaux nicheurs sont en diminution et pratiquement limités à la Région limoneuse. Elle semble avoir disparu du Condroz. De temps en temps on y note des observations qui concerne probablement des migrateurs en halte.

    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Braives, 29 Mai 2008.


    Littérature consultée

    Bronne L.: "Dupond s'en vient, Dupond s'en va", in Revue Natagora n°1, mai-juin 2004.

    Burnel A. et Clotuche E.: "Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina)", in "Atlas des Oiseaux nicheurs de Wallonie 2001-2007" pp. 346-347, Aves 2010.

    Devillers P.: "Identification 1: Les Hypolaïs ictérine et polyglotte", in Bulletin Aves Vol. 3, Février 1964.

    Jacob J.-P.: "Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta)", in "Atlas des Oiseaux nicheurs de wallonie 2001-2007" pp. 348-349, Aves 2010.

    Jacob J.-P. et Paquay M.: "L'Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta) en 1983 en Wallonie, in Bulletin Aves Vol.21 n°2, 1984.

    Géroudet P. et Cuisin M.: "Les Passereaux d'Europe" Tome 2, pp.53 à 60, Ed. Delachaux et Niestlé, 1998.

    Svenson L.: "Le Guide Ornitho", Ed. Delachaux et Niestlé, 2010.


     

     

     

     


     


  • Un couple de Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) à l'Airbois (Tricointe) !

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à prendre connaissance des informations complémentaires, en fin de note.

    Depuis 2007, le paysage a bien changé autour de la Ferme de l'Airbois. La pente de la colline, exposée au nord, qui domine le hameau de Tricointe, est devenue un milieu plus ouvert et lumineux, diversifié et plus favorable à l'avifaune des sites ouverts ou semi-ouverts. La tempête du 17 janvier 2007 rase 8ha de conifères et la coupe à blanc, en 2008 et 2009, fait disparaître définitivement de l'endroit les épicéas communs et les sapins de Douglas. Il y a cinq ans déjà que les derniers engins de débardage ont rendu le silence à ces lieux et de nombreux passereaux ont trouvé la zone accueillante pour s'y reproduire (1), s'y arrêter lors des migrations (2) ou, simplement, s'y nourrir (3). L'ancienne coupe forestière est devenue aussi le terrain de chasse idéal pour de nombreux rapaces. Le faucon crécerelle (Falco tinnunculus), l'épervier d'Europe (Accipiter nisus), la buse variable(Buteo buteo), la bondrée apivore (Pernis apivorus) ou le busard Saint-Martin (Circus cyaneus) y sont observés régulièrement. C'est aussi le lieu de parade favori pour les bécasses des bois (Scolopax rusticola).

    Le 6 juin dernier, une fauvette grisette (Sylvia communis), s'élève de quelques mètres au-dessus des broussailles, émettant une série de strophes précipitées, puis se pose au sommet de la branche morte d'un arbuste en produisant ses phrases volubiles. A ma gauche, à partir d'un arbre de la lisière, le pipit des arbres (Anthus trivialis) pratique son vol chanté toujours surprenant. Le bruant jaune (Emberiza citrinella) passe avec de la nourriture au bec. Là, à la pointe d'un rejet de frêne dénudé, un oiseau paraissant plus costaud, ayant la taille d'un gros moineau (4), est perché. Sur son poste d'affût, il semble guetter, prêt à plonger sur une proie. Il s'éclipse soudain et reparaît bien en vue, sur un rameau, dix mètres plus loin. La calotte gris pâle, le bandeau noir en travers de l'oeil, le manteau et les ailes brun roux, la poitrine rosée, la queue assez longue, noire et blanche, sont les caractéristiques de la pie-grièche écorcheur mâle.

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Hier soir, Alain m'a annoncé la présence d'un couple à l'Airbois. Quelle joie ! La pie-grièche écorcheur est bien présente. Elle choisira peut-être le site pour se reproduire. De magnifiques observations en perpective se préparent !

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    Un couple de pie-grièche écorcheur à l'Airbois (femelle à gauche et mâle à droite).

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Les pies-grièches (Laniidae) sont des passereaux de taille moyenne faisant figure de petits rapaces avec leur bec crochu. La longue queue, les beaux plumages en partie bariolés de noir et de blanc et la tête assez grosse marquée généralement d'un large bandeau sombre (souvent noir) à travers l'oeil ou derrière celui-ci sont autant de caractéristiques de la Famille.

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net


    Ces passereaux ont l'habitude de se tenir bien en vue, de préférence sur des postes dominants, souvent en terrain découvert, pour guetter leurs proies. Selon l'habitat, celles-ci sont très variées: insectes, araignées, larves et vers, escargots, petits reptiles (lézards, orvets, ...) et amphibiens (grenouilles, tritons), jeunes rongeurs ou musaraignes, petits oiseaux pris au nid ou peu après leur sortie. Les invertébrés (insectes surtout) constituent une part importante du régime alimentaire des pies-grièches. Soulignons aussi la manie de la Famille d'empaler le butin sur les épines d'arbustes, comme les aubépines et les prunelliers, ou sur des fils barbelés, en des points précis du territoire.

     

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    Le mâle de pie-grièche écorcheur au lardoir.

    Photo: A. Saunier, Eschert (CH), août 2002.


    L'utilité de ces "lardoirs" serait de fixer la proie afin de mieux la dépecer. Cependant, de nombreux oiseaux se contentent de maintenir la proie dans les doigts d'une patte, qu'ils portent souvent au bec. Ce comportement spécialisé n'est pas remarqué chez tous les oiseaux et serait plus régulier dans les régions à climat humide et froid, où la chasse aux insectes est de durée réduite. Cette hypothèse est à vérifier !

    Tous les Laniidés d'Europe (cinq espèces) sont en forte régression depuis la deuxième moitié du XXème siècle. Celle-ci coïncide avec l'apparition de l'agriculture intensive et industrielle. En Belgique, la pie-grièche rose (Lanius minor) n'a plus niché depuis 1930. La pie-grièche à tête rousse (Lanius senator) est devenue un oiseau nicheur occasionnel (un seul cas de nidification lors des prospections pour l'atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, de 2001 à 2007). La pie-grièche grise (Lanius excubitor) et la pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) restent donc les seuls Laniidés qui se reproduisent encore en Wallonie.

     

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    La pie-grièche grise (Lanius excubitor)

    Photo: Jules Fouarge - Aves-Natagora


    La cause principale de la régression des pies-grièches, toutes espèces confondues, est la disparition de leurs habitats. L'emploi des pesticides et l'impact de ceux-ci sur l'entomofaune doit aussi avoir un effet très néfaste sur ces oiseaux particuliers.

    Revenons maintenant à la pie-grièche écorcheur. La femelle, plus discrète, a la poitrine barrée de gris et un léger bandeau brun sur l'oeil. Les juvéniles ressemblent aux femelles et portent un manteau écailleux.

     

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    Pie-grièche écorcheur: la femelle

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    La silhouette dressée de la pie-grièche écorcheur est typique. Sur son poste d'affût, elle voit tout. Que l'intrus approche, les battements nerveux de sa queue s'intensifient et, d'un vol ondulé, elle disparaît pour reparaître un peu plus loin, sur un autre support. Elle émet alors des cris d'alarme assez forts et grinçants.

     

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    Pose typique d'une pie-grièche écorcheur inquiète

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Dès le mois de mai, le mâle prend possession de son territoire et le défend hardiment. Lorsqu'une femelle le rejoint, il chante (5), en faisant vibrer ses ailes, fait le beau, montrant tour à tour le rose de sa poitrine ou les contrastes de son dos.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    En général, c'est lui qui construira le gros oeuvre du nid, caché au coeur d'un buisson touffu, laissant à la femelle le soin de le parachever. Celle-ci couvera ses 5 ou 6 oeufs, ravitaillée régulièrement par son compagnon. L'envol des jeunes aura lieu vers deux semaines. La petite famille restera longtemps unie.

    Dès la fin août, les pies-grièches écorcheurs quittent notre pays pour un long voyage de nuit qui les mènera dans les savanes et steppes boisées de l'Afrique orientale et méridionale, au sud de l'Equateur. La migration (6) des oiseaux d'Europe occidentale et centrale a ceci de particulier qu'elle concentre le flot des voyageurs d'automne vers les Balkans et la Grèce, d'où ils gagnent directement l'Egypte. De là, les oiseaux progressent vers leurs quartiers d'hiver (P. Géroudet, 1998). Au retour, les pies-grièches écorcheurs suivent une route un peu différente: du Soudan, elles passent en Arabie, en Palestine, en Syrie et en Asie Mineure, sur un front étroit, puis se dispersent en éventail sur l'Europe. Chez nous, le retour de l'espèce a lieu fin avril et début mai, plus ou moins tard selon les années.

     

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    Les habitats typiques de la pie-grièche écorcheur sont les campagnes ouvertes, les prairies parsemées de haies denses, riches en buissons épineux (aubépines et prunelliers surtout). Elle fréquente aussi les landes, les coteaux calcaires et les coupes forestière en repousse.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

    (1) Les oiseaux nicheurs sont notamment le bruant jaune (Emberiza cirtinella), la fauvette des jardins (Sylvia borin), la fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), la fauvette grisette (Sylvia communis), l'accenteur mouchet (Prunella modularis), le troglodyte (Troglodytes troglodytes), le pouillot véloce (Phylloscopus collybita), le pouillot fitis (Phylloscopus trochilus) et l'hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta).

    (2) La zone est parfois une halte migratoire pour le tarier pâtre (Saxicola torquatus), la locustelle tachetée (Locustella naevia), la grive litorne (Turdus pilaris), la grive mauvis (Turdus iliacus), le pinson du nord (Fringilla montifringilla), le sizerin cabaret (Carduelis flammea), ...

    (3) Outre les rapaces, de nombreux passereaux viennent s'y nourrir: pic noir (Dryocopus martius), pic vert (Picus viridis), coucou gris (Cuculus canorus), pinson des arbres (Fringilla coelebs), pigeon ramier (Columba palumbus), linotte mélodieuse (Carduelis cannabina), verdier d'Europe (Carduelis chloris), rougegorge (Erithacus rubecula), bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula), grive musicienne (Turdus philomelos), ...

    (4) La taille de la pie-grièche écorcheur est intermédiaire entre celles du moineau et du merle (Longueur: 16,5 à 18 cm; poids moyen: 26 à 38 g).

    (5) Le chant du mâle relativement discret s'étend surtout de l'arrivée de l'oiseau à l'éclosion des petits, avec quelques reprises estivales occasionnelles. Il est composé d'imitations de chants d'autres oiseaux constituant un babil agréable et varié, quoique peu sonore.

    (6) Ce type de migration est appelé "migration en boucle", d'après certains auteurs.


    Bibliographie:

    Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie - 2001-2007 (Publication d'Aves  et du Département de l'étude du Milieu Naturel et Agricole - Service Public de Wallonie) -Gembloux 2010:

    Dehem Ch.: Pie-grièche grise Lanius excubitor

    Jacob J.-P.: Pie-grièche à tête rousse Lanius senator et Pie-grièche à poitrine rose Lanius minor

    Titeux N., van der Elst D. et Van Nieuwenhuyse Dr.: Pie-grièche écorcheur Lanius collurio


    Géroudet P. et Cuisin M.: "Les Passereaux d'Europe" Tome 2 - Delachaux et Niestlé, Paris 1998.

    Jacob J.-P.: "La situation des Pies-grièches écorcheurs (Lanius collurio) et grise (Lanius excubitor) en Wallonie (Belgique)", in Aves (Bulletin de la Société d'études ornithologiques Aves), 36 (1-3) - 1999.

    Svensson L., Mullarney K. et Zetterström D.: "Le guide Ornitho" - Delachaux et Niestlé, Paris 2010.

    Zollinger J.-L.: "Evolution de l'habitat et des effectifs d'une population de Pie-grièche écorcheur Lanius collurio sur le Plateau vaudois", in Nos Oiseaux (Revue de la Société romande pour l'étude et la protection des oiseaux), Volume 53/1 - Mars 2006 - N°483.

     



  • Le Merle à plastron (Turdus torquatus), une espèce boréo-alpine de passage à Tricointe (Yvoir)

    Le 12 avril 2012, j'emprunte le chemin des meuniers pour me rendre à Tricointe. Là où le sentier en pente se termine, des cris d'alarme, durs et saccadés, rappelant un peu la grive litorne (Turdus pilaris), proviennent de la lisière forestière. Un merle assez sombre surgit tout d'un coup, se pose dans la prairie quelques instants, puis va se poser, bien en évidence, sur une branche d'un pin sylvestre. Pas de doute, voilà l'oiseau que je recherche à chaque printemps, au mois d'avril ! Un merle à plastron (Turdus torquatus torquatus) !

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Un large croissant blanc sur la poitrine me permet de déterminer cet oiseau. C'est un mâle. De passage, au printemps, il paraît très sombre en dessous du plastron, d'un brun foncé à noirâtre presque uniforme. Ses ailes fermées dessinent au-dessus des flancs une zone plus pâle, argentée, parfois peu apparente chez cette sous-espèce nordique. La femelle est plutôt brune et son plastron frappe moins le regard, parce que plus petit et brunâtre. Son allure et son plumage sombre font ressortir sa parenté avec notre merle noir (Turdus merula). Tous deux, par exemple, ont le même "tic" de relever la queue en se posant. Cependant, le merle à plastron me paraît un peu plus svelte et robuste, endurci au climats rudes. Son naturel farouche et nerveux, sa voix rocailleuse, son attitude dressée et toujours sur le qui-vive, le rapproche davantage de la grive litorne (P. Géroudet, 1998).

     

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    La grive litorne (Turdus pilaris) pour comparaison.

    Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net


    En observant attentivement notre oiseau, de passage au printemps, je remarque son bec jaune à pointe brune, ses pattes brun clair et l'iris brun noirâtre.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Le merle à plastron est une espèce à distribution boréo-alpine typique (D. van der Elst, 1984). Sa répartition géographique est disjointe, sans être tout à fait celle des véritables reliques glaciaires comme le lalopède alpin (Lagopus muta) ou le pic à dos blanc (Dendrocopos leucotos). Paul Géroudet (1998) nous dit dans son ouvrage à propos des Passereaux d'Europe: "La dislocation de l'espèce après les glaciations a constitué des populations isolées dans les systèmes montagneux d'Europe moyenne et méridionale". Pour expliquer cette curieuse répartition, il nous faut remonter dans le temps. Le quaternaire a vu apparaître des phénomènes climatiques particuliers et notamment la dernière invasion glaciaire, dite de Würm. L'Europe de l'ouest est demeurée longtemps sous un climat rigoureux très froid et sec, des calottes de glace couvrant les régions septentrionales du continent. Les  plaines fertiles d'aujourd'hui étaient composées de steppes et la taïga couvrait la Provence ainsi qu'une partie de la péninsule ibérique.


    L'Europe lors de la dernière glaciation dite de Würm, débutant vers 70.000 ans et se terminant vers 12.000 ans, du moins sous nos latitudes.

     

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    La glaciation de Würm est une manifestation d'un refroidissement qui a concerné plus ou moins directement toute la planète. Ce refroidissement a notamment eu pour conséquence une baisse du niveau des mers d'une centaine de mètres (régression marine) et l'établissement d'un climat périglaciaire dans nos régions, aboutissant à de profondes modifications de la faune et de la flore (voir à ce propos les pages concernant la Glaciation de Würm, sur le site http://fr.wikipedia.org).


    A cette époque, il ne devait y exister que des oiseaux de la faune boréale qui, lors du refroidissement, migrèrent plus au sud. Quant à la plupart des espèces européennes actuelles, il semblerait qu'elles habitaient les plaines russes et d'Asie centrale, qui jouissaient alors d'un climat un peu moins rigoureux. Lors du retrait des glaciers, la faune arctique remonta progressivement vers le nord et, quelques-uns de ses représentants, trouvèrent refuge en altitude, dans les Alpes, les Pyrénées ou d'autres sommets, là où les conditions climatiques se rapprochent le plus de celles des régions froides du nord de l'Europe (J.-F. Dejonghe, 1984). C'est le cas du lagopède alpin, du pic à dos blanc, mais aussi du lièvre variable (Lepus timidus). Par ailleurs, on constate le même phénomène chez certaines plantes présentes dans les régions septentrionales de l'Europe et dans les Alpes. Ainsi la dryade à huit pétales, appelée aussi Thé des Alpes, Thé suisse ou Chênette (Dryas octopetala) est un arbuste en espalier doué d'un remarquable pouvoir de colonisation. Cette espèce calcicole des Alpes croît dans presque toutes les montagnes d'Europe, des Pyrénées au Caucase et dans les régions arctiques. Elle a donné son nom à la période de la fin du dernier épisode glaciaire, le Dryas.

     

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    Photo: Fr. Hela, Nationalpark Hohe Tauern (Alpes autrichiennes), Juillet 1989.


    La répartition actuelle de notre merle à plastron semblerait donc bien pouvoir, en partie, s'expliquer par ces phénomènes glaciaires. La sous-espèce alpestris niche dans les montagnes du sud de l'Europe, des Pyrénées aux Balkans. Dans les Alpes, l'espèce est présente en lisière des forêts de résineux et dans les aulnaies de l'étage subalpin, de préférence sur les versants exposés au nord (Ubac) (Dejonghe J.-F., 1984). Elle occupe, entre autres, l'Auvergne, les Vosges et la Forêt Noire. En Wallonie, cette sous-espèce est liée à la sylviculture de l'épicéa (Picea abies), aux altitudes les plus élevées, surtout au-delà de 600 mètres. D'après L. Schmitz (2010), le merle à plastron serait un nicheur très rare et fort localisé, dans les Hautes-Fagnes et les forêts périphériques. Pour cet auteur, des informations fragmentaires ne permettent pas d'écarter une possible présence sur les autres crêtes ardennaises (plateaux des Tailles, de Saint-Hubert, de Libramont - Libin et de la Croix-Scaille) (Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, L. Schmitz - 2010). 

     

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    Photo: Alain Chappuis@Naturissima(2011)


    La sous-espèce torquatus (celle observée à Tricointe) niche dans le nord et l'ouest de la Grande-Bretagne et sur le plateau scandinave. Les deux sous-espèces hivernent principalement dans le sud-ouest de l'Europe et au Magreb. 

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    Turdus torquatus torquatus, sous-espèce nordique de passage chez nous.

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Au cours de ses migrations, la sous-espèce torquatus se rencontre en petit nombre dans tous les pays d'Europe occidentale. La migration printanière de celle-ci se déroule en moyenne du 1 avril au 2 mai, en Belgique. Le passage des mâles est plus important et précoce que celui des femelles (décalage en général d'une dizaine de jours). D'après D. van der Elst (1984), le schéma des migrations peut être sensiblement influencé par les conditions météorologiques. A plusieurs reprises, un passage du merle à plastron simultané à celui de traquets, de rougequeues à front blanc (Phoenicurus phoenicurus), de grives musiciennes (Turdus philomelos), de gobemouches noirs (Ficedula hypoleuca) et d'autres passereaux rejoignant la Scandinavie, a coincidé avec un vent d'est soutenu.  


    Ouvrages et documents consultés:

    Dejonghe J.-F.- "Les oiseaux de montagne" Edition du Point vétérinaire, 1984.

    Favarger Cl. et Robert P.-A. "Flore et Végétation des Alpes" (Tomes I et II) Ed. Delachaux et Niestlé, 1995.

    Géroudet P.- "Les Passereaux d'Europe" Edition mise à jour par M. Cuisin, Delachaux et Niestlé, Paris 1998.

    Schmitz L. - "Merle à plastron, Turdus torquatus", in "Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie" (pp. 320-321) Ed. Aves et Région wallonne, 2010.

    Schmitz L. - "Le Merle à plastron (Turdus torquatus) d'avril 2006 à Stockay n'était pas un alpestris", in Bulletin Aves Vol. 44/2, juin 2007.

    Schmitz L.et Michel J. - "Identité subspécifique, distribution et habitat des Merles à plastron (Turdus torquatus) nicheurs en Belgique", in Bulletin Aves Vol. 37/1-2, décembre 2000.

    Svensson L.- "Le guide ornitho" Ed. Delachaux et Niestlé, Paris 2010.

    van der Elst D.- "Le statut du Merle à plastron (Turdus torquatus) en Wallonie et en Brabant", in Bulletin Aves Vol. 21/2, 1984.






     

  • Des harles piettes (Mergus albellus) à Godinne et à Anseremme.

    Lors de la vague de froid de ce mois de février, les eaux de la Meuse sont prises par la glace, à certains endroits, surtout avant les écluses. Les eaux libres après les barrages sont alors fréquentées par de belle petites bandes de harles bièvres (Mergus merganser). Pour mon plus grand plaisir, les mâles et femelles volent, nagent et plongent sur le tronçon du fleuve entre Godinne et Houx-sur-Meuse. Du 1 au 21 février, des harles isolés ou des groupes comptant jusqu'à vingt oiseaux me donnent des ailes pour affronter la froid piquant*.

    Sur le fleuve, les abords des îles de Godinne et de Moniat (Anseremme) reçoivent, cette fois, la visite de quelques harles piettes. Ces petits harles au dos gris, coiffés d'un bonnet brun foncé qui contraste avec le blanc des joues et de la gorge, nagent bas sur l'eau, le cou engoncé.

     

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    Harle piette (Mergus albellus): une femelle ou un immature.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Plongeurs très actifs, ils se nourrisent de tout petits poissons. Ils les poursuivent dans les eaux peu profondes (1 à 4 mètres), où leurs immersions ne dépassent guère 15 à 30 secondes. La plongée oblique, d'une grande vivacité, les entraîne à ressortir assez loin du point de disparition. Il suffit alors que l'attention de l'observateur se porte ailleurs quelques instants pour ne plus les retrouver ensuite. A Anseremme, quatre oiseaux se plaisaient à plonger simultanément et à émerger en rapides successions. Le harle piette se montre sensible aux dérangements. Il est très prompt à l'essor et d'une légèreté de vol comparable à celle des sarcelles.

     

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    Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net


    Les oiseaux observés à Anseremme (4), le 7 février et à Godinne (2), les 16 et 17 de ce mois, sont tous des femelles ou des immatures. Ces derniers gardent longtemps leur plumage juvénile semblable à la femelle adulte et rien ne permet de les différencier.

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    Photo: Nadine Thonnard, Godinne, 17 février 2012.


    Les mâles adultes sont, par contre, moins fréquents. Il y a plusieurs années, lors d'un hiver très rigoureux, j'ai eu l'occasion d'en observer sur la Meuse à Jambes. Ma surprise fut grande ! A l'oeil nu et à distance, le mâle adulte semble tout blanc, mais aux jumelles, son extraordinaire parure nuptiale captive le regard par ses détails.

     

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    Mergus albellus mâle adulte.

    Photo: Yves Thonnerieux - www.oiseaux.net


    Le blanc ne serait pas si éclatant s'il n'était rehaussé de parements noirs: une tache arrondie en lunette entre l'oeil et le petit bec gris bleu, une bande soulignant la huppe saillante, deux filets traversant le bas du cou et la poitrine, un troisième longeant les scapulaires, plus un long triangle dorsal. Le croupion et la queue tirent sur le gris foncé et de fines stries gis pâle ornent les flancs... une merveille !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Mais d'où viennent-ils, ces petits harles ? L'origine de ces oiseaux pourrait se situer dans le nord de la Finlande et de la Russie ou même dans l'ouest de la Sibérie occidentale. Lors de vagues de froid atteignant l'Europe centrale, il semble que les observations de harles piettes dans nos régions soient plus nombreuses. La plupart sont des femelles ou immatures, les mâles adultes étant moins fréquents. Comme le garrot à oeil d'or (Bucephala clangula) et d'autres espèces de harles, le harle piette niche dans les cavités des arbres et les nichoirs mis à sa disposition, à proximité des lacs et cours d'eau lents, bordés de forêts. Il se reproduit dans la zone forestière du nord de la Scandinavie, de la Finlande, de la Russie et de la Sibérie jusqu'aux îles Sakhaline (P. Géroudet, 1999).


    * A propos du harle bièvre: voir la note du 6/12/11 "Trois harles bièvres (Mergus merganser) à Godinne", dans la rubrique Avifaune.




  • Le Fuligule morillon (Aythya fuligula), un plongeur émérite !

    Une matinée de janvier, là où les eaux du Bocq se mélangent à celles de la Meuse, cinq petits canards alertes nagent et plongent, sans se soucier de ma présence. C'est tout un spectacle que de voir les fuligules morillons disparaître dans les flots ! L'un après l'autre, parfois en succession rapide, ils basculent en avant avec une vigoureuse poussée des pattes et descendent rapidement vers le fond.


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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.

     

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    Photo: Marc Fasol - www.oiseaux.net


    Paul Géroudet explique que, là, ils explorent le limon, fouillent du bec la vase molle, retournent les pierres, la tête en bas, le corps très incliné. D'après cet auteur, ils godillent vigoureusement par un mouvement des pattes étalées, pour se maintenir et se diriger au fond. Les fuligules morillons consomment sous l'eau les aliments qu'ils y ont trouvés. Le régime alimentaire est composé surtout de toutes sortes de mollusques, de petits crustacés (gamares, aselles, ...), de larves d'insectes (chironomes, phryganes, ...), ainsi que de diverses graines de plantes aquatiques ou non. Ceux-ci sont capturés à une profondeur oscillant en moyenne entre deux et cinq mètres (moins souvent sept ou huit mètres). L'immersion dure, en général, 20 à 30 secondes et, parfois même, jusqu'à 50 secondes.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    L'un après l'autre, voilà qu'ils remontent à la surface, comme des bulles d'air. Très vifs et éveillés, ces plongeurs émérites m'ont vu. Aussitôt rassemblés, ils s'éloignent d'abord à la nage, le cou dressé, puis décollent bruyamment. Au vol, les fuligules morillons déploient des ailes noires que traverse une longue bande blanche effilée. Leur ventre blanc est fort visible.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Depuis la fin du mois d'octobre, je ne cesse de contempler les diverses attitudes de ces fuligules attachants. Sur la Meuse, de petits groupes circulent à Yvoir et Godinne. Le fuligule morillon est une petit canard plongeur mesurant 40 à 70 cm de longueur et pesant un peu moins d'1 kg. Avec son plumage noir brillant et ses flancs blanc pur, nettement découpés, le mâle est superbe.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    De près, on peut admirer les reflets pourpres ou verdâtres de la tête, sa huppe bien développée qui retombe derrière celle-ci, son oeil jaune et son bec gris bleu terminé par une pointe noire. Adulte, le mâle porte cette livrée nuptiale dès octobre ou novembre.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    La femelle, très différente, a un plumage beaucoup moins voyant. La tête brune marquée d'une courte huppe, les yeux jaunes, le bec gris avec une vague bande pâle à l'avant et terminé par une pointe noire, ainsi que le dos brun-noir sont les caractéristiques d'une femelle typique.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    Certaines femelles peuvent présenter une tache blanche variable autour du bec. On pourrait alors les confondre avec la femelle du Fuligule milouinan (Aythya marila), espèce rare en Wallonie. Cette dernière porte une zone blanche à la racine du bec, mais celle-ci est plus étendue et plus large, allant souvent jusqu'au front. En outre, la tête brune et ronde sans huppe, le dos et les flancs bien plus clairs, brun grisâtre, et le petit onglet noir terminant le bec, sont des indices qui permettent d'identifier cette espèce.

     

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    Fuligule milouinan (Aythya marila): Une femelle.

    Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net


    On constate un accroissement des populations de fuligules morillons dans une grande partie de l'Europe occidentale et septentrionale. Ce canard plongeur se rencontre en Islande, en Irlande et en Grande-Bretagne. Sur le continent, son aire de nidification s'étend depuis la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande juqu'aux pays Baltes et la Russie. Plus loin, on le retrouverait en Sibérie, en Mongolie et au Japon !

     

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    Fuligule morillon (Aythya fuligula) mâle s'ébrouant.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Durant la mauvaise saison, lors d'hivers plus ou moins rigoureux, plusieurs milliers de ces canards son recensés (d'après les comptages hivernaux d'oiseaux d'eau effectués en janvier). Au cours d'hivers doux, ils apparaissent aussi régulièrement, mais en nombre plus restreint. Les fuligules morillons hivernants dans notre pays proviennent principalement du nord de l'Europe orientale et de Scandinavie. En comparant la situation aux Pays-Bas, nos populations en hiver sont assez faibles. L. Benoy (1994) indique à ce propos que l'Ijsselmeer hollandais, entre autres, abrite chaque hiver plus de 100.000 fuligules morillons. La tête toujours tournée face au vent, ils y formeraient des files de plusieurs kilomètres le long des digues !

     

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    Un couple.

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    La population hivernante dans le nord-ouest de l'Europe est estimée à plus de 500.000 oiseaux et, environ 300.000 passerait l'hiver de la Méditerranée à la Mer noire.

    En Belgique, le fuligule morillon est un nicheur assez répandu, en progression. La population wallonne comprendrait de 200 à 260 couples au moins, principalement dans le bassin de la Haine, en Brabant, en Hesbaye et dans l'ouest de l'Entre-Sambre-et-Meuse (d'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, 2001-2007 par J.-P. Jacob et al., 2010). D'après cet ouvrage, la nidification a été prouvée en Basse-Meuse et sur certains étangs ardennais. En général, le fuligule morillon se reproduit sur des étangs peu profonds, à végétation assez fournie. Les sites tranquilles pourvus d'îlots, de roselières ou d'autres ceintures de végétaux palustres, avec une faune riche en invertébrés aquatiques, ont sa préférence pour l'installation de son nid. La nidification tardive de l'espèce coïnciderait avec le développement estival des petits mollusques d'eau douce, consommés en nombre.

     

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    "Le fuligule morillon se soucie beaucoup du bon état de son plumage, qui doit être bien serré, lissé et graissé soigneusement. Il se baigne en plongeant d'abord la tête dans l'eau, la rejette en arrière et inonde tout le dessus du corps; puis les ailes frappent l'eau et la queue frétille joyeusement. Alors commence la mise en ordre, dont le bec est le principal instrument; pour atteindre les plumes de la poitrine, il est obligé de nager sur le flanc et se retourne même complètement dans l'eau, n'y gardant qu'une seule patte pour se maintenir en équilibre." Extrait de l'ouvrage "Les Palmipèdes d'Europe", par Paul Géroudet, Editions Delachaux et Niestlé, 1999.

     

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    "La toilette de l'oiseau se termine par un battement d'ailes qui soulève l'oiseau au-dessus de l'eau, afin de chasser les gouttelettes égarées dans les plumes. Enfin, les ailes sont cachées dans les poches des flancs." Extrait de l'ouvrage "Les Palmipèdes d'Europe", par Paul Géroudet.

     

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    Un fuligule morillon mâle, la huppe au vent !

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 7 Mars 2010.









  • Des goélands en Haute-Meuse ...

    L'observation régulière de goélands sur la Meuse, surtout de la fin de l'été au printemps suivant, peut surprendre. Le vol et l'allure de ces oiseaux impressionnants, parfois même leurs cris, donnent à notre vallée une atmosphère de rivages marins. En vol, les goélands adultes, de taille souvent importante, se distinguent des mouettes rieuses, plus petites et plus légères, par l'envergure plus forte et l'extrémité noire des ailes marquées de taches blanches.

     

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    Un goéland leucophée (Larus michahellis) adulte.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Posés, les adultes ont un plumage entièrement blanc (tête, gorge, poitrine, ventre et queue). Le manteau et les couvertures alaires (dessus ou dos de l'oiseau) ont une couleur grise ou noire uniforme. Leurs pattes palmées peuvent être jaunes, verdâtres ou rosées et le bec, souvent fort, est jaune ou jaune verdâtre, marqué ou non, à l'angle inférieur de la mandibule, d'une tache rouge. C'est vers celle-ci que les poussins affamés donnent de petits coups de bec afin que l'adulte leur régurgite de la nourriture.

     

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    Un goéland argenté (Larus argentatus) adulte.

    Photo: Fr. Hela, Nieuwpoort, 22 Juin 2011


    Les goélands immatures présentent des plumages variables tachetés de gris et de brun-noirâtre. On les surnomme parfois "grisards". Ces plumages de jeunesse (premier, deuxième ou troisième hiver ...) sont communs, à quelques nuances près, aux différentes espèces de goélands. Chez ces oiseaux, le bec est, dans la plupart des cas, foncé (noir ou brun noirâtre) et les pattes sont rosées ou rose pâle.

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    Goéland argenté (Larus argentatus) immature.

    Photos: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Je me limiterai ici à présenter quelques goélands à l'âge adulte, en plumage internuptial ou nuptial. L'identification des juvéniles et immatures est souvent difficile, vu la grande variabilité du plumage de ces oiseaux en fonction de l'âge. Ces espèces fréquentent plus ou moins régulièrement la Meuse et, notamment, les îles d'Yvoir ou de Godinne.

    Une vingtaine d'espèces de Laridés (Mouettes et Goélands) sont observées en Belgique, dont au moins une dizaine d'oiseaux du Genre Larus. En Haute-Meuse, on peut observer jusqu'à cinq espèces.


    Le Goéland cendré (Larus canus) est le plus petit de nos goélands, un peu plus grand que la mouette rieuse (Chroicocephalus ridibundus) Sa longueur est plus ou moins de 40 à 42 cm et son envergure varie de 110 à 120 cm. Adulte, il a le dos gris, un bec assez fin et uniformément jaune verdâtre (parfois gris bleuâtre). Ses pattes sont aussi de cette coloration.

     

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    Goéland cendré (Larus canus) adulte, en plumage nuptial.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

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    Goéland cendré (Larus canus) immature.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net


    En hiver, les oiseaux adultes ont la tête blanche striée de gris et le bec semble plus terne, avec une étroite barre sombre. Si la taille est difficile à évaluer, il faut alors noter le bec petit et mince, ainsi que la tête arrondie. L' allure du goéland cendré est moins lourde que les autres goélands et ses mouvements sont plus vifs. Voici quelques photos afin de bien distinguer la mouette rieuse et le goéland cendré:

     

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    Parmi ces mouette rieuses, deux goélands cendrés (un adulte en plumage d'hiver et un immature) se reposent l'un à côté de l'autre.

    Photo: Fr. Hela, Jambes, 22 Décembre 2010.

     

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    Deux mouettes rieuses: A l'avant plan, un oiseau adulte en plumage d'hiver et, à l'arrière, un immature.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Décembre 2010.

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    Au printemps, la mouette rieuse adulte en plumage nuptial arbore un capuchon facial brun chocolat. Cette mouette au nid couve.

    Photo: Fr. Hela, Harchies-Hensies, 9 Mai 2011.


    Le goéland cendré affectionne des côtes rocheuses et herbeuses du littoral, mais il niche aussi à l'intérieur des terres. En Wallonie, il s'installe dans d'anciennes carrières plus ou moins inondées, sur certains canaux et étangs marécageux. D'après l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie (J.-P. Jacob et al., 2010), ce petit goéland niche dans un petit nombre de sites de Moyenne-Belgique, surtout dans le Hainaut. En 2006 surtout, la population nicheuse wallonne était estimée à 82-94 couples.


    Le Goéland argenté (Larus argentatus) est le plus commun de nos grands goélands. Il a une assez grande taille (54 à 60 cm de longueur et une envergure de 123 à 148 cm), assez proche d'une buse variable (Buteo buteo). Adulte, l'oiseau a le dos gris clair, une tête blanche en été, mais fortement striée de brun-gris en automne et en hiver (de septembre à janvier). Son bec est jaune avec une tache rouge orangé. Son oeil jaune au cercle orbital de la même couleur paraît pâle de loin. Ses pattes sont couleur chair (rose clair), à tout âge. Le goéland a une allure assez ramassée et "massive".

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net


    Répandu et commun dans le nord de l'Europe, il est souvent abondant sur les côtes ou non loin de celles-ci, mais aussi à l'intérieur des terres. Les goélands argentés se réunissent en colonie pouvant atteindre des centaines, voire des milliers de couples, nichant sur des îlots rocheux à maigre végétation (Bretagne), dans les dunes (Pays-Bas) et même sur les bâtiments des villes portuaires (Grande-bretagne).

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Le Goéland brun (Larus fuscus) apparaît de temps en temps sur la Meuse, mais beaucoup moins que les autres espèces décrites dans cette note. Les observations de ce goéland se situent, en général, d'août à octobre. Celui-ci développe un vol superbe quand il déploie ses longues ailes souples aux battements lents et mesurés. D'allure plus svelte, il évolue aussi aisément sur terre et sur l'eau.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net


    Le goéland brun adulte possède le même plumage blanc et noir que le goéland marin (Larus marinus), espèce bien plus grande, au bec fort et aux pattes roses.

     

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    Le Goéland marin (Larus marinus) est le plus grand de nos goélands (Longueur: 61 à 74 cm - Envergure: 144 à 166 cm). Il s'éloigne peu des côtes marines et son apparition en Wallonie reste exceptionnelle.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

     

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    Un goéland marin (Larus marinus): La grande taille, le bec fort et les pattes roses sont caractéristiques.

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Le goéland brun est plutôt la réplique du goéland argenté par la taille (Longueur: 48 à 56 cm - Envergure: entre 117 et 134 cm) et les moeurs presque identiques. Il s'en différencie par son dos et ses ailes gris très foncé, voire presque noirs, les pattes jaunes et le bout des ailes noir avec très peu de blanc.

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    Goéland brun (Larus fuscus) adulte.

    Photo: Yvon Toupin- www.oiseaux.net


    Si le goéland argenté est souvent sédentaire, le goéland brun s'affirme très nettement migrateur ou migrateur partiel. Il voyage solitairement ou en petits groupes (jusqu'à 10 oiseaux en général). Les reprises d'oiseaux anglais ont montré que les goélands bruns vont hiverner sur les côtes de France, d'Espagne, du Portugal et du nord-ouest de l'Afrique. Quelques uns atteindraient même de golfe de Guinée ! D'autres pénètrent en Méditerranée et séjournent sur le littoral du Maroc et de l'Algérie, où les arrivées se produisent fin septembre-début octobre. Les oiseaux du nord de l'Allemagne traverseraient l'Europe pour gagner les côtes est de l'Afrique et même la région des Grands Lacs. Ce comportement migratoire varie cependant selon les régions. Dans certains pays d'Europe occidentale, on observe aussi une augmentation d'oiseaux adultes qui demeurent sur place (P. Géroudet et M. Cuisin, 1999).

    Les goélands bruns recherchent particulièrement les îles rocheuses comme sites privilégiés de reproduction. Les parties plates de celles-ci sont occupées par d'importantes colonies, alors que les falaises et les zones escarpées sont dédaignées. C'est le cas, entre autres, en Bretagne et en Grande-Bretagne. Alors que les goélands argentés nichent sur les pourtours et les grèves des îles, les goélands bruns, en revanche, occupent la partie centrale, riche en végétation haute (fougères aigles, dactyles agglomérés, berces commnunes, ...).

     

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    Les cris du goéland brun sont particulièrement assourdissants.

    Photo: Fr. Hela, Flat Holm Island (GB), Mai 2002.


    Ainsi, au Pays de Galles, sur la petite île de Flat Holm dans le chenal de Bristol, située seulement à 5 miles au sud-est de Cardiff, j'ai pu me plonger, en 2002 et 2008, dans une colonie de plusieurs milliers de goélands bruns. C'est une expérience que l'on oublie pas. Le spectacle est hallucinant, fait de cris et de vols acrobatiques. A quelques mètres de ma tête, voire moins, les oiseaux hurlent littéralement et me rasent en m'aspergeant de fientes. Il valait mieux porter un chapeau pour éviter les coups de bec sur le crâne. Sur les chemins, de nombreux jeunes déambulaient dans tous les sens !

     

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    La petite île de Flat Holm (GB).

     

    Il me reste maintenant à vous présenter deux autres goélands qui sont observés régulièrement en Haute-Meuse, depuis quelques années. Longtemps considérés comme deux sous-espèces du goéland argenté, ces oiseaux sont l'objet de nombreuses publications ornithologiques, ce qui ne rend pas ma tâche très facile. J'essaierai ici de vous livrer ce que j'ai compris, en étant bien conscient que je n'ai sûrement pas fait le tour de la question.

    Parmi le complexe "goélands argentés", avec sa légion de races géographiques, on s'est rendu compte, depuis assez longtemps, qu'il y avait des goélands à pattes roses dans le Nord-Ouest de l'Europe et des oiseaux à pattes jaunes dans le Sud et l'Est, puis, de là, jusqu'en Asie centrale. De nos jours, les investigations éthologiques (comportements, émissions vocales) et les analyses génétiques ou autres ont révélé qu'il s'agit bien d'espèces à part entière.

    La plupart des populations de grands goélands explosent et sont en expansion en Europe occidentale. Le Goéland leucophée (Larus michahellis) ne fait pas exception à la règle. Originaire du Bassin méditerranéen, cette espèce a dépassé cette limite et est en expansion vers le nord. D'après Didier Vangeluwe (2000), il niche à présent sur la facade Atlantique jusqu'au Morbihan et a atteint, par la vallée du Rhône, le Jura et l'Alsace.

     

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    Un goéland leucophée (Larus michahellis) en Meuse.

    Photo: Fr. Hela, Leffe (Dinant), 31 août 2010.


    Toujours d'après cet auteur, les travaux de révision  taxonomique corroborés par les observations de terrain ont permis de conclure à la présence estivale chez nous du goéland leucophée. Entretemps, celui-ci est observé à d'autres saisons. Certains oiseaux errent, entre juillet et octobre, voire novembre ou décembre, dans la vallée de la Meuse !

    Le goéland leucophée adulte a un manteau et le dessus des ailes gris cendré plus sombre que le goéland argenté, d'où un contraste plus net avec le bord postérieur blanc de l'aile. En hiver, la tête et la nuque sont toutes blanches  (faiblement rayées en automne), d'où le nom d'espèce "leucophée" signifiant "tête blanche". Les pattes sont jaune orangé, parfois jaune pâle en automne, et le cercle orbital est rouge vif, bien visible à une certaine distance et dans de bonnes conditions d'observation. Le bec est fort, à bout bien crochu, et l'angle  formé par les incurvations de la mandibule inférieure (gonys) est saillant. La tache rouge de celle-ci est grande, gagnant souvent la mandibule supérieure.

     

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    Photo: Yvon Toupin- www.oiseaux.net


    Très proche des goélands bruns et leucophées, le Goéland pontique (Larus cachinnans), originaire d'Europe orientale et d'Asie centrale, devient, lui aussi, un visiteur plus régulier de la Baltique et du Nord-Ouest de l'Europe.

     

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    Photo: Hervé Michel - www.oiseaux.net


    C'est surtout en hiver que plusieurs de ces goélands hantent la vallée de la Meuse. Le mot "pontique" nous indique la région où se reproduit cet oiseau. Le Royaume du Pont a été instauré en 300 avant J.C., sur le bord de la Mer noire ! D'après Didier Vangeluwe (2000), les colonies de goélands pontiques sont en croissance en Ukraine, amenant probablement les oiseaux à chercher de nouvelles sources de nourriture et donc à s'étendre vers de nouvelles régions.

     

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    Photo: Marc Fasol - www.oiseaux.net


    Par rapport au goéland leucophée, le goéland pontique est plus élancé, possède une tête plus plate, des pattes et des ailes plus longues. Posé, il se tient plus droit avec le cou étiré ou la poitrine avancée, les ailes assez basses. Son bec est long et d'étroitesse constante. L'angle de la mandibule inférieure (gonys) n'est pas fort marqué. En dehors de la période de reproduction, le bec de l'adulte est assez vert-jaune pâle et les pattes sont ordinairement rose chamois clair, plus pâles que celles du goéland argenté. Son oeil paraît souvent sombre.

     

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    Photo: Fr. Hela, Leffe (Dinant), 19 Janvier 2012.


    Pour en savoir plus:

    * Le Guide Ornitho (Nouvelle édition, 2010), par Lars Svensson, Killian Mullarney et Dan Zetterström - Editions Delachaux et Niestlé (Les guides du naturaliste).

    * Identifier les oiseaux (Comment éviter les confusions ?), par A. Harris, L. Tucker et K. Vinicombe - Editions Delachaux et Niestlé, 1992.

    * Les Palmipèdes d'Europe, par Paul Géroudet (mise à jour par Michel Cuisin) -Editions Delachaux et Niestlé, 1999.

    * Vous avez dit: Goéland à pattes jaunes ?, par Didier Vangeluwe, Aves Contact N°5/2000 (pages 2 à 6).

    * Identification des mouettes et goélands en Wallonie (I. Les plumages les moins délicats), par Valéry Schollaert, Aves Contact N°4/2002 (pages 3 à 5).

    * Identification des mouettes et goélands en Wallonie (II. Les plumages immatures), par Valéry Schollaert, Aves Contact N°5/2002 (pages 2 à 5).

    * Identification des mouettes et goélands en Wallonie (III. L'évolution du plumage avec l'âge), par Didier Vangeluwe, Aves Contact N°1/2003 (pages 2 à 7).

    * Du Goéland argenté au Goéland leucophée: où en sommes-nous aujourd'hui ?, par Paul Géroudet, Bulletin de la Société romande pour l'étude et la protection des oiseau (Suisse) "Nos Oiseaux" N° 38/1986, pages 307 à 314.

    * Nos oiseaux de mer (2): Les mouettes et goélands, synthèse rédigée par Christophe Offredo, Revue Penn Ar Bed (Bretagne) N° 130 - Volume 18 - Fascicule 3/1989 (pages 93 à 121).

    * Les oiseaux de mer d'Europe, par Georges Dif - Editions Arthaud, 1982.










     











     




  • Trois harles bièvres (Mergus merganser), à Godinne.

    Lundi 28 novembre 2011: Godinne, la Meuse et son île, par une belle journée un peu fraîche.

     

    Plusieurs foulques macroules plongent brièvement en faisant des bonds, quelques poules d'eau côtoient un instant la rive de l'île avec quatre grèbes castagneux assez farouches. Des grèbes huppés, à demi cachés, somnolent et des fuligules morillons s'immergent régulièrement. Les oiseaux d'eau ont du charme et le spectacle qu'ils m'offrent est toujours fascinant. Là, mon regard est attiré par trois longues silhouettes, assez basses sur les flots, qui glissent rapidement sur l'eau, sans s'éloigner des rives. Elles se suivent à la queue leu leu, scrutant sans relâche les profondeurs du fleuve, en immergeant la tête jusqu'au dessus des yeux. Elles relèvent de temps en temps la tête, comme pour reprendre haleine. Les voilà qui disparaissent, s'enfoncent tranquillement. Un moment après, je les aperçois beaucoup plus loin, elles plongent à nouveau et ainsi de suite ... Des harles bièvres femelles !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Soudain, la scène s'interrompt. Arrivés à la pointe de l'île, les harles sont alertés: le bruit et les remous annoncent l'arrivée d'une imposante péniche. Battant des ailes et des pattes pour décoller, les trois harles s'ébranlent et s'envolent vers le large. Quel vol rapide! Il est vrai qu'ils peuvent atteindre parfois 70 km à l'heure! Le cou tendu, ils filent en vol direct, au ras de l'eau, à quelques mètres de hauteur. Les ailes noires et grises, marquées d'un carré blanc, à l'arrière, contre le corps, sont les caractéristiques des femelles en vol. Plus tard, un peu avant le pont de Godinne, je les retrouverai. Une femelle me fit même le cadeau d'être plus proche, ce qui me permettra de la détailler, dans une belle lumière.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne (Meuse), 28 Novembre 2011.

     

    Grand canard plongeur, le harle bièvre mesure de 58 à 66 cm de longueur et pèse de 900 g à 2,160 kg. La femelle présente un dos gris clair bleuté. Sa tête brun roux, ornée d'une huppe fournie qui retombe en arrière comme une crinière, lui donne une allure originale. Celle-ci présente un menton blanc pur et forme une limite très tranchée avec le cou gris. Mais ce qui est encore plus frappant chez ce harle, c'est son bec mince, effilé, terminé par un crochet et, surtout, garni de "dents" aiguës, qui lui a valu le nom populaire de "bec-en-scie". Grâce à celui-ci, il se fait un jeu de saisir un poisson et de le maintenir fermement.

    Le harle bièvre est un pêcheur spécialisé comme les plongeons et les grèbes. Après avoir explorer du regard les profondeurs, il plonge et reparaît à quelques distances du lieu de plongée, car il poursuit ses proies dans l'eau avec aisance et rapidité. Le corps allongé, la position des pattes sous le ventre, terminées par de larges palmures, sont les caractéristiques de ce plongeur piscivore diurne. Il aime les eaux claires, libres et de certaines étendues. Il se nourrit, en règle générale, de poissons d'assez petite taille, la plupart n'excédant pas 12 à 15 cm de longueur; il semble gêné pour avaler de grosses et larges proies (P. Géroudet, 1987). Il s'enfonce dans l'eau, le plus souvent, à une profondeur de 2 à 5 mètres (M. Cuisin, 1999).

    Le harle bièvre est un oiseau sociable, vivant volontiers en compagnie comptant jusqu'à une douzaine d'individus ou davantage et voisinant avec les grèbes et d'autres canards plongeurs. Les populations nordiques de harles bièvres sont en partie contrainte à l'émigration par les rigueurs hivernales. Les mâles, arborant un magnifique plumage très contrasté, tendent à s'éloigner le moins possible des lieux de nidification, sauf en période de très grands froids.

     

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    Un harle bièvre mâle.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

     

    Les femelles et les jeunes voyagent davantage et atteignent même le nord de la Méditerranée, exceptionnellement l'Afrique du Nord. Les oiseaux d'Europe occidentale hivernent dans la Baltique, sur les côtes de Suède, du Danemark, de l'Allemagne et des Pays-bas. En Belgique, le harle bièvre est un hôte assez irrégulier et peu commun d'octobre à avril. Ils y sont plus nombreux lorsque l'hiver est rigoureux. En Mars, le retour des harles coïncide, en général, avec la débâcle des glaces, dans les régions septentrionales.

    A la belle saison, le harle bièvre fréquente les lacs et cours d'eau calmes des régions boisées. Il s'installe, pour nicher, près des eaux assez profondes et poissonneuses. Pour son nid, il  recherche une cavité spacieuse d'un grand arbre (jusqu'à 12 mètres de hauteur), pas trop loin du rivage. Ce grand oiseau est donc cavernicole ! En Suède, il adopte volontiers un nichoir de grande taille qu'on dispose à son intention.

     

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    Une femelle et ses grands poussins, quelque part en Alaska.

    Photo: Ron Niebrugge / www.Wildnatureimages.com

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Des grives mauvis (Turdus iliacus), originaires des régions nordiques, dans nos haies, nos bois et nos prés.

    En ce matin de novembre, la brume enveloppe les bosquets et les haies. Petit à petit, les rayons du soleil éclairent les aubépines chargées de cenelles, les prunelliers et leurs prunelles, les églantiers et leurs cynorhodons, ... De ces arbustes, des oiseaux s'échappent soudain, avec une rapidité déconcertante. A mon passage, des passereaux fuient dans tous les sens, l'un après l'autre, en émettant des cris fins, étirés et pénétrants: "ssiiih ... tsiiih ... sisss". Ils disparaissent dans la frondaison toute proche, mais quelques uns se perchent au sommet d'un frêne. Ce sont des grives mauvis. Ces grives nordiques, en halte migratoire, paraissent fines et délicates. De taille un peu inférieure à celle de la grive musicienne (Turdus philomelos), la grive mauvis s'en distingue surtout par un sourcil crème bien marqué et par le roux vif dont sont colorés les flancs et le dessous des ailes. La poitrine et les flancs sont rayés et non grivelés.

     

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    La grive mauvis (Turdus iliacus). A l'arrière plan, une grive litorne (Turdus pilaris).

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Ses lieux de nidification se situent dans les régions septentrionales de l'Eurasie. En Scandinavie, l'abondance de cette grive s'accroît du sud au nord, à travers les forêts de conifères, d'aulnes, de saules et surtout de bouleaux où elle est fortement répandue. La grive mauvis niche en Novège, dans le nord de la Suède, en Islande, en Finlande, en Russie, dans les pays baltes, au nord-est de la Pologne et en Sibérie (P. Géroudet, 1998). Les premiers migrateurs de cette espèce touchent l'Europe Occidentale dès mi-septembre parfois, et plutôt en octobre. Du milieu de ce mois à la mi-novembre, le passage bat son plein. Il est surtout nocturne. De jour, des bandes de mauvis font halte dans les bois, les haies et broussailles, pour se nourrir de fruits sauvages ou de divers invertébrés.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Farouche, la grive mauvis se montre peu et cherche davantage à se cacher dans les couverts. En novembre, elle fréquente aussi les prés et les champs, en compagnie d'étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris), de grives draines (Turdus viscivorus) et de grives litornes (Turdus pilaris), mais la présence, à proximité, de buissons touffus, de haies et de bosquets, pour se réfugier à la moindre alerte, lui sont indispensables. A l'intérieur d'un bois, j'ai observé des bandes de ces grives, parfois très nombreuses, fouillant les feuilles mortes, avec des merles noirs (Turdus merula). D'après P. Géroudet, elles passent la nuit en troupes dans les taillis, les fourrés et les jeunes plantations de conifères.

     

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    Photo prise en Islande: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Les quartiers d'hiver principaux des grives mauvis s'étendent sur les îles britanniques, la France, et le nord de l'Italie. Elles vont rarement plus au sud, jusqu'en Espagne, en Sicile, parfois même en Afrique du Nord. En Belgique, les hivernantes sont peu nombreuses et erratiques. Les vagues de froid les chassent de nos régions. Il faudra alors attendre les mois de mars et d'avril pour les revoir dans nos haies, lors de la migration de retour.

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves - Natagora

     

    Michel Cuisin (1998) nous donne des indications concernant le kilomètrage effectué par des grives mauvis baguées: 340 km en un jour, 2500 km en quatre jours. Les oiseaux islandais parcourent de 800 à 1000 km au-dessus de la mer pour atteindre l'Ecosse, d'après le même auteur.

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves -Natagora.

     

     

     

     

     

     

  • Des Grues cendrées (Grus grus) de passage à Yvoir.

    Ce jeudi 27 octobre 2011, un groupe de 160 Grues cendrées passent en vol sud-ouest, au-dessus de la maison forestière, dans la forêt domaniale de Tricointe, vers 10h42. Visiblement, les grues cherchent la bonne direction, car le vent de face est soutenu.

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    Photo: Pierre Goffioul, Yvoir (Tricointe), 27 Juillet 2011.

     

    Une heure plus tard, vers 11h45, 180 grues très bruyantes passent en vol sud-ouest au-dessus de l'Airbois, à Tricointe.

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    Photo: Pierre Goffioul, Yvoir (Tricointe), 27 Juillet 2011.

     

    Spectacle toujours émouvant que ces vols de grues cendrées ! Regardez en l'air, ce n'est qu'un début ! Si, dans les prochaines semaines, le vent de nord-est se met à souffler, il est possible que plusieurs vols bruyants emplissent le ciel, le jour comme la nuit. A vos jumelles !! N'oubliez pas de me faire part de vos observations.

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    Photo: Pierre Goffioul, Yvoir (Tricointe), 27 Juillet 2011.

  • Le chevalier guignette (Actitis hypoleucos), un visiteur régulier de la vallée de la Meuse.

    Il est sept heures du matin. En cette journée de fin juillet qui débute sous un léger manteau de brouillard, je traverse le petit parc du centre d'Yvoir pour me rendre à la gare. Je frissonne un peu, mais la journée commence bien. Au milieu des canards colverts en plumage d'éclipse, barbotant dans l'eau sombre du Bocq, un martin-pêcheur plonge et capture un petit poisson. Sur la rampe du petit pont, il secoue énergiquement sa proie qui frétille. En la maintenant fermement dans le bec, il l'assomme en la frappant à gauche puis à droite, sur son perchoir. Il la retourne ensuite plusieurs fois dans ses mandibules et l'avale finalement la tête la première. Arrivé sur la route, je la traverse du côté Meuse. Des bernaches du canada emplissent les lieux de leurs clameurs et sortent soudain de la brume. En raison de leur origine américaine, certains les dénigrent. Il n'empêche qu'elles sont impressionnantes et magnifiques. Il y en a au moins vingt qui volent avec grâce au ras de l'eau pour se poser ensuite sur l'île d'Yvoir. Soudain, des cris sifflés percent le silence tout relatif à cette heure. Ces appels composés de notes flûtées, avec l'accent sur la première, portent loin et se succèdent à intervalles plus ou moins brefs: voici les chevaliers guignettes !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    En examinant les notes de ces dernières années concernant mes observations en Haute-Meuse, je m'aperçois que j'ai eu des contacts réguliers avec ce limicole, surtout de mars à mai avec un pic vers le milieu de ce mois et de juillet à octobre (passage marqué fin juillet et début du mois d'août). Il y a quelques observations, peu nombreuses il est vrai, effectuées les mois de janvier et février. Les hivers concernés étaient particulièrement doux et, dans ce cas, certains oiseaux sont susceptibles d'hiverner dans nos régions. On peut dire que le chevalier guignette est un visiteur régulier, en Meuse !

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

     

    En Wallonie, aucune tentative de nidification n'a été établie de 2001 à 2007 (J.-P. Jacob -Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, 2010). Cet oiseau est la seule espèce de chevalier qui s'est reproduite jusqu'à présent dans cette région. La nidification a peut-être été irrégulière au XIXème siècle, à une époque où la Meuse au lit caillouteux, ressemblait encore à un vrai fleuve et non à un canal navigable ! Aucune preuve formelle ne nous est cependant parvenue. Depuis, les cas prouvés de reproduction de cette espèce sont excessivement rares ... et très malaisés à repérer (P. Devillers, W. Roggeman, ..., 1988). En effet, la présence d'un de ces oiseaux au mois de mai, voire de juin, doit le plus souvent être attribuée à un migrateur ou à un oiseau d'un an en errance.

    La technique de baguage à montré que les chevaliers guignettes de passage en Belgique vont nicher en Scandinavie (Norvège, Suède et Danemark) et, dans une moindre mesure, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Ils semblent très fidèles à leurs lieux de reproduction, d'hivernage et même de halte migratoire.

     

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    Chevalier guignette et gallinule poule d'eau.

    Photo: Fr. Hela, Complexe des Marais d'Harchies-Hensies, Mai 2011.

     

    Paul Géroudet indique que cette espèce migratrice atteint l'Afrique du Sud jusqu'au Cap et, plus à l'est, jusqu'au Sri Lanka et le sud de l'Australie pour les oiseaux d'Asie du Nord et de l'Asie tempérée. Il nous dit aussi que la limite septentrionale de l'aire d'hivernage dépend apparemment du gel, puisqu'elle passe en gros par la Grande-Bretagne, le nord de la Méditerranée, la Mésopotamie, le nord de l'Inde et la Chine. Toutefois, lors d'hivers doux, quelques chevaliers sont observés au-delà de cette limite. Pour les chevaliers guignettes du Nord, ces voyages, toujours de nuit, représentent un effort considérable (vol moyen estimé à 60 km à l'heure), dépassant 10.000 kilomètres de vol, comme le prouvent certaines reprises de bagues, entre le sud de l'Afrique et la Russie !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    De la taille d'un étourneau sansonnet ou, pour d'autres, d'une grosse alouette, notre chevalier est un limicole atypique, semblant être un intermédiaire entre un bécasseau et un chevalier. Il est relativement bas sur pattes pour un chevalier, avec un bec à peine plus long que la tête. Ce qui doit attirer l'attention de l'observateur, lorsque l'oiseau est posé, c'est le contraste net entre le dessous blanc de son corps et son manteau gris brun olive, finement tacheté de près et paraissant uniforme de loin. Cette couleur foncée du dos lui permet de se confondre aisément avec son environnement.

    C'est un oiseau vigilant que l'on n'approche pas facilement. A l'instar de quelques autres limicoles, le chevalier guignette balance vivement l'arrière-train dès qu'il s'arrête de marcher, de même qu'il hoche verticalement la tête lorsqu'il se sent observé ou qu'il est inquiet. Le vol particulier de l'espèce effleurant la surface de l'eau est caractérisé par l'alternance de brèves séries de battements courts et de très courtes planées, les ailes incurvées vers le bas. Ce vol typique court et rythmé, les longues barres alaires blanches sur les ailes déployées et les cris caractéristiques sont d'excellents indices de reconnaissance de l'espèce.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    En déambulant, le chevalier guignette happe à peu près toutes les bestioles qu'il aperçoit sur l'étroite bande riveraine qu'il explore. Sa vue excellente repère les insectes, dont il s'approche avec précaution, repliant les jambes et abaissant la tête, prêt à projeter le bec avant qu'ils ne s'envolent: il est d'ailleurs capable de les attraper en l'air quand ils passent à sa portée ou de bondir contre un mur pour les cueillir avec adresse (P. Géroudet, 1983). Parfois, il lave ses proies avant de les avaler. Entre et sous les pierres, il ne néglige pas d'inspecter les recoins, tout comme il explore les crevasses des rochers, les amas de débris échoués, mais il est rare qu'il sonde la vase comme les autres chevaliers au bec plus long. Les prises les plus fréquentes sont les Coléoptères, les Diptères et les Lépidoptères. Viennent ensuite les Hémiptères (punaises), des Orthoptères (criquets et sauterelles), des phryganes, des fourmis ou d'autres insectes. Il ne dédaigne pas les araignées, les myriapodes, les petits crustacés et les mollusques. A l'occasion, des vers, des têtards, de minuscules batraciens et de très petits poissons complètent son menu. Les éléments végétaux sont ingérés en quantité insignifiante.

     

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    Photo: Patrick Marques www.oiseaux.net

     

    En ce qui concerne son habitat, le chevalier guignette a un besoin essentiel, en toute saison, de disposer d'une certaine longueur de rive nue, plutôt étroite et souvent dominée par un relief assez proche. Pour cette espèce, si la berge peut être ombragée ou dégagée, composée de limon humide, de gravier ou de grosses pierres, voire de béton, l'eau doit être toujours libre, courante ou dormante, douce ou salée. Elle évite les marais à hautes plantes ou constitués de roselières, les grandes vasières plates, préférant de beaucoup les rigoles et canaux qui les précèdent. En migration, lors de ses escales, le chevalier guignette s'arrête dans une telle variété de sites qu'il serait fastidieux de les énumérer. Mentionnons toutefois sa prédilection pour les digues et brise-lames ainsi que pour les enrochements de protection. L'observation en bord de Meuse de ce petit chevalier est toujours un moment inoubliable pour l'ornithologue attentif qui sait admirer et se réjouir !

     

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    Photo: Michel Tellia - www.oiseaux.net

     

     

     

     

     

  • Le gobemouche gris (Muscicapa striata): Un oiseau discret mais un chasseur d'insectes efficace.

    En cette deuxième semaine du mois d'août peu d'oiseaux s'expriment à Godinne. Ici et là, on peut entendre les cris d'un pic épeiche, d'un pic vert, d'un grimpereau des jardins ou des notes précipitées lancées par des sittelles torchepots. Il fait bien calme dans ce jardin arboré !

    Des sons ténus, durs et aigus, émis à intervalles réguliers me parviennent. Des "tsrii...tsr...tsrit...tzi..." s'entendent dans cet arbuste assez haut du sous-bois. Il y a des gobemouches gris dans les parages. En voici un perché à la pointe d'une branche, posté dans l'ombre des grands chênes. Son oeil noir est aux aguets.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Maintenant, il s'élance, prend en chasse un insecte, exécute lors de sa poursuite quelques acrobaties avec les ailes et, après l'avoir gobé avec un claquement de bec, retourne à son poste. Mais, il n'est pas seul ! En réalité, toute une petite famille entreprend une chasse aux insectes ! A partir de leurs perchoirs, les oiseaux happent sans cesse des bestioles en lançant des cris menus brefs. Quel spectacle pour l'observateur !

    En raison de sa discrétion, le gobemouche gris est un passereau peu remarqué qui n'éveille pas souvent la curiosité. Avec son plumage gris souris qui tourne au blanc sale sur la gorge et le ventre, il passe fréquemment inaperçu. "Pas une note de couleur un peu vive sur ce plumage aux tons neutres, dont seules quelques mouchetures sur les côtés du cou, la poitrine et les flancs relèvent un peu la monotonie." (P. Géroudet, 1998).

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Pourtant, ce chasseur redoutable d'insectes (Diptères, Lépidoptères, Hyménoptères, Coléoptères, ...) mérite toute notre attention. Dans notre région, il est plus fréquent qu'on ne le croit !

    Les ailes plutôt longues, la brièveté des pattes, le bec assez long et un peu plus large à la base, encadré de vibrisses bien développées, sont autant de caractéristiques* des gobemouches, chasseurs d'insectes. P. Géroudet (1998) indique que les vibrisses, poils raides qui se hérissent de chaque côtés du bec, ont pour fonction probable d'élargir encore la portée de la bouche et de retenir les proies. Cet auteur indique aussi que la faiblesse des pattes montre que les gobemouches ne sont pas du tout terrestre.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Le gobemouche gris affectionne les milieux arborés clairs et ouverts qui offrent aussi bien des perchoirs et espaces dégagés pour chasser ses proies, que des cavités très ouvertes en tout genre pour nicher (loges de pics, cavités naturelles, trous dans les murs, nichoirs, ...). L'oiseau a une prédilection pour les espaliers et les plantes grimpantes (vignes, glycine, clématites, lierre grimpant, ...) contre les maisons. Les zones boisées en bordure du Bocq, composées notamment d'aulnes et de saules sont aussi adoptées par l'espèce.

    Ce sont des oiseaux migrateurs. Ils arrivent très tardivement sur les lieux de nidification, rarement avant la dernière décade d'avril. C'est surtout dans le courant du mois de mai que ces oiseaux réapparaissent chez nous. Dès la mi-août, ils regagnent leurs quartiers d'hivernage africains situés au Sud du Sahara, jusqu'en Afrique du Sud ! Là, les oiseaux fréquentent la brousse épineuse et les acacias, ou bien les lisières des grandes forêts. Le passage postnuptial dure tout le mois de septembre. Des observations jusqu'à la fin octobre, voire début novembre, sont exceptionnelles.

    * Ces caractéres sont encore accusés chez les hirondelles et poussés à l'extrême chez le martinet noir et les engoulevents.  

     

     

     

  • Un Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus) à Spontin: un évènement ornithologique !

    Le 22 mai dernier, venant de l'Airbois, je rejoins le petit hameau de Tricointe. La journée est radieuse en ce printemps particulèrement ensoleillé. Au dessus des pâtures, un imposant rapace apparaît. Il semble venir de la vallée du Bocq et des carrières. Son vol assez bas est lent et majestueux, entrecoupé de planées. De temps en temps, il vire et fait presque du surplace, à la recherche d'une probable proie. Je n'en crois pas mes yeux, il s'agit bien du Circaète Jean-le-Blanc. Malgré son allure légère, il est imposant. J'estime son envergure à 160 ou 170 cm, a peu près celle d'un grand balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus). Après environ une minute trente, l'oiseau s'élèvera au-dessus de la forêt domaniale pour disparaître définitivement. Pendant un moment non définissable, je resterai ébahi par cette observation que je n'attendais pas.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Le brun clair de la tête et des épaules de l'oiseau observé contraste avec le brun foncé des rémiges primaires et secondaires. La queue est barrée de trois bandes noirâtres. Lorsqu'il vire, le dessous de son corps est d'un blanc éclatant parsemé, sur la poitrine et aux flancs, de mouchetures beiges à marron. Sous ses ailes, on peut deviner des taches délimitant de fines lignes parallèles. Le plastron est assez pâle avec quelques marques foncées dans le bas.

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Fin juillet, un circaète immature fréquente la carrière "La Rochette" à Spontin. Le 25 de ce mois, Charlotte Mathelart et Robin Gailly observent ce rapace, très rare chez nous, posé au sommet d'une paroi rocheuse de la carrière. Thierry Kynet prendra des photos de l'oiseau posé et en vol. Le 26 juillet, l'oiseau sera revu et photographié par Mariage. Les photos montrent l'oiseau posé au sommet d'un mélèze, au même endroit. Enfin, les 27 et 29 juillet, Geoffrey Raison, Nicolas Pierard et Robin Gailly verront une dernière fois le circaète.

     

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    Photos: Robin Gailly, Spontin, 29-07-11 - www.Observations.be

     

    Comme le souligne justement Paul Géroudet, le caractère morphologique le plus surprenant chez le circaète est sa grosse tête ronde qui évoque celle d'une chouette. La ressemblance est accentuées par la grandeur des yeux lesquels sont situés presque en position faciale (ce qui permet une bonne vision binoculaire, donc une perception du relief), et par la brièveté du bec. La couleur des yeux varie du jaune citron au jaune orangé. Le bec, gris foncé et bleuté à la base est bordé d'une cire également grisâtre.

     

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    Photo: Roland Ripoli - www.oiseaux.net

     

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Les tarses du circaète sont nus et revêtus d'une peau écailleuse de couleur gris jaunâtre. Ses doigts courts et trapus constituent des outils efficaces pour le maintien de proies minces, d'où son nom anglais: Short-toad Eagle. Bernard Joubert, auteur d'une remarquable monographie sur le Circaète Jean-le-Blanc, nous indique que l'oiseau de proie tire son nom scientifique du grec Kirkos-aetos: l'aigle qui plane décrivant des cercles, et du latin gallicus: de France, car décrit pour la première fois dans ce pays en 1788 par Gmelin. Il nous dit encore que l'appellation française fait allusion à la coloration claire, sinon complètement blanche, des parties inférieures du corps, à l'instar du nom italien Biancone.

     

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    Cet oiseau pris en photo dans la région Rhône-Alpes (F) est particulièrement pâle.

    Photo: R. Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    D'après B. Joubert (2001), le circaète est le seul oiseau d'Europe dont l'alimentation est basée essentiellement sur les reptiles (87 à 100 % du régime alimentaire) et, plus particulièrement, sur les serpents, y compris les vipères (70 à 96 % des proies). Les noms vernaculaires "Schlangenadler" (en allemand) et "Slangenarend" (en néerlandais) signifient "aigle des serpents". Dans les pays anglo-saxons, il a été baptisé Short-toed (Snake -) Eagle, autrement dit l'aigle des serpents à orteils courts.

    Le pourcentage des proies autres que des reptiles s'échelonne de 3,1 à 12,8 %. Il comprend surtout des Vertébrés: des mammifères comme le belette, le lièvre, le lapin, la taupe, ... des batraciens (crapaud commun) et grenouilles et, à titre anecdotique, quelques passereaux.

    La visite de ce magnifique rapace dans notre région est un évènement rare. Il faut dire que la nourriture ne manque pas dans la vallée du Bocq où carrières, éboulis, escarpements rocheux et l'ancienne voie ferrée sont autant de milieux fréquentés notamment par le lézard des murailles (Podarcis muralis), l'orvet (Anguis fragilis fragilis), la coronelle lisse (Coronella austriaca) et la couleuvre à collier (Natrix natrix).

     

  • L'année du serin cini (Serinus serinus).

    A la cime du bouleau, à quelques pas de ma maison, une étrange litanie aiguë, grinçante, mais alerte, semble tomber du ciel en strophes interminables. L'auteur: un petit oiseau au front et à la poitrine jaune vif, nettement plus petit qu'un moineau. Un mâle de serin cini !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 23 Mai 2011.

    Le bec conique très court, la petite queue échancrée, le front et les sourcils jaune uni, le dessus de la tête et le dos rayés sont caractéristiques. La petitesse de cet oiseau est frappante. En effet, le plus petit de nos Fringilles ne mesure que 11-12 cm de long et son poids ne dépasse guère 14 g.

     

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

     

    Emporté par son ardeur nuptiale, il chante à perdre haleine. Soudain, il se met à voler comme un papillon au-dessus du jardin, tout en chantant. Quelques heures plus tard, je découvrirai un couple picorant çà-et-là en sautillant, sans craindre de se faufiler parmi les herbes et les tiges enchevêtrées d'une friche toute proche.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir, 23 Mai 2011.

     

    Méridional d'origine, le serin cini est amoureux du soleil et de la lumière. Il n'est nulle part plus abondant que dans le Midi. Le printemps exceptionnellement radieux de cette année lui est favorable. Il fréquente les grands jardins et les parcs arborés, les vergers, les cimetières et les villages proche de la vallée de la Meuse. Il se plaît dans ses milieux pourvu qu'il y trouve des zones d'herbes rases et quelques arbres, avec une préférence pour les cyprès, les thuyas, les pins et les cèdres.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

     

    Lors des années plus froides et plus pluvieuses, on ne l'entend guère. La population nicheuse est fluctuante, bien que l'espèce soit en progression constante vers le Nord. En Belgique, il se reproduit localement. Certaines années sont plus favorables que d'autres.

     

     

     

     

  • Prodigieux de richesse, de vigueur et de variété, le chant du Rossignol philomèle (Luscinia megarhynchos) jaillit d'une haie vive...

    Célébré par les poètes, devenu un symbole lyrique, le rossignol incarne pour nous l'art du chant. Que de littérature (de la bonne et de la pire) n'a-t-on pas prodiguée sur le génie de cet oiseaux ! En oubliant résolument les effusions sentimentales qui nous éloignent de la vérité, ne considérons ici que la nature, et elle seule. Cependant, je suis chaque fois saisi par son incomparable virtuosité. Les nuances, les variations, l'étendue et la souplesse de la voix du rossignol me surprennent toujours.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

    Ne pas entendre le rossignol est impossible, mais il n'est pas toujours aisé de l'observer, même lorsque sa voix éclate toute proche. Pourvu que le feuillage ne soit pas trop impénétrable et que l'on soit patient, on pourra parfois distinguer un oiseau, à peine plus grand qu'un moineau, à la queue rousse. Son plumage est brun roux uniforme sur le dos, tandis que le dessous est beaucoup plus pâle.

     

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net

     

    Le rossignol philomèle passe sa vie à terre ou près de terre, sous le couvert des buissons dont il ne s'éloigne pas. Se déplaçant sur un territoire restreint, par bonds alertes, il fouille les feuilles mortes et autres débris végétaux à la recherche de petites proies (vers, larves diverses, chenilles, couvins de fourmis, ...) Se perchant sur les branches basses, il repère Coléoptères, Diptères et autres insectes. La vie qu'il mène ne l'oblige guère à voler que sur de courtes distances et à faible hauteur, quoique ses longues ailes indiquent un migrateur au long cours. Les quartiers d'hiver du rossignol philomèle s'étendent en Afrique tropicale au nord de l'équateur, de la Gambie au Haut-Soudan, par la Côte d'Ivoire, le Nigeria et le Cameroun. En mars, les migrateurs franchissent le Sahara et arrivent chez nous, en général, dans la deuxième quinzaine d'avril.