Flore

  • Une Fabacée peu courante sur la commune d'Yvoir (B): l'Astragale à feuilles de réglisse ou Réglisse sauvage (Astragalus glycyphyllos)

    L'Astragale à feuilles de réglisse (Astragalus glycyphyllos) est une espèce eurasiatique présente en Europe méridionale et centrale, ainsi qu'en Asie occidentale et centrale. Dans les Hautes Alpes, il fréquente les étages collinéens et montagnards, de 490 à 1680 mètres d'altitude, où il semble peu commun (Ed. Chas, 1994). D'après J. Lambinon et F. Verloove (2012), Astragalus glycyphyllos est considéré comme rare en Belgique, mais toutefois plus présent dans le district phytogéographique mosan.

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    Photo: Fr. Hela, Charency-Vezin (Côte d'Urbul), 16 juin 2015

     

    En France, il se rencontre presque dans tout le pays, mais est rare dans la région méditerranéenne et dans les régions siliceuses (A. Lombard, 2003). Du mois de juillet 2013 au mois d'octobre 2017, j'ai eu l'occasion de découvrir cette espèce à différents endroits de la commune d'Yvoir. A Evrehailles et Houx-sur-Meuse, aux abords immédiats du Chemin de Poilvache, J. De Muynck et moi-même découvrions plusieurs plantes, les 29 juillet et 2 août 2013. Celles-ci croissaient en lisière et dans une clairière forestière, sur un substrat calcaire, ainsi que sur un talus plus ou moins ensoleillé en bord du chemin.

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    Photo: J. De Muynck, Evrehailles (Chemin de Poilvache), 29 juillet 2013

     

    A Durnal, sur le site de l'ancienne carrière d'Herbois, un pied d'Astragale à feuilles de réglisse croît sur un terre-plein exposé, très caillouteux et parsemé d'une végétation rase et éparse. Bruno Denoiseux et moi-même l'avons découvert en août 2014 et la plante est actuellement toujours présente en 2017 (observations personnelles des 6 juillet 2016 et 8 octobre 2017).

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    Photo: Fr. Hela, Durnal (ancienne carrière d'Herbois), 8 octobre 2017

     

    Enfin, le 1 août 2017, une plante assez robuste et en fruits s'étendait en largeur et en hauteur dans une friche, en bord de Meuse, à Godinne. Elle était entourée d'une végétation pionnière assez haute sur un sol composé de terres et de galets fluviatiles, vestige d'anciens dépôts de dragage de la Meuse. 

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    Photo: Fr. Hela, Godinne (bord de Meuse), 1 août 2017

     

    L'Astragale à feuilles de réglisse ou Réglisse sauvage de la famille des Fabacées (anciennement Papilionacées) est un hémicrytophyte, c'est-à-dire une plante dont les bourgeons d'hiver se développent au niveau du sol. Vivace, il atteint de 30 à 120 cm de hauteur et fleurit de juin à septembre. Il affectionne les zones boisées feuillues (principalement les lisières et clairières), les haies, les talus, les friches et les bords de chemins, sur des sols généralement riches en calcaire. J. Lambinon et F. Verloove (2012) indiquent qu'on le trouve parfois sur une berge de cours d'eau ou sur des ballasts de voies ferrées.

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    Gousses arquées de l'Astragale à feuilles de réglisse

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Chemin de Poilvache), 2 août 2013

     

    Son habitat semble faire partie de la végétation des chênaies-frênaies sur sols calcaires bien drainés (généralement dans l'ourlet forestier) (A. Lombard, 2013). M. Bournérias (1968) signalait la présence de l'espèce dans les coupes de la chênaie-frênaie calcicole du bassin parisien. Espèce mésophile, le Réglisse sauvage aime les endroits ensoleillés ou à la mi-ombre, sur sols frais et assez secs (J.-L. Rameau et al., 1989). Dans l'ouvrage "Flore et végétation des bords de routes de Wallonie", M. Tanghe et al. (2005) placent Astragalus glycyphyllos dans le groupe des espèces à ourlets thermophiles et calcaires (végétation herbacée ou suffrutescente se développant en lisière des forêts et des haies ou dans les petites clairières forestières).

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    L'Astragale à feuilles de réglisse: plante robuste, presque glabre, couchée ou ascendante, aux tiges souterraines allongées et très ramifiées

    Dessins extrait de la Flore forestière française (1. plaines et collines), par J.-C. Rameau et al., Institut pour le développement forestier, 1989

     

    1. Feuilles composées d'un nombre impair de folioles (11 à 13 grandes folioles ovales, plus pâle sur la face inférieure)

    2. Stipules supérieures (appendices foliacés par deux à la base des feuilles) non soudées, lancéolées, terminées en pointes effilées (acuminées)

    3. Inflorescence en grappe courte, à fleurs jaune crème ou verdâtre, d'environ 1,2 cm de longueur, à pédicelle court - calice glabre

    4. Gousses (fruits) longues de 30 à 35 mm, serrées, cylindriques et arquées

    A l'état végétatif, l'espèce peut être parfois confondue avec le Sainfoin d'Espagne (Galega officinalis), Fabacée d'Europe méridionale et orientale parfois rencontrée sur la commune d'Yvoir. Le Sainfoin d'Espagne était cultivé jadis comme plante fourragère et est parfois adventice ou naturalisé.

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    Le Sainfoin d'Espagne (Galega officinalis), à l'état végétatif

    Photo: R. Barendse, Kuringen, 3 avril 2017

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    L'Astragale à feuilles de réglisse (Astragalus glycyphyllos), à l'état végétatif

    Photo: Fr. Hela, Roly, 7 mai 2015

     

    Au nom vernaculaire de " Réglisse sauvage ", je préfère qu'on nomme la plante comme étant l'Astragale à feuilles de réglisse. En effet, la première dénomination porte à confusion, car si la Réglisse (Glycyrrhiza glabra) est aussi une Fabacée, elle n'a rien à voir avec l'espèce décrite ici. Depuis des temps anciens, les humains utilisent les racines et les stolons de la Réglisse comme aliments ou médicaments. Ce sont les Grecs anciens qui l'avaient nommée Glycyrrhiza à partir des mots glukos, " sucre " et riza, " racine" . Jusqu'au XIIIème siècle, la réglisse provenait exclusivement de plantes poussant à l'état sauvage. C'est aussi à cette époque qu'on aurait commencé à la cultiver en Europe méditerranéenne.

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    La Réglisse (Glycyrrhiza glabra) mesure de 0,5 à 1 m de hauteur et ses petites fleurs pâles sont bleuâtres ou violacées.

     

    L'aire de répartition de la Réglisse se situe strictement dans la région méditerranéenne et en Asie du sud-ouest (Tison J.-M., Jauzein Ph. et al., 2014). Ces derniers auteurs indiquent qu'elle était autrefois cultivée en France méditerranéenne continentale et qu'elle se maintient de manière subspontanée dans les friches, les talus, les fossés, ...

     

    Documents consultés

    A. Lombard (janvier 2003): " Astragalus glycyphyllos L., 1753 " In Muséum national d'Histoire naturelle (Ed), 2006 et Conservatoire botanique national du Bassin parisien (site Web)

    Bournérias M.: " Guide des groupements végétaux de la région parisienne " - Ed. Société d'Edition d'Enseignement Supérieur (SEDES), Paris, 1968

    Lambinon J. et Verloove F.: " Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines (Ptéridophytes et Spermatophytes) " - Sixième édition - Jardin botanique national de Belgique, B-1860 Meise, 2012

    Lieuthagi P.: " La Plante compagne ", - Ed. Actes Sud, 1998

    Rameau J.-C. et al.: " Flore forestière française " - Tome 1 " Plaines et collines " - Ed. Institut du développement forestier, 1989

    Tanghe M., Godefroid S. et al.: " Flore et végétation des bords de routes en Wallonie " - Ed. Région Wallonne - Travaux n°28, 2005

    Tison J.-M., Jauzein Ph. et al.: " Flore de la France méditerranéenne continentale " - Ed. Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles - Naturalia publications, 2014

     

     

  • La Prairie de fauche d'Anway, à Tricointe (Yvoir), une parcelle d'un grand intérêt botanique et entomologique, à sauvegarder et à gérer !

    " La biodiversité n'est pas seulement menacée en Amazonie, elle l'est aussi en Wallonie. "

    Voilà ce que disaient, en 1999, A. Peeters et F. Janssens, dans l'introduction d'une brochure technique de la Région wallonne (DGRNE) à propos des talus et prés fleuris ! Il suffit de regarder les grandes plaines cultivées pour s'en convaincre. Même les prairies qui comprenaient souvent 50 espèces herbacées sur un are au milieu du XXème siècle, n'en comptent plus que 10 à 20 aujourd'hui, nous disaient encore ces auteurs. Pourtant, ces prairies fleuries sont recensées, sous nos latitudes, parmi les milieux offrant le plus de diversité botanique et faunistique ! En forte régression chez nous, il existe cependant encore des espaces de ce type sur le territoire de notre commune.

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    Prairie de fauche à Tricointe

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 14 Mai 2014

    Ces zones peuvent assurer une fonction importante dans le cadre du réseau écologique. Elles constituent des habitats essentiels pour la faune et la flore. Elles favorisent aussi la diffusion des espèces dans le territoire. Depuis 2013, mon attention s'est portée sur une parcelle fort intéressante située à Tricointe (Yvoir), d'une superficie d'environ 30 ares, vestige de pratiques de fauchage d'antan. Cette prairie de fauche, située entre la Ferme d'Anway et la lisière de la Forêt domaniale englobant le Bois d'Anway, s'est avérée être d'une grande richesse botanique et entomologique !

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    L'Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis), Orchidacée faisant partie des Associations végétales de pelouses mésophiles, non fertilisées, sur sols calcarifères, peu à moyennement profonds, moyennement humides à assez secs et faiblement acides à neutres (espèce végétale protégée, en Annexe A - Arrêté royal du 16 février 1976- Moniteur belge du 24 mars 1976).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe: Prairie de fauche d'Anway), 20 Juin 2015

     

    La découverte, notamment, de papillons devenus rares dans notre région et d'Orchidacées des milieux ouverts, m'a incité à réaliser, avec l'aide de nombreux bénévoles, quatre journées de gestion, fin septembre 2014 et mi-décembre 2015. Le travail consistait à éliminer les essences ligneuses envahissant la partie centrale de la prairie (frênes et prunelliers surtout), au fauchage de la parcelle et à l'exportation du produit de celui-ci, afin de maintenir cet espace ouvert et son caractère mésotrophe (moyennement riche en éléments nutritifs utilisables, surtout l'azote et le phosphore). A la fin de la belle saison, une gestion adaptée une fois l'an permettra de maintenir et de diversifier le couvert herbacé par la fauche et le retrait de la masse végétale coupée. Cette prairie gérée, pour peu qu'aucun engrais ou déchets organiques n'y soient apportés, se maintiendra indéfiniment. Son entretien permettra aussi d'augmenter l'aspect esthétique de ce beau coin de notre commune qu'est Tricointe, tout en protégeant l'environnement.

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    La partie basse de la prairie de fauche en fin de journée 9-12-15 A.JPG

    En haut: la parcelle fin juillet 2015

    En bas: la parcelle après gestion mi-décembre 2015

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe - Prairie de fauche d'Anway)

     

    Moyennement pentue et bien exposée au sud-est, la prairie de fauche d'Anway, à Tricointe, présente une graduation du taux d'humidité du haut vers le bas. Dans la partie supérieure, en contrebas d'une autre grande prairie bordée par des massifs forestiers, on peut noter la présence de l'Angélique sauvage (Angelica sylvestris), du Cirse des marais (Cirsium palustre) et du Jonc épars (Juncus effusus). Ce sont des espèces hygrophiles et héliophiles des prairies humides et marais. Cette zone plus humide reçoit probablement un apport d'eau de ruissellements dans le sous-sol, surtout par temps de pluies. Ce phénomène peut se voir aussi dans le bas de la grande prairie dominant le site.

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    L'Angélique sauvage (Angelica sylvestris) indique un taux franchement humide de la zone supérieure de la prairie de fauche.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 29 Juillet 2013

     

    Le sol, pas trop acide, semble aussi plus riche en élément nutritifs avec, notamment, la présence de la Berce (Heracleum sphondylium), voire carrément eutrophe, là ou croît la Tanaisie (Tanacetum vulgare), espèce nitrophile et héliophile.

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    Inflorescence de la Berce (Heracleum sphondylium), une espèce plutôt nitrophile

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juillet 2015

     

    En nous dirigeant vers le bas de pente, on constate que la prairie de fauche devient moyennement sèche (mésophile), gardant un caractère riche en éléments nutritifs utilisables (surtout l'azote et le phosphore), mais dans une moindre mesure. Cette zone est couverte principalement par le Fromental (Arrhenatherum  elatius), Graminée (Poacée) qui exprime, dans nos régions, une nette préférence pour les sols oligo-mésotrophes. On y trouve aussi des espèces des prairies mésophiles fauchées ou pâturées comme l'Achillée millefeuille (Achillea millefolium), la Cardamine des prés (Cardamine pratensis), le Céraiste commun (Cerastium fontanum), le Plantain lancéolé (Plantago lanceolata), le Pâturin des prés (Poa pratensis), la Grande marguerite (Leucanthemum vulgare), la Vesce à épis (Vicia cracca), la Centaurée jacée (Centaurea jacea s.l.), le Gaillet mollugine (Galium mollugo), la Campanule raiponce (Campanula rapunculus), ...

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    La Centaurée jacée (Centaurea jacea s.l.), une espèce des prairies moyennement sèche.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Juin 2015

     

    La dernière partie basse de la prairie présente un intérêt floristique indéniable. On y trouve des espèces de pelouses mésophiles, non fertilisées, sur sols assez secs et faiblement acides à neutres: l'Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis), la Laîche glauque (Carex flacca), le Céraiste des champs (Cerastium arvensis), la Luzerne lupuline (Medicago lupulina), le Gaillet jaune (Galium verum), la Knautie des champs (Knautia arvensis), le Léontodon hispide (Leontodon hispidus), le Lotier corniculé (Lotus corniculatus), le Petit boucage (Pimpinella saxifraga), la Petite pimprenelle (Sanguisorba minor), l'Erythrée petite centaurée (Centaurium erythraea), la Carotte sauvage (Daucus carota), de nombreux Ophrys abeilles (Ophrys apifera), ... En lisière, l'Orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii) est apparu en 2015 (quatre plantes en fleurs).

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    La Gaillet jaune (Galium verum), une espèce des pelouses sèches

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 3 Juillet 2014

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    L'Orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii), Orchidacée des forêts fraîches, mais aussi des pelouses mésophiles

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 9 Juin 2015

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    L'Ophrys abeille (Ophrys apifera) présent en nombre dans la partie basse de la prairie de fauche

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 10 Juin 2015

     

    La prairie de fauche d'Anway est un petit joyau naturel qu'il faut géré afin de diversifié le tapis végétal existant. De nouvelles espèces de milieux ouverts pourront ainsi progressivement réapparaître dans les prochaines années. Je tiens à remercier ici les différentes personnes habitant Yvoir et ailleurs dans la région pour leur participation à la gestion annuelle.

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    La Prairie de fauche d'Anway: situation (la zone est encadrée de noir, au-dessus de la Ferme d'Anway)

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    Deux petits panneaux expliquent succinctement l'action et invitent les promeneurs à rester sur le chemin de gauche, à ne pas piétiner la zone, à ne pas laisser vaquer leurs animaux de compagnie et à respecter le travail effectuer par de nombreux bénévoles !

     

     

     

  • Stations exceptionnelles de Cynoglosses d'Allemagne (Cynoglossum germanicum) dans la vallée du Bocq !

    Les découvertes floristiques depuis la fin du XIXème siècle et les comptes rendus de plusieurs excursions ont mis en évidence la richesse exceptionnelle du point de vue botanique de la vallée et, particulièrement, entre Spontin et Yvoir. Outre les Angiospermes, dont certains sont rares ou très rares pour notre territoire, de nombreuses espèces de Ptéridophytes (fougères principalement) et de Bryophytes (mousses et hépatiques) peuvent y être observées sur quelques kilomètres. En 2015, j'ai été revoir les stations très fournies de Cynoglosses d'Allemagne (Cynoglossum germanicum) que j'avais découvertes en 2010 et 2011. Celles-ci sont situées dans des propriétés privées, à cheval sur les communes d'Yvoir (Evrehailles, Bauche) et d'Assesse (Crupet). Ce sont les seuls peuplements de cette Boraginacée encore connus en Belgique (Fr. Hela et J. Saintenoy-Simon, 2012) !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2011

     

    Il me semble judicieux ici de conter les cirsconstances de cette découverte, ainsi que l'historique de la présence de la plante dans cette vallée. En août 2010, dans le cadre d'une prospection ornithologique avec autorisation, je parcourais la rive droite du Bocq et les bois avoisinants compris entre les Fonds d'Ahinvaux et la confluence Bocq/Crupet. Mon attention se portait alors sur de grandes rosettes de feuilles basiliaires d'un vert foncé luisant, en bordure d'un layon herbeux. Ne connaissant pas l'espèce, j'emportais une feuille pour l'examiner plus tard. Le soir même, je l'identifierai comme étant celle d'une Boraginacée et, plus précisément, celle de Cynoglossum germanicum ! 

    Cynoglossum germanicum (rosette de feuilles basiliaires) en lisière forestière, à proximité d'un layon limitant deux propriétés privées Evrehailles (Bauche) Août 2010 .jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2010

     

    Cette découverte importante m'incite le lendemain à retourner sur les lieux et je m'aperçois que ces plantes sont bien plus nombreuses que je ne le croyais. Plus de 50 rosettes de feuilles et des inflorescences séchées avec des akènes caractéristiques sont présentes en lisière de forêt et en bordure du layon !

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    Cynoglossum germanicum: Rosettes de feuilles basiliaires en nombre et akènes caractéristiques.

    Photos: Fr. Hela, Yvoir, Août 2010

     

    En mai 2011, je décide de photographier les plantes en fleurs et de parcourir tous les lieux avoisinants. Prospectant vers les Fonds d'Ahinvaux tout proches, je me rends compte que la station de Cynoglossum germanicum s'étend sur une largeur d'environ 60 mètres, dans le bois pâturé de temps en temps par des ânes, en bordure de la prairie dominant les Fonds. Là, je n'en crois pas mes yeux: plus de 200 pieds de cette Boraginacée rare, dont certains sont en pleine floraison, couvrent le sous-bois légèrement en pente ! En fait, je me trouve plus ou moins à 400 mètres de la station connue autrefois, au lieu-dit "Sur les Roches".

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    Cynoglossum germanicum  en fleurs Yvoir 7-5-11 C.jpg

    Photos: Fr. Hela, Yvoir, 16 Mai 2011

     

    En effet, François Crépin qui visita à diverses reprises la vallée du Bocq mentionne déjà Cynoglossum montanum (aujourd'hui C. germanicum), dans son "Manuel de la Flore de Belgique" (1889). Il y indique que cette plante croît dans des bois montueux sur calcaire entre Netinne et Heure, à Lives et Bauche (Evrehailles). Cette espèce a été observée de 1863 à 1923 dans la basse vallée du Bocq, au lieu-dit "Les Roches", sur un versant de calcaire Frasnien exposé au sud, dans une variante nitrophile de la chênaie-charmaie à primevères et y a été revue en 1977 par J. Duvigneaud (1978). Cette station était alors la seule encore connue en Belgique ! En 1980, une nouvelle localité sera découverte à quelques kilomètres de là, à Durnal. Cette fois, la plante pousse sur un éboulis instable de grès Famennien, exposé à l'est (J.Saintenoy-Simon, 1984), mais elle n'a plus été revue depuis.

    Cynoglossum germanicum est un hémicryptophyte (plante dont les bourgeons d'hiver se développent au niveau du  sol) bisannuel, de 30 à 90 cm de hauteur, fleurissant de mai à juillet. C'est une espèce des bois à humus riche et des coupes forestières (J. Lambinon et F. Verloove, 2012). Elle affectionne particulièrement les sols riches en bases (surtout sur calcaire). Les stations décrites ci-dessus se situent toutes sur le versant exposé au sud de la vallée du Bocq, sur calcaire Frasnien, faisant suite au Bois d'Anwé (dont une partie est sous le statut de forêt domaniale), situé plus haut et reposant sur les roches siliceuses de l'Emsien (grès et schistes rouges).

    Cynoglossum germanicum Yvoir Tricointe (Zone captage d'eau) 10-06-13 A.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 13 juin 2013

     

    Les plantes s'étendent principalement dans une chênaie-charmaie à primevère dégradée (variante nitrophile). La strate arborescente est composée de Chênes pédonculés (Quercus robur), de Frênes (Fraxinus excelsior), d'Erables sycomores (Acer pseudoplatanus), de Merisiers (Prunus avium) et de Bouleaux verruqueux (Betula pendula), d'Erables champêtres (Acer campestre), de Cornouillers sanguins (Cornus sanguinea), de Noisetiers (Corylus avellana), de Charmes (Carpinus betulus), de Sureaux noirs (Sambuscus nigra), d'Ormes champêtres (Ulmus minor), de Fusains d'Europe (Euonymus europaeus), d'Aubépines à un style (Crataegus monogyna) et de Prunelliers (Prunus spinosa). La strate herbacée indique le caractère nitrophile des lieux. La végétation est aussi celle des sols riches en humus et des endroits relativement frais et semi-ombragés. Notons la présence, entre autres, du Géranium herbe à Robert (Geranium robertianum), du Gaillet gratteron (Galium aparine), du Groseiller rouge (Ribes rubrum), de l'Ortie dioïque (Urtica dioica), du Gouet tacheté (Arum maculatum), du Lamier jaune (Lamium galeobdolon), de la Parisette à quatre feuilles (Paris quadrifolia), de l'Orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii), de l'Alliaire (Alliaria petiolata), du Lierre terrestre (Glechoma hederacea), de la Mercuriale vivace (Mercurialis perennis) et de l'Euphorbe des bois (Euphorbia amygdaloides), ...

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    La présence sur les lieux de la Parisette à quatre feuilles (Paris quadrifolia) indique une forêt à humus doux et celle de l'Orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii) le caractère frais de la zone boisée, sur des substrats riches, souvent neutres ou basiques.

    Photos: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2014

    Signalons que les stations de Cynoglosses d'Allemagne s'installent souvent dans les creux ou en bas des pentes boisées, là où s'accumulent les déchets végétaux de la litière (feuilles, brindilles, ...). Au lieu-dit "Sur les Roches", les plantes poussent en lisière ou dans la coupe forestière relativement récente, envahie notamment par le Brachypode des bois (Brachypodium sylvaticum). A. Noirfalise (1984) indique que, dans le Condroz, les coupes forestières dans la chênaie-charmaie sont colonisées très tôt par des espèces nitratophiles qui bénéficient de la minéralisation et de la nitrification rapides, suite à une mise brutale en lumière (Galeopsis tetrahit, Ortie dioïque - Urtica dioica, Bardane des bois - Arctium nemorosum, bientôt suivies par l'installation de Sureaux noirs (Sambucus nigra) et de recrus divers. Le développement spectaculaire de Cynoglossum germanicum dans la zone proche des Fonds d'Ahinvaux est probablement dû au fait que le sous-bois reçoit, de temps à autre, la visite d'un petit groupe d'ânes. Ceux-ci éliminent notamment les ronces et les arbustes épineux qui risquent, à long terme, d'étouffer la végétation herbacée.

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    Le sous-bois proche d'une prairie dominant les Fonds d'Ahinvaux (Yvoir), avec les rosettes de feuilles de Cynoglosses d'Allemagne. 

    Photo: Fr. Hela, Mai 2011

     

    La présence fréquente de mammifères sauvages dans le layon assez humide (sangliers, chevreuils, renards et blaireaux) pourrait aussi accentuer le caractère nitrophile de certaines zones et être bénéfique pour l'extension de la plante. Dans certaines régions montagneuses de France (400 à 1800 m), J.-C. Rameau et al. (1993) soulignent la présence de Cynoglossum germanicum dans les lisières enrichies en azote et à proximité de reposoirs d'animaux sauvages !

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    Les feuilles du Cynoglosse d'Allemagne sont luisantes et peu velues dessus, mais très poilues dessous, aux nervures secondaires nettement marquées.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2011

     

    Pour conclure, il semble que toutes les conditions soient réunies pour le maintien et l'extension de cette plante rarissime dans cette zone, d'autant plus que les propriétaires de celle-ci sont conscients de l'importance de la découverte et très ouverts en ce qui concerne la protection des milieux naturels. Je tiens ici à les remercier chaleureusement !

    Références bibliographiqies

    Crépin F. : "Manuel de la Flore de Belgique" - Ed. Charles Desoer, Liège (cinquième édition), 1884

    De Sloover J.-L et Duvigneaud J. : "Les bryophytes de quelques sites de la basse vallée du Bocq (Province de Namur, Belgique)", in Natura Mosana 32, 2 - 1979

    Duvigneaud J.: "Vallée mosane à protéger : La basse vallée du Bocq (Nouvelle commune du grand Yvoir, Province de Namur) ", in Natura Mosana 31, 2 - 1978

    Hela Fr. : "Cynoglossum germanicum Jacq. dans la vallée du Bocq: nouvelles observations en 2010 et 2011" in Adoxa n°71, Avril 2012

    Lambinon J., F. Verloove et coll. : "Nouvelle flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines (Ptéridophytes et Spermatophytes) " Sixième édition - Meise (B) - Editions du Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, 2012

    Noirfalise A. : "Forêts et stations forestières en Belgique" - Ed. Presses agronomiques de Gembloux, 1984

    Rameau J.-C. et al. : "Flore forestière (Guide écologique illustré) 2 Montagnes " Institut pour le Développement forestier, Paris, 1993

    Saintenoy-Simon J. : "Cynoglossum germanicum Jacq. dans la basse vallée du Bocq " in Dumortiera 29-30, 1984

    Saintenoy-Simon J. et coll. : "Premières listes des espèces rares, menacées et protégées de la Région Wallonne (Ptéridophytes et Spermatophytes) " Version 1 (07/03/2006). Revu en 2010 - voir http://biodiversité.wallonie.be/espèces/ecologie/plantes/listerouge/

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Des Orobanches du genêt (Orobanche rapum-genistae) à Evrehailles (Bauche) !

    Le 15 mai 2014, je choisis un chemin creux, boisé et assez frais, qui me mènera dans une partie du Bois de Ronchinne. Après une montée assez forte, celui-ci rencontre un sentier entretenu par la Compagnie des eaux, assez large et caillouteux. Sur ma gauche, il part vers un point de vue sur le hameau de Bauche, mais reste en hauteur, à flanc de colline. Il est bordé de part et d'autre par une chênaie sessiflore très lumineuse. Le caractère thermophile du lieu est indéniable, le soleil chauffe et je sue ! Le versant exposé que traverse le sentier est occupé principalement par le Chêne rouvre (Quercus petraea) et le Bouleau verruqueux (Betula pendula). La dominance du Chêne rouvre est caractéristique  des sols forestiers secs et caillouteux dans la région. La présence du Sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), de la Bourdaine (Frangula alnus), de quelques Néfliers (Mespilus germanica), de Pommiers sauvages (Malus sylvestris), ainsi que de quelques herbacées typiques m'indiquent le caractère acide du substrat. Sur ma gauche, là où le versant s'arrête à cause du sentier, je remarque de petites "falaises" abruptes, de plus ou moins 70 à 90 cm de haut, montrant une roche mère composée de schistes et de psammites. A la lisière de la chênaie, sur le dessus de ces "falaises", de nombreux Genêts à balais (Cytisus scoparius) sont en fleurs et, parmi eux, se dressent d'étranges épis de couleur brun rougeâtre, parfois assez haut (70 à 80 cm). Intrigué, je m'approche et je découvre une station magnifique d'Orobanches du genêt (Orobanche rapum-genistae).

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    Photos: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 15 Mai 2014

     

    Cette espèce, en régression dans nos régions, est devenue rare ! Elle parasite le Genêt à balais et, parfois, d'autres petits genêts du Genre Genista et des Ajoncs (Ulex sp.), dans les landes, les friches ou en lisières forestières, sur des sols acides. Elle fleurit en mai et juin.

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    Le Genêt à balais (Cytisus scoparius), l'espèce préférée de notre Orobanche

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    Photos: Fr. Hela, Mai 2014

    Les Orobanches sont dépourvues de chlorophylle. Ce sont des plantes holoparasites, c'est-à-dire parasites au sens strict. Leurs feuilles sont réduites à des écailles blanches ou colorées diversement. Elles enfoncent des suçoirs dans les racines de plantes hôtes chlorophylliennes détournant à leur profit l'eau, des ions minéraux et des substances organiques contenues dans la sève brute et la sève élaborée de leur victime. "L'organisation florale de ces plantes hétérotrophes révèle pourtant leur parenté avec des plantes autotrophes, ce qui conduit à penser que ces végétaux ont perdu la faculté de synthétiser la chlorophylle à un moment de leur évolution. Ces plantes sont- elles devenues parasites à la suite de la perte de chlorophylle, ou bien le fait pour elles d'être parasites aurait- il permis (ou provoqué) cette transformation ? " Tel est la question sans réponses que se posent M. Bournérias et Ch. Bock (2006) et d'ajouter que les descendants d'une plante verte perdant leur autotrophie sont condamnés s'ils ne sont pas assurés d'une autre source de nourriture !

    Orobanche teucrii Fonds de Leffe 25-06-13.JPG

    Voici une Orobanche de la Germandrée (Orobanche teucrii), plante hétérotrophe, consommant les substances organiques élaborées par la Germandrée petit chêne (Teucrium chamaedrys), plante autotrophe, puisant directement dans le milieu environnant les éléments nécessaires à sa nutrition. L'assimilation chlorophyllienne effectuée par les plantes vertes à partir du CO2 de l'air et de l'eau est l'exemple le plus évident de l'autotrophie.

    Teucrium chamaedrys Feuilles S.jpg

    Photos: Fr. Hela, Dinant (Fonds de Leffe), 25 Juin 2014

     

    Beaucoup d'Angiospermes parasites s'attaquent à une large gamme d'hôtes. C'est le cas de nombreuses Cuscutes (Cuscuta div.) ou de l'Orobanche du trèfle (Orobanche minor), très ubiquistes. Par contre, l'Orobanche du Gaillet (Orobanche caryophyllacea) ne peut se fixer que sur des Rubiacées et l'Orobanche du lierre (Orobanche hederae) est étroitement inféodée à un hôte déterminé, Hedera helix (le lierre).

    Orobanche caryophyllacea Lustin 8-04-14 B.JPG

    L'Orobanche du Gaillet (Orobanche caryophyllacea) ne peut se fixer que sur les Rubiacées, ici le Gaillet mollugine ou "caille-lait blanc" (Galium mollugo).

    Photo: Fr. Hela, Lustin (Profondeville), 8 Avril 2014

    Orobanche hederae Lustin 10-05-14 A.JPG

    L'Orobanche du lierre (Orobanche hederae) est étroitement liée au Lierre (Hedera hélix)

    Photo: Fr. Hela, Lustin (Profondeville), 10 Mai 2014

     

    M. Bournérias et Ch. Bock (2006) se pose à nouveau la question suivante: Comment le parasite peut-il rencontrer sa "victime" ? Ces auteurs, dans un ouvrage intitulé "Le Génie des Végétaux - Des conquérants fragiles" expliquent que seules ont quelque chance de réussite les plantes produisant un nombre considérable de graines. Ces graines (moins de 0,5 mm) sont généralement très légères. et, chez les orobanches, elles forment une poudre impalpable disséminée par le vent. Une fois au sol, ces graines ne germent qu'en présence de substances chimiques sécrétées par les racines de l'hôte; encore faut-il que la distance de ces dernières avec la graine du parasite ne soit pas trop grande,  c'est-à-dire de l'ordre du centimètre.  C'est donc, concluent M. Bournérias et Ch. Bock, essentiellement l'abondance des semences qui permet la survie de ces parasites !

     

    Orobanche rapum-genistae Evrehailles  (Bauche) 15-05-14 V.JPG

    L'Orobanche du genêt (Orobanche rapum-genistae)

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 15 Mai 2014

     

    La détermination des orobanches n'est pas toujours aisée. Il est important, surtout lorsque l'on ne connaît pas l'identité de la plante parasitée, de regarder attentivement la couleur de la tige, de la corolle et des stigmates, le niveau d'insertion des étamines et la forme des lèvres de la corolle. Notre Orobanche du genêt est pérennante. Elle passe l'hiver à l'état d'organe souterrain tubérisé, un bulbe qui contient des réserves notamment sous forme d'amidon. Sa tige pâle et plus ou moins charnue est recouverte de feuilles réduites à des écailles alternes.

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 15 Mai 2014

     

    L'inflorescence en épi est composée de corolles campanulées, plus ou moins régulièrement arquées, longues de 17 à 25 cm, de couleur rouge brun ou, parfois, jaunâtre. La lèvre inférieure de celles-ci est ciliée et glanduleuse, parfois de façon éparse. Le filet des étamines est inséré à moins de 2 mm au-dessus de la base de la corolle et les stigmates sont jaunesIMG.jpg

    Orobanche du genêt : corolle et insertion des étamines

    Dessin extrait de l'ouvrage à propos des Orobanches de C.A.J. Kreutz (1989)

     

  • La Succise des prés (Succisa pratensis) dans la vallée du Bocq

    La Succise des prés, aussi appelée Mors du diable, est une plante de la Famille des Dipsacacées dans laquelle on trouve la Scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria), la Knautie des champs (Knautia arvensis), mais aussi le Genre Dipsacus représenté chez nous par le Cabaret des oiseaux (Dipsacus fullonum) et la Cardère velue (Dipsacus pilosus). Toutes ces plantes sont présentes sur le territoire de la commune d'Yvoir (B).

     

    Succisa pratensis Durnal 16-09-14 A.JPG

    La Succise des prés, plante vivace de 30 à 100 cm dont les bourgeons d'hiver se développent au niveau du sol (hémicryptophyte), fleurit, en général, de juillet à octobre.

    Photo: Fr. Hela, Durnal (zone forestière de l'Herbois), 16 Septembre 2014

     

     

    Scabiosa columbaria Warnant (Salet) 27-07-13.jpg

    La Scabieuse colombaire, Dipsacacée thermophile des pelouses sèches et parfois des rochers, préfère les substrats calcaires. Elle fleurit aussi de juillet à octobre.

    Photo: Fr. Hela, Anhée-Onhaye (Carrière des Roches de Salet et Dazia), 27 Juillet 2013

     

     

    Knautia arvensis Yvoir (Tricointe) 6-06-12.jpg

    La Knautie des champs fleurit de juin à septembre dans les prairies, les friches et sur les talus. C'est une espèce thermophile plutôt calciphile (croissant de préférence sur des substrats contenant du calcaire).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 6 Juin 2014

     

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2014

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (vallée du Bocq), Juillet 2014

    Le Genre Dipsacus fait aussi partie de la Famille des Dipsacacées. La première photo montre le Cabaret des oiseaux (Dipsacus fullonum) et, la deuxième, la Cardère velue (Dipsacus pilosus).

     

    D'après M. Tanghe (2000), Succisa pratensis fait partie du groupe socio-écologique appelé Molinion caeruleae qui comprend des prairies fauchées, non amendées, ni fertilisées, sur sols à régime hydrique alternatif sec-humide, minéral ou tourbeux, et oligotrophes (pauvres en azote minéral et surtout en phosphore).

     

    Succisa pratensis yvoir 10-09-11.jpg

    La tige de la Succise des prés est dressée et se ramifie dans le haut. Elle est pleine, de section ronde, et poilue.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 10 Septembre 2013

     

    En Wallonie, toujours d'après cet auteur, la Succise des prés est une composante d'une association végétale des prairies assez maigres sur substrats argileux (argilicole) qui supporte des sols dont la teneur en eau est fluctuante (poïkilohygrophile). Cette association manifeste une tendance pour des substrats acides ou pour des sols à pH neutre (acido-neutrocline). Ces prairies moyennement hautes et fermées sont constituées de graminées ou de plantes ayant le port de celles-ci (Joncacées, Cypéracées), mais riches en Dicotylédones à la floraison voyante (Astéracées, Fabacées, Apiacées, ...).

     

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    Photo: Fr. Hela, Gesves (Bois de Gesves), 24 Août 2014

    Les feuilles de la Succise des prés sont opposées, avec une base engainante (par soudure des deux bases opposées). Elles sont simples, entières, lancéolées ou oblongues, pétiolées avec une base en coin. Le limbe est mince, avec un bord irrégulièrement denté et un sommet pointu. Les deux faces sont poilues. Celles de la base sont en rosette.

     

    Succisa pratensis Durnal 5-06-12.JPG

    Photo: Fr. Hela, Durnal (Herbois), 5 Juin 2012

     

    Cependant, on peut aussi rencontrer la Succise dans les coupes ou au bord des sentiers forestiers, surtout sur des sols imperméables et acides, souvent en compagnie de la Molinie (Molinia caerulea), Poacée formant des touffes (cespiteuse), entre autres, dans les tourbières en voie d'assèchement, sur le plateau fagnard par exemple. A Yvoir, Succisa pratensis se rencontre çà et là en bordure de chemins forestiers, notamment en forêt domaniale de Tricointe et dans la zone forestière de l'Herbois à Durnal, mais jamais en grand nombre. C'est une espèce héliophile et donc présente, en forêt, aux endroits ensoleillés ou de demi-ombre.

     

    Succisa pratensis Durnal 16-09-14.JPG

    Les fleurs de la Succise des prés sont regroupées en capitules isolés ou en groupe lâche. En faitce qui paraît être une fleur unique est en réalité un amas de fleurs élémentaires, regroupées sur un plateau (le réceptacle). Elles sont mauves, rarement roses ou blanches, toutes semblables entre elles, groupées en capitules hémisphériques. Les fleurs possèdent des corolles en tube à 4 lobes bien marqués et 4 étamines saillantes, soudées à la corolle.

    Photo: Fr. Hela, Durnal (Carrières du Cul du Four), 16 Septembre 2014

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    Les fleurs de la Succise peuvent être blanches, mais cela semble rare.

    Photo: Ph. Vanmeerbeeck, Couthuin, 24 Septembre 2013

     

    Dans notre commune, les stations les plus remarquables et plus ou moins étendues se situent dans la vallée du Bocq (Durnal) et, plus précisément, dans le fond de certaines carrières désaffectées (Carrières du Cul du Four), sur sols siliceux, argileux ou caillouteux, dont le degré d'humidité est variable. Le substrat géologique semble être constitué de grès du Famennien.

     

    Succisa pratensis Durnal 16-09-14 C.JPG

    Photo: Fr. Hela, Durnal (Carrières du Cul du Four), 16 Septembre 2014

     

     

    Les beautés naturelles de notre région sont variées et, parfois, rares. C'est à nous, naturalistes, de les inventorier afin de mettre au point une action de protection et de sensibilisation. Et puis, on peut rêver peut-être au retour d'un papillon qui, en Wallonie, est considéré comme "en danger critique" et dont la chenille, dans les milieux humides, se nourrit principalement de la Succise des prés ! Je n'ose ici le nommer. C'est le Damier de la Succise (Euphydryas aurinia) !

     

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    Photo: J. Reys

     

    Documents consultés

     

    Goffart Ph.: "Le Damier de la succise Euphydryas aurinia (Rottemburg, 1775)", in Bulletin de la Société Royale Forestière de Belgique - 2005.

    Lambinon J. et Verloove F.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines " Ptéridophytes et Spermatophytes - Sixième Edition du Jardin botanique national de Belgique - B-1860 Meise, 2012.

    Rameau J.-C., Mansion D. et Dumé G.: "Flore forestière française" - 1 Plaines et collines - Ed. Institut pour le développement forestier (F), 1989.

    Tanghe M.: "Groupes socio-écologiques des formations herbacées et sous-arbustives de la Wallonie" - Inédit, 2000.

    Tanghe M., Godefroid S. et Vancraenenbroeck M.: "Flore et végétation des bords de routes en Wallonie" Ed. Région wallonne (DGRNE et DNF) - Travaux n°28, 2005.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Découverte de l'Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis) à Tricointe (Yvoir)

    Certaines de nos Orchidées apprécient les milieux stables (coteaux, prairies de fauches, pelouses calcaires, landes, ...) qui peuvent être maintenus par les activités humaines séculaires tels que le pâturage extensif et la fauche des prairies. Elles aiment les endroits pauvres où les amendements sont rares ou complètement absents et se rencontrent souvent sur les terrains calcaires et les prairies sèches ou humides qui répondent à ces caractéristiques. La pauvreté des terrains est donc synonyme de richesse naturelle et de biodiversité ! Ainsi, le 9 juin de cette année,  je visitais à nouveau une petite prairie de fauche mésophile à Tricointe (Yvoir) dans laquelle j'avais observé l'an dernier de nombreux Ophrys abeilles (Ophrys apifera), ce qui a fait d'ailleurs l'objet d'une note  sur ce site, en date du 2 août 2013. Les Ophrys étaient encore plus nombreux que l'année précédente, mais quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis) en pleine floraison au milieu des Centaurées jacées (Centaurea jacea s.l.) !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 9 Juin 2014

    Espèce principalement héliophile (vivant en pleine lumière), Anacamptis pyramidalis fleurit de mai à août. En Belgique, on le rencontre çà et là , dans les pelouse et prairies sèches, les friches et, même, dans les dunes fixées, sur des sols riches en calcaire. D'après J. Lambinon et F. Verloove (2012), cette orchidée est rare à très rare dans notre pays, mais semble cependant en expansion, colonisant volontiers des biotopes créés ou remaniés par l'homme. Elle s'y révèle toutefois fugace. C'est un taxon méditerranéo-atlantique qui s'étendrait du Maroc à la Caspienne et aux îles de la Baltique (P. Delforge, 1994).

     

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    Anacamptis pyramidalis affectionne les pelouses sèches sur calcaire, comme celles de la réserve naturelle de Devant-Bouvignes, à Dinant.

    Photo: www.fr.wikipedia.org

     

    L'Orchis pyramidal est une plante vivace, de 25 à 50 cm de hauteur. Sa tige dressée est assez grêle, un peu flexueuse et glabre. Il présente 4 à 10 feuilles alternes, simples, entières, lancéolées et non pourvues d'un pétiole. Celles de la base sont nettement rapprochées et les caulinaires (feuilles de la tige) sont engainantes, de plus en plus petites vers le haut de la hampe. Les nervures sont parallèles (Monocotylédone).

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    L'aspect "pyramidal" de l'inflorescence se remarque en début de floraison, mais devient  vite conique, voire cylindrique.

    L'inflorescence en épi est dense et conique, longue de 3 à 12 cm, à fleurs assez nombreuses. Souvent rougeâtres ou violacées, des bractées lancéolées, à la base des fleurs, égalent l'ovaire ou sont un peu plus longues que lui. 

    HR_Orchis_pyramidal_bractees.jpg

    On peut remarquer sur cette photo, les bractées (petites feuillesà la base des fleurs, un peu colorées de rougeâtre et masquant les ovaires.

     

    Les fleurs, groupées en épi, sont petites, largement ouvertes, de couleur rose à rose violacé, parfois blanche.

    Anacamptis pyramidalis Yvoitr (Tricointe) 9-06-14 P.JPG

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 9 Juin 2014

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    Photo: Peter Zschunke

     

    Chez les orchidées, les fleurs sont formées de six éléments dits "pétaloïdes", dans lesquels on ne distingue pas véritablement de pétales ou de sépales, même si certains d'entre eux sont verts. L'ensemble constitue le périanthe. Il est organisé en deux groupes. Les trois éléments extérieurs équivalent aux sépales et les trois intérieurs aux pétales. L'élément intérieur dirigé vers le bas est très différent des autres, c'est le labelle !

     

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    Les différents éléments d'une fleur d'Orchis pyramidal.

     

    Le labelle de notre Orchis pyramidal est profondément trilobé, à lobes de longueur presque égale, pendant par torsion de l'ovaire. Il est muni d'un éperon, long de 3mm, orienté vers le bas, filiforme, grêle et arqué, aussi long que l'ovaire. Ce labelle présente à sa base deux lamelles saillantes plus ou moins parallèles.

    Anacamptis_pyramidalis fr.wikipedia.org A.jpg

    Photo: www.fr.wikipedia.org

     

    La pollinisation est effectuée par des Lépidoptères (Hétérocères et Rhopalocères) qui visitent plutôt des orchidées à longs éperons tubuliformes. Leurs trompes longues et fines sont "guidées" vers l'entrée de l'éperon contenant le nectar par ces lamelles situées à la base du labelle.

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    Pollinisation de la fleur d'Anacamptis pyramidalis par un papillon

    67. Le papillon vient aspirer le nectar de la fleur - 68. Les pollinies (*) adhèrent sur sa trompe. 69. Lorsque l'insecte visitera une autre fleur, les pollinies se courberont vers l'avant pour déposer du pollen sur le stigmate. C'est la pollinisation croisée !

    (*) Chez les Orchidacées, masses de pollen aggloméré, qui peuvent être transportée en bloc par les insectes.

     

    Voici, pour terminer cette note, quelques papillons observés sur le site de la découverte, à Yvoir (Tricointe), repris, parmi d'autres, dans une liste des pollinisateurs potentiels de l'Orchis pyramidal, d'après M. Bournérias et al. (1998).

     

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    La Doublure jaune (Euclidia glyphica), Noctuidé volant le jour.

    Photo: Fr. Hela, Spontin, 25 Mai 2014

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    Le Cuivré commun (Lycaena phlaeas), Lycaenidé

    Photo: Fr. Hela, Sosoye, 31 Juillet 2011

    Melanargia galathea Yvoir (Tricointe) 12-07-12.jpg

    Le Demi-Deuil (Melanargia galathea), Nymphalidé

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 12 Juillet 2012

     

    Siona lineata Yvoir 23-05-14.JPG

    La Divisée ou Phalène blanche (Siona lineata), Géométridé volant le jour

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 23 Mai 2014

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    Zygène de la Filipendule (Zygaena filipendulae), Zygaenidé volant le jour

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juin 2011

     

    Bibliographie

    Bournérias M. et al.: "Les Orchidées de France, Belgique et Luxembourg" - ouvrage collectif sous l'égide de la Société Française d'Orchidophilie - Collection Parthénope, Paris 1998

    Clément J.-L.: "Connaissance des Orchidées sauvages " Ed. La Maison rustique, Paris 1978

    Delforge P.: "Guide des Orchidées d'Europe, d'Afrique du Nord et du Proche-Orient", Ed. Delachaux et Niestlé, 1994

    Lambinon J. et Verloove F.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines" Sixième édition - Ed. du jardin botanique national de Belgique, B-1860 Meise, 2012

    Ouvrage collectif: "Spécial Orchidées", in "Le Courrier de la Nature" n°189, Janvier 2001, édité par la Société nationale de protection de la nature (F)

    Tyteca D.: "Les orchidées des pelouses calcaires - 2, in "Réserves Naturelles", 1983

     

     

     

  • Découverte du Tamier commun (Tamus communis), sur le site des Rochers de Faulx (Yvoir)

     

     Le 13 janvier dernier, par une journée presque printanière, je décide d'explorer les alentours des Rochers de Faulx, appelés aussi "Rochers de Fidevoye ou du Paradou". Une partie de ce site est utilisé pour la pratique de l'escalade. Au nord-est de Hun-sur-Meuse, ces rochers émergent du versant droit de la Meuse et sont constitués de calcaires du Frasnien (382 à 372 Ma), premier étage géologique du Dévonien supérieur, dans l'ère Paléozoïque.

     

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    Les Rochers de Faulx, à Yvoirà droite de la photo, on peut remarquer une zone plus boisée avec des buis (Buxus sempervirens) en sous-bois.

    Photo: L. Dejonghe

     

    Les dalles fréquentées par les escaladeurs sont assez nues et peu de plantes rupestres y subsistent. Sur la partie droite de la formation rocheuse, un passage très chaotique a été créé entre le rocher et la buxaie (zone à buis - Buxus sempervirens). C'est à cet endroit que je découvre de longues tiges jaunies d'une plante grimpante, accrochées à quelques arbustes et portant encore des baies rouges. Pas de doute, il s'agit bien d'un Tamier commun (Tamus communis), plante rare dans notre région !

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    A cette période de l'année, le Tamier commun (Tamus communis) a perdu son feuillage et n'est plus repérable que par ses fruits.

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Faulx), 13 Janvier 2014

     

    La seule station proche que je connaisse, en dehors de celle-ci, se trouve à proximité de pelouses xériques des rochers calcareo-schisteux, sur la Tienne de Rouillon ou Mont Pelé (Rouillon-Rivière), sur les communes d'Anhée et de Profondeville, sur la rive gauche de la Meuse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Tienne de Rouillon (Profondeville), 23 Mai 2011

     

    Le Tamier commun est un géophyte, c'est-à-dire subsistant, durant la mauvaise saison, grâce à son organe souterrain, un rhizome tubéreux. C'est une plante vivace à tiges grêles, grimpantes et volubiles pouvant atteindre trois mètres de longueur, qui s'enroulent autour d'un support dans le sens des aiguilles d'une montre. Ses feuilles alternes sont cordées à la base, pointues et luisantes.

     

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    Extrait de http://fr.wikipedia.org

     

    Les fleurs vert jaunâtre apparaissent de mai à juillet, à l'aisselle des feuilles. Elles sont unisexuées. Les fleurs mâles et les fleurs femelles sont portée par des individus différents. Le Tamier est donc une espèce dioïque, pollinisée par les insectes

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    Photo: Mundo Natural Faluke - http://faluke.blogspot.be

     

    Les fruits du Tamier commun sont des baies, de la taille d'un pois, arrondies, rouges à maturité et luisantes. Elles sont toxiques pour l'être humain.

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    Photo: Fr. Hela, Roly (Bois Cumont), 30 Septembre 2013

     

    La racine du Tamier était utilisée autrefois pour soulager les ecchymoses et blessures (cataplasmes de feuilles ou de tranches de racines), d'où le nom cocasse d' "Herbe aux femmes battues" qu'on lui  attribue encore parfois.

     

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    Photo: Fr. Hela, Wimereux - Zone boisée des dunes de la Slack - Côte d'Opale (F), Novembre 2010

     

    L'étude de fossiles de plantes (la paléobotanique), associée à la géologie, semble montrer que des climats tropicaux et subtropicaux avaient largement dominés dans tout l'hémisphère Nord actuel, pendant la première moitié du Cénozoïque (ère tertiaire). A l'époque, durant la période la plus chaude de l'Eocène ("aube des temps récents"), la végétation avait un caractère tropical, sur les territoires qui forment aujourd'hui l'Europe occidentale. Cinquante millions d'années après, ne subsistent plus, dans nos régions, que quelques représentants de Familles de plantes tropicales, dont les Dioscoréacées, celle de notre Tamier que certain considère comme une "relique de l'ère tertiaire ".

     

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    Au Cénozoïque, vers la fin du Paléocène et jusque vers -50 millions d'années, au début de l'Eocène, le climat de la planète devint notablement plus chaud. La végétation de type tropical se répandit, amenant la zone de forêt paratropicale humide au-delà du cercle polaire, ce qui créa l'un des milieux les plus inhabituels de l'histoire de la terre: des jungles au niveau des pôles ! La scène, sur cette représentation, se déroulent dans une forêt marécageuse tropicale du début de l'Eocène, il y a 55 millions d'années, habitée par toute une gamme de mammifères !

    Extrait de l'ouvrage "Le livre de la vie", par P. Andrews, M. Benton et al., sous la direction de Stephen Jay Gould

     

    Les Dioscoréacées comprennent actuellement six Genres et environs 630 espèces dans le monde, pratiquement toutes originaires des régions tropicales avec quelques espèces en régions tempérées. Exceptés quelques arbustes de petites tailles, la plupart des espèces de cette Famille sont des plantes herbacées vivaces ou des plantes grimpantes, voire arbustives, avec des rhizomes ou des tubercules bien développés. Dans le Genre Dioscora, les tubercules d'environ 60 espèces sont cultivées comme nourriture de base, sous le nom d' "ignames", dans le Sud-Est de l'Asie, l'Afrique de l'Ouest, en Amérique Centrale et du Sud.

     

     

     

     

     

     

     

  • "Colchiques dans les prés fleurissent, fleurissent...c'est la fin de l'été ..."

    * Les termes marqués d'un astérisque sont définis brièvement en bas de note.

    Quel plaisir que de voir, au détour du chemin, une prairie ou la litière d'un sous-bois parsemée d'une multitude de fleurs roses ou un peu lilacées, s'épanouissant au soleil de septembre et ne montrant aucunes feuilles ! On pourrait croire être en présence de crocus printaniers, mais les couleurs générales de la saison ne laisse pas de doute: il s'agit bien de Colchiques d'automne (Colchicum autumnale).

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    Photo: Fr. Hela, Roly, 29 Septembre 2013


    Dans notre région, ce spectacle automnal est devenu malheureusement assez rare, surtout dans nos prés. Lorsque que l'on me contacte parce que des chevaux sont malades ou des poulains sont morts, les propriétaires se demandent si les animaux n'ont pas mangé des Colchiques. Sur place, point de cette Liliacée, mais bien des Séneçons jacobées (Senecio jacobaea), très toxiques pour le bétail ou des Porcelles enracinées (Hypochaeris radicata) qui peuvent parfois causer des problèmes de santé chez certains équidés.

     

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    Le Séneçon jacobée (Senecio jacobaea) est une Astéracée toxique pouvant provoquer des empoisonnements graves du bétail. Cette espèce, assez commune dans certaines prairies pâturées de notre région, fleurit de juillet à octobre.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 5 Juillet 2013


    Après fécondation, les fleurs des Colchiques, assez éphémères, disparaissent. Le repos hivernal s'installe. Au printemps, apparaissent alors les longues feuilles, bien vertes et luisantes, des plantes. Celles-ci forment un écrin pour le gros fruit du Colchique qui mûrira et dispersera ses graines durant l'été (juin-juillet).

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode (Vallée du Bocq), 27 Avril 2013

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    Photo: Fr. Hela, Willerzie (Vallée de la Hulle), 6 Juin 2013


    D'après Fr. Couplan (2000), le Colchique est l'Herbe de la Colchide (du grec Kolchikon), contrée de la côte est de la mer Noire, où résidait la magicienne Médée.

     

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    Photo: Fr. Hela, Willerzie (Vallée de la Hulle), 23 Septembre 2013

     

    Le Colchique contient dans toutes ses parties, et surtout dans les graines, un alcaloïde très toxique, la colchicine.Tous les animaux montrent une grande sensibilité envers cette substance, mais ce sont les bovins qui sont le plus fréquemment atteints. La plupart des intoxications se produisent par la consommation des feuilles et des capsules. D'après la littérature, le comportement des bovins envers le Colchique est très variable. Souvent dédaignée, la plante va être, à la suite de circonstances mal définies, consommée en grandes quantités. On signale aussi des empoisonnements accidentels du chien, d'où le nom de "tue-chien" donné quelquefois à la plante. Par contre, la chèvre et le mouton seraient immunisés contre le poison, mais leur lait deviendrait toxique, contenant une partie de la colchicine dissoute. Chez l'homme, 70 à 80 mg de cet alcaloïde constitue une dose mortelle.

     

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    Derrière cette belle apparence, se cache un alcaloïde très toxique, la colchicine.

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2013


    La colchicine, à très faible dose, est cependant utilisée pour traiter les rhumatismes et la goutte. D'après J.-B. de Vilmorin (1991), cet alcaloïde permet notamment de provoquer le doublement chromosomique de certaines fleurs et d'augmenter les rendements de la betterave sucrière ou de céréales, comme le seigle.

    De nombreux ouvrages classent encore le Colchique d'automne dans la Famille des Liliacées. Dans la classification phylogénétique moléculaire récente, le Genre Colchicum est placé dans une Famille à part, les Colchicacées. A la mauvaise saison, le Colchique d'automne subsiste grâce à un organe souterrain tubérisé (géophyte bulbeux). Cependant, pour A. Raynal Roques (1994), cet organe souterrain est en fait un corme (de cormos, en grec, signifiant tronc, souche), formé d'une tige courte, épaisse, massive, hypertrophiée, chargée de réserves nutritives et protégée par des feuilles écailleuses ou réduites à des fibres. Le colchique et les crocus ont des cormes ! Le langage populaire (et horticole) parle à tort d' "oignons de crocus".

     

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    Coupe longitudinale d'un bulbe de colchique, d'après J.-L. Guignard (1996)


     

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    Photo: Fr. Hela, Willerzie (Vallée de la Hulle), 23 Septembre 2013


    La fleur du Colchique présente six (parfois 7 ou 8) tépales * lilacés ou violet clair, soudés entre eux à la base en un tube long et étroit (la partie libre est longue de 4 à 12 cm). On peut y voir six étamines, dont trois sont attachées plus haut que les trois autres. La capsule * septicide (de septum, cloison et de caedo, briser), pouvant atteindre la taille d'une noix, s'ouvre à maturité par des fentes suturales (les fentes de déhiscence apparaissent le long des lignes de suture des carpelles*). La déhiscence aboutit à séparer les carpelles*, chaque valve correspondant à l'un d'eux.

     

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Juin 2013

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    1. Bulbe enveloppé de tuniques noirâtres

    2. Feuilles dressées et lancéolées apparaissant au printemps

    3. Fleurs à six tépales

    4. Capsules apparaissant au printemps (graines libérées en juillet)

    Dessins d'après J.-C. Rameau et al. (1993)


    Dans notre pays, le Colchique d'automne est présent dans les prairies, les frênaies riveraines et forêts fraîches occupant des sols argileux, ainsi que dans les dunes. On le trouve souvent sur des substrats riches en calcaire (J. Lambinon et F. Verloove, 2012). D'après J.-C. Rameau et al. (1993), c'est une espèce héliophile ou de demi-ombre croissant dans des conditions moyennes de sécheresse et d'humidité.

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    Photo: Fr. Hela, Roly, 29 Septembre 2013


    Le Colchique d'automne est aussi une espèce d'altitude. Dans les Hautes-Alpes, celui-ci se rencontre dans les prairies, les pelouses mésophiles et les clairières, de l'étage collinéen à l'étage subalpin, de 500 à 2500 mètres ( Ed. Chas, 1994).


    * un tépale: enveloppe florale où il n'est pas possible de distinguer un calice et une corolle

    * une capsule: fruit sec, déhiscent, s'ouvrant par des fentes en deux ou plusieurs valves ou par des dents ou des pores, contenant plusieurs graines

    * un carpelle: chacun des éléments de base du gynécée ou pistil (ensemble des organes femelles d'une fleur). Chaque carpelle comprend en principe trois parties: ovaire, style et stigmate


    Bibliographie:

    de Vilmorin J.-B.: "Le Jardin des Hommes" - Ed. Belfond - Le Pré aux Clercs, 1991

    Favarger Cl. et Robert P.-A.: "Flore et Végétation des Alpes" - Tome 2 (Etage subalpin) - Ed. delachaux&niestlé, 1995

    Guignard J.-L.: "Botanique" - Ed. Masson (dixième édition), Paris 1996

    Lambinon J. et Verloove F.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines" - Ed. du Jardin botanique national de Belgique (sixième édition), Meise, 2012

    Parc national des Ecrins (F) - ouvrage collectif: "A la découverte des fleurs des Alpes" - Ed. Libris 2002

    Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" - Tome 2: Montagne - Ed. Institut pour le développement forestier (F), 1993

    Raynal-Roques A.: "La botanique redécouverte" - Ed. Belin, 1994






     



  • Une remarquable population d'Ophrys abeilles (Ophrys apifera), espèce autogame, dans une prairie à fromental

    Chaque année, de la mi-juin à la fin du mois de juillet, je trouve mon bonheur dans les quelques prairies fleuries de notre commune. A cette époque de l'année, lors de belles journées, on peut voir ma longue silhouette, ornée d'un chapeau, arpentant les formations végétales des milieux ouverts de notre région (talus fleuris du bord des routes et chemins, prairies de fauche peu amendées, moyennement humides ou sèches ...). C'est en ces lieux que je redeviens enfant pour un temps, absorbé par la beauté du monde végétal et par le petit peuple des lieux herbeux qui s'affaire. Il y a une petite prairie à fromental que j'affectionne tout particulièrement, notamment pour sa diversité en papillons. Elle se situe non loin du hameau de Tricointe (Yvoir), à la lisière de la forêt domaniale. Quel bonheur d'y contempler les capitules des marguerites, des cirses, des centaurées jacées et des knauties des champs ou les gracieuses ombelles des carottes sauvages, des berces communes, des grands boucages et des angéliques des bois ! Les inflorescences des lotiers, de diverses espèces de vesces et de trèfles, de l'érythrée petite centaurée, des campanules, du salsifis des prés et de bien d'autres espèces produisent des harmonies de couleurs toujours changeantes, dès le mois d'avril jusque fin juillet.

     

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    Yvoir (Tricointe): prairie mésophile à fromental

    Photo: Fr. Hela, Juillet 2013


    Cette année, au mois de juin, accroupi dans les hautes herbes, j'observe un Demi-Deuil (Melanargia galathea), élégant papillon, butinant les fleurs d'une knautie des champs.

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    Photo: Fr. Hela, 29 Juin 2013


    Au bout d'un moment, je m'aperçois qu'une petite merveille croît à mes pieds. L'Ophrys abeille est bien là, en pleine floraison. Ce n'est pas une hallucination ! En regardant plus attentivement autour de moi, j'en découvre au moins une trentaine ! Je n'ose plus faire un pas de plus dans les hautes herbes, de peur de mettre le pied sur une de ces petites orchidées, rares et protégées par la loi.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 29 Juin 2013

     

    De loin, j'ai l'impression de voir de gros insectes posés sur des fleurs. De près, le labelle, le pétale le plus grand, des Ophrys, d'une hauteur de 20 à 50cm, semble simuler un insecte par sa forme !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 29 Juin 2013


    Les observations faites sur les Ophrys montrent que la forme, la pilosité, la couleur et même l'odeur de ce pétale trilobé original attirent certains insectes mâles en quête de femelles.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 29 Juin 2013


    Certains observateurs ont assisté à une pseudocopulation ! Le visiteur mâle, prenant le labelle pour une femelle de son espèce, se positionne sur la fleur et tente de s'accoupler. Dans son agitation, il heurte des poches plus ou moins hémisphériques (les bursicules) qui libèrent instantanément les pollinies (amas de grains de pollen, chacun prolongés par un pédicelle (caudicule) et portant à la base une petite pièce visqueuse, appelée rétinacle. Ces pollinies se collent alors sur la tête ou l'extrémité de l'abdomen de l'insecte. Les masses de pollen peuvent ainsi être véhiculées et déposées finalement sur les stigmates d'autres fleurs, car l'insecte tombera à nouveau dans le piège de la ressemblance un peu plus loin.

    D'une façon générale, on constate que la pollinisation par "pseudo-accouplements" de la grande majorité des espèces d'Ophrys est effectuée principalement par des Hyménoptères (Abeilles, bourdons, guêpes). Néanmoins, gardons-nous de généraliser trop hâtivement les interprétations des phénomènes naturels ! Paradoxalement, notre Ophrys abeille, au large labelle accueillant, n'a apparemment nul besoin du concours des insectes pour sa reproduction qui est autogame ! Si J.-L. Clément (1978) dit que la fleur d'Ophrys abeille pratique l'autofécondation, si elle n'est pas pollinisée par les insectes, M. Bournérias, M. Démares et al. (1998) soulignent que l'autopollinisation chez cette espèce semble la règle, malgré la présence de rétinacles fonctionnels. On observe que les masses polliniques se rabattent spontanément sur le stigmate, provoquant l'autofécondation de la plante. Les apparences sont parfois trompeuses et les conclusions que l'on en tire peuvent être hasardeuses !

     

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    Très peu de temps après l'épanouissement de la fleur, les caudicules (pédicelles portant les amas de pollen) s'infléchissent jusqu'à déposer directement le pollen sur le stigmate. L'étrange labelle velouté attire peut-être les insectes, mais ici c'est un leurre superflu !

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 29 Juin 2013


    Bien que convaincu de la plus grande efficacité de la fécondation croisée (allogamie), Charles Darwin (1862) ayant vérifié minutieusement, durant plusieurs années et sur des centaines de fleurs, l'efficacité reproductrice de l'autogamie chez cet Ophrys, souvent plus commun que bien d'autres espèces allogames du même Genre, considère que "le cas est aussi embarrassant que possible ".

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 29 Juin 2013


    En règle générale, les Ophrys préfèrent les milieux ouverts, sur substrats essentiellement calcaires. Dans le centre et le nord de l'Europe, ainsi que dans les régions montagneuses, le nombre d'espèces tend à se réduire et la date de floraison est plus tardive. L'Ophrys abeille, dont la forme des pétales et la couleur du labelle présentent de nombreuses variations, à une aire qui occupe une notable partie des régions situées autour de la Méditerranée (circumméditerranéene), mais aussi le territoire biogéographique de la façade ouest de l'Europe (domaine atlantique). Si, en France, cette espèce est largement répandue, elle est disséminée et rare en Belgique et au Grand-Duché de Luxembourg. Sa présence sur certains sites aux sols récemment remaniés est souvent éphémère. Ses habitats sont les pelouses et prairies sèches à un peu humides, parfois à la lisière d'un bois, mais toujours sur des substrats riches en calcaire. En Belgique, l'Ophrys abeille semble fleurir plus tardivement que les autres espèces, à savoir de la mi-juin au début juillet.

     

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    Photo: Jacky De Muynck, Yvoir (Champalle), 3 Juillet 2013


    Bien que rares, deux autres espèces d'Ophrys pourraient être observées dans notre région.

    L'Ophrys mouche (Ophrys insectifera), sans doute le plus nordique des Ophrys, se rencontre dans les pelouses calcaires et fleurit de la mi-mai à la mi-juin.

     

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    L'Ophris frelon (Ophrys fuciflora)* est une espèce méditerranéene atteignant chez nous sa limite de distribution. Il fleurit de la mi-mai jusqu'au début juillet, dans les mêmes milieux que l'espèce précédente.

    * D'après la dernière édition (2012) de la Nouvelle Flore de Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines, le nom scientifique retenu de cette espèce est Ophrys holosericea.

     

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    Photo: Dominique Testaert, 11 Juin 2013


    Bibliographie:


    Bournérias M. et al.: "Les Orchidées de France, Belgique et Luxembourg", Ed. Collection Parthénope, Paris, 1998.

    Bournérias M. et Bock Ch.: "Le génie des végétaux, des conquérants fragiles", Ed. Belin, Paris 2006.

    Clément J.-L.: "Connaissance des orchidées sauvages" Ed. La Maison rustique, Paris, 1978.

    Delforge P. "Guide des Orchidées d'Europe, d'Afrique du Nord et du Proche-Orient", Ed. Delachaux et Niestlé, Paris, 1994.

    Démares M.: "A propos de la pollinisation", in "L'Orchidophile", n°146, Avril 2001.

    Lagrange H.: "La fécondation des Orchidées", in "Le Courrier de la nature" - Spécial Orchidées n°189, Janvier 2001 - Ed. Société nationale de protection de la nature et d'acclimatation de France asbl (snpn).

    Lambinon J. et Verloove F.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines (Ptéridophytes et Spermatophytes), Edition du Jardin botanique national de Belgique - Meise, 2012 (Sixième édition).

    Raynal-Roques A.: "La botanique redécouverte", Ed. Belin, 1994. 

    Tyteca D.: "Les Orchidées des pelouses calcaires", in "Réserves naturelles", revue bimestrielle des R.N.O.B., n°2, Avril 1983.







     



  • Potentille faux-fraisier (Potentilla sterilis) ou fraisier sauvage (Fragaria vesca) ?

    En ce début du mois d'avril, la température est encore bien basse pour la saison. Je suis à la recherche de quelques plantes vernales qui devraient commencer à fleurir. Quelques Corydales solides (Corydalis solida) tentent une apparition, une dizaine de Tussilages (Tussilago farfara) éclairent de jaune un endroit où le sol est dénudé et de belles populations de dorines à feuilles alternes (Chrysosplenium alternifolium) colorent de vert tendre et de jaune la berge de la rivière. C'est pénible cette année, la végétation semble encore engourdie ! Sur le talus bien éclairé par les rayons du soleil, au pied des broussailles, de petites fleurs aux pétales blancs, légèrement échancrés, attirent mon attention. Les premières Potentilles faux-fraisiers (Potentilla sterilis) sont enfin en fleurs !

     

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    La Potentille faux-fraisier (Potentilla sterilis): On peut remarquer ici que les pétales, légèrement échancrés, ne se touchent pas et ne se recouvrent donc pas par les bords. Si on examine le réceptacle (axe de la fleur sur lequel sont fixées les pièces florales), on constate qu'il est velu.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Avril 2013

     

    D'ordinaire je les observe déjà à la fin du mois de février ou au début de mars, à proximité d'un bois, d'une haie ou dans une coupe forestière. Cette potentille précoce, aux feuilles toutes à trois folioles, ressemblent à s'y méprendre au Fraisier sauvage (Fragaria vesca), espèce plus connue pour son faux-fruit rouge, la fraise des bois. Celui-ci fleurit normalement d'avril à juin et, à cette période, les deux espèces peuvent fleurir en même temps.

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    Le fraisier sauvage (Fragaria  vesca): Les pétales se touchent ou même souvent se recouvrent par les bords. Le réceptacle est glabre et présente un anneau de poils à la base.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Avril 2012


    Nos deux espèces appartiennent à la Famille des Rosacées. Elles possèdent des fleurs à cinq pétales blancs, libres entre eux, et un calice (cinq sépales) doublé extérieurement d'un calicule formé de cinq petites pièces vertes. Leurs feuilles, composées de trois folioles, sont velues et dentées.

     

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    Feuille à trois folioles de Potentilla sterilis: La face inférieure de celle-ci est glauque et munie de poils dressés obliquement. Les dents sont larges et plus ou moins obtuses.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 15 Avril 2013.

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    Feuille à trois folioles de Fragaria vescaLa face inférieure est vert grisâtre à un peu glauque-argenté, munie de poils soyeux apprimés. Les dents, plus nombreuses, sont aiguës.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 17 Avril 2013.


    L'ancien nom scientifique de la Potentille faux-fraisier Fragaria sterilis ("fraisier stérile") avait été donné par Carl von Linné (1707-1778). Celui-ci, constatant probablement que cette espèce ne donnait pas à maturité un faux-fruit rouge (la fraise), conclut qu'il s'agissait d'une espèce de fraisier stérile. De nos jours, on a gardé l'épithète spécifique sterilis pour désigner cette potentille. Cela ne veut pourtant pas dire qu'elle est stérile. Elle donne bien, à maturité, un groupe de petits fruits secs (akènes) ! Chez le Fraisier sauvage, ces akènes sont portés par un faux-fruit rouge.

     

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    La fraise des bois est, en fait, un faux-fruit, résultant de la croissance du réceptacle qui se poursuit après la floraison. Un fruit est, par contre, un organe contenant des graines, provenant de la transformation d'un ou de plusieurs ovaires après la fécondation.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2012.

     

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    La fraise est un faux-fruit. Le réceptacle saillant, charnu et juteux, porte les petits akènes (fruits secs indéhiscents) qui dérivent des carpelles.

    Dessin extrait de l'ouvrage "La botanique redécouverte" par Aline Raynal-Roques, aux éditions Belin INRA, 1994.

      

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    Une fleur de Potentille stérile visitée par une abeille solitaire, probablement du Genre Andrena.

    Photo: Fr. Hela, Warnant, 14 Avril 2013.



     



     

     



  • Bientôt, ce sera le moment d'observer nos primevères !

    Les termes marqués d'un astérisque sont définis dans le petit glossaire, en fin de note.


    Du mois de mars au mois de mai, nos sous-bois, nos lisières et le pied de nos haies vont s'illuminer de jaune. Ce sera le moment d'admirer nos primevères ! L'adjectif latin "primulus" veut dire "tout premier" et indique le caractère précoce de la floraison de celles-ci. Dans certaines régions, on nomme la primevère "coucou des bois", "herbe de Saint-Pierre". En néerlandais et en allemand on l'appelle "sleutelbloem" et "Schlüsselblüme", sleutel et Schlüssel signifiant la clef (du paradis). On raconte que Saint-Pierre, admiratif devant la splendeur du printemps, laissa tomber une des clefs du "Paradis" et celle-ci prit racine au milieu des anémones et des ficaires ! Ce serait ainsi que la primevère apparu.

     

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    La primevère officinale (Primula veris)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 22 Avril 2012.


    Outre les primevères, la Famille des Primulacées comprend notamment des espèces comme les lysimaques avec leurs belles fleurs jaunes, les cyclamens délicats, le mouron rouge (Anagallis arvensis subsp. arvensis) de nos cultures et potagers ou encore la trientale (Trientalis europaeus), espèce rare des landes tourbeuses ou des bois clairs à bouleaux pubescents (Betula alba) de la Haute Ardenne.

     

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    Le mouron rouge (Anagallis arvensis subsp. arvensis) de vos potagers fait partie de la même famille que les primevères.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Juin 2011.

     

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    La lysimaque commune (Lysimachia vulgaris) est une primulacée assez fréquente en bord de Meuse.

    Photo: Fr. Hela, Anhée (bord de Meuse), 30 Juin 2012


    Chez nous, nous pouvons distinguer deux espèces.

    La primevère élevée (Primula elatior), assez commune, est présente dans les aulnaies*, les frênaies* ainsi que dans les chênaies* et prairies fraîches à humides. Ses feuilles sont toutes en rosette à la base, progressivement rétrécies en pétiole*, inégalement dentées, ridées, à nervation fortement réticulées*. Sa corolle* jaune pâle, inodore, possède une couronne orange clair au sommet du tube*. Le calice* à dents aiguës est appliqué sur le tube* de la corolle. Elle fleurit de mars au mois de mai.

     

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    Primula elatior Evrehailles (Bauche) Avril 2012 A.jpg

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    Photos: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche, vallée du Bocq), Avril 2012


    La primevère officinale (Primula veris) a des feuilles brusquement rétrécies en un pétiole* ailé. Sa corolle* jaune foncé possède cinq taches oranges au sommet du tube*. Le calice*, à dents obtuses et uniformément vert pâle, n'est pas appliqué sur le tube* de la corolle. Cette plante est odorante et certains auteurs notent une odeur de miel, un faible parfum citronné; d'autres encore évoquent une senteur suave semblable à celle du lait ! A vous de sentir ... La primevère officinale fleurit d'avril à mai et préfère un sol sec à très sec, sur calcaire. Chez nous, cette espèce est assez commune dans les prairies sèches, les pelouses calcaires, les bois clairs et les talus.

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    Primula veris Yvoir (Champalle) 6 Avril 2012 B.jpg

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 6 Avril 2012


    En Belgique, nous devons mentionner une autre espèce bien plus rare à l'état sauvage. Il s'agit de la primevère acaule (Primula vulgaris). La plupart du temps, cette espèce est parfois subspontanée* ou naturalisée*. De nombreux cultivars* et hybrides de cette plante à corolle rouge, rose, violette, blanche, ... sont cultivés pour l'ornement des jardins et s'observent parfois en dehors de ceux-ci.

     

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    Primula vulgaris et un cultivar de cette plante à fleurs roses violacées


    Les primevères se multiplient par division des racines en automne et par semis. Les minuscules graines sont enfermées dans une capsule s'ouvrant par des dents. Ces plantes sont mellifères. Les marques oranges des corolles conduiraient les visiteurs ailés aux nectaires* où ils peuvent se sustenter.


    Il est une particularité intéressante chez les primevères qu'on appelle hétérostylie (voir la figure ci-dessous). On rencontre deux sortes d'individus: les uns ont un long style* et leurs étamines chargées de pollen sont dissimulées dans le fond du tube de la corolle; les étamines des  autres sont disposées en haut du tube et leur style est beaucoup plus court. L'existence de ces deux types de fleurs permet la pollinisation croisée. La nature évite ainsi la consanguinité et favorise le formation de couples. A vos loupes !

     

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    L'hétérostylie chez la primevère: Style et stigmate (1), Etamines (2)


    Dans le guide du Musée pharmaceutique et du Jardin des Plantes médicinales de l'Abbaye d'Orval, on peut lire: "La primevère officinale se caractérise par la présence, dans la plante entière, de saponosides* acides. La racine contient deux hétérosides*: le primevéroside et le primulavéroside. Les fleurs et les racines contiennent en outre une huile essentielle à odeur d'anis. Les feuilles quant à elles, sont riches en vitamine C et en flavonoïdes*. En usage interne, la racine de primevère est expectorante, diurétique* et laxative. Elle augmente les sécrétions salivaires et bronchiques. En usage externe, les propriété hémolytiques* des saponines* sont mises à profit dans le traitement des ecchymoses."

     

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    La primevère officinale (Primula veris) à Yvoir (Tricointe)

    Photo: Fr. Hela, Avril 2012


    Petit glossaire

    Aulnaie: bois d'aulnes ou riches en aulnes. Se dit aussi aunaie.

    Calice: enveloppe extérieure de la fleur, formée de sépales libres ou soudés.

    Chênaie: forêt de chênes ou riche en chênes.

    Corolle: enveloppe interne de la fleur, située entre le calice et les étamines, à divisions (pétales) libres ou soudées.

    Cultivar: variété d'une espèce de plante, inconnue à l'état spontané, sélectionnée par l'homme et propagée par celui-ci parce qu'elle présente un intérêt ornemental dans ce cas-ci.

    Dépuratif: qui élimine les déchets et les toxines de l'organisme en stimulant l'action des organes excréteurs.

    Diurétique: qui active l'élimination de l'urine.

    Flavonoides: Les drogues à hétérosides flavoniques sont souvent diurétiques, antispasmodiques et possèdent des propriétés vitaminiques P (augmentation de la résistance des capillaires sanguins et diminution de leur perméabilité). Ces propriétés trouvent leur intérêt aussi en diététique (fruits de Citrus).

    Frênaie: forêt de frênes ou riche en frênes.

    Hémolytique: qui détruit les globules rouges.

    Hétérosides: Les hétérosides sont des produits fréquemment rencontrés chez les plantes. Sous l'action de certains enzymes ou en présence d'acides, ils se décomposent en un ou plusieurs glucides (glucose souvent) et en une partie non glucidique appelée aglycone ou génine. L'action médicamenteuse est due à l'aglycone, qui peut appartenir à des classes chimiques extrêmement différentes. La partie glucidique augmente la solubilité de l'aglycone dans l'eau et par là, la résorption dans le corps.

    Naturalisé(e): se dit d'une plante originaire d'une région située en dehors du territoire étudié, introduite à l'origine fortuitement ou volontairement (dans ce cas-ci, il s'agit d'une plante cultivée pour l'ornement) et persistante.

    Nectaires: organes glanduleux de certaines fleurs sécrétant un liquide sucré nommé nectar.

    Nervation réticulée: disposition des nervures d'une feuille, marquée de lignes en réseau, comme les mailles d'un filet.

    Pétiole: partie amincie de la feuille reliant le limbe (partie élargie de la feuille) à la tige.

    Saponines: voir saponosides.

    Saponosides: Hétérosides (hétérosides saponisides) caractérisés par leurs propriétés moussantes et leur amertume. Ils provoquent l'hémolyse des globules rouges et sont très toxiques pour les animaux à sang froid. La nielle, la saponaire, mais aussi des espèces alimentaires telles que la luzerne, le soja et les betteraves contiennent ces substances. En usage interne, ce sont des expectorants (thés et sirops pectoraux) agissant par réflexe, après irritation des muqueuses stomacales (comme l'Ipéca); ils sont aussi diurétiques, sudorifiques* et dépuratifs*. Enfin, ils facilitent la mobilisation du calcium et du silicium. Ils augmentent l'efficacité des tisanes qui en contiennent.

    Subspontané(e): se dit d'une plante cultivée, échappée des jardins, des parcs ou des champs, ne persistant souvent que peu de temps dans ses stations ou du moins ne se propageant pas en se mêlant à la flore indigène.

    Sudorifique: qui provoque la transpiration.

    Tube: partie inférieure d'une corolle ou d'un calice, formée par la soudure des pétales ou des sépales.


    Bibliographie

    Anonyme: "Guide du Musée pharmaceutique et du jardin des plantes de l'Abbaye d'Orval ", Ed. Abbaye d'Orval, 1975.

    Clesse B.: "Glossaire botanique illustré", Ed. ENPN, 1998.

    Lambinon J. et al.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines" Cinquième édition (2004), Patrimoine du jardin botanique national de Belgique.

    Moens P.: "Introduction botanique à la pharmacognosie", Ed. UCL 1991 et 1992 (2 tomes).

    Poelaert M. et Woué L.: "Notions de chimie organique", Ed. CNB, 1996.

    Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" 1. Plaines et collines, Ed. Institut pour le développement forestier (France), 1989.

    Vlietinck A.-J. et Totte J.: "Plantes médicinales", Ed. Jardin botanique national de belgique, Meise, 1985.

     

     


  • Violettes et pensées de notre région.

    Pourquoi parler, en plein hiver, de plantes printanières ?  C'est pour nous donner du courage et pour rêver au printemps qui n'est pas très loin ! Déjà, les jours se rallongent lentement, mais sûrement. La grive draine chante déjà et les mésanges charbonnières se mettent parfois à lancer quelques strophes. Préparons-nous à découvrir nos violettes et nos pensées !

    Le printemps est là et il fait radieux. Les violettes parsèment le pied des haies, les sous-bois ou encore les endroits herbeux de certains jardins. La foule silencieuse semble en attente d'un évènement inconnu et je m'interroge en silence quand, apparu de derrière un terricule de ver de terre, de jeunes beautés parfumées me confient en rougissant: "C'est le printemps que nous attendions toutes et qui revient enfin !"

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    La violette odorante (Viola odorata)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 17 Mars 2012.


    Heureuses de cette nouvelle et ivres de soleil, les premières abeilles solitaires entreprennent de donner, sur le champ, l'accolade à tout le monde !

     

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    Accouplement de deux osmies cornues (Osmia cornuta)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 8 Mars 2011.


    Pour notre plus grand plaisir, au sortir de l'hiver, les violettes sont partout. Depuis la fin de février au mois de mai et juin, elles épanouissent leurs corolles bleu clair à violet foncé dans des milieux les plus variés et sur divers types de sols: haies, buissons et broussailles, taillis et bois clairs, coteaux, prairies et bords de chemins, pelouses calcaires et jardins.

     

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    Violettes odorantes (Viola odorata).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 4 Avril 2012.


    Quant aux pensées sauvages, leurs pétales muticolores apparaissent en avril jusqu'en octobre, dans les moissons, les friches, les cultures, le long de chemins et, même, sur le ballast des voies ferrées.

     

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    La pensée sauvage (Viola tricolor).

    Photo: Fr. Hela, Awagne, 24 Juin 2010.


    Ces plantes herbacées discrètes mais bien connues de tous appartiennent, tout au moins chez nous, à l'unique Genre Viola constituant la famille des Violacées. Elles possèdent une enveloppe florale complète et à pétales libres entre eux. Les fleurs solitaires bâties sur le plan cinq (5 sépales, 5 pétales et 5 étamines), à l'exception du gynécée (ensemble des organes femelles d'une fleur), présentent une symétrie bilatérale. Examinons les caractères généraux des Violacées de chez nous.

    En ce qui concerne les termes en italique, veuillez consulter les figures.


    La tige: Elle peut être dressée, couchée ou ascendante.

    Les feuilles: Pourvues d'un pétiole, souvent simples, dentées ou crénelées, elles sont alternes ou toutes situées à la base de la plante. Elles possèdent des stipules entières et persistantes, foliacées, libres ou soudées au pétiole à la base, dentées et incisées.

    Le calice: Il est persistant sur le fruit et constitué de cinq sépales prolongés inférieurement par un lobe élargi.

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    La corolle: Elle est formée de cinq pétales libres et inégaux, dont quatre sont dirigés vers le haut (les deux latéraux étant redressés vers les deux supérieurs) chez les pensées, alors qu'ils ne sont que deux dans ce cas chez les violettes. Notons que les violettes possèdent deux pétales latéraux généralement barbus à la base, étalés à angle droit ou plus ou moins dirigés vers le bas. Le pétale inférieur, plus grand, est pourvu d'un éperon dépassant les appendices des sépales.

     

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    1. Pétales 2. Sépales 3.Eperon

     

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    Vue de profil d'un violette de Rivin (Viola riviniana). L'éperon est ici bien visible.

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 4 Avril 2012.


    L'androcée (ensemble des organes mâles d'une fleur): Il comporte cinq étamines présentant chacune un filet court et aplati contre lequel sont accolées les deux loges de l'anthère (extrémité renflée de l'étamine où se forment les grains de pollen). Elles sont dépassées par une pointe triangulaire et aplatie correspondant à l'extrémité du filet. De plus, les deux étamines inférieures se prolongent dans l'éperon par un curieux appendice en forme de lame, de longueur variable et inséré différemment selon les espèces.

     

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    A gauche, fleur de Viola odorata: Appendice d'une étamine inférieure (app.), logé dans l'éperon (ep.).

    A droite, étamine inférieure chez Viola alba: 1. Anthères  2. Appendice en forme de lame  3. Pointe triangulaire.

    Le gynécée (ensemble des organes femelles d'une fleur): L'ovaire est libre et supère, surmonté par un style plus ou moins fortement plié (genouillé), portant un seul stigmate élargi au sommet, non terminé par un crochet (Type Pensées) ou crochu à élargi en disque au sommet (Type Violettes).

    Le fruit: Une capsule à une seule loge s'ouvrant par trois valves et contenant de nombreuses graines.

     

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    Quatre violettes et deux pensées sauvages sont présentent près de chez vous. Comment les reconnaître ?

    1. La violette hérissée (Viola hirta) fleurit de mars à mai dans les bois, les pelouses, les coteaux, les prairies, sous les haies, aux bords des chemins, de préférence sur sols calcaires. Vous la trouverez notamment sur les pelouses sèches du site de Champalle, mais aussi dans les bois caillouteux et en lisière, sur substrats calcaires, entre le rocher de Fidevoye et Tricointe.

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    1. Souche sans stolons ni rejets rampants

    2. Feuilles et pédoncules floraux tous à la base; feuilles ovales, cordées, crénelées, velues surtout à leur face inférieure

    3. Stipules lancéolées, à bords entiers ou frangés

    4. Fleurs violet bleuâtre clair inodores, à pédoncules velus à poils étalés (rarement glabres)

    5. Capsules velues

     

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    La violette hérissée (Viola hirta)

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 6 Avril 2012


    2. La violette odorante (Viola odorata): C'est la seule violette qui dégage un parfum. On la trouve sous les haies et buissons, dans les taillis ou jardins, souvent en des sites plus ou moins rudéralisés (fortement transformés par une activité humaine non ordonnée: décombres, terrains vagues, ...). Elle fleurit chez nous de mars à mai. Des fleurs à corolles blanches (f. albiflora), souvent échappées de culture, se rencontre çà et là.

     

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    1. Rhizome émettant des rejets radicants

    2. Feuilles et pédoncules floraux tous à la base

    3. Stipules ovales et lancéolées, à bords frangés et glanduleux

    4. Fleurs odorantes violet foncé, munies d'un éperon violacé

    5. Capsules pubescentes

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 17 Mars 2012

     

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    Violettes odorantes aux fleurs blanches (Viola odorata f. albiflora). Cette forme est souvent cultivée pour l'ornement, notamment des cultivars à fleurs blanches, doubles, ...

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mars 2012


    3. La violette des bois (Viola reichenbachiana) fleurit d'avril à mai avec une reprise en septembre et octobre. Elle est abondante dans nos bois, sous les haies et broussailles, sur des sols riches.

     

      

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    1. Tige feuillée, plus ou moins dressée; rosette de feuilles à la base

    2. Feuilles ovales en coeur, plus longues que larges

    3. Stipules étroites, à franges fines et longues

    4. Fleurs violacées ou bleuâtres; éperon étroit et violacé; sépales lancéolés et aigus

    5. Pétales relativement étroits et allongés

    6. Capsules glabres

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir, 8 Avril 2012


    4. La violette de Rivin (Viola riviniana): En avril et mai, elle apparaît dans les bois ou à leurs lisières, sous les haies et les broussailles.

     

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    0. Tige feuillée; rosette de feuilles à la base

    1. Feuilles largement ovales à réniformes et cordées; le limbe est aussi large que long

    2. Stipules larges et courtes, à franges peu nombreuses

    3. Pétales largement ovales et étalés, d'un bleu clair à base blanche, se recouvrant partiellement sur les bords

    4. Eperon blanc jaunâtre parfois lavé de bleu, épaissi au sommet

    5. Capsules glabres

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 5 Avril 2012

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 18 Avril 2011


    Les violettes sont autogames (fécondation des fleurs d'un individu assurée par son propre pollen) ou pollinisée par les insectes. Les graines sont dispersées par les fourmis.

    Le nom de Genre "Viola" signifie "violette" en latin et vient du grec "ion": violet. Le nom d'espèce "reichenbachiana" pour la violette des bois est donné en honneur de H.G.L. Reichenbach (1793-1879), botaniste allemand et celui de "riviniana" pour la violette de Rivin, pour honorer un autre professeur de botanique allemand, A.Q. Rivinus (1652-1723). Le nom d'espèce "hirta" pour la violette hérissée signifie hirsute (en raison des poils raides couvrant cette violette et de ses feuilles velues surtout à la base inférieure).

    D'après J.-C. Rameau et al. (1989), les fleurs des différentes espèces de violettes traitées ici ont des propriétés émollientes, expectorantes et sudorifiques. Viola odorata serait mellifère (nectar des fleurs récolté par les abeilles). Cette espèce est cultivée comme plante à parfum sous le nom de "Violette de Toulouse".


    Deux espèces de pensées sauvages

    1. La pensée des champs (Viola arvensis): Cette petite pensée fleurit d'avril à octobre dans les champs, les cultures et les friches. On la rencontre aussi dans les jardins plus ou moins sauvages et sur le ballast de la voie ferrée à Yvoir.

     

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    Photos: Fr. Hela, Evrehailles, Juin 2012


    2. La pensée sauvage (Viola tricolor) est une espèce devenue rare. On la trouve çà et là dans les moissons, les friches et les bords de chemins. Elle fleurit d'avril à octobre.

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    Photo: H. et M. Lauvrys, Turnhouts, 12 Juin 2012

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    Photo: Fr. Hela, Thommen (Ulf, Réserve naturelle), 22 Juillet 2011


    Les pensées à grandes fleurs cultivées dans les jardins sont principalement des hybrides complexes dérivés de Viola tricolor par croisement avec, probablement, Viola lutea, Viola altaica, ...; on les désigne généralement sous le nom de V. x wittrockiana (syn. Viola hortensis). On cultive d'autres espèces du même groupe, entre autres Viola cornuta et surtout des hybrides auxquels participe cette espèce. Certains de ces taxons s'observent quelquefois à l'état subspontané (J. Lambinon et al., 1992).

     

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    Photos: Fr. Hela, Mai 2012


    Ph. Jauzein (1995) indique la pensée des champs comme une sous-espèce (Viola tricolor subsp. arvensis). Il explique que certaines de ces plantes sont d'origine hybride mais gardent leur totale fertilité: les passages de Viola arvensis vers Viola tricolor ne sont ainsi pas rares, lorqu'on parcourt les champs, malgré le nombre de chromosomes indiqué comme différent (variabilité de ce nombre à vérifier).

     

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    Violacontempta, hybride de Viola tricolor et de Viola arvensis

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 10 Avril 2011


    Bibliographie:

    Clesse B.: "Glossaire botanique illustré à l'intention des naturalistes ", Ed. Entente Nationale pour la Protection de la Nature, 1998.

    De Langhe J.-E.: "Les Violacées de Belgique et des régions limitrophes", in "Les Naturalistes Belges" Tome 43, n°5, 1962.

    Déom P.: "Le petit guide des fleurs des bois", "La Hulotte" n°65, Ed. Passerage, Boult-aux-bois, 1991.

    Jauzein Ph.: "Flore des champs cultivés", Ed. INRA, Paris 1995.

    Lambinon J. et al.: "Nouvelle Flore de la belgique, du grand-Duché de Luxembourg, du nord de la France et des Régions voisines", Ed. Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, Meise, 1992.

    Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" Tome 1 "Plaines et collines", Ed. Institut pour le développement forestier, 1989.







     


     

     

     

     

     

  • Les orpins, plantes rupestres et succulentes.

    Sur le territoire de notre commune, les éléments rocheux du paysage (escarpements, carrières et vieux murs) sont autant de milieux de vie pour de nombreuses espèces végétales spécialisées qui se répartissent en fonction du type de substrat, de l'exposition, de la pente, ...

    A la belle saison, les roches calcaires et siliceuses se parent d'une variété de plantes à fleurs, véritables petites merveilles ! Leurs couleurs et leurs différentes particularités anatomiques et physiologiques méritent toute notre attention. Ainsi, dans de minces substrats meubles, germent les semences des orpins. Ces plantes succulentes de la Famille des Crassulacées exploitent çà et là un volume de terre très réduit et résistent à de longues périodes de sécheresse. On les appelle des xérophytes (de xeros, sec). Elles croissent sur les rochers, les vieux murs et les lieux rocailleux bien exposés, où l'évaporation est intense du fait du vent, de l'ensoleillement et de la chaleur. Elles résistent en accumulant des réserves d'eau dans leurs organes charnus, notamment les feuilles. Les Cactées des semi-déserts américains et certaines euphorbes répandues dans les régions sèches de l'Afrique sont des plantes succulentes. Les orpins et les joubarbes de la flore européenne relèvent également de cette catégorie de plantes.

     

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    L'orpin réfléchi (Sedum rupestre)

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 23 Mars 2011.

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    La joubarbe des toits (Sempervivum tectorum)

    Photo: Fr. Hela, Roly, 9 Avril 2012


    Dans notre commune, quatre espèces d'orpins sont facilement reconnaissables

    En mai et juin (parfois juillet), les fleurs jaunes et étoilées de l'orpin âcre ou "poivre des murailles" (Sedum acre) se remarquent de loin. Il croît sur les murs anciens où s'est accumulée de la matière organique, sur les rochers et les rocailles et, même, sur de vieux toits de hangars ou de granges.

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 22 Juillet 2012.


    Je l'ai vu dans les Hautes Alpes où il fréquente les rochers et pierriers de l'étage collinéen à l'étage subalpin (500 à 2000 m) ! Je l'ai aussi trouvé dans les dunes fixées de notre littoral. L'orpin âcre y est présent parmi les mousses qui recouvrent le sol, en compagnie de la laîche des sables (Carex arenaria), du rosier pimprenelle (Rosa spinosissima) ou de la fléole des sables (Phleum arenarium).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2012


    Si vous mâchez, sans avaler, un petit morceau de la tige abondamment feuillues, vous comprendrez sûrement pourquoi l'orpin âcre est aussi appelé "poivre des murailles" ou "orpin brûlant" !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Redeau), 28 Mars 2012.


    En juin et juillet, l'orpin blanc (Sedum album), avec ses petites fleurs blanches ou parfois rosées, est la lumière de nos vieux murs, des éboulis stabilisés ou des petites barres rocheuses, comme sur les rochers de Champalle.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 26 Juin 2011.


    Ses feuilles alternes plus ou moins cylindriques et sa tige sont vertes ou rougeâtres.

     

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    Photo: Fr. Hela, Anseremme (Moniat), 16 Mai 2012.


    Dans les Hautes Alpes, je l'ai observé sur les rochers, dans les rocailles ou sur de gros blocs rocheux éparpillés dans les prairies alpines. Là-bas, on trouve l'orpin blanc de l'étage collinéen à l'étage subalpin, dans des situations bien exposées (de 600 à 2.300 m). Dans certaines contrées alpines, il est la plante nourricière de la chenille du célèbre Apollon (Parnassius apollo), beau papillon blanc ponctué de noir et de rouge.

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    L'Apollon (Parnassius apollo) et sa chenille sur Sedum album.


    L'orpin réfléchi ou "trique-madame" (Sedum rupestre) est moins fréquent, mais certaines stations sont bien fournies. Ses fleurs sont jaunes et ses feuilles à section circulaire sont longues de 8 à 20 mm, terminées par une courte pointe raide. D'une hauteur de 15 à 30 cm, il fleurit de juin à août, sur les rochers, sur les vieux murs, dans les pelouses sèches et, même, sur les digues, en bord de Meuse. Dans les Hautes Alpes, il monte jusqu'à 2000m, sur les versants sud (Adret).

     

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    Feuilles mucronulées de Sedum rupestre.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2012.

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    L'orpin réfléchi en fleurs

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juillet 2012.


    L'orpin reprise ou Herbe à la coupure (Sedum telephium) est le moins thermophile de nos orpins. On le rencontre, de juin à août, dans les bois clairs, sur des talus rocheux, en bord de chemins ou de routes. La sous-espèce fabaria, plus rare, aime les rochers frais et ombragés et, même, les berges des cours d'eau. Il y aura toujours des exceptions à la règle!

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    Photo: Fr. Hela, Durnal, 21 Août 2011.


    Il peut atteindre une hauteur de 30 à 50 cm. Le limbe de ses feuilles ovales est denté irrégulièrement et son inflorescence, en corymbe dense, porte des fleurs rosées ou purpurines. Celles-ci attirent de nombreux Diptères (Eristales diverses et autres Syrphidés), mais aussi des Hyménoptères et des papillons. Comme les autres orpins, l'herbe à la coupure est mellifère.

     

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    Tige et feuilles de l'orpin reprise

    Photo: Fr. Hela, Crupet, 13 Mai 2012


    L'orpin reprise monte moins haut en altitude. Dans les Hautes-Alpes, il est observé jusqu'à 1.700 m. On le trouve sur les rochers moins exposés, sur des pierriers près des torrents et dans les broussailles, de l'étage collinéen à l'étage montagnard.

     

    Sedum telephium Yvoir 1-07-11.JPG

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 1 Juillet 2011.


     


    Ouvrages et littératures consultées

    Chas Ed.: Atlas de la flore des Hautes-Alpes

    Hidvegi Fr.: Les Escarpements rocheux : Brochure technique n°5, éditée par le Ministère de la Région Wallonne (Direction de la Conservation de la Nature et des Espaces verts), Jambes, 1995. 

    Lambinon J., Delvosalle L. et Duvigneaud J.: Nouvelle Flore de la Belgique, du G-D de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines Ed. Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, Meise, 2004.

    Lauber K. et Gerhart W.: Flora Helvetica (Flore illustrée de Suisse) Ed. Belin, Paris 2000.

    Raynal-Roques Al.: La botanique redécouverte Ed. Belin, 1994.

    Vanden Berghen C.: La végétation terrestre du littoral d'Europe occidentale Ed. Les Naturalistes Belges, 1964.

    Whalley P.: Papillons Ed. Arthaud, Paris 1989.

















     










     

     


     




     




     

  • Les pérégrinations d'une Cynoglosse officinale (Cynoglossum officinale).

    Fin juin 2009, je me trouve sur le quai de la voie 6, en gare de Namur. J'attends le train pour Dinant. Un végétal, en bord de voie, m'attire. Là, à la limite du quai couvert et de sa continuation à ciel ouvert, une grande plante en fleurs (au moins 90 cm de hauteur), un peu grisâtre, croît dans le ballast composé de grosses pierres concassées. Une Cynoglosse officinale !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2010.

     

    Comment cette plante peut-elle pousser dans un endroit pareil ? Elle n'a aucunes chances de perdurer. Il faut que je trouve une solution. Après m'être assuré qu'aucuns trains n'étaient en vue, je m'agenouille sur le bord du quai. Je prends la plante en son milieu et exerce une traction lente et progressive vers le haut, en priant qu'elle ne casse pas en deux. Au bout de quelques instants, je parviens à l'extraire entièrement, racine comprise. La température du jour étant assez élevée, ma plante, aux racines nues et ayant subi un stress important, risque de ne pas survivre. Fort heureusement, une dame, intriguée par mon comportement, s'approche. Je lui conte l'aventure et lui explique qu'il me faudrait un grand sac en plastique et de l'eau pour pouvoir maintenir en vie la cynoglosse, avant de la replanter chez moi. Qu'à cela ne tienne ! La dame, pleine d'admiration et d'intérêt, me fournit non seulement un sac adéquat, mais aussi sa bouteille d'eau minérale qu'elle venait d'acheter. La cynoglosse officinale est momentanément hors de danger !

    Arrivé chez moi, à Yvoir, je creuse immédiatement un trou dans un parterre caillouteux, bien exposé, où de nombreuses plantes sauvages, sauvées par mes soins, sont en pleine forme. Après avoir ajouté au sol quelques poignées de terreau et de l'eau, je transplante cette énorme cynoglosse en fleurs, avec délicatesse. Pour la stabiliser, j'installe un tuteur et, finalement, je m'en remets à sa capacité de reprendre des forces. Les premiers jours qui suivent furent assez durs pour la plante, mais j'avais bon espoir. Le cinquième jour, elle s'est redressée et ses fleurs aux corolles brun rouge à violet purpurin, bien ouvertes, accueillent déjà quelques bourdons.

     

    Cynoglossum officinale Yvoir 8-5-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 28 mai 2011.

     

    A la fin de la belle saison, ses fruits secs, appelés akènes, arrivent à maturité. La génération future est assurée ! Mais, sachant ma plante bisannuelle, je ne dois pas, en principe, m'attendre à observer d'autres plantes en fleurs, à la fin du printemps suivant. Par contre, en 2010, je trouverai sûrement, dans mon parterre, quelques rosettes de feuilles basiliaires. Ce fut le cas. Quatre rosettes robustes, aux feuilles pubescentes sur les deux faces et atteignant 30 cm de longueur, persisteront en hiver 2010-2011.

     

    Cynoglossum officinale YT.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mai 2010.

     

    De mai à juillet 2011, j'ai eu le grand plaisir d'admirer quatre grandes et magnifiques cynoglosses officinales en fleurs, visitées continuellement par de nombreux Hyménoptères. La plante de la gare de namur a survécu et, de plus, la génération suivante est bien présente au Redeau, à Yvoir !

     

    Cynoglossum officinale KL.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.

     

    Cette aventure mérite quelques réflexions et commentaires concernant la Cynoglosse officinale. Sa présence en gare de Namur, en ce lieu hostile et insolite, peut-être expliquée de la manière suivante. Sachant la cynoglosse bisannuelle, on peut supposer qu'une graine contenue dans un akène (fruit sec indéhiscent) a germé et donné naissance, en 2008, à une rosette de feuilles. Dans ce substrat composé de gros graviers, celle-ci, étonnamment, n'a pas subi une destruction par l'épandage d'herbicides, par des travaux fréquents entrepris pour entretenir la voie ou par d'autres activités. Les akènes de la cynoglosse officinale, munis densément d'épines terminées en hameçon, s'accrochent aux poils des animaux, mais également aux chaussures, chaussettes ou vêtements de voyageurs qui se sont balladés en un endroit où la plante en graines étaient présentes. On ne peut s'empêcher d'y voir une explication plausible concernant l'apparition de cette plante dans ce lieu inattendu.

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    Akènes non mûrs de la cynoglosse officinale.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.

     

    En 2009, année de sa découverte à Namur, la plante mesurait presque un mètre de hauteur et était en pleine floraison. Là aussi, il est surprenant de constater qu'elle n'a pas été arrachée ou écrasée par des trains en passage.

    La cynoglosse officinale fait partie de la famille des Boraginacées, comme, entre autres, la bourrache (Borago officinalis), la vipérine (Echium vulgare), la grande consoude (Symphytum officinale) ou les pulmonaires (Pulmonaria sp.). Elle présente une pubescence marquée assez molle et son inflorescence est composée de cymes unipares, d'abord enroulées en crosse ou en queue de scorpion. La plante a été observée dans des friches, dans les dunes, aux bords de chemins, dans le ballast de voies ferrées, sur des vieux murs et sur des déblais de carrières. C'est une espèce thermophile, végétant exclusivement sur des substrats contenant du calcaire et un peu nitrophile. Elle est répandue au littoral. Dans le Westhoek (De Panne), je l'ai observée maintes fois dans les zones bien ensoleillées des dunes riches en calcaire et en composés azotés, au milieu des fourrés épineux et denses dans lesquels les argousiers (Hippophae rhamnoides) dominent. Elle est parfois présente dans les dunes mobiles et est fréquente dans les friches des alentours.

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    Photo: Fr. Hela, De Panne, 21 Juin 2011.

     

    Dans le Condroz, la cynoglosse officinale semble assez rare. Personnellement, je ne l'ai rencontrée qu'à Modave. Il n'est pas impossible qu'elle soit présente dans notre région. Une prospection dans les milieux calcaires et bien exposés de la commune d'Yvoir est prévue dans les prochaines années. Cynoglosse signifie, en grec, "langue de chien" et évoque la forme et le toucher râpeux des feuilles de la cynoglosse d'Allemagne (Cynoglossum germanicum), espèce rare, qui fera bientôt l'objet d'une note particulière sur ce site*. 

    Cynoglossum germanicum Yvoir 7-5-11 A.jpg

    La cynoglosse d'Allemagne, espèce rare des bois à humus riche et des coupes forestières.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Mai 2011.

     

    * Une très belle station de Cynoglossum germanicum a été récemment redécouverte, à la limite des communes d'Yvoir et d'Assesse. 

     

     

     

     

     

     

  • Des plantes hémiparasites !

    Certaines plantes croissant dans notre région vivent en partie aux dépens d'autres espèces végétales. Si elles assurent une grande part de leur nutrition carbonée par la photosynthèse (elles sont vertes et possèdent des feuilles bien développées), elles prélèvent cependant l'eau et les sels minéraux présents dans les vaisseaux du xylème d'autres plantes. Ce sont des hémiparasites (à demi parasites). Le détournement des matières premières est réalisé par des suçoirs appelés haustoria (haustorium, au singulier).

    Celle qui nous est la plus familière est le Gui (Viscum album) qui se développe sur les branches de nombreux arbres, surtout celles des peupliers et des pommiers. Ses rameaux verts à feuilles persistantes, tant appréciés à la période du "Gui l'an neuf", montrent que cette plante parasite a gardé sa capacité de photosynthèse.

     

    Viscum album 22-1-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Octobre 2011.

     

    Le Gui est donc partiellement autotrophe, c'est-à-dire qu'il ne dépend pas entièrement d'autres êtres vivants pour se nourrir. Par contre, il n'a pas de racines et vit obligatoirement ancré sur un arbre-hôte par un suçoir inséré dans une branche. Par l'intermédiaire de celui-ci, il prélève la sève brute de l'hôte nécessaire à une partie de sa nutrition. Il est hémiparasite, car il ne tire pas toute sa nourriture de son hôte, puisqu'il pratique la photosynthèse.

    Ce qui est moins connu, c'est que d'autres plantes vertes, aux feuilles bien développées et bien enracinées dans le sol, sont également hémiparasites. Elles semblent avoir une biologie normale, mais leurs racines établissent des connexions, par l'intermédiaire de suçoirs, avec celles des plantes voisines auxquelles elles prélèvent une part de leur nutrition.

    Chez nous, c'est le cas des Genres Euphrasia (Euphraises), Melampyrum (Mélampyres), Rhinanthus (Rinanthes ou crêtes-de-coq) et Odontites (Odontites), tous réunis dans la Famille des Scrophulariacées. Voici quelques espèces que l'on rencontre dans notre commune, avec des commentaires.

     

    De nos jours, il est moins fréquent de trouver l'Euphraise raide (Euphrasia stricta). C'est une petite plante de 10 à 30 cm de haut qui fleurit de juin à octobre, dans les pelouses sèches, les friches rocailleuses proches des carrières et dans la rocaille de certains chemins secs.

     

    Euphrasia stricta Yvoir 30-06-11 A.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Juin 2011.

     

    On l'appelle aussi "casse-lunette". Le célèbre médecin et botaniste italien Matthiole (1501-1577) écrivait qu'elle était "singulière pour ôter tous les empêchements contraire à la vue" et que "si son usage se généralisait, cela gâterait par moitié le commerce des marchands de lunettes ..." Les études pharmacologiques ont effectivement confirmé l'action des Euphraises (notamment Euphrasia officinalis subsp. rostkoviana) sur les conjonctivites, le larmoiement, les ophtalmies légères et les orgelets.

     

    Euphrasia stricta Dorinne 21-08-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Dorinne, 21 Août 2011.

     

    Euphrasia signifie en grec "joie", probablement la joie d'avoir recouvré la vue ! Les Euphraises sont des plantes hémiparasites sur les racines des Graminées et des Cypéracées.

     

    L'Odontite rouge (Odontites vernus), peu commune, fleurit de juin à octobre, au bord des chemins, dans certaines prairies ou pelouses fraîches, dans les friches et sur les chemins de halage, en bord de Meuse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne (chemin de halage en bord de Meuse), Août 2011.

     

    D'après François Couplan (2000), le nom scientifique Odontites viendrait du grec odontos, dent. Les plantes de ce Genre, d'après cet auteur, étaient censées aider à soulager les maux de dents.

    La Rhinanthe à petites fleurs (Rhinanthus minor) est appelée aussi "crête-de-coq", en raison de ses bractées vert sombre, à dents triangulaires. Assez rare dans notre région, elle fleurit de mai à septembre, dans les pelouses calcaires ni trop sèches, ni trop humides (espèce mésophile), les prairies fraîches à sèches, généralement non amendées, et en bord de chemins. Une belle station de cette plante peut être admirée dans un pré, à Tricointe.

     

    Rhinanthus minor De Panne (Westhoek) 21-06-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Les espèces du Genre Rhinanthus sont des hémiparasites sur les racines des graminées et de diverses plantes herbacées.

     

    Rhinanthus minor Yvoir 2-6-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Juin 2011.

     

    Le Mélampyre des prés (Melampyrum pratense) est une espèce assez commune des forêts, des coupes et lisières forestières, des clairières, des landes ..., sur sols secs et siliceux. Son nom vernaculaire semble assez mal choisi, vu qu'il n'est pas fréquent de le trouver dans un pré ! Néanmoins, sur le site des Rochers de Champalle à Yvoir, j'ai pu l'observer en bordure d'une pelouse mésophile sur calcaire.

     

    Melampyrum pratense Willerzie (Vallée de La Hulle) 6-6-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juin 2011.

     

    Normalement espèce de demi-ombre, le Mélampyre des prés fleurit de juin à août et est hémiparasite sur les racines de diverses plantes ligneuses. Les graines des Mélampyres, allongées et noires, ont à peu près la forme d'un grain de blé; rien d'étonnant donc à ce que melampyrum se décompose étymologiquement en melanos, noir et puros, blé (le blé noir).

     

    Melampyrum pratense K.jpg

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Juillet 2011.

     

    De juin à août, dans une friche argilo-calcaire bien exposée, au milieu d'un tapis dense de graminées, de gros épis pourpres violacés, lacérés de jaune vif, se dressent çà et là, à 30 cm au-dessus du sol. Ces inflorescences hautes en couleurs, à la fois vives et nuancées, sont celles des Mélampyres des champs (Melampyrum arvense). Devenue rare, cette Scrophulariacée s'observe encore en quelques endroits de notre région. C'est dans les friches, les pelouses sèches, voire sur les rochers calcaires comme à Champalle et, parfois, aux abords de cultures et de moissons, que ce magnifique Mélampyre pousse. Les sols riches en calcaire ont sa préférence.

     

    Melampyrum arvense K.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Champalle), Juin 2011.

     

    Ses bractées florales, dans leur exubérance de forme et de couleur, font de loin passer l'épi pour une grosse fleur, ce qui permet, peut-être, à la plante d'attirer les insectes et lui a valu les noms de "rougeotte" et "queue de vache", dans certaines campagnes. Mais les fleurs sont à rechercher à la base de chaque bractée; leurs corolles généralement purpurines à gorges jaunes, parfois entièrement jaunâtres, sont enfoncées dans des calices pourpres, à dents à peu près égales entre elles.

     

    Melampyrum arvense C.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Ce Mélampyre est hémiparasite sur les racines de diverses plantes herbacées. Celui-ci abondait jadis, surtout dans les champs de céréales. L'épandage d'herbicides est certainement la cause de sa rareté actuelle. On le retrouve aujourd'hui en marge de ces milieux. Sa répartition est devenue très discontinue.

     

    Melampyrum arvense Yvoir 2-6-11 B.jpg

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 2 Juin 2011.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Un Aster méridional rare, à Houx-sur-Meuse: Aster linosyris.

    Les chiffres entre parenthèses dans le texte invitent le lecteur à prendre connaissance d'informations complémentaires en fin de note.

    En cette journée de mi-septembre, je décide d'examiner attentivement les quelques plantes encore en fleurs croissant sur les zones rocheuses calcaires, à proximité du cimetière de Houx-sur-Meuse. En cette fin d'été, quelques Oeillets des chartreux (Dianthus carthusianorum) (1), des Herbes à l'esquinancie (Asperula cynanchica) (2) et des Scabieuses colombaires (Scabiosa columbaria) (3) colorent l'endroit. Là, le rocher est couvert de capitules jaune or ! C'est un beau peuplement d'Asters linosyris !

     

    Aster linosyris Houx-sur-Meuse 17-09-11 H.JPG

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    Cet Aster est une espèce thermophile (4) des pelouses sèches et des rochers, souvent en des lieux riches en calcaire. Généralement abondant dans ses localités, Aster linosyris (5), originaire d'Europe méridionale et médiane, est une espèce rare à très rare en Belgique. La Commune d'Yvoir compte plusieurs stations bien fournies dont celles situées sur le site des Rochers de Champalle.

     

    Aster linosyris Houx-sur-Meuse 17-09-11 G.JPG

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    De nombreux Asters sont cultivés pour l'ornement des jardins. Ils sont mieux connus du grand public. Certains se rencontrent parfois dans la nature à l'état subspontané (6) ou naturalisé (7). La plupart d'entre eux sont originaires d'Amérique du Nord. Il existe aussi de nombreux cultivars, souvent d'origine horticole.

     

    Aster cultivé Yvoir 19-09-11.jpg

    Un Aster originaire d'Amérique du nord, souvent cultivé dans les jardins.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Septembre 2011.

     

    Dans notre pays, les Asters croissant spontanément sont rares. Avec l'Aster maritime (Aster tripolium) des vases et prés salés du littoral et Aster linosyris, nous avons fait le tour du Genre en Belgique. Aster linosyris fleurit assez tard. D'août à novembre, certains rochers se parent de centaines de fleurs jaunes. En regardant attentivement une "fleur", on peut s'apercevoir qu'il s'agit d'un ensemble de petites fleurs tubulées réunies sur un réceptacle commun, appelé capitule. Notre Aster fait partie de la grande Famille des Astéracées (anciennement Composées) comme les marguerites, les pissenlits, les centaurées, les épervières, les carlines et bien d'autres.

     

    Aster linosyris Houx-sur-Meuse 17-09-11.JPG

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    La plante d'une hauteur de 30 à 50 cm à des tiges ramifiées dans la partie supérieure et des feuilles linéaires (8), nombreuses et rapprochées, larges au maximum de 2mm.

     

    Aster linosyris Houx-sur-Meuse 17-09-11 F.JPG

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    (1) Parce qu'il aurait été cultivé en Chartreuse où il ornait les jardins d'un prestigieux monastère, cet oeillet porte un nom évocateur. Aujourd'hui, cette plante égaye les pelouses calcaires et les rochers ensoleillés de la Haute-Meuse de ses quelques fleurs d'un rose rouge intense.

     

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    L'oeillet des Chartreux (Dianthus carthusianorum)

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    (2) Petite Rubiacée, proche parente des gaillets et de l'aspérule odorante, l'herbe à l'esquinancie (Asperula cynanchica) abonde à certains endroits dans nos pelouses sèches et nos rochers. C'est une espèce qui aime les sites ensoleillés et chauds, croissant de préférence sur un substrat contenant du calcaire.

     

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    L'herbe à l'esquinancie (Asperula cynanchica)

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    (3) La scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria) est assez répandue dans notre région. Elle fleurit de juillet à octobre dans les pelouses sèches et parfois sur les rochers. C'est une espèce thermophile qui pousse exclusivement sur des substrats contenant du calcaire.

     

    Scabiosa columbaria Houx-sur-Meuse 9-08-11.jpg

    La scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria)

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Septembre 2011.

     

    (4) Une plante thermophile croît de préférence dans des sites chauds et ensoleillés.

    (5) Une forme naine et trapue d' Aster linosyris pousse sur quelques falaises rocheuses maritimes battues par les vents, en Bretagne; le port de la plante exprime son adaptation à un biotope où la forme typique d'Aster linosyris ne pourrait survivre. Elle semble génétiquement fixée et a reçu le nom d'Aster armoricanus (Aline Raynal-Roques, in "La botanique redécouverte" - Ed. Belin, 1994, page 87).

    (6) et (7) Une plante subspontanée est une plante cultivée, échappée des jardins, des parcs ou des champs, ne persistant souvent que peu de temps dans ses stations ou du moins ne se propageant pas en se mêlant à la flore indigène. Si c'est au contraire le cas, elle sera dites naturalisée ou en voie de naturalisation. 

    (8) Une feuille linéaire est une feuille  longue et très étroite, à bords plus ou moins parallèles.

     

     

     

     

     

     

     

     

  • L' actée en épi (Actaea spicata) dans les jeux d'ombre et de lumière de nos forêts de ravins.

    Cette Renonculacée, mesurant de 30 à 80 cm de hauteur, fleurit de mai à juillet, dans les bas de pentes ombragées de nos forêts de ravins. Elle aime les sols frais, riches en bases et en éléments nutritifs. Les petits panaches blancs qui émergent des grandes feuilles sont les grappes ovales de fleurs. Plus exactement, c'est la blancheur des étamines qui rayonne car les pétales disparaissent très rapidement.

     

    Actaea spicata Yvoir (Vallée du Bocq).jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Fonds d'Ahinvaux), Juin 2011.

     

    La tige glabre de l'actée en épi soutient deux ou trois grandes feuilles étalées lui permettant de capter les rayons fugaces du soleil. Chaque feuille est composée de trois folioles aux lobes dentés en scie. 

    Actaea spicata Feuilles Yvoir (Vallée du Bocq) .jpg

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Juillet 2011.

     

    Actuellement la plante porte des fruits. Après fécondation par les insectes, les fleurs donnent des baies, d'abord vertes, puis violettes et enfin d'un noir luisant à maturité.

     

    Actaea spicata Fruits Yvoir (Vallée du Bocq) A.jpg

    Actaea spicata Fruits Houx-sur- Meuse 14-08-11.jpg

    Photos: Fr. Hela, Purnode et Houx-sur-Meuse, Août 2011.

     

     

    Comme d'autres Renonculacées, l'actée renferme un ranunculoside. Cette substance toxique est âcre, brûlante, fortement irritante pour la peau et les muqueuses. Elle est surtout présente dans les fruits.

    L'actée en épi est assez rare chez nous. On la trouve dans les forêts de ravins et sur des rochers ombragés, surtout sur un substrat calcaire. 

  • La carline vulgaire (Carlina vulgaris), "chardon doré" de nos carrières.

    En été, les amoureux des Alpes connaissent bien les carlines acaules (Carlina acaulis), petits soleils qui ne semblent jamais se faner et qui illuminent les pelouses subalpines, ou encore, les carlines à feuilles d'acanthe (Carlina acanthifolia), auréolées de bractées dorées et luisantes, croissant sur le sol des chauds coteaux calcaires de l'étage montagnard.

     

    Carlina acanthifolia Dessin G. Bonnier 12-08-11.jpg

     

    Si vous n'avez pas l'occasion de vous rendre en montagne cet été, consolez-vous ! Notre région est si belle et, en plus, elle possède une carline qui pousse dans les lambeaux de pelouses sèches, sur les éboulis ou certains terrils de pierres dans nos carrières désaffectées ou non. La carline vulgaire (cet adjectif signifie commune) ou "chardon doré" n'a rien de la grandeur royale de la carline à feuilles d'acanthe, mais elle n'en a pas moins sa beauté.

     

    Carlina vulgaris Yvoir 12-08-11 C.JPG

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 12 août 2011.

     

    Ses feuilles sont épineuses comme celles des chardons. Sa "fleur" apparente est en réalité un ensemble de fleurs très petites serrées les unes contre les autres sur une sorte de "plateau" constitué par le sommet élargi de la tige, appelé un capitule. Ce celui-ci naissent une série d'écailles (bractées) protectrices allongées et aiguës qui entourent les fleurs. Les écailles extérieures (bractées foliacées), plus longues, sont d'un jaune pâle brillant. Elles confèrent à la plante sa réputation de baromètre comme chez les espèces alpines. Lorsque l'air est humide, elles se referment alors qu'elles s'étalent lorsque le temps est sec.

     

    Carlina vulgaris Yvoir 12-08-11 D.JPG

    Photo: Fr. Hela, Durnal (Carrière), Août 2011.

     

    La carline vulgaire est une plante bisannuelle. La première année, la plante ne produit qu'une rosette de feuilles appliquées contre la sol.

     

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    Photo: Fr. Hela, Spontin (La Rochette), Juillet 2011.

     

    La hampe florale apparaît la deuxième année. Une fois les graines dispersées, la plante meurt.

     

    Carlina vulgaris Yvoir 12-08-11 G.JPG

    Photo: Fr. Hela, Purnode, Août 2011.

     

    Vous voyez que la montagne n'est pas loin ! D'ailleurs, notre plante, croissant de préférence sur un substrat contenant du calcaire, est commune dans les Hautes Alpes. On la trouve de 475 à 1950 mètres d'altitude (Ed. Chas, 1994) !

     

     

     

     

     

     

  • Nos deux hélianthèmes: plantes de soleil !

    Fleurs de soleil ! Ce n'est qu'en pleine lumière que les fleurs des hélianthèmes s'ouvrent. Le nom hélianthème vient d'ailleurs du grec helios, "soleil" et anthos, "fleur". Les hélianthèmes sont également plantes du soleil par leur milieu de vie: les coteaux rocailleux et secs bien ensoleillés. Ils appartiennent à la Famille des Cistacées qui est essentiellement méridionale. Leurs pétales ont toujours un petit air "chiffonné" comme de la soie fripée. Sans parfum, elles sont cependant butinées et pollinisées par de nombreux insectes.

    L'hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum) fleurit actuellement dans les pelouses ouvertes et sur les rochers calcaires, à Houx-sur-Meuse, sur le site des Rochers de Champalle, et au sommet du rocher d'escalade de Fidevoye.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Champalle), Mai 2010.

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 26 Avril 2011.

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    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 26 Avril 2011.

     

    L'hélianthème jaune (Helianthemum nummularium) est sur le point de fleurir. Il aime les pelouses sèches sur des substrats riches en calcaire. On le rencontre parfois dans les mêmes sites que l'hélianthème des apennins. Il est beaucoup plus fréquent.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Champalle), Mai 2010.

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    Sur le site de Champalle, on rencontre quelquefois l'hybride naturel entre les deux espèces Helianthemum xsulphureum, à corolle jaune soufre pâle.

    L'hélianthème blanc est considéré comme assez rare dans le district mosan, tandis que l'hélianthème jaune est plus commun dans les milieux qui lui conviennent.

     

     

     

     

  • De belles stations de lathrées écailleuses (Lathraea squamaria) dans la vallée du Bocq et du Crupet.

    La lathrée écailleuse est présente cà et là dans nos forêts à humus doux, sur les versants en bordure des cours d'eau et dans les zones alluviales. C'est une plante herbacée non verte qui parasite, à l'aide de suçoirs, les racines de différents arbres et arbustes, notamment celles du noisetier (Corylus avellana), des ormes (Ulmus div. sp), de l'aulne glutineux (Alnus glutinosa) et, parfois aussi, celles des racines du lierre (Hedera helix).

     

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    Photo: Fr. Hela, Vallée du Crupet, 2 Avril 2011.

     

    Cette plante vivace à la tige presque entièrement souterraine couverte d'écailles blanchâtres est classée dans la Famille des Orobanchacées, mais certains auteurs la range plutôt dans celle des Scrophulariacées. En fait, des données récentes de la biologie moléculaire bouleversent considérablement la délimitation de cette dernière Famille et d'autres apparentées, comme les Orobanchacées. La question sera à reconsidérer dans l'avenir (Lambinon et al. 2004).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Vallée du Bocq), 12 Avril 2011.

     

    La lathrée écailleuse, espèce considérée comme rare dans le district mosan, fleurit de mars à mai. Elle aime l'ombre ou la demi-ombre, ainsi que des sols profonds et frais.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Vallée du Bocq), 12 Avril 2011.

     

     

  • Quatre lamiers actuellement en fleurs !

    Le lamier jaune (Lamium galeobdolon) aime des sols non ou peu acides et assez riches. Il affectionne particulièrement le bas de pente des forêts feuillues (colluvions). On le trouve aussi dans les coupes et lisières forestières, ainsi qu'aux pieds des haies où règne une certaine fraîcheur.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Avril 2011

     

    Le lamier blanc (Lamium album) est une espèce croissant de préférence sur des substrats riches en composés azotés. On peut le découvrir sur les talus, sous les haies, au bord des chemins et non loin des potagers.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Avril 2011.

     

    Le lamier pourpre (Lamium purpureum) fleurit dès la fin de l'hiver et jusqu'au mois de septembre. Il fréquente les cultures, surtout sarclées, le bord des chemins et les haies à proximité des habitations.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 22 Mars 2011.

     

    Le lamier maculé (Lamium maculatum) est beaucoup plus rare. Il faut le rechercher au bord de la Meuse et des rivières de notre région. Il aime les vallées, où il fleurit près des haies, sur des talus frais et dans les bois d'aulnes des zones alluvionnaires.

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    Photo: Fr. Hela, Godinne (vallée de la Meuse), 17 Avril 2011.

     

    Les lamiers sont souvent confondus avec l'ortie dioique (Urtica dioica), car les feuilles se ressemblent assez bien. C'est la raison pour laquelle, on donne parfois à ces plantes des noms vernaculaires qui prêtent à confusion: "ortie blanche", "ortie jaune", ... Pourtant les lamiers n'ont rien à voir avec les orties (Urticacées). Ceux-ci font partie de la Famille des Lamiacées dans laquelle on trouve notamment l'origan (Origanum vulgare), les sauges (Salvia sp.), les menthes (Mentha sp.), les thyms (Thymus sp.) ou encore les lavandes (Lavandula sp.). Une ortie ne donne jamais des fleurs à symétrie bilatérale comme celles que vous pouvez voir sur les photos de cette note ! S'arrêter devant une station de lamiers et regarder attentivement les fleurs est un ravissement pour les yeux. Si vous avez un jardin, consacrez leurs un coin, car les fleurs constituent une source non négligeable de nourriture pour diverses abeilles et bourdons. Qu'on se le dise !

     

     

     

     

     

     

  • Deux merveilles végétales précoces à protéger !

    Notre commune regorge d'espèces végétales rares à très rares. Certaines d'entre elles constituent des stations uniques pour notre pays.

    La drave faux-aizoon (Draba aizoides) est présente sur les rochers calcaires éclairés du remarquable site de Champalle. Les sept à huit plantes croissent dans les escarpements rocheux assez inaccessibles. C'est le seul endroit, en Belgique, où cette Brassicacée (Crucifère) pousse. Elle fleurit tôt, dès la fin de l'hiver.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Champalle), 5 Mars 2011.

     

    Plante des rochers par excellence, la drave faux-aizoon préfère la grande solitude des falaises et l'âpre lutte contre le vent. Elle possède des rosettes de feuilles armées de cils raides où se cachent les boutons floraux et une profonde racine qui s'insinue entre les pierres.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Champalle), 5 Mars 2011.

     

    Dès les premiers jours ensoleillés annonçant le printemps, ses nombreuses corolles d'un jaune soutenu parent alors les rochers gris et austères de lumières dorées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rochers de Champalle), 5 Mars 2011.

     

    Cette plante rupestre est répandue dans les montagnes d'Europe méridionale et centrale, des Pyrénées aux balkans.

     

    La gagée des bois (Gagea lutea) préfère les zones alluvionnaires de la vallée du Bocq. On la trouve dans les aulnaies-frênaies et autres bois frais, ainsi que dans les prairies proches du cours d'eau. Cette Liliacée à bulbe, assez rare, apparaît au mois de mars, souvent en compagnie de l'anémone fausse-renoncule (Anemone ranunculoides) et de l'ail des ours (Allium ursinum).

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), le 22 Mars 2011.

     

    La gagée des bois est une espèce aimant la mi-ombre. Elle croît sur les sols riches en bases et en éléments minéraux. Les sols où elle est florissante sont, en général, argileux ou limoneux, profonds et à réserves en eau importantes.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Propriété Dapsens), 23 Mars 2011.

     

    Lors de ce mois de mars, j'ai découvert pas moins de quinze stations, parfois importantes, dans la vallée du Bocq, de Dorinne (Chansin) à Yvoir (Propriété Dapsens).

    Faites donc attention, si vous marchez le long de la rivière, ces temps-ci !

    Merci, au nom de la gagée!

     

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    L'anémone fausse-renoncule (Anemone ranunculoides) est souvent présente à proximité des gagées des bois.

    Photo: Fr. Hela, Bauche (Evrehailles), 23 Mars 2011.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Le tussilage ou pas d'âne (Tussilago farfara), une plante pionnière.

    Chaque année, je ne peux contenir mon admiration pour cette plante volontaire. C'est une des premières plantes sauvages de l'année qui fleurit abondamment. Ses capitules dressés sur lesquels reposent des fleurs jaunes (ligulées à l'extérieur et tubulées au centre) éclairent les talus, les déblais et les terres remuées, dès la fin du mois de février.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 26 février 2011.

     

    Dans la carrière d'Yvoir, le tussilage aime la rocaille et les graviers. A cet endroit, il se comporte alors comme une plante de haute altitude, croissant sur la caillasse ! D'ailleurs, dans les Hautes Alpes, il se rencontre à des altitudes comprises entre 500 et 2400 mètres, c'est-à-dire jusqu'à l'étage alpin, là où les conditions de vie des êtres vivants sont particulièrement rudes !

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    Tussilago farfara au pied d'un terril de graviers.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 26 février 2011.

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    Le tussilage est une plante pionnière et vivace. Ses feuilles, apparaissant à la base, se développent après la floraison. La forme des feuilles évoque, paraît-il, celle d'un sabot d'âne, ce qui expliquerait le nom vernaculaire de " pas d'âne" donné à cette plante.

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    Tussilago farfara, plante pionnière.

     Photo: Fr. Hela, Carrières d'Yvoir, 3 mars 2011.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Partez à la découverte de l'hellébore fétide (Helleborus foetidus) !

    Dans notre belle région, au bord de petites routes ou de sentiers, cherchez, parmi les broussailles et les prunelliers, l'hellébore fétide ! Vous la découvrirez aux endroits bien exposés. Cette Renonculacée se développe tout l'hiver. Vous apercevrez tout d'abord ses feuilles découpées, sombres et luisantes. Ensuite, dès janvier et, surtout, en février, apparaissent ses fleurs verdâtres dont les tépales sont souvent bordés de rouge.

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     Photo: Fr. Hela, Bouvignes, février 2010.

     

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    Photo: Fr. Hela, Bouvignes, février 2010.

    Cette plante mystérieuse est une "cousine" de la rose de Noël (Helleborus niger) que vous plantez dans vos jardins et dont les fleurs blanches ou rosées s'épanouissent aussi en hiver. L'hellébore fétide est une plante thermophile que l'on rencontre aussi dans les forêts bien exposées, les bois clairièrés et les lisières forestières. Elle apprécie les sols caillouteux, un peu secs, et généralement calcaires. Elle est pollinisée par les insectes et ses graines sont dispersées par les fourmis.