Libellules

  • Le Cordulégastre bidenté (Cordulegaster bidentata), une libellule forestière, rare et discrète, en forêt domaniale à Tricointe (Yvoir)

    L'après-midi de ce 8 juin 2013 est radieux et bien ensoleillé. Le ciel bleu piqueté de nuages floconneux et bien blancs, la douceur de l'air et le vent modéré m'invitent à observer particulièrement les insectes. Allons donc dans la forêt domaniale de Tricointe ! J'emprunte la grande drève menant à la maison forestière. De part et d'autre de celle-ci, croît une végétation herbacée bien fournie, tantôt à l'ombre, tantôt en pleine lumière. C'est de bons endroits pour découvrir des arthropodes ailés ou non ! Le Tircis (Pararge aegeria) se chauffe au soleil, en étalant ses ailes à l'horizontale, un mâle d'Aurore (Anthocharis cardamines) explore les fleurs, un charançon noir traverse le chemin, une Misumène (Misumena vatia), "araignée crabe", est à l'affût sur une ombellifère ... Le Pipit des arbres (Anthus trivialis) chante au sommet d'un grand conifère, la Grive musicienne (Turdus philomelos) donne de la voix, un Pic épeiche (Dendrocopos major) alarme à mon passage, en poussant des cris secs et, là-bas, le Bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula) émet des sons plaintifs. Voilà, à présent, deux grandes libellules qui vont et qui viennent sans cesse, au-dessus de la drève. Elles chassent probablement des moucherons ! Lorsqu'elles passent à ma hauteur, je peux voir le jaune et le noir du corps, ainsi que le long abdomen cylindrique. Sapristi ! Ce sont des Cordulégastres ! Ces libellules étant assez rares dans notre région, je décide de rester sur place et d'attendre que l'une d'entre elles se pose, afin de prendre des photos et de déterminer l'espèce. Pendant une bonne vingtaine de minutes, si pas plus, je les observe. Elles volent tout le temps, à gauche, à droite, à grande hauteur ou à un mètre du sol. Je deviens fou, car le vol est si rapide et imprévisible. A certains moments, je les perds de vue lorsqu'elles passent de l'ombre à la lumière ou vice versa. Mon attention se relâche. Non loin de moi, j'entends alors un froissement d'ailes caractéristique. Les deux libellules se sont touchées et, à ma grande surprise, un Cordulégastre est accroché à une branche basse, le corps en position verticale, à quelques mètres de mes yeux. Je m'approche lentement et je suis récompensé pour ma persévérance. Je peux enfin contempler cette superbe libellule et examiner, en détail, son corps noir et jaune. C'est un Cordulégastre bidenté (Cordulegaster bidentata), le plus rare des deux espèces présentes dans notre pays.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale à Tricointe), 8 Juin 2013


    Odonates des petites eaux courantes assez froides et bien oxygénées, à faible débit, ou des cours supérieurs des ruisseaux et rivières, dans un environnement forestier clair et lumineux, les Cordulégastres appartiennent au Sous-Ordre des Anisoptères. Celui-ci regroupe des libellules assez grandes et plus massives que l'on désigne souvent sous le nom de "Libellules" pour les distinguer des "Demoiselles" (Sous-Ordre des Zygoptères). Les ailes postérieures de celles-ci sont plus larges que les antérieures (Anisoptère signifie "ailes inégales"). Au repos, elles les maintiennent dans une position horizontale de chaque côté du corps.

     

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    Un Anisoptère (Libellula depressa) au repos, les ailes inégales à l'horizontale, de chaque côté du corps


    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 11 Juin 2013


    Leurs têtes sont généralement globuleuses et leurs yeux, souvent très grands, se rejoignent fréquemment sur le dessus de la tête. Elles chassent soit à l'affût, à partir d'un perchoir (Libellulidae), soit à la poursuite, comme les Aeschnes, qui se posent rarement. Les libellules de la Famille des Cordulégastridés ont un grand corps, à l'abdomen cylindrique. Elles montrent une coloration noir et jaune contrastée. Leurs yeux composés, plus allongés, ne se touchent qu'en un seul point, au-dessus de la tête, ce qui les distingue des Aeschnes (Aeshnidae), espèces des eaux stagnantes à faiblement courantes, dont les gros yeux globuleux sont collés l'un contre l'autre.

     

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    Tête et thorax d'un Cordulégastre annelé (Cordulegaster boltonii)

    Photo: P. Falatico - http://aramel.free.fr

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    Yeux d'une Aeschne bleue femelle (Aeshna cyanea). Cette espèce chasse souvent loin des plans d'eau et, notamment, dans la drève où le Cordulégastre bidenté a été observé.

    Photo: Fr. Hela, Crupet, 30 Septembre 2012


    Les femelles de Cordulégastres ressemblent aux mâles, mais sont plus grandes. Celles-ci possèdent un ovipositeur (organe destiné à la ponte, appelé également tarière ou oviscapte) très long, dépassant nettement l'extrémité de l'abdomen.

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    Ovipositeur noir, avec une tache jaune à la base, d'une femelle de Cordulegaster boltonii

    La femelle de ce Cordulégastre, non accompagnée du mâle, pond dans la vase des rivières et ruisseaux à eaux vives. La femelle du Cordulégastre bidenté survole une petite anse d'eau peu profonde, abaisse verticalement son abdomen et enfonce rythmiquement son oviscapte dans le limon et, cela, de très nombreuses fois.  

    Photo: P. Falatico - http://aramel.free.fr


    Vivant dans des eaux assez froides, les larves ont un développement très lent, pouvant atteindre trois à quatre ans, en plaine (cinq ans et plus, en altitude), ce qui constitue un record de longévité pour les espèces d'Odonates de nos régions. Elles vivent enfouies dans la vase ou les graviers, en des endroits où le courant est très faible. Seules, l'extrémité de l'abdomen, la tête et les pattes antérieures émergent. Elles sont presque invisibles.

     

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    Larve de Cordulegaster boltonii

    Photo: Lars L. Iversen - http://flickr.com/photos/liversen


    Deux espèces de Cordulégastres sont présentes dans notre pays. Le Cordulégastre bidenté (Cordulegaster bidentata) est considéré comme une espèce extrêmement rare chez nous. Il est connu en Haute-Belgique, soit au sud du sillon Sambre-et-Meuse (Goffart Ph., De Knijf G. et al., 2006). D'après ces auteurs, les observations récentes proviennent essentiellement des zones forestières de Gaume, de la marge septentrionale de l'Ardenne et du Condroz (Godinne, Colonster). Il faut cependant tenir compte de la grande discrétion de cette libellule, rendant sa détection fort aléatoire.

     

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    Cordulegaster bidentata: tête, thorax et la partie supérieure de l'abdomen

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 8 Juin 2013


    Le Cordulégastre bidenté ressemble beaucoup à l'autre espèce, le Cordulégastre annelé (Cordulegaster boltonii) qui est plus commun dans notre pays (Ardenne, Campine, Vallée de la Dyle dans la région de Leuven, ...).

     

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    Le Cordulégastre annelé (Cordulegaster boltonii)

    Photo: Jean-Sébastien Rousseau-Piot, Oignies-en-Thiérache, 4 Juillet 2012


    En présence de ces libellules, il convient d'utiliser des jumelles et, si, par chance, celles-ci se posent, d'essayer de prendre quelques photos, ce qui n'est pas évident. Dans le cas où le Cordulégastre est posé, il faut s'approcher avec précaution, afin d'examiner certains détails qui permettront de distinguer l'espèce. On pourra alors observer attentivement l'abdomen et, particulèrement, les segments 4 à 8 (voir la fig.1) qui montrent une paire de tache jaune chez le Cordulégastre bidenté et deux chez le Cordulégastre annelé. Dans la mesure du possible, on pourra remarquer le triangle occipital (voir la fig.1) plat, de couleur noire de la première espèce et convexe à la coloration jaune (parfois brun) pour la deuxième. Enfin, si c'est une femelle, la base de l'ovipositeur est dépourvu de tache claire (bidentata) ou marqué d'une tache jaune ou brun rougeâtre (boltonii).

     

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    Dessin extrait d'une clé de détermination des libellules de Belgique, par Christine Devillers et Serge Bertrand, édité par Jeunes et Nature asbl.


    Le Cordulégastre bidenté est limité à l'Europe moyenne et méridionale où il se rencontre surtout dans les régions montagneuses, depuis le nord de l'Espagne, le sud et l'est de la France (Pyrénées, Languedoc, Alpes, ...) jusqu'en Pologne, en Roumanie et en Grèce, en passant par la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie (Apennins et Sicile), la Tchèquie, la Slovaquie, la Hongrie et les Balkans (Goffart Ph. et al., 2006).

     

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    Le Cordulégastre bidenté

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 8 Juin 2013

    Le Cordulégastre bidenté vole, chez nous, de la mi-mai à la fin août. Certaines zones de la forêt domaniale de Tricointe semblent lui être favorable. Cette forêt regorgent de petits ruisseaux frais, de sources et de suintements. A certains endroits, on se croirait en Ardenne ou à l'étage montagnard, dans les Alpes, excepté l'altitude! Il ne serait pas étonnant de découvrir cette magnifique espèce dans d'autres lieux forestiers de notre région, où sourdent de petits rus frais et oxygénés.

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, 23 Mars 2012


    Littérature consultée:

     

    d'Aguilar J., Dommanget J.-L., Préchac R.: "Guide des Libellules d'Europe et d'Afrique du Nord", Ed. Delachaux & Niestlé, 1985.

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1988.

    Devillers Ch. et Bertrand S.: "Clé de détermination des Libellules de belgique", Ed. Jeunes et Nature asbl.

    Fédaration des clubs CPN (Boult-aux-Bois - France): "A la rencontre des Libellules", Cahier technique de la Gazette des Terriers n°104 (Conception/rédaction: Ch. Bernier), 2003.

    Goffart Ph.: "Les Libellules: Témoins privilégiés de la dégradation des milieux aquatiques", in la revue bimestrielle "Réserves Naturelles" (R.N.O.B.) n° 3-4, Mai-Août, 1988.

    Goffart Ph., De Knijf G., Anselin A. et Tailly M.: "Les Libellules (Odonata) de Belgique: Répartition, tendances et habitats ", Publication du Groupe de travail Libellules Gomphus et du Centre de Recherche de la Nature, des Forêts et du Bois (Ministère de la Région wallonne - DGRNE), Série "Faune-Flore-Habitats", n°I, Gembloux, 2006.

    Jurzitza G.: "Libellules d'Europe (Europe centrale et méridionale)", Ed. Delachaux et Niestlé, 1993.

    Wildermuth H. (Chappuis J.-B. pour la version française): "Les Libellules: Merveilles des lieux humides", in "Protection de la nature", Numéro spécial I/1981, Ed. Ligue Suisse pour la Protection de la Nature (LSPN).


     

     

     


     

     


     

  • La petite nymphe au corps de feu (Pyrrhosoma nymphula)

    Appelée aussi agrion au corps de feu, cette libellule est très précoce. Elle vole dès le 15 avril jusqu'à la première décade d'août. La période d'apparition maximale se situe entre la mi-mai et le début de juin (dates extrêmes: 2 avril et 28 août), d'après Goffart, De Knijf et al. (2006).

    La libellule est l'amie du soleil. Par temps frais, elle profite des moments d'ensoleillement pour réchauffer suffisamment son organisme. Ce mâle d'agrion au corps de feu exposent généreusement son corps aux chauds rayons.

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    Photo: Fr. Hela, Annevoie-Rouillon, 2 Mai 2011.

     

    La petite nymphe au corps de feu se rencontre aussi bien aux abords des eaux courantes que stagnantes, où la végétation est abondante. Elle apprécie notamment les petits cours d'eau lents, les fossés, les argilières, les étangs et les mares.

    En dépit de sa couleur rouge, elle est parfois difficile à voir. Il faut la chercher surtout dans la végétation, car elle évite l'eau libre.

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    Pyrrhosoma nymphula: Femelle

    Photo: Nadine Thonnard, Godinne, 3 Mai 2011

     

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    Pyrrhosoma nymphula: Mâle

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 mai 2011.

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    Pyrrhosoma nymphula: Accouplement

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Mai 2011.

     

     

  • Des libellules plein les yeux ! (Sixième note)

    Ces notes concernent des observations de libellules en 2010, sur la Commune d'Yvoir.

    Les libellules, insectes prédateurs, font partie de l'Ordre des Odonates  (Odonata). Dans les précédentes notes, notre attention s'est portée sur le Sous-ordre des Anisoptères (Anisoptera), communément nommés libellules ou "libellules vraies" ou encore "grandes libellules". Celles-ci sont généralement de grands insectes robustes. Leurs ailes postérieures sont plus larges que les antérieures et, au repos, elles sont maintenues étalées de chaque côté du corps. La tête est généralement plus globuleuse et les yeux se rejoignent fréquemment sur le dessus de la tête. Les adultes (imagos) chassent soit à l'affût à partir d'un perchoir, soit en poursuivant leurs proies.

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    Photo: Libellula depressa (Anisoptera) - Fr. Hela, Yvoir, août 2010.

     

    Cette note traite maintenant du Sous-Ordre des Zygoptères (Zygoptera) aux ailes semblables, souvent appelés aussi "demoiselles". Ces insectes délicats, au corps fin et au vol papillonnant, ont des yeux bien séparés de chaque côté de la tête. Au repos, la plupart des espèces maintiennent leurs ailes verticalement au-dessus du corps.

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    Photo: Calopteryx virgo (Zygoptera) - Fr. Hela, Yvoir, Juillet 2010.

     

    Les libellules sont liées au milieu aquatique. Si les adultes (imagos) peuvent être observés chassant ou se déplaçant loin de l'eau, la reproduction de ces insectes ne peut se faire sans cet élément. C'est habituellement sous forme de larves aquatiques que se déroule l'essentiel de leur existence.

    Des comportement originaux singularisent les espèces regroupées dans la famille des Lestidés (Lestidae). Le cycle biologique de ces demoiselles contraste en effet avec le schéma normal qui prévoit l'hivernage de la larve et sa métamorphose en imago au printemps suivant. Ainsi, le leste brun (Sympecma fusca) hiverne au stade adulte. Chez les autres membres de cette Famille, ce sont les oeufs qui passent l'hiver et éclosent au printemps. Le développement larvaire est ainsi réduit à trois mois !

    Volant de fin juin à début novembre, le leste vert (Lestes viridis) confie ses oeufs aux écorces des branches vivantes d'arbres et d'arbustes (saules, aulnes, ...) croissant toujours à proximité de l'eau. La femelle percera l'écorce plusieurs fois pour y déposer de 200 à 400 oeufs !

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    Photo: Lestes viridis (Accouplement) - Fr. Hela, Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), Août 2010.

     

    Au printemps, après un séjour de 7 à 8 mois, les larves sortent des oeufs et se laissent choir. Si elles ne tombent pas directement dans l'eau, elles rejoignent le milieu aquatique en contorsionnant leurs corps. Au terme d'une dizaine de mues, elles se hissent hors de l'eau et se transforment en magnifiques insectes parfaits.

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    Photo: Lestes viridis - Fr. Hela, Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), Août 2010.

  • Des libellules plein les yeux ! (Cinquième note)

    Notes à propos des observations de libellules en 2010, sur la Commune d'Yvoir.

    La libellule déprimée (Libellula depressa) est une espèce commune chez nous. Ses biotopes comprennent aussi bien des abreuvoirs pour le bétail, des étangs de carrières, des mares de jardins, des pièces d'eau et flaques temporaires, des ornières sur les chemins que des rivières et ruisseaux.

    Du début du mois de mai à la mi-août, on peut l'apercevoir presque partout. Comme son nom l'indique, elle a un corps très large et aplati. Le mâle adulte a le thorax brun foncé à noirâtre et l'abdomen bleu; chez la femelle et les immatures, ce dernier est vert brunâtre bordé de jaune. Les ailes des deux sexes présentent une tache brun roux à la base et l'abdomen est marqué de petites taches jaunes sur les côtés.

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    Photo: Fr. Hela - Libellula depressa (mâle), Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), Juin 2010.

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    Photo: Fr. Hela - Libellula depressa (Femelle), Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), Août 2010.

     

    Lors de l'accouplement, le mâle saisit la femelle en vol. Un "tandem" est ainsi formé. Après environ une minute, il se sépare de sa conquête. La femelle cherche alors une étendue d'eau où croissent des plantes immergées aux feuilles fines. Elle se tient à quelques centimètres au-dessus de l'eau, en vol plus ou moins stationnaire, puis, à intervalles réguliers, touche l'eau avec l'extrémité de son abdomen. Les oeufs tombent et se fixent sur les plantes aquatiques proches de la surface. Le développement larvaire s'effectue en un ou deux ans.

  • Des libellules plein les yeux (Quatrième note).

    Ces notes sont consacrées aux libellules observées de juin à septembre 2010, sur la Commune d'Yvoir.

    L'aeschne bleue (Aeshna cyanea) est une espèce assez commune dans notre région. Elle vole de juin à la première décade d'octobre, avec un pic d'apparition au mois d'août. Cette grande libellule fréquente les eaux stagnantes de tout genre. Elle semble préférer les mares et les étangs de petites tailles, y compris les petites pièces d'eau des jardins. On peut l'observer loin des points d'eau, à l'orée d'un bois et près d'un chemin forestier, où elle chasse à faible hauteur. Au crépuscule, il arrive parfois qu'elle pénètre à l'intérieur d'une maison, si une fenêtre est ouverte.

    Vers le mois de juillet, les mâles adultes volent alors, à la recherche de femelles, sur les bords des milieux aquatiques, souvent en vrombissant sur place. Après l'accouplement, les femelles déposent leurs oeufs dans le sol des berges, généralement au-dessus du niveau de l'eau, mais aussi dans les bois flottants, dans les végétaux morts ou les mousses. Les larves mènent une vie aquatique pendant deux ou trois ans avant de se tranformer en insectes adultes.

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    Femelle pondant dans un bois pourrissant, sur les bords d'une mare, dans un jardin à Godinne (Août 2010).

    Photos: Nadine Thonnard.

     

      

     

  • Des libellules plein les yeux (Troisième note).

    Ces notes sont consacrées aux libellules observées de juin à septembre 2010, sur la commune d'Yvoir.

    Le gomphe vulgaire (Gomphus vulgatissimus) une espèce rare dans notre région !

    Sur les bords du Bocq, une libellule, dont les couleurs dominantes sont le noir et le jaune verdâtre, est posée à plat sur une feuille de pétasite officinal (Petasites hybridus). Elle reste immobile assez longtemps pour que je puisse la prendre en photo, en utilisant le zoom de mon appareil. Le soir, en examinant les clichés, je m'aperçois que cette libellule ne doit pas être très courante et j'encode l'observation sur le site http://Observations.be, avec la mention "Gomphus spec.". Le 5 juillet, je reçois un message de Grégory Motte me disant qu'il s'agit du gomphe vulgaire. Il ajoute que cette observation est une première mention de l'espèce pour la vallée du Bocq !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Propriété Dapsens - Bocq), le 30 juin 2010.

     

    Le gomphe vulgaire est considéré comme rare dans notre pays. Il est lié aux eaux courantes et, dans la plupart des cas, on le trouve sur les ruisseaux et le cours moyen des rivières dont les rives sont, en grande partie, couvertes d'arbres et de buissons. Les larves de cette espèce vivent enfouies dans les sédiments sablonneux ou limoneux des zones plus calmes des cours d'eau.

    Chez nous, la période de vol s'étend du début du mois de mai à la mi-août. Après l'accouplement, la femelle se sépare du mâle et se pose près de l'eau où elle émet ses oeufs qui forment alors une masse globuleuse à l'extrémité de son abdomen. Elle s'envole ensuite et libère ceux-ci en frappant la surface de l'eau.

    Cette espèce semble avoir été plus abondante autrefois. Sa régression serait due aux modifications et aux pollutions des cours d'eau qu'elle fréquentait.

    Les renseignements à propos de cette espèce proviennent des ouvrages cités ci-dessous.

    Guide des Libellules d'Europe et d'Afrique du Nord par J. d' Aguilar, J.-L. Dommanget et R. Préchac (Ed. Delachaux et Niestlé, 1985.

    Les Libellules de Belgique: Répartition, tendances et habitats par Ph. Goffart, G. De Knijf, A. Anselin et M. Tailly (Publication du Groupe de Travail Libellules Gomphus, 2006).

     

  • Des libellules plein les yeux ! (Deuxième note)

    Ces différentes notes concernent des observations de libellules au printemps et en été 2010, sur la commune d'Yvoir. 

     

    La Famille des Libellulidae comprend, entre autres, les libellules du Genre Sympetrum. Les tailles des espèces sont moyennes ou assez petites. Elles présentent un dimorphisme sexuel très net: la couleur générale du corps étant le plus souvent rouge chez les mâles et brun jaunâtre chez les femelles. Les larves, qui se développent le plus souvent dans les eaux stagnantes, se tiennent sur la vase ou les plantes aquatiques. Leur croissance est relativement rapide. La femelle dépose ses oeufs soit dans l'eau libre, encombrée ou non de végétation, soit sur la vase du bord des pièces d'eau ou dans les prairies marécageuses submergées en hiver. Pour pondre, elle vole au-dessus de l'endroit choisi, puis frappe l'eau avec l'extrémité de l'abdomen de nombreuses fois, lâchant, à chaque contact, quelques oeufs. Le mâle l'accompagne, en restant lié à celle-ci ("tandem") ou en évoluant à proximité. Il la quitte parfois avant qu'elle n'achève d'assurer la génération future.

    Le sympétrum sanguin (Sympetrum sanguineum).

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    Les mâles sont vifs et très farouches par temps chaud. Ils se posent souvent sur une tige de massette ou une branche morte, d'où ils chassent leurs proies.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), Août 2010.

     

    Le sympetrum sanguin occupe les étangs et les marais ouverts et bien ensoleillés, avec des niveaux d'eau variables. Il aime aussi les zones d'atterrissement.

     

    Le sympétrum strié (Sympetrum striolatum) occupe tous les milieux aquatiques stagnants. Il semble assez indifférent à la structure de la végétation, mais évite toutefois les plans d'eau ombragés. Il colonise souvent les pièces d'eau récemment créées, presque entièrement dépourvues de végétation.

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    Sympetrum striolatum mâle, Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), Août 2010.

    Photo: Fr. Hela.

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    Sympetrum striolatum - Accouplement -Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), Août 2010.

    Photo: Fr. Hela.

  • Des libellules plein les yeux ! (Première note).

    De juin à septembre, j'ai passé de longues heures à observer les libellules des petits plans d'eau, au Domaine d'Ahinvaux, mais aussi sur les rives du bocq et le long de la Meuse. En vols imprévisibles, perchés un instant sur un caillou, sur un piquet de clôture, sur les plantes herbacées et les branches ou, simplement, posés au milieu d'un sentier pour disparaître soudainement, ces insectes me fascinent. Voir le corps chatoyant, étincelant comme l'émeraude, le saphir ou le rubis, des libellules, c'est une véritable cadeau et une féerie pour les yeux!

    Les libellules constituent un très ancien groupe d'insectes. Connues à l'état fossile, certaines atteignaient jusqu'à septante centimètres d'envergure! Elles colonisaient déjà, il y a 250 millions d'années, les immenses marécages riches en fougères et prêles géantes du Carbonifère.

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    Toute l'existence des libellules est liée aux lieux humides. Les larves vivent parfois des années dans l'eau avant leur métamorphose en insecte parfait. Beaucoup d'espèces ne se développent que dans des types de milieux bien précis, d'autres, par contre, sont peu exigeantes.

    Les libellules sont des êtres magnifiques. Prendre le temps de les observer, c'est participer aux merveilles du monde vivant !

    Voici quelques espèces observées en 2010. Cette note est la première et sera suivie d'autres dans les prochaines semaines.

     

    L'anax empereur (Anax imperator) est une grande libellule qui est assez répandue dans notre région, là où il y a des eaux stagnantes (étangs et mares). Il s'observe souvent sur les étangs de création récente et peut être considéré comme espèce pionnière. Il est de plus en plus présent auprès des pièces d'eau de jardins.

     

     Cette libellule me surveille-t-elle du coin de ses yeux à facettes ? 

     

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     Photo: Fr Hela, Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), Août 2010.

     

     Je me déplace de quelques mètres pour voir ce qu'elle fait.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), Août 2010.

     

    C'est une femelle. Elle assure la perpétuation de l'espèce, pardi !

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    Photo: Fr. Hela, Thynes (Grognaux), Juillet 2010.

     

    L'aeschne mixte (Aeshna mixta) fréquente les eaux stagnantes ou légèrement courantes, avec une végétation constituée de roseaux (Phragmites australis), de massettes (Typha sp.) et scirpes (Scirpus sp.). Elle peut voler au-dessus des mares de jardins et se rencontrer aussi loin de l'eau.

     

    Un mâle se chauffant au soleil.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), Septembre 2010

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    L'accouplement ! 

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Domaine d'Ahinvaux), Septembre 2010.

     

    Ces deux espèces font partie de la Famille des Aeshnidae. Ce sont des Anisoptères de grande taille. Leurs yeux, très développés, se touchent suivant une droite plus ou moins longue et leurs ailes sont généralement hyalines. L'abdomen, long et cylindrique, est coloré de bleu, de vert, de jaune ou de brun sur un fond sombre; cette coloration est différente suivant les sexes. Ces grandes libellules se reproduisent principalement dans les eaux stagnantes. Elles ont un vol très puissant qui les éloigne fréquemment des milieux aquatiques. Les femelles insèrent leurs oeufs dans différents substrats, notamment dans des végétaux morts ou vivants et des morceaux de bois pourrisssants.