Méloé (Meloe sp.)

  • Une rencontre avec le méloé, un Coléoptère original.

    Ce matin du 28 mars, sous l'action chauffante du soleil, le sol fume. Par cette belle journée qui s'annonce, plusieurs reines de bourdons, des abeilles solitaires et divers Diptères s'affairent autour d'un saule en fleurs. C'est un véritable ronronnement de bruissements d'ailes digne d'une journée d'été. Les pissenlits et les violettes odorantes fleurissent déjà. Au pied de la haie, des centaines de ficaires forment un tapis de corolles jaunes étoilées. Dans les hautes herbes, une grosse tête bleu foncé portant deux antennes renflées et coudées se faufile. Ah ! Voici une patte et une seconde qui amènent un thorax un peu plus étroit que la tête. La seconde paire de pattes passée, il y a un temps d'arrêt, ... Après quelques mouvements des antennes, l'insecte saisit sans empressement l'une des brindilles pour en commencer l'ascension. Il possède des élytres ! Mais, ceux-ci sont très courts, croisés à la base et baillés au sommet, laissant voir cinq à six segments abdominaux bleu métallique comme tout le reste du corps. Quel abdomen, cela n'en finit pas ! Est-ce un Coléoptère dont la brisure des antennes et les élytres atrophiées annonceraient un accident dans l'éclosion ? Pas le moins du monde, c'est une femelle de Meloe proscarabeus ou violaceus en parfait état.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), le 28 Mars 2011.

     

    Pour l'examiner de plus près, je prends en main cette femelle de méloé, à la démarche apathique malgré sa grande taille (36 mm). Elle se roule sur elle-même et de ses articulations suinte un liquide orangé qui a la même odeur que celui sécrété par les coccinelles ou le "crache-sang" (Timarcha tenebricosa), grande chrysomèle bien connue déambulant à cette saison le long des chemins, où poussent les gaillets dont elle se nourrit.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), le 28 Mars 2011.

     

    Original par sa forme, le méloé, Coléoptère que l'on rencontre peu souvent, est encore plus spécial de moeurs.

    Notre femelle cherche sans doute un mâle. Ses pattes et sa forte constitution ne lui permettent guère de parcourir de grandes distances. Elle ne s'écartera donc pas de l'endroit où elle a vu le jour. Lors de ses courtes pérégrinations, elle finira par s'accoupler avec un mâle qui lui sera inférieur par la taille et dont les élytres recouvriront un peu plus son abdomen.

    Une fois fécondée notre femelle va choisir pour pondre un endroit bien exposé au soleil où des abeilles solitaires établissent leurs galeries. Dans l'herbe, à proximité de fleurs printanières comme les pissenlits, elle creuse dans le sol quelques trous dans lesquels elle va déposer ses oeufs. Elle les recouvre ensuite d'un peu de terre. Au total, elle aura pondu trois à quatre mille oeufs ! Ces pontes se déroulent au printemps et les oeufs éclosent rapidement pour donner de minuscules larves jaunes pourvues de fortes griffes, les triongulins. Ces larves primaires grimpent alors sur les têtes des pissenlits ou d'autres fleurs printanières et attendent l'arrivée d'une abeille solitaire. Seul un petit nombre d'entre elles trouvent un hôte adéquat et les autres meurent. S'accrochant avec leurs pattes munies de griffes à la toison d'abeilles sauvages, les triongulins se font transporter jusqu'aux nids de celles-ci, où ils se laissent choir et cherchent un oeuf à manger. Ensuite, les larves de méloé se mettent  à dévorer les réserves de pollen et de nectar des abeilles. Après une série de mues, devenant de plus en plus semblables à un ver, avec un corps mou et des pattes réduites, les larves passent l'hiver en léthargie, sous forme de pseudo-chrysalide. 

     

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    Au printemps suivant, une nouvelle mue se réalise donnant un nouveau stade larvaire. Ensuite, après une courte nymphose, l'insecte parfait (l'imago) verra le jour en avril-mai.

     

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    Hypermétamorphose: les quatres stades dans le développement d'un Coléoptère Meloidae, d'après Fabre.

    A. Triongulin B. Larve secondaire C.Pseudo-chrysalide D. larve tertiaire