Mésange huppée (Lophophanes cristatus)

  • Allons voir ce qui se cache dans la pinède !

    Dans la Forêt domaniale de Tricointe (Yvoir), certaines zones sont consacrées aux Pins sylvestres (Pinus sylvestris). Cet automne, allons explorer une de ces pinèdes ! Par temps ensoleillé, ce qui frappe d'emblée, c'est l'ambiance particulièrement lumineuse de ces boisements. Les troncs écailleux et élancés, brun grisâtre à brun orangé, portent, au sommet, un feuillage formé d'aiguilles vert bleuâtre, courtes et persistantes, qui cache mal la couleur rouge orangé de la cime à l'aspect tordu de ces conifères.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


    En s'approchant de la base d'un Pin sylvestre, on peut toucher l'écorce creusée de fissures profondes séparant des plaques écailleuses longitudinales, irrégulières et lâches.

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    Au sol, les frondes des Fougères aigles (Pteridium aquilinum) se parent d'une couleur ocre aux nuances subtiles.

    Ces lieux sont fréquemment visités, entre autres, par l'Ecureuil roux (Sciurus vulgaris), par la Mésange huppée (Lophophanes cristatus), la Mésange noire (Periparus ater), par nos deux roitelets (Regulus regulus et Regulus ignicapilla), ou encore, par les Becs-croisés des sapins (Loxia curvirostra) assez nombreux cette année.

     

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    La Mésange huppée (Lophophanes cristatus)

    Photo: Rachel Delmelle-Poppe, Profondeville, 14 Avril 2013

     

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    La Mésange noire (Periparus ater

    Photo: Francis Pattyn


    Voilà, parmi les aiguilles au sol, quelques chapeaux arrondis de champignons. Ceux-ci sont brun rouille, brillants et un peu visqueux.

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    Des bolets granuleux (Suillus granulatus)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Octobre 2013


    Examinons un sporophore ! La face inférieure du chapeau présente des pores blanchâtres à jaune pâle, à l'extrémité des tubes. Des gouttes laiteuses exsudent de celui-ci. La cuticule se détache facilement et, à l'air, la chair épaisse et tendre ne change pas de couleur, restant blanc jaunâtre ou jaune.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 2 Octobre 2013


    Le pied ferme, plus ou moins cylindrique, est jaune blanchâtre et sa surface est ponctuée, surtout dans le haut, de fines granulations crèmes, jaunâtres à brunâtres. Pas de doute, il s'agit de Bolets granuleux (Suillus granulatus), appelés aussi Cèpes jaunes des pins ou Nonnettes pleureuses ! Cette espèce pousse, associée ici au Pin sylvestre, en lisière ou dans les bois clairs, du printemps à l'automne.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe) Octobre 2013


    Dans le sous-bois, un peu plus loin, une autre surprise mycologique m'attend. Maintenant, ce sont des champignons à lamelles. Les chapeaux convexes, non séparables du pied, sont lisses, visqueux, mamelonnés, avec la marge enroulée. Ils sont brun cuivré ou teintés d'une couleur lie de vin. Certains sont brun jaunâtre. 

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    Photo: Jean-pierre Dechaume


    La chair épaisse et rigide est jaune, surtout à la base du pied qui est atténué en pointe et de couleur générale brun rougeâtre ou brun cuivré. On dirait des Hygrophores en examinant les lames épaisses, espacées et très décurrentes, mais celles-ci sont molles et séparables de la chair comme les tubes des bolets. A maturité, elles sont teintées de brun noirâtre par la sporée.

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    Le Gomphide visqueux (Chroogomphus rutilus)

    Photo: Gérard Girod


    Je suis en présence de gomphides et, plus précisément, de Gomphides visqueux (Chroogomphus rutilus). En automne, c'est une espèce qui apparaît aussi sous les pins, dont Pinus sylvestris.

     

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 17 Octobre 2013


    Certains bolets et les gomphides, comme de nombreuses espèces forestières, présentent en commun la particularité de vivre en symbiose avec les racines des arbres, par l'intermédiaire de manchons mycéliens appelés mycorhizes dont le caractère obligatoire et la signification physiologique sont établis. De telles relations expliquent la constance des proximités entre essences déterminées et certains champignons qui en constituent l'habituel cortège. Tels sont les cas, par exemple, du Bolet élégant (Suillus grevillei) venant toujours sous les mélèzes ou du Bolet rude (Leccinum scabrum) lié aux bouleaux.

     

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    Le bolet élégant (Suillus grevillei), une espèce liée aux mélèzes

    Photo: Fr. Hela, Spontin, 27 Juillet 2011


    Terminons cette petite incursion automnale dans la pinède par l'observation d'un sporophore en forme de chou-fleur ou de chicorée frisée, aux éléments issus d'un tronc commun foliacés et crépus, unicolores, ondulés et cassants. Le Sparassis crépu ou la Clavaire crépue (Sparassis crispa) croît, d'août à novembre, sur l'humus des bois de conifères (surtout de pins), près des troncs ou des souches, avec les racines desquels il est en relation.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


    L'ensemble forme une masse crépue volumineuse pouvant atteindre 40 cm de diamètre, blanchâtre à crème jaunâtre, roussissant par place.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


    La chair blanche de ce curieux champignon dégage une odeur aromatique spéciale qui, paraît-il, attire les chevreuils. Sa saveur rappelle la noisette.



     

     




     


     

     

     

  • Des becs-croisés des sapins (Loxia curvirostra) dans les mélèzes.

    Ce samedi 5 février, Charlotte et moi empruntons un chemin herbeux sous l'Airbois, à Tricointe. A notre droite, une zone en pente, plantée de mélèzes, domine la rue du Tricointe située en contrebas. A notre gauche, un tout autre paysage se présente à nous. C'est une ancienne coupe forestière à forte inclinaison, envahie de ronces et parsemées çà-et-là de petits arbres et d'arbustes colonisateurs.

    Des bouvreuils pivoines (Pyrrhula pyrrhula) émettent de petits sifflements très doux. Une femelle est perchée au sommet d'un sureau à grappe (Sambucus racemosa). Elle s'envole vers les mélèzes de l'autre côté du chemin. Dans le bois de conifères, retentissent d'autres petits sons identiques. Apparemment, les bouvreuils apprécient le coin. D'ailleurs, il y a une quinzaine de jours, j'observais un beau groupe de ces fringilles au même endroit. Certains d'entre eux se nourrissaient d'inflorescences sèchées de ronces et de graines de patiences à feuilles obtuses (Rumex obtusifolius). Ce ne sont pas moins de trente oiseaux qui circulent à présent devant nous, dont de magnifique mâles arborant leurs poitrines d'un rouge écarlate éblouissant.

    Dans le bois de mélèzes, une mésange huppée  (Lophophanes cristatus) circule sur une branche. Un roitelet huppé (Regulus regulus) explore un autre arbre. Une sittelle torchepot (Sitta europaea) escalade un tronc et une mésange noire (Periparus ater) apparaît. Il y a enfin de l'animation lors de cette journée sombre et venteuse !

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    Mésange huppée (Lophophanes cristatus)

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

     

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    Mésange noire (Periparus ater)

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Un oiseau robuste d'une taille un peu supérieure à celle d'un pinson se suspend à un cône de mélèze. Celui-ci se détache. L'oiseau s'envole, décroche cette fois un autre cône. Il l'emporte et le décortique sur une branche proche de nous, en le maintenant d'une patte. Son bec imposant se croise à l'extrémité, les mandibules pointues s'écartent à gauche et à droite. Cet instrument est particulièrement efficace pour extraire les graines des cônes ! Ses ailes ainsi que sa queue courte et fourchue paraissent gris sombre. Le rouge brique aux nuances orangées de sa tête, de sa poitrine et de son croupion nous émerveille. C'est un bec-croisé des sapins mâle. Quel spectacle ! Maintenant, six oiseaux se laissent admirer dont trois femelles au plumage gris vert olive et au croupion jaunâtre.

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    Bec-croisé des sapins (Loxia curvirostra): La femelle en haut et le mâle en bas.

    Photos: René Dumoulin - www.oiseaux.net

    Au même moment, un busard Saint-Martin (Circus cyaneus) arrive soudainement. C'est une femelle ou un oiseau immature. Il passe en vol au-dessus de nos têtes, perd de l'altitude à la coupe forestière et se dirige vers les paysages plus dégagés de l'Airbois.

    Quelles émotions ! C'est sûr, on n'oubliera jamais ces moments que la nature nous offre !