Moro-Sphnix (Macroglossum stellatarum)

  • Des "Oiseaux-Mouches" ou "Colibris" dans notre région ?

    Voici un titre particulier qui peut paraître farfelu ! Et pourtant, je ne compte plus les messages que je reçois chaque année, de juillet à octobre, comme quoi il y aurait des "colibris" dans notre commune !

    Le 14 octobre 2014, j'entreprenais de visiter une ancienne petite carrière située à l'arrière d'un ancien four à chaux restauré et qui abrite actuellement la Maison des Jeunes d'Yvoir, à proximité de la gare. Mon attention fut attirée par un insecte de couleur grise qui venait de se poser sur un bloc de rocher exposé au soleil. C'est lui, le fameux "colibri" !

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    Le Moro-Sphinx (Macroglossum stellatarum)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 14 Octobre 2014

     

    En fait, il s'agit du Moro-Sphinx (Macroglossum stellatarum), appelé aussi Sphinx du Caille-Lait, ou encore, Oiseau-Mouche. C'est un Hétérocère ("papillon de nuit") de plus ou moins 4, 5 cm, volant le jour jusqu'au crépuscule. De juin à novembre, c'est ce papillon que vous apercevez, en vol stationnaire devant les corolles d'un pélargonium, de pétunias, de phlox, de jasmins, de violettes, de vipérines, de buddléas ou arbres aux papillons ... et de bien d'autres espèces végétales.

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    Photo: Pierre Magniez, Angleur, 3 Juin 2011

     

    Notre "papillon de nuit", à l'activité diurne, fréquente les prairies fleuries, les bords des champs si quelques plantes ont résisté aux herbicides, les parterres ornementaux des jardins et des grandes propriétés et, même, les jardinières fleuries de vos appuis de fenêtres ou de votre balcon ! Agile, il puise le nectar des fleurs, surtout bleues ou violettes, à l'aide d'une trompe démesurée. C'est d'ailleurs pourquoi Scopoli (1777) l'a désigné sous le nom de Macroglossum signifiant "grande langue". Il ne se pose jamais sur les fleurs, mais s'immobilise devant elles, suspendu dans l'air par les vibrations rapides de ses ailes. 

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    Photo: Pierre Magniez, Angleur, 3 Juin 2011

     

    Au bout de quelques secondes, il quitte une corolle à la vitesse d'un éclair pour se poster à nouveau devant une autre. Les battements d'ailes sont si rapides, durant le vol stationnaire, que l'on ne distingue pratiquement que son corps. Evidemment, ce comportement fait penser à celui d'un colibri ! Ce vol stationnaire et les organes qui servent à aspirer le suc des fleurs sont des convergences que l'on trouve chez notre sphinx et d'autres insectes, certains oiseaux et, même, chez certains mammifères comme les chauves-souris nectarivores. 

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    J.-F. Aubert (1968) nous dit à propos du Moro-Sphinx qu'il arrive que celui-ci pénètre, en été, dans des appartements et qu'il essaie de butiner les fleurs des papiers peints, les prenant pour des fleurs naturelles ! R.-A. Burton (1577-1640) aurait même observé un individu s'intéressant aux fleurs artificielles ornant le chapeau d'une belle dame !

    De juin à novembre, le papillon apparaît souvent dans les carrières, le long des murs en pierres sèches ou dans d'autres endroits rocheux. 

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    La petite carrière derrière l'ancien four à chaux restauré, à Yvoir, est souvent visitée par le papillon.

    Photo: Fr. Hela

     

    On a aussi constaté que des Moro-Sphinx se regroupent en des endroits favorables (balcons abrités ou roches surplombantes ...). De là, ils partent à la recherche de nourriture. Les accouplements auraient lieu durant ces regroupements. La nuit, ils se cacheraient dans des anfractuosité de murs, de rochers ou d'arbres.

    Au repos, le Moro-Sphinx présente des ailes antérieures grises portant quelques lignes plus foncées.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 14 Octobre 2014

     

    Sa tête et une grosse partie de son corps sont aussi de couleur grise. Le bas de l'abdomen montre des taches noires et blanches de chaque côté de celui-ci.

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    Photos: Ph. Vanmeerbeeck, Couthuin, 9 Janvier 2012

     

    Les ailes postérieures, visibles lorsqu'il vole, sont jaunâtres à rouge orangé et l'abdomen se termine par une étonnante touffe de poils noirs et blancs mobiles qui s'écartent et se resserrent pendant le vol stationnaire, comme les lamelles d'un éventail. Celle-ci jouerait probablement le rôle analogue à celui des plumes caudales des oiseaux, d'après J.-F. Aubert (1968).

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    Photo: Ph. Vanmeerbeeck, Couthuin, 24 Mai 2014

     

    Notre Sphinx est présent dans toute la région paléarctique. Il est fort présent dans le sud de l'Europe. Chez nous, il peut-être localement abondant ou apparaître isolément, selon les immigrations. C'est aussi un migrateur qui pénètre loin vers le Nord jusque dans les territoires polaires (I. Novàk et al. 1983) et il s'élève en montagne jusqu'à l'étage nival (2.500 m, en Suisse). M. Gillard (1997) considère ce papillon comme un vrai migrateur en Belgique. Pour le Groupe de travail des lépidoptéristes ("Papillons et leurs biotopes", vol.2 - ouvrage collectif - LSPN 1999), le Moro-sphinx est un migrateur connu qui immigre souvent en grand nombre en Europe centrale depuis le Sud, au printemps et en été. Il se présente chez nous en juin-juillet et les femelles pondraient leurs œufs à cette période. Issus de ces pontes, les imagos (papillons adultes) volent ensuite d'août à novembre. Les individus tardifs tendent sans doute d'hiberner sous nos latitudes, mais il est peu probable qu'ils supportent les fortes gelées de certains hivers.

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    Macroglossum stellatarum en vol stationnaire devant des fleurs d'un Buddléa ou Arbre aux papillons (Buddleja davidii)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 5 Août 2011

     

    La chenille, verte ou brun rouge, à lignes latérales blanches, se nourrit principalement de Gaillets (Galium mollugo, pumilum et verum). Comme autres plantes nourricières, la littérature mentionne en outre les Stellaires (Stellaria sp.), l'Aspérule odorante (Galium odoratum) et la Garance voyageuse (Rubia tinctoria). Elle est visible de juin à octobre, en plusieurs générations. La chrysalide, hibernante dans les régions au climat tempéré, possède un revêtement teinté de gris brun ou de verdâtre. Une bosse caractéristique marque l'emplacement de la trompe.

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    La chenille du Moro-Sphinx porte une corne bleu noir à pointe orangée, au bout de l'abdomen.

    Photo: C. Fortune

     

    Avec des hivers de plus en plus doux de ces dernières années, les chances de survie du papillon et de la chrysalide semblent s'accroître sous nos latitudes. La survie du Moro-Sphinx est également favorisée par sa capacité à utiliser toutes les sources de nectar disponible du printemps à l'automne. Tout semble indiquer qu'une extension de l'aire de distribution de l'espèce en direction du nord est en cours (J.-P. Zuber, 1999).

     

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    Le Gaillet couché ou rude (Galium pumilum), une plante hôte de la chenille du Moro-Sphinx.

    Photo: Fr. Hela, Anhée (Montagne de Sosoye), 19 Juin 2010