Mouron rouge (Anagallis arvensis subsp. arvensis)

  • Bientôt, ce sera le moment d'observer nos primevères !

    Les termes marqués d'un astérisque sont définis dans le petit glossaire, en fin de note.


    Du mois de mars au mois de mai, nos sous-bois, nos lisières et le pied de nos haies vont s'illuminer de jaune. Ce sera le moment d'admirer nos primevères ! L'adjectif latin "primulus" veut dire "tout premier" et indique le caractère précoce de la floraison de celles-ci. Dans certaines régions, on nomme la primevère "coucou des bois", "herbe de Saint-Pierre". En néerlandais et en allemand on l'appelle "sleutelbloem" et "Schlüsselblüme", sleutel et Schlüssel signifiant la clef (du paradis). On raconte que Saint-Pierre, admiratif devant la splendeur du printemps, laissa tomber une des clefs du "Paradis" et celle-ci prit racine au milieu des anémones et des ficaires ! Ce serait ainsi que la primevère apparu.

     

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    La primevère officinale (Primula veris)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 22 Avril 2012.


    Outre les primevères, la Famille des Primulacées comprend notamment des espèces comme les lysimaques avec leurs belles fleurs jaunes, les cyclamens délicats, le mouron rouge (Anagallis arvensis subsp. arvensis) de nos cultures et potagers ou encore la trientale (Trientalis europaeus), espèce rare des landes tourbeuses ou des bois clairs à bouleaux pubescents (Betula alba) de la Haute Ardenne.

     

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    Le mouron rouge (Anagallis arvensis subsp. arvensis) de vos potagers fait partie de la même famille que les primevères.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Juin 2011.

     

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    La lysimaque commune (Lysimachia vulgaris) est une primulacée assez fréquente en bord de Meuse.

    Photo: Fr. Hela, Anhée (bord de Meuse), 30 Juin 2012


    Chez nous, nous pouvons distinguer deux espèces.

    La primevère élevée (Primula elatior), assez commune, est présente dans les aulnaies*, les frênaies* ainsi que dans les chênaies* et prairies fraîches à humides. Ses feuilles sont toutes en rosette à la base, progressivement rétrécies en pétiole*, inégalement dentées, ridées, à nervation fortement réticulées*. Sa corolle* jaune pâle, inodore, possède une couronne orange clair au sommet du tube*. Le calice* à dents aiguës est appliqué sur le tube* de la corolle. Elle fleurit de mars au mois de mai.

     

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    Photos: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche, vallée du Bocq), Avril 2012


    La primevère officinale (Primula veris) a des feuilles brusquement rétrécies en un pétiole* ailé. Sa corolle* jaune foncé possède cinq taches oranges au sommet du tube*. Le calice*, à dents obtuses et uniformément vert pâle, n'est pas appliqué sur le tube* de la corolle. Cette plante est odorante et certains auteurs notent une odeur de miel, un faible parfum citronné; d'autres encore évoquent une senteur suave semblable à celle du lait ! A vous de sentir ... La primevère officinale fleurit d'avril à mai et préfère un sol sec à très sec, sur calcaire. Chez nous, cette espèce est assez commune dans les prairies sèches, les pelouses calcaires, les bois clairs et les talus.

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 6 Avril 2012


    En Belgique, nous devons mentionner une autre espèce bien plus rare à l'état sauvage. Il s'agit de la primevère acaule (Primula vulgaris). La plupart du temps, cette espèce est parfois subspontanée* ou naturalisée*. De nombreux cultivars* et hybrides de cette plante à corolle rouge, rose, violette, blanche, ... sont cultivés pour l'ornement des jardins et s'observent parfois en dehors de ceux-ci.

     

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    Primula vulgaris et un cultivar de cette plante à fleurs roses violacées


    Les primevères se multiplient par division des racines en automne et par semis. Les minuscules graines sont enfermées dans une capsule s'ouvrant par des dents. Ces plantes sont mellifères. Les marques oranges des corolles conduiraient les visiteurs ailés aux nectaires* où ils peuvent se sustenter.


    Il est une particularité intéressante chez les primevères qu'on appelle hétérostylie (voir la figure ci-dessous). On rencontre deux sortes d'individus: les uns ont un long style* et leurs étamines chargées de pollen sont dissimulées dans le fond du tube de la corolle; les étamines des  autres sont disposées en haut du tube et leur style est beaucoup plus court. L'existence de ces deux types de fleurs permet la pollinisation croisée. La nature évite ainsi la consanguinité et favorise le formation de couples. A vos loupes !

     

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    L'hétérostylie chez la primevère: Style et stigmate (1), Etamines (2)


    Dans le guide du Musée pharmaceutique et du Jardin des Plantes médicinales de l'Abbaye d'Orval, on peut lire: "La primevère officinale se caractérise par la présence, dans la plante entière, de saponosides* acides. La racine contient deux hétérosides*: le primevéroside et le primulavéroside. Les fleurs et les racines contiennent en outre une huile essentielle à odeur d'anis. Les feuilles quant à elles, sont riches en vitamine C et en flavonoïdes*. En usage interne, la racine de primevère est expectorante, diurétique* et laxative. Elle augmente les sécrétions salivaires et bronchiques. En usage externe, les propriété hémolytiques* des saponines* sont mises à profit dans le traitement des ecchymoses."

     

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    La primevère officinale (Primula veris) à Yvoir (Tricointe)

    Photo: Fr. Hela, Avril 2012


    Petit glossaire

    Aulnaie: bois d'aulnes ou riches en aulnes. Se dit aussi aunaie.

    Calice: enveloppe extérieure de la fleur, formée de sépales libres ou soudés.

    Chênaie: forêt de chênes ou riche en chênes.

    Corolle: enveloppe interne de la fleur, située entre le calice et les étamines, à divisions (pétales) libres ou soudées.

    Cultivar: variété d'une espèce de plante, inconnue à l'état spontané, sélectionnée par l'homme et propagée par celui-ci parce qu'elle présente un intérêt ornemental dans ce cas-ci.

    Dépuratif: qui élimine les déchets et les toxines de l'organisme en stimulant l'action des organes excréteurs.

    Diurétique: qui active l'élimination de l'urine.

    Flavonoides: Les drogues à hétérosides flavoniques sont souvent diurétiques, antispasmodiques et possèdent des propriétés vitaminiques P (augmentation de la résistance des capillaires sanguins et diminution de leur perméabilité). Ces propriétés trouvent leur intérêt aussi en diététique (fruits de Citrus).

    Frênaie: forêt de frênes ou riche en frênes.

    Hémolytique: qui détruit les globules rouges.

    Hétérosides: Les hétérosides sont des produits fréquemment rencontrés chez les plantes. Sous l'action de certains enzymes ou en présence d'acides, ils se décomposent en un ou plusieurs glucides (glucose souvent) et en une partie non glucidique appelée aglycone ou génine. L'action médicamenteuse est due à l'aglycone, qui peut appartenir à des classes chimiques extrêmement différentes. La partie glucidique augmente la solubilité de l'aglycone dans l'eau et par là, la résorption dans le corps.

    Naturalisé(e): se dit d'une plante originaire d'une région située en dehors du territoire étudié, introduite à l'origine fortuitement ou volontairement (dans ce cas-ci, il s'agit d'une plante cultivée pour l'ornement) et persistante.

    Nectaires: organes glanduleux de certaines fleurs sécrétant un liquide sucré nommé nectar.

    Nervation réticulée: disposition des nervures d'une feuille, marquée de lignes en réseau, comme les mailles d'un filet.

    Pétiole: partie amincie de la feuille reliant le limbe (partie élargie de la feuille) à la tige.

    Saponines: voir saponosides.

    Saponosides: Hétérosides (hétérosides saponisides) caractérisés par leurs propriétés moussantes et leur amertume. Ils provoquent l'hémolyse des globules rouges et sont très toxiques pour les animaux à sang froid. La nielle, la saponaire, mais aussi des espèces alimentaires telles que la luzerne, le soja et les betteraves contiennent ces substances. En usage interne, ce sont des expectorants (thés et sirops pectoraux) agissant par réflexe, après irritation des muqueuses stomacales (comme l'Ipéca); ils sont aussi diurétiques, sudorifiques* et dépuratifs*. Enfin, ils facilitent la mobilisation du calcium et du silicium. Ils augmentent l'efficacité des tisanes qui en contiennent.

    Subspontané(e): se dit d'une plante cultivée, échappée des jardins, des parcs ou des champs, ne persistant souvent que peu de temps dans ses stations ou du moins ne se propageant pas en se mêlant à la flore indigène.

    Sudorifique: qui provoque la transpiration.

    Tube: partie inférieure d'une corolle ou d'un calice, formée par la soudure des pétales ou des sépales.


    Bibliographie

    Anonyme: "Guide du Musée pharmaceutique et du jardin des plantes de l'Abbaye d'Orval ", Ed. Abbaye d'Orval, 1975.

    Clesse B.: "Glossaire botanique illustré", Ed. ENPN, 1998.

    Lambinon J. et al.: "Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines" Cinquième édition (2004), Patrimoine du jardin botanique national de Belgique.

    Moens P.: "Introduction botanique à la pharmacognosie", Ed. UCL 1991 et 1992 (2 tomes).

    Poelaert M. et Woué L.: "Notions de chimie organique", Ed. CNB, 1996.

    Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" 1. Plaines et collines, Ed. Institut pour le développement forestier (France), 1989.

    Vlietinck A.-J. et Totte J.: "Plantes médicinales", Ed. Jardin botanique national de belgique, Meise, 1985.